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Full text of "Correspondance des réformateurs dans les pays de langue francaise, recueillie et publiée avec d'autres lettres relatives à la réforme et des notes historiques et biographiques"

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SxJ^bris 

PROFESSORJ.S.WILL 


CORRESPONDANCE 


Dfas 


RÉFORMATEURS 


DAB  lis  PAYS  DE  LAK.IiE  FRAM.AISE 


nKClTRH-UE   ET   PUIJUKK 


AVEC 


D'AUTRES  LETTRES  RELATIVES  A  LA  RÉFORME 


KT  DES  NOTES  HISTORIQUES  ET  BIOGRAPHIQUES 


PAR 


A.-L  HERMINJARD 

TOME     HUITIÈME     (1549    à     1543) 

AVFC    UN    INDEX    ALPHABÉTIQUE    PE3    NOMS 


GENE\'E,  BALE,  LYON 
(iEOiu;  c*^  r:<\  lihiiaihks-éditeuhs 

PARIS 

fi.    FISCHRACHER,    33,    RUE   DR    SEINE 

1893 


CORRESPONDANCE 


DES 


RÉFORMATEURS 


D.US  LES  rWS  IIE  l.l\l.lE  Fll\.\i:\l)iE 


GENÈVE.  —  IMPRIMERIE  W.  KUXDIG  &  FILS. 


CORRESPONDANCE 


DES 


RÉFORMATEURS 

DA^'S  LES  PAYS  DE  LAM.IE  FRAMiAISE 


RECUEILLIE    ET   PUBLIEE 


AVEC 


D'AUTRES  LETTRES  RELATIVES  A  LA  RÉFORME 

ET  DES  NOTES  HISTORIQUES  ET  BIOGRAPHIQUES 


PAR 


A.-L  IIERMINJARD 


TOME     HUITIEME 
1542-1548 


GENEVE,  BALE,  LYON 

GEOHG    &    C'«,    LIBKAIRES-ÉDITEURS 

PARIS 

G.    FISCHBACHER,    33,    RUE   DE   SEINE 

1893 

Tous  di'oits  réservé.-i. 


A  MONSIEUR  LE  RECTEUR 


ET 


A    MESSIEURS    LES    PROFESSEURS 


DE 


L'UNIVERSITÉ    DE    GENÈVE 


HOMMAGE  EESPECTTJEUX 


CORRESPONDANCE 


RÉFORMATEURS 


\  r 


SUITE  DE  LA  QUATRIEME  PERIODE 

Depuis  Facceptation   des   Ordonnanfcs   ecclésiasti(|ues   à   Genève 
jusqu'à  la  ruine  du  parti  des  Libertins. 

154 1  — 1555 


T.   YtlI. 


1110 

GxnLLAUME  FAREL  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Neuchâtel,  2  mai  1542. 

Aiitograplie.    Bibl.    dos    pasteurs    de    Neuchâtel.  Calv.  0pp. 

Brunsv.  XI,  391. 

S.  Hodie  priniïnn  iiiihi  redditaî  fuerunt  tuœ  literse,  et  quas 
scripsit  Viretus  paulô  antè  quàm  tuas  '  :  ut  mirer  tam  tardare 
tabellarios.  Quod  dicebam  priîis  ^,  idem  rursus  dico  :  ne  te  in 
scribendo  fatiges  ueqHe  Viretus.  Satis  et  plus  satis  est  qîiod 
agatis.  Utinam  addat  vobis  adjufores  Domimis  pro  remoris 
istis  ^  ut  onus  tantum  levius  liât  !  Scripsi  de  cœtu  nostro,  qui 
9.  hujus  mensis  est  nohis  datus  *  :  cui  optarent  fratres  te  vel 
Viretum  adesse,  ut  jam  ad  Viretum  scripsi.  Si  fieri  potest,  sinite 

^  Allusion  à  deux  lettres  que  nous  n'avons  pas  retrouvées. 

^  Voyez  la  lettre  de  Farel  du  19  avril  (t.  VII,  p.  455,  lig.  8-16). 

'  Henri  de  la  Mare,  Amé  Champereau,  et  peut-être  aussi  Jacques  Ber- 
nard, collègues  de  Calvin  et  de  Viret  à  Genève  (Vn,  328,  n.  12;  410-411; 
438,  439,  448,  455). 

*  Tous  les  pasteurs  du  comté  de  Neuchâtel  devaient  tenir  un  Synode  le 
mardi  9  mai.  Ceux  des  églises  voisines  y  étaient  invités.  Il  paraît  que  les 
assemblées  de  ce  genre  ne  pouvaient  avoir  lieu  sans  la  permission  du  Gou- 
verneur. 


4  GUILLAUME   FAREL   A   JEAN    CALVIN,    A    GENÈVE.  15i2 

id  à  vobis  impetrari.  Qu»  te  iirunt  non  sinunt  me  quiescere. 
Dominns  nobis  aperiat  viam  qua  consuli  sanctè  possit  omnibus 
ecclesiis,  quam  omnes  sequamur  omnibus  postpositis.  In  literis 
Bnceri  video  me  plurimùm  peccare,  dum  mihi  accidit  quod  ille 
deflet  %  nimirum  dum  linguas  malas  vitamus,  dumque  timemus 
offendere  quos  optamus  in  officio  continere,  non  pauca  omit- 
tuntur  quse  agenda  essent.  Christus  sit  nobis  propitius,  et  spiritu 
consilii,  sapientiœ  et  fortitudinis  nos  donet  ! 

Audio  confessionem  Provincialium  prohatam  fuisse  a  Rege  ^, 
et  factam  fuisse  copiam  Roherto  l^teplumo  imprimendi  Bihlia 
Gallica  '^  :  unde  conjicio  viam  satis  apertam  ad  Verbum,  si 
essent  qui  qua  oportet  ratione  pure  et  appositè  verbum  Domini 
proponerent.  Sed  vereor  multos  esse  qui  si  attigerint  unum  aut 

^  La  lettre  de  Martin  Bucer  que  Farel  mentionnait  le  19  avril  (VU, 
455,  lig.  1-7).  —  Éd.  de  Brunswick  :  dum  nihil  accidit. 

®  La  Confession  de  foi  présentée  au  parlement  de  Provence,  le  6  avril 
1541,  par  les  Vaudois  de  Mérindol  (YLI,  82,  n.  6).  <■  Or,  après  la  dicte 
présentation  (dit   un   opuscule  de  1555),  plusieurs  ont  désiré  plus  ample 

déclaration  de  la  foy  des  dicts  de  Mérindol A  ceste  cause,  les  dicts 

ont  envoyé  plus  amples  articles  au  Cardinal  Sadolet,  pour  lors  Évesque  de 
Carpentras*,  aussi  aux  Syndiques  d'Avignon  et  à  l'Évesque  de  Cavaillon, 
et  à  tous  ceux  qui  en  ont  demandé  tant  en  général  que  en  particulier.  Et 
mesmes  le  feu  Roy  Françoys....  voulut  savoir  et  entendre  quelle  estoit 
la  doctrine  que  suyvoyent  les  d.  de  Mérindol  et  autres  persécutez  au  pays 

de  Provence.  Et  devant  sa  majesté  royale,  la  dicte  confession fut  leue 

par  son  Lecteur  ordinaire,  nommé  Castellanus.  Et  après  avoir  esté  leue  de 
poinct  en  poinct,  le  Boy  demanda  en  quel  endroict  on  trouvait  faute  ou 
chose  à  redire  en  la  d.  confession  de  foy.  Et  nul  n'osa  ouvrir  la  bouche 
pour  y  contredire.  »  (Hist.  mémorable  de  la  persécution  de  ceux  de  Mérin- 
dol, etc.,  in-S",  p.  41). 

Il  est  difficile  de  concilier  ce  témoignage  avec  le  suivant  :  «  Le  17  may 
1543  (lit-on  dans  le  plaidoyer  de  Jacques  Aubéry  pour  les  Vaudois.  Paris, 
1645,  p.  52),  le  Roy  envoyé  ses  Lettres  patentes  de  troisième  grâce,  »  où  il 
rappelle  «  ses  précédentes  lettres  [du  8  février  1541],  ausquelles  les  notez 
d'hérésie  n'ont  obéi,  parce  qu'ils  ont  envoyé  une  créance  et  confession  de 
leur  foy  par  écrit,  que  la  Cour  n'a  voulu  recevoir,  comme  aussi  le  Roy 
n'entendoit  qu'elle  fust  receue.  »  —  De  deux  choses  l'une  :  François  I^r 
oubliait,  en  1543,  qu'il  avait  approuvé  en  1541  la  Confession  de  foi  des 
Vaudois,  ou  bien  l'auteur  de  VHistoire  mémorable  a  été  induit  en  erreur. 

^  C'était  un  faux  bruit.  Renouard  (Annales  des  Estienne)  ne  mentionne 
aucune  Bible  française  publiée  eu  1542  ou  en  1543  par  Eobert  Estienne. 

*  Sadolet  leur  répondit  par  une  lettre  très  amicale,  dont  Crespin  a  publié  le  soramaii-e, 
Hist.  des  martyrs,  éd.  de  1582,  f.  138  verso. 


IS42  GUILLAUME   FAREL   A   JEAN    CALVIN,    A   GENÈVE.  5 

altoniin  abusuni  Pontificis,  roj)iitent  se  statim  totum  Evange- 
lium  ijrœdicasso.  Tu  qui  in  hoc  valcs  ot  multos  nosti,  potes 
adinonere,  ut  non  dubito  facis  "  :  ut  istic  eniteris  rei)urgare 
(luœ  terri  non  possunt.  Is  qui  oninia  potest  sua  te  roboi-et  vir- 
tute,  qua  possis  quod  sanctè  cupis  !  Hannonius  non  jji'imus 
nobis  iniposuit  '•',  iiec  erit  postrenius  :  ita  fucibus  [1.  fucisj  '" 
saepe  adsumus,  dum  credimus  bonis  benefacer(\  Hîc  felix  est 
Barharinns,  neque  ego  minus,  sed  i)er  familiam,  et  quia  locus 
non  est,  pauciores  exeipio  ".  H^iic  ''^  quid  consilii  visuni  sit 
dare,  ex  eo  audies.  Tractavit  qua'dani  euni  eo  Zehedeus^^,  quae 
non  satis  probantur.  Sed  de  his  aliàs,  Vale  et  omnes  saluta, 
preecipuè  Viretum  cuni  vestris  conjugïbns.  Fratres  mei  tibi 
salutem  et  omnibus  dicunt.  Neocomi,  2.  Mail  1542. 

Farellus  tuus  totus. 

Literas  Buceri  non  remitto  nune  :  statim  per  aliuni  mittam. 

(Inscrij)tio  :)  Christi  servo  Jo.  Calvino,  fratri  et  symmystse 
quàm  chariss.  Genevae. 

^  Calvin  avait  donc  conservé  des  relations  avec  quelques-nns  des  prédi- 
cateurs catlioliqucs-romains  qu'il  avait  connus  en  France. 

^  Nous  n'avons  aucun  renseignement  sur  ce  personnage.  Il  ne  faut  pas 
le  confondre  avec  celui  qui  est  appelé  Annonius  dans  la  lettre  des  pasteurs 
neuchàtelois  du  3  décembre  1545. 

"  La  troisième  lettre  de  ce  mot  a  la  forme  d'un  c  plutôt  que  d'une  r. 
Farel  a  peut-être  écrit  par  inadvertance  fucibus  au  lien  de  fucis,  qui  irait 
bien  ici.  Les  éditeurs  des  Cnlvuii  Opéra  ont  lu  fœcihus. 

"  Thomas  Barbarm,  pasteur  de  Boudri,  était  dispensé  de  .donner 
l'hospitalité  aux  voyageurs,  parce  qu'il  demeurait  assez  loin  de  la  grand' 
route  de  Neuchàtel.  Guillaume  Farel  ne  i)ouvait  en  recevoir,  parce  qu'il 
n'avait  pas  assez  de  place  dans  sa  maison,  où  logeaient  alors  deux  ou  trois 
de  ses  frères. 

*^  Au  porteur  de  la  présente  lettre. 

^'  Voyez,  sur  André  Zébédée,  le  N"  1127. 


6       LE  CONSEIL  DE  BERNE  AU  CONSEIL  DE  NEUCHATEL.    1542 


IHl 

LE  CONSEIL  DE  BERXE  au  Gonseïl  de  Neuchâtel. 
De  Berne,  4  mai  1542. 

Minute  orig.  Arch.de  Berne.  Samuel  de  Cliambrier.  Descrijjtion 
de  la  Mairie  de  Neuchâtel,  1840,  p.  333. 

Nobles,  saiges,  expei'ts,  très  chiers  et  féaulx  bourgeois  ! 
Les  prédicantz  et  ministres  du  sainct  évangelle  de  Nostre 
Seigneur  au  Contel  de  Neufchastel  nous  ont  advertis,  par  la 
voix  de  maistre  Gnillaume  Pharell,  de  la  délibération  qu'ilz  ont 
de  tenir  nng  chajJjntre  général  ou  congrégation  des  frères 
ministres  ',  pour  le  bien,  prouffict  et  advancement  de  la  Parolle 
du  Seigneur,  singulièrement  pour  mectre  quelque  meilleur 
ordre  au  cours  et  conduicte  du  Consistoyre  de  Neufcliastel^, 

^  On  lit  dans  le  Manuel  de  Berne  du  4  mai  :  «  Pharellus  prie  mes  Sei- 
gneurs de  leur  être  secourahles  pour  la  tenue  d'un  Synode,  afin  qu'une 
meilleure  Censura,  conforme  à  celle  de  notre  Église,  soit  instituée  à  Neu- 
châtel. »  —  «  Ensuite,  ceux  de  Cressier  demandent  un  prédicant  :  ce  qu'ils 
ne  peuvent  obtenir  du  Gouverneur  sans  l'aide  de  mes  gracieux  Seigneurs.» 
(Trad.  de  l'allemand.)  A  comparer  avec  Boyve.  Annales  hist.  de  Neuchâtel 
et  Valangin,  1854-58,  II,  429. 

*  Selon  Samuel  de  Chambrier,  il  fut  formé  en  1546  un  tribunal  mixte, 
dans  lequel,  sous  la  présidence  du  maire  de  Neuchâtel,  représentant  l'auto- 
rité du  souverain,  les  pasteurs  de  la  ville  avaient  séance,  et  après  eux  des 
hommes  d'âge  mûr,  réputés  de  mœurs  pures,...  qualifiés  du  titre  à^ Anciens 
d'église.  A  ce  tribunal,  sous  le  nom  de  Consistoire  admonitif,  étaient  dénon- 
cées les  contraventions  aux  ordonnances  ecclésiastiques.  Les  délinquants  y 
étaient  admonestés  et  censurés,  en  particulier  d'abord,  puis  devant  l'Église, 
s'ils  ne  s'amendaient  pas,  et  enfin  ils  pouvaient  être  excommuniés.  Au 
Consistoire  seigneurial  seul  il  appartenait  de  condamner  à  l'amende  ou  à 
la  prison. 

Un  consistoire  admonitif  fut  établi  dès  1542  dans  la  seigneurie  de 
Valangin,  et  plus  tard  dans  chaque  paroisse  du  Comté.  Il  y  eut  aussi  un 
consistoire  seigneurial  à  Valangin  et  un  à  Môtiers  pour  tout  le  Val-de- 


loiâ   LES  CONSEILS  DE  NEUCHATEL  AU  CONSEIL  DE  BERNE.      7 

afliii  que  les  vices  et  scandalles  soyeiit  tellement  chastyés  que 
leur  démérite  le  requiert.  A  quoy  vous  j)rions  ne  vouUoir 
résister,  ains  y  tenir  maiiig^  que  le  bien  soit  tousjours  avancé 
et  le  mal  opressé,  comme  de  ce  en  ayons  nostre  ])arfaicte  con- 
fiance en  vous,  et  vostre  inclination  singulière  au  bien  et  hon- 
nestité  publicque  le  porte,  affin  que  les  esglises  de  Dieu,  Berne 
et  Keufchastel,  sy  conjoinctes  et  voysines,  soyent  conformes  à  la 
réformation  que  présantement  tenons  ^  et  à  l'ayde  du  Seigneur 
maingtiendrons.  Auquel  prions  qu'il  vous  ayt  en  sa  saincte 
protection.  Datum  4"  maii  1542. 

L'Advoyer  ET  Conseil  de  Bernée 


4142 

LES  CONSEILS  DE  NEUCHATEL  au  Coiiseil  de  Beme. 
Du  Landeron,  5  mai  1542. 

Inédite.  Manuscrit  original.  Archives  de  Berne. 

Très  redoubtez.  magnificques  et  puissans  Seigneurs, 
Vostre  bon  plaisir  sera  entendre  que  jjiesse  a  '  noz  sûmes  en 
pratique  avec  aumns  de  ceulx  de  Landron  et  Cressier  pour  les 
fère  recepvoir  de  [1.  le]  sçaincf  Évangille  ^  Et,  espérant  avoir 
d'yceulx  quelques  bonne  resj)once,  sûmes  ici  comparus  par  davant 
le  Conseil  de  ce  lieu.  Et  comme  par  si-davant  desjà  avions  faict 

Travers  et  les  montagnes  qui  en  dépendent  (Cf  Boyve,  II,  382,  383  ;  III, 
121-123.  ^-  Henri  Heyer.  Guillaume  Farel.  Essai  sur  le  développement  de 
ses  idées  théol.  Genève,  1872,  p.  92,  93). 

'  Le  texte  de  S.  de  Chambrier  porte  :  A  quoy  vous  prions  de  vouloir 
résister,  ainsi  tenir  la  main,  etc. 

*  MM.  de  Berne  avaient  déjà  adressé  la  même  recommandation  aux 
Neudiâtelois  le  15  avril  1538  (lY,  417). 

^  La  minute  porte  pour  adresse  :  «  An  Gubernator,  Ministràl  und 
Rhat,  »  c'est-à-dire  :  Au  Gouverneur,  aux  Ministraux  et  Conseil. 

'  Piéça  ou  dès  piéça  signifie  longtemps,  depuis  longtemps. 

2  Voyez  les  t.  II,  334-35,  Y,  91-96,  YII,  385,  n.  3  ;  398-401. 


8      LES  CONSEILS  DE  NEL'CHATEL  AU  CONSEIL  DE  BERNE.   1542 

selon  nostre  pouvoir,  avons  faict  à  iceulx  les  meilleures  renions- 
trances  et  injunction  que  noz  a  esté  possible  pour  les  fère  venir 
au  dict  sçainct  etîaict.  Lesquelz  nous  ont  respondu  que,  de 
dymanche  en  huit  jours  ^  ilz  assembleront  les  deux  perrouches 
de  Landron  et  Cressier,  et  leurs  proposseront  au  mieulx  que 
leurs  sera  possible  ce  que  leurs  avons  comuniquer,  pour  i)uis 
après  incontinant  noz  fère  ceste  response. 

Très  redoubtez,  magnifiques  et  puissans  Seigneurs,  il  y  a 
aucuns  des  plus  apparans  des  dicts  lieux  du  Landron  et  Cres- 
sier, lesquelz  jusques  à  présent  ne  ce  sont  déclairé  avoir  ceste 
sçaincte  dévotion  à  recepvoir  FÉvangille,  lesquelz  nous  ont 
déclairé  que,  pour  la  révérance  que  le  peupple  d'ilec  a  envères 
vous,  vostre  bon  plaisir  estoit  de  voulloir  envoyer  voz  ambassa- 
deurs de  demain  en  huit  jours  ici  au  gieste,  pour  [au]  lende- 
main comparoistre  ilec  davant  les  dictes  deux  j)erroiches,  et  à 
iceulx  voulloir  fère  les  injunction  et  remonstrancc^  qu'avez  de 
bonne  coustume  fère  par  cy-davant  à  ceulx  dont  avez  esté 
moyen  de  prandre  FÉvangille.  Il  leurs  semble  que  vous  pouriez 
estre  aussi  le  moyen  de  les  fère  venir  à  ceste  sçaincte  Parolle. 
Et,  [au]  cas  que  vous  fusse  lo[i]sible,  desiroint  que  fussiez  con- 
tant envoyer  en  vostre  dict  nom  Messieurs  le  banderet  de  Oraf- 
fenried  et  JJli  KocJi,  vostre  receveur  de  l'Isle  Sçainct- Jehan  ^ 

A  ceste  cause,  congnoissant  votre  sçainct  désir,  Fhonneur  de 
Dieu,  le  salut  de  tous,  et,  en  exp[é]cialle,  envers  nostre  souve- 
raine Princesse  et  ses  subgetz,  comme  avons  bonne  expériance, 
cella  noz  hardi  vous  escripre  ceste  présent(\  Vous  supi)lliant 
très  humblement  estre  contant  de  voulloir  attanter,  et  ainsi 
envoyer  au  dict  Landron  comme  dessus  :  auquel  lieu  noz 
esp[é]rons  envoyer  pour  fère  en  nostre  endroit  ce  que  noz  sera 
possible,  ])our  amener  les  dessus  dicts  à  ceste  sçaincte  Parolle. 
A  quoy  vous  plaira  adviser.  Que  sera  [1.  ce  qui  sera]  de  plus  en 
plus  à  nostre  dicte  souveraine  Dame  et  à  noz  tous  à  déservir 
envers  vous,  comme  de  ce  fère  avons  bonne  vollunté  et  affection, 

'  CVst-à-dire,  le  dimanche  14  mai. 

*  Ulrich  Koch,  receveur  ou  administrateur  de  l'abbaye  de  Sf-Jean, 
sécularisée  jiar  les  Bernois  en  1528.  Elle  est  située  sur  la  Thièle,  près  de 
la  ville  de  Cerlier,  et  non  loin  de  l'embouchure  de  cette  rivière  dans  le  lac 
de  Bienne.  On  l'appelait  ordinairement  le  couvent  de  Cerlier  ou  l'île  de 
St-Jean. 


loiâ  PIERRE   TOUSSAIN    A   GUILLAUME    FAREL.  9 

en  noz  recomandaiit  tousjours  très  liumblomont  à  vostro  bonne 

grâce  et  souvenance. 

Très   redoublez,    nia^nyfiques   (>t    i)uissans   Seigneurs,    noz 

prions  Dieu  vous  donner  en  toutt(^  j)rosi)érité  très  bonne  vie 

et  longue.  Escript  au  Landron,   le  vendredy  v"  jour  de  niay, 

l'an  mil  v'^xlh. 

Voz  très  humbles  scerviteurs, 

Le  gouverneur,  les  gens  du  Conseil  de  Madame  la 

CONTESSE  DE  NeUFCHASTEL  ET  CONSEILZ  DE  LA  VILLE 
DU  DICT  NeUFCHASTEL. 

(Suscrijption  :)  A  très  Redoubtez,  Magnitiques  et  puissans  Sei- 
gneurs, Messeigneurs  TAvoyer  et  Conseil  de  Berrne. 


1113 

PIERRE  TOUSSAIN  à  Guillaume  Farel. 
(De  Montbéliard)  7  mai  (154^). 

Inédite.  Autograjike.  Communiquée  par  M.  Henri  Lutteroth, 

S.  Metenses  minq^iam  fHeriint  in  majore  spe.  Precemur  Domi- 
num  ut  illos  respiciat.  Ad  quos  etiam  hodie  scripsi  per  .Prxfec- 
tum  nostrum  ' .  Bernâtes  Principi  amicè  res])ond('runt  - ,  et 
Frinceps  ad  illos  rursus  misit  nuntium,  quem  puto  hodie  redi- 
turum,  et  intellecturos  nos  quid  in  ea  re  facturus  sit  Dominus. 
Vale,  nam  non  vacat  ut  te  j)luribus  obtundam.  7  Maii  (1542  M. 

Tuus  Toss. 

(Tnscriptio  :)  Farello  meo  in  Christo  [objservando  fratri. 

*  A  comparer  avec  la  lettre  de  Toussain  du  23  mai  1512. 

2  Allusion  à  la  lettre  du  comte  Georges  de  Wurtemberg  du  22  avril 
1542  (Vil,  461,  n.  5). 

*  Le  millésime  nous  semble  pouvoir  être  déterminé  par  la  comparaison  de 
la  présente  lettre  avec  celle  de  Toussain  du  24  avril  (VU,  l()l-(i2). 


10  THÉODORE   DE   BÈZE   A   MACLOU    POMPON,    A   DIJON.  1342 


1414 

THÉODORE  DE  BÈZE  à  Maclou  Pompon,  à  Dijon  '. 
De  Paris.  7  mai  (1542). 

Copie.  Bibl.  de  Zurich.  Imi)r.  J.  W.  Baum,  o.  c.  I,  90. 

TflEODORUS  Bez^us  Maclovio  Pomponio  S.  P.  D. 

Misissem  ad  te  longiorem  epistolam  et  accuratiùs  scriptam,  si 
me  hic  tabellarius  pateretiir  ea  omnia  perscribere  quse  vellem. 
Audio  te  vtôya[j.cv  esse^,  coque  iiomine  tibi  gratulor,  quippe  ea  te 
prudentia  esse  scio,  ut  non  nisi  multis  et  gravibus  causis  motus 
ad  id  genus  vitcT  convolaris.  Deindo  verô  nostet'  ille  Agiantlms, 
ut  est  rerum  omnium  peritissimus,  nunquam  te,  ut  opinor,  per- 
misisset  his  vinculis  conjugii  retineri,  nisi  œquas  utrinquo 
conditiones  esse  intellexisset.  Itaque  sic  mihi  persuadeo  tibi  in 
hac  re  nec  consilium  nec  prudentiam  defuisse,  quœ  tibi  tuisque 
ut  bene  vertat  Dcus  Oj).  Max.  i)recoi'. 

Cœterùm,  quod  ad  res  meas  attinei,  una  est  nohis  uxor  pMlo- 
logia,  quse  quidem  illud  non  habet  ubi  vos  mariti  gaudia  vestra 
expletis,  sed  id  quoque  secum  non  adfert  unde  tôt  videmus  nata 


'  Voyez,  sur  Bèze  et  Pompon,  le  t.  VI,  i)p.  138-141,  et,  sur  Agianihus 
(Antoine  de  St.-Flour)  et  Aquilius  (de  l'Aigle)  les  Indices  des  t.  M,  "VU. 

^  Le  mariage  de  Maclou  Pompon  fut  célébré  au  mois  de  mai   1542. 

Alexis  Gaudinœus  lui  écrivait  de  Paris,  le  4  juin  suivant  :  «  Gratulor  tibi 

nuptias,  prsecor  Ista  omnia,  blanda  omnia,  et  qualia  esse  soient  in  ipso 

nuptiarum  limine Intérim  habe  quod  tibi  prpecamur  : 

Uxor  ut  faciat  tua 
Proie  te  eximia  patrem, 
Ludat  inque  sinu  tun 
Vagiatque  Macutulus 
Quem  tibi  similem  opto. 

Quo  die  literas  tuas  accepi,   nuptiarum   triumphum   agebas  :  quo 

factura  est  ut  omnis  prserepta  nobis  sit  occasio  adornandi  profectionem » 

(Mscr.  orig.  Bibl.  Nationale.  Mss.  lat.  X°  8585,  f.  199.) 


\oïi  THÉODORE   DE   BÈZE   A    MACLOU    POMPON,    A    DIJON.  11 

osso  divortia.  ])ortinaciam  dico  et  caetora  id  goiuis.  Itaquo  moiim 
iiiihi  taiii  gratiini  est  con.jugium.  ut  i)arom  til)i  fclicitatciii  j)i-e- 
cari  non  dosinani.  Alexis  noster  et  Aqtdlius  valent,  scripturi  ad 
te  simili  atque  se  o])tulerit  oui  literas  ad  teeonnnittant  :  aberant 
onim  donio  quo  tenipore  lia'c  ad  te  dabani. 

Quse  hîc  agantur  nec  digna  sci'iptione  judico,  iiec  seril)ei'e  in 
pra?senti  possum,  nisi  forte  illud  scire  velis,  vêtus  quod  est  vohis 
Testamentum  id  Lutetiœ  novum  esse  :  supiMcatioties  ex  Senatus 
cons.  décrétas  in  proxiimon  diem  reUgionis  cmissa  ;  Academiam 
nostram  (x'.(7or.(iyy(>)-ja  factam'-^.  Graves  certè  liomines.  quos  pili 
tantopere  commoveant  !  Sed  de  liis  satis.  Epitlialaniion  à  nobis 
expecta  :  intérim  vide  nt  virum  agas.  \a\(\  et  vîovvufr,v  mihi 
iteriim  atque  iterum  saluta.  Lutetiae,  nonis  Maii  (1542). 

I).  Agiantho  cupio  etiam  atque  etiam  eommendari. 

(Inscriptio  :)  A  mon  meilleur  Amy  Monsiinir  Pompon.  Avocat 
on  Parlement,  à  Dijon. 

*  On  lit  dans  Bulaus  (Hist.  Fniversitatis  Parisiensis,  VI,  377-379)  les 
paragraphes  suivants,  qui  lixent  le  millésime  de  la  présente  lettre  :  «  Anno 
1542,   initio,   confecti   sunt  Articuli  quidam    Beformationis   disciplince 

Scholasficœ Lecti  sunt   in    pultlicis  Comitiis    5    Maii,  suntque    ejus- 

modi   :    1.  Quôd  Discipuli   sacrificin  [misspp]  adesse  cogantur,   simul  ad 

lioras  Christiparse    virginis    dicendas 2.   Item   quôd  Praeceptores  sint 

graves  moribus  et  conditione  ])robati,  ornati  vestitu  qui  Regentem  deceat 

8.  Item  ab  impudicis  Hsereticorum  voluminibus omnino  abstineant,  et 

apud  se  nuUa  sibi  servent 11.  Item  ne  prolixa  barba,  quod  maxime 

indecorum  est,   légère  permittantur Item   quôd  secrète  interrogentur 

Adolescentes,  si  inter  eos  immorigeri  fuerint  aliqui  libros  habentes  sus- 
pectse  Religionis,  qui  alios  in  suam  sententiam  trahere  conentur. 

«  Hsec  acta  sunt  Rectore  M.  Xicolao  du  Gast.  cui  die  23  Junii  substi- 

tutus  est  M.   Leodegarius   a  Quercu quo   Rectore   indicta  supplimtio 

solemni.s  edicto  Curisp  ad  hœreaeot}  extirpa  fi  on  cm.  Edixit  enim  Rex  contra 
Lutheranos  et  Curia  Parlamentsea  vetuit  typis  excudi  eorum  libros;  inqui- 
situm  quoque  in  novatores  malè  seutientes  de  fide  et  curionibus  urbis  tra- 
ditae  schedulae  in  quil)us  formula  continebatur  inquisitionis. 

«  Die  ultima  Augusti inhibait  [Universitas]  ne  harhani  nutrirent  : 

tune  enim  invaluerat  mos,  ut  plerique  barbati  immè  harbatissimi  videri 
vellent.  » 


12  JEAN    CALVIN    A   GUILLAUME    FAREL,    A   NEUCHATEL.  1342 


1115 

JEAN  CALVIN  à  Guillaume  Farel,  à  Neuchâtel. 
De  Genève,  10  mai  1542. 

Calviiii  EpistoliE  et  Rosp.,  1575,  p.  37.  Cal.  0pp.  XI,  892. 

Postridio  aut  saltom  biduo  postqiiam  tibi  scripsoram*,  venif 
Carmelita  Lugdimensis^,  à  quo  non  frustra  tinniinius.  NonfefeUit 
nos  diu  :  vultu,  verhis,  toto  denique  corpore,  qiialis  esset  prodidit. 
Neque  tamen  obstitit  qiiominus  cum  eo  hunianiter  ageremus. 
Omitto  privatabenevolentise  testimonia.Quantùniad  ministerium 
ipsum  attinet,  ut  obviàm  iremus  poriculis  omnibus,  quœ  varia 
hinc  indo  instabant,  contuUmus  cum  collegis  Nostris,  quietunn 
erga  eum  ratio  tenenda  foret.  Communitor  censuimus  euni  ad 
nos  vocanduni  esse,  rogandunique  ut  nobis  consilium  suuni 
exponeret.  Condiximus  in  postorum  dimn.  Ad  prinium  postulatuni 
res])ondit,  se  eo  aninio  venisse  ut  ecclesiae  serviret.  Tum  excusare 
cœpi,  quôd  non  statim  eum  reciperemus  :  ordinem  enini  esse 
nobis  prsescriptum  a  Domino,  quem  in  ullius  liominis  gratiam 
violari  nefas  esset  :  id  quoque  ad  exemphim  pertinere,  ne  admitti 
se  alii  quoqu(^  eodem  modo  i)Ostularent.  Hortatus  sum  ut  cogi- 
taret  rem  non  (sse  in  manu  nostra  sitam,  cum  aperto  Dei  Verbo 
conscientiae  nostnie  constrictae  tenerentur.  Quôd  si  tinior  Dei 
nos  non  imjxHliret,  ne  per  homines  quidem  licere  :  quia  ejus 
rei  conq)ositam  formulam  haberennis,  cui  stare  nos  oi)orteret. 
DeprtH'atus  sum  deind(\  ne  contemptu  sui  aut  diffidentia 
nos  difterre  existimaret.  Addidi  ejus  quoque  imiirimis  inter- 
esse, ne  ita  subite  onus  subiret  :  satins  fore  nuilto,  si  ali- 
quantulum  adhuc  t(Mnporis  ad  delil)erandum  sil)i  sumeret.  Tota 

*  Calvin  fait  ])rol)al)l<'nif'nt  allusion  à  la  lettre  que  Farel  reçut  tardive- 
ment de  lui  à  la  lin  d'avril  (N"  1110,  renv.  de  n.  1). 

*  Voyez  la  lettre  de  Farel  du  19  avril  (VII,  454,  renv.  de  u.  1  )  et  le 
V  1119. 


1342  JEAN    CALVIN    A    GUILLAUME    FAREL,    A    NEUCllATKL.  13 

oratio  ciiiu  erga  cuiu  honorifica  erat,  tuiu  jjloiia  boiK'volentiiB  ac 
luimanitatis.  Excepit  broviter,  so  potoro,  ut  tidos  si])i  oxt(Miij)lo 
daretur:  duas  osso  causas  cur  iiollet  susponsus  diutius  niancro. 
Nuiic  so  habere  idoneos  comités  à  /]uibus  doducerctur.  et  (mjuo 
etiam  ac  viatico  instruerctui'  :  jjosthac  non  oam  sil)i  coninio- 
ditatom  foro.  Doinde  si  in  Galliani'^ïïn  reniigrandnni  foret,  nihil 
esse  melius  quàni  id  citissiniè  fieri,  anttMjuani  runior  de  ejus  ad 
nos  adventu  latiùs  manaret. 

Jussinius  j)aulispei'  secedere  ex  conimuni  consilio.  Viretus 
longani  et  grav(nn  orationem  de  religione  ac  diligentia  qua;  in 
vocandis  ministris  servanda  esset.  habuit.  Produxit  tuni  (^x 
Verbo  Doniini,  tuni  ex  veteris  Ecclesiiv  historiis  exenipla, 
rationes  adhibuit  quœ  ad  causani  facere  videbantur.  Erat 
hujusmodi  oratio  qua?  hominem  non  lacesseret,  et  tanien  al) 
importuna  illa  testinatione  retrahere  eum  deberet:  qute  denic^ue, 
si  quid  haberet  jjudoris  ingenui,  sine  exprobratione  aliqua  p(M-- 
niovere  ad  verecundiam  posset.  Atqui  adeô  fractus  non  fuit,  ut 
inde  ceperit  majorem  ferociendi  audaciam.  «  Si  Domini,  in(|uit. 
spiritum  vos  hal)ere  putatis,  ego  eo  non  sum  destitutus.  Scio  igitur 
quid  liceat.  Non  liîc  sum  quidem  ut  quas  à  vobis  objecta  sunt 
refellam  :  constat  tamen  Apostolos  non  fuisse  vicissim  probatos 
alios  ab  aliis.  »  Hoc  autem  j)roferel)at  tanto  fastu,  ut  videretui- 
à  refutatione  abstinere,  quoniam  non  essemus  digni  quibuscum 
experiretur.  Addidit  se  libentcn-  id  passurum  fuisse,  si  ante 
proximam  Quadragesimam  hue  veniss(^t.  Nunc  cum  in  eeclesia 
tam  vicina^  spécimen  sui  ediderit,  notiorem  se  debere  esse,  quàni 
ut  nova  ])robatione  oi)us  halxv'^t.  Respondi  non  esse  i]lic  eccle- 
siam  ex  qua  judicium  de  Pastoribus  sumi  oporteret.  Quôd  si 
alicjuid  nominis  illic  comparasset,  mirum  non  esse  :  evenire  enim 
Gallis  quod  ait  Salomo,  nempe  animis  famelicis  etiam  amara 
esse  dulcia.  Ad  hnec  magnam  intirmitatem  déclarasse  in  suis 
concionibus.  Nos  quidem  non  exprobrandi  aninio  hœc  comme- 
morare,  sed  ineptis  ejus  jactantiis  cogi.  Ita  discessum  est,  nisi 
quôd  unusquisque  pauca  verba  subjecit.  ad  hominem  mitigandum  : 
scis  (juid  profectum  fuerit.  Paulô  post  dixit  in  diversorio,  se  hîc 
nullos  reperire  doctos  homines  :  atque  ut  videas  hominem  plané 
furiosum,  dixit  nulla  occasione.  (Aim  unus  fortasse  me  et  Yiretnm 

^  L'église  de  Lyon. 


14    LE  CONSEIL  DE  SOLEURE  AUX  CONSEILS  DE  NEUCHATEL.   1542 

iiomiiiasset,  respondit  fastuosè,  myriadem  esse  in  Gallia  multo 
doctioruin.  Quid  refert  V  inquies.  Ego  verô  istas  ineptias,  ut  par 
est,  rideo.  Aniinadverto  tamen  esse  certa  argumenta  malevoliac 
maligni  aninii.  Rogal)is  quàm  sit  doctus  qui  in  alios  omnes  adeo 
severus  est  censor.  Vidisti  multos  asinos,  fing(>  te  unuin  ex  illis 
videre. 

Dum  liaec  scribo,  literse  mihi  tuœ  aflferuntur,  quibus  rursum 
tlagitas  ut  alter  nostrûm  istuc  veniat.  Atqui  si  scias  quàm  multa 
et  necessaria  nos  hîc  detineant,  facile  excusatos  habeas.  Magnam 
fratrmn  multiiudinem  nunc  haljemus,  qu'ibus  in  singnJas  horas 
respondendum  est.  Inter  eos  duo  sunt  saltem  de  quibus  non 
modo  bene  speramus,  sed  splendidè  nobis  pollicemur.  Alii  sunt 
etiam  non  inepti,  sed  illi  duo  excellunt  \  Nuncius  tuus  nondum 
colloquutus  est  nobiscuni,  sed  post  catechismum  ad  me  veniet. 
Vale,  frater  integerrime.  Viretus  te  plurimùm  salutat,  cujus 
nomine  hsec  scri])si,  longé  plura  additurus,  si  ocium  foret,  sed 
jam  aliô  vocor.  Utinam  liceret  chartam  hanc  implere  :  materia 
enim  suppetit  et  animus  non  deest,  sed  abrumpere  omnia  cogor, 
Iterum  vale.  Genevae,  x  Mail,  M.  D.  XLII. 


1116 

LE  CONSEIL  DE  SOLEUEE  aux  Gonsells  de  Neuchâtel. 
De  Soieure,  10  mai  1542. 

Inédite.  Copie  officielle  contempor'.  Arch.  de  Berne. 

Nobles,  Magnifticques,  lionnorables  et  sages,  très  chers  et  grans 
amys,  à  vous  de  très  bon  cueur  et  le  plus  que  faire  povons  nous 
nous  recommandons. 

*  Calvin  jjarlo  f^ncore  de  ces  candidats  au  ministère  dans  ses  lettres  du 
16  juin  et  du  28  juillet. 

^  En  tête,  cette  note  de  la  chancellerie  de  Neuchâtel  :  «  Coppie  extraicte 
sur  le  vray  original  de  la  lettre  à  nous  envoyée  par  les  Seigneurs  de 
Salleurre.  » 


loi:2  LE  CONSEIL  DE  SOLELRE  ALX  CONSEILS  DE  NEUCHATEL.    !o 

Très  c'hors  et  grans  amys  !  Pai*  noz  très  chers  et  ospèciaulx 
aiiiys,  alliez  et  conibourgeois  du  Landeron,  sommes  estez  advertiz 
que,  la  sepmaine  passée,  vous  vous  este  transj)ortez  au  dict 
Landyron,  et  leurs  avez  faict  requeste  de  |)reiidre  le  ritte  de 
rÉvangille  et  la  Rétbrmatiou  d'icelle  -,  —  disans  que,  se  le  pren- 
dront, il  mettront  nostre  très  lionnorée  Dame  etCombourgeoise 
De  Longuevïlle  de  repos  ;  et  que  vous.  Monsieur  le  Gouverneur, 
avez  dict  que,  se  ne  le  vouldront  faire,  que  seriez  contrainct  de 
faire  chose  que  ne  feriez  pas  volentiers. 

Très  chers  et  gi*ands  amys,  fions  nous  esbayons  grandement 
dont  peult  venir  que  noz  dictz  bourgeois  sont  ainsin  par  vous 
journellement  perturhez  et  molestez,  contre  plusieurs  offres  de 
justice  que  cy-devant  vous  avons  faict,  au  contenu  de  la  bour- 
geoisie que  avons  avecque  nostre  dicte  Dame  comjjrins  dedans 
sa  ville  et  pays  de  Neufcliastel,  contre  la  paix  universelle  de  ce 
pays,  contre  toutes  promesses,  et  mesmement  ra])])oinctement 
que  vous.  Monsieur  le  Gouverneur,  avez  faict  dernièrement  '\ 
Et  eussions  pensé  que  vous  promesses  et  a])poinctemens  ne  fussent 
si  légières  comme  ilz  se  monstrent.  Et  ne  savons  pour  laquelle 
chose  nostre  dicte  Dame  sera  par  ce  mise  en  repos,  sinon  i)ar 
information  des  choses  aultrement  que  à  l'aventure  ne  sont,  veu 
qu'elle  mesme  a  escript  devant  quelque  peu  de  temps  le  con- 
traire, concédant  aus  ditz  noz  bourgeois  vivre  à  l'ancienne  vraye 
foy  catholique,  comme  se  trouvera  par  ses  dictes  lettres,  et  que 
elle-mesmes  vit  en  icelle  foy  et  relligion. 

Sur  ce,  vous  prions  et  requérons  très  acertes  et  le  plus  que 
faire  povons,  qu'il  soit  de  vostre  bon  plaisir  de  laisser  noz 
dictz  bourgeois  en  paix  et  tranquilité,  et  vivre  selon  leur  plus  * 

*  A  comparer  avec  le  N'  1112. 

«  La  convention  du  30  octobre  1541  (t.  YII,  p.  399,  n.  5  ;  401,  n.  10)  ? 

*  D'après  MM.  de  Soleure,  les  paroissiens  du  Landeron  auraient  déjà 
fait  <f  uyi  plus,  »  c'est-à-dire  une  votation,  et  se  seraient  prononcés  en  ma- 
jorité pour  la  messe  avant  le  mois  de  mai  1542.  Et  Berne  les  invitait  à 
voter  encore  une  fois,  le  dimanche  14  mai  (N"  1112,  renv.  de  n.  4),  sur 
la  même  question  !  La  cliose  devait  sembler  abusive  aux  Soleurois  (Voy. 
t.  II,  p.  403,  premier  paragraj)he). 

Fréd.  de  Chambrier,  qui  a  dû  connaître  la  présente  lettre,  ne  ])araît  pas 
avoir  admis  la  réalité  de  cette  première  votation  des  Landeronais.  Il 
s'exprime,  en  eftet,  comme  il  suit  :  «  Au  Landeron,  il  s'agissait  de  savoir 


16    LE  CONSEIL  DE  SOLEURE  AUX  CONSEILS  DE  NKUCHATEL.   1542 

et  consciences,  sans  leurs  faire  ny  souffrir  faire  aulcune  violence 
ou  perturbation  et  molestation,  ainsi  que  la  dicte  paix  universelle, 
où  sont  conii)rins  tous  les  habitans  de  ce  pays,  et  rappoinctement 
dernièrement  faict  et  accordé  })ortent.  Car  où  cela  n'auroit  lieu, 
ou  que  on  leur  veuille  faire  telle  tyrannie,  tort  et  violence,  en 
estans  advertiz,  serions  contrains  de  donner  ayde  et  confort  à  noz 
dictz  bourgeois,  pour  les  mainctenir  en  leur  bon  droict  et  raison, 
selon  le  contenu  de  la  Combourgeoisie  que  avons  avecques  eulx. 
Vous  prians  nous  envoyer  sur  ce  vostre  response  par  le  présent 
porteur,  pour  nous  savoir  sur  ce  conduire,  Aultrement,  envoye- 
rons  par  devers  nostre  dicte  Dame  de  Longtievïlle,  ou  luy 
escrirons  pour  savoir  d'icelle  si  c'est  son  opinion  de  contrevenir 
à  la  paix  universelle  %  de  rompre  tous  appoinctemens,  promesses 
et  accordz  à  la  combourgeoisie  estant  entre  icelle  Dame  et  nous  : 
de  contraindre  noz  bourgeois  contre  leurs  consciences  et  la  foy  : 
aussi  contre  les  bons  privilèges  lesquelz  ont  des  Seigneurs  et 
Dames,  Contes  et  Contesses  de  Neufchastel,  dont  ilz  ont  bonnes 
Lettres  :  se  pour  faire  tyrannye  et  tort  à  ses  subjectz,  elle  sera 
mise  en  re])Os  V 

Et  ce  pendant  veu[i]llez  désister  et  faire  désister  gens  imjjor- 
tuns,  desirans  noises  et  débatz,  de  toutes  innovations  et  forces  : 
et,  si  ainsi  ne  povoit  estre,  vous  contanter  de  droict  et  raison, 
selon  les  offres  cy-dessus  faictes.  Et  quant  le  pourrions  déser- 
vir envers  vous,  en  toutes  choses  à  nous  j)ossibles  le  ferons 
de  très  bon  cueur,  aydant  nostre  Créateur,  à  qui  prions 
qu'il  vous  doint,  chers  Seigneurs  et  grans  amys,  sa  grâce  et 

qui  l'emporterait  du  patronage  politique  de  Soleure,  ou  du  patronage 
ecclésiastique  de  Berne  ;  on  convint  d'une  assemblée  du  peuple  où  la  plu- 
ralité déciderait  ;  selon  la  tradition,  les  voix  se  trouvèrent  égales,  et  on 
alla  chercher  aux  champs  le  berger,  qui  décida  pour  la  messe,  14  mai  1542  » 
(Hist.  de  Neuchâtel  et  Yalangin,  1840,  p.  309).  —  Boyve  (Annales,  II,  428) 
dit  que  Berne  envoya  trois  députés  à  la  conférence  du  14  mai  ;  que  Farel 
et  quelques  frères  s'y  rencontrèrent  avec  les  quatre  ministi-es  [1.  Ministraux] 
de  la  ville  de  Neuchâtel  ;  que  les  suffrages  se  trouvèrent  partagés.  «  Et  quel- 
qu'un s'étant  avisé  de  dire  qu'il  y  avait  encore  un  bourgeois  qui  n'avait 
pas  voté  et  qui  était  aux  champs,  on  l'amena  :  c'était  le  berger  du  trou- 
peau, etc.  » 

*  La  paix  de  Bremgarten,  signée  en  1531  par  Zurich  le  16  novembre, 
par  les  Bernois  le  22  novembre  (Boyve,  II,  327,  329.  —  Ruchat,  II,  439, 
451.  —  Jean  de  Muller,  X,  493-94). 


1542  LES  CONSEILS  DE  NEUCHA.TKL  AU  CONSEIL  DE  SOLEURE.    17 

très  bonne  vie.  De  nostre  ville  de  Salleure,  ce  x'  ^  de  may, 
Tan,  etc.,  xLn. 

Les  Advoyers  et  Conseil  de  la  ville  de  Salleure. 

(Suscription  :)  Aux  Nobles  et  magpnificques,  honnorablos  et 
saiges  Seigneurs  Monsieur  le  Baillif  et  Lieutenant  général, 
ensemble  les  quatre  du  Conseil  de  nostre  très  honnorée  Dame  et 
quatre  du  Conseil  de  Neufchastel  lesqueîz  sont  estez  derniè- 
rement au  Landeron,  Noz  chers  Seigneurs,  bons  et  singuliers 
amys. 


1117 

LES  CONSEILS  DE  NEUCHATEL  au  Gonseil  de  Soleil  re. 
De  Neuchâtel,  Il  mai  154:2. 

Inédite.  Copie  officielle  contempor.  '  Arch.  de  Berne. 

Magnificques  et  puyssans  Seigneurs!  Nous  avons  receu  voz 
lètres  par  vostre  messaigier.  Ausquelles  gist  à  considérer,  aussi 
à  regarder  aux  choses  par  cy-devant  faictes,  à  cause  de  ce  que 
dictes  que  vous  alliez  et  combourgeoys  du  Landeron  vous  ont 
advertyr,  que  Ton  les  veult  forcer  à  prandre  et  recepvoir  le 
sainct  évangille  de  Jhésus-Christ.  Là-dessus  nous  vous  advisons 
que  en  briefz  nous  assemblerons  les  gens  du  Conseil  lesqueîz 
ont  par  cy-devant  traicter  avec  nous  des  affayres  du  dict  L«w- 
ierow;  aussi  verrons  diligemment  les  Lètres  que  nostre  Dame 
et  Princesse  a  par  sy-devant  ordonné  sur  ce  faict.  Et,  après 
avoir  le  tout  bien  veu,  nous  vous  ferons  responce  sur  vos  dictes 
lètres.  Tant  y  a  que  vous  pouvons  dire  véritablement  qu'avez  esté 
en  nostre  endroit  très  mal  informez.  Car  si  aucuns  vouliont 
forcer  les  dicts  du  Landeron  pour  le  faict  dont  nous  escripvez, 

'  La  lettre  originale,  conservée  aux  Arch.  d'État  de  Neuchâtel,  est  en 
allemand  et  datée  du  9  mai  1542. 

^  Cette  copie,  faite  par  le  notaire  neuchâtelois  A.  Bretelz,  était  destinée 
à  MM.  de  Berne. 

T.    VIII.  2 


18     LES  CONSEILS  DE  NEUCHATEL  AU  CONSEIL  DE  BERNE.   1S42 

de  toute  la  petite  puyssance  que  Dieu  a  mis  en  ce  pays,  comme  de 
ce  fayre  avons  commandement  de  nostre  d.  Dame,  avec  nostre 
volunté,  les  en  garderont  les  premiers:  tant  s'en  fault-il  que 
délibérer  ayons  de  ce  fayre,  —  comme  dit  Tavons  aus  dits  du 
Landeron.  De  quoy  vous  avons  bien  voulssus  advertir,  en  nous 
recommandant  de  bien  bon  cueur  à  voz  bonnes  gnâces.  Escript 
et  cacheté,  ou  nom  de  nous  tous,  du  séel  de  moy  le  dit  Gouver- 
neur. Escript  à  Neufchastel,  ce  xi""^  jour  de  May  1542. 

Le  GOUVERNEUR   ET  AUCUNS   DES   GENS  DU  CONSEIL 
DE  MA  DITE  DaME,  ET   LES   CONSEILLIERS   DE   LA 

VILLE  DE  Neufchastel. 

(Suscription  :)  A  Magnificques  et  puyssans  Seigneurs  TAdvoyer 
et  Conseil  de  la  ville  de  Salleure,  noz  chers  Seigneurs  et  grands 
amys  ^ 


1118 

LES  CONSEILS  DE  NEUCHATEL  au  Gonseïl  de  Berne. 
De  Neuchâtel,  il  mai  1542. 

Inédite.  Manuscrit  original.  Arch.  de  Berne. 

Très  redoubtez,  Magnificques  et  très  puyssans  Seigneurs  ! 
Nous  avons  veu  par  la  responce  qu'il  vous  a  pieu  nous  fayre 
sur  nostre  pétition,  comme  contynuer  [1.  continuez]  à  vostre 
sainct  propos  et  poursuyvre  l'honneur  et  gloyre  de  Dieu  et  le 
salut  de  tous,  ains  que  envoyerez  vous  ambassadeurs  au  Lande- 
ron. De  quoy  vous  remertions  très  humblement.  Depuys,  les 
Seigneurs  de  Salleurre  nous  ont  escript  une  lettre,  de  laquelle 
vous  envoyons  le  double  :  par  lesquelles  vous  playra  voir  comme 
les  choses  [se]  passent.  Et  ne  souffit  à  leurs  lettres  ;  mais,  comme 
entendons,  leurs  avoi[e]r  et  secrétaire  sont  au  dit  Landeron, 

*  Note  du   chancelier  bernois  Pierre    Giroti  :  «  Neuchâtel.  Landeron. 
Cressier.  Evangelii  res.  » 


1342       JEAN  CALVIN  AUX  ÉVANGÉLIQUES  DE  LYON.  \9 

faignant  il  avoir  des  affayres  particulières.  De  qiioy  vous  avons 
bien  voulssu  advertir.  Et  vous  supplions  par  ceste,  que  nous 
vueilliez  fayre  saige  [1.  conseiller],  par  vos  d.  ambassadeur,  de 
la  responce  qu'avons  affayres  [1.  à  fdire]  ans  d.  de  Salleurre  sur 
les  prindpaulx  ])oint,  pour  n'y  avoir  encores  satisfais,  comme 
vous  playra  voir  par  le  double  des  lettres,  que  vous  envoyons, 
de  la  responce  que  leurs  avons  envoyé.  Vous  supplyant  encore 
une  foys  avoir  ceste  mathière  pour  recommandé  et  il  nous  assis- 
ter, comme  de  ce  nous  nous  asseurons  envers  vous  en  nous  re- 
commandant très  humblement  à  vostre  bonne  grâce  et  souve- 
nance. Escript  à  Neufchastel,  ce  xi"*  de  May  1542. 

Voz  très  humbles  serviteurs,  le  gouverneur,  les  gens  du 
Conseil  de  Madame  la  Contesse  de  Neufchastel  et  les 

CONSEILLIERS   DE   LA   DITE   VILLE   DE   NeUFCHASTEL. 

(Suscription  :)  A  très  redoubtez,  magniticques,  très  puyssans 
Seigneurs  Messeigneurs  l'Advoyer  et  Conseil  de  la  Ville  de 
Berne  K 


1119 

JEAN  CALVIN  aiix  Evangéliques  de  Lyon. 
(De  Genève,  vers  le  milieu  de  mai  1542  \) 

Minute  originale.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n°  145.  Jules 
Bonnet,  o.  c.  I,  57.  Calv.  0pp.  XI,  396. 

La  grâce  et  paix  de  Dieu  nostre  père  par  nostre  Seigneur 
Jésus-Christ,  soit  et  demeure  tousjours  sur  vous  par  la  vertu 
de  son  sainct  esprit  ! 

Très  chers  frères,  nous  désirerions  d'avoir  matière  de  vous 
escripre  qui  vous  i^înt  à  plus  grande  consolation.   Car  quant 

^  Cette  lettre,  écrite  par  A,  Bretelz,  porte  la  note  suivante,  de  la  main 
de  P.  Giron  :  «  Neuchâtel.  Landeron.  Soleure.  Copie  d'une  lettre  grossière,^ 
Angaria  vernalis.  » 

^  La  lettre  de  Calvin  du  10  mai  fournit  la  date  approximative. 


20  JEAN   CALVIN   AUX    ÉVANGÉLIQUES   DE   LYON.  1542 

quelque  aultre  vous  contristeroit,  nous  serions  les  iwe^niers  qui 
vouldrions  mectre  paine  à  vous  resjoyr.  Mais  la  nécessité  nous 
contrainct  pour  ceste  heure  de  user  envers  vous  d'aultre  argu- 
ment que  nostre  vouloir  ne  porteroit,  si  c'estoit  à  nous  à  choi- 
sir. Toutesfois,  pource  que  nous  espérons  bien  que  nul  de  vous 
ne  pensera  que  nostre  intention  soit  aultre  sinon  de  vous  édi- 
fier, consoler  et  confermer  en  Nostre  Seigneur,  nous  ne  ferons 
point  plus  longues  excuses  en  cest  endroict,  touchant  le  contenu 
des  présentes,  que  vous  ne  preniez  point  en  maulvaise  part  ce 
quil  ^  vous  pourra  apporter  plus  de  fascherie  que  de  resjoys- 
sance.  Nous  sçavons  bien  aussi  que  c'est  chose  odieuse  de  vitupérer 
ung  hoDime  qui  non-seulement  est  en  bonne  réputation,  mais  a 
acquis  quelque  bruit  et  renommée.  Mais  quant  vous  aurez  en- 
tendu les  liaisons  qui  nous  meuvent  à  ce  faire,  nous  ne  douhtons 
point  que  vous  ne  vous  teniez  très  contens  de  nous. 

Pour  vous  advertir  en  brief,  nous  avons  à  vous  escripre  quel- 
ques nouvelles  ^  touchant  le  Carme  qui  a  là  presché  le  caresme 
dernier  *,  lesquelles  ne  tourneront  pas  à  sa  louenge.  Ce  que  nous 
en  faisons  n'est  point  de  cupidité  que  nous  ayons  de  détracter 
de  luy.  Car  encores  que  nous  ayons  quelque  occasion  qui  nous 
peult  induire  à  cela,  nostre  courage  n'est  pas  tel,  et  n'en  avons 
point  la  coustume.  Mais  quant  nous  vous  aurons  exposé  la 
raison  qui  nous  meut,  elle  vous  pourra  plainement  satisfaire  : 
d'aultant  qu'il  s'en  est  retourné  par  devers  vous  mal  content 
du  recueil  que  luy  avions  faict,  comme  il  a  dict  à  quelques-ungs, 
nous  pensons  bien  que,  estant  par  delà,  il  vous  pourra  fère 
beaucoup  de  complainctes,  et  ne  fust  que  pour  se  purger  de  ce 
qu'il  retourne  de  rechef  en  l'abisme  dont  le  Seigneur  Tavoit 
délivrée  Or  nous  voyons  d'aultre  part  quelle  offence  vous  pour- 

*  En  corrigeant  la  présente  lettre,  qu'il  avait  dictée,  Calvin  a  ajouté 
de  sa  main,  les  mots  suivants  :  «  que  vous  ne  preniez  point  en  maulvaise 
part  ce  quil.  » 

'  L'auteur  a  biflfé  les  mots  quelque  chose,  et  il  les  a  remplacés  par 
quelques  nouvelles.  Plus  bas,  au  lieu  de  qui  ne  tournera,  il  a  écrit  lesquelles 
ne  tourneront. 

*  Voyez  la  lettre  de  Farel  du  19  avril,  premier  §  (t.  VU,  p.  454). 

*  La  conduite  ultérieure  du  carme  de  Lyon  prouva,  en  effet,  qu'il  était 
rentré  dans  l'Église  romaine.  Lorsqu'il  revint  en  Suisse,  ce  fut  pour  se 
poser  hardiment  en  défenseur  de  la  messe.  (Lettre  de  Yiret,  9  nov.  1544; 
de  Farel,  1er  déc.  1544;  lettres  de  Calvin,  13  déc.  1544  et  7  nov.  1545.) 


1342       JEAN  CALVIN  AUX  ÉVANGÉLIQUES  DE  LYON.  21 

riez  concevoir  contre  nous,  si  vous  n'estiez  deuement  advertis 
de  tout  l'aifaire^  En  tant  doncques  que  nous  sommes  tenus  à 
vous  à  cause  du  lien  duquel  le  Seigneur  nous  a  conjoinctz  en- 
semble, et  que  nous  serions  coupabk^s  devant  Dieu  envers  vous, 
si  nous  ne  mections  paine  d'obvier  à  tous  les  scandales  que  le 
Diable  tasche  d'esmouvoir  pour  nous  séparer  et  aliéner  de 
l'unité  que  le  Seigneur  a  mise  entre  nous,  il  nous  a  semblé  advis 
bon  de  vous  réciter  simplement  Thistoire  du  recueil  et  traicte- 
ment  que  luy  avons  t'aict,  et  au  contraire  comment  il  s'est  porté, 
pour  vous  laisser  le  jugement  de  ce  qui  l'a  peu  esmouvoir  à  se 
mescontenter  de  nous.  Ce  que  nous  vous  en  réciterons  sera 
comme  devant  Dieu,  lequel  nous  appelions  en  tesmoing,  le 
priant  de  manifester  la  vérité  telle  qu'elle  est,  et  confondre 
ceulx  qui  vouldroient  user  de  mensonge  et  calumnies  aucunes. 
Quelques  jours  après  qu'il  fust  arrivé,  ayant  desjà  parlé  à  luy 
en  particulier,  et  luy  ayant  monstre  signes  de  humanité  et  amy- 
tié,  nous  Vappellasmes,  estans  ensemhle\  pour  sçavoir  sa  délibé- 
ration. Ap7'ès  qu'il  nous  eust  dict  qu'il  estoit  venu  pour  servir  à 
l'église  de  Dieu,  nous  le  priasmes  de  ne  p^'endre  point  en  mau- 
vaise pa7't  ce  que  nous  ne  luy  avions  point  présenté  du  premier 
jour  la  chaière.  Pareillement  le  priasmes  de  nous  vouloir  excu- 
ser, si  nous  différions  encores  quelque  temps,  et  luy  remons- 
trasmes  les  raisons^  qui  nous  empeschoient  de  nous  haster.  Pre- 
mièrement, pource  que  Nostre  Seigneur  nous  a  baillé  nostre 
reigle  par  escript.  laquelle  il  ne  nous  est  licite  de  oultrepasser  : 
c'est  qu'il  nous  a  di^tî'endu  de  recevoir  homme  au  ministère 
devant  que  l'avoir  bien  et  deuement  ap])rouvé  ;  que  cest'e  reigle 
nous  doibt  estre  inviolable,  si  nous  voulons  avoir  bon  ordre  et 
police  en  l'église.  Nous  l'admonestasmes  de  considérer  combien 
l'excellence  du  ministère  nous  estoit  recommandée  de  Dieu, 
laquelle  seroit  vilipendée  si  on  y  recevoit  ung  homme  à  la  volée 
sans  observer  forme  légitime.  Secondement,  nous  luy  remons- 
trasmes  en  quelle    conséquence  cela  pourroit  venir,  si   nous 

®  Au  lion  de  toute  la  cause,  Calvin  a  écrit  tout  l'affaire. 

''  Probablement,  le  vendredi  5  mai.  La  «  Congrégation  générale,  »  ou 
assemblée  de  tous  les  pasteurs  du  territoire  genevois,  se  réunissait  ordinai- 
rement le  vendredi  matin,  pour  s'occuper  des  affaires  ecclésiastiques  (Voy. 
la  n.  14).  Plus  tard,  le  corps  des  pasteurs  fut  appelé  la  Compagnie. 

*  Dans  l'édition  de  Brunswick,  le.s  occasions. 


22  JEAN   CALVIN   AUX   ÉV ANGÉLIQUES   DE   LYON.  1542 

rintroduisions  ainsi  hastivement,  à  sçavoir  qu'ung  aultre  voul- 
droit  estre  receu  à  son  exemple,  et,  en  quelque  sorte  qu'il  en 
advînt,  que  nous  tomberions  en  une  plus  grande  confusion  qu'il 
n'y  a  eu  le  temps  passé,  faisant  dispense  à  Fung  et  la  dényant 
à  l'aultre  :  laquelle  inéqualité  est  une  ruyne  mortelle  en  l'église 
de  Dieu.  Tiercement,  nous  luy  dismes  que  quant  nous  aurions 
si  mauvaise  conscience  de  vouloir  en  sa  faveur  transgresser  le 
commandement  de  Dieu,  qu'il  ne  nous  seroit  point  ])ermis 
néantmoins,  j)0urce  que  nous  avons  noz  loix  ecclésiasticques 
réduictes  par  escript  ^  lesquelles  nous  chantent  une  leçon  toute 
diverse.  Or  il  nous  les  fault  observer,  veu  que  tout  le  peuple  à 
nostre  instance  s'y  est  obligé.  Pour  le  quatriesme,  nous  luy 
remonstrasmes  que  c'estoit  mesmes  son  jjrofit  que  la  chose  se  fît 
meurement,  pource  que  ce  pendant  il  auroit  le  loisir  de  consi- 
dérer combien  la  charge  est  difficile  et  fâcheuse,  afin  de  prendre 
conseil  sur  cela  de  ce  qu'il  auroit  à  fère;  semblablement  de 
cognoistre  nostre  forme  et  manière,  afin  de  s'y  accommoder,  de 
peur  de  scandaliser  le  peuple,  lequel  est  tendre  et  délicat,  car 
les  plus  rudes  sont  quelque  fois  les  plus  dificiles  à  contenter. 
Néantmoins  si  luy  donnasmes-nous  bien  à  entendre  que  nostre 
intention  n'estoit  pas  de  le  tenir  long  temps  en  suspend  et  le 
fère  languir,  mais  plustost  de  regarder  en  brief,  et,  le  plus  tost 
que  possible  nous  sera,  de  l'ajjplicquer  au  service  de  Dieu.  Sur 
cela  nous  le  priasmes  d'avoir  encores  ung  petit  de  patience  en 
actendant  que  les  choses  se  fissent  selon  l'ordre  de  Dieu,  et  que 
ce  pendant  il  usast  de  nous  privément  comme  de  ses  frères,  nous 
oftrant  de  luy  fère  service  et  })laisir  en  toute  chose  que  le  Sei- 
gneur auroit  mis  en  nostre  main. 

Il  nous  sembloit  bien  que  noz  propoz  estoient  si  raisonnables 
qu'il  les  debvoit  i)rendre  en  payement.  Davantage,  nous  i)arlfiJons 
aultant  amyablement  qu'il  eust  sceu  demander,  et  sommes  cer- 
tains que  tout  homme  craignant  Dieu  et  ayant  bonne  conscience 
eust  esté  bien  satisfaict.  Qui  plus  est,  ung  homme  mesme  de 
mauvais  cœur,  moyennant  qu'il  eust  eu  quelque  honnesteté  et 
n'eust  pas  esté  du  tout  eftVonté,  eust  eu  honte  de  contredire. 
Nostre  moyne,  pour  toute  response,  nous  somma  de  Tasseurer 

'  Les  ordonnances  ecclésiastiques  adoptées  le  20  novembre  1541  ])ar  le 
Conseil  général  de  Genève  (VII,  350-51). 


1542  JEAN    CALVIN   AUX   ÉVANGÉLIQUES   DE   LYON.  23 

sur-le-champ,  nonobstant  toutes  les  raisons  que  nous  avions  allé- 
guées. Et  co  pour  (l(nix  causos  :  la  i)reiiiièro,  c'est  qu'il  avoit  pour 
lors  compaignio  (jui  le  pouvoit  conduire  seuromiMit  hors  des 
dangers  et  luy  fournir  monture  et  argent,  et  qu'il  n'auroit 
point  tousjours  ceste  opportunité  en  main  ;  la  seconde,  que  s'il 
avoit  à  s'en  retourner  en  France,  le  j)lus  tost  seroit  le  meilleur, 
devant  que  le  bruit  de  sa  venue  par  deçà  fust  [)ublié. 

Nous  vismes  bien  i)ar  ceste  response  qu'il  ne  sçavoit  que  c'estoit 
ne  de  l'église,  ne  du  ministère,  et  que  s'il  avoit  peu  d'intelligence, 
encores  avoit-il  moins  de  cœur  et  de  zèle.  Toutesfois,  l'ayant  faict 
retirer  et  ayant  parlé  ensemble  entre  nous,  encores  luy  fismes- 
nous  une  response  fort  doulce  et  gracieuse,  luy  priant  qu'il 
nous  pardonnast  si  nous  n'obtempérions  point  à  sa  requeste,  veu 
que  noz  consciences  estoient  abstrainctes  [1.  adstrainctes]  par  la 
parole  de  Dieu;  et  ce  qui  luy  avoit  esté  dict  auparavant  luy  fust 
explicqué  et  confermé  davantage  tant  par  tesmoignages  de 
l'Escripture  que  les  exemples  de  l'église  ancienne.  On  luy  fist 
aussi  des  exhortations  qui  le  pouvoient  bien  rompre  et  réduire 
à  me[i]lleure  raison,  s'il  n'eust  esté  par  trop  esgaré,  et,  affin 
qu'il  ne  luy  semblast  qu'on  ne  luy  tist  point  l'honneur  qui  luy 
appartenoit,  nous  luy  touchasmes  qu'on  avoit  bien  usé  de  telle 
forme  envers  ceulx  qui  le  valoient,  et  que  iceulx  s'estoient  vou- 
luntiers  assubjectis  à  cela. 

Lug,  au  lieu  de  se  renger,  réplicqua  plat  et  court  que  si  nous 
pensions  avoir  l'esprit  de  Dieu,  qu'il  n'en  estait  pas  destitué,  et 
monstra  bien  que  tout  ce  que  nous  avions  mis  en  avant,  il  le 
prenoit  à  mocquerie.  Nous  luy  respondismes  premièrement 
qu'en  ceste  matière  nous  avions  la  parole  de  Dieu  tant  clère  que 
noz  consciences  estoient  suffisamment  asseurées.  Et  encores  que 
la  chose  fust  doul)teuse  ou  que  nous  en  eussions  quelque  scru- 
pule, que  nostre  office  estoit  de  ne  rien  attenter  contre  ce  que 
nous  penserions  estre  du  vouloir  de  Dieu.  Toutesfois  que  ce  qu(^ 
nous  alléguions  estoit  si  cler  qu'il  n'estoit  jà  mestier  d'en  fère 
plus  longue  dispute.  Davantage,  (ju'il  se  debvoit  tenir  plustost 
pour  suspect  que  nous,  à  cause  qu'il  ne  regardoit  que  son  parti- 
culier, et  que  de  nostre  part  nous  n'avions  aultre  considération, 
sinon  de  suyvre  l'oi'donnance  de  Dieu.  Il  nous  réplicqua  aussi 
que  s'il  fust  venu  devant  le  caresme,  il  eust  bien  souffert  d' estre 
examiné,  mais  plus  \\.puis^  qu'il  avoit  presché  en  une  église  si  voi- 


24  JEAN    CALVIN   AUX   ÉVANGÉLIQLES   DE  LYON.  1542 

sine  ^^,  qu'on  dehvoit  bien  tenir  cela  pour  approbation.  Sur  ce  point 
nous  luy  dismes  qu'il  en  advient  en  France  comme  dict  Salomon, 
asçavoir  qu'à  une  âme  affamée  les  choses  amères  semblent  estre 
doulces  ;  car  le  povre  peuple  est  là  tant  affamé  de  la  vraye  doc- 
trine, que  quant  on  luy  en  touche  ung  petit  mot,  et  ne  fusse  qu'à 
demy,  il  est  tellement  ravy  et  transporté  qu'il  n'a  loisir  déjuger. 
Au  reste,  touchant  ce  qu'il  se  vantoit  d'avoir  là  presché,  nous 
luy  dismes  qu'il  n'en  dressât  point  les  cornes,  et  que  nous  sça- 
vions  bien  en  quelle  infirmité  ce  avoit  esté.  Et  toutesfois  nous 
protestasmes  que  ce  n'estoit  point  par  reproche,  et  que  nous  ne 
sommes  pas  si  inhumains  que  nous  ne  supportions  ceulx  qui 
sont  aucunement  infirmes  en  tel  danger  ;  mais  que  c'estoit  pour 
l'induire  à  se  recongnoistre,  afin  qu'il  ne  s'enorgueillist  point 
en  vain,  ayant  plus  de  cause  de  se  humilier.  En  la  fin  nous  tas- 
chasmes  de  rechef  de  l'adoulcir  et  luy  donner  bon  courage.  Et 
luy,  de  sa  part,  ne  fist  pas  d'aultre  semblant  d'estre  irrité  ". 

Le  lendemain,  estant  en  une  taverne  en  grande  compaignie,  en 
laquelle  il  y  avoit  envyron  une  dizainne  de  prescheurs  d'icy 
alentour  *^  après  qu'on  eust  devisé  de  quelque  matière,  —  sans 
qu"il  fust  provocqué  ne  qu'il  en  eust  occasion  aucune,  comme  s'il 
eust  esté  un  contrerolleur  de  tout  le  monde,  —  il  dict  qu'il  n!y 
avoit  point  d'iiomme  sçavant  par  deçà,  et  parla  encores  plus  oui- 
trageusement  que  nous  ne  disons.  Et  comme  la  vérité  vient  tous- 
jours  en  lumière  avec  le  temps,  nous  avons  esté  depuis  adverti& 
que,  du  premier  jour  qu'il  estoit  entré  en  ceste  ville,  il  n'avoit 
cessé  de  mesdire,  maintenant  de  l'ung  ou  de  l'aultre,  mainte- 
nant de  tous,  jusqu(>s  à  prononcer  qu'il  ne  trouvoit  nul  goust 
ne  nulle  édification  en  toutes  noz  prédications  et  lectures.  Et 
toutesfois  il  estoit  si  eftrouté,  que  ce  pendant  il  osoit  bien  venir 

^°  Celle  de  Lyon. 

^^  Ici  le  secrétaire  a  posé  la  plume.  Le  reste  de  la  lettre  a  été  écrit  par 
lui  eu  plus  petits  caractères  et  relate  des  faits  dont  quelques-uns  sont  pos- 
térieurs à  la  lettre  de  Calvin  du  10  mai. 

'^  Si  la  réunion  indiquée  plus  haut  (renv.  de  n.  7)  doit  s'entendre  de  la 
«congrégation  générale  »  du  vendredi,  cette  «  dizainne  de  prescheurs  d'icy 
alentour  »  désignerait  des  ministres  du  territoire  bernois  (Pays  de  Vaud, 
Pays  de  Gex  et  Faucigny)  voisin  de  Genève.  Ils  étaient  sans  doute  venus 
dans  cette  ville  pour  le  marché  du  samedi,  et,  avant  de  regagner  leur  vil- 
lage, ils  dînaient  ensemble  dans  une  taverne.  Les  «  restaurants  »  n'étaient 
pas  encore  inventés. 


1542       JEAN  CALVIN  AUX  ÉVANGÉLIQUES  DE  LYON.         25 

disner  chez  nous.  Nous  voyons  bien  quelle  raison  le  menoit  à 
cela,  c'est  que  le  povre  homme  est  si  affamé  de  gloire  qu'il  hrusle 
tout,  et  néantmoins  nous  ne  voyons  pas  qu'il  ayt  rien  en  quoy  il 
se  puisse  glorifier.  Car  quant  on  a/ira  bien  espeluché  tout  ce 
qu'il  a  au  vontre,  on  n'y  trouvera  que  pure  asnerie.  Il  sçait 
ung  peu  moins  en  la  langue  latine  q[u']ung  enfant  de  huit  ans 
ne  debvroit  faire.  En  TEscripture,  il  y  est  aussi  ignorant  qu'ung 
caffart,  et  toutesfois  il  est  si  enyvré  d'ambition  qu'il  ne  se  peult 
tenir  sur  ses  piedz.  Nous  vous  laissons  à  réciter  plusieurs  me- 
nées qu'il  a  tenté.  Tant  y  a  qu'il  n'eust  i)as  tenu  à  luy  de 
troubler  nostre  église,  si  1(>  temps  y  eust  esté  disposé.  Mais  ce 
n'est  pas  ung  exemple  nouveau,  car  telle  manière  de  gens  a  eu 
ses  prédécesseurs  dès  le  temps  de  S.  Paul,  qui,  par  seml)lable 
artifice,  c'est-à-dire  en  se  vantant  d'eulx-mesme[s]  et  détractant 
le  sainct  apostre,  troubloient  tout  pour  s'advancer,  comme  nous 
pouvons  voir  aux  Épistres  des  Corinthiens  et  des  Gallates. 

Sur  la  fin  ce  bon  preudhomme,  ayant  délibéré  en  son  cueur 
de  s'en  partir,  vint  à  l'ung  de  nous  pour  se  purger.  Et  premiè- 
rement se  vouloit  justifier  de  tout  ce  qu'il  nous  avoit  respondu. 
Il  luy  fust  dict  que  ce  seroit  son  profit  de  bien  considérer  le  tout 
devant  Dieu  pour  s'accuser  et  condemner,  sans  estre  tant  arresté 
à  maintenir  son  honneur  par  parole,  après  l'avoir  de  faict  et 
d"œuvre  ainsi  blessé;  que  s'il  persévéroit  à  contendre  ainsi 
contre  raison  et  vérité,  qu'il  viendroit  à  mauvaise  fin,  d'aultant 
qu'il  fault  que  ceste  sentence  soit  vraye  :  quiconque  s'exalte  sera 
humilié.  Touchant  des  foies  pai'oles  qu'il  avoit  proférées  en  la 
taverne,  il  vouloit  estre  creu  en  les  nyant  et  que  on  estimast  men- 
teurs tous  ceidx  qui  les  avoyent  ouyes.  Il  luy  fust  respondu  qu'il 
plaidast  doncques  contre  Nostre  Seigneur,  qui  a  voulu  qu'en 
la  bouche  de  deux  ou  trois  toute  parole  fust  certaine.  Et  toutes- 
fois  qu'il  n'estoit  jà  mestier  de  se  débatre  beaucouj)  de  ce  poinct, 
d'aultant  qu'il  ne  nous  chault  pas  beaucoup  combien  on  prise 
ou  mesprise  nostre  sçavoir,  et  que  nostre  principale  gloire  est 
d'estre  serviteurs  de  Dieu.  Ainsi  que  nous  tenions  cela  pour 
une  chose  ridicule  et  de  néant,  mesmes  pource  que  nous  ne  luy 
detïérons  pas  tant  que  de  le  recongnoistre  pour  juge  compétent. 
Toutesfois  que  nous  appercevions  bien  en  telles  paroles  que  son 
cœur  estoit  si  enflé  et  quasi  crevé  de  venin,  qu'il  fust  contrainct 
de  le  vomir  en  parlant  ainsi,  et  que  ce  signe  de  malveillance 


26  JEAN   CALVIN   AUX   ÉVANGÉLIQUES    DE   LYON.  1542 

nous  offençoit,  vpu  que  nous  ne  luy  en  avions  point  donné 
d'occasion.  Touchant  le  troisiesme  poinct,  il  ne  peult  pas  nyer 
qu'il  n'eust  mesdict  en  quelque  sorte  de  noz  iwéàicaiïons,  com- 
bien que  il  estoit  bien  difficile  qu'il  en  peult  donner  certain 
jugement,  encores  qu'il  eust  eu  sçavoir  pour  ce  faire.  Car  jà  soit 
qu'il  y  vînt  aucunefois  par  contenance,  si  est-ce  que  de  peur 
d'estre  veu  escouter  pour  apprendre,  il  lisoit  en  ung  livre  à 
part  :  en  quoy  on  peult  voir  sa  foie  ambition  d'avoir  si  peur  que 
sa  réputation  ne  diminuast,  qu'il  ne  daignoit  ])as  faire  cest  hon- 
neur à  la  parole  de  Dieu  de  luy  donner  audience. 

ha  fin  de  ce  propoz  ftist  que  celuy  auquel  il  s'estait  adressé 
luy  dict  qu'il  ferait  assembler  ses  compagnons  pour  parler  à  luy 
en  commun,  et  luy  donna  bien  à  entendre  qu'il  ne  debvoit  point 
craindre  que  nous  voulsissions  par  vengeance  le  reculer,  non 
plus  que  s'il  se  fust  gouverné  bien  saigement.  Sur  cela  il  soupa 
avec  ung  de  noz  compagnons,  et  luy  fi^t  acroire  qu'il  vouloit 
prendre  logis  pour  s'arrester  en  ceste  ville.  Le  lendemain  matin, 
il  monte  à  cheval,  et  en  montant  mesdict  de  nous  à  hride  avalée 
plus  que  jamais  n'avait  faict.  S'il  a  eu  juste  cause  ou  non.  nous 
vous  le  laissons  à  juger,  après  avoir  leu  ce  récit  que  nous  vous 
avons  faict  :  lequel  nous  protestons  devant  Dieu  estre  simple- 
ment faict  à  la  vérité,  sans  y  avoir  rien  adjousté,  et  prions  le 
Seigneur  de  vous  donner  esprit  de  discrétion  pour  congnoistre 
et  droictement  juger,  afin  de  ne  vous  point  scandaliser  de 
quelque  rapport  qu'il  vous  face  ;  car  nous  n'avons  eu  aultre 
int(Mîtion  en  escripvant  ces  lettres,  sinon  de  vous  contenter, 
comme  nostre  debvoir  est,  afin  qu'il  ne  vous  semblast  que  nous 
eussions  esté  tro])  inhumains  envers  luy  '^  Car,  à  la  venté, 
pource  qu'il  avoit  i)leu  au  Seigneur  de  se  servir  par  delà  de  ses 
prédications,  et  que  quelque  édification  s'en  estoit  ensuyvie, 
nostre  vouloir  et  désir  totallement  estoit  de  ne  le  point  rejecter. 
Mais  nostre  conscience  ne  nous  permectoit  point  de  le  recevoir 
incontinent,  jusques  à  ce  que  son  orgueil  fust  ung  peu  abbatu, 
qu'il  eust  apris  de  se  fier  ung  peu  plus  en  Dieu,  et  qu'il  eust 
encores  profité  ung  petit  pour  enseigner  fidèlement  et  pure- 
ment. Car  il  avoit  trois  choses  lesq^ielles  à  bon  droict  nous  des- 

"  Tout  ce  qui  suit  jusques  à   Quant  est  de  luy  a  été  ajouté  daus  la 
marge. 


1512       JEAN  CALVIN  AUX  ÉVANGÉLIQL'ES  DE  LYON.         27 

plaisoienf  :  Premièrement,  cède  vaine  persnamon  de  aoy-mesme. 
Secondement,  qu'il  estait  si  adonné  à  la  ciiysine,  qu'il  luy  sem- 
Uoit  advis  que  terre  luy  dehvoit  faillir,  comme  s'il  n'y  avait 
point  de  Dieu  au  ciel  j)our  nourrir  les  siens.  Tiet^cement,  il  y 
avait  de  l'ignorance  dont  nous  fusmes  fart  eshahis;  car  en  nostro 
congrégation'*,  où  on  lisoit  nng  texte  de  S.  Paul  qui  contient 
belle  matière  et  copieuse,  et  doibt  estr(*  fort  commun  à  tous 
ceux  qui  preschent  par  delà,  j)ource  que  cVst  Fépistre  du  pre- 
mier dimenche  de  Tadvent  '%  —  quant  ce  vint  à  son  tour,  non- 
seulement  il  parla  maigrement,  mais  il, renversa  tout  ce  que 
S.  Paul  disoit,  non  i)oint  par  malice,  comme  nous  pensons,  mais 
par  pure  bestise.  Nous  laissons  d'aultres  vices,  comme  la  vanité 
mondaine  et  semblables,  afin  qu'il  ne  semble  qu(^  nous  le  poui'- 
suyvions  par  baine  et  inimitié.  Ce  que  nous  vous  en  disons, 
cVst  pour  vous  advertir,  de  peur  que  n'y  soyez  abusez  à  vostre 
dommage.  Quant  est  de  luy,  nous  prions  le  Seigneur  qu'il  luy 
vueille  donner  esprit  d'bumilité  et  mansuétude,  corrigeant  la 
baultesse  et  foie  présumj)tion  qu'il  a,  et  surtout  qu'il  se 
cognoisse  tel  qu'il  est,  car  lors  il  aura  bien  occasion  de  s'abbatre. 
Pour  faire  fin,  très  chers  frères,  nous  vous  recommanderons  à 
la  saincte  sauvegarde  de  nostre  Seigneur  Jésus,  qui  est  le  vray 
pasteur  de  tous  fidèles.  De  Villefranche,  ce '^ 

^*  La  congrégation  était  le  service  religieux  célébré  le  vendredi  dans  le 
temple  de  St-Pierre,  avant  ou  après  la  congrégation  générale  (note  7).  L'un 
des  pasteurs  prêchait  sur  un  texte  de  l'Ecriture  Sainte,  ou  bien  il  exposait 
un  point  de  doctrine.  Ses  collègues  faisaient  la  critique  de  son  discours; 
après  cela,  les  laïques  pouvaient  prendre  la  parole  et  présenter  leurs 
objections  ou  leurs  doutes. 

Il  s'agit  probablement  ici  de  la  congrégation  du  5  mai  ou  de  celle  du  12. 

^^  Le  premier  diinancbe  de  l'Avent,  on  lit  :  Romains,  chap.  XIII,  ver- 
sets 11-14,  pour  l'Épitre,  Luc,  ch.  XXI,  v.  25-33,  pour  l'Évangile. 

**  Beaucoup  de  minutes  finissent  ainsi,  sans  la  date  :  on  attendait  pour 
l'indiquer  au  bas  de  la  missive,  d'avoir  ti'ouvé  un  messager  sûr,  et  le  plus 
souvent  on  négligeait  de  reporter  la  date  au  bas  de  la  minute. 

Au  dos,  cette  note  contemporaine  :  «  Lettres  contre  le  Carme.  ♦  Au 
bout  opposé  du  même  verso,  on  lit  :  «  Mons^  de  Boulencourt  »  (ou 
Bonlencourt  ?).  C'était,  sans  doute,  le  pseudonyme  du  destinataire  lyon- 
nais, ou  l'anagramme  de  son  nom. 


28  PIERRE   FORET   AU    CONSEIL   DE   BERNE.  1342" 


1120 

PIERRE  FORET  ^  ail  Conseil  de  Berne. 
Berne,  15-20  mai  1542. 

Inédite.  Traduct.  allemande  contenipor.  Arcli.  de  Berne. 
(Extraits.  Traduit  de  l'allemand.) 

Très  nobles  et  honorés  Seigneurs, 
Moi,  Pierre  Foret,  voulant  obéir  humblement  à  vos  ordres, 
qui  m'ont  été  transmis  par  M.  le  haiUi  de  Moudon,  je  me  suis 
présenté  ce  jour  d'hui  15  mai,  l'an,  etc.,  42,  pour  [m'expliquerj 
devant  Votre  Majesté  sur  les  articles  qui  ont  été  envoyés  contre 
moi  -  par  très  noble  et  puissant  prince,  le  Seigneur  Georges,  comte 
de  Wurtemberg  et  de  Montbéliard  et  seigneur  de  Blamont,  ville 
dans  laquelle  le  susdit  seigneur  m'a  établi  prédicateur  de 
l'Évangile.  C'est  pourquoi  je  suis  extrêmement  réjoui  de  ce  que 
le  moment  et  l'occasion  me  sont  accordés  de  répondre  sur 
chaque  article,  afin  que  vous,  nobles  Princes,  et  aussi  M.  le  Comte, 
vous  puissiez  reconnaître  que  vous  avez  été  renseignés  autrement 
que  la  vérité  ne  le  comporte. 

Quant  aux  lettres  de  maître  Guillaume  Farel,  de  maître 
Pierre  Viret  et  de  Jacques  de  Morges'',  nous  répondons  que 

*  Voyez,  sur  Pierre  Foret,  les  Indices  des  t.  VI  et  VII.  Au  commence- 
ment de  l'année  1542,  il  était  i^asteur  à  Moudon  (VII,  461,  462),  d'où  il 
fut  transféré  à  Monipreveyres,  village  situé  à  deux  lieues  et  demie  de 
Lausanne,  sur  la  route  de  Berne  (note  5). 

2  Ces  Articles  sont  résumés  dans  le  t.  VII,  p.  237,  238.  Foret  réussit  à. 
se  disculper,  le  6  septembre  1541,  devant  le  colloque  de  Payerne  (VII,  239). 
Mais,  ayant  été  cité  à  Berne  par  un  ordre  daté  du  10  mai  1542,  il  dut 
encore  adresser  à  LL.  EE.  la  présente  Apologie,  que  nous  avons  déjà 
qualifiée  (VII,  239,  note  5).  Chaque  paragraphe  y  est  suivi  de  la  Réponse 
du  comte  Georges  de  Wurtemberg.  Nous  n'en  reproduirons  que  le  para- 
graphe final,  qui  caractérise  le  système  de  défense  de  Pierre  Foret. 

Ces  lettres  sont  imprimées  dans  notre  t.  VII,  pp.  124,  125,  128,  146,  147. 


3 


1542  PIERRE    VIRET   A   OSWALD   MYCONIUS,    A    BALE.  29 

les  ministres  de  Monthéliard  les  ont  instruits  pai"  d(^s  men- 
songes ;  car  il  n'est  aucun  peuple  à  qui  j'aie  prêché,  ni  au- 
cune assemblée  [de  pasteursj  où  je  me  sois  trouvé,  qui  ne  m'ait 
désiré  et  n'ait  témoigné  de  l'affection  |)our  moi.  Si  donc  les 
susdits  ministres  ont  quelque  chose  contre  moi,  nous  sommes 
prêt  i\  les  entendre  devant  vous,  très  nobles  Princes.  C'est 
pourquoi  nous  avons  longuement  répondu  sur  chaque  article  et 
les  avons  mis  par  écrit,  afin  qu'il  tut  prouvé  à  mon  très  honoré 
seigneur  le  Comte,  à  quel  point  il  a  été  mal  instruit  de  la  vérité  ; 
car  aussitôt  qu'il  le  comprendra,  il  nous  aimera. 

Je  promets  ici  de  répondre  plus  tard,  quand  ce  sera  nécessaire, 
car  je  ne  comprends  pas  les  lettres  de  mon  seigneur  le  Comte, 
parce  qu'elles  sont  écrites  en  allemand.  Mais  j'ai  déjà  répondu 
devant  les  prédicants  à  Payerne,  et  je  me  suis  là  justifié  de  toutes 
choses,  comme  on  peut  présentement  le  savoir  par  la  lettre  du 
Doyen  de  cette  Classe,  et,  m'engageant  à  maintenir  que  ces 
choses  sont  vraies,  j'ai  pour  attestation  de  leur  vérité  apposé  ici 
mon  sceau  ordinaire,  ce  xxv'""  ^  jour  de  mai,  l'an,  etc.,  xx,n. 

Pierre  Foret  ^ 


1121 

PIERRE  \1RET  k  Oswald  Myconius,  à  Bâle 
De  Genève,  16  mai  1542. 

Autographe.  Bibl.  de  Zurich.  Calv.  0pp.  XI,  395. 

S.  gràtia  et  pax  !  Qu6  minus  viam  nobis  excogitare  licet  qua 
^cclesiis  consulatur  nostrse  fidei  demandatis,  eô  magis  angimur 

*  II  faut  lire  le  âO^e  et  non  le  25^^,  attendu  que  la  présente  Apologie 
fut  envoyée  le  23  mai  au  comte  Georges  (n.  5).  Le  copiste  ou  le  traducteur 
aura  pris  pour  un  v  (5)  l'abréviation  de  eme  qui  suivait  xx  dans  l'original. 

^  Manuel  de  Berne  du  23  mai  :  «  Écrire  au  comte  de  Montbéliard, 
que  mes  Seigneurs  lui  envoient,  à  cause  de  sa  lettre  [du  6  mai],  commu- 
niquée au  prédicant  de  Montprerière,  une  copie  de  la  réponse  présentée  par 
celui-ci  et  du  certificat  [des  gens  de  Blamont].  Le  dit  prédicant  ne  confesse 
point  les  choses  »  [dont  il  est  accusé].  (Trad.  de  l'ail.) 


30  PIERRE    VIRET   A   OSWALD   MYCONIUS,    A   BALE.  1542 

ego  et  Calvimis,  et  minor  suppetit  auxilii  et  consilii  copia. 
Commissa  est  nobis  ecclesianim  cura,  quas  nec  deserere  possumus, 
iiec  tameii  jjro  rerum  necessitate  adesse.  Instat  tempus  quo 
Lmisannam  sitm  revocandiis\  Ego  verô  qiiorsum  me  vertam 
haud  satis  video.  Utcunque  sors  casiira  sit,  non  possum  non 
involvi  inexplicabilibus  molestiis  ac  difticultatibus.  Si  Getievam 
desei'o,  facile  animadverto  quaenam  secutnra  sint  incommoda  in 
tanta  ministrorum  pennria  ^  in  ecclesia  et  republica  tôt  ac  tam 
periculosis  vieissitudinibus  ac  motibus  obnoxia,  in  tanta  Calvini 
imbecillitate,  cui  tam  gravem  molem  soli  sustinendam  relicturus 
sum.  Nec  abs  re  dico  soli,  quem  forte  solum  esse  prœstaret^ 
Videor  jam  mihi  audire  fratrum  querelas,  qui  me  velut  deser- 
torem  ac  transfugam  habituri  sunt,  qui  non  putant  me  bona 
conscientia  posse  ab  hac  discedere  ecclesia,  idque  multas  ob  causas, 
quae  mihi  quotidie  objiciuntur.  Nec  tamen  spes  ulla  ampliùs,  aut 
si  qua  est,  perexigua  omnino  superesse  videtur,  impetrandi  a 
Bernatibus  ac  denique  a  Lausannensihus,  ut  ab  eorum  ecclesia 
absim  diutius  *,  banc  verô  curem.  Quod  si  non  liceat  bona  eorum 
omnium  pace,  facile  conjicis,  opinor,  plus  inde  ecclesiis  incom- 
modi  quàm  commodi  accessurum,  et  simultates  hac  ratione 
potii^is  auctum  iri,  quàm  minuendas.  Taceo  calumnias  quœ 
undique  in  me  struerentur,  quas  ne  sic  quidem  etïugiam  omnes, 
nec  hactenus  potui,  quamvis  Christi  negotium  ea  curaverim 
simplicitate  et  synceritate,  ut  minime  dubitem,  me  candidis 
animis  ac  bonorum  virorum  conscientiis,  saltem  aliqua  ex 
parte  satisfecisse.  Crede  mihi,  valdè  perplexus  hœreo  videorque 
mihi  lupum  auribus  tenere,  incertus  quomodo  retineam,  aut 
quomodo  amittam.  Si  mea  tantiim  res  ageretur,  facillimum  mihi 
esset  ex  his  me  tœdiis  expedire.  Nihil  enim  mea  refert  ut  ut  res 
accidat,  si  mei  tantùm  ratio  habenda  esset.  At  nihil  minus  volo 

1  et  *  Le  7  janvier  1542,  le  Conseil  de  Lausanne  avait  de  nouveau  prêté 
Viret  à  la  ville  de  Genève  <■  pour  les  six  mois  prochains,  mais  pas  au  delà  » 
(Vn,  409,  n.  3). 

*  Quatre  candidats  au  ministère  venaient  cependant  de  se  présenter  a 
Genève.  Mais  ils  ne  furent  examinés  qu'au  milieu  de  juin  (N°  1115,  n.  4; 
lettres  du  16  juin  et  du  28  juillet,  à  la  fin). 

'  Calvin  n'avait  aucune  confiance  dans  ses  deux  collègues  ordinaires  :  Amé 
Champereau  et  Henri  de  la  Mare  (VU,  410-411;  438,  renv.  de  n.  6;  439, 
renv.  de  n.  9).  Farel  (N°  1110,  renv.  de  n.  3),  leur  donne  l'épithète  de 
remorœ. 


1542  PIERRK    VIRET   A    OSWALD   MYCONIUS,    A   BALE.  31 

quàm  me  respici,  sod  solam  Christi  ecclesiam,  cujus  me  ministerio 
semel  totiim  addixi  et  consecravi.  At  vereor  ne  in  plerisque  i)lus 
valeat  humaniis  affectns,  (]iiàni  justa  Ecclesia?  et  séria  sollicitudo, 
in  tanta  temporum  iniquitate,  et  auimis  adeô  exulceratis.  Nec 
Geneva  Ministris,  nisl  magna  Evangelii  jactura,  car  ère  imtest, 
nec  Lausanna  diutius i)erdurare,  nisi  sacris prospectum  faerit'' , 
miliique  perinde  accidit  atque  ei  qui  undique  videt  amieorum 
œdes  conflagrare,  pendens  animi,  anxius  ac  incertus  quô  potiùs 
accurrat,  cui  potissimùm  succurrat,  quum  peraeque  charos  habeat 
omnes.  Hoc  dumtaxat  sedulè  precor  Dominum,  ut  me  faciat  mese 
vocationis  certiorem,  extrudat  quocunque  volet,  ac  ubicunque  mea 
volet  uti  0})era,  nec  sinat  me  quicquam  meis  aut  cujusquam 
hominum  indulgere  affectibus,  meum  fortunet  suis  auspiciis 
ministerium,  ne  mea  culpa  ejus  gloriae  quicquam  valeat  derogare. 
Te  verô  et  reliquos  fratres  nostros  oro  et  obsecro,  ut  vestris  nos 
precibus  et  consiliis  juvetis,  Dominum  precemini,  ut  ministros 
sanctos  suis  prseficiat  ecclesiis,  ac  nos  his  angustiis  liberet.  Vale. 
Genevae.  16.  Mail  1542. 

Tuus  ex  asse  Petrus  Viretus. 

(Inscriptio  :)  Singulari  eruditione  ac  pietate  D.  Os.  Myconio, 
ecclesise  Basiliensis  pastori  vigilantissimo.  Basilese. 

*  Pendant  que  Viret  était  à  Genève,  Lausanne  n'avait  qu'un  pasteur, 
Béat  Comte,  et  un  diacre.  Vital  Robert  ou  Boherti,  présenté  le  24  janvier 
1542.  Comte  n'était  pas  un  modèle  de  dévouement  (Lettre  de  Calvin  du 
28  juillet,  à  comparer  avec  le  t.  Vil,  p.  293,  renv.  de  n.  20).  Au  lieu  de  se 
consacrer  tout  entier  à  ses  fonctions,  il  s'absentait  souvent  pour  pratiquer 
la  médecine.  Il  est  vrai  qu'il  était  insuffisamment  rétribué.  Aussi  MM.  de 
Berne  ordonnaient-ils  aux  magistrats  lausannois,  le  7  juin  1542,  de  cons- 
tituer une  meilleure  pension  à  leurs  ministres  [ceux  de  Lausanne,  Écu- 
blens,  Crissier,  etc.]  et  de  donner  un  jardin,  un  pré  et  un  logement  à 
Maître  Bobert,  prédicant  de  Montheron,  village  situé  à  2  1.  N.-O.  de  Lau- 
sanne (Lettre  analysée  dans  un  inventaire  des  Arch.  de  la  ville). 


32    LE  CONSKIL  DE  BERNE  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.  1542 


4422 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  au  Gouverncur  de  Neuchâtel. 
De  Berne,  19  mai  1542. 

Inédite.  Minute  originale.  Arch.  de  Berne. 

Noble,  etc.  Nostre  banderet  de  Gh'afemied,  estant  de  retour  de 
la  journée  tenue  au  Landiron  sus  ce  14"  de  may,  nous  a  relaté 
tout  ce  que  illecq  a  esté  sans  fruict  besoingné  pour  radvancement 
de  la  saincte  parolle  du  Seigneur  Dieu,  sans  oblyer  la  dilli- 
gence  que  de  vostre  part  y  avés  employée,  de  tous  vous  efforts, 
pour  faire  régner  le  Seigneur  Dieu  par  sa  parolle  au  dit 
Landiron'^.  De  quoy  vous  remarcions  grandement,  nous  offé- 
ris[s]ants  de  le  recognoistre.  Et  puis  que  au  Seigneur  n'a  pieu 
de  tirer  les  dits  du  Landiron,  pour  ceste  fois,  à  son  obeyssance, 
ne  nous  convient  pour  cella  cesser  ;  ains  vous  prions  que,  ensuy- 
vant  Tadvis  et  conseil  prins  entre  vous  et  nostre  d.  Banderet, 
il  vous  plaise  de  ordonner  et  commectre  à  ceulx  de  Cressier,  qui 
sont  la  pluspart  à  ï Évangelle  ^,  ung  prédicant  de  bon  sçavoir 
et  meur  conseil,  espérant  que  ce  sera  ung  bon  commancement 
pour  tousjours  mieulx  avancer  l'honneur  de  Dieu.  Et  n'en  pourrés 
avoir  aulcung  reprouche,  vehu  que  la  cure  est  à  Madame,  et  le 
plus  faict  [est]  pour  l'Évangille^ 

>  Voyez  les  N"'  1112,  1116-1118. 

^'*  Voyez  la  lettre  des  Évangéliques  de  Cressier  du  16  janvier  1542' 
(Vn,  398-401).  Il  est  vraisemblable  que  la  votation  constatant  qu'ils 
étaient  en  majorité  avait  eu  lieu  le  dimanche  14  mai  (N"  1112,  renv.  de 
n.  3-4). 

L'établissement  d'un  x><^steur  à  Cressier  était  vivement  désiré  à  Berne. 
Mais  les  Évangéliques  de  ce  village  neuchâtelois  eurent  à  compter,  pendant 
plusieurs  années,  avec  le  mauvais  vouloir  du  Gouverneur,  M""  de  Prangins, 
et  avec  l'hostilité  de  leurs  concitoyens  catholiques,  des  Landeronais  et  des 
Soleurois.  Ce  fut  seulement  le  14  novembre  1546  que  le  Gouverneur  con- 
duisit à  Cressier  le  ministre  Thomas  Barharin.  Ils  y  furent  tous  deux  très 
mal  reçus. 


1542        PIERRE  TOUSSAIN  A  GUILLAUME  FAREL,   A  NEUCHATEL.  33 

Aultre  ne  vous  oscripvons  présentement,  sy  non  qu'ayés  tous- 
jours  en  recomandation  l'honneur  de  Dieu,  pour  lequel  [vous] 
vous  estes  au  Landron  sy  vertueusement  employé,  que  ne  le 
mectrons  en  oublye.  Priant  Nostre /Seigneur  qu'il  vous  doinct 
acroissement  de  saincte  grâce  pour  continuer  au  ])Ourehas  de 
sa  gloire.  Datum  xix"  maii  1542. 

L'Advoyer  ET  Conseil  de  Berne*. 


1123 

PIERRE  TOUSSAIN  à  Guillaume  Farel,  à  Neuchâtel. 
De  Montbéliard,  23  mai  1542. 

Inédite.  Autographe.  Communiquée  par  M.  Henri  Lutteroth. 

S.  Venerunt  hue  paucis  diebus  suprà  Metenses  duo  exules, 
qiibd  Jacohum  concionantem  audissent  \  Et  nunc  agitur  adver- 

*  La  minute  porte  en  tête  les  mots  suivants  :  «  Praiigins,  Landiron, 
gôttlich  wort  »  (parole  de  Dieu). 

*  Un  passage  de  la  lettre  de  Calvin  à  Farel  du  30  août  1542,  nous  donne 
lieu  de  croire  que  le  Jacobus  ici  mentionné  était  Jacques  le  Coq,  pasteur 
à  Morges,  dans  le  Pays  de  Vaud.  L'hostilité  du  Conseil  de  Metz  contraignait 
les  Évangéliques  de  cette  ville  à  changer  souvent  de  prédicateur  (Voy. 
t.  Xn,  p.  491,  492,  le  N"  1217  renv.  de  n.  3,  et  la  Sequéte  de  l'Église  de 
Metz  aux  Eglises  réformées (IbAS)  :  «  Nous  sommes  en  très  grande  angoisse 
(y  est-il  dit)  pourtant  que  quand  nous  commandons  à  gouster  le  pain  de  la 
Parolle...,  il  nous  a  estéosté,  comme  tant  de  fois  paravantnous  est  advenu; 
car  quand  il  y  avoit  grande  apparance  que  la  Parolle  deust  avoir  son 
cours  entre  nous,  ceulx  qui  avoient  commencé  de  prescher,  failloient  et 
changeoient  propos  au  second  sermon,  ou  au  milieu,  ou  à  la  fin  du  temps 
qu'ilz  preschoient,  ne  persévérant  en  vérité,  ou  il  falloit  qu'ilz  nous  aban- 
donnassent... »  (Voy.  Farel.  Du  vray  usage  de  la  croix.  Genève,  J.-G.  Fick, 
1865,  p.  273.) 

Depuis  l'expulsion  de  Pierre  Brully  et  de  Walrin  du  Bois,  les  fidèles 
de  Metz  avaient  eu,  en  décembre  1541,  «  un  nouveau  dominicain,  (^ni  prê- 
chait purement  et  librement  »  (ATI,  388).  Son  nom  est  ignoré.  On  ne  pour- 
rait, en  tout  cas,  songer  à  Pierre  Alexandre,  qui  était  carmélite.  Au  mois 
de  mars  1542,  plusieurs  jirédicateurs  étaient  accourus  à  INIetz,  sans  y  être 

T.  \aii.  3 


34  PIERRE  TOUSSAIN  A  GUILLAUME   FAREL,  A  NEUCHATEL.         1542 

SUS  Jo.  Martinum  ^  pientissimum  viruiii,  qui,  convocatis  civi- 
bus  aliquot,  illum  domi  suœ  de  religiono  colloquentom  audivit, 
quemque  promit  Magistratus,  ut  socios  j)i'odat,  hoc  est  eos  qui 
illum  unà  privatim  secum  audiveruut,  illique  authores  fuere, 
ut  extra  urbem  coucionaretur.  Nam  qui  illic  reipuhlicie prsesunt, 
et  verbi  Domini  cursum  impediunt,  nu])er  cum  Duce  Lotharin- 
giœ^  sunt  colloquuti,  et  domum  reversi  uihil  spirabaut  quàm 
ciedes  et  incendia.  Et  quoniam  ïlluc  propriuni  miseram  nun- 
tium  \  admonuit  me  quidam  illic  non  infimœ  sortis  %  per  mu- 
lierem  quandam^  ne  id  posthac  faciam,  hoc  prœsertim  tempore. 
Adversarii  vident  se  multis  vehementer  exosos,  periclitari(|ue 
de  fortunis  omnibus  '  :  qu£e  causa  est,  ut  quibus  possint  modis 
veritati  reluctentur.  Sed  est  in  cœHs  Dominus,  qui  Pharaones 
et  Nerones  in  ordinem  redigit,  invitoque  mundo  Christi  regnum 
l)ropagat.  Ubi  Prœfedus  noster  redierit  ^  ut  hue  iUac  "  Lutzeni- 
hurgo  est  rediturus,  faciam  (volente  Domino)  ut  scias  quomodo 
ïllic  habeant  omnia'".  De  Foreto,  vereor  ne  brevi  pœnas  sua- 
runi  iniquitatuni  hiat,  ])0steaquam  pœnitere  nunquam  voluit". 
Quoties  Calvino  et  Vireto  scribis,  fac  illos  mihi  diligenter  sahi- 
tes.  Vale  in  domino.  Monbelgardi,  23  Maii  1542. 

TUUS  P.  TOSSANUS. 

(Inscriptio  :)  [Gujilielmo  Farello,  fratri  suo  charo  et  obser- 
vando.  Neocomi. 

appelés  :  ce  que  Toussaiii  jugeait  très  défavorable  aux  intérêts  de  l'Eglise 
messine  (VII,  451,  lignes  6-11). 

*  C'est  probablement  le  même  personnage  qui  reparaîtra,  avec  les  pré- 
noms de  Jean-Pierre,  dans  la  lettre  du  10  avril  1543. 

'  Antoine,  duc  de  Lorraine,  qui  régna  de  1508  au  14  juin  1544. 

*  Toussain  avait  envoyé  ce  messager  le  12  avril  (\T^I,  451,  reiiv.  de  n.  7). 
^■•^  Veut-il  parler  de  «  son  cousin  François  de  Tryve  »  et  de  la  femme 

de  celui-ci  (V,  382,  383)?  Tout  considéré,  il  s'agirait  plutôt  du  maître- 
échevin  de  Metz  Gaspard  de  Heu,  et  de  sa  femme  Jeanne  de  Louvain, 
qui  entra  en  correspondance  avec  les  Réformateurs. 

^  Est-ce  une  allusion  au  pillage  dont  les  Catboliques  de  Metz  se  disaient 
menacés  par  les  protestants  messins  (Vn,  510,  lign.  4-6)? 

*  Le  bailli  de  Montbéliard  était   parti   le    7   mai    jiour  Luxembourg 
(N"  1113). 

^  C'est-à-dire  par  Metz. 

'"  Toussain  lui  donnera  ces  nouvelles  dans  sa  lettre  du  10  juillet. 
"  Pierre  F'oret,  jadis  pasteur  à  Blamont,  dans  le  Montbéliard.  (Voy.  Al, 
107,  204,  212,  l'Index  du  t.  Yll  et  le  N»  1120). 


154?       CHRISTOPHE  FAUIII  A  GUUJ.AUME   FAREL,  A  NEUCHaIEL.  3o 


11^24. 

CHRISTOPHE  FABRi  à  Guillaume  Farci,  à  Ncuchatel. 
De  Tlionon.  25  mai  1542. 

Inédite.  Autographe.  Bil)liothèque  des  pasteurs  de  Neuchâtel. 

S.  Legati  Dominorimi  noviss.[imè]  hîc  fueruut,  i)artemque 
legationis  suae,  de  qua  ad  te  scripseram  ',  ol)ier(\  altéra  i)arte 
infecta,  quod  Valesanorum  legati  non  satis  anijjlam  sibi  conces- 
sam  authoritatem  causarentur  ^  In  MarsUiensi  ditione'*  contro- 
versiam  dirimuernnt,  imde  circiter  30  familiie,  inter  Lugri- 
nenses  immixtœ,  cogendœ  sunt  ad  reformatioriem  *  .•  quse  hade- 
mfs  rebelles  f/ierattf.  Aherensium  %  oh  Valesanos,  sîiS2)ensimi 
manet  negocium.  De  BeJlevanlx  et  Vallon  cum  Rege  agitnr^. 

'   Allusion  à  uno  lettre  jierdue. 

^  Cette  conférence  entre  les  députés  de  Berne  et  ceux  du  Valais  avait 
eu  lieu  à  Thonon  le  24  avril  (Recès  des  diètes  suisses,  vol.  de  1541-48, 
p.  136,  137). 

"'*  La  seigneurie  de  Maxilly,  à  une  lieue  à  l'E.  d'Évian,  était  enclavée 
dans  le  territoire  conquis  par  les  Valaisans  en  février  1536.  Michel  de 
Blonay,  propriétaire  de  cette  seigneurie,  y  avait  établi  sans  difficulté  la 
Réformation  :  ses  paysans  ayant  demandé  avec  instance  qu'un  pasteur  prît 
la  place  de  leur  ancien  curé  (IV,  227,  n.  9.  Cf.  p.  31,  n.  1,  \il,  351, 
11.  11).  Mais,  en  vertu  de  ce  principe  usuel  de  l'époque  :  cujus  est  regio, 
ejus  est  religio,  M.  de  Blonay,  au  dire  de  Fabri,  aurait  fait  décider  par  la 
susdite  conférence  de  Tlionon,  que  les  trente  familles  de  Maxilly  qui 
avaient  émigré  dans  le  village  catholique  de  Lugrin,  seraient  contraintes 
d'embrasser  la  même  religion  que  leur  seigneur  (A  comparer  avec  le  t.  IV, 
p.  140,  renvoi  de  n.  5;  V,  361,  lig.  1-5). 

^  Habère- Poche  et  Habère-LuUin,  villages  situés  à  3  lieues  sud  de 
Thonon  (IV,  405,  n.  5).  Leur  état  ecclésiastique  fut  réglé  le  14  juillet  1545 
dans  une  conférence  tenue  à  Évian  (Recès,  vol.  cité,  p.  516). 

*  Los  revenus  du  prieuré  de  Bénédictins  de  Bellerau.r  et  de  la  char- 
treuse de  Vallon  (deux  monastères  situés  au  sud  de  Thonon)  avaient 
donné  lieu,  dès  1536,  à  de  nombreuses  négociations  entre  François  I  et 
MM.  de  Berne.  On  voit  que  le  litige  durait  encore,  malgré  le  traité  du 
11  juin  1.539  (V,  329,  n.  5). 


36  CHRISTOPHE  FABRI  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.        1542 

Dominus  regiii  siii  pomeria  perpetuô  dilatare  pergat,  nosque 
omnes  ad  id  urgere  ! 

Novissimè  à  fratribus  Bernnm  missus  sum,  et  quse  proposui, 
gratia  Domini,  exoravi,  ut  Ajtgustinense  Cœnohium  ScholcÇ  dice- 
tiir',  stipendia  Hypodidascalo  constitiiantur,  domuiim  et  Minis- 
troriim  ratio  liabeatur,  etc.  Peculiare  quoque  exoravi  :  spolium 
scilicet  medici  qui  superiori  anno  domi  mese  defunctus  est  ^ 
Unde  gratias  Domino  agimus,  quem  modis  omnibus  per  pios 
l)rincipes  gloriam  suam  promovere,  et  quse  desunt  corrigere  ac 
restaurare  obsecramus.  Proxima  hebdomade  Calvinus  et  Viretus 
hue  profecturi  sunt,  sed  Viretus  per  aliquot  dies  post  Calvimmi, 
si  priîis  quàm  velimus  solverit  ^  aliquanto  plus  refocillandarum 
virium  gratia  hîc  acturus  est,  si  Dominus  permiserit.  Utinam  et 
tu  commode  adesse  posses  :  non  sanè  injucunda  et  inutilis  foret 
peregrinatio  cum  Fatone^^,  cujus  adveutum  tam  anxiè  et  tam 
diu  expectavimus  et  adhuc  expectamus  :  ni  velit  apud  me 
nullius  promissionis  tenax  haberi.  Quamobrem  te  oro  ut  eum 
summè  urgeas.  Id  enim  valetudini  ipsius  pernecessarium  esse 
sentio. 

Historiani  Joh  nostri  hîc  iniblica  conati  sunt  exprimere  comœ- 
dia  *'.  Utinam  Domino  gratius  sit  quàm  nobis!  Sed  quod  Prin- 
cipes ipsi,  ne  dicam  impuriùs,  faciunt  '^  in  subditis  impedire 

'  L'École  protestante  de  Thonon  allait  donc  être  installée  dans  un 
ancien  couvent  de  cette  ville  :  le  prieuré  des  Ermites  de  St-Augustin 
(W,  58,  n.  4). 

*  Le  Manuel  de  Berne  du  27  avril  1541  contient  l'article  suivant  : 
«  Demander  au  ministre  de  Thonon  quels  sont  les  frais  de  la  maladie  du 
médecin  défunt  »  (Trad.  de  l'ail.). 

^  Le  manuscrit  porte,  après  solverit,  les  mots  bahiœi  et,  que  Fahri  a 
biffés.  Nous  avons  vu,  t.  V,  308,  note  27,  que  ce  médecin-pasteur  avait 
commencé  en  1539,  à  utiliser  les  eaux  thermales  de  la  contrée. 

1"  Jean  Fathon,  pasteur  à  Colombier,  s'était  chargé  de  la  gestion  du 
petit  avoir  de  Fabri  et  de  sa  femme  dans  le  comté  de  Xeuchâtel. 

"  Deux  lettres  antérieures  de  Fabri  (IV,  33,  153),  montrent  que 
l'Abbaye  de  la  Jeunesse  à  Thonon  aimait  les  comédies  et  les  farces  gro- 
tesques. Nous  supposons  que  l'auteur  de  l'Histoire  de  Job,  s'efforçant 
d'identifier  les  Catlioli(iues  du  Chablais  avec  le  malheureux  patriarche,  et 
les  amis  de  celui-ci  avec  les  ministres,  prodiguait  à  ces  «  consolateurs  fâ- 
cheux »  les  vérités  les  plus  désagréables. 

**  Le  poète  bernois  Niclaus  Manuel,  auteur  de  satires  et  de  drames 
populaires  très  goûtés  de  ses  concitoyens,  avait  eu,  ])arait-il,  des  imitateurs 


1542   CHRISTOPHE  FABRI  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.     37 

non  valemus,  qiiin  vd  invitis  iinbis  tînt.  Non  fuimiis  tanicii  iiuiti 
in  concioiiibus. 

CtÇtorùiu  hic  nohilis  Simon  BeU/ardensis  ^'\  (\\\n]\  \)vo])è 
nosti,  Bert/am  concedit  :  ciijus  nogc^cium  sanè  piuni  et  coiiiiiiise- 
ratione  tlignum  juvare  conaberis,  scio.  pei-  Christuni,  cujiis  glo- 
riœ  hic  insorviit,  et  nunc,  instar  i)rodigi  illius  Evangclici,  ad 
patrem  redit,  post  varias  qiiidem  serumnas.  Dominus  illi  pro- 
spicere  dignetur,  nobisque  omnibus  ! 

Vale,  salutato  Capunculo,  Thoma  Cuniero  ac  reliquis  fratri- 
bus,  maxime  Claudio  et  Gaucherio  cuniuxoribus  ac  familia'\ 
meae  quoque  iixoris.  Danielis^^,  Pariati,  Urhani,  Porreti^^, 
roliquorumque  fratrum  nostrorum  nomine.  Si  quid  de  pro- 
ventu  Evangelii  audisti,  scribere  ne  graveris,  tamc^tsi  gravis- 
simè  occupatum  te  sciam  ;  sed  paucioribus  contenti  erimus. 
Dominus  te  ecclesiae  suae  diutissimè  servet  incolumeml  Tononii 
25  Maii  1542. 


à  Berne  et  dans  le  Pays  de  Vaud  (Voy.  t.  Y,  p.  410,  n.  46.  —  Ulric  Zwingli 
et  son  époque,  trad.  de  J.-J.  Hottinger  par  Aimé  Humltert.  Lausanne, 
1844,  p.  276-277). 

"  Ce  personnage,  qui  appartenait,  sans  doute,  à  la  même  famille  que  le 
maître  d'hôtel  de  Valangin,  Claude  de  Bellegarde,  avait  été  l'un  des  pre- 
miers partisans  de  l'Évangile  à  Thonon  (IV,  134,  renv.  de  n.  4-5). 

^*  Jea}i  Chaponneau,  collègue  de  Farel,  et  Thomnx  Cimier,  pasteur  à 
Cortaillod  ("^)  ont  ligure  dans  les  t.  IV- VIL  Claude  et  Gauchier  Farel 
vivaient  alors  à  Xeuchàtel:  le  premier  avait  épousé  Louise  de  Beaurais;  le 
second,  Françoise,  sœur  de  Louise  (France  prot.,  éd.  Bordier,  \l,  387). 

*^  S'agit-il  ici  de  Daniel  Farel,  frère  du  Réformateur?  Nous  n'osons 
l'affirmer.  Si  c'est  de  lui  qu'il  est  question,  on  pourrait  supposer  qu'il 
avait  succédé  (1.539)  à  son  frère  Claude  dans  les  fonctions  d'administrateur 
du  prieuré  de  Ripaille  (IV,  127,  V,  369).  N'étant  pas  marié,  il  aurait  vécu 
dans  la  maison  de  Chr.  Fabri. 

David  Ancillon  parle  de  ce  frère  du  Réformateur  dans  les  termes  sui- 
vants :  «  Daniel  Farel  est  encore  aujourd"liuy  en  bonne  odeur  en  plusieurs 
églises,  où  sa  mémoire  est  encore  en  bénédiction,  et  où  sa  piété,  sa  pro- 
bité et  sa  capacité  reçoivent  encore  aujourd'huy  les  louanges  qu'elles  ont 
méritéf's.  Bien  que  ce  Daniel  Farel  ne  se  mêlât  que  des  affaires  civiles. 
Dieu  bénissoit  tellement  son  employ,  qu'il  a  esté  salutaire  à  des  troupeaux 
entiers.  »  (L'idée  du  fidèle  ministre  de  Jésus-Christ.  Ou  la  vie  de  Guillaume 
Farel.  Amsterdam,  1691,  in-12,  p.  8). 

1*  Urbain  Chamhoui,  pasteur  à  Fessy,  au  S.-O.  de  Thonon,  et  Michel 
Porref,  qui  évangélisait  peut- être  la  paroisse  de  Végi,  où  nous  le  trouve- 
rons en  janvier  1552. 


38  OSWALD  MYCONIUS  A  J.  CALVIN  ET  A  P.  VIRET.  1542 

Recepi  liodie  literas  a  Francisco  meo^',  qui  rectè  valet  et  suo 
diligenter  fiuigitur  inunere,  gratia  Domiiii. 

Tuus  Christoph.  Libertlnls. 

(Imcriinio  :)  Suo  Guliehno  Farello,  Christi  Ecclesiœ  Ministre 
fidoli  ac  diligentissimo,  fratri  et  araico  integerrimo.  Neocomi. 


4125 

OSWALD  MYCONIUS  à  J.  Galviii  et  à  P.  Viret. 
De  Baie,  30  mai  1542.     • 

Autogr.  Bil)l.  Pul)l.  de  Genève.  Vol.  n"  110.  Cal.  Opp.  XI,  405. 

S.  Nihïl  diligeutiA'  seu  lahoris  omisimus,  quod  attinet  ad  reti- 
7iendmn  Viretum  K  Scripsi  nanique  ad  fratres  Bernenses,  adii 
consulem  Hostrmn  ^  conveni  D.  Beruhatinm  \  Bernenses  nihil 
responderunt  hactenus.  Consul  promisit  quod  et  praestitit.  Sena- 
tus  eniui  diligenter  Bernenses  est  adhortatus  nuncio  in  hoc 
etiani  niisso.  I).  Bernharkts  similiter  nihil  officii  omisit.  Verùm 
omnia  frustra,  quôd  LaMsannenses  dicunt  id  non  permissuros  *. 
Argunientis  igitur  esset  agendum  cuni  eis.  quibus  non  possent 
resistere,  nisi  adfectus  audire  mallcnt.  In  veritate  dico.  mihi  sic 
videri  :  n(nnin('ni  i)iuni  contradicere  jjosse  causis  quas  ego  scripsi 
et  nunc  de  novo  concepi.  Taceo  si  tu,  aut  alius  quispiam  qui 
pars  negocii  existit,  suas  esset  pro])Ositurus. 

Nos  de  novo  taie  consiliuni  concepimus,  in  quod  et  Bernhartns 
consensit,  ut  adhuc  tent(Mnus  siniul,  Argentinenses  et  nos,  Eccle- 
sia'  nomine.  si  quid  fieri  ])Ossit.  FAjjertnnius  itaque  literas  a 

1'  François  du  Pont,  pasteur  .à  Moudon  (VIT,  ni)? 
'  Voyez,  J).  HO,  la  lettre  de  Viret  du  16  mai. 
^  Addher(j  Mener  ou  Meyger,  bourgmestre  de  Baie  (Vil,  325). 
^  Le  banueret  Bernard  Meyer  (N"  1129). 

■*  Voyez  la  réponse  du  Conseil  de  Lausann(>  aux  députés  de  Genève, 
p.  30,  n.  1. 


lo'l2  OSWALD  MYCONIUS  A  J.  CALVIN  ET  A  P.  VIIIKT.  39 

Bucero,  (iiuis  iiostris  adjunctis  luittcimis,  sjjcraiitcs  aliqiiid  nos 
sic  viribus  coUectis  iiii|j('traturns.  Bert/liarfiis  ituiiis  Argeidi- 
vam  ciim  Bucero  corîim  agct.  luidc  is  i-c  Ix'nc  cogiiita  tbrsitaii 
coiiiicict  ali(iiii(l.  lîogavi.  (jiiod  la<  tiiius  est  in  îrniporc  l'aciat  : 
tormiiiuin  ciiini  Vireti  api)ro])in(iuai'('.  IN'liquuin  est  igitur  ut. 
si  videbitur  consnltiuii.  ali(iiiis  agat  ciini  Latisannensilnis,  ut 
consoutiant,  si  forte  Bernenses  m  cis  adlcgaudis  vcllfut  jxTti- 
uacitoi-  durare.  De  Comite'%  noscio  (ptid  est  ab  illis  ctiam  scrip- 
tum.  iiuod  potitioncni  senatiis  iiosiri  iuijxxliit.  Quid  si  et  cum 
hoc  ageretur.  quod  ('■  v<'  jjossct  csscV  Nos  profcctô  sunius  anxii 
proj)ter  ecclesiam  isùdii  "  :  timomus  cuiin  ne  (\nu\  niali  patiatur, 
si  tibi  fuerit  tain  lidus  adjntor  adcniptus.  Age,  precabiniur  Do- 
niinuni  ut  hîc  auxiliuni  suum  non  al)neget. 

Vireto  gratias  ago  quôd  scri])sit  tam  faniiliariter.  Dein  i)la- 
cct.  ut  quod  maxime,  quia  ministrum  se  taleni  cxhibet,  ut  ubi- 
cunque  Dominus  opéra  ipsius  uti  voluerit,  ])rom])tuni  aninium 
sit  inventurus.  Decet  (Miim  nos,  quos  in  Evangelium  jjosuit 
Christus,  omnino  taies  esse.  Non  enim  vohiptas.  aut  ojjes,  aut 
gloria  nobis  qua?renda.  sed  sanctilicatio  noniinis  I)ei.  Ad  hanc 
autem  inveniendam  non  locus  facit,  sed  homines  pietatem  expe- 
tentes,  quales  audio  certè  multos  esse  hodie  Geneva^.  Dominus 
eis  adsit  !  Amen. 

Credo  vos  ])rid('m  intellexisse  de  nuptiis  Buceri  cum  Yui- 
hixinde  Cajntonis  defuncti  ',  Féliciter  cedunt  omnia,  et  nemo  est 
([ui  non  faustum  esse  cupiat  quod  factum  est.  Conflictamus  nos 
hîc  cum  impietate  multorum.  ijui  contra  jusjurandum  profecti 
sunt  ad  Gallum  •*  contra  Cœsarianos,  cumque  his  qui  taies  tueri 
conantur.  Sic  fructiticat  Evangelium  apud  nos.  De  Tnrcu  nihil 
audimus,  neque  de  his  (jui  contra  cum  |)roficiscuntur,  quorum 

*  Béat  Comte,  collègue  ^h-  Virct.  (  f.  p.  31,  j).  5. 

*  L'église  de  Genève. 

'  Wibranâis  Bosenblntt,  veuve  d'un  Bâlois,  avait  épousé  en  1528  Jean 
Œcolanipade,  puis  en  1532  AVolfgang  Ca]nton,  qui  mourut  le  4  novemlire 
1541  (II,  118,  135,  VII,  344.  —  T.  W.  Rdhricli.  Gescli.  der  Réf.  ini  EI- 
sass,  1832,  II,  70).  On  ne  connaît  pas  exactement  la  date  de  son  mariage 
avec  Bucer ;  mais  on  jx'ut  affirmer  qu'il  fut  célébré  en  avril  ou  en  mai  1542 
(Yoy.  la  lettre  suivante  et  celle  de  Sultzer  du  31  janvier  1543). 

*  Malgré  leur  serment  de  fidélité  et  d'obéissance  aux  magistrats,  plu- 
sieurs Bâlois  couraient  s'enrôler  dans  les  troupes  du  roi  de  France 
(XM126,  n.  7). 


40  SÉBASTIEN  MUNSTER  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.      lo42 

certè  numerus  est  magnus.  Ptumor  est  tamen  illum  petere  indu- 
cias,  quae  si  permittentur,  timeo  fiiturum  quod  accidit  Rliodien- 
sil)ns\  Sin  minus,  habet  quod  de  Csesare  Qtfratre^^  conquera- 
tur.  Si  Christum  habebunt  ducem,  is  docebit  et  ducet  qiiô  débet 
et  conveniet.  Valete  in  Christo  Domino  cum  vestris  et  bonis 
fratribus  omnibus.  Avocant  me  négocia,  longior  alioqui  fuissem. 
Basileœ,  30  Maii,  anno  1542. 

Os.  Myconius  vester. 

(Inscriptio  :)  D.  Jo.  Calvino  et  Petro  Vireto,  viris  doctiss.  et 
piiss.  in  Domino  fratribus  inter  primos  colendis  suis. 


1126 

SÉBASTIEN  Mt'ysTER  ^  à  Guillaume  Farel,  à  Neuchâtel. 
De  Bàle,  31  mai  (1542). 

Inédite.  Autograplie.  Bibliothèque  des  pasteurs  de  Neuchâtel. 

Salutem  in  Domino  et  prosperum  in  sanctissimis  votis  optât 
successum. 

Doctissime  Yarelle,  cum  audirem  puerum  hinc  ad  Corderium 
vestrum  transferendum  -,  volui  brevibus  tuam  humanitatem 
salutare,  memor  adhuc  qiiàm  amicè  me  tractaris,  etiam  cum 
dispendio  rei  tuie  familiaris  '.  Discedens  auteni  à  te.  ubique 

'  Allusion  au  siège  de  Rhodes  et  à  la  prise  de  cette  ville  par  le  sultan 
Soliman  (25  décembre  1522). 
^°  Ferdinand,  roi  des  Romains. 

*  Voyez,  sur  Séb.  Munster,  les  Indices  des  t.  précédents,  et  spéciale- 
ment le  t.  Vn,  pp.  208,  209,  413. 

*  La  plupart  des  jeunes  Suisses  qu'on  envoyait  dans  le  Pays  romand 
pour  y  apprendre  la  langue  française,  étaient  placés  à  Lausanne  ou  à 
Genève;  mais  le  Collège  de  Neuchâtel  en  attirait  aussi  quelques-uns,  à 
cause  de  la  réputation  de  Mathurin  Cordier. 

'  Des  visiteurs  étrangers  attestent  que  Farel  exerçait  l'hospitalité  d'une 
façon  cordiale  et  généreuse. 


1312      SÉBASTIEN  MUNSTER  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  41 

à  doctis  majori  (iiiàm  dignus  siim  honore  fui  oxceptus.  Losannae 
tamen  Comitem  non  invoni  domi  agcntom  \  Genevie  biduo 
mansi%  rodiique  opjjoi'tunè  BasiJeam  ad  prœsmi)tuni  tcmpus^ 
Omnia  adhuc  n^ctè  liîc  agnutuVy  Concionfdores  omnes  sani 
sunt.  Civibus  omnibus  sub  capitis  pœna  intcrdictum  est,  ne 
quisquam  ad  GalUarum  regem  se  transférât  '.  Elapsi  sunt  tamen 
quidam,  sed  pauci,  at  plurimi  servi  relictis  artiticiis  bellum 
petierunt  illud  Loml)ardicuni.  De  expeditione  contra  Turcam 
instructa  adhuc  nihil  certi  auditur  \  Id  certum  est,  maximum 
militum  numerum  jam  descendisse  in  Austriam.  Puto  te  scire, 
Bucerum  jam  nujjtias  célébrasse  cum  relicta  Caintonis  ^  Sed 
satis  sit  na^niarum  mearum,  ne  in  sanctissimis  operibus  tibi  sini 
impedimento.Vale  et  Christi  ministros,  prsesertim  T^.Thomam^^, 
nomine  meo  saluta.  Basilea?,  ultima  Maii  (1542"). 

Tuus  Sebastianus  Munsterus. 

(Inscriptio  :)  Gravissimo  viro  atque  vero  Christi   ministro 
Domino  W.  Varello,  Neocomensium  concionatori  diligentissimo. 

*  X"  1121,  note  5. 

*  A  comparer  avec  la  lettre  du  17  avril  1542,  où  Calvin  parle  de  l'ar- 
rivée de  Munster  à  Genève  (Vil,  453). 

'  C'est-à-dire,  pour  reprendre  ses  leçons  à  l'Université,  après  les  vacances 
de  Pâques  (VU,  419,  n.  9-10). 

'  Plusieurs  colonnes  de  soldats  mercenaires  traversèrent  bientôt  la 
Suisse  occidentale,  pour  se  rendre  en  Italie  (Ruchat,  V,  181,  182).  Tout 
se  préparait  en  France  pour  la  guerre  qui  fut  déclarée  à  l'Empereur  le 
10  ou  le  12  juillet  (Voy.  Guiffrey.  Chronique  de  François  I,  p.  392-396. 
—  Sleidan,  édit.  am  Ende,  II,  259,  260,  270,  272.  —  Henri  Martin.  Hist. 
de  France,  4""^^  éd.,  \TII,  278-280.  —  Gaillard.  Hist.  de  François  I,  1819, 
m,  127). 

®  La  guerre  de  l'Empire  contre  les  Turcs  fut  décidée  on  avril  dans  la 
diète  de  Spire,  et  l'électeur  de  Brandeliourg,  Joachiin  II.  fut  élu  général 
en  chef  (VH,  450,  453.  —  Sleidan,  II,  260). 

9  N"  1125,  n.  7. 

1"  Thomas  Barharin,  qui  aurait  fait  la  connaissance  de  Séb.  Munster 
àBàle  en  1538  (Y,  74,  n.  7)? 

**  Le  contenu  de  la  lettre  détermine  le  millésime. 


42  ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1542 


1127 

ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  ^  au  Conseil  de  Berne. 
(Berne,  vers  la  fin  de  mai)  1542. 

Inédite.  Autographe.  Archives  de  Berne. 

Briefve  et  simple  exposition  de  responses  faites  par  Andrieu 
Zébédée  aux  accusations  faites  contre  luy  par  le  vicaire  d'Orbe-. 
Le  tout  présenté  aux  Magnifiques,  puyssantz,  très  redouhtées  et 
christiens  seigneurs  et  princes  de  Berne. 

Les  Responses  d'Andrieu  Zébédée,  prédicant  d'Orbe,  aux  accu- 
sations faites  ])ar  le  vicaire  d'Orbe  devant  les  excellens  et  puys- 
santz seigneurs  et  princes  de  Fribourg,  l'an  1542,  le  lundy 
devant  pentecouste\ 

Je,  Andrieu  Zébédée,  minister  de  la  parolle  de  Dieu  en  la 
ville  d'Orbe,  estant  devant  le  Conseil  des  seigneurs  et  princes 
de  Fribourg,  ayant  ouy  une  grande  et  aspre  accusation  faicte  de 
par  le  vicaire  de  la  dicte  ville,  en  respondant  a[y]  réduyt  la 

^  Voyez  les  Indices  des  t.  Y,  VI,  VII,  et  si:)écialement  le  t.  V,  p.  98  et 
le  t.  M,  p.  240,  241. 

André  Zébédée  était  natif  de  la  Flandre.  Professeur  à  Bordeaux  pendant 
trois  ans,  puis,  dès  1538,  pasteur  à  Orbe,  il  avait  néanmoins  conservé 
certaines  singularités  de  style  et  d'orthographe  qui  annoncent  que  le  fran- 
çais n'était  pas  sa  langue  maternelle;  mais  il  nous  semble  que,  pour  la 
clarté  et  la  rapidité  de  l'exposition,  il  n'est  point  inférieur  à  ses  collègues 
nés  en  France  ou  dans  la  Suisse  romande. 

Son  caractère  se  trahit  naïvement  dans  la  présente  ajiologie.  Très  zélé, 
mais  présomptueux,  tracassier  et  parfois  violent,  il  n'était  guère  à  sa 
place  dans  une  ville  où  les  Évangéliques,  constamment  surveillés  par  les 
Catholiques-romains,  pouvaient,  pour  la  fiuitc  la  jilus  légère,  être  dénoncés 
à  MM.  de  Fribourg  et  sévèrement  jjunis. 

^  Claude  Gui/of  (Voyez  les  Mém.  de  Pierrefleur.  Lausanne,  1856, 
]).  1.36,  21()j. 

'  C'est-à-dire,  le  22  mai.  Il  avait  été  cité  à  Fribourg,  ainsi  que  sa  partie 
adverse,  jiour  le  samedi  20  (Pierrefleur,  p.  210). 


1342  ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  43 

longue  accusation  on  trois  ])ointz  principaul.x.  |)riant  les  excel- 
lences et  puyssances  des  mes  seigneurs  et  pi-iiiccs  de  les  bien 
consider  et  conférer  avecques  les  responses. 

Le  primier  poinet.  J'ay  esté  trop  Ipng  au  sermon,  le  dimenche 
de  Pasques  liory  '^  et  au  sermon  du  grand  vendredy  sainct  ', 
et  que  je  fasoye  cela  ])ar  certaine  malice.  i)Our  empescher  le 
service  de  prestres,  et  que  toutes  les  dimenclies  je  fasoye  aultant, 
et  que,  quelques  remonstrances  qu'on  me  fait,  je  ne  veulx  aul- 
cunement  obeïr. 

Le  second  point.  Ainsi  que  le  vicaii-e  faisoit  son  office,  ce 
dimenche  mesme  ^  je  suis  venu  audacieusement.  voulant  faire 
ung  grand  tumulte,  le  démentir  ])uhliquement,  et  (pie  n"a  tenu 
à  moy  que  n'aye  eu  une  grande  effusion  du  sang. 

Le  troisiesme  jwint.  L(^  vendredy  a])rès  TAscension  ".  en  jjlaine 
ru(\  j"ay  appelle  le  vicaire  ahuseiir. 

Quant  au  lyrimier  jwud,  j'ay  respondu  :  Yen  que,  pour  cer- 
taines et  honestes  causes,  je  presche,  les  dimenclies,  les  Évan- 
giles de  la  messe,  les  prestres  me  pourroient  supporter,  ainsi 
qu'ilz  avoyent  faitz  les  aultres  anné[e]s  (car  pour  lors  je  n'avoye 
rien  fait  de  noveau),  si,  quant  les  Évangiles  de  leurs  offices  sont 
bien  longues,  la  déclaration  aussy  soit  aulcunement  plus  longue. 
Et  a[y]  ])i'otesté.  demandant  Dieu  en  tesmoing,  que  je  faisoye 

*  Le  dimanche  de  «  Pâques  tiories  »  ou  des  Rameaux,  qui  lut  le  2  avril 
en  1542. 

°  0  Le  prédicant  Zébédée,  se  sentant  advoué  du  seigneur  Ballif  [Conrad 
Buhy],  lequel  estoit  de  Berne,  ])ensa  mettre  empeschement  au  service 
divin...  le  jour  du  Vendredy  sainct,  assavoir  qu'il  se  mist  à  sermonner  son 
sermon,  depuis  sept  heures  jusques  à  onze;  et  tousjours  eust  sermonné,  si 
ne  fust  que  le  Gouverneur  de  la  ville  le  tist  à  descendre  de  la  chaiie,  disant 
qu'il  passoit  l'heure  ordonnée  par  les  Seigneurs  »  (Pierrefleur,  j).  209). 

Selon  les  Ordonnances  de  Bern<>  et  de  Frihourg  du  30  janvier  1532 
(II,  401-404)  publiées  à  Orbe  le  3  mars  suivant,  le  sermon  devait  avoir 
lieu  «  en  temps  d'hiver,  depuis  la  St-Michel  jusques  à  Pâques,  au  matin, 
de  sept  heures  jusques  à  huit;  en  été,  de  six  jusques  à  sej)!.  Aussi,  en 
l'église  paroissiale,  seront  dites,  et  toujours  avant  le  sermon,  les  matines 
et  laudes,  [et]  après  [le  sermon]  les  autres  heures  canoniques,  Ja  messe, 
cérémonies  et  offices  de  rÉgiise,...  par  condition  que  icelles  n"enii)échent 
la  prédication,  ni  aussi  la  prédication  les  susdites  cérémonies...  »  (Pierre- 
fleur,  p.  83). 

"  Le  jour  de  >•  Pâ(iues  fldrics.  »  2  avril. 

^  C'est-à-dire,  le  19  mai. 


44  ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1542 

point  cela  par  malice,  comme  le  vicaire  avoit  donné  entendre. 
Mesmement  j'api)ellois  le  chastellain  d'Orbe  ^  là  présent,  pour 
testifier  et  certifier  que  le  vicaire  avoit  faulsement  informé 
Messieurs,  en  ce  qu'il  avoit  dict  que,  quelque  remonstrance 
qu'on  me  fasoit,  je  ne  voulois  aulcunement  obeïr;  car  le  chas- 
tellain sçavoit  bien  que  je  m'estoye  déporté  après  sa  remons- 
trance. 

Quant  au  second  point,  qui  est  d'avoir  démenty  le  prestre 
faisant  son  office  dedans  l'église,  etc.,  j'ay  confessé  le  fait,  mais 
non  pas  le  mode  ne  l'intention  proposée  de  par  le  vicaire.  Et 
j'ay  prié  les  excellences  de  princes,  de  me  donner  audience  pai- 
sible, ainsi  comme,  de  leur  grâce,  avoyent  faict  à  mon  adver- 
saire. Laquelle  chose  ayant  tellement  quellement  impétré,  j'ay 
exposé  comme  je  n'estoye  point  venu  alors  à  l'église  pour  faire 
aulcun  bruyt,  moins  encore  pour  estre  cause  de  quelque  effusion 
du  sang,  en  tant  que  j'estoye  entré  au  temple  tout  seul,  paisi- 
blement, sans  avoir  adverty  persone,  comme  aultre  fois  j'avoye 
fait  souvent.  Et  j'ay  confessé  d' estre  bien  véritable,  que  pour 
lors  me  suis  arresté  davantaige,  et  c'estoit  à  cause  que,  après 
l'évangile  chanté  et  l'offertoire  achevé,  j'ay  veu  le  vicaire 
venir  pour  faire  le  prosne,  comme  parlent  les  prestres,  et  ainsi 
je  m'arrestoys.  Et  luy,  au  lieu  de  ex])Oser  quelque  propos  de 
l'épistre  ou  l'évangile  de  sa  messe,  se  déportant  de  cela  comme 
de  chose  de  petitte  importance,  avise  le  peuple  de  cérémonies 
qui  se  debvoyent  garder  en  ceste  sepmaine-là,  qui  estoyt  la  sep- 
maine  saincte  ^  :  que  le  jeudy  estoyt  la  commémoration  de  la 
saincte  cœne,  et  que  le  peuple  debvroyt  faire  comme  il  estoit 
accoustumé;  que  le  vendredy  c'estoit  la  commémoration  de  la 
mort  et  passion  de  Nostre  Seigneur,  et  que  le  peuple  debvroit 
faire  selon  la  coustume;  que  le  sammedy  on  f(M'oit  les  bénédic- 
tions de  l'eau  du  font'",  et  que  le  peuple  en  viendroit  prendre 
et  en  boire  et  en  garder,  comme  il  avoyt  de  coustume;  que  le 
dimenche,  c'est  la  résurrection  de  Nostre  Seigneur;  que  doncques 

^  François  Warnery  ou  Warney,  qui  avait  succédé  en  1535  à  Autoine 
Secretain  (Picrrofleur,  ]>.  137). 

^  On  lit  à  la  marge  :  «  le  sermon  du  vicaire.  » 

"^  Il  veut  dire  :  des  fonts  baptismaux  (Voyez  le  Manuel  ou  instruction 
des  curez  et  vicaires...  à  l'usage  de  Rome,  de  Lyon  et  de  Lausanne.  Par 
Pierre  Yiret  (Lyon,  Claude  Ravot,  1564,  p.  17,  25). 


1342         ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  45 

le  peuple  se  disposa  à  recepvoir  son  r)i(Hi  et  son  Créateur; 
et  qu'il  clebvoit  aussy  bien  j)('nser  à  décharger  ung  chascun 
sa  conscience,  de  payer  le  rachapt  à  quoy  ilz  estoyent  tenus  et 
obligés,  d'aultant  que  c'est  l'ordinancç  de  la  saincte  mère  Église, 
à  laquelle  il  fault  obeïr,  car  il  n'y  a  point  de  puyssance  si  non  de 
Dieu,  et  qui  résiste  à  la  puyssance  il  résiste  à  Dieu,  comme  dit 
TApostre  aux  Romains. 

Sur  ce  projjos,  moy  pensant  à  la  droite  vérité,  et  cognossant 
la  vraye  intelligence  de  TEscripture  alléguée,  —  voyant  aussi  la 
grande  et  manifeste  faulseté  du  vicaire,  que  quant  il  touchoit 
les  grandes  choses,  comme  la  cœne  saincte  de  Nostre  Seigneur, 
la  mort  et  la  i)assion  de  Jésus-Christ,  il  renvoyoit  les  simples 
gens  à  coustumes,  disant  légièrement  et  en  passant  :  «  Vous 
ferés  ainsi  que  vous  estes  acoustumés  ;  »  et  quant  il  vient  à 
parler  je  ne  sais  de  quel  j)ayement  du  rachapt,  qui  touche  la 
bourse  et  fait  pour  le  ventre,  alors  le  vicaire,  à  l'exemple  de 
Judas,  charge  les  consciences  du  paovre  peuple,  en  alléguant 
faulsement  la  saincte  et  véritable  Escripture,  pour  establir  sa 
villaine  et  meschante  menterye,  —  moy,  dy-je  au[x]  seigneurs 
et  i)rinces  de  Fribourg,  voyant  tout  cecy,  ay  esté  esmeu  (du  quel 
esprit.  Dieu  le  scet)  à  crier  à  haulte  voix  :  «  Cela  est  faulsement 
allégué  et  l'a  menti/.  "  Et  cant  et  cant  ",  ay  demandé  tous  les 
assistans  à  la  messe  en  tesmoing  du  propos  que  le  vicaire  sur 
telle  matière  avoit  tenu.  Car  je  m'offroye  devant  toute  honne 
justice  de  x)rover  et  maintenir  qu'il  avoit  faulsement  menty.  Et 
encoire  disoye  à  Messieurs  que  j'estoye  tousjours  prest  à  prouver, 
devant  tous  bons  juges,  que  le  vicaire  eut  tenu  ce  propos,  non 
pas  seulement  contre  les  sainctes  Escriptures,  mais  aussy  droite- 
ment  et  ouvertement  contre  le  droit  canon,  c'est-à-dire,  disoye 
[-je],  contre  le  droit  de  son  pape. 

Et,  continuant  mon  ])ropos,  j'ay  suj)])lié  que,  si  sambloit 
aux  excellences  de  Messieurs  que  je  i)arlois  trop  hardiment  et 
haultement,  qu'il  pleust  à  leur  bénignes  grâces  de  me  supporter 
en  cela;  car  la  vérité  seurement  congneue  et  la  conscience, 
de  la  crainte  de  Dieu   meue^^  en  Toffice  de   la   prédication 

"  Quant  et  quant,  ainsi  qu'on  l'écrivait  ordinairement,  signifiait  en 
même  temps. 

^-  On  ))(>ut  liro  menée  on  menée  (mue). 


46  ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1542 

de  l'évaiigilo  do  Jésus,  me  poussoyent  et  induisoyent  à  parler 
ainsi  vivement.  Et  j'ay  requesté  davantaige,  qu'il  pleust  à  leurs 
excellences  d'avoir  esgard  à  ung  certain  propos  que  je  desyrois 
alléguer  en  manière  de  similitude.  Et  proposois  ainsi  : 

Si  quelqung  des  officiers  de  l'excellence  des  Messieurs,  ayant 
charge  de  publier  certaines  ordinances  par  leurs  seigneuries, 
mettoit  les  mandemens  de  ses  princes  arri[è]re,  et,  au  lieu  de 
ceulx-là,  en  publieroit  des  aultres  de  sa  fantasie,  et  [qu'il]  se 
trouve  par  avanture  quelqung  de  subjects  asseuré  que  l'officier 
ne  dit  riens  ou  bien  peu  de  ce  qu'il  a  en  charge,  mais  attribue 
au  prince  ce  que  le  prince  n'a  jamais  pensé,  —  si  donques 
l'aultre,  bien  cognossant  cela,  vient  crier  publiquement  et  sur- 
le-champs  contre  ung  tel  officier,  et  sauve  l'honneur  de  princes, 
le  démentant  devant  tout  le  monde,  —  à  sçavoir  mon  '^  si  ung 
tel  subject  pouri-oit  estrejugé  desloyal  et  séditieux  ?  Je  pense, 
disoye,  que  non. 

Pareillement,  dy-je,  seigneurs  et  i)rinces,  est  de  moy  et  de  ce 
vicaire  icy.  Car  le  vicaire,  ayant  pris  la  charge  de  publier  et 
enseigner  les  ordinances  qui  sont  ])Our  entertenir,  avancer  et 
mener  à  quelque  perfection  le  peuple  christien,  ne  fait  rien  ou 
bien  peu  de  tout  cela;  et. le  peu  qu'il  fait,  il  le  fait  indeuement, 
et  aultrement  que  Dieu  n'a  commandé,  et  met  en  avant  des 
aultres  charges,  de  quoy  il  n'a  nulle  charge,  ne  de  Dieu,  [ne]  de 
son  Église,  non  obstant  qu'il  fait  cela  desoubz  le  filtre  de  la 
saincte  mère  Église. 

Et  moy,  me  trouvant  là  à  la  fort  une  ^\  non  pas  seulement 
comme  subject,  mais  comme  filz  de  la  vraye  Église  catholique 
(Car  tel  me  tiens  et  tel  je  veulx  vivre  et  morir),  si  je  me  suis 
opposé  à  ung  qui  a  imposé  à  l'Eglise  saincte  ce  que  elle  n'a 
jamais  pensé,  l'affaire,  si  samble,  selon  la  similitude,  ne  doiht 
point  estre  trouvé  si  rude  ne  tant  estrange,  principalement  devant 
cenlx  qui  vendent  aussi  estre  vrays  suhjectz  et  loyaulx  enfans  de 
la  saincte  Eglise. 

Et  ainsi  que  je  voulois  alléguer  ung  exemple  de  l'histoire 
ecclésiasti(iu(>,  pour  prouver  que  je  le  j)Ouvoye  faire  cela  et 
m'opposer,  on  m'a  imposé  silence.  Et  j'ay  supplié  les  grâces  de 


"  Mon  est  ici  uiio  particule  int«^rrogative,  signifiant  est-ce? 
"  Par  un  cas  fortuit,  par  hasard. 


1542  ANDRÉ  ZP'RKDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  47 

Messieurs  qu'on  nio  laissa  rcsijondro  au  troisicsiuc  point  de 
l'accusation  :  ce  qu'on  ni"a  accordé. 

Quant  au  troisiesme  point,  qui  est  d'avoir  appcllt''  le  vicaire 
aljuseur,  j'ay  respondu  (ju'il  n'y  avjsit  pas  grande  difficulté  à 
prouver  cela  en  beauco|)  de  sortes  ;  toutefois  ([n<'  ji"  n"avoye 
})oint  dict  cela  sans  cause  de  par  luy  donnée.  Laciudle  cause, 
combien  qu'elle  soit  assés  longu(\  je  Fay  réduyt,  devant  les 
excellences  de  Messieurs,  eu  brief,  racomptant  ainsi  : 

Le  vicaire  s'estant  allé  cant  et  cant  après  Pasqucs  devant 
Messieurs,  a  rapporté  c<n'taines  lettres  à  Monsieur  le  hulUf,  par 
lesquelles  on  manda  que  Monsieur  le  ballif  eût  à  faire  citer  le 
vicaire  et  sa  contre-part  '^  et  Claude  MattJùeu^^.  Et  est  chose 
véritable  que  le  vicaire  n'a  point  voulu  donner  (Mitendre  à  Mon- 
sieur le  ballif,  ne  à  son  cliastellain  quil  [1.  quij  cstoit  sa  contre- 
part.  Mesmement,  quant  Monsieur  le  hallif  avoit  donné  chargea 
son  cliastellain  de  demander  au  vicaire  quil  estoit  S((  contre-part, 
le  vicaire  a  respondu,  qu'il  ne  sçavoit  rien,  et  n'a  fait  samhlan.t 
aukun  de  me  demander  aulcime  chose.  Et  davantaige  a  dict  à 
Claude  Matthieu,  ciui\l]  ne  s'estoint  pas  plaint  de  luij  :  ce  que 
totalement,  à  la  longue,  a  esté  trouvé  estre  fardx^'.  Car  cinq 
sepmaines  après,  ayant  attendu  jusques  près  d(^  la  venue  de  la 
journée  assignée  *^  [il]  est  venu  vers  Monsieur  le  ballif,  donnant 
entendre  qu'il  ne  pouvoit  penser  d'avoir  aulti'e  contre-part  que 

'^  Sa  partie  adverse. 

*®  On  lit  dans  le  Manuel  de  Frihourg,  an  mardi  23  mai  :  Claude  Ma- 
thei  d'Orbe  a  dit,  en  présence  du  Bailli,  selon  le  rapport  du  ficaire  :«  Que 
les  administracions  du  S.  Sacrement  que  le  d.  vicayre  fasoit,  estoint  contre 
Dieu  et  la  saincte  Escripture  et  qu'elles  estoint  méchantes;  et  qu'il  voul- 
loit  prouver  par  la  S.  Escripture  que  tous  ceulx  qui  l'ensuyvent  que  il 
font  contre  Dieu  et  la  S.  Escripture.  r, 

''  L'enquête  faite  à  Orbe  contre  Matthey,  le  samedi  27  mai  1542,  le  fut 
«  à  l'instance  et  poursuyte  de  messire  domp  Claude  fT}ii/ot,  prestre  et 
vicaire  d'Orbe.  » 

Deux  assistants  n'avaient  pas  entendu  les  paroles  de  ]\latthey  (Voy. 
n.  16),  et  deux  des  témoins  ne  soutenaient  que  la  première  ])artie  de  l'ac- 
cusation. Ainsi  l'un  de  ces  derniers,  «  Domp  Guillaume  Chollet,  prestre 
d'Orbe,  ...interrogé  si[l]  avoit  ouyr  dire  à  Claude  Grivat  (lue  Claude  Mat- 
fheis  eusse  parler  et  médictz  contre  Messieurs  de  Fribourg,  »  répondit 
négativement.  Malgré  cela,  l'accusé  ne  fut  i)oiiit  admis  à  j)roduire  ses 
témoins  à  décharge  (Mscr.  orig.  Arch.  de  Fribourg). 

'^  Assignée  au  prédicant  d'Orbe  et  à  Cl.  Guyot  ))onr  le  20  mai. 


48  ANDRÉ  ZÉBÉDÉE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1542 

le  prédicant  d'Orbe  '^  De  quoy  moy  estant  adverty  et  i'e[nJcon- 
trant  le  vicaire,  je  l'ay  remercyé  de  ce  que  à  la  longue  s'estoyt 
déclaré  que  j'estoye  sa  contre-part.  «  Toutefois,  »  disoie,  «  je 
vous  eusse  mieulx  remercié,  si  m'eîit  esté  déclaré  plus  tost.  » 
A  quoy  le  vicaire  respondit  en  s'en  allant,  «  que  ce  n'estoit  luy 
ma  contre-part,  mes  que  Messieurs  de  Fribourg  me  donneront 
entendre  que  eulx  sont  ma  contre-part.  »  Sur  quoy  je  luy  res- 
pondoye  «  que  cela  ne  se  porroit  pas  sans  que  luy  se  fust  com- 
plaint  de  moy.  »  Et  luy  de  crier  du  loing  contre  moy  «  qu'il 
])arleroit  bien  à  moy.  »  —  «  Parlons  donques,  »  disoye.  —  «  Et 
de  quoy?  »  dit-il,  —  «  De  l'évangile  et  de  l'épistre  que  vous  avés 
hier  (c'estoit  le  jour  de  l'Ascension  ^")  chanté  à  vostre  messe  : 
là  où  vous  dict[es],  en  language  que  le  peuple  n'entend  pas,  que 
le  corps  de  Jésus-Christ  est  osté  de  nous,  tant  de  nous  mains 
que  de  nous  yeulx.  Et  toutefois  tous  les  jours  vous  dites  et  faites 
le  contraire,  disant  que  vous  le  tenés  en  vous  mains  et  que  le 
monstres  aux  yeulx  de  povre  peuple  :  lequel  tu,  ainsi  faisant, 
abuses  et  séduyts,  rien  douant  entendre  de  ce  que  vous  dites 
bien,  et  faisant  à  croire  ce  que  vous  faites  mal,  ce  que  mesmes 
est  contre  l'article  de  la  saincte  foy.  » 

Sur  ce,  avons  esté  tous  renvoyé  de  par  le  Conseil  -'. 

Brief  recueil  de  la  parolle  du  vicaire  sur  qiioy  on  Ta  démenty. 

Le  vicaire  a  dict  que  le  peuple  est  tenu  en  sa  conscience  et 
obligé  de  payer  le  rachapt,  car  cela  estoit  l'ordinance  de  la 
sainte  mère  Église  ^^ 

"  C'est-à-dire  que,  selon  le  Bailli,  la  partie  adverse  du  vicaire  Guyot  ne 
pouvait  être  que  Zébédée  lui-même. 

20  Le  jeudi  18  mai. 

*'  Nous  complétons  le  récit  de  Zébédée  par  celui  de  Pierrefleur,  p.  211  : 
«  finalement,  après  avoir  ouy  les  propos  du  d.  Vicaire  et  de  luy,  [Zébé- 
dée] fust  condamné  d'estre  mis  en  forte  et  estroitte  prison,  et  y  demeura 
vingt-quatre  heures.  Au  sortir,  il  fist  amende  honorable,  assavoir  :  crier 
mercy  à  Dieu,  à  la  Vierge  Marie,  à  tous  les  saincts  et  sainctes  de  Pa- 
radis, et  aussi...  aux  Seigneurs  de  Fribourg,  lesquels  acceptèrent  ainsi 
la  d.  mercy,  le  bannissant  de  leurs  terres  et  seigneuries,  sur  peine  de  la 
vie.  » 

Le  Manuel  de  Fribourg  omet  la  comparution,  l'emprisonnement  et 
l'amende  honorable  de  Zébédée,  et  il  ne  mentionne  que  cette  rétractation  : 
«  5  juin.  Chiudi  Mathieu  d'Orbe  a  rétracté  les  paroles  citées  au  23  mai, 
et  il  a  dit  avoir  mal  parlé  et  fait  tort  à  ceux  qui  sont  attachés  nu\  saints 
sacrements  et  à  la  messe  »  (Trad.  de  l'ail.). 


lo42  JEAN  BOSSET  AU   CONSEIL  DE  BERNE.  49 


1428  ^ 

JEAN  BOSSET  ^  au  Coiiseil  de  Berne. 
TDa  Val  de  Tavaunes,  l^^«  jours  de  juin)  1542. 

Inédite.  Autographe.  Archives  de  Berne. 

S'ensuit  la  manière  et  la  mode  de  vivre  et  le  régime  que  l'on 
tient  por  le  présent  à  la  prévosté  de  Mothié-Grand  Vaidx,  prin- 
cipallement  envers  tons  cenlx  qui  ont  receu  la  sainde  parolle  de 
Dieu,  et  qui  se  sont  conformé  et  desclérez  de  voloir  tenir  hi 
religion  catholique  (sic)  comment  Mess[i]eurs  de  Berne  et  leur 
réformation  porte  et  enseigne,  tout  selong  la  sainte  parolle  de 
Dieu. 

-*  Zébédée  étant  sorti  de  prison  le  23  mai,  nous  avons  lieu  de  croire 
qu'il  composa  cette  Apologie  à  Berne,  où  il  se  trouvait  le  7  juin. 

Quatre  députés. fribourgeois  s'étant  présentés  le  26  mai  devant  le  Conseil 
de  Berne,  celui-ci  leur  fit  des  plaintes  assez  vives  sur  l'incarcération  et  le 
liannissement  de  Zébédée,  et  sur  la  comparution  du  l)ailli  d'Orbe  à  Fri- 
iiourg.  Le  31,  Claude  Matthey  se  plaignit,  à  Berne,  de  ce  qu'il  avait  été 
l'objet  d'une  enquête  (n.  17)  et  sommé  de  comparaître  devant  des  magis- 
trats fribourgeois,  qui  étaient  en  même  temps  juges  et  parties  (Man.  de 
Berne  du  d.  jour). 

Le  conseiller  Crispin  Fischer,  envoyé  à  Fribourg,  le  3  juin,  pour  y 
exposer  les  griefs  des  Bernois,  reçut  l'oi'dre  d'insister  sur  cet  argument  : 
qu'on  ne  pouvait  être  légalement  banni  des  bailliages-communs  d'Orbe  et 
de  Grandson  qu'en  vertu  d'une  sentence  des  deux  souverains,  et  non  pas 
d'un  seul.  Dans  le  cas  où  Berne  suivrait,  à  l'avenir,  l'exemple  donné  par 
les  Fribourgeois,  ceux-ci  en  ressentiraient  autant  de  chagrin  qu'elle-même 
en  éprouvait  du  bannissement  de  Zébédée. 

Fischer  remplit  sa  mission  le  5  juin.  MM.  de  Fribourg  lui  dirent  «  que 
Zébédée  avait  transgressé  maintes  fois  les  ordonnances  des  deux  Villes,  et 
qu'il  avait  été  grossier  devant  eux  en  parlant  de  l'ancienne  et  vraie  reli- 
gion. Ils  consentaient  néanmoins  à  lui  rouvrir  les  bailliages-communs, 
pourvu  qu'il  se  conduisît  avec  modération;  mais  il  ne  prêcherait  plus  à 
Orbe  »  (Manuel  de  Fribourg). 

MM.  de  Berne,  après  avoir  entendu,  le  7  juin,  le  rapport  de  Fischer, 
furent  d'avis  que  l'enquête  contre  Zébédée  avait  été  faite  d'une  manière 

T.  viir.  4 


50  JEAN  BOSSET  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1542 

Et  premièrement  le  vaidx  de  Tavannes  et  le  vaulx  de  Motliié- 
(h'and  Yaulx,  et  le  vaulx  de  Sornetal  ^  entre  lesqueulx  por  le 
présent  ont  tient  pouvre  et  misérable  ordre  de  vivre  selon 
rÉvangille  et  la  réformation  de  noz  honorez  seigneurs  Messeurs 
de  Berne. 

Item,  quant  les  devant-nommé  Ijohs  Jiomnips  ^  veulent  prendre 
ung  homme  à  serment,  au  [1.  ouj  faire  jurer  ung  officier,  il 
jurent  et  prennent  tous  jors  le  nom  des  sainct  et  des  sainctes, 
qui  est  contre  Dieu  et  la  réformation  de  Messeurs  de  Berne.  — 
Item,  observent  tousjours  le  d.  bons  hommes  leur  hénissons''- 
comme  du  temps  passez.  —  Item,  il  sonnent  tousjours  les  cloches 
après  les  mortz  comme  du  passez.  —  Item,  au  jors  des  nopces 
et  aultre,  dances  se  font  la  nuytz  et  le  jors.  —  Item,  grand 
y  Ivrognerie  règne  por  le  présent  entre  eulx  la  nuyt  et  le  jors,  et 
des  plus  grand  du  pays.  —  Item,  iowiQ'^  f estes  'papcdles  mwi  gardé 
comme  du  passez.  —  Item  les  hahitz  deschaplées"^  comme  du 
passez. 

irrégulière,  insidieuse,  et  ils  décidèrent  que  ce  ministre  serait  transféré  à 
Yverdon.  Thomas  Malingre,  l'un  des  pasteurs  de  cette  ville,  irait  le  rem- 
placer à  Orbe.  —  Malingre  dut  voir  dans  cette  brusque  translation  une 
suite  de  la  disgrâce  qu'il  avait  subie  quelques  jours  auparavant.  Berne,  en 
effet,  avait  écrit  aux  «  prédicants  »  d'Yverdon,  le  29  mai  :  «  Le  porteur, 
Hugonin  cfArnex,  bourgeois  d'Orbe,  prétend  que  vous  l'avez  examiné 
et  reconnu  propre  à  devenir  un  prédicant.  Abstenez-vous,  à  l'avenir,  de 
pareilles  incartades,  et  remplissez  votre  office  »  (Traduct.  libre  de  l'ail. 
Manuel  du  d.  jour). 

'  Jean  Bosset  prêchait  à  la  Neuveville  en  1530  (II,  289).  Il  devint  en 
1538  pasteur  des  villages  de  Maleray,  Sorvilier  et  Court,  situés  dans  le 
Val  de  Tavannes,  au  S.-O.  de  celui  de  Moutier-Grandral.  Diverses  loca- 
lités de  cette  contrée  sont  mentionnées  dans  le  t.  Il,  N°'  320,  325,  330,  348, 
349,  352,  354,  et  dans  le  t.  M,  p.  98,  n.  86-88. 

*  Sornethal  désigne  en  allemand  le  Val  de  Sornetan,  situé  au  X.  de 
celui  de  Tavannes. 

'  Prud'hommes  ou  jurés.  Il  y  avait  six  cours  de  justice  dans  la  Prévôté 
de  Moutier-Grandval.  Chacune  d'elles  se  composait  de  douze  jurés  ou  asses- 
seurs, présidés  par  le  maire,  lequel  était  à  la  nomination  du  Chapitre 
(Voyez  A.  Quiquerez.  Hist.  des  institutions  de  l'ancien  évêché  de  Bâle. 
Delémout,  1877,  j).  244,  249,  250). 

*  Bénédictions.  La  hénechon  ou  benesson  était  le  nom  populaire  de  la 
fête  du  saint  d'une  paroisse. 

^  Voyez,  t.  M,  p.  368,  369,  les  règlements  de  Berne  contre  les  habits 
découpés. 


1542  JEAN  BOSSET  AU    CONSEIL  DE  BERNE.  51 

A  debvoir  escripro  toute  leur  maulvaisc  conversations,  ilz 
requiroit  ung  troup  grand  livre  :  et  tout  sesi  à  faulte  de  la  Sei- 
gnorie,  qui  n'y  mest  point  de  ordre  ne  de  cliasteyement,  et  qui 
ne  fait  point  son  otïice  ne  son  delnojrr. 

Item,  les  bons  hommes  de  Mallerez  et  Bel  Villard  ^  au  vaulx 
de  Tavanes,  ont  pris  et  desrogner  et  despolié  la  mellior  partie 
des  biens  de  V église  de  Sainct-George\  et  en  ont  faict  leur 
propre  héritage,  desquelx  bien  soloit  vivre  ung  curé,  et  de  pré- 
sent img  p-édîcant,  et  ne  veullent  nullement  regardez  ne  obser- 
ver la  réformations  de  Messeurs  de  Berne,  mais  disent  que  ont 
aultant  de  auctorité  de  partir  les  biens  de  leur  église  comme 
Messeurs  de  Berne  en  leurs  terres  et  seignorie.  —  Item,  a  pres- 
tez  ung  abher  de  Bellelée*,  tant  comment  colateurs  d(>  la  d. 
église,  la  plusjiart  des  terres  en  fied^  au  bons  hommes  :  des- 
quelles terres  de[v]roit  avoir  ung  prédicant  por  en  vivre.  — 
Item,  ne  veulent  nullement  laborez  les  d.  bons  hommes  por  ung 
prédicant,  comme  il  ont  fait  por  ung  curé,  mais  disent  :  quand 
nous  dirons  la  messe,  que  lal)orerons  les  terres  de  l'église. 

Court  et  Sorvelié.  Item,  les  bons  hommes  de  Cort  et  Sorvélié 
o[nt]  faict  semblablement  comme  ceulx  de  Mcdlerez  et  Bel 
Villard.  —  Item,  ont  prestez  [le]  Prévost  et  CJiapitre  de  Mothié 
Ch'ond-vaidx,  tant  comme  coUatours  de  l'église  de  Sainct- 
Vi[n]cens  à  Cor  et  Sorvelié,  les  terres  de  la  d.  église  en  fied 
héritable  :  lesquelles  terres  doibt  avoir  ung  prédicant,  et  n'en 
joyst,  synon  ung  pitit  de  censés. 

Sur  lesquelles  choses  nous  prions  et  supplions  tant  humble- 
ment noz  très  chiers,  reddoubter  et  magnitique  et  puissant 
Messeurs  de  Berne,  que  il  leur  plaise  de  voloir  remédié  et 
regardé  à  ces  alîaires,  por  et  à  celle  fin  que  Thonnour  de  Dieu 
soit  exaltez  et  sa  sainte  parolle  mantenue  :  au  fl.  ou]  altrement 
tout  irat  en  abisme  et  ])erdicion.  Et  que  l'ong  rescripve  au 
Prévost  et  à  l'ahher  de  Ballelée,  collateurs  qui  sont  des  églises, 

®  Bévilard,  villajsp  entre  Maleray  et  Sorvilier. 

'  St.  Georges  était  le  patron  de  l'église  de  Bévilard. 

*  Bellelay,  abbaye  de  Prémontrés,  située  à  une  lieue  à  TO.  de  Sornetan, 
avait  pour  chef  depuis  1530  Jean  Cognai  (JV,  64^,  V,  422-425). 

*  C'est-à-dire,  en  fief  (feodum).  Saucy  (Hist.  de  Bellelay.  Porrentruy, 
1869,  p.  110,  114-116)  cite  les  noms  de  plusieurs  de  ces  nouveaux  feuda- 
taires,  investis  par  ./.  Cognât. 


32       LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  AU  CONSEIL  DE  BALE.     1342 

que  facont  par  ensemble  une  prébande  souffisante  au  ministre 
des  églises,  à  celle  fin  que  puisse  faire  debvement  son  office  :  au 
altrement  i[l]  serat  contraint  de  abandonné  le  lieu  '". 

Jehan  Bosset.  de  Xuveville, 

ministre  du  sainct  évangille  de  Dieu, 

au  lieu  de  Mallerez  et  Cort  et  Sorvelier.  1542. 

La  summe  des  biens  que  peult  avoir  le  devant  nommez  prédicaut,  pour 
la  substance  de  luy  et  de  sa  famille,  à  cause  des  dues  [1.  deux]  église  devant 
nommée,  Mallerez  et  Court  :  Sine  muytt  de  froment  et  sine  muyt  de 
avoyue  et  demy,  pour  faire  4  cbair  de  foin,  et  14  sol  d'argent,  et  quelque 
peult  de  novally  [1.  uovales]  aulcune  foys.  1542  ^^ 


1129 

LE  coxsEiL  DE  STRASBOURG  au  Conseil  de  Baie. 
De  Strasbourg,  7  juin  1542. 

Inédite.  Manuscrit  original.  Arch.  de  Baie. 
(Traduit  de  l'allemand.) 

Aux  prudents  et  sages,  nos  particulièrement  bons  amis  et 
fidèles  chers  voisins,  le  Bourgmestre  et  le  Conseil  de  Baie,  Nous, 
Hans  Bock,  chevalier,  le  Meister  et  le  Conseil  de  Strasbourg, 
offrons  nos  amicaux  et  empressés  services. 

^"  A  comparer  avec  les  notes  de  la  p.  360  du  t.  II. 

"  On  lit  au  dos  cette  note  du  chancelier  bernois  :  «  Prédicant.  Moutier- 
Grandval.  Là-dessus,  décidé  d'envoyer  une  ambassade,  6  Junii  1542.  — 
23  Julii  être  là  »  (Trad.  de  l'ail.).  Les  instructions  des  députés  bernois 
envoyés  à  Moutier  leur  furent  données,  en  effet,  le  20  juillet. 

Manuel  du  7  juin  :  «  Sur  le  rapport  des  prédicaiits  de  Moutier-Grandval, 
on  décide  d'écrire  à  l'Évêque  [de  Bâle]  et  au  Prévôt  [de  Moutier]  qu'il 
indique,  si  cela  lui  convient,  le  jour  d'une  conférence.  Mes  Seigneurs 
enverront  leur  ambassade,  ])Our  procéder  à  un  examen  [des  choses],  afin 
que  les  transgresseurs  de  l'édit  de  Réformation  soient  châtiés,  et  que  les 
amendes  passent  dans  les  mains  de  l'Évêque  et  du  Prévôt  »  (Trad.  de 
l'ail.).  Voyez,  au  29  juillet,  la  lettre  des  ministres  de  la  Prévôté  (N»  1142). 


1342     LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  AU  CONSEIL  DE  RALE.       53 

Chers  bons  amis  et  fidèl(^s  voisins! 

M.  2Iartin  Bucer,  ministre  de  la  parole  de  I)i<'U  en  cette 
ville,  nous  a  informés  qu'il  a  ai)i)ris^de  votn^  Banneret,  le  pieux 
Bernard  Meijer,  que  nos  bons  amis  et  fidèles  voisins  de  Berne 
veulent  rajjjjeler  M.  Pierre  Tiret,  leur  prédicateur  de  Lausanne, 
qu'ils  ont  prêté  pour  un  temps  à  ceux  de  Genève,  —  rappel  très 
fâclnuix  pour  ^Monsieur  Jean  Calvin,  j)arce  que  touf  n'est  peut- 
être  pas  encore  ramené  au  meilleur  état  autour  de  lui,  et  que 
M.  Calvin  lui-même,  à  cause  de  sa  faible  santé,  ne  ])('ut  ])as  tout 
faire.  Ces  circonstances  réunies  apporteraient  du  dommage  à 
l'œuvre  de  l'Évangile.  2£eyer  nous  a  dit  (jue,  pour  cette  raison, 
vous  aviez  alors  décidé  d'écrire  à  nos  amis  de  Be^me  de  laisser 
encore  ])lus  longtem])s  le  d.  ^I.  Tiret  à  Genève,  et  que  vous 
trouvez  bon  {pie  nous  écrivions  dans  le  même  sens  aux  Bernoise 
C'est,  en  effet,  notre  devoir  d'avancer  surtout  et  de  toutes  nos 
forces  l'honneur  de  Dieu,  et  nous  sommes  tout  disposés  à  vous 
agréer  et  à  vous  rendre  service  amicalement.  C'est  pourquoi 
nous  écrivons  aux  susdits  nos  amis  et  voisins  de  Berne  la  lettre 
ci-incluse,  en  vous  jjriant  de  la  leur  envoyer  avec  la  vôtre.  Nous 
reconnaîtrons  ce  service,  à  l'occasion,  amicalement  et  volontiers 
envers  vous,  chers  amis  et  voisins.  Donné  le  mercredi,  7'""  de 
Juin,  l'an,  etc.,  xlh. 

(Note  du  secrétaire  bâlois  :  «  Relative  à  M.  Pierre  Viret,  qu'il 
faut  retenir  à  Genève.  Présentée  [au  Conseil]  le  14  [juin]  1542.))) 

^  Berne  ne  s'opposait  pas  à  ce  que  Tiret  prolongeât  son  séjour  à  Ge- 
nève, pourvu  que  les  Lausannois  y  consentissent  (VII,  376,  tin  de  la  ii.  22; 
409,  n.  3).  C'est  donc  à  ceux-ci  qu'il  aurait  fallu  s'adresser  tout  d'abord. 


54  JEAN    CALVIN   A    GUILLAUME   FAREL,   A    NEUCHATEL.  1542 


4130 

JEAX  CALOTS'  à  Guillaume  Farel,  à  Neuchâtel. 
De  Genève,  46  Juin  1542. 

Calvini  Epp.  et  Resp.  1575,  p.  38.  Calv.  0pp.  XI,  408. 

Utinam  ita  ad  prseseiitis  vita?  contpnii)tum  ac  sanctae  mortis 
meditationem  erudiar,  ut  hic  anniis  miiltis  piorum  funeribus 
mihi  luctuosiis  fuit  !  Poralis,  primus  urhis  Syndicus,  ad  Domi- 
num  migrarit  :  cujus  mors  nobis,  ut  par  erat,  tristis  atque 
acerba  fuit.  Ipsius  verô  mortis  species,  ut  nounihil  mihi  solatii 
attulit,  ita  ex  adverso  mihi  dolorem  auxit,  dum  cogito  quantum 
in  eo  Jiomine  perdiderimusK  Postridie  quàm  in  morbum  inci- 
derat,  cum  essemus  apud  eum  ego  et  Viretus,  denuiiciavit  se  de 
vita  ])ericlitari  :  morbum  enim  quem  patiebatur  familiœ  suse 
esse  fatalem.  Ha])uimus  deinde  longum  sermonem  de  rébus 
variis  :  sic  loquebatur,  quasi  sana  esset  ac  intégra  valetudine. 
Biduo  quod  proximè  sequutum  est  acriùs  lal)oravit,  sic  tamen 
ut  ingenio  et  loquendi  dexteritate  magis  vigeret  quàm  tota  vita  : 
quisquis  ad  eum  visendi  causa  accesserat,  audiebat  prœclaram 
aliquam  exhortationem  :  ac  ne  putes  futilem  fuisse  loquacita- 
tem;  quantum  lieri  potuit,  aptissimè  singulis  accommodabat 
quod  illis  conveniret  ac  prodesset.  Cœpit  inde  meliuscuiè  ha])ere, 
ut  spes  optima  esset  restitutum  propediem  iri.  Triduum  duravit 
hic  status  :  tandem  iterum  morbus  ingravescere,  ut  constaret 
maximum  esse  periculum.  Quô  tamen  afflictior  erat  corpore,  eô 
spiritus  vividior  fiebat.  Taceo  médium  illud  tempus. 

Qiio  die  mortims  est,  circiter  nonam  ante  meridiem,  illuc  veni- 
mus  ego  et  Viretus.  Cum  ))auca  verba  fecissem  de  cruce,  de  gratia 
Christi,  de  spe  vitae  seternae,  nolebamus  enim  prolixis  sermo- 
nibus  eum  fatigare,  exce])it  se  acci]iere  T)(^i  nuncium  ut  par  erat, 

^  Celles  des  lettres  d^Ami  Forral  que  nous  avons  reproduites  dans  le 
t.  nr,  peuvent  donner  une  idée  de  la  sagesse  et  du  patriotisme  de  ce  ma- 
gistrat. 


i542  JEAN    CALVIN    A    GUILLAUME   FAREL,    A    NEUCIIATKL.  55 

se  enim  scire  quaiu  viin  lialx-rot  Christi  iniuistcrium  ad  coiifir- 
mandas  consciontias  tiddiuiii.  Illic  de  minisferio  ac  toto  illius 
usu  ita  splendidè  dissernit,  ut  nos  sfiijwre  amhos  afficeret  :  ac 
quotios  milii  in  inoiitom  voiiit,  adhuc  o])stui)esco.  Sic  cniiii 
loquel)atiir,  ut  vidor(>tur  oratioiiein  ab  aliquo  iiostrûiu  diu  ac 
diligonter  meditatam  referre.  Haiic  partom  sic  concludebat,  ut 
dicpret  se  reiiiissionem  peccatoruni,  quani  ex  uiandato  Cliristi 
polliceremur,  non  aliter  accipere  quàni  si  angélus  si])i  è  cœlo 
apparuisset.  Descendit  postea  ad  unitatem  Ecclesiœ,  quam  miris 
elogiis  commendavit,  testatus  nullum  se  habere  melius  nec 
certius  solatiuni  in  certamine  mortis,  quàm  quia  in  illa  unitate 
jam  plané  confirmatus  esset.  CoUegas  autem  nostros  ixndb  antè 
vocaverat,  ac  redierat  cmnillis  in  gratiam^,  ne  si  in  illo  dissidio 
ferstiHsset,  eo  exemplo  alii  ahuterentur.  Dixerat  autem  nobis  : 
«  Cum  i)ublica  ecclesise  sedificatio  vos  cogat  ad  illos  pro  fratribus 
tolerandos,  cur  non  eadem  ratione  pro  pastoribus  agnoscerem?» 
Adnionuerat  tamen  eos  seriô,  ac  illis  quid  peccassent  in  niemo- 
riani  reduxerat. 

Sed  redeo  ad  illam  postreniani  orationem.  Conversus  ad  eos 
qui  adsta])ant,  hortatus  est  omnes  ut  ecdesiœ  commimionem 
haberent  commendatam  ;  eos  verô  qui  in  caeremoniis  et  die- 
bus  sunt  superstitiosi^  admonuit,  ut  deposita  jjervicacia  nobis 
acquiescèrent  :  nos  enim  meliùs  ac  prud(Mitiùs  videre  quid  ex])e- 
diret  quàm  illos  :  se  quoque  in  illis  fuisse  magis  obstinatum,  sed 
datos  sibi  demum  oculos,  ut  videret  quàmnoxia  esset  contentio. 
Postea  confessionem  edidit  hrevem  ac  gravem  ac  hœulentam. 
Inde  nos  hortatus  est,  cum  ad  alias  officii  partes,  tum  rerà  ad 
constantiani  :  nec  secùs  ac  rates  aliquis  defuturis  difficultatihus 
sermonem  hahuit.  De  repuhlica  mirmn  quàm  sapienter  dixerit 
quod  ad  rem  pertinel)at.  Imprimis,  ut  reconciliandis  sociis 
iirlnhus^  pergeremus  operam  studiumque  impendere  commenda- 
vit. «  Quidquid  vociferentur  claniosi  aliqui,  dicebat.  non  oportet 
vos  animis  frangi.  »  Non  liabco  tantum  tem})oris  ut  omnia  per- 
sequar.  Nos  ubi  aliqua  subjecimus,  concepimus  orationem.  Sic 

^  Portai,  ainsi  que  plusieurs  autres  Genevois,  s'était  refusé  à  recon- 
naître comme  légitimes  les  pasteurs  qui,  en  1538,  avaient  pris  la  place  de 
Farel,  de  Calvin  et  de  Corauld,  bannis  de  Genève. 

*  A  comparer  avec  le  t.  V,  p.  137,  note  9. 

*  Berne  et  Genève. 


56  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL.  A  NEUCHATEL.  1342 

discessimus.  Secuncla  pomericliaiia,  cum  uxor  mea'^  venisset, 
jiissit  «  hono  animo  esse,  quidquid  accideref  :  cogitaret  se  non 
temere,  sed  mirahili  Dei  consilio  hue  adductam,  ut  ipsa  quoque 
Evangelio  serviret.  » 

Paulô  post  deniuiciavit,  vocem  jam  sibi  eripi,  castcrùm  etiam 
sine  voce  confessionera  se  retinere  in  animo  qnam  priùs  edide- 
rat,  ac  in  ea  moritnruni.  Illic  reciiato  Simeonis  cantico,  atque 
eJKS  inferjyretatioue  ad  se  upplicata  :  «  Yidi,  inqnit,  et  manu 
tetigi  salutare  istud,  »  atque  ita  se  ad  quieteni  conii)osuit.  Exinde 
sermone  fuit  destitutus,  nntibus  tamen  indicabat,  se  nihil  de 
animi  vigore  perdidisse.  Sub  horam  quartam  veni  illuc  caini 
Sgndicis.  Cum  aliquoties  erumpere  in  sennonem  conatus  esset, 
et  faucibus  im])ediretur,  jussi  ne  si])i  molestus  ampliiis  foret, 
abunde  ejus  confessione  satisfactum.  Cœpi  tandem  loqui  ut 
potui  :  audivit  vultu  admodum  composito  et  tranquillo.  Yixdum 
eramus  egressi,  cum  sanctam  animam  Christo  reddidif^. 

Haec  narratio  vix  tibi  erit  credibilis,  si  expendas  hominis 
naturani  :  verùm  scito  fuisse  novo  prorsùs  spiritu  tune  donatum. 
Nunc  in  deligendis  novis  coUegis  sumus  vcddè  occu2^ati,  eoque 
magis  quôd,  dum  ]nitamus  nobis  contigisse  aliquem  valdè  ido- 
neum,  postea  deprehendimus  nostrœ  expectationi  non  satis 
respondere.  Uln  aliquid  constituerimus,  intelliges.  Neque  enim, 
cum  absis,  juvare  nos  consilio  potes.  Vale.  xvi.  Junii  m.  u.  xlh. 

*  Idelette  de  Bure  (VI,  275,  n.  15). 

^  Registre  du  Conseil  du  5  juin  :  «  Par  le  bon  volloir  de  Dieu,  samedi 
3  Juin,  icelluy  nostre  bon  Dieu  et  Saulveur  retira  à  luy  le  seigneur  syn- 
dique For  rai,  et  hier  fut  mis  en  sépulture  au  lieu  accoustumé.  »  —  Nous 
empruntons  encore  à  M.  A.  Roget,  H,  39,  le  §  suivant  du  susdit  Registre  : 
«  Pource  qu'il  y  a  aulcungs  qui  ont  esté  après  à  fère  ijlusiours  insolences 
et  mocqueries  de  la  mort  du  syndique  Porral,  ordonné  que  soient  prises 
légitimes  informations,  et  selon  icelles  soient  chastiés.  » 


lol2        PIERRE  TOUSS.VIN   A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  57 


1181. 

PIERRE  TOUSSAiN  à  Guillaume  Farel,  à  Neuchâtel. 
De  Montbéliard,  10  juillet  154;2. 

Inédite.  Autographe.  Commuiiiquée  par, M.  Henri  Lutterotli. 

S.  Statueram  descenclero  Argentoratum,  ])Otissiniinn  ut  J/e- 
tenses  inviserem  et  alloquerer;  sed  Foreti  causa\  adversa  va- 
letudn.  adventus  Diicis  Christophori  ex])ectatio  -,  etc.,  me  liîc 
invituni  retinuerunt.  LutzemhHrgo  '  rediit  nudius  tertius  Prse- 
fedus  noster,  qui  narrât  oninia  illic  niilitil)us  pleua  et  turbata  esse 
omnia*.  ut  ])er  2Iediomatrices''  commode  redire  non  potuerit  : 
qui  liomini  spem  fecerant  maximam,  ut  ante  suum  ad  nos  redi- 
tum  ali(|uid  -à  lyrhnorïbus^  im])etrarent  ad  gloriam  Domini  pro- 
])agandam;  sed  bellum  hoc,  vel  saltem  tria  casti-a  niilitum  non 
jn'ocul  ab  urhe  interturbant  oninia,  cum  nondum  certô  sciatur 
adversùs  quem  Rex  bellum  movcre  statuerit  '.  Bucerus  scribit 
exercitum  adversùs  Turcas  nondum  esse  totum  coactum  **,  et 

'  Les  griefs  du  gouvernement  et  des  pasteurs  de  Montbéliard  contre 
P.  Foret,  sont  consignés  dans  les  lettres  suivantes  :  2,  10  juillet,  14  août, 
6  septembre  1541  (MI,  171,  182,  220,  237),  et  dans  les  annotations  que 
le  comte  Georges  fit  ajouter  à  cliacun  des  articles  de  Vapolocjie  de  Foret, 
composée  du  15  au  20  mai  1542  (N"  1120). 

*  Le  duc  Christophe  de  Wurtemberg  arriva  le  22  juillet  à  Montbéliard. 

*  Appelé  plus  anciennement  Luciïiburgum  (Voyez  R.  P.  Alexandri 
AViltbemii  Luciliburgensia.  Luxemburgi,  1842,  p.  148,  151). 

■*  La  guerre  entre  François  I  et  Charles-Quint  était  imminente. 

'  On  se  servait  volontiers  du  mot  Mediomafrices  pour  désigner  la  ville 
de  Metz  ou  son  territoire,  bien  que  le  nom  antique  de  la  villf  fût  Diro- 
durum  Mediomatricorum  (Voy.  l'Annuaire  de  la  Soc.  des  antiquaires  de 
France,  1850,  p.  267). 

^  Ceux  des  nobles  de  la  cité  de  Metz  qui  avaient  du  penchant  pour  la 
Réforme,  mais  qui  différaient  toujours  le  moment  d'agir  en  sa  faveur. 

'  La  déclaration  de  guerre  du  roi  de  France  à  l'Empereur  ne  put  être 
connue  du  public  qu'après  le  12  juillet. 

»  V  1126,  note  8. 


58  PIERRE  TOUSSAIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  1542 

multa  alia  deflenda,  ut  velicmenter  cœci  simus  nisi  videamus 
instare  diom  Doinini. 

Princeps  hic  noster  Georgius  copiosè  respondit  ad  omnes  arti- 
culos  Apologiœ  Fore.ti^,  et  quain  qiiidem  responsionem  misit 
Dominis  Bernatihus  ante  hebdoinadas  très.  Ad  hœc  MichaëV° 
anteactis  his  diebiis  multùm  iiistitit  apud  nos  ut  dimitteretur  ; 
sed  quoniam  nusquam  vocatur,  et  meliùs  habet  (gratia  Christo) 
quàm  habebat  cum  hue  venit,  et  agit  hic  proxiiliè,  et  ecclesias 
habet  uihil  propemodum  iuter  se  distantes",  et  scimus  homi- 
nem  sollicitatum  à  nebu]onil)us  quibusdam,  et  videmus  eum  hoc 
prœsertim  tempore  ecclesiam  suam  deserere  non  posse  sine 
magna  offensione,  —  non  potuimus  ulla  ratione  illius  petitioni 
acquiescere  ;  quin  vehementer  miramur  qua  conscientia  id  tanto- 
pere  à  nobis  efflagitet,  maxime  cum  testem  habeamus  D.  Deum 
nos  omnes  hominem  verè  et  ex  animo  amare  :  ad  cujus  animum 
pacandum  non  incommodum  fuerit  si  nobis  scripseritis,  vos  non 
in  ea  esse  sententia,  ut  sine  nostro  consensu  certaque  ac  légi- 
tima vocatione  ecclesiam  suam  deserat'^  Vale  in  Domino  et 
mihi  fratres  omnes  saluta,  quorum  et  tuis  sanctis  precibus 
ecclesias  et  me  commendo.  Scripsissem  copiosiîis,  sed  divexor 
adversa  valotudine.  Iterum  vale.  Monbelgardi,  10  Jullii  1542. 

TUUS  TOSSANUS. 

(Inscriptio  :)  Farello  fratri  meo  in  Domino  colendissimo. 

'  Voyez  la  note  1. 

10- n  ]]fjç},gi  J)ol)t.  Les  deux  églises  mentionnées  sont  probablement 
celles  d^ Exincourt  et  à.^ Audincourt .  Elles  appartiennent  à  des  localités 
situées  à  une  lieue  environ  de  Montbéliard. 

'*  C'est  pour  cette  raison  que,  le  31  mai  1543,  Farel  blâma  avec  tant 
de  rigueur  ses  collègues  de  Xeuchâtel  d'avoir  accueilli  MicJiel  Dobt  pen- 
dant l'hiver  précédent. 


1342     EUSTACHE  DE  KNOBELSDORF  A  G.  CASSANDER,  A  BRUGES.  n9 


EUSTACHE  DE  KNOBELSDORF  à  Georges  Cassaiider,  à  Hriiges  \ 
De  Paris,  10  juillet  1542. 

Epistolae  selectiores  scriptœ  vel  a  Belgis  vel  ad  Belgas. 
Lugd.  Bat.  1617,  8°,  p.  37. 

(Extrait) 

....  Qiiod  petis  ut  distiuctiùs  singula  perscribain  qiuf  obiter 
tum  de  exKrendis  Lniherarm  attigi,  ex  animo  faciani,  quantum 
quidem  temporis  angustia  feret.  Hoc  enim  ipso  uiouiento  quo 
tuas  recipio,  respoudere  cogor,  ni  nuntium  vacuuni  redire  nialim. 
Tum  mentionem  feci  supjjlkatiommi  quse  lue  fiebant,  quarum 
tamen  causam  neque  sciel)am,  neque  diligentor  roquirebam, 
quôd  ox  more  fieri  eas  putarem,  quum  intérim  peculiares  au- 
diam  fuisse,  easque  quœ  nisi  jam  rébus  deploratis  adliibeantur. 
Plenas  Jmmanitatis  Rex  Oallise  ad  Senatmn  Parisiense^n  (quod 
Parlamentum  vocant)  niisit  literas,  quitus  vel  iniprimis  petere 
visus  est,  ut  suo  nomhie  decernerentur  siqyplicationes  ad  Deum 

'  Une  traduction  française  de  cette  lettre  est  insérée  dans  le  t.  W  du 
Bulletin,  p.  420-423. 

On  ne  possède  que  peu  de  renseignements  sur  Knobelsdorf.  Il  était 
prussien  (Prutenus)  et  poète,  et  il  publia  en  1543  une  Description  de  la 
ville  de  Paris  (Voy.  Bulseus,  o.  c.  Yl.  Index  illustr.  virorum). 

Georges  Cassanâer  (1513-1566)  né  à  Bruges  ou  dans  l'île  de  Cadsan 
(ou  Cassand),  au  S.  de  Flessingue,  fut  professeur  de  littérature  classique 
à  Gand,  à  Bruges,  etc.  Il  s'appliqua  ensuite  à  l'étude  de  la  théologie,  et, 
après  quelques  voyages,  il  s'établit  à  Cologne  avec  son  ami  Cornélius 
Gualtherus.  Cassander  s'est  rendu  célèbre  par  le  livre  où  il  essaya  de  se 
porter  médiateur  entre  les  deux  religions,  et  qui  est  intitulé  :  «  De  otïicio 
pii  ac  public?e  tranquillitatis  verè  amautis  viri,  in  hoc  religionis  dissidio. 
(Basile*)  1561,  »  in-S".  Accusé  d'hérésie  par  les  Catholiques,  il  mourut 
«  soumis  à  l'Église  romaine  .  (Voy.  Yalerii  Andréa^  Biblioth.  Belgica, 
p.  259-262.  —  Le  P.  Nicérou.  Mém.  pour  servir  à  l'Hist.  des  hommes 
illustres,  t.  XL,  p.  72-87). 


60  EUSTACHE  DE  KNOBELSDORF  A  G.  CASSANDER,  A  BRUGES.      1542 

opt.  max.  profelici  rerum  successu^,  si  vol  ipse  aliqiiando  tandem 
repotiturus  esset  patrimoniiun  siuim  legitimuiii,  quod  iniqiiis- 
simo  jure  nunc  ab  alienis  possidetur,  vel  ulturus  necem  legato- 
rum  regioruni,  prai'ter  jus  gentiuin,  huiiiauitatein  oninem  et 
fidem,  occisorum  ^  Si  quos  praiterea  Imherent  infideparîim  sïbi 
constantes,  ut  de  illis  more  solito  sumerent  supplicium  *. 

Obtemjjeratum  est  ea  in  ro  régime  voluntati  diligentissimè,  ac 
post  varias,  ut  vocant,  processiones,  siipplwatio  generalis  à  toto 
clero  omnique  populo  magna  cum  pompta  et  celehritate  perada 
est'\  Eligebantar  conciouutores,  qui  popuhmi  docerent  (si  Diis 
placet)  in  quem  iisum  prœcipuè  pompa  illa  Jieret,  tum  ut  Régi 
omnin  ex  animi  sententia  succédèrent,  tum  ut  Ecclesise  Romanse 
jam  ruinam  minitanti  succurreretur  :  ideoque,  sacro  finito,  octo 
vivos  Ignibus  exurendos  esse,  qui  in  Apostolicam  sedem  nonnuUa 
dixissent.  Vixdnm  suproma  manus  imposita  erat  supplicationi, 
jam  vulgus  tnnnatim/or^fm  Mohertinum^  petehat,  ibique  victi- 
mas  mactationi  destinatas  exsijectabat.  Verùm  oo  die  nihil  actuni 
est,  eo  quôd  ferebantur  Lutlierani  illi  appollasse  Parlamentum. 

Duos  exuri  vidi,  quorum  ut  vita  dis])ar  erat,  ita  me  mors 

2-4-5  ,^  l'occasion  de  cette  lettre  du  Roi,  datée  du  2  mai  (Sleidaii,  II,  270), 
il  y  eut  déjà  une  procession  à  Paris,  et  l'Université  prit,  le  5  mai,  les 
mesures  que  nous  avons  mentionnées  plus  haut  (N"  lllJ,  n.  3,  au  com- 
mencement). 

Le  1"  juillet,  le  Parlement  pul)lie  un  édit  qui  ordonne,  sous  peine 
d'excommunication,  de  dénoncer  avant  six  jours  à  certains  docteurs  de  la 
Sorbonne  (savoir  :  Henri  Gervais,  Nicolas  le  Clerc,  Pierre  Richard,  Ro- 
bert Bouquin,  Jean  Benoît,  P'rançois  Picard)  tous  ceux  qui  négligent  les 
lois  et  les  cérémonies  de  l'Église,  qui  répandent  des  livres  Iiérétiques,  et 
qui  fréquentent  ou  accueillent  diez  eux  des  assemblées  secrètes.  «  Quo  die 
divulgatum  est  hoc  edictum  [dit  Sleidan,  p.  274],  supplicatio  facta  fuit 
ad  templa  divorum,  et  regni  salutis  et  conservandje  causa  religionis,  cir- 
cumgestata  fuit  Genefeva,  tutelaris  ipsorum  Dea...  et  his  ipsis  ferè  diebus 
exusti  quidam  fuerunt,  propter  dogma.  » 

Le  8  juillet,  le  Parlement  décide  de  faire  exhorter  le  peuple  par  les 
curés.  Ceux-ci  reçoivent  un  qiu^stionnaire  qui  les  aidera  à  découvrir  les 
intil  seutans  de  la  foi  (La  Chambre  ardente,  par  N.  Weiss.  Paris,  1889, 

p.  XXIV,   XXV). 

8  Voyez  le  t.  VII,  ]).  201,  204. 

®  La  pince  Mauhert,  de  sinistre  mémoire,  est  située  au  sud  et  près  de 
la  Seine,  non  loin  de  l'endroit  où  la  rue  des  Noyers  rejoint  celle  de 
St.-Victor. 


lo'l2     EUSTACIIE  DE  KNUBELSDORF  A  G.  CASSANDER,  A  HRUGES.  61 

varié  affecit.  Si  hîc  adfuissos,  niitius  gcmis  pœna>  misons 
optasses.  Erai  prior  Jwiie  juveuis,  adlmc  plané  imberl)is,  iiisi 
(|iiô(l  j)rima  laiiiigo  paiilliilùm  jn-niTix'rct,  suforis  dijusdam  hic 
y77/?r.s',  quem  i)l('rique  viginti  noiulnii)  aiiiios  ha))oro  putal)ant". 
AJfprjam  sexar/piHoiHs  aiit  etiam  ultra,  affoctus,  plané  sencx^ 
facie  vencrandus,  cana  eaqno  prolixa  barba. 

Juvenis  ille,  qubd  nescio  qnœ  in  imagines  miracnloms  (quas 
liîc  niaxinio  concursn  non  venorantur,  sed  adorant),  incaxtiùa 
dixerif,  nenipe  non  nmltùni  à  lajjidois  Gentiliuni  Diis  difforre, 
ejidendas  ox  Christianorum  tcniplis.  si  idololatriie  subrp])oret 
vitinni  vcl  susi)icio.  Fertnr  pi-a'tcrea  qua^dani  dixisso  non  aliéna 
a  Martini'^  sontontia  :  ob  qua^  qnnni  {)roductiis  esset  ut  palino- 
diam  ('an(M-ot,  illo  tantùni  aberat  à  l'ccantando,  nt  ctiani  morte 
ea  quse  dixerat  se  corroboraturum  adlirmaret.  Productus  igitur 
in  cnriani,  lata  sententia,  elingneni.  vivumque  exurendnm  esse, 
ad  quam  ille  niliil  do  pi-istino  sno  vultn  remittens,  sponte  lin- 
guam  carnitici,  quam  longé  potuit,  resecandam  exeruit.  Carni- 
fex  forsice  [1.  forcijx'J  protracta  excisaque  cnltro  lingua,  iterum 
atque  iterum  f'aciem  hominis  ea  verberabat.  Arrii)uisse  adhuc 
palpitantem  (ne  quid  de  Gallorum  i)ietate  dubites)  eircumstans 
turba  dieitur,  hominique  in  os  jecisse.  Levatus  inde  in  currum, 
ad  locum  supjjlicii  ductus  est,  eo  aninio,  ut  non  supplicium,  sed 

'■  ^Icrlc  (rAuliigné  (Hist.  de  la  Réf.  au  temps  de  Calvin,  VIII,  59)  iden- 
tifie ce  «  fils  d'un  cordonnier  »  avec  «  le  jeune  orfèvre  »  dont  Jacques 
Dryander  a  décrit  le  martyre  (Lettre  du  20  février  (1541),  et  qui,  selon 
toutes  les  vraisemblances,  était  Claude  le  Peintre.  Mais  Jean  Crespin,  qui 
assistait  au  supjilice  de  celui-ci  et  en  a  publié  le  récit,  l'a  placé  en  1540 
(Actes  des  Martyrs,  1582,  fol.  118  a).  Pour  établir  que  cet  événement 
appartient  à  l'année  1542,  il  faudrait  prouver  que  la  susdite  lettre  de 
Jacques  Dryander  est  du  20  février  1543,  —  chose  impossible,  croyons- 
nous  (Voyez,  dans  l'Appendice,  le  N°  944  a,  n.  4,  5). 

*  Si  Claude  le  Peintre  et  le  jeune  homme  dont  Knobelsdorf  vient  de 
parler  étaient  une  seule  et  même  personne,  Crespin  n'aurait-il  pas  dit 
quelque  chose  de  ce  «  vieillard  sexagénaire,  »  qui  devait  au  même  instant 
attirer  ses  regards,  exciter  sa  pitié,  et  qui  ne  j)ut.  même  au  ]irix  d'une 
abjuration,  écha])]ier  à  la  mort?  Il  nous  semble  donc  qu"il  faut  maintenir 
la  date  du  martyre  de  Claude  le  Peintre  telle  que  Ta  indiquée  Jean  Cres- 
pin (Voyez  n.  7). 

^  S'agit-il  ici  de  Martin  Luther  ou  de  Martin  Bésard  ?  Le  second 
résidait  depuis  plusieurs  années  à  Paris,  où  il  était  bien  connu  des  étu- 
diants de  la  Suisse  et  de  l'Allemagne  (t.  VL  ]i.  305-308,  348). 


62  EISTACHE  DE  KNOBELSDORF  A  G.  CASSANDER,  A  BRUGES.      1542 

convivium  petere  videretur.  Sine  monitore,  sine  duce,  descendit 
de  currn,  iihi  crucem  paratam  vidit,  seque  commodissimè  pcdo 
applîccd  :  cui  dum  (dUgatxr  catena,  dicere  nonpossum,qiio  vultu, 
qiia  prœsentia  animi  pertiderit  insidtantis  turhse  plausum  et 
oblatrationem.  Xidhim  incidium  edidit  sonum;  cruorem  qui  ex 
recenti  amputatione  linguse  \d>errimè  demanahat,  siûnnde 
exspuehat,  ocuJosque  in  cœlum  dirigebat,  ac  si  divinitus  adhuc 
quicquam  auxilii  exspectahat.  Siilj)hiire  jam  instrato  capiti, 
quum  carnifex  minaciter  ignem  ostenderet,  nihil  perterritus, 
motu  qiiodain  corporis  appetebat  incendium.  Yix  equidem  puto, 
Cassander  dulcissinif.  Philosophos  illos  qui  tôt  de  contemiieiida 
morte  li])ros  ediderunt,  tam  prsesente  animo  adeô  crudeles  cru- 
ciatus  pertulisse.  Ita  ille  omnem  liiiinanitatem  mihi  exuisse 
visiis  est. 

Hahes  fatum  adolescentis  :  audi  mine  senis,  quod  etsi  mitius 
paullb  sit,  tamen  mihi  qiddem  longe  atrocius  videtur.  Vetulus 
ille  jam  decrepitus,  civis  Parisinus,  multarum  prolium  pater, 
sat  aliàs  lionest£e  et  spectatae  vitae,  quum  nescio  quae  in  mona- 
chos  de  invocatione  Sanctorum,  liberiùs  quàm  liîc  competit, 
prseterea,  Christianos  omnes  esse  sacerdotes,  dixisset,  couvictus 
testibus,  in  carcerem  conjectus  est,  Quum  ibi  cum  Theologis 
committeretur,  facile  vincebatur  hoino  rusticus  disputationum 
ignarus.  Fatebatur  igitur  errorem,  pœnitentiaque  se  duci  asse- 
verabat  :  qua  palma  Theologis  nihil  optabilius  accidere  potuit, 
quôd  id  genus  liominum  non  rarô  etiam  praecipuis  Magistris 
nostris  summum  negotium  facessat'".  Itaque  ut  in  ea  sententia 
perseveraret  monebant  :  «  moriturum  enim  jam  ut  Christianum, 
qui  aliter  Lutheranus  periisset,  nisi  recantasset.  »  Vinctus  per 
tortorem  sublatus  est  in  currum,  cui  annectebantur  adolescentes 
duo  similibus  funibus  ligati,  indusiis  candidis  amicti,  gerentes 
faces  ardentes  in  manibus,  eo  quôd  audissent  senem  in  monachos 
disputantem,  neque  statim  prodidissent.  Deducti  in  templum 
Deiparae  virginis,  veniam  sceleris  impetrarunt,  senexque  denuè 
ibi  in  aurem  Divae  virginis  7:ahjtùâeîv  cogebatur.  Hinc  rectà 
ductus  adfurcam,  ac  multa  prsefatus,  se  omnia  recantasse,  neque 

*°  Le  Martyrologe  de  Crespin  nous  apprend  que  des  hommes  très 
simples,  mais  qui  étaient  versés  dans  la  connaissance  des  Écritures,  rédui- 
sirent plus  d'une  fois  au  silence  les  docteurs  de  l'Inquisition. 


1542  LE  CONSEIL  DE  BERNE  A  LA.  REINE  DE  NAVARRE.  63 

quicquam  hserere  in  se  commune  cum  LxtJiero,  repente  strangu- 
latiis  est,  ac  postea  semimortuus  in  ignem  coujectiis. 

Viclebatur  ea  pœna  miiltis  initior  a^quo.  quôd  non  vivus  exu- 
reretur,  qui  si  me  interrogassont,  iiiB/illi  diversissiniam  senten- 
tiam  iiostram  agnovissont.  Qnid  oniiii  indlgnius,  qnàm  kominem 
oh  quemiis  errorem  quem  mordicus  non  taetur,  flummis  tradi, 
qunm  etiam  ipsi  patres  sancti  dicant,  liseresin  non  esse  nisi  in 
pertinacia.  Exustus  ost  senex  ille  miser  paucos  (lies  post  disccs- 
sum  Cornelii  ".  Audio  innumeros  esse  quihus  eadem  sit  terenda 
via^-.  Orandus  Deiis  est,  ut  si  malè  sentiuiit,  convertantur  :  sin 
bene,  viriliter  pugnent.  Sed  plus  satis  :  reprimenda  enim  vox  est. 
Tu  extemporalem  istam  confabulationem  sequi  bonique  consule. 
Vale  ex  Lutetia,  Anno  1542,  die  10  Julii. 

EUSTATHILS  A  IvNOBELSDORF. 

(Inscriptio  :)  Doctissimo  Georgio  Cassandro,  professori  pri- 
mario  in  Collegio  recenter  instituto  Brugis,  amico  suo  prsecipuo. 


1133 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  à  la  Reine  de  Navarre. 
De  Berne,  15  juillet  1542. 

Inédite.  Minute  originale.  Arch.  de  Berne. 

Blustrissime,  excellentissime,  très  honnorée  Dame,  à  vostre 
bonne  grâce  très  affectueusement  nous  recommandons. 
Noble,   illustre  Claude  de  Tornon  *,  nepveur  de   Mons'  le 

"  Probablement  Cornélius  Wouters  (en  latin  Gualtherus),  natif  de 
Gand,  chanoine  à  Bruges  (Valère  André,  o.  c,  p.  151).  Le  moment  où  il 
quitta  Paris  étant  inconnu,  on  ne  peut  en  inférer  la  date  des  sui^plices 
mentionnés  par  Knobelsdorf.  Mais  il  est  évident  qu'ils  eurent  lieu  entre 
le  1"  et  le  10  juillet. 

**  Le  jour  même  où  Knobelsdorf  écrivait  la  présente  lettre,  Laurent  du, 
Muel,  escuyer,  seigneur  de  Fontenil  en  Normandie,  montait,  à  sou  tour, 
sur  le  bûcher  de  la  place  Maubert  (Voyez  la  France  protestante,  éd.  Henri 
Bordier,  V,  1172). 

^   Claude  de  Tournon,  neveu  du  cardinal  et  de  Claude  de  Tournon, 


64       LE  CONSEIL  DE  BERNE  A  LA  RELNE  DE  NAVARRE.       1542 

Cnrdhial  de  Tor)io)i,  ayant  faict  domeuranco  ot  résidence  de 
deux  ans  rièro  nous  jjaïs,  sy  lionnoste  ot  vertuense.  qne  tous 
gens  de  bi(Mi.  principcdlement  nous  mi)ristres  du  sainct  Evan- 
^e/?e  de  Nostre  Saulveur.  luy  en  rendent  tosmongnaisre  \  nous 
a  exposé  qu'il  y  ayt  une  dame  en  vostre  court  nommée  Dame 
Jeluiune  de  Rohrac  '\  dame  de  ]\Iolans.  hninelle.  ])our  la  part  de 
son  filz  Antoine  Parpalic,  luy  soit  entenue  de  certaine  somme 
annuelle  d'argent,  ou  jà  soit  pension,  causant  une  cession  de 
certains  bénétices  faicte  par  le  diet  Claude  de  Tornon  au  dict 
Parjudier  :  de  laquelle  soniuK^  le  d.  de  Tornon  n'a  esté  satis- 
faict  *.  T)()iit  en  est  grandement  intéressé,  non  ayant  de  quoy 
entretenii'  sa  feninK^  (^t  famille  :  ayant  sur  ce  son  recours  à  nous. 
Pour  ee  vous  ])nons  voulloir  induisre  la  d.  Dame  de  Bohrac  et 
son  tilz,  (luil  ayent  à  contanter  le  d.  supliant,  ainsy  qu'ilz  eu 
sont  tenuz  et  obligés:  car  la  nécessité  de  son  estât  le  requiert, 
avecque  la  raison.  Vous  asseurants  que  recognoistrons  le  bien 
qu(%  ji  nostr(^  requeste.  luy  sera  faict.  Priants  Xostre  Seigneur, 
très  illustre  Dame,  qu'il  vous  doinct  augmentement  de  son 
sainct  esperit  et  bonne  vie.  Datum  15"  Julii  1542. 

L'Advoyer  et  Conseil  de  Berne. 

fSuscription  :)  A  illustrissime,  excellentissime  Dame  la  Roynue 
de  Novarre  {sic\  seur  du  Roy  très  chrestien  de  France,  nostrc 
très  honnorée  Dame. 


évêque  do  Viviers  (mort  t-ii  1542),  était  un  aiuiiMi  élrvc  do  Jea)i  Pellisson 
(V,  282,  n.  21),  dont  il  ado])ta  les  croyances  évaugéliques.  Réfugié  à  Lmi- 
sanue  en  1540,  il  ne  jnit  obtenir  la  restitution  de  ses  biens  confisqués  en 
France.  Nous  l'inférons  du  fait  que  le  bailli  de  Lausanne  lui  paya,  en 
1543  et  1544,  une  pension  de  la  part  du  aonvernenient  bernois.  Il  mourut 
en  noviMubri^  154}.  Nous  ignorons  ce  qui-  devinrent  dès  lors  sa  femme  et 
ses  enfants. 

*  Ce  détail  annoncerait,  à  lui  seul,  que  Claude  de  Tuhdjo».  ])artageait 
les  convictions  religieuses  des  ministres  de  Lausanne. 

^  Le  nom  de  cette  dame  ne  figure  ))as  dans  le  Litre  de  dépenses  de  la 
reine  de  Navarre  (Voyez  Mai'guerite  d'Angoulême  par  le  comte  H.  de  la 
Ferrière-Percy.  Paris,  1862). 

*  De  ce  passage  on  jieut  conclure  que  (7.  de  Tourno)!  avait  été  pourvu 
de  bénéfices  ecclésiastiques  par  ses  deux  oncles,  et  qu'avant  de  quitter  la 
France,  il  avait  fiiit  cession  de  ces  bénéfices  à  Parpalier,  moyennant  une 
pension  annuelle  que  celui-ci  devait  lui  payer. 


1512  LE  CONSEIL  DE  BERNE  Al   CARDINAL  DE  TOIRNON.  65 


4134  . 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  ail  Cardinal  de  Tournon  '. 

De  Berne,  15  juillet  1542. 

Inédite.  Miniito  originale.  Arch.  de  Berne. 

Illnstre.  très  révérend  et  honnoré  Seignenr. 
11  n"est  de  besoing  de  vous  fascher  par  longs  propos  de  la 
retraicte  de  noble  illustre  Claude  de  Tornon,  vostre  nepveur. 
rière  nous  pays  :  car  la  nécessité  et  adstraincte  de  consanguinité 
souffict  et  sert  de  recomandation  envers  vous,  au  bien  et  prouf- 
fict  de  ses  affaires,  qui  n'est  aultre  synon  de  vous  suplier,  — 
vehu  rhonneste  conversation  que  le  dict  vostre  nepveur,  desjà 
deux  ans  entiers,  a  faict  rière  nous  pays,  bien  renommé  et  aymé 
de  tous  honnestes  gens,  causant  sa  vertueuse  vie  et  conversation 
irrépréhensible,  —  que  vostre  grâce  et  bon  plaisir  soit  Thavoii- 
pour  recommandé,  et  luy  faire  restituir  son  liien  temporel,  soit 
d"héritaige.  patrimoyne.  ou  suc[cJession,  qui  justement  luy  peult 
venir  et  apartenir,  affin  qu'il  en  puisse  jouir  et  vivre  avecque  sa 
femme  et  enfans.  ainsy  qu'il  s'ai)artient.  Et  nous  ne  serons  in- 
gratz  de  recougnoistre  le  bien  que,  à  nostre  requeste,  luy  fairés  ^ 

^  François  de  Tournon  (1489-1562)  fut  successivement  abbé  de  la 
Chaise-Dieu  et  de  St-Antoine  de  Viennois,  archevêque  d'Emlirun,  d'Auch, 
de  Bourges,  de  Lyon,  et  gouverneur  dn  Lyonnais.  Il  était  cardinal  dejiuis 
l'an  1530.  A  plusieurs  reprises,  il  avait  rempli,  comme  ambassadeur,  des 
missions  importantes  en  Espagne,  à  Rome  et  en  Angleterre.  Conseiller, 
puis  ministre  de  François  I,  il  se  distingua  toujours  par  son  ardente  hos- 
tilité contre  la  Réforme;  mais  il  favorisa  les  savants  et  les  gens  de  lettres. 
Blanche  de  Tournon,  sa  sœur,  fut  dame  d'honneur  de  Marguerite  de  Na- 
varre, à  qui  le  cardinal  de  Tournon  «  fut  de  tout  temps  dévoué  »  (Voyez 
la  Ferrière-Percy,  o.  c,  p.  10,  86). 

^  Au  moment  d'une  nouvelle  guerre,  les  requêtes  des  Bernois  avaient 
plus  de  chances  d'être  écoutées  de  François  I  et  de  ses  ministres  (\Y{.  373, 
renv.  de  n.  7).  Aussi  MM.  de  Berne  écrivaient-ils,  le  15  juillet,  >•  au  Roy, 
qu'il  satisface  le  Conte  de  ChaUant  des  sommes  par  luy  levées  en  ce  et 
aultres  pays,  à  intérest  de  cinq  pour  cent,  et  employées  au  besoing  des 
affaires  du  Roy  »  (Manuel  du  d.  jour). 

T.  VIII.  5 


66  THÉODORE   DE   BÈZE   A   MACLOU    POMPON,    A   DIJON.  1542 

Priant  le  Seigneur  Dieu,  très  révérend  Seigneur,  qu'il  vous  ayt 
en  sa  saincte  protection.  Datum  lô"  Julii  1542. 

L'Advoyer  et  Conseil  de  Berne. 

(Suscription  :)  A  très  illustre,  très  révérend  Seigneur  Fran- 
çoys,  Cardinal  de  Tornon,  nostre  très  honnoré  seigneur  et  grand 
amv. 


1135 

THÉODORE  DE  BÈZE  à  Maclou  Pompoii  *  [à  Dijon]. 
De  Paris,  19  juillet  (1542). 

Copie  moderne.  Bibl.  de  Zurich.  W.  Bauni,  o.  c.  I,  91. 

Theodorus  Bez-eis  Maclovio  Pomponio  S.  D,  P. 
Etsi  diu  admodum  videtur  scribendi  cousuetudo  à  me  inter- 
missa,  paucis  tamen  ad  te  scribam,  mi  Pomponi.  Nam  quœ  una 
res  omnium  paenè  literarum  magnam  partem  occupare  solet,  ea 
à  me  prœtermittetur,  prœdicatio  sinceri  amoris  et  benevolentiae  : 
de  qua  te  quidem  dubitare  non  credo  quin  eam  esse  putes  quœ 
hactenus  fuerit,  atque  adeô  ita  confirmatam  ut  nulla  temporis 
injuria  labefactari  possit.  De  rébus  autem  meis  sic  habeto.  Fra- 
trem  illum  meum  qui  Aurelise  canonicum  agehat -,  quum  illic 
unà  essemus,  nuper  summo  cuni  mœrore  meo  plithisi  interiisse, 
itaque  nihil  propiùs  abfuisse  quàm  ut  vivendi  rationem  à  me 
institutam  commutare  cogérer.  Quum  enim  Aurélia  discessis- 
sem.  cogitabat  jM^pr*  futurum  ut  me  statim  j;«?«^io  velut  glebœ 
adscriptum  videret  ;  verùm  cum  id  nec  educatio  nec  natura 
mea  pateretur,  nunquam  adduci  potui  ut  sordidi  istius  lucri 
gratia  philosophiae  studium  mihi  deserendum  putarem.  i\Iirœ 
hinc  lites,  assidua  jurgia.  Intervenit /ra^er  ^  qui  causœ  mese 

»  Les  lettres  précédentes  de  Bèze  (N"  837,  838,  839,  841,  980,  1098, 
1114)  sont  toutes  adressées  à  ce  correspondant. 

^  "'  ■*  Son  frère  aîné,  Audebert,  chanoine  de  Ste-Croix  à  Orléans  et 
prieur  de  Lougjumeau  (VI,  140,  142). 

'  Pierre  de  Bèze,  bailli  à  Vézelay,  en  Bourgogne. 


1542  THÉODORE    DE   BÊZE   A   MACLOU    POMPON,    A    DIJON.  67 

faveret.  Parens  ubi  so  à  duobus  vidit  oppugnari,  tandeni  œciiiior 
factus,  pax  iis  conditionibus  inita,  ut  f rater  et  ego  doniuni  coni- 
muni  siimptu  conduceremiis,  ille  familiae  nostrae  nogotia  curarot, 
niilii  secundùni  libertateni  vindiciaj  darcntur.  ltaqu<>  unuin 
atqiio  altorinn  aiinuin  vixi  longé,  ut  opinor,  beatissimè,  quuiii 
nec  otiuin  mihi  deesset  nec  praeceptorum  ulluui  genus,  nec  boiio- 
rum  copia  nec  denique  animus  ad  ea  studia  ca])essenda  quaî 
niihi,  ut  nosti,  sunimè  placuerunt.  Sed  hujus  felicitatis  cursum 
mors  fratris  immatura  pœnè  fregit.  Statim  çmm  pater,  ad  inge- 
nium  reversus,  dicere  magna  se  negotiorum  mole  urgeri,  aeta- 
temque  agere  provectam  :  œquum  esse  ut  ego,  à  quo  sunnua 
omnia  expectaret,  huic  oneri  succederem  :  liortari  ut  mihi  tan- 
dem et  meis  consulerem  :  inarda  esse  studia  quœ  tôt  annos  essem 
perseqimtus.  Ego  niulta  vi  [Lin?]  contrariam partem. Pa#n«/s ' 
velut  honorarius  arbiter  electus.  Is  paulô  sequiorem  sententiam 
tulit.  Quandoquidem  à  foro  tam  alienus  essem,  censere  se  ut 
cursu  semel  cœpto  pergerem,  dederem  me  tamen  in  Principis 
aut  magnatis  alicujus  clientelam  ^  à  quo  spes  esset  fructum  ali- 
(|uem  laborum  à  me  perceptum  iri.  Quid  tum  mihi  putas  animi 
fuisse,  mi  PomponiV  Egone  in  aulam,  qui  nec  simulare  necadu- 
lari  didici  ?  Ego  hoc  vitœ  genus  tôt  tumultibus  obnoxium  am- 
plectar,  qui  in  tam  honesto  otio  victurum  me  sperabam  V  Sed 
parendum  fuit  :  jam  igitur  i)a?nè  alterum  pedem  in  Episcopi 
Constantiensis  ■  domum  intuleram.  quuni  ha^  bellorum  tempes- 
tates  *,  ut  hoc  institutum  si  non  mutaretur,  at  differretur  certè, 
in  causa  fuerunt.  Ita  factum  est  ut  ad  pristinum  vita^  genus 
reverterer,  in  quo  sanè  consenescam,  nisi  me  vis  aliqua  major 
impedierit,  et  certè  futurum  credo,  ut  tandem  posteris  testatum 
i-elinquam  :  Bezœum  olim  non  prorsùs  otiosum  vel  in  summo  otio 
vixisse  ^  Quidni  hsec  enim  ego  apud  te,  cui  nihil  est  ànopp-rizùiv 
caelatum  unquam  esse  volui.  Sed  de  his  hactenus.  Jam  enim 
imitrudens  in  Asiatismum  incido,  qui  Laconismum  cogitar(>m. 
Caetera  ex  Agiantho  nostro,  cujus  quidem  viri  tum  liumanita- 

*  Claude  de  Bèze,  abbé  de  Notre-Dame  de  Froidmoiit,  ])rès  de  Beauvais. 
'  A  comparer  avec  le  t.  VI,  p.  142,  renvoi  de  n.  6. 

'  L'évêque  de  Coutaiices,  Philippe  de  Cossé-Brissac. 

*  La  guerre  récemment  déclarée  par  François  I  à  TEmpereur. 

®  Allusion  à  ses  Poëmata,  dont  il  avait  composé  une  partie  à  Orléans, 
et  qu'il  publia  en  1548. 


68  PIERRE    VIRET    A   JEAN    CALVIN,  A    GENÈVE.  1542 

tem  tum  oruclitionem  singularem  sic  admiror,  ut  jam  et  tibi, 
cujus  alioquin  commoda  pro  meis  duco,  ejus  consuetudineiii 
invideam.  Bene  vale.  Lutetiœ,  19  Julii  (1542)  "*. 

Pestem  SLudio  Divio nenses^^  infestare.  Dii  te  servent  incolu- 
mem,  mi  Pomponi,  et  pestes  illas^^  potiùs  rapiant  ad  su])pli- 
cium  quœ  reipublicœ  nostrse  molestse  esse  non  desimmt. 

Tuus  Bez^us. 

flnscriptio  :)  Maclovio  Pompoiiio  meo. 


1136 

PIERRE  VIRET  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 

De  Lausanne,  21  juillet  1542. 
Autographe.  Bibl.  Publ.de  Genève.  Vol.  iril  P.  Cal.  Opp.XI,411. 

S.  Veni,  vidi,  obstupui,  atque  utinam  non  tam  vera  essent  quse 
de  hujus  eœlesiœ  statu  midiveramus.  Eo  ipso  die  ac  eadem  penè 
hora  qua  hue  ego  appuli  ',  appulit  et  canonicus  Perrimts  ^,  cui 
ob  sermonis  delitias  Chrysostomi  cognomentum  obtigit,  vulgo- 
que  dictus  est  os  aureum,  nebulo  ut  indoctus  bonarum  litera- 

^"  L'événement  indiqué  dans  la  note  8  détermine  l'année. 

^^  Les  habitants  de  Dijon. 

^^  Pour  comprendre  quelles  étaient  «  ces  pestes,  »  il  suffit  de  lire  le 
N°  1132.  Th.  de  Bèze  ne  pouvait  que  réprouver  le  zèle  atroce  du  parle- 
ment et  du  clergé  de  Paris. 

'  On  lit  dans  le  Registre  de  Genève  du  samedi  8  juillet  :  Il  est  arrivé 
un  ambassadeur  de  Lausanne,  pour  redemander  M'  Viret  pour  servir  à 
leur  église  :  ce  qui  lui  a  été  accordé.  —  En  conséquence,  Viret  dut  partir 
sans  retard,  probablement  le  lundi  10  juillet  (note  6). 

Le  Conseil  général  qui  se  réunit  le  dimanche  16  décida,  que  les  [quatre] 
prédicants  et  diacres  présentés  par  devant  tout  le  peuple  jureraient  d'an- 
noncer fidèlement  la  parole  de  Dieu,  et  d'obéir  aux  lois  et  ordonnances  de 
la  Seigneurie,  réservant  toujours  la  liberté  de  prêcher  la  parole  de  Dieu, 
comme  leur  office  le  porte  (Voyez,  dans  A.  Roget,  o.  c.  Il,  42-43,  la  for- 
mule du  serment).  Le  procès-verbal  de  cette  assemblée  se  termine  comme 
il  suit  :  «  Maistre  P.  Viret  a  pris  congé  de  Messieurs,  à  grand  regret  de 
la  Seigneurie  de  son  despartement,  et  luy  a-t-on   faictz  les  remerciations 


1512  PIERRE    VIRET   A   JEAN    CALVIN,  A    GENÈVE.  69 

nim,  ita  vafer  et  astutiis.  Sed  divina  utri,  iiiihinc  an  illi,  plus 
lionorifici  viiii  oblatum  sitV  Imperitus  fueris  adniodiim  conjec- 
tor,  iiisi  divinaris.  Qiias  voces  in  vidgus  sparserit  de  sut  status 
restitidione,  quïbus  vunis  pollicitationibns  »pem  fecerit  suse  fa- 
linie  homiuihvs,  per  te  satis  conjicis.  Mihi  hominem  vidcro  non 
licuit,  noc  diu  liœsit  in  iirbo.  Ejiis  advontus  coninionni  prxfec- 
fiim  ',  sed  trust  m. 

Die  Mercui'ii  \  tVatruni  fuit  scntcntia  ut  ad  dicni  Martis  ])i'o- 
xinunn  Viviacum  ad  Synoduni  conveniamus  ^  Ul)i  rodiorinius, 
audics  quod  tua  to  sciro  referet.  Gemstohus  ^  narravit,  opinor, 
(juid  audioi'it  cum  liîc  osset.  Die  Jovis  \  Senatiim  adii,  qiiem  sui 
quidem  admonni  officii,  sed  in  génère,  ne  priùs  conqueri  viderer 
tiuàni  appulisse,  si  ad  speeies  devenissem.  Pollicitus  sum  omnem 
nieani  operani  et  aniniuni  proniptissinunn  :  videant  ipsi  mode, 
suo  ne  desint  muneri.  Quie  tune  speciatim  (uhnonere  oportuit, 
id  malui  a  Comité  *  subjnngi,  qui  inter  reliqua,  ineo  suasu,  ro- 
gavitut  edictum  de  puhlicis  precihus  renovaretur,  quœ  peniths 

condigiu's,  et  a  esté  ordonné  luy  donner  douze  escus*.  »  — Est-ce  une  com- 
munication du  premier  Sjaidic  au  ("onseil  général?  Ou  faut-il  croire  que 
Viret  était  revenu  à  Genève  tout  exprès  pour  prendre  congé?  Cette  der- 
nière supposition  ne  nous  paraît  pas  fondée. 

^  Pierre  Perriri,  chanoine  de  l'ancien  Chapitre  de  Lausanne.  Nous 
supposons  qu'il  résidait  habituellement  à  Écian  avec  la  plupart  de  ses 
collègues  et  leur  prévôt,  Messire  François  de  Lustry  (VI,  213,  n.  1). 

*''  Antoine  Tillier,  bailli  de  Lausanne  pour  les  Bernois. 

*  Le  mercredi  12  juillet. 

^  Le  synode  ne  put  se  réunir  à  Vevey  que  le  1*''  août. 

*  Matthieu  de  Genes-ton,  natif  du  lieu  de  Geneston,  diocèse  de  Nîmes, 
était  l'un  des  quatre  candidats  au  saint  ministère  que  les  pasteurs  de 
Genève  avaient  proposés  aux  magistrats  genevois,  le  10  juillet,  en  leur 
annonçant  que  «  Maistre  Pierre  Viret,  pour  la  grande  nécessité  qu'est  en 
l'église  de  Lausanne,  s'est  transporté  au  d.  Lausanne  »  (Reg.  du  Conseil 
du  d.  jour). 

^  Le  13  juillet.  Le  jeudi  était  le  jour  où  siégeait  ordinairement  le  Con- 
seil des  XXIV  de  Lausanne. 

*  Béat  Comte,  second  pasteur  de  Lausanne  et  collègue  de  Viret  (N"  1121, 
n.  .5). 

■•*  Une  quittance  fiançais-e,  signée  par  Viret,  le  10  juillet  1542  (sans  indication  de 
lieu),  existait  dans  la  collection  de  lettres  autographes  formée  par  feu  M.  de  Radowitz, 
collection  acquise  en  186-1  par  la  Bibliothèque  royale  de  Berlin.  —  C'est  sans  doute  la 
(|uittance  des  douze  écus  reçus  par  Viret  du  trésorier  de  Genève,  avant  son  départ  pour 
Lausanne.  Selon  Ruchot,  V,  162,  Viret  demeura  à  Genève  jusqu'au  12  juillet  1542. 


70  PIERRE  V[RET  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

exoleverant  :  quod  et  factum  est,  ita  ut  postero  die  plures  solito 
convenerint  ad  concionem,  sed  quie  nihil  habuit  quod  à  quoti- 
dianis  differret.  Dabo  autem  operam  ut  proxima  hebdomade 
alla  ratio  habeatur.  Nihildum  concionatus  sum. 

Decrevimus  pro2)edieni  Psahnos  canere  '  qxios  Oindromis  '®  ad 
mtmeros  composuit,  vestris  imdfo  faciUores  et  suaviores,  qnos 
malim  excusos  fuisse  quàm  quihts  usi  siimus^\  Cogitare  cœjyi- 

9  Voyez,  sur  le  chmif  des-  Psaumes,  le  t.  IV,  162,  163;  V,  6,  145,  ii.  19, 
452,  n.  20-23  ;  M,  279,  ii.  5,  289,  ii.  5. 

^*  François  Gindron,  ancien  chanoine  de  Lausanne  (IV,  233, 234,  VT,  342. 
—  0.  Douen.  Clément  Marot  et  le  Psautier  huguenot.  Paris,  1878,  I,  613). 

"  L'église  de  Lausanne  allait  donc  changer  de  psautier  et  adopter  celui 
dont  le  chanoine  Gindron  avait  composé  les  mélodies.  Nous  ne  saurions 
désigner  avec  certitude  le  recueil  des  psaumes  qu'elle  avait  employé  précé-- 
demment  ;  mais  nous  supposons  que  c'était  l'un  des  trois  suivants  : 

I.  Celui  de  Calvin,  1539  (dix-huit  psaumes  et  trois  cantiques.  Voyez 
t.  VT,  p.  58.  —  Douen,  o.  c.  I,  302-306,  355,  617-632). 

n.  «  Psalmes  de  Dauid,  translatez  de  plusieurs  autheurs,  et  principalle- 
ment  de  Cle.  Marot.  Veu  recongneu  et  corrigé  par  les  théologiens,  nom- 
meement  par  nostre  M.  F.  Pierre-Alexandre,  Concionateur  ordinaire  de 
la  Royne  de  Hongrie.  L'an  M.  D.  XLI.  Cum  gratia  et  priuilegio.  »  A  la  tin, 
on  lit  :  «  Imprimé  en  Anuers,  par  Antoine  des  Gois.  L'an  m.  d.  xli.  »  Ce 
volume,  petit  in-8°,  renferme  quarante-cinq  pièces  de  vers  :  les  trente 
psaumes  de  Marot  (imprimés  à  Paris,  chez  Estienne  Roffet,  sans  notes  de 
musique  ni  timbre,  en  nov.  ou  décembre  1541)  et  quinze  de  divers  auteurs. 

On  trouve  dans  ce  psautier  d'Anvers  le  timbre  de  dix  psaumes,  c'est-à- 
dire  l'indication  des  airs  populaires  sur  lesquels  ils  se  chantaient  *  (Voy. 
Félix  Bovet.  Hist.  du  psautier  des  églises  réformées,  1872,  p.  247-249.  — 
Douen,  I,  815-332,  H,  506). 

ni.  «  LA  MANYE  |  re  de  faire  prières  aux  églises  Francm/-  |  ses.  tant 
deua/nt   la  prédication    comme  après,  \  ensemble  pseauhms  d'  cantiques 

fra/nco  \  ys  qûon  clumte  ans  dictes  églises, |  (Strasbourg)  M.  D.  XL II» 

(petit  in-8"). 

Ce  psautier,  dont  l'impression  fut  terminée  le  12  février,  contient  qua- 
rante-quatre morceaux.  Trente-deux  ont  les  notes  de  musique  ;  pour  la  plu- 
part des  douze  autres,  l'auteur  indique  sur  quels  psaumes  ou  sur  quels  airs 
populaires  on  peut  les  chanter  (Communication  obligeante  de  M.  Adolphe 
Gaiffe.  —  F.  Bovet,  p.  18,  19,  250,  251.  —  Douen,  I,  333-347,  II,  506, 
649-656). 

Quelques  mois  après  la  publication  du  susdit  psautier  de  Strasbourg, 

*■  Le  cxx  porte,  en  tète  :  «  Sur  Adieu  tout  solas  [et]  plaisir  et  lytsse.  Adam  à 
regress.[u]  •»  :  ce  qui  nous  permet  de  croire  qu'il  se  chantait  sur  un  air  composé  par 
Adam  de  Retours,  pasteur  à  St-Julien,  près  de  Genève  (Voy.  notre  t.  IV,  p.  62,  92, 
93,  351,  V,  233,  235,  VII,  439.  —  Douen,  I,  317). 


1542  PIERRE  VIRET  A  JEAN   CALVIN,  A  GENÈVE.  71 

mus  de  'prseficiendo  Zebedœo  huic  Coïlegio^^  :  quinii  sjioro  ad 
diem  domiiiit-um  hue  concessurum  ac  de  robus  necessariis  iio))is- 
cum  doliberatunim.  Scripsi  onim  ad  ij)suin  et  Farelliim  de  i-ebus 
nostris,  et  nieo  à  vobis  discessu  e^t  ministrorimi  ordinations. 
Zehedœi  et  Malingrii  negocium  suspensum  est  ad  adventiim  lega- 
toram  utriusque  urhls,  ad  sitbducendas  cum  pnefedis ratioties^\ 
Vetiila  quœ  ad  Malingrimn  concosserat,  rursuni  hîc  conduxit 
hospitium,  cujus  maritus  hinc  hodie  abiit.  Audio  non  bono  intor 
ipsos  convenisse.  Cum  hœc  scriberem,  ex  insjjerato  adv(>nei'unt 
Jo.[aimes]  Tornacus,  Franciscus  Viviacensis  et  Christopho- 
rns^%  cum  quibus  nondum  licuit  conferre.  I])si  te  plurimùm 
salutant  et  nostri  omnes.  Non  licebit  nobis,  quantum  ex  ipsis 
audio,  ad  diem  Martis  convenire.  Saluta  nxorem  et  amicos 
omnes  nostro  nomine.  Vale.  Laus.[ann8e]  21  Julii,  1542. 

TUUS  P.  VlRETUS. 

(Imcriptio  :)  Doctiss.  Jo.  Calvino,  Verbi  ministro  tideliss.  Gt;- 
nevse. 

parut  une  nouvelle  édition  de  celui  de  Calvin  (\1I,  409,  410,  n.  8,  10).  Elle 
renferme  les  trente  psaumes  de  Marot  et  cinq  de  Calvin  ;  la  musique  est 
notée  au  premier  verset  de  chaque  psaume  (Bovet,  p.  17-20,  211-214,  249, 
250.  —  Douen,  I,  .347-51,  II,  506).  Mais  il  n'est  pas  probable  qu'on  ait  pu 
l'utiliser  à  Lausanne,  avant  le  mois  de  juillet  1542. 

*'^  En  conséquence  de  l'arrêt  prononcé  contre  Zébédée,  le  5  juin,  par 
MM.  de  Fribourg,  ce  ministre  ne  pouvait  plus  exercer  de  fonctions  à  Orbe 
(N°  1127,  n.  22).  Mais  son  professorat  de  Bordeaux  (V,  98)  pouvait  le  recom- 
mander aux  Bernois  pour  la  place  àt^ liiincipal  du  Collège  de  Lausanne. 

'*  Chaque  année,  les  députés  de  Berne  et  de  Fribourg,  munis  de  pouvoirs 
étendus,  avaient  des  conférences  avec  les  baillis  d'Orbe  et  de  Grandson, 
dans  lesquelles  les  revenus  et  l'administration  des  deux  bailliages-communs 
étaient  l'objet  d'un  minutieux  examen.  Souvent  les  amendes  et  punitions 
infligées  par  l'un  des  États  étaient  remises  ou  diminuées,  à  la  prière  de 
l'autre.  Ainsi  les  procès-verbaux  de  leurs  conférences  du  21  août  et  du 
9  octobre  annoncent  déjà  que  MM.  de  Fribourg  étaient  disposés  à  gracier 
Zébédée  (n.  12),  à  la  condition  que  Berne  réintégrerait  dans  ses  fonctions 
le  vicaire  d'Orbe,  Claude  Guyot,  qui  avait  été  cité  à  Berne  deux  fois  inuti- 
lement et  déposé  pour  sa  désobéissance  (Recès  des  diètes,  vol.  de  1541-48, 
p.  179,  191,  235). 

«  L'atfaire  de  Zébédée  et  de  Malingre  »  se  réduisait  à  cette  question  : 
Le  premier  serait-il  autorisé  à  rentrer  dans  sa  paroisse  d'Orbe,  et  le  second 
à  regagner  sa  cure  d'Yverdon  ?  (Voyez  le  N"  1127,  note  22). 

"  Jean  de  Tournai/,  jiasteur  à  Aigle,  François'  Martoret,  qui  l'était  à 
Vevey,  et  Christophe  P\ibri,  l'un  des  réformateurs  de  Thonon. 


7^  SIMON  SLLTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GEMÈVE.  1542 


1137 

SIMON  suLTZER  ^  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  24  juillet  1542. 

Copie.  Bibl.  Nationale.  Collect.  du  Puy,  t.  102.  Calv.  0pp.  XI.  412. 

Si  deplorando  publicum  ecclesiarum  statum  proficeretur  in 
meliùs,  deplorare[m]  sanè  idque  acerbe  et  vehementer  tecum 
privatum  et  communem  dolorem,  propter  ademptum,  inquam, 
Viretum  nostrmn,  cujus  ahscessus  non  potuit  non  grave  pectori 
tua  vulnus  infiigere  et  Ecclesiœ  toti  mœrorem.  Amisisti  enim  tu 
dimidiam  tui  partem,  et  poptdus  Jidnm  pastorem.  ^^erùni  quia 
consolari  prœstat  [et]  sanare  potiùs  dolorem  quàni  memorando 
refricare,  studio  prœtereo  quse  hac  in  parte  meum  angunt  ani- 
muni.  Praecor  autem  Doniinuni  Jesum  ut  quod  hujus  fratris 
niigratione  decessit,  alterius  alicujus  collegae  fide  operaque  sar- 
dat.ur,  quo  subsistere  tu,  mi  frater,  statione  eminenti  et  pericu- 
losa  queas  ad  nominis  sui  profectum  :  maxime  verô  uti  catho- 
licam  pro  ecclesiis  sollicitudinem  instillare  dignetur  eorum 
prsesertim  animis  qui  rerum  i)rœsident  gubernaculis  :  in  quibus 
si  extinctis  aflfectibus  ea  esset  tides,  is  zelus,  qui  esse  debebat, 
summa  otfendiculorum  minus  (sic)  esset,  et  uberior  feliciorque 
successus.  Nobis  certè,  utcunque  accidat,  et  patienti  et  forti 
animo  ferenda  simt  omnia  :  qnod  \l.  quos]  ad  omnem  eventum 
convenit  esse  paratos.  Quse  tu  ipse  dudum  nimirum  et  sapienter 
et  cordatè  dispexisti,  ut  mea  nihil  sit  monitione  magnopere 
opus.  Unum  vel  [1.  verô  '?]  hoc  abs  te  magnopere  contendo,  tua- 
rum  ut  rerum  omnium  statum  significes  mihi,  et  si  quid  per  me 
pra?stari  in  tui  gratiam  atque  Ecclesise  velis,  contidenter  jubeas. 
Dabo  operam  ut  fidem  erga  te  tuosque  Sultzeri  cognoscas. 

Nos  quietè  satis  agimas,  nisi  quod  negotium  sid)inde  aliquod 

*  Voyez,  sur  Simon  SuUzer,  le  N"  1051  (VII,  284).  La  co])ie  de  sa  i)ré- 
sente  lettre  est  très  fautive. 


1542  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  73 

nobis  noster  ille  ^  faelt  cum  stiis  :  quanquam  tdhil  magnopere 
efficiant,  Doiiiini  bcMieficio,  nisl  qudd  mspicionïbns  sinistris 
mitoritatem  uostram,  quasi  ad  papismum  respirantem  [l.  aspi- 
rantem]  ^  lahefactarit.  Sunt  gravia/et  hœc,  sod  ^equaniniitate 
siiporaiida,  et  iiitondcnda  inodis  omnibus  cautio  })ia,  ne  quid 
por  iiicogitantiain  adniittam  tanto  indignum  iniiiistcrio. 

BasHeie  a  Carohtadu  ohittt  iu  mntaam  gratiam  redeiint  fra- 
tres  si/mmystie  %  ot  coit  quoquo  scJiolœ  et  cum  ipsis  et  inter  se 
concoi'dia  :  id  quod  iiuper  non  sine  singulari  volui)tato  istic 
cognovi.  Diom  obiit  inter  eos  Joanues  Luthardus,  HospitalifsJ 
u]'])is  minister  '.  Tiguri  verô  Léo  Judef  decessit  ^  relictis  qua- 
tuoi'  orphanis.  Bihliandro  autem  cum  febri  est  negotium,  ut  jam 

■^  Le  pasteur  Érasme  Bitter  était,  à  Berne,  le  principal  représentant  du 
parti  qui  soutenait  les  idées  de  Zwingli  sur  ia  sainte  Cène.  Sulfzer,  au  con- 
traire, Pierre  Kuniz,  Béat  Gering  et  Conrad  Schmid,  ses  collègues,  avaient 
adopté  la  doctrine  de  Bucer  sur  les  sacrements  (VI,  237,  renv.  de  n.  21-24; 
424,  n.  5  ;  468.  —  Cf.  Hundeshagen.  Die  Contlikte  des  Zwiiiglianismus,  etc., 
p.  105-109). 

Nous  ne  savons  rien  des  «  fréquents  embarras  »  que  BUfer  aurait  sus- 
cités à  ses  collègues  ;  mais,  dans  une  occasion,  au  moins,  ils  lui  cherchèrent 
querelle.  Ritter  se  plaignit,  le  V  juillet  1542,  de  ce  que  les  autres  «  prédi- 
cants  »  refusaient  de  le  laisser  prêcher,  comme  auparavant,  deux  jours  de 
suite  par  semaine.  Ceux-ci  ne  voulaient  pas  qu'il  fût  censé  avoir  plus  d'oc- 
cui)ations  qu'eux-mêmes,  et  ils  lui  reprochèrent  sa  prébende,  plus  forte  que 
la  leur.  Il  en  résulta,  de  part  et  d'autre,  des  paroles  amères,  et  le  Conseil, 
témoin  de  cette  scène  désagréable,  exprima  aux  pasteurs  sou  vif  déplaisir 
de  ce  qu'ils  ne  savaient  pas  s'accorder  même  dans  les  choses  secondaires 
(Manuel  du  d.  jour). 

^  Cette  accusation  atteignit  même  une  fois  Erasme  BUter.  On  lit,  en 
eflet,  dans  le  Manuel  de  Berne,  au  2  février  1542  :  Fauhj  [Strasser\  diacre 
de  cette  ville,  ayant  été  envoyé  comme  pasteur  à  Berthoud,  «  Bucerani 
electimiem  damnarunt,  quia  a  Senatu  factam,  etc.,  non  canonicam  alle- 
gantes.  »  Le  4,  Érasme  Bitter,  Sim.  Sultzer,  Gering  et  le  diacre  Schmid 
sont  réprimandés  par  le  Conseil,  à  cause  des  critiques  susmentionnées.  Ils 
demandent  un  délai,  parce  que  Pierre  Kunfs  n'a  pu  comparaître.  —  A  la 
tin  de  ce  paragraphe,  le  secrétaire  a  écrit  :  «  Novi  papismi  lex.  » 

*  A  comparer  avec  le  t.  VII,  p.  420,  lignes  16-20. 

^  Jean  Ltifhard,  natif  de  Lucerne,  avait  été  cordelier  à  Bâle  (I^ndw. 
Wirz.  Helvet.  Kirchengesch.  V,  Th.  II,  342,  355). 

*  Léon  Jude  était  mort  le  19  juin  (N"  1146,  n.  2-3).  On  conserve  aux 
Archives  de  Zurich  le  document  intitulé  :  «  Confessio  Leonis  Judte  octiduo 
antequam  moreretur,  »  et  le  discours  d'adieu  qu'il  adressa  à  tous  les  mi- 
nistres zuricois  ai)])elés  aujjrès  de  lui. 


74  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

mensibus  aliqiiot  vacare  pr^electioni  sacrée  neqiiiverit  \  Argen- 
torati  Bncenis  non  (V)  soins  molem  snstinet  et  valetudine  utitur 
satis  firma,  non  sine  miracnlosa  Domini  gratia.  Interea  heUicis 
adparatïbus  tumuUuatur  iota  Oermania.  Nam  prïeter  expeditio- 
nem  Tnrcicam,  qnœ  Budam  versus  panlatim  movere  dicitur,  et 
ea[in]  qnte  contra  Gallum  niagnis  paratnr  conatil)us,  etiam  alia 
bella  snrgnnt,  quœ  partim  a  Brunswigo  et  Mognntmo  moventur 
contra  nrbes  saxonicas  Goslariam  et  Brunswigam,  partim  a 
Geldrio  contra  Mariam  ^  Cœsaris  pnto  sororem.  Quare  exer- 
citns  24  millium,  à  pmestantibus  [1.  protestantibus?]  urbibus 
atque  ordinibus  conscriptus,  Hesso  dnce  militabit  et  comité 
Gidllelmo  a  Fnrstemherg,  qui  ad  eam  occasioneni  servatus  segrè 
dicitur  ^  Basilienses  legati  liodie  hw  tentant  in  concordiam  redi- 
gere  dnas  respiiblicas  '"  :  quorum  pio  studio  adsi)iret  totius  una- 

'  Théodore  Bibliander  (Buchmann),  professeur  de  théologie  ù  l'École 
de  Zurich  (Voy.  J.-J.  Hottinger,  o.  c.  m,  751). 

*  Marie,  veuve  de  Louis,  roi  de  Hongrie,  gouvernait  les  Pays-Bas  au 
nom  de  son  frère  Charles- Quint. 

Guillaume,  duc  de  Gueldre  et  de  Clèves,  neveu  de  François  I  depuis  son 
mariage  avec  Jeanne  d'Albret  (Y,  146,  \TI,  184,  200,  201),  devait  nécessai- 
rement prendre  part  à  la  guerre  contre  l'Empereur.  Dès  l'ouverture  des 
hostilités,  son  maréchal  de  cour,  Martin  van  Eossem,  envahit  et  ravagea  le 
Brabant  et  il  fut  près  de  s'emparer  de  Louvain  et  d'Anvers.  Il  rejoignit 
bientôt  dans  le  Luxembourg  l'armée  française  du  Nord,  commandée  par 
Charles,  duc  d'Orléans  (Sleidan,  II,  270,  272.  —  H.  Martin.  Hist.  de 
France,  Vffl,  280). 

*  Fausse  rumeur.  Le  comte  Guillaume  de  Furstemberg  n'exerça  pas  de 
commandement  dans  la  guerre  contre  le  duc  Henri  de  Brunswick.  Pendant 
cette  courte  campagne  (13  juillet-12  août),  il  servait  ailleurs  et  d'une  autre 
manière  les  intérêts  des  princes  protestants. 

En  vertu  des  droits  qu'il  prétendait  posséder  sur  le  bourg  de  Gorze  (à 
3  l.  S.-O.  de  Metz),  il  y  avait  introduit  une  petite  garnison  et  s'y  était  établi 
lui-même  le  23  juin,  bien  résolu  à  prêter,  de  là,  conseil  et  appui  à  ses  (core- 
ligionnaires de  la  Lorraine.  Mais  sa  première  visite  à  la  ville  de  Metz,  le 
dimanche  9  juillet,  y  avait  excité  une  émeute,  dans  laquelle  succomba  l'un 
des  huit  gentilshommes  qui  l'accompagnaient.  Le  22  [1.  le  12?],  par  une 
lettre  datée  de  Gorze,  il  demandait  une  réparation  aux  magistrats  messins, 
et  dès  lors  il  ne  perdit  aucune  occasion  d'intervenir  auprès  d'eux  en  faveur 
des  partisans  de  l'Évangile  (Voyez  Meurisse,  op.  cit.,  p.  36-42). 

'"  Berne  et  Genève  (VII,  420,  453,  n.  9).  Les  députés  de  Bâle  étaient  les 
suivants  :  Christoffel  Effimjer,  Joder  Brand  et  Blàsy  Sthôlli.  Les  nou- 
velles qu'ils  annoncèrent  au  Conseil  de  Berne,  le  lundi  24  juillet,  sont  à 
peu  près  celles  que  Sultzer  donne  plus  haut. 


loi2  MARTIN  BLCER  A  JEAN  CALVIN,  A  fiENÈVE.  75 

nimitatis  pacisque  oxompluin  Christus  Josus.  Bom^  valc,  mi  fra- 
ter,  cum  tiiis  omnibus,  pi-îecipuè  Jacoho  Beniardo  ",  quom  cupio 
meis  verbis  sahitos  amantor  ot  diligontcr.  Bprna%  24='  .Tiilii. 
anno  1542.  Sahitaiit  te  CoHt.[.zen\  etJ3eat\)(s]  '-. 

TlUlS  SlLTZERUS  totiis. 


1138 

MARTIN  BUCER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 

De  Strasbourg.  25  juillet  1542. 

Copio  contompor.  Bil)!.  de  Zurich.  Calv.  0pp.  XI,  414. 

Gratiam  et  pacem.  Nihil  à  proximis  literis  '  accidit  cujus  rt^- 
t'erat  te  certiorem  fieri,  charissime  et  mihi  colende  Calvine,  nisi 
timinltus  tyranni  Bninsvicensis  causa  excitotus^.  Dum  enim 
ille  legatis  Ferdinandi,  postulantibus  eum  stare  suspensioni 
proscriptionis  à  judicio  caméra'  pridem  contra  Goslarienses 
décrétée  '\  respondit  se  id  nullo  modo  facturum,  et  statim  com- 
parare  equitem  et  peditem  instituit,  decreverunt  ])rincij)es  fœ- 
deris  nostri  '"  et  imperatores,  Elector  Saxonise  et  Lantc/ravms, 
illum  justo  bello  coërcere.  Nam  tyranmts  suis  quotidianis  vexa- 
tionibus  ac  direptionibus  Goslariam  et  Bruvsvicnm  eô  rede- 
gerat,  ut  intra  trimestre  tempus  aut  urbibus  illis  ])otitus  esset 
aut  ad  eas  conditiones  compulisset,  ut  j)aulô  pôst  jjotiri  illis 
facile  potuisset.  Diu  distulit  nostros  ini(iuitas  temporis  hujus 

^'  Jacques  Bernard,  précédemment  pasteur  à  Genève  (Vil,  410),  devait 
l'être  bientôt  à  Satigrnj,  village  du  territoire  genevois. 
^■^  Voyez  la  note  2. 

*  Allusion  à  une  lettre  perdue. 

*  Sur  l'origine  et  les  événements  de  la  guerre  de  Brunswick,  voyez 
Sleidan,  II,  276,  277.  —  C.  von  Rommel.  Philijjp  der  Grossmiithige.  I. 
461-65.  —  La  déclaration  de  guerre  des  princes  protestants,  datée  du  13 
juillet  1542  (Spalatini  annales,  }>.  633-639). 

8  Tome  V,  p.  167,  168;  W\,  49,  57,  59  (renv.  de  n.  27),  61,  90,  95,  97, 
175. 

*  La  ligue  de  Smalkalden,  dont  les  chefs  étaient  l'Électeur  Jean-Frédéric 
et  Philippe,  Landgrave  de  Hesse. 


76  MARTIN  BUCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  loi2 

propter  helh ( m  Turôicum.  Sed  extrema  iiostrarum  urbium  néces- 
sitas, et  metus  ne  tyrannus  illis,  potitiis  vicinia,  evaderet  intole- 
rabilis,  conipulerunt  negligtn'e  invidiam  hujus  temporis. 

Décima  nona  Jiilii  indictum  belluni  est,  copiis  nostris  jam 
ferè  coactis.  Miles  cupide  coniiuxit,  utcunque  jam  Germania 
delectibus  ad  bellum  contra  Turcos,  tam  dudum  a  Céesarianis 
liabitis  contra  Galhim,  et  subductione  eorum  qui  ad  Gallmn 
dilapsi  sunt,  exhausta  sit.  Socii  tyranni  ex  fœdere  adversario  ^ 
adhuc  nihil  movent,  nisi  quôd  Bavari  et  Ferdinandici  suos 
provinciales  jubent  esse  in  armis  et  delectus  faciunt,  Mogunti- 
fm?(s  "^  adhuc  nihil  prorsîis  movet,  cumque  ditio  Moguntina  in 
eo  fœdere  non  sit,  per  eam  nostri  milites  deducti  et  arma  a])ertè 
devecta  sunt  :  tyranno  [1.  tyi-annusj  cum  maxime  voluisset  con- 
ducere,  nec  pedites  tamen  nec  équités  comparare  potuit  :  et 
bona  pars  equitatus  qui  in  tyranni  ditione  est,  cum  nostris  j)a- 
ciscitur,  Itaque  creditur  tyrannus  ])r8eter  manum  provincialium, 
et  eam  parvam.  nihil  habiturum  militum  quibus  arces  suas  tue- 
atur,  quarum  très  tantùm  habet  munitas.  Primam  autem,  et 
ipsius  sedem,  quœ  germanicè  nomen  habet  à  httrsa  lupi',  exi- 
miè  munitam.  Dabunt  nostri  summam  operam  ut  provinciales 
tyranni,  quos  ipse  in  extrema  ferè  deduxit,  minimum  affligan- 
tur.  Unus  metus  nostris  est,  ne  diu  desidendum  sit  ad  arces 
quas  tyrannus  forsan  relinquet,  et  se  aliquô  dabit  unde  nostros 
incendiis  et  latrociniis  vexare  possit.  An  socii  ejus  eum  apertè 
bello  adjuturi  sint,  adhuc  incertum  est,  nec  multi  cr(^dunt  id 
eos  facile  factures.  Nostri  socii  omnes  bellum  commune  habent, 
praeter  unum  Virtenihergensem  %  qui  temporis  iniquitatem  et 
periculum  à  fœdere  adversario  causatus,  solus  decrevit  se  non 
facere  belli  hujus  particijjem.  ut  scilicet  se  gratum  Lanfgirivio 
prsestet  ".  Vos  igitur  in  ecclesiis  vestris  Dominum  rogabitis  ut 
populo  suo  adsit.  Certum  enim  id  est,  quidquid  inimicitiœ  nos- 

^  La  "  ligue  sainte  »  fondée  le  10  juin  1538  à  Nuremberg,  et  jurée  pour 
onze  ans  par  les  archevêques  de  Mayence  et  de  Saizbourg  et  par  les  ducs 
Louis  et  Guillaume  de  Bavière,  Georges  de  Saxe,  Eric  et  Henri  de  Bruns- 
wick (V,  229,  n.  11.  —  Banke,  o.  c,  1843,  IV,  111). 

®  Albert  de  Brandebourg,  archevêque  de  IVlayence. 

^   Wolfenhûltel,  l'une  des  caj)itales  du  duché  de  Brunswick. 

*   Ulric,  duc  de  AVurtemherg. 

®  C'est-à-dire,  sans  doute,  i)our  lui  laisser  l'honneur  du  commandement 
suprême. 


1542  MARTIN  BUCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  77 

tris  cum  hoc  tyranno  extitit,  causa  Evangolii  oxtitisse.  Nihil 
enim  prorsùs  negotii  aliud  ois  cum  illo  fuit,  iniô  Lantgravio  fuit 
conjunctissimus  ot  ab  illo  summis  boneficiis  adjutus.  Et  Jurant 
quoquo  ambo  princii)os  (luàni  sanct)ssimè.  i)roi)tor  famosos  et 
blasphemos  ejus  libellos  arma  contra  eum  hoc  quidem  tomi)oro 
nequaquam  sumi)turos  fuisse.  Et  quod  decrevorunt  bdlum.  una 
causa  tuendi  urbos  socias  suscopisso,  cum  oas  nulla  alia  rationc 
servare  contra  vim  tyranni  potuerint  '". 

Exercitus  qui  contra  Tnrcos  cogi  debuit.  ncc  hodic  crcditur 
totus  convenisso,  cum  nostri  milites  tertium  jam  mensem  in 
castris  agant,  et  prope  omnium  evangelicorum.  Muiti  obedien- 
tium  ne  hodie  quidem  suos  mittunt.  Ferdinandns  etiam  nihil 
prope  earum  rerum  prsestitit  quas  in  se  recepit  :  nec  enim  bom- 
bardas et  quae  ad  eas  necessaria  ])arata  liabet,  nec  suas  co|)ias. 
Legofi  Turci  Viennam  nuper  vene7~nnt  petentes.  ut  f^rtur. 
inducias  trium  annorum.  Eas  forsan  nécessitas  nostris  extor- 
quebit,  prEesertim  cum  desm-  tantum  bellum  suscijjiat.  Coi)io- 
sum  enim  exercitum  in  Italia  habet,  quem  indies  auget.  Idem 
fit  in  Belgis.  Deus  respiciat  nos.  ne  sic  distractum  nosti'um 
regnum  prorsùs  desoletur!  Certè  si  unquam  tem])us  fuit,  nunc 
est,  ut  veram  supplicandi  rationem  Deo  revocemus  et  quidquid 
in  nostris  plebibus  aures  habet  audiendi.  in  severiorem  obedien- 
tiam  Christi  adducamus. 

Nos  hîc  satagimus  quidem,  etiicimus  autem  adhuc  non  mul- 
tum.  Instandum  itaque  precibus  est,  ut  Dominus  efficiat  nos  et 
sentire  ejus  plagas  et  vera  cordium  nostrorum  contritione  mise- 
ricordiam  ipsius  implorare.  Dominus  te  servet  et  uxorem  totam- 
que  ecclesiam,  et  omnes  fidèles  tibi  cooperarios.  Salutant  t(> 
Hedio,  Sturmius  et  Sevemts^\  meaque  uxor,  et  tuœ  precatur  ut 
uterum  commode  gerat  et  féliciter  exoneret  suo  tempore.  Arg(m- 
torati,  Julii  25.  anno  1542. 

M.  BUCERLS. 

( Insci-ijJtio  :)  Eximio  servo  Domini  D.  Joanni  Calvino.  pastori 

'"  Les  princes  protostants  affirniont  la  niénip  chose  dans  leur  réponse  du 
11  août  à  Ferdinand,  qui  venait  de  les  exhorter  à  renoncer  à  cette  guerre 
(Sleidan,  n,  279,  280). 

"  Gaspard  Hédion,  pasteur,  Jean  Sttinn,  professeur  et  Gérard  Sève- 
mis,  professeur  de  grec  (Voy.  Strobel.  Hist.  du  Gymnase  prot.  de  Stras- 
bourg, p.  119). 


78  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  1342 

ecclesiœ  Genevatis,  suo  in  Doiniiio  colendo  symmystae  et  fratri 
chai'issiino. 

(Communes  Calvhfo,  Farello  et  Myconio.) 


1139 

JEAN  CALVIN  à  Guillaume  Farel,  à  IVeuchatel. 
De  Genève  (^8  juillet  1542). 

Autogr.  Bibl.  Piibl.  de  Genève.  Vol.  n"  106.  Calv.  Opp.  XI,  416. 

Ego  verô  meam  negligenticmi  ex  animo  accuso  damnariqtie 
Ubenter  patiar,  ac  vix  petere  veniam  audeo  :  ita  nihil  est  excu- 
sationis  qnod  prietexam.  Qu5d  tamen  nihil  j)er  Corderium  ' 
scripsimus,  illnd  partim  in  cansa  fuit  quôd  putavimus  illuin 
vivœ  epistolcT.  loco  fore,  partim  quia  liîc  tune  ^  nonnulli  erant 
qui  dicebant  brevi  se  istuc  ituros.  Sed  hoc  habent  vitii  commu- 
niter.  quôd  jam  ad  iter  comparati  et  accincti  abire  se  denunciant, 
ac  tune  rogant  num  quid  ad  te  velim.  In  hune  modum  Sebastia- 
nus  ^  cum  nuper  istuc  profectionem  institueret,  quain  non  ab- 
solvit  :  venit  ad  me  sub  noctem  dixitque  postridie  summo  mane 
se  iturum.  Ego  autem  née  eo  die  scribere  audebam,  ne  valetudini 
officeret,  et  non  soleo  tam  mane  surgere  *,  ut  antevertere  mea 
diligentia  ejus  celeritatem  possem.  Adde  quôd  habenda  mihi  erat 
eoncio.  Sed  istis  sermonibus  supersedeo,  ne  excusationem  medi- 
tari  videai',  quam  confessus  sum  nullam  mihi  esse. 

Nisi  Viretus  jam  est  in  itinere,  non  ?dtra  diu  differet  quin 
Bernam  adeat.  Sic  autem  inter  nos  convenerat,  ut  te  in  reditu 
potiùs  inviseret,  ne  malevoli  suo  more  instructum  ahs  te  calum- 

'  Mathurin  Cordier  avait  i)rofité  des  vacances  d'été  à  Neuchâtel  pour 
faire  une  visite  à  ses  amis  de  Genève. 

'^  Édition  de  Brunswick,  nunc. 

^  Sébastien  Châieillcm.,  principal  du  Collège  de  Genève  (VI,  376,  377, 
378,  4(X);  VII,  5(;,  159,  359). 

*  Le  24  octobre  1538,  Calvin  écrivait  à  Farel  :  «  Non  insomniis  modo... 
divexor,  sed  enecor  etiam  pervigiliis,  quibus  nihil  valetudini  mese  magis 
adversum  habeo  »  (Voy.  aussi  t.  VI,  p.  231). 


lo42  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  79 

niarentnr,  si  quid  odiosi  afferret  :  quod  nocesso  ci-at.  \'oluinius 
orgo  te  hae  invidia  sublovare,  tôt  aliis  niodis  |)liis  satis  gmvatiini. 
Hoc  ideo  dico,  ut  si  consiliiuii  nostnini  inij)rol)abis,  intelligas 
tanion  ratioiio  non  carcrc.  Qiue  anto  ejdis  disccssuni  liîc  gossinuis, 
vel  quae  nobis  contigcnint,  oninia  tibi  mcliùs  t'oràni  voi-l;)is  ox|)0- 
net  :  haec  causa  est  cur  i)netereain.  Fratres  quox  niiper  elegi- 
nms'-^  speronon  ineptosfore  :  modo  accesserit  mediocris  exerci- 
tatio.  ïametsi  qui  est  omnium  doctissimus^  et  md  trihuimus 
inter  illos  primnm  locnm,  mhdme  est  popularis.  Hab(^t  enim 
confusam  dicendi  rationem,  atque  ut  ordine  ac  distincte  locjue- 
retur,  sermo  tanien  ijjse  obscurus  est.  Aliis  tribus  fœlidter  ini- 
tia snceedunt'',  tametsi  nihil  ad  Viretum.  Itaque  qui  protîcere 
cupiunt,  siniul  optant  me  sœpiùs  solito  concionari.  Quod  facere 
incepi  facturusque  sum,  donec  alii  plus  gratiiB  sibi  coneiliaverint. 
Proximo  die  dominico  "  Catiniaciim  ®  proficiscor  ad  Jacobum 
ordinandum  '°.  Imj)edioi'  in  commendatione,  sicuti  facile  con- 
jicere  potes,  Verùm  quod  esse  in  ediiicationem  pojjuli  cogno- 
vero,  id  sequar. 

In  lîbello  meo'^  hoc  miJd  displicet,  quod  non  factum  est  ut 
optaham  et  ante  très  annos  statueram.  Nempe  ut  aliqua  abs  te 

^  C'étaient,  d'après  le  Reg.  des  Conseils  du  16  juillet  :  Philippe  Ozias, 
surnommé  de  l'Église,  natif  «  du  diocèse  de  Fiezoz  »  [1.  Vierzon,  dans  le 
Berri],  Pierre  Blanchef,  du  Lucz,  même  diocèse,  Matthieu  de  Geneston  et 
Louis  Treppereau,  natif  de  St-Vincent  «  de  l'archevesché  de  ïhoraynne  » 
[1.  de  l'évêché  de  Térouane,  dans  l'Artois].  Ces  deux  derniers  furent  élus 
en  qualité  de  diacres. 

^  Philipjje  Ozias  {Ecclesiasticus  ou  de  Ecclesia). 

'  Voyez  le  N"  1141,  renvoi  de  n.  1-2. 

*  Le  dimanche  30  juillet  (note  10). 

^  Satiymj,  village  paroissial  à  2  1.  0.  de  Genève.  —  Édition  de  Bruns- 
wick :  Satiniacum. 

^^  Jacques  Bernard  (VII,  40,  42,  410,  n.  15).  Le  lundi  24  juillet,  le  Con- 
seil de  Genève  décida  que  son  installation  à  Satigny  aurait  lieu  le  dimanche 
suivant,  et  que  M.  Calvin  s'y  rendrait  aussi. 

'*  La  Psychopannychia,  qui  fut  imprimée  à  Strasbourg  en  1542,  pour 
la  première  fois  (III,  245,  V,  lo2,  n.  13).  Cette  édition  princeps  porte  le 
titre  suivant  :  <•  VIVERE  |  apvd  Christvm  |  non  dormire  animis  sanctos, 
qui  I  in  fuie  Christi  decedunt.  \  Assertio.  \  loannis  Caluini.  |  Argentorati 
per  Vuendelinum  \  Bihelium.  ^«wom.d.xlii,  »  8  et  51  feuillets  petit  in-S" 
numérotés,  caractères  italiques  (Voy.  les  Calvini  Opéra.  Bruns.,  t.  V,  Pro- 
legom.,  p.  xxxvii). 


80  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  1542 

prœfatio  adderetur.  Nec  possum  aliud  dicere  nisi  quôd  Sathan 
impedivit  quomiiius  hoc  abs  te  extorquerem.  Puduit  enim  abs  te 
petere,  ne  quis  aliam  in  ])artem  acciperet.  Sed  ille  pudor  non 
fuit  ex  prudentia  spiritus,  quemadmodum  nunc  certè  judicare 
possum.  Quanquam  aliud  etiam  ex  obliquo  intervenit.  Promise- 
ram  enim  Michaeli  '^  me,  simul  atque  ex  conventii  Wormadensi 
rediissemus  *^  exemplar  '*  missurum  cum  hoc  commento.  ut  ipse 
in  prsefatione  diceres  te  e.jus  editionem  curasse,  Abiit  ille  '^  Sic 
tota  nostra  ratio  turbata  fuit.  Mirum  tamen  est  nisi  ille  noster 
enconiiasfes  "^  existimat  mihi  magis  doh^re,  quôd  non  illse  tam 
amplse  vel  potiiis  prodigœ  laudes  quas  mihi  tribuit,  in  prima 
pagina  leguntur'".  Neque  enim  tam  prudentem,  opinor,  esse 
censés,  ut  non  illi  hoc  in  mentem  venire  queat.  De  iis  quos  per- 
stringit'^  prseterire  satins  est,  ne  ejus  cupiditati  obsequamur. 
Videmus  enim  quid  captet.  Ergo  sit  illud  pro  non  dicto. 

Sîimmarium^^,  ubi  miseris,  libenter  percurram,  non  ut  cen- 
sor,  sed  unus  ex  numéro  lectorum  :  nisi  quôd,  si  quas  cautiones 
adhibere  potero,  ne  sit  liber  obnoxius  improborum  calumniis, 
hac  parte  tibi  serviam.  Quantum  ad  meas  in  Genesim  ohserva- 
tiones^"  attinet,  si  Dominus  longiorem  vitam  dabit  et  ocium, 

12  L'imprimeur  Michel  du  Bois.  Il  avait  apporté  à  Calvin,  à  Strasbourg, 
la  première  lettre  de  rappel  des  magistrats  genevois,  datée  du  13  octobre 
1540  (VI,  333). 

''  C'est-à-dire,  à  la  fin  de  janvier  1541  (Vil,  11).  ^ 

"  A  la  suite  d^eœemplar,  Calvin  a  écrit  hue,  puis  istuc,  et  il  a  biffé  ces 
deux  mots. 

1^  Allusion  à  la  déconfiture  de  Michel  du  Bois,  qui  le  contraignit  à 
quitter  Genève  dans  le  courant  de  l'année  1541  ("STI,  252,  n.  3-4). 

1®  Personnage  inconnu.  Peut-être  Antoine  Pignet  (V,  134,  n.  19)  ou  l'un 
des  professeurs  de  Strasbourg. 

"  Sur  le  titre  même  de  la  troisième  édition  latine  de  V Institution  (Ar- 
gentorati,  m,  Martio,  1543),  Jean  Sturm  fait  un  très  grand  éloge  de  cet 
ouvrage.  Nous  ne  savons  s'il  en  fut  blâmé  par  Calvin. 

1*  La  préface  composée  par  «  le  louangeur  »  n'existant  plus,  on  ignore 
à  qui  se  rapportent  les  mots  :  De  iis  quos  perstringit,  etc. 

1®  Le  manuscrit  préparé  pour  une  nouvelle  édition  du  «  Summaire  et 
briefue  déclaration  daucuns  lietix  fort  nécessaires  a  vng  chascun  Chres- 
tien,  »  —  ouvrage  que  Farel  avait  fait  paraître  à  Neuchâtel  en  décembre 
1534.  Il  a  été  réédité  en  1867  par  J.-G.  Baum. 

^^  Allusion  aux  leçons  publiques  dans  lesquelles  Calvin  interprétait  ce 
livre  de  l'Écriture  sainte. 


i5'i2  JKAN  CALVIN  A  GL'ILLALME  FAREL,  A  NEUCHATEL.  81 

fortassis  ad  ciim  laboreiu  maiiiiiii  adjiciam -'.  Sin  minus,  non 
habeo  niagnani  sponi  in  anditoribus  ^-.  Hoc  miJii  pneciimum 
caput  est  curarnm,  ut  secido  meo  serviam  <ic  pra'senti  vocationi. 
Si  quid  est  roli(inuni  oj)i)ortunitatis/i(l  postons  imijondorc  co- 
nabor. 

Scripturus  eram  plnyxi,  sed  cum  nxor  mine  lahoret  non  sine 
periculo,  animus  alib  abstrahitur.  Hoc  addam  tanion  :  semper 
moderationem  tuam  plurimi  feci  inferendo  collecja  '^'\  teque  sem- 
per hortatus  sum  idi pergeres.  Sed  mim  audio  qualiter  se  gerat, 
vihil  possiim  (diud  judicare,  nisi  (ijjertms  esse  tradandum.  Nam 
illud  romediuni  niihi  minime  placot,  ut  ab  illo  cavoatis  ac  som- 
per  dissimuletis.  Nam  ille  cum  suspectum  se  animadvcrtit  -*.  oo 
fit  doterior  :  simpliciter  orgo  j)otiùs  cum  monete.  Valc,  mi  cha- 
rissimo  fratcr.  Dominus  te  diu  conservet!  Saluta  fratrcs  nostros 
omnes,  tuos  etiam  cum  iixorihus  diligontei-. 

Lege  literas  solus  vel  cum  paucis  ac  remitte,  ne  quid  exeat  ^\ 


(Inscriptio  :)  Suo  Farello 


26 


^*  C'est-à-dire  :  peut-être  publierai-je  moi-même  un  commentaire  sur  la 
Genèse,  et  je  répondrai  ainsi  à  votre  désir. 

-^  Plus  tard,  ses  auditeurs  prirent  soiu  de  recueillir  et  de  faire  imprimer 
ses  leçons  d'exégèse. 

^'  Il  s'agit  ici  de  Jean  Chaponneau,  second  pasteur  de  Xeuchâtel. 

'^*  Nous  verrons  Chajxjuneaii  se  plaindre  avec  douceur  d'être  tenu  à 
l'écart  et  privé  de  la  confiance  de  P'arel  (N°  1201).  «  Fateor  ingénue  (dit- 
il),  jamdudum  egrè  admodura  tulisse,  quôd  me  negledo  ad  plerosque,  de 
rébus  quas  me  rescire  oportebat,  profusas  scripseris  epistolas.  » 

25  Pfj,-^i^  écrivant  à  Bucer,  le  10  mai  1529,  avoue  qu'il  laisse  traîner 
tous  ses  pajners,  «  cum  omnia  (dit-il)  ex])Osita  babeam,  sineque  aliquo 
secessu  omnia  omnibus  pateaut  »  (II,  174).  A  comparer  avec  le  t.  Yl, 
p.  237,  renvoi  de  note  25. 

^^  L'adresse  n'est  pas  de  la  main  de  Calvin.  Farel  a  écrit  au-dessous  : 
28  Juin  1542. 


T.  vin. 


82        JEAN  CALVIN  A  BENOIT  TEXTOR,  A  NEUCHATEL.       1542 


1140 

JEAN  CAL\TS'  à  Benoît  Textor,  à  Neuchâtel. 
(De  Genève,  28  juillet  154â.) 

Billet  autographe,  écrit  à  la  lin  de  la  lettre  précédente. 
Calv.  0pp.  XI,  419. 

D.  Textori  \  tratri  et  amico  singulari. 
Priniiini  hoc  abs  te  contento  [1.  contendo]  ut,  cum  te  doinuni  ^ 
recipies,  hac  iter  facias  :  deindc  ut  circa  Neodunum  ^  vel  xmulb 
siiprà  ah  itinere  de/lectas  ad  nohilem  quendam,  'pairem  ejiis  adu- 
lescentis  qui  apud  mevivit  \  Payus  ejus  vocatur  Boursin  \  Bollse 
poterit  tibi  indicari.  Erit  illi  gratissimus  tuus  adventus,  ac,  ut 
spei'o,  beneficium  agnoscet.  Ego  hoc  abs  te  in  ejus  gratiam  impe- 
tratum  esse  velim. 


1141 

JEAN  CALVIN  à  PieiTB  Vlret,  à  Lausanne. 
(De  Genève,  28  juillet  1542.) 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n°  106.  Calvini  Epistola^  et 
Resp.  1575,  p.  368.  Calv.  0pp.  XI,  420. 

S.  In  quanta  anxietate  tibi  scribani,  narrabit  hic  frater.  Uxor 
enim  ])arturit,  non  sine  extremo  periculo,  quôd  nondum  utérus 

^  Bénédict  ou  Benoît  Textor,  médecin,  natif  de  l'ont-de-Vaux,  en  Bresse, 
était  très  considéré  à  Neuchâtel,  où  il  séjourna  plusieurs  fois  assez  long- 
temps (Voy.  sa  lettre  du  19  déc.  1542). 

^  C'est-à-dire  :  lorsque  vous  irez  visiter  votre  famille  à  Mâcon. 

*  La  ville  de  Ni/ou,  sur  la  route  de  Lausanne  à  Genève. 

*"*  D'après  un  ensemble  de  probabilités  que  nous  indiquerons  à  propos 


1542  JEAN    CALVIN  A  PIERRE  VIREX,  A  LAUSANNE.  83 

])ai'tiii  inaturus  erat.  Secl  Doniiiius  rcspiciat  nos!  Nostri  omîtes 
jani  fecerunt  perioihniL  Priinus  '  speciiiKMi  ad  i)0|)uliim  dodit, 
(juale  semper  expectaviinus.  Petrus  miiltè  a])tior  ad  docenduin. 
Oenistomo  fœliciter  cessit  ])i'iiiia  coiwio.  Quartus  ^  spoin  nostrain 
superat.  In  stipeudiis  Iwrum  non  snmns  consocnti  quod  voleba- 
miis.  Nam  dnobns  aliis  Sénat  us  sine  magna  disceptatione  decre- 
vit  qnantùm  priores  habebant  :  hoc  est  Henricus  et  Champerel- 
lus  '\  Permiserant  de  diaconis  consultationeni  syndico  Coruuensi, 
Jounni  Parvo  *  et  mihi.  Yerùm  postquani  retnliinns,  non  sunt 
obsecuti  nostro  consilio.  Ergo  Getiistoniùs  non  ultra  ducentos 
liabet  :  alter  dnntaxat  centum  ([uinquagiiita  '.  Spem  tamen  me- 
lioris  status  interea  fecerunt.  Cum  videreni  difhciliores  in  liac 
re,  acriter  aurem  illis  vellicavi  de  administratione  honorum  eccle- 

d'une  lettre  subséquente,  le  gentilhomme  vaudois  dont  parle  ici  Calvin  était 
François  de  Senarclens.  Il  possédait  un  fief  noble  et  «  une  maison  forte  » 
à  Bursins,  village  situé  à  7*  de  lieue  et  à  l'ouest  de  la  ville  de  Bolle 
(Voyez  le  Dict.  hist.  du  C.  de  Vaud,  par  Martign ier  et  de  Crousaz,  art. 
Bursins,  p.  131,  132,  133).  Celui  de  ses  fils  qui  vivait  chez  Calrin  s'appe- 
lait Claude. 

'■^  En  comparant  ces  détails  avec  ceux  du  X"  1139  (note  5),  on  s'assure 
que  «  le  premier  »  des  pasteurs  récemment  élus  était  Philippe  de  l'Église, 
et  «  le  quatrième,  »  Louis  Treppereau. 

*  Le  procès-verbal  du  Conseil  du  22  juillet  nous  apprend  que  l'h.  de 
l'Eglise  et  Pierre  Blattchet  devaient  recevoir  un  traitement  annuel  de 
240  florins,  égal  à  celui  d^Heiiri  de  In  Mare  et  d'Ainé  Champereau.  Le 
Conseil  décida,  le  même  jour,  que  Geneston  aurait  200  florins,  parce  qu'on 
le  savait  capable  «  de  conseiller  [au  besoin]  les  aflaires  de  la  ville.  » 

*  Le  syndic  Amblard  Corne  et  Jean  Petit.  A  notre  connaissance^  J.  Petit 
n'était  pas  membre  du  Conseil  ordinaire. 

®  Bèze  a  placé  cette  phrase  entre  deux  crochets  barrés,  et  il  l'a  sup- 
primée dans  le  texte  imprimé.  «  Alter  »  désigne  Treppereau.  Comme  il 
n'avait  pas  de  famille,  on  fixa  pour  lui  une  pension  de  140  florins  (Roget, 
0.  c.  n,  40). 

Nous  avons  dit  (t.  ~\^,  p.  105,  note  130)  d'après  les  calculs  de  M.  Ernest 
Chavaunes,  que  le  florin  de  Savoie  valait  alors  4  fr.  .50  de  notre  monnaie. 
M.  J.-B.  G.  Galiffe  (Quelques  pages  d'histoire  exacte,  1862,  p.  88-89)  l'éva- 
lue à  12  fr.,  ce  qui  nous  paraît  excessif.  M.  Théophile  Heyer,  directeur 
des  Archives  de  Genève,  s'était  arrêté,  après  de  longues  recherches,  au 
chiffre  de  8  fr.,  qui  est,  à  25  centimes  près,  la  moyenne  entre  4  fr.  50  et 
12  fr.  Que  l'on  calcule,  sur  cette  base,  la  pension  des  pasteurs  de  Genève, 
en  y  ajoutant  40  florins  à  cause  de  la  maison  et  des  meubles  très  simples 
que  le  Conseil  leur  ])rétait,  —  on  arrivera  aux  sommes  suivantes  :  1440, 
1920,  2240  fr.  Leur  traitement  le  plus  élevé  n'était  pas,  en  1542,  supérieur 


84  JEAN    CALVIN  A  PIERRE  VIREX,  A  LAUSANNE.  1542 

siasticonim  :  «  in  tempore  cogitandum  illis  esse,  qualiter  Deo  et 
hominibiis  rationem  redditiiri  forent  :  Papmn  fuisse  furem  et 
sacrilegum,  videndum  ne  simus  successores.  »  Usus  sum  autem 
prîefatione  quae  attentionem  excitaret  :  «  Meliora  esse  vulnera 
amici,  etc.  Item  :  Ne  quœrerent  Balaani  qui  illis  in  maledictione 
benediceret.  «  Res  in  aliud  tempus  dilata  fuit.  Dixi  enim  omnino 
oportere  brevi  ejus  tractationem  seriam  suscipere.  Domum  tuam 
volebant  relinquere  vacuam,  sed  ego  dissuasi,  non  malis  rationi- 
bus.  Itaque  Philippo  Ecclesiastko  data  est.  Vale  ^ 

(Inscriptio  :)  Suo  Vireto. 

de  beaucoup  à  celui  de  leurs  collègues  du  Pays  de  Yaud  (VI,  105),  et  aucun 
d'eux  ne  pouvait  nager  dans  l'abondance. 

On  sait  d'ailleurs  que  les  magistrats  de  Berne  et  ceux  de  Genève,  tou- 
jours promi^ts  à  secourir  les  malades  sans  famille  et  les  pauvres,  n'étaient 
pas  prodigues  des  deniers  publics.  Quand  ils  accordaient  une  augmentation 
de  paie,  c'est  qu'il  était  urgent  de  l'accorder.  Déjà  le  20  octobre  1543, 
les  ministres  de  Genève  demandent  qu'on  augmente  leurs  gages,  «  attendu 
le  cher  temps.  »  On  les  exhorte  à  patienter.  Ils  reviennent  à  la  charge 
trois  mois  plus  tard,  et  le  Conseil  répartit  douze  écus  entre  cinq  d'entre 
eux.  Le  27  novembre  154.S,  les  gages  de  Treppereau  sont,  sur  sa  demande, 
portés  de  140  à  200  tiorins  (Roget,  II,  81).  Dès  le  mois  de  janvier  1558, 
les  ministres  de  la  campagne  reçoivent  250  florins  (Communication  de 
M.  Th.  Heyer).  Enfin,  écoutons  Calvin,  dont  le  témoignage  offre  ici  un 
intérêt  particulier.  Il  écrivait  à  Renée  de  France,  le  10  mai  1563,  en  lui 
recommandant  Fraiiciscus  Portiis  :  ♦  Ses  gaiges  sont  si  petis,  comme  de 
nous  tous,  qu'il  luy  seroit  impossible  d'en  vivre,  s'il  n'avoit  support  d'ail- 
leurs pour  le  soulaiger  de  ses  charges  »  (Voy.  Jules  Bonnet.  Lettres  franc, 
de  Calvin,  II,  516).  Port  us  avait  une  fiUe  à  marier. 

Calvin  écrivait  encore,  le  17  oct.  1568,  à  l'hébraïsant  Jean  Mercier  : 
«  Exiguum  quidem  stipendium  esse  fateor.  Librae  enim  ducentie  pendun- 
tur.  ^des  dantur  satis  aniœnae  et  spaciosse.  Verùm  cogita  impensas  hîc 
minores  esse  quàm  apud  vos  [scil.  Parisiis].  » 

®  Ce  dernier  mot  et  l'adresse  sont  d'une  autre  main. 


1542    LES  PASTEURS  DE  LA  PRÉVÔTÉ  AU  CONSEIL  DE  BERNE.      85 


4142, 

LES  PASTEUES  DE  LA  PRÉVÔTÉ  au  Gonseil  de  Berne. 
DeMuûliei'-Graiidval,  :29  juillet  1542. 

Inédite.  Manuscrit  original.  Arch.  de  Berne. 

Grâce,  i)aix  en  Dieu,  iiostre  bon  père  le  tout-puissant,  jjar 
nostre  Seigneur  Jésus-Christ  soit  tout  jo[u]rs  avec  vous!  Amen. 

Très  redoubter  et  niagnitîique,  puissant,  honorables  Seigneurs 
Messieurs  de  Berne  !  Nous  vous  prions  tous  par  en  semblés  que 
vous  persévérez  tout  jours,  ainsy  comme  vous  avez  desjà  aulcuns 
temps  jusque  ysi,  à  debvoir  mantenir  Thonour  et  la  gloyre  de 
Dieu  :  laquelle  chouse  Dieu  par  sa  grâce  vous  doing  tous  jors 
force  et  puissance  de  le  faire!  Amen. 

Noz  honorez  Seigneurs,  nous  avons 'receu  vous  lettres',  des- 
quelles sommes  bien  joyeulx  les  avoir  lentes,  comment  bien  co- 
gnoissont  que  vous  avez  fort  bon  voloir  de  mantenir  l'iionour  et 
la  gloire  de  Dieu,  et  de  mestre  hordre  entre  vous  conborgois  de 
la  Prévostez,  affin  que  toute  abomination  soit  vuydée  et  déchas- 
sez, principallement  enver  le  prcvost-  et  le  peuinle  :  sus  lequeulx 
mandement  vous  renvoyons  rostre  réfornudion  ^  escrij)te  dens 
vostre  ville  de  Berne,  ay[n]sy  que  avons  atendus  [1.  entendu]  que 
Tavié  composez,  por  ycelle  debvoir  gardez  et  observé.  De  Mothié 
grand  vaulx,  ce  xxix"  Julii,  anno  xlii. 

Por  les  vostres  bons  amy  et  serviteurs  les  ^Iinistres 

DE    LA    PAROLLE    DE    DiEU    A    LA    DITE    PrÉVOSTEZ    DE 
MoTHIÉ    GRAND  VAULX. 

(SmcripHon  :)  Aux  très  ylustres  Princes,  magniti(iues  Sei- 
gneurs Mons'  l'Avoër  et  Conseil  de  la  ville  de  Berne,  nouz  bons 
amys. 


^  Lettre  qu'ils  avaient  prnlialjlement  reçue  par  l'intermédiaire  des  dé- 
putés bernois  envoyés  à  Moûtier-Grandval  pour  le  23  juillet  (N"  1128,  n.  10). 

^  Le  prévôt  du  Chapitre  de  Moiitier,  Cornélius  de  Lichtenfels  (M,  98, 
n.  87). 

*  L'édit  de  Réforniation  publié  par  M\L  de  Berne  le  24  décembre  1536 
(Ruchat,  IV,  389,  522-531). 


86  PIERRE  VIRET  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 


1143 

PIERRE  TIRET  à  Jeaii  Calvin,  à  Genève. 
De  Lausanne,  30  juillet  154:2. 

Aiitogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n'^  IIP.  Calv.  0pp.  XI,  421. 

S.  Tain  fuerunt  mihi  grata?  tuae  literœ  '  quàm  meum  anxit 
anininm  domesfica  ista  afflictio,  qua  te  Dominns,  multis  alioqni 
iisque  gravissiniis  curis  confectum,  exercere  voluit,  nec  tantis])er 
quiescet  aniinus  dum  aliquid  nnncii  l?etioris  ea  de  re  audivero  '\ 
Quicquid  tamen  eveniat,  fortiter  standnin  est,  nec  magis  animo 
frangi  nos  decet  quàm  sanctum  illuin  virum  Jobnni,  quem  tôt 
simul  mala  oppresserunt.  ut  videretur  Deus  penitùs  [euin]  dese- 
ruisse,  ac  totum  permisisse  Satanîç  ludiln-io  et  liliidini.  Sed  quid 
ista  tibi  occino  veterano  in  hac  arena  niiliti,  qui  jam  tôt  luctibus 
pridem  penitùs  exhaustus  esses,  nisi  te  fides  in  niorem  Al)raliœ 
erigeret  et  fulciret  V 

Grata  fuerunt  qu?e  de  snccessu  frafrum  scripsisti.  praesertim 
Genistoni,  cui  prœ  cseteris  timebam,  propter  innatum  illum  pu- 
dorem  et  sui  diffidentiani.  De  rébus  nostris  Gnrinns  ^  omnia 
referet.  Conventuri  sumus  Viviacum  ad  diem  Martis  \  Diniisso 
cœtu,  ubi  primùm  licebit,  iter  Bernnm  aiTij)iain,  sed  Neocomo 
iter  facturus,  prœter  nostram  utriusque  sententiam.  Nam  id 
Farellus  literis  à  me  postulavit,  ac  se  comitem  adjuncturum,  si 
videretur,  recepit.  Quamvis  non  levis  erat  causa  quœ  secùs  mihi 
faciendum  esse  suaderet,  contigerunt  tamen,  ex  quo  abs  te  dis- 
cessi,  pku'ima,  ac  multa  niilii  sunt  narrata,  quorum  causa  con- 
sultius  est  ut  cum  FareVo  colloquar  priusquam  Beniam  perve- 

'  Lettro  X"  lUl. 

^  La  femme  de  Calvin  lui  donna  un  tils,  qui  ne  vécut  que  peu  de  jours 
(Yoy.  la  lettre  du  19  août). 

"  Les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  disent  qu'il  est  ici  question  de  Tho- 
mas Grwœns,  professeur  à  Berne  (V,  56).  C'est  une  erreur.  Il  s'agissait 
de  Pierre  Gitrin  :  son  nom  est  nettement  écrit  dans  l'original. 

"  Mardi  1"  août. 


1342  PIERRE  VIRKT  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  87 

iiiam.  Cujusiiiodi  cw  ros  sint,  quia  non  tutô  comniittuntur  litoris, 
nec  eanini  ignoratio  j)lnrimiini  in  pra?S(Mis  til)i  obrssc  pot(^st, 
nialui  difforre  tantispoi-  oaruni  narrationoni,  duni  aut  tu  nos  aut 
te  nos  invisamus.  Farelll  lit(M-as^  ^d  te  niitto.  (ausani  (Tiirjni 
ut  habeas  coniniendatissimam  oro,  quocunque  modo  lioniini 
adesse  poteris''.  Claitdins  Francus  me  etiam  oravit  ut  suam  tibi 
sa^pe  commendarem  \  quamvis  nihil  sit  opus  apud  te  commenda- 
tionibus.  Saluta  uxorem,  cui  praecor  et  ejus  fœtui  "  fausta  omnia. 
Saluta  omnes  fratres  meo  nomine.  Nostri  te  et  tuaiii  iixoi-cni 
omnes  salvere  jubent.  Vale.  Lausannae,  80.  Julii  1542. 

TUUS  P.  \'|RETUS. 

(Tnscriptio:)  8uo  Joanni  Calvino  frati'i  et  symmystœ  conjunc- 
tiss.  Geneva:'. 


1144 

PIERRE  YiRET  à  Jeaii  Calvin,  à  Genève. 
De  Lausanne,  8  août  1542. 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  111^  Calv.  0pp.  XI,  423. 

Salutem.  De  rébus  nostris  audies  tabellarium.  Ci-astiuo  die 

*  Cette  lettre  de  Farel  n'a  pas  été  conservée. 

*  Voyez,  sur  Pierre  Gurin,  le  t.  XI,  p.  240.  note  36.  De])ins  15.39  il 
était  domicilié  dans  le  territoire  bernois;  mais  il  venait  parfois  à  Genève 
pour  ses  procès.  Il  en  eut  un  à  soutenir  contre  Jehan  Barralis,  et  un 
deuxième  contre  Estienne  Dadaz  (Reg.  du  Conseil,  passhn). 

''  Claude  Franc,  citoyen  genevois,  fils  du  conseiller  I)omai}ie  Franc  et 
d'une  sœur  du  capitaine  général  Jean  Philippe,  était  Leau-fière  du  pre- 
mier syndic  Amhlard  Cor)ie.  Il  était  l'ami  des  Articulants  fugitifs  (Y,  372, 
11.  10;  M,  199;  VII,  412),  et,  ])ar  conséquent,  hostile  au  ])aiti  calviniste 
(.I.-A.  Galiffe.  Notices,  III,  222,  223.  —  A.  Roget,  11.  lOO)-  <»ii  voit  cepon- 
dant  qu'il  ne  dédaignait  pas,  en  1.542,  de  se  recommander  aux  hons  offices 
de  Calvin;  et  lorsqu'il  éjmusa,  vers  la  fin  de  septembre,  même  année,  la 
fille  du  syndic  Jean  Baux,  il  invita  à  ses  noces  le  réformateur  Pierre 
Viret. 

*  Édition  de  Brunswick  :  frafri.  Le  mot  fœfui  se  lit  distinctement.  Il 
n'existe  d'ailleurs  aucun  indice  que  le  frère  cVIdelelfe  de  P>nre  (VI,  27.5, 
n.  15)  soit  venu  à  Genève  dans  ce  temps-là. 


88  PIERRE  VIRET  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

cum  Holardo  \  qui  meêie  i)rofectioni  cornes  adjunctus  est  à  fra- 
tribus,  solvam  hinc,  si  ita  Doinino  visum  est,  Bernmn  comessu- 
rus:  cujiis  comitatus,  praîter  alias  rationes,  justus  milii  praetextus 
erit  nostri  Neocomo  transitus.  Nam  cum  jurejurando,  ab  hinc 
aniios  decein  aut  undeciiii,  finilms  Frïburgensis  difionis  exula- 
rit  ^  née  tutus  illi  illhac  transitus  pateat,  cogimur,  etiam  si  nulla 
intercédât  causa  alia,  Neocomo  iter  facere,  aut  alias  quasrere  vise 
ambages.  Nihil  aliud  addam,  nisi  ut  amicos  saintes  diligenter  et, 
si  qua  ratione  fieri  potest,  per  hune  tabellarium  ad  me  miffas 
formam  disciplmai  ecclesiasticœ  quam  isthic  instituimus'^.  Hîc 
nohis  coi/ai/tihusmuJfa  adrersahimtur,pmicajuvabunt'*  :  anden- 

*"'  Jean  Holard,  natif  d'Orbe,  ancien  chanoine  et  doyen  de  la  collégiale 
de  St-Nicolas  à  Frihoiirg,  avait  été  banni  de  cette  ville  et  du  territoire 
fribourgeois,  vers  la  fin  de  l'année  1530,  à  cause  de  ses  opinions  religieuses. 
Le  19  avril  1531,  MM.  de  Berne  le  firent  présenter,  en  qualité  de  pasteur, 
à  la  paroisse  de  Moûtier-Grandval.  Dès  lors  il  prêcha  l'Évangile  à  la  Neu- 
veville,  à  Orbe,  à  Bex,  à  Corcelles-sur-Chavornay,  et  de  nouveau  à  Bex 
(Voy.  t.  III,  p.  11,  12;  IV,  451,  452.  —  Pierrefleur,  15,  57,  121.— 
Ruchat,  m,  37,  572). 

Dans  l'un  de  ses  voyages  à  Berne,  vers  1534,  Jean  Holard  avait  signalé 
au  professeur  Bhellicamis  les  monuments  de  la  ville  à'' Orbe,  «  prseter  alia 
antiqua  rudera  et  numismata,  turrim  mirœ  vetustatis  »  —  renseignement 
que  celui-ci  n'eut  garde  d'omettre  dans  ses  Annotationes  sur  les  Commen- 
taires de  Jules  César  (Basile»,  1543).  Il  en  est  résulté,  pour  le  «  prédi- 
cant  »  d'Orbe,  l'honneur  très  inattendu  de  voir  figurer  son  nom,  à  côté 
des  noms  d'^gidius  Tschudi,  d'Alciat,  de  Rhenanus,  de  Budé  et  de  cin- 
quante-deux autres  savants,  dans  la  Nomenclature  des  «  auteurs  »  cités 
par  Rhellicanus. 

*  L'influence  de  Calvin  et  de  Viret  ayant  été  grande  dans  la  commission 
genevoise  qui  prépara,  de  septembre  à  nov.  1541,  les  Ordonnances  ecclé- 
siastiques (VII,  350,  351.  —  Cornélius.  Die  Griindung  der  Calvinischen 
Kirchenverfassung  in  Genf).  Vii'et  pouvait  dire  à  Calvin,  sans  vanterie  : 
formam  disciplinée  quam  isthic  instituimus. 

*  Il  convient  de  reproduire  ici  le  paragraphe  suivant  du  Manuel  de 
Lausanne  du  2  avril  1542  :  «  Fuerunt  producti  et  lecti  certi  Articuli,  in 
numéro  undecim,  emanati  a  Dominis  Verbi  Ciiristi  Ministris  in  Viviaco, 
die  27*  mensis  Martii...  Super  quibus  fuit...  arrestatum,  ipsos  taies  quales 
Articules  respective  observari  debere  quantum  J)ossibile  erit,  et  etiam  illis 
respective  obviare.  Nec  non  etiam...  arrestatum,  quod  abhinc  quicunque 
insolentias  faciet  contravenientes  bonis  moribus  et  certis  statutis  hacte- 
nus...  per...  Dominos  nostros  Bernenses  factis  et  jam  aliàs  publicatis, — 
taies  contravenientes,  post  certas  remonstrationes  ipsis  factas,  debeant 
absentare  cillam  Lausannœ,  juxta  casus  per  ipsos  perpetrati  exigentiam, 


1542      CLAUDE  DE  SACHINS  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.        89 

diini  tamen  erit  aliquid,  et  bona  sjies  est  Doniinum  t'ortunatiu'iim 
nostros  conatus,  Nihildum  aggrossus  aut  conatus  suni,  sed  Ikrna 
reversîis  constitui  seriô  ac  sedulà  his  ecclesùi'  ruinis  manuni  ad- 
molù'i.  Puto  te  andivisse  qiiid  sparsum  sit  riimoris  de  ministro- 
rum  Bernatkmi  emissione  ^  Id  eiiim  logatis  vestris  Basiliva 
rcdeuntibus  ^  indicavi,  à  (quorum  disccssu  nihil  ha])oo  coinpo rtius 
quod  ad  te  sei'il)am.  Pra'sens  meliùs  oniiiia  iutelligam.  Saluta 
uxorem  lueo  iioiiiine,  fratrem  '  (>t  doinesticos  omnes  et  tuos  col- 


legas.  Vale.  LausaiiiicB,  8.  Augu.  1542. 


TUUS  P.  ViRETUS. 


(Inscriptio  :)  Suo  quàm  cliaiiss.  fratri  et  symmysta3  Joanni 
Calvino.  Genevœ. 


1445 

CLAUDE  DE  SACHiNS  ^  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
(D'Asnières,  en  Bresse  ^)  12  août  1542. 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  112.  Calv.  Opp.  XI,  425. 

Si  magnam  aliquando  ex  ullis  amicoriim  literis,  ex  tuis  vel 
maxiniain  cippi  volii])tateni  :  noqiie  quantum  ego  existimo  id  abs 
re,  ut  i)ote  per  quas  fœlicibus,  ut  spero,  auspiciis  me  niJrjl  taie 

et  hoc  ad  tempus  et  beiiivolentiam...  Doiuiiii  Burgi  Magistri  et  Doniino- 
rum  Consiilum  Villae  Laiisannse.  » 

^  Ce  qui  s'était  passé  à  Berne,  du  31  juillet  au  vendredi  4  août,  donnait 
lieu  de  croire  que  plusieurs  ministres  bernois  allaient  être  congédiés 
(X"  1147,  n.  3,  p.  96,  et  la  tin  de  la  n.  13,  p.  100). 

"  Les  députés  genevois  Claude  Fertemps  et  Pierre  Tissot  ayant  appris, 
à  Bâle,  (jue  les  ]5crnois  n'acceptaient  pas  les  propositions  de  Genève 
(\T^I,  453,  u.  7-9),  ils  étaient  revenus  sur  leurs  jtas.  Viret  les  avait  vus  à 
leur  passage  par  ivausanne. 

'  Antoine  Calvin. 

'■'•^"*  On  a  de  ce  personnage  cinq  lettres,  adressées  à  Calvin.  La  seer  nde 
est  datée  :  Hx  villa  nostra  Aneriann,  7  novembris  1545.  La  quatrième  : 
Ex  domo  nostra  Aner.,  9  Oct.  1550.  Il  y  parle  des  deux  prisonniers  dont, 
le  24  septembre,  il  lui  annonçait  l'arrestation,  et  qu'il  va  recommander  au 


90  CLAUDE  DE  SACHINS  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

nnerltnm  ad  amicitiam  tum  Immaniter  invitas^,  ad  quam  sane 
tyiejam  olim  ardentissimis  vofis  aspitr(gse  testes  mihi  sioit  quàm 
j)h(rmii  :  idquo  cum  eruditionis  multijugîP  noinine,  quani  in  te, 
ut  par  est,  unicè  sum  semper  exosculatiis,  tum  verô  multô  magis, 
quôd  gloriam  Dei,  atquo  ijjsum  adeô  C'hristi  iiogocium,  syncerè 
ac  diligontor  promovere  to  intelligam.  Faxit  Dominus  Deus  ut 
quod  fœlicitor  in  te  cœpit  fœlicissimo  exitu  coronet  !  Quod  autein, 
charissinie  frater,  piorum  honiinum  sermoni  nonnihil  deferens, 
de  me  prseclariùs  sentis,  ingenteis  per  Cliristum  tibi  gratias  ago  : 
non  quôd  iis  laudibus  quilnis  me  oneras  miram  in  modum  délec- 
ter, ut  qui  me  iis  ferendis  imparem  plané  agnoscam,  sed  quôd  ea 
denium  occasione  Christianum  tui  animi  candorem  habeam  per- 
spectum,  qui  ex  aegregiis  suis  dotil)us  aliorum  metiatur  virtutes. 
Adde  quôd  baec  haud  as])ernanda  quidem  mihi  videtur  adhor- 
tandi  ratio,  quam  sanè  perinde  ac  commode  nobis  adjectum  sti- 
mulum  lubenti  aniino  amplectimur.  Quàm  verô  aiperem  (si  ita 
Domino  videretur)  sacris  istis  interesse  C07iventihis,  in  quihus 

second  président  de  Chambéri/.  Dans  la  cinquième,  écrite  «  Ex  Aneria 
nostra,  nonis  maii  1554,  »  il  dit  :  «  Pirater  meus...  et  I).  Te.vfnr,  qui  hîc 
apud  nos  est,  te  salutant.  »  Tout  annonce  que  l'écrivain  habite  un  pays 
voisin  de  Genève  et  de  la  Savoie  ;  mais  il  s'agit  de  déterminer  exactement 
le  lieu. 

La  France  ne  compte  pas  moins  de  seize  localités  du  nom  d^Anières 
(ou  Asnières).  La  plus  rapprochée  de  Chambéry  est  située  dans  la  Bresse, 
et  sur  le  chemin  que  Textor  avait  dû  suivre,  à  la  fin  de  juillet  1542,  pour 
se  rendre  de  Genève  à  Mncon  (X°  1140).  Ce  point  étant  acquis,  il  suffisait 
de  consulter  Guichcnon  (Hist.  de  Bresse  et  de  Bugey.  Lyon,  1650,  Par- 
tie ni,  p.  339-40)  et  Edm.  Révérend  du  Mesnil  (Armoriai  hist.  de  Bresse. 
Lyon,  1872,  p.  598),  pour  savoir  que  Claude  de  Sachins,  seigneur  d'Anières, 
et  son  frère  Fratiçois,  seigneur  d'Anières,  du  Saugey  et  de  Chamergy, 
étaient  les  derniers  représentants  de  l'une  des  plus  anciennes  familles  che- 
valeresques de  la  Bresse,  connue  primitivement  sous  le  nom  de  Sejjf  chiens 
(de  septem  canibus).  Un  Claude  de  Sachins,  seigneur  de  la  Mylatière  et 
parent  éloigné  des  deux  personnages  précédents,  exerçait  les  fonctions  de 
bailli  à  Po}tt-de-Vaux,  ville  natale  de  Textor. 

A  la  Révocation,  la  famille  de  Loriol  possédait  «  le  château  d^Asnières, 
à  moitié  chemin  de  Bourg  à  Mâcon.  C'est  la  plus  belle  résidence  seigneu- 
riale (lu  moyen-âge  qui  ait  été  conservée  en  Bresse  »  (Edmond  Chévrier. 
Notice  hist.  sur  le  Protestantisme  dans  le  département  de  l'Ain.  Paris,  1883, 
p.  110.  —  Haag.  France  ]irot.  VII,  128). 

Ce  fut,  sans  doute,  Benoit  Textor  qui,  partant  pour  la  Bresse,  engagea 
Calvin  à  écrire  au  seigneur  d'Anières  (Voy.  les  n.  6,  7,  et  le  N"  1140,  n.  2). 


lo42      CLAUDE  DE  SACHINS  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.        91 

crehri  de  rehus  divinis  serib  miscniinr  sermones,  Ininiaïut  con- 
quiesciod  somriid,  nhi  clniriias  n'muhdioms  nescia  mirificè  suas 
exerit  vives,  nhi  denique  no}i  fedus  ac  lacei'us,  sed  uperius  atque 
intege)'  prodii  C]irisfHs  ' .'  Poîior  certrfe  dios  una  in  ati-iis  Doiiiini 
quàiii  mille  aiuii  vcl  in  ipsis  impiorum  palatiis. 

0  utinam  me  posso  frui  dent  uumiiia  taiitis 
Divitiis,  quas  ampla  ppqiiat  non  co])ia  ronfinii  ! 

Sed  forte  sese  aliciuando  ntï'civt  tcmpus  illiul.  (luo  iiiilii.  otsi 
nune  arctiiis  irrotito  '.  olim  tainon  libero,  licebit  evolare.  Inté- 
rim quoad  spiritus  hos  rogot  artus,  pro  virili  dabimns  operam, 
nt  oa  necessitudo.  qua'  Cliristo  auspice  inter  nos  fœlicitor  est 
inita,  majus  in  dies  accipiat  incromentum.  Cœterùm  qiiod  ad  eimi 
attinet,  quemnobis  (({\\2è  tua  est  humanitas)  diligenti  cura  mi- 
nistmm  exquisiisti  •"',  quàm  maximas  possumus  ex  animo  gratias 

••  Ce  passage  prouve  que  les  éditeurs  des  Caîr/iii  Opéra  se  sont  trompés 
en  affirmant  (t.  XY,  p.  133,  n.  3)  que  Claude  de  Sachms  résidait  dans  le 
bailliage  de  Thonon,  à  Aniere,  ])rès  de  VeUji.  —  Le  liameau  iVAnière  est 
situé  sur  la  rive  gauche  du  lac  Léman  et  à  deux  lieues  de  Genève.  U  ap- 
partenait depuis  1530  au  territoire  bernois,  et  faisait  partie  de  la  paroisse 
réformée  d'Hermance,  dont  le  pasteur,  en  1542,  était  Antoine  Bnhier 
(IN",  364;  YI,  275,  404.  —  Yoy.  aussi  Fr.  Mugnier.  L"Hôpital  d'Hermance, 
1542-1733.  Thonon  (188G)  p.  14).  Si  Claude  de  Sachins  avait  habité  le 
susdit  hameau,  il  aurait  eu  toute  facilité  de  faire  la  connaissance  person- 
nelle de  CalciiK  et  n'aurait  ])as  été  réduit  à  soupirer  après  un  culte  évan- 
gélique. 

*  Il  exerçait  probablement  des  fonctions  publiques,  ainsi  que  son  liomo- 
nyme,  le  sieur  de  la  ]MyIatière. 

"  La  suite  du  discours  et.  en  particulier,  cette  phrase  :  <-  Det  Dominus 
ut  is  nobis  sit  tam  commodus,  quàm  nox  ei  vicissim  apti  simus,  »  —  sem- 
bleraient annoncer  que  le  seigneur  d'Anières  avait  fait  prier  Calvin  de 
choisir  pour  sa  maison,  non  jias  un  serviteur  quel(on(jue,  mais  un  viinistre 
de  V Evangile.  Notre  interprétation  peut  paraître  téméraire;  mais  nous  la 
croyons  en  partie  autorisée  par  certains  traits  de  l'histoire  de  la  Bresse. 

De  bonne  heure,  cette  province  s'était  ressentie  du  voisinage  de  Genève 
et  de  Lyon.  Nous  avons  vu  en  Suisse,  dès  1531,  des  Évangéliques  bressans  : 
Pierre  Masuijer,  Claude  Bigothier,  Angelin  Chasnal  (II,  375,  424,  425, 
489;  W\.  287).  Alexandre  r««M.ç  ])rêchait  dans  la  Bresse  on  1533  (III,  162). 
Le  duc  de  Savoie  tenta  vainement  de  s'opposer  par  la  force  à  l'invasion 
des  nouvelles  doctrines,  et  il  fut  mal  secondé  par  le  jiajie  l'aul  III,  qui 
supprima  l'évéché  de  Bourg  (4  janvier  1535).  Yers  cette  époque,  on  comj)- 
tait  à  Bourg  trente-cinq  bourgeois  suspects  d'hérésie  (Chévrier,  o.  c.  ]).  14- 
17).  En   1536,  François  I  s'eni])arait  de  la  Bresse,  et   pendant   plusieurs 


92  CLAUDE  DE  SACHINS  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1S42 

habemus.  Qui  hasce  perfert  "  multis  noininibus  lioiuiiicin  nobis 
commcndavit,  idque  quantum  intelligo  non  ex  auditu,  ut  quem 
prsedicet  se  propiùs  habero  perspectuni  :  itaque  huic  rem  totam 
commisimus.  Det  Dominus  ut  is  nohis  sit  tam  commodus,  quàm 
nos  ei  vicissim  apti  simus!  Nihil  superest,  frater  in  Domino 
amantissimo,  nisi  Christum  Dominum  ex  animo  oremus,  ut  sacris 
sui  spiritus  dotibus  ministerium  tuum  magis  ac  magis  in  dies 
illustraro  pergat,  in  quo  te  cui)io  valere.  Salutaf  te  unicè  frater- 
meus  ^  Tu  verô  cura  ut  nos  precibus  tuis  Domino  jugiter  com- 
mendemur.  Domi  12.  Aug.  1542. 

Tuus  in  Christo  Clau.  De  Sachins  K 


(Inscriptio  :)  D.  Joanni  Calvino  fratri  et  amico  singulari 


10 


années  il  ne  s'occupa  de  ce  pays  que  pour  l'accabler  d'impôts.  On  i)eut 
même  dire  qu'en  1538  il  y  introduisit  un  ardent  ennemi  du  catholicisme, 
en  garantissant  au  comte  Guillaume  de  Furstemberg  les  revenus  des  sei- 
gneuries de  Bagé  et  de  Pont-de-Veyle,  situées  près  de  Mâcon  (VI,  239, 
n.  34). 

Les  prêtres  et  moines  du  chef-lieu  prirent-ils  au  moins  la  défense  de  leur 
religion  menacée  ?  —  Un  historien  catholique  de  la  Bresse  va  nous  ré- 
pondre :  «  Le  clergé  de  ce  temps  —  il  faut  bien  le  dire,  puisque  les  registres 
nous  le  répètent  fréquemment  —  étranger  à  l'inspiration  de  la  charité 
chrétienne,  aux  devoirs  de  sa  sainte  mission,  vit  à  part,  dans  un  triste 
égoïsme,  uniquement  préoccupé  d'intérêts  matériels  :  de  prélever  la  dîme, 
de  s'affranchir  de  toute  contribution,  de  toute  participation  à  la  vie  com- 
mune... Qu'il  touche  ses  prébendes,  ses  droits  paroissiaux,  peu  lui  importe 
le  reste  :  les  choses  d'ici-bas  ne  le  concernent  point.  Si  la  parole  de  Dieu 
est  annoncée  au  peuple,  c'est  à  l'instigation  active  et  persévérante  des  syn- 
dics et  du  Conseil  de  la  ville,  sans  cesse  obligés  de  lui  rappeler  son  devoir  » 
(Jules  Baux.  Mémoires  hist.  de  la  ville  de  Bourg.  Extraits  des  registres 
municipaux  de  1536  à  1789.  Bourg-en-Bresse,  1868-70,  3  vol.,  t.  I,  p.  230. 
Voyez  aussi  les  pp.  31,  60,  74,  101,  153,  210,  211,  233,  234,  354.  —  A,- 
C.  N.  De  Lateyssonnière.  Recherches  hist.  sur  le  département  de  l'Ain. 
Bourg,  1838-44,  5  vol.,  t.  IV,  p.  414;  V,  142,  143,  180,  293). 

Dans  ces  conjonctures,  l'établissement  d'un  pasteur  au  château  d'Anières 
n'aurait  pas  éveillé  la  défiance  d'un  clergé  en  majeure  partie  corrompu  et 
endormi,  pas  plus  que  ne  l'avait  provoquée,  en  1539,  le  séjour  d'un  «  pré- 
dicant  »  à  Pont-d'Ain,  au  centre  de  la  Bresse  (Voy.  Th.  Dufour.  Notice 
bibliogr.,  p.  189). 

^  D'ajjrès  ce  que  nous  savons  du  voyage  de  Textor  à  Mâcon,  à  la  fin  de 
juillet  (N"  1140),  il  est  naturel  de  croire  que  c'est  lui  qui  est  désigné  par 
ces  mots  :  (^ui  Imsce  [literus]  perfert,  etc.  Il  devait,  en  effet,  repasser  par 
Anières  pour  retourner  en  Suisse.  C'est  bien  lui  (et  non  un  vulgaire  mes- 


1542       CONRAD  PELLICAN  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.         93 


1446' 

CONRAD  PELLICAN  ^  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Zurich.  15  août  1542. 

Autogr.  Bibl.  Pii])l.  de  Genève.  Vol.  ii"  110.  Calv.  Oi)i).  XI,  426. 

Salutem  in  Domino  salvatorc  !  Niliil  optabilins  aiuliendnni  no- 
bis,  amiciss.  frater,  quàni  si  cuni  ecclosia  sancta  Dei  cni  servis, 
sanctè  valeas  et  ad  Dei  gloriam  prolicias,  inque  sahiteni  anima- 
rum  cum  i)ace  et  coustantia  sancta.  Nos  nostro  more  Domino 
adjuti  persistimus,  corpore  imbecilles,  qnantîim  ad  me  attinet  et 
Theodorum  nostrmn^,  sed  et  Leone  nostro  amisso  natnrœque 
concesso  et  vita^  feliciori  \  Qnin  et  aliquando  BuJUrigerus  del)i- 

sager)  qui  aurait  été  compétent  pour  recommander  le  jiasteur  choisi  par 
Calvin;  et  c'est  encore  de  Textor,  son  ami,  que  l'écrivain  aurait  pu  dire  : 
huic  rem  totain  coinmi.'iitnus. 

*  François  de  Sachins. 

®  Ce  nom  est  jjarfois  abrégé  sous  la  forme  suivante  :  Cl.  D.  Sach.  Il  a 
été  altéré  en  tète  de  deux  pièces,  l'une  de  dix,  l'autre  de  quinze  vers  latins, 
composés  en  l'honneur  du  principal  ouvrage  de  Texior,  intitulé  :  «  De  la 
Pestilence.  Lyon,  Jean  de  Tournes  et  Guil.  Gazeau,  M.D.LI,  »  petit  in-8". 
Ces  vers  ont  pour  titre  :  CL.  de  Sachivs  in  ïractatum  D.  Textoris  de 
Pestilentia. 

"  Les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  ajoutent  :  «  Sachins,  ■>  comme  si  ce 
mot  faisait  partie  de. la  suscription.  C'est  tout  simplement  une  note  écrite 
plus  tard  par  l'un  des  personnages  (jui  ont  étiqueté  la  correspondance  de 
Calvin. 

'  Voyez,  sur  Conrad  Pelîican,  professeur  d'hébreu  à  Zurich,  les  Indices 
des  tomes  III- VII. 

^'^  BuUinger  écrivait  à  Vadian,  le  23  juin  :  «  Léo  noster...  xix  hujus 
mensis,  paulô  post  primam  pomeridianam,  féliciter  migravit  ad  Dominum, 
magno  omnium  bonorum  mœrore.  Amisit  enim  ecclesia  nostra  in?pstima- 
bilem  in  hoc  homine  tliesaurum.  (ertè  bona  pars  vitie  mefe  decessit  in 
morte  adaniantissimi  Fratris...  Decumbit  et  doctiss.  et  piissimus  vir  I). 
Theodorus  Bibliander  ac  contiictatur  graviter  cum  tertiana.  Dmiiinus 
illum  uobis  restituât  nec  dolorem  dolori  adjiciat!  »  (Minute  orig.  Arch.  de 
Zurich.  —  Ilottinger,  o.  c.  III,  751.) 


94  CONRAD  PELLICAN  A  JEAN    CALVIN,  A  GENÈVE.  lo42 

lem  se  experitur.  Omiics  tamcn  in  tide  et  cliaritate  tirmiores, 
gratia  Dei.  Mittimus  autem  pariter  clmritati  tuai  Jmnc  eximise 
eruditionis  etpietatis  virwn  oh  Evangelium  ex  Italia  reimlsum  ^ 
ut  indicabit.  Qui  cum  nobiscum  consistere  utiliter  ecclesiîe  ne- 
queat,  ad  te  pervenire  cui»iens,  à  nobis  tïbi  Amice  comme ndatur, 
si  quo  modo,  ut  liugua  Pedemontanus,  goiti  vestrœ  vicinior,  in 
EvangeVw  nunciando  proficere  possit,  vel  eciam  consistere  cum 
suis  '  :  de  quibus  referet  non  necessariô  ^  liîc  scrilienda.  Videtur 
prorsîis  nobis  vir  sanctus  et  idoneus  Evangelio  i)lantando  pu- 
bliée et  privatim.  Qua  eciam  ratione  Italia  pulsus  vel  ex  Tuscise 
Luca  ■'  ab  antichristo.  plurimos  reliquit  Christo  fidèles  testes. 
Speramus  in  vestra  quoque  lingua pihirima ptosse^.  Habet  comités 
duos  non  ])1'0inùs  ejusdem  lingu^e  ^  quos  intérim  uti  poterimus 
retinel)imus.  Hune  verô  magnopere  omnium  nostriîm  nomine 
tibi  commendamus  et  ecclesiœ  vestr^e  :  quam  cuijimus  ex  animo 
proficere  in  pietate  et  pace.  Yale,  Amantissime  frater,  omnium 
nostrûm  nomine  in  Christo  fœliciter.  Tiguri,  15.  Augusti  1542. 

CoNRADUs  Pellicanls  tuus  in  Domino, 

cum  fratribus  reliquis,  Bullingero,  Theodoro,  Megandro, 

quibus  ])er  occupationes  non  licuit  scribere  bac  vice. 

(Inscriptio:)  Piissimo  Tlieologo  Jobanni  Calvino,  Ecclesiae 
Genevensis  pastori  fidelissimo,  in  Christo  Amicissimo  fratri  suo. 

*  Celio  Secundo  Curione  (X"  1155,  note  1). 

®  C'est-à-dire,  sa  femme  et  ses  enfants,  qu'il  avait  laissés  en  Italie,  pen- 
dant qu'il  venait  en  Suisse  pour  y  chercher  une  place  de  professeur. 

^  Dans  l'édition  de  Brunswick,  nuncio,  qui  ne  s'explique  pas. 

'  Curione  était  encore  au  mois  de  juin  à  Lucques,  d'où  il  adressait  à 
Fulvio  Peregrino  Morato  son  Epistola  de pueris pie christiauequeeducan- 
dis,  datée  :  «  Luc*,  M.  D.  XLII  quarto  idus  lunii.  »  L'auteur  la  publia  en 
1544  à  la  suite  de  son  Aranceus,  et  une  seconde  fois  en  1549,  avec  le  Ca- 
téchisme intitulé  :  «  Cselii  Secundi  Curionis  Christianae  Religionis  Institu- 
tio,  et  brevis  et  dilucida...  »  (Basilese),  99  pp.  petit  in-8"  (Communication 
obligeante  de  M.  Charles  du  Mont,  bibliothécaire  à  Lausanne). 

*  Nous  ne  connaissons  rien  de  Curione  qui  soit  écrit  en  français.  Mais 
nous  supposons  que  s'il  avait  possédé  seulement  l'italien  et  le  latin,  MM.  de 
Berne  ne  lui  auraient  pas  confié  des  fonctions  au  Collège  de  Lausanne 
(Voy.  le  X"  1159,  n.  6). 

®  C'étaient  peut-être  ce  Turca  et  ce  Georgius  mentionnés  dans  la  lettre 
de  Curione  du  7  septembre  suivant,  et  qui  furent  envoyés  à  Bâle  par  les 
Zuricois. 


1542     LES  CONSEILS  DE  BERNE  AUX  PASTELRS  DU  PAYS  ROMAND.  95 


1U7  / 

LES  CONSEILS  DE  BERXE  aiix  Pasteurs  du  Pays  Romande 
De  Berne.  15  août  154:2. 

Inédite.  Copie  contciiipoi'.  IMbl.  des  pasteurs  de  Xeuchâtel. 

Nous  L"Advoyek,  Conseil  et  Bourgeois  de  Berne  faisons  sçavoir 
par  ces  présentes  :  Comme  ainsi  soit  que  dijférendz  soyent  esmeuz 
entre  les  Jionnorahles  docteurs,  noz  très  chiers  et  féaulx  prédi- 
cants  et  ministres  de  TÉvangile,  Pierre  Cantzen,  Béat  Gering^ 
Symon  Sultzer  et  Cnnradt  Schmid,  d'une,  et  Érasme  Rytter  leur 
confrère,  d'aultre  j^urtye,  tousclunit  leur  doctrine  et  jn-édication, 
singulièrement  en  l'article  de  la  Cène  de  Nostre  Seigneur  Jésus- 
Christ  -  :  Lesquels,  pour  avancement  et  entretènemeut  de  ])aix 
et  union  entre  eulx  principallement  et  nous,  aussi  noz  commu- 
naultés,  iceulx  avons  évocqués  devant  nous  et  ouys,  et  entenduz 
leurs  proposites,  responses  et  ré])licques  ^  Et,  sur  ce,  les  [avons] 

1  J.-J.  Hottinger  (Helvet.  Kirchengeschichte,  IV,  Addenda,  p.  191-102) 
donne  «  ex  Archive  Ecfl-esi«  Bernensis  »  un  résumé  du  texte  allemand  de 
cette  pièce,  qu'il  date  du  15  août.  La  reproduction  intégrale  du  texte  fran- 
çais sera  encore  plus  utile  pour  l'intelligence  des  lettres  de  Calvin  et  de 
Viret  écrites  aux  mois  d'août  et  de  septembre.  L;i  copie  contemporaine  sur 
laquelle  nous  l'avons  relevé  est  très  incorrecte.  Nous  en  signalerons,  seule- 
ment les  fautes  principales. 

^  La  cause  de  ces  «  différends  »  est  déjà  indiquée  dans  le  X"  11?>1,  note  2 
(Voy.  aussi  le  t.  VI,  p-  79-81).  Érasme  Bitter  se  plaignait  spécialement  de 
ce  que  Pierre  Kvmtz  (en  latin  Concenus  ou  Conzenus),  Simon  Sultzer,  etc., 
préoccupés  de  maintenir  le  traité  de  Concorde  avec  les  Luthériens,  em- 
ployaient dans  leurs  sermons  des  expressions  qui  n'étaient  pas  conformes 
aux  dix  Thèses  approuvées  dans  la  I)isi)Ute  de  Berne  (Voy.  Ruchat,  V,  204, 
205,  224.  —  Fiislin.  Epistolse  Reformatorum,  1742,  p.  21.5-220.  —  Hun- 
deshagen.  Die  Conflikte,  etc.,  p.  157-165). 

*  Selon  J.-J.  Hottinger,  1.  c.  et  la  Collection  Simler,  l(>s  ministres  de  la 
ville  de  Berne  comparurent  devant  les  magistrats  le  15  août  ;  selon  Ruchat, 
V,  205,  le22.  Hundesliagen,  p.  105,  IGfi,  indique  le  .81  juillet  et  le  22  août. 
Ce  dernier  historien  ne  donnant  (jne  peu  de  détails  sur  les  journées  qui 
précipitèrent  la  crise  ecclésiastique,  nous  tenons  à  préciser  les  faits  et  les 
dates. 


96    LES  CONSEILS  DE  BERNE  AUX  PASTEURS  DU  PAYS  ROMAND.   1542 

aniyablcmont  ai)pointés.  unyz  et  accordoz,  et  lour  [avons]  pres- 
cript  finale  résolution  et  forme,  laquelle  doibvent  observer, 
comme  en  la  fin  des  présentes  est  escript. 

Premièrement,  estre  les  dits  Concène  et  ses  consors  tombés  eïi 
quelque  suspition  d'avoir  presclw,  touschant  la  Cène  de  Nostre 
Seigneur,  non  conformément  et  contraire  et  nostre  Disjnitation  *, 
ont  iceulx,  —  sur  nostre  demande  et  interrogation  sMlz  vou- 
loyent  cy-après  tenir  et  observer  nostre  dite  Disputation,  et, 
touschant  la  Cène  de  Nostre  Seigneur,  selon  le  contenu  d'icelle 
conformément  prescher?  —  premièrement  une  response  et  une 

Déjà  le  31  juillet,  le  Petit  Conseil,  alarmé  du  trouble  qui  régnait  dans 
l'Église,  fit  citer  devant  lui  les  cinq  pasteurs  de  la  ville.  Il  censura  iro- 
niquement leur  désaccord  sur  la  doctrine  de  la  sainte  Cène,  et  déclara  qu'il 
ne  tolérerait,  à  l'avenir,  aucune  autre  doctrine  que  celle  qui  était  formulée 
dans  les  dix  Thèses  de  la  Dispute  de  religion.  Les  chefs  des  deux  partis 
théologiques  répondirent,  le  même  jour,  aux  censures  du  Petit  Conseil,  et, 
le  lendemain,  devant  le  Conseil  des  Bourgeois,  ils  exposèrent  librement 
leur  opinion  et  même  leurs  griefs  réciproques.  Dans  ces  deux  séances, 
Erasme  Bitter  s'exprima  avec  la  netteté  et  la  vigueur  d'un  champion  sûr 
de  la  victoire  ;  Pierre  Kiintz,  avec  une  véhémence  pleine  d'amertume  et 
de  fierté,  car  il  ne  dissimula  point  qu'il  donnerait  sa  démission,  si  MM.  de 
Berne  n'étaient  pas  contents  de  lui. 

L'arrêté  pris  par  les  deux  Conseils,  à  la  fin  de  la  séance  du  1"  août,  fut 
tel  qu'on  pouvait  le  prévoir,  après  la  déclaration  faite  aux  ministres  le 
31  juillet.  Il  renfermait  ce  considérant  :  «  Luther  n'est  pas  resté  fidèle  à 
la  Concorde,  »  —  et  cette  sanction  :  «  Tout  pasteur  qui  n'enseignera  pas 
suivant  les  dix  Thèses  de  la  Dispute  et  l'édit  de  Béformation,  sera  con- 
gédié. » 

Bitter  se  dit  très  satisfait.  Kuntz,  Gering  et  Sultzer  protestèrent  contre 
les  entraves  qu'on  leur  imposait.  Ils  ne  voulaient  pas,  disaient-ils,  les  laisser 
imposer  aux  églises,  ni  laisser  restreindre  la  liberté  de  prédication  garantie 
aux  pasteurs  par  le  décret  du  5  mai  1540.  Mais  ils  oubliaient  qu'elle  était 
conditionnelle,  c'est-à-dire,  que  le  décret  susdit  leur  interdisait  déjà  de 
s'écarter  de  la  doctrine  admise  dans  la  Dispute  de  Berne  (Voy.  notre  t.  M, 
p.  424,  note  5). 

Les  magistrats  essayèrent  de  les  rassurer  en  leur  disant,  qu'on  n'enten- 
dait nullement  les  «  écarter  »  de  la  Parole  de  Dieu  et  les  réduire  à  ne 
prêclier  que  les  dix  Thèses;  on  leur  demandait  seulement  de  ne  ])as  conti- 
nuer à  critiquer  celles-ci,  qui  avaient  été  établies  par  la  Parole  de  Dieu  ; 
de  ne  pas  chercher  à  les  interpréter  autrement  par  l'Écriture  ;  de  s'abstenir 
d'emi)loyer  des  mots  étrangers  et  [de  ceux]  de  la  doctrine  de  Luther.  »  Enfin, 
on  leur  demanda,  ))0ur  le  lendemain,  une  «  réi)onse  écrite  et  satisfaisante.  » 

*  Voyez,  sur  la  Dispute  de  religion  qui  eut  lieu  à  Berne  en  janvier  1528, 
et  sur  les  dix  Thèses  qui  y  furent  discutées  et  adoptées,  le  t.  II,  p.  54-60. 


1542  LES  CONSEILS  DE  BERNE  AUX  PASTEURS  DU  PAYS  ROMAND.     97 

confession  touschant  la  Cène  de  Nostre  Seigneur  produidz  par 
escript,  la  tenetir  desquelles  s'ensuyt''  : 

«  De  Scriptura  sacra  quse  Vêtus  nonimiKiiiam  Tostaiiiciitum 
vocatur,  ita  scntimus  :  David  Ycrbum  Doiiiini  solum  esse  lumen 
certamque  viam  pronuntiat  (jua  ad  omnis  |1.  oniiicinj  roj^uitio- 
nem  perveniatur.  Id  i])suni  verè  Verbum  in  sacra  l)iblicaque 
Scrij)tura  invenitur,  qua  oninis  huuiana  atque  adeô  aiigclica 
doctrina  dignosci  ac  judicari  débet.  Ad  eam  ipsam  Christus  quo- 
que  tantùm  hortatur,  banc  de  se  testari  affirmans.  Esayas  item 
propheta  monet  ut  qui  lumino  indiget,  Lcgem  testimoniaque 
respiciat.  Quocirca  et  contitcnuir  et  ])rofitoniur,  unà  cum  omni- 
bus ecclesiis  Dci  Christi  Domini  nostri  tidelibus,  sacram  bibli- 
camque  Scrii)turani  solaui  summam  certissimamque  voritatem 
existere,  ut  cui  omnis  rcliqua  doctrina  omniaque  scripta  sul)jici 
debeant,  ut  ipsa  habeatur  régula  ad  (juam  omnis  voritas  prol)etur 
et  agnoscatur,  quemadmodum  eadem  prima?  apostolicœ  Ecclesiœ 
in  usu  fuit  pridem  et  esse  hodie  débet.  Ea  propter  nos  ipsos  offe- 
rimus,  (}uemadmodum  ministerium  nostrum  conscientiaque  co- 
ram  Domino  dictât,  docturos  omnia  et  concionaturos  quae  ejus 
Scripturae  sacrée  autlioritate  per  nos  ])ossunt  probari,  juxta  pri- 
mum  illud  excussumque  typis  mandatum  ".  —  Deinde  quod  Chris- 
tianam  et  laude  dignam  Disputatiouem  [et]  Confessionem  Ba- 
sïlese  compositam  '  attinet,  oflferimus  nos  utramque  conservatu- 
ros,  contra  nil  nec  docturos  nec  locuturos,  iisque  *  pro  necessitat(> 
oportunitateque  concionum  usuros,  ])aci  concordiaeque  studium 

*  La  Méponse  de  Sultzer  et  de  ses  trois  collègues  fut  présentée  et  lue 
par  Pierre  Kuntz,  le  2  août,  et  leur  Confession  de  foi  sur  la  sainte  Cène, 
le  3  août,  devant  le  Conseil  des  Bourgeois  (Notes  10  et  13). 

®  Allusion  à  l'édit  dû  Grand  et  du  Petit  Conseil  de  Berne  daté  du  15 
juin  1523,  et  qui  était  conçu  en  ces  termes  :  «  Ordonné...  que  tous  les  pré- 
dicateurs prêchent  publiquement  et  sans  dissimulation  le  saint  Evangile 
et  la  doctrine  de  Dieu,  n'avançant  que  ce  qu'ils  peuvent  établir  par  la  vé- 
ritable et  sainte  Écriture...  »  (Trad.  de  l'ail.) 

^  Ce  n'était  pas  «  la  première  Confession  de  Baie,  ->  composée  par 
Œcolampade  en  1530,  mais  «  la  seconde,  »  qui  fut  l'œuvre  commune  de 
BuUinger,  Myconius,  Simon  Grynseus,  Léon  Jude  et  Gaspard  Megander. 
Elle  avait  été  préparée  en  vue  de  la  Concorde  avec  Luther,  et  elle  fut 
signée  à  Bâle,  le  3  février  1536,  par  les  députés  des  églises  réformées  de 
la  Suisse  et  de  la  ville  de  Strasbourg  (Voy.  Ruchat,  UI,  310,  311  ;  IV,  58- 
60.  Il  en  donne  la  traduction,  t.  IV,  pp.  61-76). 

*  Dans  la  copie  neuchâteloise,  idque. 

T.   VIII.  7 


98    LES  CONSEILS  DE  BERNE  AUX  PASTEURS  DU  PAYS  ROMAND.  1542 

omiie  impensuros  ad  aedificationem  ecclosise  Christi,  modo  ne 
qiiis  poculiaribus  formis  verbisque  arctiùs  ^  nos  instituât  ads- 
tringcre  '°. 

Confessio  et  Dodrina  de  Cœna  Dominica. 

Quô  semol  et  in  onine  deinceps  tempus  eam  à  nobis  susi)i- 
cionem  amoliamur  qua  forte  insimulamur,  perinde  ac  quisqnam 
ex  nobis  eum  errovem  foveat,  uti  vel  sentire  vel  docere  instituât, 
quasi  cum  pane  aut  Cœnœ  dominiez  symbolo  naturalo  ossen- 
tiale(iue  Christi  corpus  è  cœlo  detrahi  vel  aliquatenus  trans- 
mutari  includive,  aut  ulla  ratione  hoc  ceu  naturale  corpus 
honiinis  manducari  atque  pcrcipi  debeat,  —  id  quod  verba 
Christi  «  Accipite  et  comedite,  hoc  est  corpus  meum  »  foris 
juxta  literam  prse  se  ferre  videntur,  —  verùm,  ut  nullum  ea 
opinione  christianura  verumque  doctorem  teneri  intelligatur, 
sic  rursum  asserentes  accipimus  quod  jam  inde  à  principio  et 
verè  semper  tirmiterque,  sicut  semper  fecimus  et  docuimus,  ho- 
dieque  et  eam  sententiam  tenemus  et  deinceps  etiam,  Domino 
aspirante,  conservabimus  ac  tuebimur  :  Christum  scilicet  natu- 
rali  humanoque  corpore  cœlos  ascendisse,  ubi  et  pro  naturalis 
hominis  conditione,  corpore  formaque  naturali  ad  dextram  Dei 
usque  ad  extremi  diem  judicii  permanet.  Unde  et  sciendum  et 
sentiendum  :  cum  jubet  accipere  et  comedere  panem,  quare 


^  Ibidem  :  aclinis  ou  actiuis. 

***  Aj^rès  la  lecture  de  cette  Réponse,  le  2  août,  MM.  de  Berae  assurèrent 
encore  à  ses  auteurs,  qu'ils  ne  voulaient  pas  leur  «  interdire  »  la  Parole  de 
Dieu,  ni  endurer  des  reproches  à  ce  sujet  ;  on  leur  demandait  seulement 
d'éviter  tout  ce  qui  pouvait  faire  soupçonner  qu'ils  ne  prêchaient  pas  con- 
formément aux  dix  Thèses.  «  Mes  Seigneurs  (fut-il  ajouté)  reconnaissent 
que  la  Confession  [de  Bâle]  est  fondée  sur  la  Parole  divine,  et  ils  veulent 
bien  que  cette  Confession  subsiste,  et  que  les  pasteurs  l'emploient,  ainsi  que 
les  Saintes  Écritures,  en  toute  occasion  où  ce  sera  nécessaire.  Mes  Seigneurs 
n'ignorent  pas  que  beaucoup  de  choses,  en  dehors  des  dix  Thèses,  deman- 
dent à  être  confirmées  par  l'Écriture  Sainte.  Mais  ils  veulent  que  les  dix 
Thèses  elles-mêmes  restent  hors  de  cause  »  (Trad.  de  l'allemand). 

La  susdite  ordonnance  fut  communiquée  oralement,  \)',\v  l'Avoyer,  à  Pierre 
Kuntz  et  à  ses  trois  collègues.  Elle  les  rassura  (Voy.  le  N"  11G2). 

Le  3  août,  Pierre  Kuntz,  accompagné  de  ses  trois  collègues,  comparut 
de  nouveau  devant  les  Conseils.  Il  revint  sur  la  réponse  faite  aux  ministres, 
le  !"■  du  mois;  il  exprima  leurs  ])laintes  et  il  prononça  un  long  discours 
sur  l'autorité  de  l'Ecriture  Sainte.   Puis  il  présenta  i)ar  écrit  la  liépnuse 


1542  LES  CONSEILS  I)K  RERNE  AUX  PASTEURS  DU  PAYS  ROMAND.    1)9 

corpus  ij)sius  inanducaiiuis  et  calicis  potii  saiigiiiiKMii  hibiinus 
ipsius,  iicininoin  liîc  opinari  do])ei'e  (^luVl  isthic  lioiiiiiiis  iiatiii-alis 
terreiii(iiie  carneiu  iiaturali  terrenoqup  modo  prR'sciitciu  habeat, 
maiîducet,  porcipiat.  Absit  vorù  "  id  qiiiii  seiitiatur,  in  vcrbis 
Doiniiii  ((  Hoc  est  corpus  meum  »  subesse  iiiaximè  tropmn,  hoc 
est,  figuratuiii  sermonein,  qiio  haiic  inaiidiicationeiu  Christus 
Domiiuis  in  aliam  quandam  s])iritiialoni  iiitoriianique  fidoi  iiian- 
ducationoni  intendat,  qua  Dominus  fidelcm  aniinani  cibat,  satiat, 
rcj)iet,  inqiie  vitam  conservât  œternani.  Atque  (Hini  esse  genui- 
niim  si)iritualenique  verborum  Domini  sensuni,  ex  certa  pers])i- 
ciiaque  Domini  interpretatione  constat.  Jolian.  (i",  Ca])ernaitis 
loquens  ait,  cuni  '^  de  suîts  manducatione  carnis  loquitur,  sinri- 
tum  ritamque  esse  verha  sua,  hoc  est,  non  de  corporali  carna- 
lique,  sed  de  spirituali  manducatione  intelligenda  esse,  soli 
animae  per  tidem  in  ipsum  i)rehensi)>ili.  Verba  itaque  Domini 
si  spiritus  sunt,  nec  corporale  utique  nec  carnale,  prœstô  est 
quicquam  [1.  cuiquam].  Adjicit  autem  hîc  :  et  vita,  hoc  est,  verba 
ejus  non  tantùm  spiritus  sed  etiam  vita  sunt. 

Unde  constat,  hîc  non  solùm  ore  corporali  externum  tantùm 
panem  manducari,  sed  animam  etiam  sua  fide  vitam  manducare  : 
id  quod  Christus  ipse  testatur.  Atque  ea  vita  Christus  est,  Do- 
minus solus  verus  Deus  et  homo;  atque  ita  in  Christo  vivit 
anima  et  ipse  in  illa,  ut  suis  verbis  adfirmat.  Adjicit  autem  sig- 
niticanter  vocem  vitam,  ne  quis  opinetur  panem  tantùm  vinum- 
que  ore  externo  percipi,  sed  multô  magis  animam  vera  vita 
pasci.  Atque  hic  sensus  sic  certus  est,  ut  hîc  primùm  Dominum 
sacramque  Scripturam  admittamus  judicem,  deinde  et  Disputa- 
tionis  exjjlicatioiiem  unà  cum  ecclesim'um  christiauarum  in  Hel- 
vetiis  Confessione,  Basihie  composita.  » 

Desquelles  response  adjoincte  et  confession,  nous,  les  susdits 
Advoyer,  Conseil  et  Bourg(>ois,  nous  contentons  '\  Et  est  sur  ce 

lue  la  veille  et  donna  ensuite  lecture  de  la  Confession  rédigée  par  eux,  et 
qui  est  intitulée  :  Confessio  et  IJoctrina  de  Cœna  Dominica. 

'^  Dans  la  copie  contemporaine  :  adsit  vere. 

^^  Ibidem  :  seciini. 

^'  Le  procès-verbal  de  la  séance  du  3  août  se  termine  comme  il  suit  : 
<r  Senatus  posfremum  CousiiUiim  et  Epilogtis  totius  iragœdUe.  Mes  gra- 
cieux Seigneurs  du  Conseil  et  des  Bourgeois  se  contentent  de  la  Héponse 
et  de  la  Confession  écrite  de  Kuntz,  de  Batten  [Gering],  de  Sultzer  et  de 


100   LES  CONSEILS  DE  BERNE  AUX  PASTELRS  DU  PAYS  ROMAND.  1542 

nostrc  déclaration,  vouloir,  résolution  et  linale  intention  :  Pre- 
mièrement, à  cause  que  les  susnommés  prédicantz  se  plaignent 
que  Ton  les  vouloit  poulser  [hors]  de  la  Parolle  de  Dieu,  ou 
icelle  serrer  et  limiter  (ce  que  jamais  n'entra  en  nostre  adfec- 
tion,  pensée,  ny  couraige),  pareillement  la  confession  susdite,  — 
afin  que  icelle  '*  ne  se  puisse,  aussi  le  dernier  Cateschisme,  chan- 
ger, —  Voulons  que  [ils]  puissent  prescher  et  enseigner  pure- 
ment et  franchement  la  Parolle  de  Dieu,  aussi  user  '"  le  dit 
CatescJiisme.  Toutefoys,  à  cause  que  "^  au  dit  dernier  catéchisme, 

Conrad  [Schmid],  ainsi  que  des  explications  qu'ils  ont  données  oralement. 
La  volonté  de  mes  Seigneurs  est  :  Primo,  quant  à  la  Confession  de  Bàle  : 
que  les  prédicateurs  ne  soient  pas  astreints  à  n'employer  en  chaire  que 
ses  formules....  ;  que  cette  Confession  ne  soit  pas  en  usage  ici,  mais  qu'elle 
ne  serve  que  pour  les  cas  où  l'on  est  appelé  à  présenter,  dans  les  Synodes 
(m  Conciliis)  ou  ailleurs,  une  profession  de  foi  commune.  Dans  ces  cas-là, 
on  peut  utiliser  la  susdite  Confession.  Ensuite,  que  les  prédicateurs,  selon 
ce  qui  a  été  décidé,  s'en  tiennent  aux  dix  Thèses  de  la  Dispute.  Pour  le  sacre- 
ment de  la  Cène,  en  particulier,  il  faut  se  servir  de  l'ancienne  Liturgie  et 
du  Catéchisme  qui  étaient  autrefois  employés  ici.  Mais  il  est  défendu  d'in- 
troduire et  de  mentionner  des  cérémonies  et  des  usages  ecclésiastiques 
inusités  chez  nous.  Il  faut  que  le  royaume  de  Christ  soit  prêché  yav  des 
cœurs  unanimes.  Quiconque  agira  ou  prêchera...  contrairement  à  cette  or- 
donnance, mes  Seigneurs  le  congédieront...  »  (Trad.  de  l'ail.) 

Procès-verbal  du  vendredi  4  août  :  «  La  réponse  donnée  hier  aux  prédi- 
cants  a  été  approuvée  et  confirmée  par  le  Conseil  et  les  Bourgeois.  Elle 
aura  sa  place  dans  le  livre  des  décisions  (Spruchbuch)  et  sera  datée  d'au- 
jourd'hui. » 

**  Dans  la  copie  contemporaine  :  ainsi  que  d'icelle. 

'*■"  Si  l'on  traduit  dans  le  français  de  l'époque  la  première  rédaction 
de  cette  pièce,  on  trouve  ici  deux  variantes,  supprimées  dans  la  rédaction 
définitive  :  «  aussi  user  la  dite  Confession  et  le  d.  Catéchisme.  Toutefoys, 
à  cause  que  dans  la  Confession  et  au  dit  Catéchisme,  etc.  »  —  Cela  nous 
autorise  à  croire  que  IVEVL  de  Berne  se  décidèrent,  le  3  août,  à  déclarer, 
plus  nettement  que  jadis,  leur  adhésion  à  la  doctrine  de  Zuingli  sur  la 
sainte  Cène,  et  que  c'est  pour  cela  qu'ils  firent  supprimer  ici  les  mots 
autorisant  l'usage  de  la  Confession  de  Bâle. 

Lorsque  Pierre  Kuntz  et  ses  trois  collègues  prirent  connaissance  du 
mandement  écrit,  ils  constatèrent  avec  inquiétude  que  le  texte  n'en  était 
pas  conforme  à  la  communication  orale  que  l'Avoyer  leur  avait  faite,  le 
2  août  (n.  10,  second  alinéa).  Ils  se  présentèrent  donc,  le  14,  devant  le  Petit 
Conseil,  et  ils  demandèrent  pourquoi  on  leur  interdisait  de  porter  en 
chaire  les  formules  de  la  Confession  de  Bâle?  pourquoi  ils  recevaient 
l'ordre  de  reprendre  en  main  l'ancien  Catéchisme  de  Megander?. —  Le 
Manuel  indique  en  ces  termes  la  réponse  du  Conseil  : 


1542    LES  CONSKILS  I)K  HERNK  AIX  PASTEURS  DU  PAYS  ROMAND.        101 

clernièrcmoiit  imprimé  ot  publié  ' ',  sont  aulcuns  motz  obscurs, 
non  usités,  no  pai*  cv-dovnnt  (Mi  l'église  icy  fréquentés,  singuliè- 
rement touscliant  Taffaire  du  Sacrement  '^  —  Voulons,  (piand 
les  dits  prédicantz  presclieront  et  enseigneront  en  cest  endroict, 
que  iceulx  motz  interi)rètent  et  déclairent  selon  le  contenu  de 
nostre  Dispute  et  du  livre  lequel  Ton  lict  (]uand  Ton  célèbre  la 
Cène  de  Nostre  Seigneur '^  Et  [que]  iceluy  article,  concernant 
les  motz  obscurs  au  dict  catécisme,  redressent,  corrigent  et  cou- 
chent au  contenu  susdit,  à  s(;avoir  de  nostre  Disputation  et  livre 
prémentionés.  Pareillement,  les  dits  jn-édicants  \\\v  devront] 
introduisre  aulcunes  nouvelles  doctrines,  cérémonies,  ny  aulcuns 
aultres  cas  d'église  par  cy-devant  non  accoustumés  ^°,  contraires 
aux  dix  conclusions  de  nostre  dite  Disputation,  ne  d'iceulx  faire 
aulcune  mention,  ains  par  ensemble  prescher  et  annuncer  con- 
eordablement  le  Royaulme  de  Christ.  Car  cpJny  qui  fera  en  sorte 
que  se  soit  ou  preschera  contre  iceste  nostre  ordonnance,  sera  dé- 
mis du  ministère  et  à  luy  donné  congiez.  Et  i)ar  ainsi  toute  haine 

«  Mes  Seigneurs  n'entendent  pas  supprimei"  la  Confession,  ni  l'inter- 
dire; mais  ils  veulent  qu'on  n'use  pas  ici  de  la  même  forme,  quant  aux 
sacrements,  et  que,  pour  le  sacrement  [de  la  Cène],  les  ministres  prêchent 
suivant  les  Thèses  de  la  Dispute  et  comme  porte  la  Liturgie.  »  —  Le 
procès-verbal  ajoute  :  «  Us  n'ont  pas  voulu  y  consentir.  »  —  «  On  a  décidé 
de  les  prier  encore  une  fois  de  se  contenter  de  l'ex])lication.  S'ils  refusent, 
le  Conseil  des  Bourgeois  décidera  si  l'on  veut  les  laisser  partir,  à  savoir, 
les  étrangers,  hors  de  la  ville  et  du  pays.  »  —  <^  Malgré  une  vigoureuse 
admonestation,  ils  ont  refusé  tout  net.  Le  Conseil  des  Bourgeois  sera  con- 
voqué demain.  »  (Trad.  de  l'ail.)  Voyez  la  note  2\. 

'^  Il  s'agit  ici  de  l'édition  du  Catéchisme  de  Gaspard  Megander,  corrigé 
par  Bucer.  Elle  parut  en  janvier  1538  (IV,  343,  n.  16).  —  Voyez  aussi 
H.  VuiUeumier.  Notice  hist.  sur  les  Catéchismes  qui  ont  été  en  usage 
dans  l'Église  du  Pays  de  Vaud  depuis  les  temps  de  la  Réformation.  Lau- 
sanne, 1888.  —  La  brochure  du  même  auteur  intitulée  :  A  pro])08  du 
catéchisme  français  de  Berne  de  1551.  Lausanne,  1892. 

**  Ces  mots  «  obscurs,  non  usités  »  à  Berne,  étaient  jjrécisément  ceux 
que  Bucer  avait  introduits  dans  le  catéchisme  de  Megander  (u.  17). 

^^  Le  livre  qu'on  appelait  Agend  Buchlin  (Liturgie).  Voyez,  sur  la 
Liturgie  de  l'Église  de  Berne,  le  t.  IV,  j..  190-191,  n.  12,  14:  V,  219, 
n.  19  ;  M,  79,  n.  3  ;  466. 

*"  Berne  ne  voulait  pas  entendre  ])arliT  de  la  Cène  distribuée  à  domicile 
aux  malades,  ni  de  la  discipline  ecclésiastique,  dont  Viret,  à  l'exemple  de 
Calvin,  réclamait  l'établissement  (IV,  368;  VI,  183  ;  N"  1144,  renv.  de  n.  3, 
4;  la  lettre  de  Calvin  du  11  sejjtenibrc,  tin  du  §  2). 


i02  BERNE  AUX  DOYENS  DES  CLASSES  DU  PAYS  ROMAND.  1542 

et  malvoillance  estre  morte  et  abolie,  et  nulle  partye  à  Faultre 
ouvertement  ou  secrètement  faire  reprouches,  soubz  griefve  pu- 
nition. 

Et  affin  que  cestuy  affaire  ne  soit  mis  en  oul)ly,  ains  ^'  ferme- 
ment observé,  bavons  dresser  deux  lettres  dessoub  nostre  séelz 
et  à  une  chaiscune  partie  donné  une.  Et  davantage  avons  évoc- 
quez  devant  noz  [1.  nous]  les  doyens,  cbammériers  ^^  et  aultres 
de  noz  pays  anciens  et  nouveaulx,  et  à  iceulx  ceste  nostre  réso- 
lution preslire  et  faict  remonstrer  ",  et  dire,  estre  nostre  finale 
intention  et  vouloir,  eulx  et  tous  ministres  de  la  Parolle  de  Dieu 
cy-après  icestes  observer  et  fermc^nent  suyvre  sans  contredic- 
tions  quelconques  ^\  Faictz  et  conclud  le  quinsiesme  ^^  d'Aoust, 
Anno  1542". 


1448 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  aux  dovens  des  Classes 
du  Pays  romand. 

De  Berne,  16  août  1842. 

Inédite.  Minute  originale.  Arch.  de  Berne. 

L'Advoyer  et  Conseil  de  Berne,  nostre  salutation  devant 
mise. 

Pourvéable,  sçavant.  très  chier  et  féal!  Comme  ainsi  soit  que 
de  recbiefz  certains  différens  soient  estes  entre  noz  prédicants 

2'  C'est-à-dire,  7nais.  —  Note  marginale  de  la  copie  :  «  Vide  non  legen- 
dum  sit  avons.  » 

"  A  la  marge  on  lit  :  «  Chambriés  potiùs.  »  Nous  n'avons  pas  rencon- 
tré, dans  les  autres  lettres  adressées  aux  pasteurs  romands,  le  mot  cham- 
briers  (en  allemand  Kdmmerer).  Nous  supposons  que  «  les  chambriers  » 
avaient,  dans  les  Classes  allemandes,  à  peu  près  les  mêmes  fonctions  que 
les  jurés  des  Classes  romandes. 

2»  Voyez  la  lettre  du  IG  août,  note  1  et  le  N"  1152.  Déjà  le  12  du  mois,  le 
Conseil  avait  décidé  de  convoquer  à  Berne  «  les  doyens  ivelches.  -> 

*"  Le  texte  allemand  a  de  plus  :  sous  la  peine  prémentionnée  (by  obge- 
meldter  stralï). 

Pierre  Kuntz  et  ses  amis  ne  résistèrent  pas  longtemps  aux  instances  de 
MM.  de  Berne.  On  lit,  à  la  fin  du  procès-verbal  du   15  août  :   «  Décidé  de 


1542  JEAN  CALVIN  A  l'IKRHE  VIRET,  A  LAUSANNE.  103 

et  ministres  do  la  j)aroii('  dv  Dieu,  priiicipallciueiit  touchant  le 
sacrement  de  la  Saincte  Cène  de  nostre  Seigneur  Jésuchi'ist,  — 
de  quoy  avons  finale  conclusion  sur  ce  faicte  ',  —  et  estimans 
estre  neccessaire  icelle  vous  déclairer  et  mettre  en  avant,  i)Our 
selon  icelle  vous  sçavoir  conduire,  Est  nostre  vouloir  (jne  vous, 
Dimenche  xxvn  jour  de  ce  moys  d'Aoust,  au  soii-,  icy  compa- 
roissés,  ])Our  Lundy  après,  à  heure  de  Conseil,  entendre  nostre 
vouloir.  Datuni  xvi  augusti  1542. 
Paverne.  Yverdon.  Lausanne.  Morge.  G(>x.  Thonon  -. 


1U9 

JEAN  CAL^ax  à  Pierre  Viret,  à  Lausanne. 
De  Genève,  19  août  (1542). 

Copie.  Bibl.  PubL  de  Genève.  VoL  nMlL  Calvini  Ei)p. 
et  Resp.  L575,  p.  373.  Calv.  0pp.  XI,  427. 

Jam  pridem  ad  te  scripturus  eram,  nisi  quôd  sciebani  literas 
meas  nihilo  citiùs  ad  te  venturas  esse,  quàm  si  in  reditum  usque 

leur  accorder  une  copie  de  l'ordonnance  et  de  les  engager  à  s'y  soumettre, 
et  à  prendre  en  considération  le  bien  et  la  prospérité  de  l'Église,  du  gou- 
vernement et  aussi  de  leur  patrie.  S'ils  acceptent  l'ordonnance  et  veulent 
faire  de  leur  mieux,  mes  Seigneurs,  en  retour,  se  conduiront  avec  eux 
comme  de  bons  pères...  »  —  Et,  le  16  août,  au  matin,  les  récalcitrants  de 
la  veille  promettaient  au  Conseil  d'observer  fidèlement  l'ordonnance  (Ma- 
nuel du  15  et  du  16.  Trad.  de  l'allemand). 

«  Voyez  la  note  i  du  N"  1148. 

**  Le  manuscrit  porte  cette  note  de  Christophe  Fabri  :  <•  Du  différent 
touchant  la  Cène  entre  les  Ministres  de  Berne.  1542.  » 

^  La  «  conclusion  »  ou  décision  communiquée  aux  doyens  des  Classes 
romandes  est  évidemment  celle  du  15  août  (X"  1147).  Rucliat,  Ilundesha- 
geii  et  les  éditeurs  des  Calvini  Opéra  {XI,  444,  note  4)  se  sont  trompés  en 
disant  qu'elle  était  du  22.  Ils  ont  été  induits  en  erreur  par  le  mandement 
destiné  aux  Classes  allemandes,  qui  est,  en  effet,  daté  du  22  août. 

La  différence  des  dates  s'explique.  On  ne  pouvait  pas  a])i)eler  à  Berne 
pour  un  même  jour  tous  les  doyens  du  territoire  bernois,  attendu  que  le 
gouvernement  devait  tenir  comj)te  des  raj)]iorts  qu'ils  avaient  à  jjrésentor 
sur  la  grande  affaire  du  moment.  Ils  furent  donc  convoqués  successive- 


104  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  ib\f 

tuum  dififerrem  '.  Nunc  quia  ex  temi)oris  supputatione  rediisse 
te  conjicio,  accipe  qiiœ  in  montcm  iuuk'  veniunt.  Simul  atquo 
abiisti,  mira  certamina  inter  Sehastianmn  et  ejus  sororios  ^  exti- 
terunt,  quœ  me  exercuerunt  diu  et  ssepe,  dum  volo  amico  arhi- 
trio  ea  componere.  Has  autem  partes  ideo  suscipiebam,  ne  ad 
contentionem  adhuc  descenderent,  cujus  runior  cum  infamia 
scholœ  longiùs  manaret.  Neque  tamen  id  consequi  potui  magno 
studio  ac  diligentia,  quin  alius  aliuni  traducerot,  atque  ita  pas- 
sim  fièrent  niultoi'um  fabula.  Ubi  conimunis  controversia  de 
solutione  dotalis  pecuniœ^  sedata  fuit,  ecce  novae  lites  inter  1%- 
bastianum  et  Petrimi  \  partim  de  administratione  rei  familiaris, 

ment  :  ceux  des  Cliapitres  de  Berne,  de  Nidau,  de  Buren,  de  Thoune  et 
de  Berthoud,  le  9  août,  pour  comparaître  le  14;  le  9  aussi,  ceux  de  Thun- 
stetten,  d'Aarau  et  de  Brugg  furent  convoqués  pour  le  21.  Et,  ce  jour-là, 
le  Conseil  de  Berne  décida  qu'on  leur  donnerait  communication  par  écrit 
de  l'arrêté  (Eattschlag)  du  15  août.  C'est  pourquoi  la  copie  allemande  du 
susdit  arrêté  porte  la  date  du  22,  jour  où  elle  fut  expédiée. 

Le  texte  allemand  qu'on  trouve  dans  le  Registre  intitulé  :  Spruchbuch, 
LL,  porte,  à  la  fin  (p.  283)  cette  date  :  «  Fait  le  3  augusti.  v.  Elle  a  été 
biifée  et  remplacée  par  celle-ci  :  «  Conclu,  15  augusti  1542.  »  On  lit  au- 
dessous  :  «  Confirmé  22.  augusti  1542  in  Senatu.  »  (Communication  obli- 
geante de  M.  H.  Tûrler,  archiviste  d'État,  qui  a  bien  voulu  copier  pour 
nous  plusieurs  paragraphes  du  Manuel  de  Berne.) 

'  Ces  noms  de  lieux  indiquaient  au  copiste  de  la  Chancellerie  bernoise, 
qu'il  fallait  écrire  aux  doyens  des  Classes  de  Payerne,  d'Yverdon,  etc.  La 
minute  porte,  en  tête  :  «  Decanis  in  weltschen  Land,  »  c'est-à-dire  :  Aux 
doyens  dans  le  Pays  romand. 

1  Viret  étant  parti  pour  Berne  le  9  août  (X°  1144)  et  ayant  dû  faire 
un  grand  détour  par  Neuchâtel,  il  ne  pouvait  guère  rentrer  à  Lausanne 
avant  le  18  ou  le  19. 

*  Les  beaux-frères  de  Sébastien  Châteillon,  dont  l'un  était  Pierre  Mu- 
sard  ou  Mussard  (note  4). 

^  Il  s'agissait  probal)lement  de  la  dot  d'une  sœur  de  Châteillon. 

*  Le  nom  de  famille  de  ce  personnage  nous  a  été  révélé  par  les  passages 
suivants  du  Registre  du  Conseil  :  «  Jeudi  9  Mars  1542.  »  Maystre  Esfienne 
Boph  et  Fierre  Musard,  bachelliers  des  escholes.  »  —  «  Lundi  17  Aprilis 
1542.  La  seur  de  maystre  Bastian  [Châteillon]  régent  de  nous  escholes. 
Icy  a  esté  proposé  comment  illyaz  esté  contraycté  mariage  entre  maystre 
Pierre  [Mimird]  bachellier  des  dites  escholes  et  la  seur  de  maystre  Bas- 
tion. Lesqueulx  bout  délibéré  de  ce  fère  epposer  en  la  congrégation  des 
fidelles.  ïouteffoys,  pour  ce  que  il  sont  tous  deux  estrangiers,  l'on  fayssoit 
quelque  scropule  de  signe[r]  les  annonces.  Résoluz  que  cella  soyt  mys  aut 
consistoyre.  » 


15i2  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIREX.  A  LAUSANNE.  105 

])artim  de  habitationo.  Nihil  uiKiuaiu  vidi  tani  im|)li('ituiii.  I^st- 
quam  multùm  inter  se  jui'fîati  siiiit,  tacta  est  qualiscuiique  trans- 
actio  :  sed  qiia^  mox  novam  coiitroversiani  pejiei'it.  Ita<iue  sic 
exulcerati  fuerunt  liiiic  inde  aiiiiiii^  ut  vix  solidani  amicitiaiu 
imqiiam  inter  eos  fore  spei-eni,  (jualis  inter  tVatres  esse  débet. 
Nunc  quidem  quievenint  turl)a'  ilhç,  sed  vereor  ne  levi  occasione 
subito  rursum  excitentur^  Ac  jam  conquestus  est  apud  me 
Sebasfianus,  sibi  non  sutticere  sua  stipendia''  :  (pue  tanien  ut 
augeantur  vix  ini])eti'ai'i  à  nostris  poterit.  Ego  cei-tè  i)enitùs 
despero,  ut  tentare  nullo  modo  ausim.  Ecce  til)i  ,sr//o/,r  nostrse 
statum,  ne  nol)is  invideas. 

Eursum  Nicolans  Jussiacus  ''  novam  molestiam  nobis  ante 
paucos  dies  peperit,  sua  superbia.  Cum  enini  nescio  queni  com- 
mendasset,  cui  putabat  injuriam  fieri,  cum  ojjtimo  jure  in  car- 
cerem  conjiceretur  :  quia  non  acquiescebant  ejus  jjostulato  Asses- 
sores,  in  eos  acerba  oratione  invectus  est.  Kes  delata  ad  Senatum, 
qui  Iretus  banc  occasionem  ejus  expellendi  arrijjuit.  Nos  inter- 
cessimus  :  non  in  hominis  gratiam,  qui  non  multis  abhinc  diebus 
mihi  nimiùm  deferri  conquerebatur  :  sed  ne  i)erversum  exem- 
phim  in  ecciesia.  ederetur  tam  facili  vel  praecipiti  potiùs  ministri 
ejectione.  Nunc  amj)liîis  inquirunt  :  deinde,  nobis  adhi])iti5i, 
pronuntiabunt.  Si  video  esse  satis  justam  causam,  cur  abdicetur, 
non  ulteriîis  pugnabo.  Mirum  quàm  fortiter  pbilosophetur  iiTew- 
ricus  noster^  de  asserendo  ministerii  bonore  :  (|uia  scilicet  tam 
prseclarum  hujus  constantiœ  exemplum  nobis  edidit.  Quod  ego 
minime  tacui.  Et  tamen  satisfeci  meo  officio,  testatus  palàm  co- 
ram  omnil)us,  me  non  respicere  quid  mibi  factum  sit,  sed  quid 
fieri  debeat. 

CoUegx  nostri  tolerabiliter  pergunt  in  concioni])us  :  verùm  in 

*  On  comprend  que  ces  querelles  entre  Châteillon,  princijial  du  Collège, 
et  son  subordonné  P.  Musmrd  devaient  nuire  à  la  discipline  et  à  la  re- 
nommée de  cet  établissement. 

Les  trois  phrases  qui  suivent  exdfentur  jusqu'à  Ecce  lihi  ont  ('té  suj)- 
primées  par  Bèze. 

*  Le  traitement  annuel  de  Sébastien  Châteillon,  comme  princi])al,  était 
de  450  florins;  mais  il  devait  payer  ses  deux  sous-maitres  ou  liacbeliers. 

^  Nicolas  Wandart,  pasteur  à  Jussy,  successeur  d'Henri  de  la  Mare, 
fut  déposé  le  27  novembre  1542. 

*  Henri  de  la  Mure,  l'un  des  pasteurs  qui  avaient  pris  la  jjlace  de  Cal- 
vin, de  P'arel  et  de  Corauid,  exilés  de  Genève  le  23  avril  15H8. 


106  JEAN   CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1342 

duobiis  timoo  nomiiliil  xsvs'Js^j'stv.  Qiiis  lioriim  alter  sit  ',  intel- 
ligis  :  quaiiqiiam  cortè  opiiiioiie  nostra  moderatiorem  se  prsebet. 
Petrits^"  aiitem  aliqua  signa  jam  dodit,  qiiœ  milii  displicent  : 
siquidem  verum  est  qiiod  milii  retiilit  Genistonius.  Quoniam 
iiondum  satis  id  com])ei-tiim  liabemiis,  decrevi  pro])iùs  jam  ob- 
servare.  Si  in  eo  falsi  fuerimus,  ubinam  erit  fides?  Ludovicus^\ 
quod  semper  verebar,  i)lus  levitatis  et  incontinentiœ  habet  in 
verbis  et  actione,  quàni  ministerium  nostrum  deceat.  Sed  teiii- 
pore,  ut  spei'o,  vitiuni  hoc  corrigetur  :  modo  non  desint  reliqua 
magis  necessaria. 

Quia  Neocomo  transisti  cum  Bernatn  ires,  non  dul)ito  quin 
tibi  ad  plénum  exposuerint  fratres  de  Far elli prof ectioue  '^  quod 
tibi  ex  ejus  literis  indicare  possum.  Proinde  supersedeo  :  literas 
taraen  ipsas  ''  mitto,  ne  quid  desideres.  Frumentus  nnjjer  Liig- 
duno  rediit^'*.  Refert  Régi  nom  Navarrœ  meliore  itunc  esse 
animo,  quàm  unquam  fuerit.  Yeriim  refert  ex  ejus  verhis.  Xam 
cum  ea  familiariter  est  colJoquutus^''.  Tametsi  non  omnibus 
etiam  nuntii  verbis  fidem  temere  habendam  nosti.  Sic  enim  hac 
gloria  inebriatus  est,  quôd  in  colloquium  Regina^  admissus  sit, 
ut  particulam  sani  cerebri  qute  illi  restabat,  mihi  videatur  pror- 
sîis  amisisse'^  Nam  pra^ter  cœteras  ineptias,  cum  diceret  Regi- 

^  Il  veut  parler  d'Atné  Champereau. 

'"""  Pierre  Blanchet  et  Louis  Treppereau. 

^*  Sous-entendu  Jletim.  De  ce  passage  on  peut  conclure  que  Guillaume 
Farel  était  parti  pour  Metz  avant  l'arrivée  de  Viret  à  Neuchûtel,  c'est-à- 
dire  avant  le  10  août  (Voy.  n.  1). 

'*  Lettre  perdue. 

14-15  François  I,  qui  était  le  29  juillet  et  encore  le  2  août  à  Argilly, 
près  de  Beaune,  et  le  S  à  Trévoux,  fit  son  entrée  le  9  à  Lyon.  Sa  sœur 
Marguerite,  reine  de  Navarre,  l'accompagnait.  Ce  voyage  de  la  cour  dut 
intéresser  vivement  Marie  d'Entière,  feiume  à^ Antoine  Froment,  laquelle 
avait  entretenu  jadis  des  relations  d'amitié  avec  la  reine  de  Navarre,  et 
lui  avait  même  dédié  son  Epistre  très  utile  (V,  295).  Cette  femme  ambi- 
tieuse et  intrigante  engagea  sans  doute  son  mari  à  se  rendre  à  Lyon,  afin 
de  présenter  leurs  hommages  à  la  sœur  du  Roi. 

*"  Tout  fier  du  bon  accueil  de  la  reine  Marguerite,  Froment,  aussitôt 
après  son  retour  de  Lyon,  présenta  le  If)  août  au  Conseil  de  Genève  une 
requête  que  le  jirncès-verbal  mentionne  en  ces  termes  :  «  Maystre  Anfhoine 
Froment,  ])rédicant...  a  prier  luy  relàcbe[r]  envyron  quinze  cens  Espistres 
addressantes  à  la  Eoienne  de  Naverre,  que  sont  imprimées,  lesquelles  luy 
furent  saysie  et  mys  en  la  mayson  de  la  ville.  Sur  quoy  résoluz  que  cella 


1542  JEA.N    CALVIN  A  l'IEUHE  VIUET,  A  LALSAiNNE.  107 

■/lam  meas  liferas  desiderare'^' ,  mihi  rolehat  dictare  argument nm  : 
et  quasi  parhm  hu/oiio  meo  fideret,  rotahat  ne  quid  mitferem, 
fiisi  antè  à  se  lectum  ac  recognitum.  Runiorcin  iii  tota  iirlic  dis- 
sipavit,  minimum  al)fuiss(',  (juin  corqrm  Bege  coiicionatus  fiun-it. 
Mille  suiit  ejus  generis.  Ne  tamoii  ijutes  ipsiim  omnia  iiiPiitiri, 
part  cm  oorum  qiia^  narrât,  habet  vel  a  Befjina,  vel  al)  ejus  mi- 
nistris.  Sed  artifices  aulici  ciim  vidèrent  hominem  credulum, 
ejus  facilitate  abusi  sunt  in  suum  commodum,  ut  ha>c  fania  in 
Germaniam  perveniret,  quœ  reconciliaret  piorum  animos  Régi, 
quos  sciunt  nunc  veliementer  aliénâtes  esse  '^  Inter  alla  persua- 


soyt  visité  par  luaystro  Calrin.  »  Ces  Epitres  avaiont  été  coiilisquées  au 
mois  de  mai  1539  (Voyez  le  t.  Y,  p.  302-303). 

^''  En  1541,  Calvin  avait  déjà  écrit  à  la  reine  de  Navarre  (\TI,  198). 
Cette  princesse  ne  se  faisait  aucun  scrupule  de  correspondre  avec  Bucer 
et  Mélanchthon  et  de  réclamer  les  prières  des  éorlises  protestantes  (VII, 
184,  392.  Voyez  aussi  les  X"'  171,  175,  179,  463,  472,  530,  721). 

^*  Les  actes  de  rigueur  contre  »  les  Luthériens  »  avaient  redoublé  en 
France  depuis  deux  mois.  Le  16  juin  1542,  le  parlement  de  Toulouse 
aggrava  les  peines  de  cinq  prisonniers  condamnés  aux  galères  :  trois  d'entre 
eux  furent  fouettés  et  eurent  la  langue  percée.  Il  condamna  les  deux  autres 
à  être  brûlés,  après  qu'ils  auraient  eu  la  langue  coupée,  —  «  attendu  que 
depuis  la  première  sentence,  ils  ont  jiroféré  des  blasphèmes  contre  le  cru- 
cifix, la  sainte  Vierge  et  la  Justice  »  (Drion,  o.  c.  I,  29).  Nouveaux  sup- 
])lices  à  Paris  en  juin  et  juillet  (X°  1132).  A  Houen,  martyre  de  Constan- 
tin et  de  trois  autres  «  hérétiques  »  (Bèze.  Hist.  eccl.  I,  29). 

La  Guyenne,  où  la  doctrine  évangélique  avait  beaucoup  de  sectateurs 
(V,  100).  ne  pouvait  ]ias  édiapper  à  la  persécution.  Nous  avons  omis  de 
mentionner  le  supplice,  en  1541,  de  deux  artisans,  Jean  Joyau  et.  Pierre 
J^aguet,  qui  furent  brûlés  vifs,  le  26  juillet.  Le  28  juin  1542,  François  1 
ordonne  au  parlement  de  Bordeaux  d'instituer  une  commission  composée 
des  trois  présidents  et  de  neuf  conseillers,  pour  faire  le  procès  des  Luthé- 
riens dans  les  villes  du  Bourdelois.  Aussitôt  un  grand  nombre  de  suspects 
sont  arrêtés.  Il  suffit  d'un  propos  qui  semble  critiquer  la  doctrine  catho- 
lique, pour  être  «  décrété  d'accusation.  »  Quelques  membres  du  clergé  sont 
compromis,  même  Guillaume  Loyer,  l'un  des  conseillers  de  la  chambre  cri- 
minelle instituée  par  l'édit  royal  du  28  juin.  Il  est  dégradé  et  brûlé  vif  le 
4  août  1542.  Trois  ])ersonnes  de  Ste-Foy  :  François  La  Johannie,  Giron 
Cartier  et  Jehanne,  sa  sœur,  sont  condamnés  j)ar  c(iiituiii;(ce  au  même  sup- 
plice ;  Giron,  à  être  brûlé  «  à  petit  feu.  » 

Aymon  de  la  Voye,  natif  de  Noyon,  instituteur  à  Villeneuve  d"Agen, 
était  prisonnier  depuis  neuf  mois  à  Bordeaux,  lorsqu'il  subit,  le  21  août 
1542,  la  question  extraordinaire,  sans  dénoncer  aucun  de  ses  frères.  Il  ])érit 
sur  le  bûcher,  le  26  août  (Voyez  Cres])in.  édition  de  Toulouse,  1885-1889, 


108  JEA.N  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1542 

seruiit,  Cancellarinm  non  alla  niagis  de  causa  toneri  in  car- 
cere  '*,  quàm  quôd  injiissu  Begis  edidum  illud  de  lihris  promul- 
gandum  curaverit^",  piosque  exuri  jusserit^'.  Quid  plura?  non 
modo  omnia  credidit  :  sed  sibi  ipse  plura  conlinxit,  quàm  audie- 
rat. 

Rex  Gallise  exercitum  trajicit  in  Hispaniam  ^^  cui  aiunt 
Turcani  altéra  ex  parte  imminere  ^^  Dîix  Aiireliensis^^  nihil 
adliuc  egit  memorabile,  nisi  quôd  oppida  duo  exussit  ^\  Quan- 
quam  illud  vêtus  est.  Fortassis  ah  eo  tempore  multa  contigerunt. 
Scis  quid  responsi  dederint  Bernâtes  legatis  Basiliensium  ^^ 
Nostri  nunc  sunt  in  ea  consultatione.  Nostris  nunc  nodus  est 


t.  I,  p.  349.  —  Bèze,  o.  c.  I,  27,  28.  —  Ernest  Gaullieur.  Le  Collège  de 
Guyenne,  p.  160-162.  La  Réforme  en  Guyenne,  I,  57-67). 

Enfin,  par  lettres-patentes  datées  de  Lyon  (?)  (29  et  30  août  1542),  le  Roi 
ordonnait  aux  parlements  de  Toulouse  et  de  Paris,  de  rechercher,  de  punir 
les  Luthériens,  et  d'enjoindre  «  très  expressément  de  par  lui  aux  arche- 
vesques,  évesques,  abhez  et  autres  prélats...  de  leur  ressort,  que  de  leur  part 
ils  ayent...  à  faire  le  semblable  »  (Bulletin  cité,  1852,  p.  360  ;  1885,  p.  19. 
—  Drion,  I,  30.  —  N.  Weiss,  o.  c.  xxv,  xxvi). 

'^  Le  chancelier  Guillaume  Poyet  (YI,  104,  n.  125)  avait  été  arrêté  le 
1"  ou  le  2  août  précédent  à  Argilly  et  conduit  à  la  Bastille  (Voyez  les  Mém. 
de  Martin  du  Bellay,  éd.  Lambert.  Paris,  1753,  t.  Y,  p.  133.  —  Sleidan,  H, 
281.  —  L'Estat  de  l'Eglise,  avec  la  suite  des  temps...  (par  Jean  de  Hainaut, 
ministre  de  Sacconex-le-Grand),  2™'  éd.,  Genève,  1580  ou  81,  p.  475.  — 
H.  Martin,  o.  c.  \TII,  269). 

'"  Allusion  à  l'arrêt  du  parlement  de  Paris  du  1"  juillet  contre  les  livres 
contenant  des  doctrines  nouvelles  et  hérétiques.  Ce  même  arrêt  défendait 
aux  libraires  d'imprimer  ou  de  vendre  des  livres  condamnés  ou  suspects,  et 
spécialement  V Institution  chrétienne  de  Calvin  (Yoy.  d'Argentré.  Collectio 
judiciorum,  II,  133,  134.  —  Sleidan,  H,  273). 

*'  Les  courtisans  avaient  recouru  à  l'excuse  mensongère  dont  le  Roi 
s'était  servi,  en  octobre  1540,  pour  tromper  les  princes  allemands  (YL,  228, 
fin  de  la  n.  6). 

*^  L'armée  de  quarante  mille  hommes  envoyée  contre  l'Espagne  était 
commandée  par  le  Dauphin  :  il  avait  pour  conseiller  le  maréchal  d'Anne- 
baut  (H.  Martin,  Yltl,  286-87). 

^'  Ce  fut  seulement  en  1543  que  la  flotte  turque,  commandée  par  Barbe- 
rousse,  put  joindre  la  flotte  française,  pour  attaquer,  de  concert  avec  elle, 
l'Italie  impériale  (Sleidan,  272,  273.  —  Martin,  1.  c). 

J4-25  Charles,  duc  d'Orléans,  avait  pris  (juin-août)  toutes  les  villes  du 
duché  de  Lux(Mnbourg,  exce])té  Thionville.  Damvilliers  seul  fut  brûlé  et 
Yirton,  rasé  (M.  du  Bellay,  o.  c,  t.  V,  p.  102-107.  —  Guiff"rey,  o.  c,  p.  389). 

2«  Voyez  le  N"  1144,  not<'  6.  Les  arbitres  bâlois  n'ayant  pas  réussi  dans 


1542  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  109 

difficilis  ad  soIvcikIuih  :  oociiie  iiiagis,  quôd  otiam  si  hiiic  omiiia 
fuerint  concessa,  aiii])igiiain  spcin  adhuc  altéra  pars  tacit.  Evici 
tamen  apud  Spiiatuni  ininorom  -'.  Precaro  Domiiium,  ut  ad  fœli- 
cem  exitum  res  i)('r(liRatiir.  Est  eiiiiri  poriculum,  ne  ciiin  in  con- 
cionem  -*  ventuni  fu(>rit,  omnia  conturbent  i)auci  illi,  quos  nosti 
esse  veteres  et  exercitatos  tJ/j^uayo^/îù;  ".  Sed  Doniinus,  si)ero, 
gubernabit,  modo  nos  diligenter  eum  preeemur.  Vale,  optinie  et 
mihi  charissime  frater.  Saliita  fratres  omnes,  materteram  tuam 
quoqiie  ac  uxorem  ^°  :  ciii  niea  gratias  agit  de  tani  arnica  et  sancta 
consolatione.  Rescribere  enim  non  !)Otest,  nisi  per  amanuensem. 
Et  in  dictando  non  parùni  esset  inipedita.  Domitms  certè  nohis 
vulmis  inflixit  gi-ave  et  acerhim  in  morte  filioli.  Sed  pater  est  : 
novit  qiiid  filiis  suis  expédiât.  Vale  iterum,  Dominus  tibi  adsit. 
Utinam  liceret  istuc  usque  accurrere.  Libenter  tecum  diniidiuni 
diem  confabularer.  Genevae,  19.  Augusti  (1542)  ^'. 

JOANNES  CaLVINLS  tUUS. 


4150 

JEAN  CAL\TN  à  r^ierre  Viret.  à  Lausanne. 
De  Genève,  23  août  1542. 

Autogr,  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  106.  Calvini  Epp.  et 
Resp.  1575,  p.  39.  Calv.  0pp.  XI,  431. 

Utinam  mihi  jam  redditte  essent  tuœ  literie,  quas  in  itinere 
esse  non  dubito  '.  Nani  etsi  nihil  lœti  in  illis  expecto,  tamen  hoc 

une  nouvelle  démarche  auprès  des  Bernois,  ils  en  prévinrent  MM.  de  Genève 
par  une  lettre  que  ceux-ci  reçurent  le  16  août,  et  qui  leur  recommandait 
certaines  concessions  (Voyez  A.  Roget,  o.  c.  II,  92-94). 

^^  Sous  l'influence  de  Calvhi,  le  Petit  Conseil  venait  de  décider  qu'on 
ferait  de  nouveaux  efforts  pour  engager  le  peuple  de  Genève  à  suivre  l'avis 
des  Bâlois. 

Ï8-29  Lpg  craintes  de  Calvin  se  réalisèrent,  lorsque  le  Conseil  des  Deux- 
Cents  eut  à  examiner,  le  27  septembre,  les  propositions  du  Petit  Conseil. 

'"  La  tante  maternelle  de  Viret,  et  sa  femme,  Elisabeth  Turtaz. 

''  Le  millésime  est  fixé  par  le  contenu  de  la  lettre. 
^  Viret,  accompagné  de  son  collègue  Jean  Holard,  était  arrivé  à  Berne 


HO  JEAN   CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1S42 

ipsiim  nonnihil  mo  jiivaret  aliquid  certi  cognoscere  de  statu 
ecclesiœ  Bernensis  l  Nunc  scribere  cogor  de  re  mihi  incognita, 
nec  tamen  inihi  teniperare  qiieo  quin  scribam.  Audio  evocatos 
fuisse  Bernam  classium  omnium  decmios  ^  ut  uudiant  quidnam 
de  cœna  Domini  statiierit  senatus.  Nibil  dicturiis  sum  quod  tu 
non  jam  satis  superque  meditatum  ajjud  te  habeas.  Magnitudo 
tamcn  ipsa  causse  tacere  me  ac  quiescere  non  patitur.  Duo  hîc 
spectanda  esse  vides  :  statum  ipsum  quaestionis  et  rationein 
agendi,  quœ  partim  ex  circumstantiis  i)endet.  De  causa  non  opus 
est  te  monei'c,  ut  cuni  decano  vestro  ''  diligenter  conféras.  Hoc 
tamen  velim  til)i  curœ  sit  ajjud  eum  efficere,  ut  apud  quoscun- 
que  loquatur,  non  dubitet  hoc  testatum  relinquere  :  non  modo 
jigurari  in  Cœna  communionem  quam  hahemus  cum  Christo, 
sed  etiam  exMheri,  neque  verha  illic  nohis  dari  a  Domino,  sed 
veritatem  ac  rem  constare  cum  verhis  '\  Hanc  porrd  communio- 
nem non  imaginariam  esse,  sed  qua  in  umim  corpus  unamque 
substantiam  cum  capite  nostro  coalescanms.  Excludat  intérim 
libéra  voce  omnia  absurda,  excipiat,  caveat.  Modo  in  illo  capite 
tam  necessario  nihil  extenuet.  Neque  enim  amlnguis  aut  obscuris 
verbis  iinplicare  licet  quod  summam  lucem  ac  perspicuitateni 
requirit. 

In  ratione  agendi  hoc  expendere  oportet,  qucde  exemplum  edi- 
turi  sint  fratres,  si  doctrinal  judicem  haheant  senatum,  ut  quid- 
quid  sanxerit,  amplectendum  protinus  sit  atque  hahendum  xwo 
oracnlo.  Quale  ac  quantum  sit  hoc  pra^judicium  ad  posteros. 


le  12  ou  le  13  du  mois  d'aoïit.  Il  s'était  sans  doute  entretenu  avec  les  pas- 
teurs, et  nous  apprenons  par  une  lettre  de  Sultzer  (N"  1162,  renv.  de  n.  10) 
qu'il  avait  assisté  à  la  dernière  journée  de  la  crise  ecclésiastique.  Il  était 
donc  en  mesure  de  dépeindre  l'état  des  esprits  à  Berne.  Malheureusement, 
la  lettre  qu'il  doit  avoir  écrite  à  Calvin  après  son  retour  à  Lausanne,  n'a 
pas  été  conservée. 

*  Bèze  a  biffé  légèrement  le  mot  Bernensif  et  l'a  remplacé,  dans  l'im- 
primé, par  vestrœ.  Toutes  les  modifications  de  ce  genre  qu'il  a  fait  subir  à 
l'original,  s'expliquent  par  le  désir  de  ménager  les  Bernois.  Ainsi,  plus  bas, 
au  lieu  de  Bernam,  il  a  mis  in  urbem,  et  substitué  Princeps  à  Senatus. 

*  Voyez  le  X"  1148. 

■*  Texte  de  Bèze  :  uf  cum  X.  diliyenier,  etc.  Le  doyen  de  la  Classe  de 
Lausanne  était  François  Martoret,  pasteur  à  Vevey. 

'  A  comparer  avec  la  remarquable  préface  où  Calvin  exposait,  en  1539, 
ses  idées  sur  la  sainte  Cène  (\T^,  132-137). 


1542  JEAN   CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  III 

Certè  si  itaïKitimur  nohisjiigum  inqjoni,  prodimus  nostra  dissi- 
nmlatione  sacrum  ministerium,  neque  Ikiuc  pcrfidiam  rel  coram 
Deo  vel  coram  hominihas  exciisare  poterimus.  Verùin  minime 
necesse  erit  in  hanc  contentionem  déscendero,  qiiando  mod(^sto 
civilique  responso  declinare  hune  scopulnni  fratros  i)otoriint,  si 
dicent  majorem  esse  causam  qnàm  ut  inconsultis  suis  collegis 
aliquid  recii)iant  ^  Habebunt  autem  specinsos  et  favorabiles 
prtetextus,  quil)us  senatni  '  satisfaciant.  lllud  quocjue  praetere- 
undum  non  est,  ut  ubi  bonam  causam  esse  viderint,  il  lue  seri6 
se  a])plicent,  ne  dum  medii  esse  volunt,  deserant  veritatis  de- 
fensionem.  Non  intelligo  ut  se  adjungant  ad  vitia,  vel  si  ambte 
partes  peccent,  se  implicent  alterius  societate.  Hoe  tantùm  volo, 
ut  rectae  sanseque  sententiae  palàm  nec  dissimulante!'  adhtereant. 
Postremô  decano  vesiro  ^  expone  quid  de  bominil)us  ipsis  sentias 
et  quid  in  illis  deprelienderis  ^  :  ut  sciât  quil)us  fidem  habere  ac 
dare  debeat.  Sed  ineptus  sum,  qui  tam  anxiè  te  instruo  :  quasi 
lion  satis  sit  uno  verbo  signum  dare.  Finem  igitur  faciam  '". 

Qui  meas  literas  tibi  reddit,  visus  est  niilii  i)ius  ac  integer. 
Convenit  hic  cum  phaj'macopola  quodam  Viennensi,  qui  istic 
agit,  de  diseenda  ejus  arte.  Interfui  pactioni,  quia  erant  hîe  qui 
pharmacopolam  dicerent  esse  honestum  ac  probum  viruin.  Si 
talis  non  erit,  locus  est  adhuc  pœnitentitie,  ut  juvenis  hic  à  con- 
traetu  diseedat.  Yelim  igitur  ut  consilio  tuo  illum  regas,  com- 
mendatumque  hal)eas.  Neque  enim  suraptu  te  gravabit,  aut  mo- 
lestus  erit  aliqua  imi)ortunitate. 

Vale,  optime  ac  suavissime  frater.  Dominus  Jésus  te  spiritu 
suo  semper  regat  ac  contirmet  magis  magisque.  Saluta  mihi 
omnes  fratres,  uxorem,  materteram  ".  Genevœ  23.  Aug.  1542. 

JOANNES  CaLVINUS  tUUS. 

(Inscriptio  :)  Optimo  atque  mihi  chariss.  fratri  Petro  Vireto, 
Lausannensis  ecclesise  pastori  tideliss. 

•'  C'est  pour  cela  que  Calvin  blâme  si  vivement  Zéhédée  (N"  1156,  renv. 

de  n.  5)  de  sa  précipitation  à  accepter  la  furmule  (ou  Confession)  de  Pierre 

Kuniz.  Zébédée  pouvait  la  signer  en  son  nom  personnel;  mais,  comme  doyen, 

il  aurait  dû  préalablement  consulter  les  pasteurs  de  la  Classe  d'Yverdon. 

^  •'  8  Texte  de  Bèze  :  illi.  —  fratri  nostro. 

^  Il  s'agit  ici  de  ceux  des  ministres  de  la  Classe  de  Lausanne  qui  étaient 
mieux  connus  de  Viret  que  du  doyen  Martoret. 

^°  Le  paragraphe  qui  suit  a  été  supprimé  par  Bèze. 

"  Bèze  a  omis  ces  deux  derniers  mots,  ainsi  que  la  suscription. 


412  EYNARD  PICHON  À  RODOLPHE  GUALTHER,  A  ZURICH.  1542 


1151 

EYNARD  PICHON  ^  à  RodolpIiG  Gualllier,  à  Zurich. 
De  Neuchâlel,  27  août  1542. 

Inédite.  Autogr.  Bibl.  de  Zurich.  Copie  communiquée 
par  M.  le  pasteur  Aug.  Bernus. 

Quantô  milîi  fuit  optatius,  ut  primùm  abs  te  ipso,  deinde  à 
ceteris  omnibus,  quàm  gratissimus  erga  te  esse  cognoscerer, 
tantô  afficior  summo  dolore,  ejusmodi  tempora  post  meam  ])ro- 
fectionem  ^  consecuta  esse,  ut  de  me  secùs  existimandi  nonnihil 
loci  dederim.  Te  enim  mandasse  ludimagistro  Bielensi  ^  ut  an- 
notationes  tuas  repeteret,  ex  aliquihus  intellexi.  Qiibd  seriùs  red- 
ditse  fuerunt,  in  causa  hœc  sunt.  Cum  Neocomum  venissem  *,  et 
peregrinationem  meam  absolutam  esse  putarem,  me  mea  expec- 
tatione  frustratum  esse  video  :  nam  continué  alib'^  eunduni 
fuit.  Ea  absoluta,  quum  putarem  mihi  tandem  aliquando  quies- 
cendum,  literae  à  matre  ^  afferuntur,  quibus  me  ad  se  vocavit  : 
consilium  fratrum  fuit,  auditis  causis,  ut  eô  concederem.  Illico 

'  Voyez,  dans  les  Indices  des  t.  V,  VI,  MI,  les  passages  relatifs  à  JEynard 
JPichon. 

*  Allusion  à  son  voyage  à  Zurich  eu  octobre  ou  novembre  1541  (MI, 
252,  n.  9  ;  260,  n.  1  ;  274,  n.  1  ;  295,  n.  1,  2). 

*  Jean  BhelUcanus  a  déjà  figuré  dans  les  tomes  précédents.  Après  avoir 
étudié  à  Cracovie  et  à  Witfemberg,  il  dirigea  l'École  de  Berne,  puis  celle 
du  Fraumûnster  à  Zurich.  Il  fut  appelé  à  Bienne  comme  pasteur  en  1541. 
La  vie  de  ce  savant  modeste  a  été  racontée  par  L.  Meissner  (Beriihmte 
Zuricher,  I,  114-115),  et  F.  G.  Freytag  (Adparatus  litterarius.  Lipsia^,  1755, 
ni,  429-434)  donne  sur  ses  ouvrages  de  nombreux  renseignements.  BhelU- 
canus avait  achevé  en  avril  1540  un  livre  très  curieux  et  très  intéressant, 
intitulé  :  «  Notœ  sive  Prœlectiones  Bernenses  in  Cœsarem,  »  imprimé  à 
Bâle  en  1543,  iu-8".  C'était  une  entreprise  hardie,  et  qui  n'avait  été  tentée 
par  personne,  sauf  par  Glareanus  (1538,1540).  Aide  Manuce  (1547-1597) 
a  souvent  copié  textuellement  Bhellieanus,  sans  le  nommer. 

*-^  Arrivé  à  Neuchâtel  le  19  ou  le  20  novembre  1541,  Bichon  avait  dû 
aussitôt  repartir  ])our  Berne  (VII,  364,  n.  2). 

®  La  mère  d'Eynard  Pichon  vivait  daus  le  Dauphiné. 


1542  EYNARD  PICHON  A  RODOLPHE  GUALTHER,  A  ZURICH.  113 

me  itineri  accingo  :  rémora  praeter  oi)iiiionem,  ad  menscs  ali- 
quot,  injicitur  Genève  \  Redii  tandem  Neocomum,  audio  ad  vos 
de  negotio  FareîU  scripsisse  fratres  •*  :  quse  res  me  negligentio- 
rem  reddidit,  iibi  viderem  mihi  ablatâm  esse  scribendi  occasio- 
nem.  Paulô  post,  cum  aliqiiem  qui  Bielam  profiseiceretur  {sic) 
interrogarem,  num  Reliquanum  novisset,  respondit  se  novisse, 
sed  è  vita  migrasse  ^  quod  nuntiiim  mihi  peracerbiim  fuit.  Sic 
occasio  mihi  ablata  fuit,  et  ea  est  causa  quôd  per  me  de  omnibus 
rébus  certiores  facti  non  estis,  et  meam  erga  vos  et  benevolen- 
tiam  et  fidem  perspicere  non  potuistis.  Cui  darem  perferendas 
non  habebam,  defuncto  Reliqnano,  quia  in  eo  sum  loco  ex  quo 
propter  intervallum,  pauci  ad  vos  ire  soient  '^.  Quare,  quôd  non 
tam  celeriter  annotationes  hise  in  Oseam,  quàm  tu  expectabas, 
redditse  fuerunt,  miserere  temi)oris,  et  ignosce  timori  nostro  : 
nam  ego  pertimui,  neque  injuria,  alicui  dare  quem  ad  te  certô 
perferre  nescirem  :  prœsertim  cum  taie  fasciculum  esset,  ut 
eum  (sic)  non  auderem  temere  committere.  Sed  ubi  certi  homi- 
nis  potestas  fuit,  cui  rectè  darem,  non  prsetermisi. 

Hsec  paucis  significare  volui,  ut  quam  sperabam  atque  opta- 
bam,  habere  te  de  me  oppinionem,  conservares.  De  quo  etsi  te 
non  dubitare  certô  sciebam,  tamen  quia  maximi  ex[is]timo  ut 
incorrupta  maneat,  laboravi.  Quod  quando  ut  volo,  mihi  per- 
suadeo  esse,  à  te  maximopere,  pro  nostra  summa  conjunctione 
tuaque  singulari  humanitate,  etiam  atque  etiam  peto,  et  quœso 
ut  si  me  et  fidum  et  tua  amicitia  dignum  cognovisti,  ne  me  des- 
peres  :  sed  qui  fuerim,  idem  perpetuô  me  esse  et  futurum  cogites. 
Ego  ut  me  tibi  amicissimum  esse  omnes  intelligant,  corrigendo 
curabo.  Tu  vicissim,  si  me  amaveris,  de  tuis  rébus  sœpiùs  scri- 
bendo  amorem  tuum  erga  [me]  confirmabis.  Et  valebis. 

Neocomi,  6  kalend,  septemb.  1542. 

Tui  amantissimus  Enardus  Pichonus. 

^  Nous  ne  savons  pour  quelle  raison  il  fut  retenu  à  Genève.  Quelques 
mois  plus  tard,  il  put  visiter  sa  mère  (Voyez  la  lettre  du  28  novembre  1542). 

^  Les  ministres  neuchâtelois  écrivirent  à  ceux  de  Zurich  le  28  février 
1542  (Vn,  427-436). 

^  Ehellicatms  était  mort  de  la  peste  à  Sienne,  le  V  janvier  1542,  âgé 
de  quarante-quatre  ans,  et  non  de  soixante-quatre,  comme  le  dit  Meissner. 
'"^  Nous  ignorons  dans  quelle  paroisse  reculée  il  était  pasteur.  En  1553, 
on  le  trouve  à  Dombresson,  dans  le  Val-de-Ruz. 

T.   VIII.  8 


114     LE  CONSEIL  DE  BERNE  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.    lo42 

Salutom  dices,  si  placet,  prœstantiss.  viro  et  fideliss.  miiiistro 
D.  Heinrico  Bullingero  et  Domino  Conrado  Gesnero,  cum  ves- 
tris  omnium  uxoribus. 

(Inscriptio  :)  Pio  et  doctiss.  juveni  Rodolpho  Gualtliero.  Ti- 
guri. 


1152 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  à  Pierre  Viret,  à  Lausanne. 
De  Berne,  29  août  1542. 

Inédite.  Minute  originale.  Arch.  de  Berne. 

L'Advoyer  et  Conseil  de  Berne,  nostre  salutation. 

Honorable,  très  expert,  chier  et  bien  aymé!  Sur  ce  que  les 
doyens  par  delà,  avoir  entendue  nostre  résolution  et  conclusion 
touchant  le  différent  qu'est  esté  entre  nous  prédicants  icy,  à 
cause  du  Sacrament,  etc.,  ont  desmandé  *  leui-  communiquer 
ung  double  de  nostre  Disputation  ^  en  latin  ou  en  françoy, 

^  La  lettre  du  16  août  (N"  11-48)  les  avait  invités  à  se  présenter,  le 
lundi  matin  28,  devant  le  Conseil  de  Berne.  Et  cette  lettre  ne  dut  pai'venir 
à  la  plupart  d'entre  eux  que  le  18  ou  le  19.  La  date  du  xrx,  écrite  au  bas 
de  la  minute  par  le  chancelier  Pierre  Giron,  au  lieu  du  xxix,  est  donc 
une  erreur  de  plume.  Les  passages  suivants  du  Manuel  de  Berne  le  prou- 
veront avec  évidence  : 

«  Lundi  28  août.  L'écrit  et  l'ordonnance,  etc.,  ont  été  lus  aux  doyens 
îoelches,  ainsi  qu'aux  doyens  allemands.  Ils  ont  demandé  qu'on  leur  lais- 
sât [du  temps]  pour  y  penser  et  répondre.  »  —  «  Mardi  29  août.  Les 
doyens  du  Pays  romand  ont  accepté  l'ordonnance  relative  au  sacrement... 
Us  la  montreront  à  leurs  collègues,  et,  pour  le  cas  où  quelques-uns  de 
ceux-ci  ne  promettraient  pas  de  s'y  conformer,  ils  [ont  reçu  l'ordre  de]  les 
envoyer  ici.  »  —  «  Aucun  prédicant  welche  ne  doit  être  examiné  ici,  à 
l'avenir,  sans  qu'il  ait  «  tesmoignaige  de  vie  et  doctrine  »  délivré  par  les 
doyens.  »  —  «  Aux  doyens  6  écus  à  partager  selon  les  circonstances  de 
chacun  d'eux.  »  —  «  Les  prédicants  icelches  ont  demandé  à  prendre  copie, 
chez  Viret,  [des  Actes]  de  la  Dispute  de  Lausanne.  Écrire  à  Viret.  » 
(Trad.  de  l'ail.) 

^  Les  Actes  de  la  Dispute  de  Berne  de  1528  n'avaient  été  publiés  qu'en 
allemand. 


1542  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  115 

pour  selonn  nostre  advis  se  sçavoir  régler  et  conduisre,  — 
avons  considéré  que  cella  icy  sans  grosses  costes  ^  ne  se  peult 
faire.  Et  sur  ce  [avons]  advisé,  puis  que  en  la  disputation  de 
Lausanne  ^  mesme  matière  a  estée-'  débatue  conformément  à 
nostre  Disputation,  et  que  vous  avés  icelles  actes  rière  vous  en 
escript,  est  nostre  vouloir  et  commandement  que  aux  dicts 
doyens  que  les  demanderons,  donnés  copie  ^  de  transcripre  et 
prendre  transumpt  ^  de  la  d.  matière,  assavoir  concernant  le 
Sacrament.  Datum  xix  [1.  xxix  '']  augusti,  Anno,  etc.,  xlii. 

(Suscription  :)  A  honorable,  très  expert,  nostre  chier  et  bien- 
aymé  Maistre  Pierre  Viret,  ministre  de  la  parolle  Nostre 
Seigneur,  à  Lausanne. 


1133 

JEAN  CALVIN  à  Guillaume  Farel,  à  Metz. 
De  Genève,  30  août  1542. 

Autogr.  Bibl.  PubL.de  Genève.  Vol.  n°  106.  Calv.  0pp.  XI,  434. 

S.  Dominus  ubicunque  sis,  te  salvum  ac  incolumem  diu  eccle- 
siœ  suœ  conservet,  frater  mihi  charissirae.  Si  Metim  ingressus 
es,  quod  speramus  ',  ostium  istuc  evangelio  suo  aperiat,  teque 
spiritu   sapientiœ,  prudentise,  moderationis,  zeli,  fortitudinis 

*  Frais,  dépenses. 

*  La  Dispute  de  Lausanne  (octobre  1536)  avait  eu  lieu  en  français. 
Une  copie  manuscrite  des  Actes  de  cette  Dispute  existe  encore  à  la  Biblio- 
thèque de  Berne.  Ruchat  et  le  Chroniqueur  de  Louis  VuUiemin  en  donnent 
le  résumé.  Voyez  aussi  l'opuscule  intitulé  :  La  Dispute  de  Lausanne  de 
1536,  par  Charles  Subilia.  Lausanne,  G.  Bridel,  1885,  147  pp.  8°. 

^  C'est-à-dire,  permission,  facilité. 

®  Copie  intégrale. 

'  Voyez  la  note  1. 

^  Farel  ayant  quitté  Neuchâtel  avant  le  10  août  (N"  1149,  n.  12),  il 
semblait  qu'il  dût  être  arrivé  à  Metz  vers  le  19.  Mais  aucun  témoignage 
historique  n'y  constate  sa  présence  avant  le  dimanche  3  septembre  (N"  1157, 
n.  2).  H  employa,  sans  doute,  quelques  jours  à  concerter  ses  mesures  avec 
les  pasteurs  strasbourgeois  et  avec  les  partisans  de  l'Évangile  dans  le  pays 
messin. 


116  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  1542 

impleat,  ut  omni  ex  parte  ad  opus  tam  difficile  et  arduum  sis 
instructus!  Video  enim  quoi  ac  quàm  ])ericidosèe  certaminum 
species  tihi  immineant,  qiise  singidare  Dei  auxilmm  reqiiimnt. 
Verùm  iieque  ipse  rudis  es  aut  imperitus,  ut  vel  magnis  peri- 
culis  terrearis  :  neque  virtus  Christi,  quae  mirabiliter  semper 
tibi  adfuit,  est  imminuta.  Nos  liîc  anxii  admodum  expectamus, 
quem  tibi  successum  dederit.  Scis  enim  hodie  maxime  regnare 
illud  stultorum  judicium  :  ut  ab  eventu  facta  consiliaque  omnia 
aestimentur.  Interea  mirum  quas  querélas  spargat  hic  passim 
Jacohus  Morgiensis  ^  :  te  eurrere,  cmn  ipse  vocatus  esset  ^  :  sihi 
gravem  injuriam  factam  esse.  Te  invitis  inis  omnibus  qui  istic 
sunt,  advolasse.  Nosti  hominis  aXaÇoyeiav  :  quam  utinam  in  tem- 
pore  cohibuisses.  Nunc  ita  per  etatem  invaluit,  ut  sit  morbus 
incurabilis.  Nunquam  tamen  sic  palàm  insaniit  ut  nunc.  Quan- 
qwam  fratres  Metenses  partim  in  cidpa  sunt,  qui  ad  eum  solum 
confugerimt,  quasi  ad  sacram  anchoram*  :  cum  alios  haberent 
et  notiores  et  paulô  aptiores.  Sed  istœ  nugse  nihil  te  impediant. 
Neque  verô  iis  tibi  molestus  fuissem,  nisi  quia  verebar,  ne 
aliunde  rumor  ad  te  manaret.  Itaque  malui  prseoccupare.  Ul3i 
primiim  certior  aliquis  nuncius  allatus  fuerit,  copiosiîis  de  statu 
nostro  tibi  scribam.  Vale,  optime  et  integerrime  frater.  Saluta 
mnicos  onines^,  quibus  precor  et  consilium  et  animum  dari  a 
Domino,  ut  virtute  spiritus  ejus  fulti  nihil  reformident.  Iterum 
vale.  Genevse,  peneult.[ima]  Aug.[ustij  1542. 

JOAN.  CaLYINUS  tUUS. 

(Inscriptio  :)  Egregio  Christi  servo  G.  Farello,  fratri  mihi 
chariss.,  ubicunque  erit  ^. 

^"*  Jacques  le  Coq,  pasteur  à  Marges.  Nous  croyons  qu'on  peut  l'identi- 
fier avec  le  Jacohus  qui  prêchait,  quelques  mois  auparavant,  dans  l'église 
évangélique  de  Metz  (N"  1123,  renv.  de  n.  1). 

*  L'appel  que  les  Évangéliques  messins  avaient  précédemment  adressé  à 
Jacques  le  Coq  est  donc  une  chose  avérée. 

'  Le  nom  de  Calvin  devait  être  cher  à  l'église  de  Metz,  pour  laquelle  il 
avait  montré  tant  de  sollicitude  pendant  son  ministère  à  Strasbourg. 

*  Farel  a  écrit  sur  l'adresse  :  «  30  Aug.  1542.  » 


1542       JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.         117 


1154' 

JEAN  CALVIN  à  Pierre  Viret,  à  Lausanne. 
(De  Genève,  premiers  jours  de  septembre  1542  '.) 

Autogr.  Bibl.  Piibl.  de  Genève.  Vol.  ir  106.  Calv.  Opp.  XI,  433. 

S.  Adlmc  expecto  qnicl  Bernœ  adum  sit,  quid  didum  sit  deca- 
nis,  quid  7'esponderint,  quid  ohtinuerint^.  Ubi  primùm  certus 
aliquis  nuncius  ad  nos  venerit,  sententiam  meam  pleniùs  vobii 
exponam.  Nunc  formulam  mitto  ex  qua  poteritis  excerpere  quod 
placuerit,  expungere  quod  displicuerit  ^  Quanquam  Dominus 
fortessis  aliquid  melius  dabit,  ut  neque  corrigere  neque  sequi 
aliquid  de  meo  necesse  sit  \ 

Piidet  me  ac  miseret  nostrî,  Virete,  quod  in  odium  vel  favo- 
rein  homimim  veritas  Dei  ohruitur.  Hoc  ideo  dico,  quia  sic  loqui- 
tur  Gurinus  ^  ac  si  Erasmi  ^  causa  optima  foret,  alii  nihil  nisi 
mendacium  loquantur.  Mihi  videre  videor,  quantum  isti  rumo- 
res  praejudicii  contra  sanam  doctrinam  afferant.  Itaque  ut  con- 
scientise  meae  satisfaciam,  statui  non  dissimulanter  i)rofiteri  quid 
sentiam.  Quid  autem  excusatione  opus  est?  Neminem  in  hac 
ecdesia''  novi  qui  mysterium  hoc^  vel  mediocriter  intelligat 
Nunc  malè  me  habet,  cum  in  errore  non  modo  foventur,  sed 
etiam  confirmantur,  ut  fiant  prorsùs  insanabiles.  Hoc  iterum 


^  Voyez  la  note  2. 

^  A  Lausanne,  on  ne  pouvait  apprendre  que  le  30  ou  le  31  août  ce  qui 
s'était  passé  à  Berne  le  lundi  28,  jour  de  la  comparution  des  doyens 
(N"  1152,  note  1). 

^  Cette  formule  ne  s'est  pas  retrouvée. 

*  Il  y  a,  au-dessous,  une  grande  place  blanche,  où  Calvin  se  proposait 
peut-être  d'écrire  la  formule  dont  il  annonçait  l'envoi. 

^  Pierre  Gurin  (N"  1143,  note  6). 

®  Érasme  Bitter,  l'adversaire  de  Simon  Sultzer,  de  Pierre  Kuntz  et  de 
Béat  Gering  (N"  1147,  n,  2). 
^  L'église  de  Genève. 

*  La  doctrine  de  la  sainte  Cène. 


118  C.  s.  CURIONE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

ideo  dico,  ut  si  quid  mihi  credis,  nostris  hac  in  parte  non  ni- 
miiim  indulgeas.  Unum  sentimus.  Unum  igitur  loquamur. 

(Inscriptio  :)  Fideli  servo  Jesu  Christi  Petro  Vireto,  Lausa- 
nen.  ecclesiœ  pastori.  Lausanae  ^ 


1155 

c.  s.  cmuoNE  ^  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Lausanne,  7  septembre  1542. 

Autographe,  Bibl.  de  Gotha.  Calv.  0pp.  XI,  435. 

CcELius  Secundus  Curio  Joanni  Calvino  S.  P.  D.  per  Christum 
Jesum. 

Cum  redditae  à  te  literae  essent  Vireto,  pi-opterea  quôd  nul- 
lam  in  his  de  me  mentionem  faceres,  gravioribus  te  occupatum 
rébus  esse  putavi,  quàni  ut  mei  posses  meminisse.  Quare  cum 
ut  tuse  nostrî  mémorise,  tum  pietati  erga  te  mese  consulerem, 
nuncium  idoneum  nactus  ad  te  hasce  literas  statim  exaravi. 

®  La  suscription  est  d'une  autre  main. 

*  Celw  Secundo  Curione,  l'un  des  plus  intéressants  parmi  les  huma- 
nistes italiens  qui  embrassèrent  la  doctrine  évangélique,  naquit  le  V  mai 
1503  dans  un  bourg  du  Piémont.  L'espace  nous  manque  pour  raconter  les 
événements  de  sa  vie  antérieurs  à  l'année  1542.  —  Sa  jeunesse,  qui  s'écoula 
à  Turin,  sa  conversion  opérée  par  la  lecture  des  ouvrages  de  Mélanchthon, 
de  Zwingli  et  de  Luther,  les  persécutions  dont  il  fut  l'objet  et  sa  présence 
d'esprit  admirable  au  milieu  des  dangers,  sont  retracées  avec  de  très  amples 
détails  dans  les  ouvrages  suivants  :  Stupani  Oratio  de  C.  S.  Curione  :  apud 
Schelhorn.  Amœnitates  litterar.,  t.  XTV.  —  Teissier.  Éloges  des  hommes 
savants,  II,  338.  —  Nicéron,  o.  c,  t.  XXI.  —  Athense  Rauricse,  p.  284-91. 
—  Maccree.  La  Réf.  eu  Italie.  Genève,  1834,  passim.  —  Jules  Bonnet. 
Récits  du  seizième  siècle,  2""=  éd.  1875,  p.  241-312.  —  Merle  d'Aubigné, 
0.  c.  IV,  578-95. 

Après  avoir  enseigné  les  belles-lettres  à  l'université  de  Parie,  et  séjourné 
à  Venise  et  à  Ferrare,  il  fut  informé  à  Liicques,  au  mois  de  juin  1542, 
que  le  tribunal  du  St-Offîce  venait  d'ordonner  aux  magistrats  lucquois  de 
le  saisir  et  de  l'envoyer  à  Rome.  A  cette  nouvelle,  il  n'hésita  plus  à  se  ré- 
fugier en  Suisse  (Voyez  le  N"  1146,  renv.  de  n.  4-9). 


1542  C.  S.  CURIONE  A  JEAN   CALVIN,  A  GENÈVE.  119 

Credo  te  ex  Vireti  literis  inteUexisse,  qiiid  de  rehits  nostris  octiim 
sit  :  nec  quicquam  scilicet  nisi  illud  magimin  quidem  et  prœci- 
piium  est  (quod  facile  credam)  nos  cunctis  ministroriim  suffra- 
giis  esse  comprohatos  ^ 

Cœterùm  cum  i)rœto7-  ^  ad  quem  me  habere  literas  a  Berna- 
tïbus  non  ignoras,  nondum  redierit,  quid  nobis  agondum  prse-  ' 
terea  sit,  non  facile  perspicimus.  Adest  autumnus,  et  quidem 
satis  adultus,  et  mox,  ut  ait  Horatius,  bruma  recurrit  iners. 
Mihi  verô  et  Alpes  et  Apennini  jtiga  bis  ante  liiemem  siiperanda 
forent  :  quod  ni  fecero,  incommoda  gravissima  consequentiir. 
Nam  neqne  ecclesiee  Dei  inservire  neqiie  familiœ  ciiram  habere 
idlam  p)otwo.  Atque  interea  omnes''  fratribus  oneri  esse  coge- 
mur.  Quod  quàm  invitus  faciam,  testis  est  cum  mea  ipsius  con- 
scientia  et  pudor  ingenuus  quidam  meus,  tum  Deus  quem  spi- 
ritu  meo  atque  animo  colo.  His  ego,  Calvine  optime,  distringor 
angitstiis,  ciaibus  aliud  mdlum  video  remediam,  nisi  id  Bernam 
cumfratrum  literis^  eam,  et  illic  de  i'ernm meariim summa  cum 
Principibns  agam.  Quos  si  Dominus  nobis  propitios  dederit,  in 
Italiam  evolabo,  ut  inde  uxorem  carissimam  unà  cum  didcissimis 
liberis  adducam.  Sin  nihil  erit  quo  exilium  nostrum  solari  pos- 
simus,  Domini  in  manus  spiritum  commendabo  meum,  non  ali- 
ter ac  David  fecit  cum  a  Saulo  interceptus  et  circumventus  nul- 
lam  evadendi  viam  inveniret.  Tu  intérim,  optime  frater,  orabis 
patrem  ut  nobis  in  tantis  difficultatibus  adesse  velit,  qu6  illius 
bonitatem  apud  omnes  deprœdicare  possimus. 

Si  quid  in  Italiam  scribere  cupis,  puta  ad  Benatam  Francise, 
principem  optimam,  seu  ad  Franciscum  Richardotum  ^ ,  homi- 
nem  doctissimum  tuique  amantissimum,  aut  alium,  fasciculum 
bue  ad  Viretum  mittes.  Hîc  enim  futuri  sumus  usque  ad  Idus 
Septembris  ad  summum.  Sed  tamen  curabis  ut  vel  ante  Idus 

« 

2  II  veut  dire,  sans  doute,  que  les  ministres  de  la  Classe  de  Lausanne, 
après  s'être  enquis  de  sa  doctrine  et  de  son  érudition,  Tavaieut  accueilli 
comme  un  frère  en  la  foi. 

'  Le  bailli  de  Lausanne,  Antoine  Tillier. 

*  C'est-à-dire,  moi  ici,  et  ma  famille  à  Lucques. 

*  Le  testimonhon  ou  lettre  de  recommandation  des  pasteurs  et  profes- 
seurs de  Lausanne  qui  était  adressée  à  ]\EVL  de  Berne  (Cf.  N"  1152,  n.  1). 

*  Sur  Renée,  duchesse  de  Ferrare,  et  sur  son  aumônier  François  Ri- 
chardot,  voyez  le  N"  1058  (VH,  307-320). 


120  C.  s.  CURIONE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

ipsas  nobis  reddantur  ^  Praeterea  Turca  noster  ^  ut  scias,  est 
Basïleœ,  ut  ex  literis  ipsius  hodie  et  hoc  nuncio  ^  accepi.  lUuc 
enim  a  Tigurinis  fratrihus  missus  cum  literis  commendatitiis 
est,  jam  sunt  multi  dies,  et  tamen  nondum  ejus  necessitatibus 
prospectum,  Quapropter  rogo  ut  ad  Bucerum  scribas,  ut  illi 
faveat,  et  portionem  aliquam  ojus  pecunise  quam  eo  nomine  ex 
Italia  anno  superiore  accepit  '°,  ad  illum  transmittat.  Nam  scio 
illum  egere.  Id  si  feceris,  erit  mihi  mirum  in  modum  gratum. 
Si  ad  ipsum  Georgium  '•  literas  dare  placeat,  mittes  ad  Opori- 
nnm^^.  Is  enim  ubi  Georgms  diwçvterit  novit.  Vale  per  Jesum 
Christum,  et  ecclesiam  domesticam  meo  nomine  saluta.  Lau- 
sannse,  7  Idus  Septembris  1542. 

finscriptio  :)  D.  Joanni  Calvino,  Genevensis  ecclesise  integer- 
rimo  pastori  et  fratri  in  Christo  ornatissimo.  Genevae. 

'  Au  lieu  de  rester  à  Lausanne  jusqu'au  13  septembre,  Curione  partit 
pour  Berne  le  7.  Nous  l'inférons,  du  moins,  de  ces  passages  du  Manuel 
bernois  :  «  Samedi  9  septembre.  Conseil  des  Bourgeois.  Cœlius  Secundus 
est  admis  comme  recteur  {Régent)  de  l'École  de  Lausanne.  Sa  pension  est 
fixée  :  400  florins,  2  chars  de  vin,  3  muids  de  blé.  [On  lui  accorde]  un  lo- 
gement, 20  écus  pour  les  frais  de  voyage  de  sa  famille,  un  louffer  (courrier, 
messager  d'État)  jusqu'à  Zurich,  une  lettre  de  recommandation  adressée  à 
Coire.  [Écrire]  au  bailli  de  Lausanne  qu'il  prépare  des  bois  de  lit,  des 
sièges,  des  tables,  etc.  Mes  Seigneurs  enverront  là-bas  la  literie  ;  le  bailli 
lui-même  doit  acheter  le  reste  du  mobilier.  »  (Trad.  de  l'ail.) 

*  Nous  supposons  que  Turca  était  le  nom  de  guerre  d'un  personnage 
arrivé  d'Italie  avec  Curione  (N°  1146,  renv.  de  n.  9). 
®  Le  porteur  de  la  présente  lettre. 

"  Cet  argent,  destiné  à  secourir  les  réfugiés  pour  la  religion,  venait  sans 
doute  de  la  duchesse  Renée. 

"  Personnage  inconnu. 

^^  Jean  Oporin,  imprimeur  à  Bâle. 


1542  JEAN  CALVIN  A  PIKRRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  12t 


1156 

JEAN  CALVIN  à  PieiTe  Viret,  à  Lausanne. 

De  Genève,  il  septembre  1542. 

Autogr.  Bibl.  de  Gotha.  Copie  contempor.  Bibl.  Publ.  de  Genève. 
\'ol.  n"  111  a.  Impr.  en  partie  dans  les  Calv.  Epp.  et  Resp. 
1575,  p.  39.  Bretschneider.  Calvini...  Literae,  p.  7.  Calv.  0pp. 
XI,  436. 

S.  Tertio  die,  ex  quo  tibi  scripseram,  venit  ad  me  Jacohiis  ', 
Decamis  Gaiensis,  ac  qiiid  Bernœ  actum  esset  ^  hreviter  expo- 
sait. Mihi  verô,  ut  simpliciter  tibi  quod  sentio  fatear,  summo- 
pere  omnia  displicent.  De  senatusconsulto  ^  dicam  postea.  Verùm 
decauos  quis  co'égit  responsum  ïllud  dare,  quo  prsejudicium  col- 
legis  suis  omnibus  afferrent^?'Utinam  vel  abfuisset  Zehedieus, 
vel  aliud  cor  almdque  consilium  ad  hanc  causam  attulisset"\f 
Hoc  ideo  dico,  quia  Jacohus  mihi  narravit,  ejus  culpa  factum 
esse,  ut  decani  sic  praecipitaverint.  Video  quid  sit.  Gui  religio 
non  est,  periculi  metu,  per  omnes  sanctos  dejerare  ^  is  deinde 
paucorum  hominum  gratiœ  hoc  vel  illud  concedere  non  dubitat  : 
quia  obnoxius,  ut  est,  sibi  videtur.  Respondeant  pro  se  decani'^ 
quidquid  volent  :  mihi  tamen  suam  hanc  facilitatem  nunquam 
probabunt. 

Quantum  ad  summam  ipsam  spectat,  ut  tibi  penitùs  assentiar, 

^  Jacques  Camerle,  doyen  de  la  Classe  de  Gex.  Il  pouvait  être  arrivé  de 
Berne  le  2  ou  le  3  septembre.  —  Bèze  a  remplacé  Jacohus  par  N.,  et  sup- 
primé les  deux  mots  suivants.  Les  altérations  que  le  texte  original  a  subies 
dans  l'imprimé  étant  nombreuses,  nous  n'en  relèverons  qu'une  partie. 

^  BerncB  est  omis  par  Bèze.  Il  s'agit  toujours  de  la  comparution  des 
doyens  welches  à  Berne,  le  28  et  le  29  août  (N"  1152,  n.  1). 

*  Dans  le  texte  imprimé,  edicto.  C'est  le  mandement  du  15  août  (N"  1147) 
qui  est  visé  ici. 

*  Tous  les  doyens  des  Classes  romandes  avaient  souscrit  la  formule  de 
Pierre  Kvmtz.  Elle  est  reproduite  tout  au  long  dans  le  N"  1147,  pp.  98-99. 

^  Voyez  la  note  6  du  N°  1150.  Au  lieu  de  Zebedœus,  Bèze  a  mis  une  N. 
'  Est-ce  une  allusion  à  l'«  amende  honorable  »  qn'' André  Zéhédée  aurait 
faite  à  Fribourg,  selon  Pierrefleur  (N"  1127,  n.  21)? 
''  Dans  l'imprimé,  alii. 


122  JEAN    CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1542 

conscientia  mea  non  patitur.  Senatusconsultum  *  tolerahile  esse 
censés  ^  ac  tuto  à  vobis  posse  7'edpi.  Expendamus  ergo  id  quod 
continet.  Prindpio  approbat  Conzeni  ^^  formulam.  At  qualis  ïlla 
est,  ohsec7'o7  Tu  Buceri  ohsciwitatem  vitupéras,  et  mérita.  At  nihil 
est  in  Bucero  adeb  perplexum,  ohsmirum,  Jlexiloquum,  atque, 
ut  sic  loqiiar,  tortuosum.  Exceptio  tamen  additur,  ut  tam  liœc 
confessio  "  quàm  catechismus  '^  locum  habeant,  si  secundùm  dis- 
putationem  Bernse  Jiahitam  '^  explicentur.  Quô  romittimur?  Hoc 
ergo  à  vobis  quœritur,  ut  spondeatis  vos  nunquam  discessuros 
à  sententia  vobis  incognita.  Deinde  quid  putas  illic  fuisse  dispu- 
tatum,  nisi  Christum  non  esse  inclusum  in  pane  '  *  ?  Id  autem 
Sencdus^'  perinde  accipit,  ac  si  nihil  aliud  foret  quàm  sigmim. 
Quidquid  sit,  non  ausim  credere,  mysterimn  Cœnae  illic  fuisse 
bene  ac  rite  explicatum.  At  confessio  Basileensis  adjungitur. 
Equidem  non  nego  quin  istud  multum  sit  :  sed  mihi  non  suffi- 
cit,  praesertim  ubi  omnia  iterum  ad  Disputationem  illam  etfor- 
midam  quse  in  Cœnee  administratione  7'ecitari  solet  '*,  exiguntur, 
Atque,  ut  hoc  unum  mali  ûi,  persuaderi  nequeo,  Diacosios^', 
qui  sententiam  hanc  tideï'unt,  sanam  de  hac  re  sententiam  tenere. 

®  Edictum  nemj)e,  dans  le  texte  publié  par  Bèze. 

®  Il  s'agit  ici  d'une  lettre  de  Viret  qui  est  perdue. 

*°  Ce  nom,  comme  tous  les  autres  noms  propres,  est  masqué  par  une  N. 
dans  l'imprimé. 

"  La  Confession  de  foi  de  Bâle  (N*  1147,  note  7). 

1*  Le  catéchisme  de  Gaspard  Megander  (N"  1147,  n.  15-16,  17-18).  Il 
fut  réimprimé  à  Genève,  sous  ce  titre  :  «  Exposition  chrestienne  dés  dix 
comniandemens,  dés  articles  de  la  Foy,  de  l'oraison  de  nostre  Seigneur, 
reiglée  et  modérée  selon  la  capacité  et  entendement  des  enfans,  avec  l'expli- 
cation des  sacrements,  escrite  en  forme  de  dialogue  latin,  et  de  latin  eu 
françoys  :  nouuellement  et  fidèlement  revue.  (S.  1.)  1540,  »  40  feuillets 
petit  in-S"  :  le  verso  du  dernier  porte  la  marque  de  l'imprimeur  Jehan 
Girard  (Voy.  le  Catalogue  de  la  Bibl.  de  feu  M.  le  professeur  Jacques 
Adert.  Paris,  1887,  2°"  Partie,  p.  14). 

*^  Bèze  a  supprimé  ces  quatre  derniers  mots  et  les  a  remplacés  par 
certo  modo. 

"  Ruchat,  I,  417-439,  résume  les  discussions  relatives  à  la  sainte  Cène 
qui  eurent  lieu,  du  14  au  19  janvier  1528,  pendant  la  Dispute  de  Berne. 
Calvin  aurait-il  fait  faire  pour  lui-même  une  traduction  de  ces  discours, 
qui  occupent  plus  de  150  pages  des  Actes  originaux  ? 

*^  Dans  le  texte  de  Bèze,  N. 

"  N"  1147,  renvoi  de  note  19. 

"  Le  Conseil  des  Deux-Cents  (ou  des  Bourgeois)  de  la  ville  de  Berne. 


1342  JEAN    CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  123 

Jam  ejus  erit  iîiterpretari,  cujus  fuit  prominciare.  lia  i^erjurii 
alligatus  judicahitur  qui  seaùs  docuerit  quàm  i^m  jndices  asse- 
qiiantur.  Neque  hac  sola  in  parte  erit  pcriculum.  Votant  onim  ne 
de  ullo  novo  ritu  aut  novis  ceremoniis/verba  posthac  fiant.  Quis 
autem  nescit,  eos  et  excommuiiicationem,  Qtfrequentiorem  Cœnee 
nsuni,  et  multa  alia  hoc  nomine  comprehendereV  quœ  nos  desi- 
deramus,  ac  restituta  cupimus.  Tacendum  tamen  erit. 

Cum  ita  scientes  ac  volentes  laqjieum  robis  induitis,  cogitate 
non  finem  ccdamitcdishîc  fore,  sed  initium.  Domimis  enim  ves- 
tram  mollitiem  severiore  cdiquo  fiageUo  coniget,  si  tiegligitis  oc- 
ciirrere,  cum  palàm  jaciuntur  fundamenta  peft'niciosse  tyranni- 
dis.  At  quid  faceret  magistrat  us '"  V  inquis.  Nondum  dico  quid 
magistratus  peccaverit  in  ipso  ordine  agendi  :  tantùni  demon- 
stro,  quàm  non  sit  tutum  vos  astringere,  nisi  magna  cautione 
adhihita.  Quod  ad  rationem  modumque  agendi  pertinet,  agnosco 
quod  dicis,  majorem  yartem  culpée  in  ministrts  liserere.  Horreo 
tamen  cum  lego  senatusconsidtum  :  tanta  iïlic  etfe^^ocia  et  super- 
bia  se  ostendit.  Sentcntiam  suam  vocat  definitivnm  âpecrzcv,  cui 
contradicere  non  liceat.  Promulgant,  non  ut  libertas  sit  minis- 
tris  respondendi,  sed  ut  sequantur,  teneant,  observent  quod 
Dominis  placuit  ^^ 

Agnosco  etiam  quod  postea  commémoras,  Conzenum  justas 
pœnas  dare  suse  vel  ambitionis  vel  maligmtatis  :  quôd  in  tam  mi- 
seram  servitutem  cogitur,  quia  pati  non  potuerit  fratres  secum 
esse  liberos.  Sed  nos  simul  plectimiir,  imo  in  totam  ecclesiam 
pœna  hœc  redundat.  Nam  hoc  exemplo  edito,  posthac  necesse  erit 
doctrinam  nostram  non  modo 2)otestati,  sed  tiutui paucorum  Jwmi- 
num,  et  quidem  indoctorum  ^°,  subjectam  esse  :  ut  loqnendum  sit 
mit  tacendum,  simul  atque  digito  signum  dederint.  Neque  tamen 
expedire  censebam,  ut  fratres  hac  de  re  in  certamen  descende- 
rent  cum  Senatu  ^\  Sed  videbantur  mihi  habei-c  honestum  prœ- 
textum  declinandi,  si  cum  excusatione  civili  et  modesta  confes- 
sionem  suam  offerrent.  Atqui  non  postulatur  ab  illis  confessio, 
inquis.  Ego  verô  ideo  dandam  fuisse  puto  ^^ 

De  sci'iptis  Zuinglii  sic  seutire  ut  sentis  tibi  permitto.  Neque 

^^  Texte  de  Bèze  :  Princeps. 

"  Voyez  la  fin  du  N"  1147,  p.  102. 

^'^  Texte  de  Bèze  :  unius  etiam  hominis  et  quidem  imperiti. 

^'  Ces  deux  derniers  mots  sont  absents  du  texte  imprimé. 


124  JEAN    CA.LVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1542 

enim  omnia  legi.  Et  fortassis  siib  Jinem  vitse  retractavit  ac  cor- 
rexit  in  meliùs  quse  temere  initio  exciderant.  Sed  in  scriptis 
priorïbus  memini  quàm  profana  sit  de  sacramentis  doctrina. 
Qiiod  dixeram,  «  neminem  nostrorum  habere  plenam  mysterii 
hujus  intelligentiam  ",  »  id  de  plèbe  urhis  Imjus  dictum  acci- 
pias  velim.  Atque  id  me  tantùni  voluisso,  facile  ex  literis  pers- 
picies,  si  relegas.  Neque  verô  me  hoc  dixisse  pœnitet.  Nam  ut 
tu,  dum  eorum  temeritatem  ac  confidentiam  deridere  vis,  soles 
dicere  «  omnes  esse  magistros,  »  sic  seriô  asserere  audeo,  nemi- 
nem esse  ex  illis  bonum  disci])ulum  in  hac  parte.  Si  mentior  aut 
erro,  unum  mihi  nomina  qui  probe  loqui  de  Cœna  possit.  Sed 
jam  nimis  multa.  Scio  enim  nos  aut  nihil,  aut  perparum  dissen- 
tire.  Sed  voluisti,  malum  quod  tu  ipse  agnoscis  extenuando, 
solatii  aliquid  mihi  dare,  ne  me  prseter  modum  affligeret. 

Literse  Farelli  et  fratris  ^^  jam  mihi  allatae  erant  ante  dies 
quatuor.  Putabam  autem  ad  te  pervenisse,  quoniam  eas  retule- 
rat  Petrus  Cossoniensis  ^°.  Nunc  audi  Sebastiani  ^^  nostri  deli- 
tias,  qiise  hilem  tibi  simul  ac  risum  moveant.  Nudiustertius  ad 
me  venit  :  pet'iit  an  non  mihi  placeret  suam  Novi  Testamenti 
translationem  edi.  Respondi,  opus  habere  multis  correctionibus. 
Causam  rogavit.  Ostendi  ex  paucis  illis  capitibus,  quse  mihi  in 
spécimen  Jam  pridem  dederat.  Excepit  se  fuisse  in  reliquis  dili- 
gentiorem.  Deinde  iterum  rogavit  quid  mihi  placeret.  Respondi 
me  nolle  impedire  quo  minus  imprimeretur  :  paratum  tamen 
esse  ad  fidem  solvendam  quam  dederam  Joanni  Girardo  ^^  : 
nempe  ut  inspicerem,  ac  corrigerem  si  quid  corrigendum  foret. 
Recusavit  hanc  conditionem  :  obtulit  tamen  se  venturum  ac 
mihi  lecturum,  si  certam  horam  condicerem.  Negavi  me  hoc 
facturum,  si  centum  coronatos  daret,  ut  me  ad  certas  horas 
adstringerem,  deinde  ut  litigarem  interdum  duas  horas  super 

^^  Bèze  a  supprimé  tout  ce  qui  suit,  et  n'a  conservé  que  la  salutation  : 
Vaîe,  etc. 

2*  Fin  du  N"  1154. 

^*  On  verra  plus  loin  que  Guillaume  Farel  était  parti  pour  Metz  avec 
son  frère  Claude.  Leur  lettre  ici  mentionnée  est  perdue. 

^*  C'était  probablement  Pierre  Masuyer,  appelé  ailleurs  Petrus  Cosso- 
niacensis,  pasteur  à  Cossonay  (VU,  287,  n.  1). 

**  Sébastien  Châteillon. 

•'  Imprimeur  à  Genève.  Il  a  été  mentionné  fréquemment  dans  les  t.  V, 
VI,  VII. 


1542  MARTIN  BUCER  A  GUILLAUME   FAREL   [a  METZJ.  125 

imo  verbulo.  Sic  à  me  discossit,  tristis,  ut  apparebat  ^^  Et  ta- 
men,  td  scias  qiiàm  Jidelis  sit  interpt-es,  dum  multa  vult  novare, 
plurima  corrupit.  Proferam  lociim  unum.  \Jh\  habetur  :  Lespe- 
rit  de  Dieu,  qui  habite  en  nous,  mutfCvit  :  Hante  en  nous,  cum 
hanter-  non  habitaro,  sod  frequontare,  GalUs  significet.  Unus  ille 
tam  puerilis  lapsus  posset  libro  infamiam  inurore.  Ego  tamen 
taies  ineptias  tacitus  devoro.  Vale,  mi  frater.  Dominus  te  semper 
conservet  ac  dirigat.  Saluta  omnes  fratres  :  quibus  tamen  non 
communicabis  omnia.  Genevœ  3.  eidus  Septemb.  1542. 

JOAN.  CaLVINUS  tUUS. 

(Inscriptio  :)  Petro  Vireto,  Lausanensis  ecclesiœ  pastori  fide- 
liss.,  amico  et  fratri  singulariter  dilecto. 


1157 

MARTIN  BUCER  à  Guillaume  Farel  [à  Metz]. 
De  Strasbourg,  13  septembre  1542. 

Inédite.  Autographe.  Bibliothèque  des  pasteurs  de  Neuchâtel. 

S.  D.  in  Domino,  mi  Farelle  colende  et  charissime.  Quid  aliud 
quàm  ut  precemur  Dominum,  ut  tibi  consilium,  aliis  robur  lar- 
giatur,  faciamus  hac  tempestate?  Nostris^  oninino  videtur,  per- 
gendimi  vohis  fuisse,  aut  omnino  qidescendum,  donec  legati  redi- 
issent^.  Idem  nos  existimamus.  Qui  ecclesiam  Hierosolymita- 
nam,  collatam  adversariis  suis,  multo  quàm  sit  nostra  minorem, 

**  Le  sentiment  de  sa  supériorité  intellectuelle  fut  trop  souvent  un  piège 
pour  Calvin  :  elle  ne  le  prédisposait  pas  à  la  douceur  et  à  la  patience  en- 
vers un  homme  qui  lui  faisait  perdre  son  temps,  et  qui  l'avait  déjà  fatigué 
par  ses  querelles  de  famille  (N"  1149,  renv.  de  n.  2-5).  Le  Réformateur 
disait,  le  26  mars  1544  :  «  Scio  hoc  illi  [scil.  Sebastiano]  esse  persuasum  : 
vie  cupere  eminere.  Jurene  an  injuria  hoc  de  me  sentiat,  Domini  esto  judi- 
cium.  Mihi  certè  ego  non  videor  ullam  occasionem  dédisse.  Sed  mihi  cau- 
sam  prsehuit  cur  illum  et  ambitiosum  et  contentiosum  judicare  debeam. 
Sed  doctrinam  respicio  et  animum  alioqui  non  malum.  » 

^  Nostri,  dans  la  présente  lettre,  désigne  les  magistrats  de  Strasbourg. 

*  Sur  l'activité  de  Farel  à  Mets,  on  a  trois  documents  de  première 


126  MARTIN  BUCER  A  GUILLAUME  FAREL  [A  METZ].  1542 

teri'ibilem  tamen  adversariis  suis  fccit,  is  indubie  et  à  vobis  vim 
civium  iratorum  cohibuisset  ^  Sed  Dominus  novit  quid  sit  me- 
lius.  Tii  tacendi  magnam  caiisam  Imbuisti,  quando  id  etiam 

main  :  la  présente  lettre,  celle  de  Bucer  du  6  octobre  et  les  Chroniques 
messines,  où  nous  lisons,  p.  861,  le  paragraphe  suivant  : 

«  Le  troisiesme  jour  du  mois  de  septembre  1542,  ung  docteur  nommé 
Guillaume  Farel,  estant  en  la  cité,  fut  persuadé  d'aulcuns  bourgeois... 
pour  prescher  le  sainct  Évangile  de  Dieu.  Le  dit  docteur  vint  en  la  cime- 
tière des  Jaicoppins  et  monta  en  la  chaire  pour  prescher,  et  y  avoit  beau- 
coup de  gens  qui  assistoient  à  sa  prédication.  Voicy  venir,  cependant  qu'il 
preschoit,  deux  moines  des  d.  Jaicoppins,  et  luy  dirent  qu'il  descendist  de 
la  chaire...  Tantost  s'esmeurent  aulcuns  des  bourgeois  et  vinrent  au  devant 
des  dits  moines,  disant  qu'ilz...  se  retiraissent  en  leur  cloistre,  ou  aultre- 
ment  ilz  ne  feroient  pas  bien.  Ce  voyant,  les  d.  moines  se  sont  retirez,  et 
eulx  allant  à  l'église  se  prindrent  à  sonner  les  cloches  de  toutte  leur  puis- 
sance, pour  empescher  la  parolle  de  Dieu.  Ce  pendant  que  le  d.  docteur 
persévéroit  en  sa  prédication,  vindrent  trois  sergens  de  part  messeigneurs 
de  Justice,  disant  qu'il  cessast  de  prescher...  Le  d.  prédicant  respondit 
qu'il  ne  cesseroit  point  à  annoncer  la  parolle  de  Dieu,  plus  tost  à  mettre 
sa  vie.  Les  d.  sergens  s'en  allèrent  et  le  d.  docteur  acheva  sa  prédication, 
et  fut  le  peuple  fort  bien  édifié  de  son  sermon,  disant  qu'il  avoit  bien  pres- 
ché  et  catholicquement.  Ce  voyant,  le  lendemain,  qui  estoit  le  lundi,  les 
d.  frères  Jaicoppins  firent  abaittre  la  chaire  qui  estoit  de  pierre  anticque... 
et  ne  sceurent  ti'ouver  aultre  vengeance.  » 

Bucer  nous  apprend  (lettre  du  6  octobre)  que,  «  le  lendemain  »  [du 
3  septembre],  trois  mille  personnes  attendaient  pour  écouter  la  prédication 
de  Farel;  mais  que  les  principaux  Evangéliques  et  le  maître-échevin  ob- 
tinrent de  lui  qu'il  s'abstiendrait  de  prêcher  en  public  {ut  quiesceret),  jus- 
qu'au moment  où  la  prédication  pourrait  avoir  lieu  sans  exciter  des 
troubles;  et  que,  le  même  jour,  le  Réformateur  comparut  devant  le  Conseil 
des  XTTT,  auxquels  il  répondit  avec  fermeté.  «  Intérim  [continue  Bucer] 
quievit  Farellus...  expectans  legationem  quam  Evangelici...  miserant  ad 
nostros...  » 

Citons  encore  le  §  411  des  Extraits  de  Paul  Ferry  :  «  1542,  septembre. 
Lettre  des  principaux  de  la  Religion  au  sénat  de  Strasbourg,  où  se  void 
Testât  de  ceste  affaire  à  Mets  en  septembre  1542,  et  que  ces  principaux 
avoient  prié  M.  Farel  de  ne  prescher  point  le  lundi/  8  [1.  4]  septembre,  de 
peur  de  tumulte,  et  la  promesse  du  maistre-eschevin  au  peuple  assemblé, 
pour  le  renvoyer  doucement.  Et  que  le  magistrat  passionné  vouloit  appeler 
un  prince  voisin  pour  les  opprimer...  »  (Communication  de  M.  H.  Burtin, 
bibliothécaire  de  Metz.) 

La  présente  lettre  de  Bucer  du  13  septembre  correspond  exactement  à 
l'état  de  choses  créé  à  Metz  par  les  événements  du  3  et  du  4.  Mais  cette 
lettre  ne  se  comprendrait  plus,  si  l'on  admettait  l'assertion  du  P.  Meurisse 
(o.  c,  p.  43),  qui  affirme  que  «  Farel  fit  son  entrée  dans  la  ville  de  3Ietz 


lo42  MARTIN  BUCER  A  GUILLAUME  FAREL  [a  METZ].  127 

Consul  jussit  '*,  in  quo  solo  aliqiiid  potesiatis  piOÂicee  vohis  reli- 
qimmfuit.  Ad  Considem  fortiùs  agere  oportuit^  Tu,  an  deboas, 
potestatis  jussu  contempto,  pergore,  an  minus,  id  scis  totum 
pendere  à  directione  spiritus  sancti,''  quem  oremus  ut  tibi  et 
cœteris  fratribus  nostris  adsit. 

Scribiint  nostri  (defuerunt  enim  qui  nunc  legati  mitti  potuis- 
sent)  ad  VII  viros  ^  ad  Considem  et  fratrem  Imjus  Rohertimi. 
Ad  liés  duos,  ut  constanter  agant  in  causa  Domini,  nec  Immano 
se  nietu  detei'reri  ah  eo  patiantar,  qiiin  adsint  piis,  nt  Verho 
Domini  frui  possint  et  Sacramentis,  in  uno  saltem  templo  \ 
Al[ljegant  exempla  Principatuum  magnorum  et  Civitatum  ^ 

le  3  de  septembre  »  et  qu'il  prêcha  en  public  «  le  Dimanche  suivant  » 
[10  septembre].  On  aboutirait  alors  à  la  conclusion  absurde  que  voici  : 
Deux  ou  trois  jours  après  les  événements  précités,  et  sans  attendre  des 
rapports  complets  sur  ce  qui  se  passait  à  trente-trois  lieues  de  leur  ville,  les 
magistrats  et  les  pasteurs  de  Strasbourg  se  seraient  hâtés  d'écrire  à  3fetz 
et  de  prodiguer,  un  peu  à  la  légère,  des  exhortations  aux  deux  partis. 

*  C'était  aussi  la  conviction  de  Fareî.  On  lit,  dans  la  préface  de  son 
traité  intitulé  :  «  Forme  d'oraison  pour  demander  à  Dieu  la  saincte  prédi- 
cation de  l'ÉvangUe...  Genève,  J.  Girard,  1545,  »  traité  qu'il  composa  pour 
les  Messins  :  «  II  est  vray  (comme  j'ay  dit  à  ceux  qui  pensoyent  parler  bien 
sagement,  et  avoir  un  conseil  tant  sage  pour  conduire  Dieu  et  les  hommes...) 
qu'il  estait  nécessaire,  en  l'œuvre  de  Dieu,  regarder  Dieu  seulement  et  ce 
qu'il  commande,  et  ne  falloit  aucunement  regarder  l'effort  de  Satan...  Et 
davantage  ay  dit  que,  s'il  y  avoit  personne  qui  deust  craindre,  je  le  devoye 
faire,  pourtant  que  tout  le  danger  estoit  sur  moy.  »  (Crespin,  o.  c,  1582, 
fol.  153  a.) 

*"^  Le  consul  (maître-échevin)  de  l'année  1542,  Gaspard  de  Heu,  sei- 
gneur de  Buy,  homme  de  haute  et  ancienne  noblesse,  était  partisan  de 
l'Évangile.  Farel  écrivait,  le  11  janvier  1545,  aux  Évangéliques  de  Metz  : 
«  En  toute  humilité  vous  avez  donné  de  telles  supplications,  que  vos  Sei- 
gneurs disoyent  qu'elles  estoyent  bonnes  et  saintes  et  dignes  d'estre  receues  : 
adjoustans  cela,  mais  que  le  cœur  fust  selon  les  requestes...  Et  combien  de 
fois  en  avez-vous  instamment,  et  au  nom  de  Jésus,  requis  le  maistre- Esche- 
vin  :  que  comme  chef  de  la  ville,  il  vous  octroyast  la  ParoUe  !  Et  luy  qui... 
avoit  grand  désir  que  l'Évangile  fust  presché,  quelles  remonstrances  a-t-il 
faites  aux  autres  Seigneurs  !  »  (Traité  précité.)  —  Néanmoins,  Gaspard 
de  Heu  se  conduisit  comme  l'un  des  «  prudents  de  ce  siècle.  »  C'est  pour- 
quoi Bucer  dit  ici  qu'il  aurait  fallu  lui  parler  plus  énergiquement. 

^  «  Les  VII  de  la  guerre,  »  comme  on  les  appelait,  faisaient  partie  du 
Conseil  des  XUI  Jurés  de  Metz. 

'  Les  Évangéliques  messins  n'obtinrent  cette  faveur  que  le  21. mai  1543. 

^  Les  Villes  impériales,  qui  se  gouvernaient  elles-mêmes. 


128  MARTIN   BUCER  A  GUILLAUME  FAREL  [a  METZ].  1542 

et  ubi  admisso  Verbo  tranquillitas  retenta  est,  et  ubi  repulso 
res  motae  sunt.  Admonent  periculi  ab  intestine  dissidio  et  ab 
externis  adversariis,  unde  rospublica  etiam  de  libertate  tam 
diuturna  et  singulari  periclitari  queat  ^  Hortantur  ut  a  Domino 
pendeant. 

Septemviris  scribunt,  se  audisse  aliquid  perturbationis  istic 
esse,  propterea  quôd  quidam  civium  Evangelium  et  Sacramenta 
Christi  pétant  puriùs  sibi  administrait  :  id  ipsis  forsan  ideo 
difficile  vidci'i  admissu,  quôd  periculosam  inde  metuant  nova- 
tionem.  Se  autem  non  dubitare  quin  futurum  sit,  ut  periculosae 
res  moveantur  '",  si  pergant  evangelion  Christi  suis  prohibere, 
et  tranquillentur,  si  illud  admittant.  Oft'ondi  enim  Dominum  et 
bonorum  animos  irritari  Evangelii  prohibitione,  placari  permis- 
sione.  Allegant  exempla  utriusque  eventus.  Causam  scribendi 
inde  sumunt,  quôd  sit  vêtus  amicitia  inter  has  respublicas,  et 
utraque  alterius  commoda  promovere  et  incommoda  arcere  cu- 
piat.  Omnia  quse  possunt  amicè  scribunt.  Graviter  tamen  admo- 
nent et  hortantur.  Oremus  Christum,  ut  ipse  causœ  suse  adsit. 

Tii  hono  animo  esto,  nec  dnbmm  enim  quin  mpias  te  immo- 
lare  pro  populo  Dei,  et  tantùm  laborare  de  certa  cognitione  jus- 
sîis  divini.  Christus  Dominus,  qui  hoc  studium  dédit,  dabit 
etiam  rogatus,  ut  aliquod  operse  praecium  facias.  Non  pudefaciet 
te  pro  suo  regno  zelantem.  Precibus  nostris  debetur,  quôd  non 
egit  adhuc  in  tuo  ministerio  magnificentiùs.  Sed  prœvalebit 
misericordia  ejus,  ut  fructum  adferas,  et  fructus  is  maneat.  Hic 
te  et  sanctos  omnes  istic  corroboret,  regat  et  gloria  sua  omet  ! 
Argent.  13  Septemb.  1542.  Salutem  et  successum  pii  conatus  tui 
precantur  tibi  omnes  symmystœ  nostri. 

M.  BUCERUS  tuus. 

(Inscriptio  :)  Fideli  et  forti  servo  Christi  Gu[lielmoJ  Farello, 
suo  [in  Domino]  unicè  colendo  et  fratri  charissimo  *'. 


^  Allusion  aux  visées  du  roi  de  France  sur  la  ville  de  Metz. 
*"  Ce  mot  a  remplacé  contingant. 
"  Farel  a  écrit  sur  l'adresse  :  «  D.  Bucerus.  » 


1542  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  Ii29 


1158  , 

SIMON  srLTZER  à  Jeaii  Calvin,  à  (lenèvc. 
De  Berne.  1(3  septembre  1542. 

Aiito,2:r.  P.ibl.  Publ.  d»'  (IcikVo.  Vol.  n"  112.  ("alv.  Of)]).  XI.  440. 

Salve,  mi  ("alviiic  fratcr.  Literas  Jiodie  accejnmus  à  confrairi- 
hns  Hostiifi  Classis  Neoconiensis  scripias  ad  se  a  Farello  nostro  ', 
iioii  IsiiK'l  siiigulari  aiiiini  voliiptatc,  (luippc  quihns  lyrosperum 
iter  ilU  Meias  contigisse  cognovimus,  nimii-iiiii  n])tiiiiis  ausi)iciis, 
quae  [D.]  et  ad  siii  iiominis  profectum  poteiiîi  iiiaiiu  dirigot. 
Niliilo  V(^r5  iiiiiiùs  oblectavit  au^uy^oa^fjtôvojv  saiictorum  corda- 
torumque  saiicta  o-uy./3cu/ta,  quorum  opora  atcjue  j)ret'ibus  cer- 
tum  est  plurimùm  adjutum  iri  hune  fortem  iiostrum  infrac- 
tumque  Cliristi  mUitem,  m  tain  arduo  i)ra^sertini  opère.  Sic  enim 
necessarium  est  ut  commuui  circumspf^ctioue,  ceu  oculis  uiidi- 
quaque  (.sic)  intentis,  res  taiitie  peragautur,  et  cum  primis  cœ- 
leste  advocetur  i)ra^sidium.  Certuui  euim  est  veteratorein  Satha- 
uam  omnibus  macbinis  adnisurum,  ut  vel  surgens  impediat 
iedilicium  V(>1  jam  extructum  dejiciat,  maxime  cum  tanta  sup- 
petat  instrumentoi'um  atque  satellitum  copia.  Verùni  sic  ut  cœ])it 
agenti  neque  o])e  neque  sapi(>ntia  sua  deerit  cœlestis  Architec- 
tus,  ])erticietque  quod  misericorditer  ca?i)it.  Sic  etenim  et  de 
Catliolica  ecclesiarum  structura  atque  restitutione  persuadeinus 
no])is.  quamlibet  iniqua  rerum  facie,  fore  scilicet  ut  convulsas 
sanet  et  redintegret.  Xeque  enini  est  a])])reviata  manus  Domini, 
iie(|ue  in  totum  abjecit  viscera  niisc^ricordia^suîie.  Quare  non  al)s 
re  ingentem  ex  hoc  nuncin  volu|)tatem  traximus,  (pue  nos  in 
jxTturbatione  et  ])ul)li('a  et  ])i'ivata  jucundissimè  i-ecreat  l't  reti- 
cit,  ceu  in  magna  tenipestate  ettulgens  ex  pai-te  serenitas.  I>abi- 
musque  operam  ut  pieiitis^iinos  conatus  cuni  (^cclesia  nostra 
juvenuis  oratione  sedula. 

^  Il  iniportcrait  i\v  i-ctioiiviT  cette  lettre  udressée  à  la  Classe  de  Xeucliâ- 
tel.  Elle  fut  écrite  (coiiiine  on  le  voit)  bientôt  ni)rès  l'arrivée  de  Fard  à 
Metz  (Cf.  N"  1150,  renv.  de  ii.  24). 

T.    VIII.  9 


130  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  lo42 

Accedit  verô  hiiic  nuncio  aliud  quidpiain  non  j)rorsùs  inaus- 
picatum  :  nompe  nararcJium  Turcée  vi  tempestaiis  cuni  mogna 
hominimi  naviumque  midtitudine  ojypi'essnm,  cum  -npà;  au/zf/a- 
yioc'j  Gain  contenderet  -.  Itaque  falsum  ea  spe  regem  non  medio- 
criter  ])orturbari.  Sod  et  Venetos  Turcœ  negavisso  transitum 
per  siiani  ditioneni,  quod  plerique  mirantur.  Famani  autem 
liane  j)ro})at  transmissum  ex  Oemia  in  Hispanias  italicum  sub- 
sidium  a  Marchione  Guaiasco  ^  quod  facile  prohibituri  Tnrae 
fiierant,  nisi  fato  ali(iuo  jjrofligati  tntuni  pi-a^l)ere  transitum 
liberunique  cogerentur.  Interea  fertur  de  Gallo  queri  Turcicam 
legatioiiem,  quod  minîis  sanctè  initis  stet  pactis,  et  nisi  prsestet 
pollicita,  nescio  quse,  prœdicere  bellum  ex  Pannoniis  adversùs 
ipsum  translatum  iri.  Sic  forte  constituit  Dominus  impiorum 
syncretismum  '  dissipare  tandem. 

Accipimus  varia,  imô  horrenda,  de  cojnarum  regicoion  in  Ger- 
mania  infer'wre  successibus  et  x>opulationihus  per  Flandriam 
exercitis  ~\  Manus  est  germanorum  mUitum  a  Geldrio  '^  coacta, 
quse  et  Loranium  improvisa  caepit  irruptione,  studiososque  cir- 
citer  quingentos,  solos  ausos  captis  armis  resistere  interemit, 
per  cfetera  verô  et  hanc  et  reliquas  urbes  reliquit,  nulli  '  cons- 
tituto  prsesidio,  versus  Pyremeos  montes  pro])erans  *,  reliquo 
illic  jungenda  exercitui,  qui  versus  Hispaniam  tendit,  ubi  Impe- 
rator  belli  molem  excipere  constituit  ".  In  Pannoniis  nihil,  ut 
audio,  perticitur.  Dominum  laudamus  quôd  nulla  dum  clades 
sit  accepta'".  Protestantes  fecerunt  quod  in  se  erat,  et  faciunt 

*  '■'  *  L'amiral  turc  envoyé  par  Soliman  était  le  famoux  Barherousse.  Il 
ne  fit  sa  jonction  avec  la  flotte  de  François  I  qu'en  1543  (Voy.  de  Ham- 
mer.  Hist.  de  l'empire  ottoman,  V,  350,  351).  L'alliance  entre  ces  deux 
monarques  datait  de  1534  (III,  250,  n.  3;  251,  n.  5),  et  elle  persistait,  au 
grand  scandale  d'une  partie  de  la  Chrétienté. 

^  Le  marquis  Alphonse  du  Guast,  gouverneur  du  Milanais  pour  l'Em- 
pereur (\TI,  201,  204). 

*  N"  1137,  notes. 

'  Guillaume,  duc  de  Clèves  et  de  Gueldre. 

'  Dans  l'édition  de  Brunswick  :  nullo. 

t-9  Prançois  I  faisait  investir  Perpignu)/  par  une  armée  de  quarante 
mille  hommes:  mais  la  défense  fut  très  vigourfuse.  A)i(lré  Doria  y  avait 
envoyé  par  mer  tout  ce  que  l'Empereur  avait  sauvé  d"artiLlerie  de  son  expé- 
dition d'Alger,  et  le  duc  d'Albe  commandait  dans  la  ville  (H.  Martin,  YIII, 
281,  282). 


i5l2  SlMOiN  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  131 

('tiaiiiiiuin,  scd  iiiliil  proliciiiiit  soli  et  i-('li(iii(ii-iiiii  auxilio  aut 
coniinoatu  ])Otiùs  atciiic  Ix'lli  ikm-vo.  pcccmiia.  destituti  ".  (^uaro 
aut  iiuhicia'  suscipicntuf.  vcroor  lualè  taiista',  aut  de  nova  cxpc- 
ditiono  lei'iscjue  exactionc  i)i'()vid(>n(lui{i,  (|uani  et  uioliri  tVruntur. 
Nos  quidcni  quietem  nimc  agimus  lui-,  sed  vereor  mule  pax  ut 
firma  duraturaque  store  Jiac  in  ecclesia possit ,  eo  durante  homine 
qui  ussertionem  sacri  munsterii  cmn  suis  pmiïbus  ])rohare  non 
ridefxr'^  :  quam  tamon  nos  nbmittoro  noquo  possuuuis  m'cpio 
debemus  :  coiistaiiter,  quaiitùiu  in  nol)is  est,  advi^ilaturi  uti 
niinistcrii  aguoscatur  autoritas.  s//nihoIorum  usus  sacer  augus- 
tusque  habeatur,  et  catholica  ccclcsiaruni  provehatur  ac  coiitir- 
metur  consensio  :  qua  in  ve  Christus  faxit  Doniinus,  ne  quid  vol 
per  ignaviam  vcl  iucogitantiam  comniittamus  nostrœ  (sic)  indi- 
gnuni  functioui  i)u])li(u'(iuo  ivditicationi  obfuturuni.  Pestis  in 
agro  nostro  germanico  recrudescit ,  quœ  et  a])suini)sit  nobis 
aliquot  exiniia  organa.  ut  in  cojjiosa  messe  operariorum  dej)lo- 
remus  penuriam.  Sed  et  liaec  Domini  nianus  est  ad  pœnitentiam 
vocautis.  Dominus  Jésus  te  servet,  et  nos  ama,  amantissinie 
Calvine.  Literis  tuis  obsecro  sa?p(^  nn'  interpella,  excita,  nione. 
Saluta  fratres  et  cooperarios  in  Domino.  Salvum  te  cu])iunt 
D.  I).  Contzen.,  Beat.,  G^-yw.,  Te^rtWîowM^s'^  jam  ducta  uxore  et 
locuplete  et  honesta  sponsus.  Bene  vale.  Seripsi  Bernie.  Ifi  Sep- 
temb.  Ainio  1042. 

T.  SlLTZERUS. 

(Inscriptio  :)  Eximio  Christi  servo  Domino  Joanni  Calvino, 
viro  doctissimo,  amieo  et  patrono  suo. 

'"  Cette  phrase  se  teriiiine  dans  l'oripinal  par  les  mots  suivants,  que 
Sultzer  a  biffés  :  «  sub  duce  tam  et  imjirnvido  et  infelici  Ferdh/ando.  • 

"  Ranke,  o.  c.  IV,  239-243,  donne  maints  détails  sur  l'imprévoyance  et 
le  désordre  qui  i)aralysèrent  l'armée  impériale  chargée  de  résister  aux  Turcs 
en  Hongrie. 

''■'  Allusion  au  pasteur  Erasme  Biffer. 

'^  Beatus  Geritiy,  Thomas  Gryn(cus  et  le  Jeune  professeur  Bernard 
Tillmann  (\T1,  286,  n.  13-U). 


132  JEAN    CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1342 


1159 

JEAN  CALMX  à  Piei'pe  Viret,  à  Lausanne, 
De  Genève  (entre  le  1:2  et  le  19  septembre  1542.) 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  106.  Calv.  Oi)]).  XL  442. 

Petis  ut  tuœ  prolixitati  igiioscam  '.  Ego  igitiir  ne  similem 
veniam  petere  abs  te  cogar,  non  modo  lirevis  ero,  sed  abscissus 
etiani.  De  Zehedœo  non  est  facile  consiliuni,  quia  parùm  proderit 
consultari  quod  exequi  simul  nequeRs.  Dujflicavitculpam  stidiee 
suœ  profecHoins  et  i)rofa)ii  jiirisJKrandi,  non  correxit-.  Li^tinam 
istis  docunientis  nionitus  aliquando  discat  non  ita  sibi  indulgere. 
Si  tibi  connnodum  esset  hue  usque  conimeare,  sermone  forte 
plus  quàni  literis  efficeremus.  Hoc  ])artim  dico  quia  Clcmdius 
Fraitcus  '  ad  suas  nuptias  vult  te  accersere,  quas  altero  ab  liinc 
Dominico  die  celel)rabit.  Sed  altiùs  specto  :  ut  scilicet  paululùm 
te  nobiscum  reticias  ex  illis  niolestiis,  quœ  te  excruciant  \  et 
simul  inter  nos  conferamus.  De  successore  '""  etiam  heesito.  Nemo 

^  Allusion  à  une  lettre  perdup. 

-  André  Zébédée  avait,  sans  doute,  entrepi'is  de  justifior,  devant  les  j^as- 
teurs  de  la  Classe  d'Yverdon,  son  adhésion  à  la  formule  de  Fierre  Kunîz 
(X"  1150,  n.  6). 

*  Sur  Claude  Frcoïc,  voyez  la  note  7  du  X°  11^3. 

■*  Dans  sa  lutte  incessante  contre  les  vices  et  les  désordres,  Viref  n  "était 
soutenu  ni  ]»ar  les  magistrats  lausannois,  ni  par  son  collègue  Béat  Comte, 
qui  se  montrait  peu  soucieux  de  conserver  l'estime  jjublique. 

°  Le  successeur  de  quiV  —  de  Zébédée,  ex-pasteur  de  la  ville  d'Orbe? 
—  Fribourg  Favait  suspendu  de  ses  fonctions,  le  5  juin  ÇS"  1127,  n.22), 
mais  Berne  lui  avait  aussitôt  substitué  Thomas  Malingre,  que  Zébédée  dut 
remplacer  à  Yrerdui/.  Il  faut  donc  chercher  ailleurs  le  jioste  (|ui  allait  deve- 
nir vacant. 

Nous  avons  lieu  de  croire  que  \'iref,  dans  la  lettre  à  laquelle  Calcin 
répond,  déplorait  la  conduite  légère  de  son  collègue  Béat  Comte,  qui  venait 
de  provoquer,  à  Lausanne,  des  commentaires  défavorables.  Le  Consistoire 
lausannois  s'était  occupé  de  lui.  et  la  fiasse  de  Lausanne  devait  prochaine- 
ment examiner  s'il  était  encore  digne  d'exercer  le  ministère  de  la  parole 
de  Dieu  (Voyez  la  lettre  de  Calvin  écrite  vers  le  S  décembre,  et  celle  du 
19  janvier  15-13). 


loi2  JEAN    CALVIN  A  PIERRE  VIRET.  A  LAUSANNE.  133 

enim  idonens  erit,  nisi  bene  exercitatiis.  'rnlciu  non  lialx'inns  luC 
ad  mannni.  Si  Cel  in  s  Whir  potiiis  adjicci-ct  aninuiiu  "  qiiàni  ad 
sclidlarnni  pra't'ccturani  ".  non  (lis|)ljc('rct.  yV/'^p/vM^Mcrô  suffici 
nescio  an  cxjx'diat  \  Utia  illa  me  c/irti  ai/fj/f  (te  torqnet,  tte  si 
diuiihs  differamus,  inquietîtsille  S2)iritfis''  tat/qiKnn  in  ntcnam 
possession e)n  iniiniput.  <,)uid  si  ad  Natalcni  istnc  ant  Nihiffiis  '° 
aut  alius  (juis])iani  conccdei'êt  :  ot  interea  dispicorenius  d(>  ccrtiore 
rationo  V  Hoc  dico  (juia  niliil  nn'liu^  occnrrit.  At(in('.  nt  fatcar. 
cnni  d(^  to  et  volns  omnibus  cogito.  fei-jà  exaninioi*.  Ohsccro 
tanien,  qiioad  i)Ossiim,  ut  sine  literis  aut  ali(|ua  status  tui  signi- 
ficationo  neniin(nn  liuc  venire  sinas. De  Iniberto  "  ita  ut  scripsi  '^ 
inihi  narratuni  fuerat  '■*  :  iniô  etiani  nrhe  aufugissr»  '*  et  se  aut 
lu  Germat/iam  aut  alio  procul  coutulisse  :  sed  non  niemini 
authoris.  Tumetsi  iUnni  Sfdvuni  cupio,  moriamnr  iamcii,  et  ipse 
et  nos  omnes,  quàm  nt  taie  crudelitatis  exemplum^'^  et  nostro 
secido  demus  et  ad  posteros  relinq^icnmts.  Vale.  tVater  integer- 
rime  et  niilii  in  Domino  charissime.  Saluta  omnes  amanter, 
Celium,  Imhertnm,  Bihittnm  et  familiam  tuam.  Iterum  vale. 

JOANNKS  CaLVLNLS  tUUS. 

Scripsi  turbato  animo.  et  tunudtuariè  ac  festinanter, 

(Inscriptio  :)  Petro  Mreto  jjastori  Lausancnsis  ecclesiae 
tideliss.,  fratri  et  amico  chariss, 

"  Celio  Curicme  parlait  donc  le  français.  i)uis(iii"il  est  ici  ])roposé  comme 
candidat  ]i(iur  une  charge  de  prédicateur  à  Lausanne. 

''  Ï\DI.  de  Berne  voulaient  confier  à  Curione  les  fonctions  de  ])rinci]ial 
{luâimarjixter)  du  Collège  de  Lausanne  (xchola  inferior.  ])ar  o])])()sition  à 
la  Haute-Ecole,  qu'on  ne  tarda  pas  à  décorer  du  nom  d'académie),  et  il 
devait  s'occuper  spécialement  des  XII  écoliers-pensionnaires  de  LL.  EE. 
(Cf.  les  X"*  1155,  n.  7,  1100.  n.  7). 

*  Hugues  Turtaz,  pasteur  à  Meyriez.  près  de  :\Iorat,  était  natif  de  la 
ville  d'Orbe  et  parent  de  la  femme  de  Viref. 

^  Dans  cet  «  esprit  in-ouillon  »  on  reconnaît  Zébédée. 
^'  Ce  personnage  était  peut-être  Hippohjle  liehit  nu  liihil.  qui   tigure, 
avec  ses  frères,  dans  le  Registre  du  Consistoire  de  (icn^vc.  ;iu  Hl   a^ût  1Ô13 
(Calv.  Oj)p.  XXI,  .SU)). 

^'  Probablement  Imbert  Faccokl,  ])rofessi'ur  d'iicbrcu  à  Lausanne.  Ndyez 
les  Indices  des  tomes  IV-\'n. 
'^  Encore  une  lettre  |ierilue. 
"  La  phrase  suivante  jusrprà  contulisse  est  écrite  à  la  marge. 


134  PIERRE  VIRET  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  lo'l2 


1160 

PIERRE  ^iRET  à  Jean  Gal\  in,  à  Genève. 
De  Lausanne,  19  septembre  1542. 

Autogr.  Bil)l.  Publ.  de  Genève.  Vol.  ii"  111^  Calv.  0pp.  XI,  443. 

S.  De  decano7imi  res'ponso  et  formula  Conzeni,  tecum  sentio 
plané,  de  qua  re  fortasse  aliàs  faniiliariùs  colloqucniiur.  Voluissem 
decanos  sectdos  nostrum  consil'mm.  Zehedcvum  non  ])otui  conve- 
nire  priusquam  classem  '  convocaret,  necduni  inilii  visiis  est 
postqnain  Berna  rediit  ^  quamvis  literis  à  me  seriô  et  instan- 
tissimè  vocatus.  Aliàs,  ecclesiœ  cum  alligatior  esset  ^  ob  levis- 
simas  quasque  causas  ciirsitabat  :  nunc  penè  solutus  \  vix 
evocari  ad  res  adniodum  necessarias  potest.  Noliiit  scholasticam 
conditioneni  admittere,  sed  quas  ob  causas,  nonduni  liabeo  satis 
compertum  :  quod  tamen  non  puto  sine  nuinine  factuni.  Nani 
ex  quo  bine  abiit  Crelius"%  cum  literis  nostris  comnicndatitiis, 
quibus  bominein  coininenda])amus  ut  dignus  videbatur,  accepit 
'prœfedus  literas  à  Senatu,  quibus  monetur  admissum  esse  Cœ- 
lium  ad  banc  conditioiiem  '',  ut  ei  domum  adornet  ^  et  collegium 

14-is  (^(.  passade  rosto  obscur.  On  ne  sait  pas  si  Imherf  s'était  enfui  de 
Lausanne  pour  éviter  la  peste,  qui  commençait  à  y  faire  des  victimes.  La 
«  cruauté  »  dont  on  l'accusait  aurait-elle  consisté  à  abandonner  sans  res- 
sources sa  femme  et  ses  enfiints?  Quoi  qu'il  en  soit,  Calri)i  continua  à  le 
faire  saluer  dans  les  lettres  qu'il  adressait  à  ses  amis  de  Lausanne. 

'  Sous-entendu  IrerrlHuensem. 

*  André  Zéhédée  pouvait  être  de  retour  de  Berne  depuis  le  iJl  août  ou 
le  1"  septembre. 

*  C'est-à-dire,  avant  le  5  juin  1542  (N°  précédent,  n.  5). 

*  Parce  qu'il  n'était  plus  le  pasteur  des  Évangéliques  d'Orbe. 

*  Celio  Curio)u  écrivait  à  Calvin,  le  7  septembre,  qu'il  repartirait  le  1.3 
pour  l'Italie.  Mais  il  s'était  déjà  mis  en  route,  le  7,  pour  Berne,  Zurich  et 
le  caiitoii  des  Grisons. 

®  Voyez  la  note  7  du  N"  ILoO. 

'  Maison  que  Celio  Curione  devait  habiter  avec  les  XII  écoliers-])en- 
sionnaires  de  MM.de  Berne  (t.  VI,  p.  340-.S 48).  Voyez  aussi  l'opuscule  de 
M.  le   i)rofesscur  Henri  Vuilleumier  intitulé  :   «  Les  douze  escholiers  de 


loi2  PIERRE  VIRET  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  135 

instruat  ea  qua  opus  est  suppollcctilc  Additur  i)ra'toi'ea  <'i  a 
Seiiatu  decrctuiii  salariuiii  400.  Ho.[ronoi'iiiii  |,  inodioi-inn  tritici 
3.  viiii  ciirriiiun  12.  aiit  H.  Puto  et  i)0cuiiias  ad  iiiiix'nsas  osse 
additas,  ut  coiiiuiodiùs  Imc  fanilUiim  traiisfcrret.  Prius(]naiu 
niilii  tua'  litene*  redderentur,  jaui  à  uohis  disc(>ssei'at,  quo  fac- 
tum  est  ut  tuas  (>i  rcddore  non  licuorit,  quas  rosignavi  et  asscr- 
vavi.  Quod  autcm  vororis  ne  se  coniiiiittat  periculiset  ])ra'judiciis, 
id  ultro  fac'turus  est  quod  consulis.  Non  enim  dccrevit  Fena- 
riam  pra^teriro  ^  Sed  de  his  jam  satis. 

Ucdeo  ad  tuas  literas  et  setiai nsconsultum  '".  Ut  ingénue  t'atear 
apud  te  quod  sentio,  est  quod  desidereni  in  hoc  negocio,  nec  dis- 
siniulavi.  I)i  ea  eram  sententia  ut  clarihs  eloqueremur  quod  sen- 
timus,  occurreremus periculis  etpriejudiciis  quee  tu  colligis  :  sed 
cdiis  "  visum  est,  ipsis  Uteris  '^  ha'c  omnia  satis  caveri  et  nostris 
occiirri  querelis.  Non  putaham  esse  in  certamen  descendendum, 
sed  minits  tamen  connivendum.  Sed  si  nostri  hac  in  j)ai'te  luere 
faciliores,  ne  ])utes  ab  aliis^-^  hanc  |)ensari  facilitatem  majore 
cura.  Video  et  audio  aliis  meliùs  esse  satisfadum,  nec  consti- 
tuisse  aliud  quidpiam  esse  respondendum.  Ad  ])rjefixani  diem 
Aîbonam^*  nie  contuli,  sed  aliarum  duaruni  classium '^  nemo 
adfuit,    Causatur    adversam    tempestatem    Pariatus  '^    Quid 

Mossiours.  Lausanne,  1886,  »  in-12.  —  Ernest  Chavannes.  Extraits  des 
Manuanx  du  Conseil  de  Lausanne,  II,  l.SO. 

*  La  lettre  de  Calvin  du  11  septembre  à  laquelle  ré})ond  Viret. 
®  C'est  à  Fernar  (jue  sa  famille  devait  le  rejoindre,  après  avoir  (juitté 
Lucques  sans  espoir  de  retour. 

'*  Les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  disent,  p.  444,  note  4.  à  ])ropos  de 
ce  décret  :  «  die  22  Augusti  factum,  non  15,  ut  Simlerus  habet.  »  Nous 
avons  vu,  au  contraire  (V  1147-1148),  que  la  date  donnée  par  Simler  est 
exacte. 

*^  C'est-à-dire  :  ses  collègues  de  la  Classe  de  Lausanne. 

'^  Le  mandement  du  15  août,  adressé  aux  six  Classes  du  Pays  romand 
(X"  1147). 

^*  Viret  désigne  ici  les  autres  Classes,  dont  la  décision  tut,  (}u"il  n'y 
avait  rien  à  répondre  au  mandement  de  LL.  EE. 

'*  Dans  la  ville  à''Auhonne,  située  à  4  lieues  0.  de  Lausanne,  devaient 
se  réunir  les  deux  Classes  indiquées  ])lus  bas,  et  celle  de  Mortes. 

"  Les  Classes  de  Thonon  et  de  Gex,  comme  on  le  voit  ])ar  les  deux 
phrases  suivantes. 

'^  Selon  Gérard  Pariât,  doyen  de  la  Classe  de  Tlionon,  le  mauvais 
temps  avait  empêché  ses  collègues  de  traverser  le  lac. 


136  PIERRE  TIRET  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1342 

Oaierises^'  inipcdivcrit,  me  latet.  I)al)0  operam  ut  uosiris  ad 
Seuaium  literis  respoiidcatur  qiiàm  fiori  potorit  mitissimè,  sed 
ita  ut  non  penitùs  malè  consulatur  nostrœ  libcrtati  '^ 

Colligis  multa  incommoda,  qa^e  tametsi  satis  apertè  inde  con- 
seq^ii  videantur,  non  arhitror  tamen  eb  sj)ectare  auiores  '  '\  Toti  eb 
rajiiui/tnr  ni  papismuni  et  hdlieranismum  excludant  :  qnam 
causam  ita  agunt,  7(t  prseclude?'e  viam  ad  omnem  disciplinam 
ecclesiasticam  videantur,  ipianivis  certô  sciam  i)lurimos  osse  ex 
eoruin  numéro,  qui  non  postremas  partes  in  bac  contre versia 
tenuerunt,  qui  secîis  sentiant.  Nam  quura  de  aliis  quibusdam  riti- 
bus,  ac  praesertim  excommunicatione,  nibil  actum  sit  in  Disjjuta- 
tione  ^^  ne  putes  eos  tam  latè  voluisse  suum  edictum  extendere, 
neque  niiniis  pênes  nos  ejus  interi)retationeni  quàm  ipsos  au- 
tores  futuram  arbitror.  Qubd  si  tyrannidem  exercere  velint, 
poterunt  etiam  sine  idlo  suo  edicto  :  sed  video  aliter  affectos, 
quamvis  nos  non  opoîieat  nimis  esse  securos  et  posteritatis  négli- 
gentes. Porrô,  quod  scribis  «  nos  ignota  approbare,  »  verum  sanè 
esset  si  Bern[ens^s^^  tantùm  disputatio  jjroponeretur,  sed  huic 
Lausannensem  annectunt,  in  qua  quid  actum  sit.  tu  testis  es-'. 
Tametsi  non  omnia  ad  unguem  ex])ressa  sint.  nibil  tamen  obsti- 
terit  quo  minus  clarior  et  fusior  doctrina  tradi  possit,  modo  ea 
adhibeatur  cautio,  ne  quid  durius  excidat.  Qui  infensiores  bostes 
visi  sunt  in  bac  causa  et  acriores  receptœ  opinionis  ])ropugna- 
tores,  non  otïenduntur  tua  ([uam  ])rotiteris  in  Institutionihus 
sententia",  nec  aliis  forte,  si  te  tuorum  verljorum  audirent  inter- 
prètent Multa  in  nobis  sitasunt.  si  modo  prudentes  simus  dispen- 
satores.  Faciam  ut  exemplaria  videas  nostrarum  literarum  - '. 

"  Gaienses,  ceux  du  Pays  de  Gex,  près  de  Geuève.  Yiret  avait  d'abord 
écrit  lacob.,  qu'il  a  effacé  :  c'était  le  prénom  de  Cainerle,  doyen  de  la 
Classe  de  Gex. 

^^  La  Classe  de  Lausanne  cliargea,  en  effet.  Fun  de  ses  membres  de  com- 
poser une  réponse  au  mandement  de  MM.  de  Berne  (Voyez  la  note  2.S). 

'^  Le  juçrement  que  Viref  porte  ici  sur  les  dispositions  du  gouvernement 
bernois,  jjouvait,  en  1542,  pai-aitre  équitable.  Mais  la  crise  ecclésiastique  de 
1558  donna  raison  à  la  clairvoyance  de  Calrhi. 

^^  La  Dispute  de  Berne  de  1528. 

2'  Voyez,  sur  la  présence  de  Ctilrlu  à  la  Dispute  de  Lausanne  (octobre 
15.SG),  le  t.  IV,  p.  88,  note  11. 

^'^  Dans  la  seconde  édition  de  rinslituiinn  chrétienne  (Argentorati,  1539), 
Calvin  traite  de  l'excommunication  dans  le  chap.  IV,  ji.  145,  146. 


loiâ  JEAN  CALVIN  A  PIEHRK  VIRET.    A  LAUSANNE.  137 

Caetorùm.  de  Scbastkmo  ^'*  ncscio  qiiid  scrili.nii.  iiisi  (luod  à 
ini'  aiidivisti.  Doleo  tibi  tantum  esse  niolostiai-inii.  Xegelins  ^' 
Bei'ncnn  rediens  mxJtis  apud  mp  commendavit  humaniUdem  et 
civïliMem  Genevathnn  :  iiui  vid('tui'.^iuilii  et  iii  te  et  civitatcm 
non  nialè  atfoctus.  Ego.  quoad  ojus  ticri  liotuit.  conatiis  suni  liane 
oi  ojjinioncm  augero  et  confirniare.  Hic  ta])ollarins  tibi  notus 
refoirt  qum  de  Farello  audivit  Xeocomi.  Saiuta  onincs  nico 
noniino.  Nnstri  to  salutant.  Valc  Lausanna\  V.)  So|)t.  1")4'2. 

Tuiis  P.  VlHKTUS. 

(Inscriptio  :)  Pietato  ot  oruditiono  ornatiss.  Joanni  Calvino, 
Verbi  ministro  fidcliss.  Genevse. 


IIOI 

JEAN  CALVIN  à  Pierre  Viret,  à  Lausanne. 
De  Genève,  25  septembre  1512. 

Copie  contemjjor.  P>ibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  190. 
Calv.  Oi)]).  XI,  445. 

Hic  f rater,  sicnt  nosti.  {•oinniendatitias  niilii  attnlit  a  Mat- 
tJi^'o  '  quas  tibi  remitto.  ut  videas  quidnani  à  me  |)('tat.  Id  ciiini 
nieliùs  fore  censui  qnàni  verbis  mois  id  refci-rc.  Niiuc  si  (|ua 
erit  ratio  ipsuni  adjuvandi,  rogatuni  te  vdini  ut  oix^ram  ei 
tuani   imix'udas.   Quanidiu   (niini    hic   a|)ud   nos   fuit,  seuipcr 

^'  Au  jugement  de  Caîrin  (S"  IIG.S,  renv.  de  ii.  4),  cette  réponse  était 
«  courageuse  et  assez  énergique.  » 

^^  Sébastien  ChâteiUon. 

^*  Selon  les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin,  ji.  44.5,  note  11.  c'était  «  Sébas- 
tien Nœgueli,  bailli  de  Lausanne.  ..  Il  l'avait  été  jusqu'en  1.541  ;  mais  en 
1.542,  cette  charge  était  remplie  par  Antoine  TiUier. 

^  Nous  sommes  disj)Osé  à  croire  que  ce  Mutthœus  était  «  Tanii  com- 
mun •>  de  Calvin  et  de  Sultzer  (Voy.  la  lettre  de  celui-ci  datée  du  .31  jan- 
vier 154.S),  et  qu'à  l'aide  de  futurs  indices  il  pourrait  être  identifié  avec 
Matthieu  Blancli,  élu  régent  de  l'école  de  Xyon.  le  lit  octobre  1536 
(IV,  92). 


138  SIMON  SLLTZER  A  JKAN    CALVLN,  A  GENÈVE.  loi2 

optima  signa  dare  mihi  visus  est  recti  ac  simi)li(;is  animi  :  quod 
snmmum  est  ac  prfecipiiiini.  Doindo,  quantum  i)otui  observare, 
si  ad  nnmus  aliquod  adliil)itus  fiierit,  sedulô  ac  diligont(n-  in  eo 
Yorsabitur.  Postremô,  ntciinquo  non  sit  doctissimus,  tamen  purœ 
doctrine  studiosus  a])i)arot.  Hoc  ])i'8etorea  mo  movet,  quôd  non 
parîun  rcf(»ret,  ouni  qni  locuni  obtinobit  ad  quem  adspirat,  tibi 
esse  obstrictum,  et  esse  non  niahini.  Matthœus  autem,  ut  vides, 
vehementer  laborat,  nec  cessaljit  pro  sua  parte,  donec  aliquid 
efficiat.  Nunc  si  suffragationeni  tuani  addas,  uterque  tibi  fiet 
conjunctior.  Faciès  igitur  quod  iidei  officiique  tui  esse  statues. 
Vale.  Hodie  literas  per  Nicolaum'^  scribam.  1542.  2.5  Septem- 
bris. 

Jo.  Calvinus  tuus. 

(InscripHo  :)  Petro  Vireto,   Lausannensis  ecclesiœ  pastori, 
fratri  mihi  cliarissimo. 


1162 

SIMON  SULTZER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  4  octobre  154:2. 

Copie  moderne  '.  Bibl.  nationale.  Coll.  du  Puy,  t.  102. 
Calv.  (3pp.  XI,  452. 

Salve,  mi  amantissime  et  observande  frater.  Non  injuria  mi- 
raris  in  tam  grœvi  ecclesiœ  nostrœ  tempestate,  qua  nuper  tantùm 
non  semel  est  obruta,  tam  ])erti)iax  nostrimi  sileutium,  quij)pe 
qui  nec  instans  periculum  nec  invalescens  certamen,  nec  deniquè 
totius  hujus  ti'agœdia3  historiam  perscripserimus  amico,  qui 
nimirum  et  consiliis  et  consolatione  adesse  nobis  in  tanta  neces- 
sitate  i)oterat.  Verhm  mirari  desines,  in  ipsa  saltem  adione 
niJiil  [te]  literarum  accepisse,  si  intelligas  quoi  res  siniul  nos 

*  Probiibloment  Nicolas  Le  Ferf  (VIT,  16),  beau -père  d'Antoine 
Calvin. 

*  Ecrite  au  siècle  passé  et  très  imparfaite.  Nous  en  avons  corrigé  quel- 
ques fautes,  sans  les  signaler. 


loi2  SIMON  SLLTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  139 


omnes  occuparint ,  (nii])|)('  (|iii  vcliit  in  altissinia  pacc  ameutes 
niliil  iiialonnii  non  solinn  cxpcctahatm-  (sic),  veriini  ih'  \)vy 
sonininm  quidcni  i)r<ec'Ogita])atni",  duni  iiiccndiuni  UIp  noster-, 
iinius  lioiw  sj)atio  sic  cxcitavit.  ctf'ii'sa  scnicl  (luani  aluri-aî  suit 
ppctorc  virulontia,  ut  jani.  (iiiod  alibi  Hi«n"0  scribit,  lainbcivt 
ignis  t(\'ta  latcijnc  jx'rva.iians  vastarct  oninia.  Sic  etenim i))ope- 
ruhatur  illico  in  eo  tiegotio,  ut  ne  nohis  qnidem  inter  nos  conce- 
deretur  jtisia  deUherandi  facuUas,  nedum,  qnod  (^t  jiar  orat  ot 
nos  unicè  liagitabanuis,  iit  conferre  cum  idiis  passim  Jmtribus 
in  re  tantaliceret.  Satisque  adparehat  jam  ad  certum  tenvporis 
articulum  cmiagonista'  fuisse  medit<d<t  pra'imratctque  onuiia. 
Triduo  enim  et  cœpta  est  et  (d)solutu  causa  ^  Nos  igitiu*.  (|uod 
uniini  licebat,  ])rocibus  ad  Dominum  confuginius,  cujns  nianuni 
in  ii)sa  contlietus  dy.ij.Yi  sanè  ancipiti  ot  poriculosa  jjotcntcr  sen- 
simus  :  ceciderutque  tum  2)7  a  voto  quam  puhlice  acceperam  [1.  ac- 
ceperamus  ?]  a  Consule  sententia,  doctrinœ  libertatem  relin- 
quens  pdcemqne  comme)/dans  *.  Itaquo  tum  contenti  al)undè  et 
cum  gaiulio  discossimus, 

Yerîmi  hoc  idem  mox  aconito  temperavit  nescio  quorum  raf ri- 
des, ut  tabula'  t/egotii  testifficatrices^  non  solimi  diversa,  rermn 
[1.  verùm]  et  pugnantia  resj)onso  dato  complecterentur,  quibus  et 
confessionis  Basiliensis  usas  et  Catechismi  a  Bucero  rep)urgati 
penitùs  negabcdur  ''.  Quod  cum  nos  [non  \  recepturos  animadverte- 
rent,  convoccdo  minore,  mox  etiam  majore  Senatu,  transigenda 
curaverunt''  principes  civitatis  eudem  qua  priùs  festinatione,  ut 

2  ui  11  Lp  pasteur  Erasme  Bit  ter. 

*  Le  différend  datait  de  loin,  mais  la  crise  qui  le  termina,  en  apparence, 
n'avait  duré  que  trois  ou  quatre  jours  (X"  1147,  n.  2,  3,  10,  13).  Selon 
Hundeshagen,  o]>.  cit.  p.  165,  cette  crise  fut  ])rovoquée  par  Pierre  Knntz, 
qu'on  accusait,  à  Zurich,  d'avoir  répandu  secrètement  des  écrits  contre  la 
doctrine  zwinglienne  de  la  sainte  Cène  (Voy.  Fiislin,  o.  c,  p.  210).  liitter 
attaqua  Pierre  Kuntz  à  ])ropos  d'un  sermon  sur  la  charité,  dans  lequel 
celui-ci  avait  soutenu  qu'elle  interdisait  à  une  église  particulière  de  se 
séparer  des  autres.  Kuntz  faisait  sans  doute  allusion  aux  attaques  de  liitter, 
quand  il  disait,  le  lundi  31  juillet,  devant  le  Petit  Conseil  :  «  On  a  entendu 
comme  j'ai  été  hlessé,  hier,  jiar  des  railleries  eni]inisonnées.  »  (Trad.  de 
l'ail.  Manuel  du  d.  jour). 

*  Voyez  le  X"  1147,  note  10. 

^'^  C'était  une  copie  de  ronloiinance  du  3  août,  qui.  sur  quelques  ])oints, 
disait  le  contraire  de  celle  du  2  (N"  1147,  n.  13.  15-1(!). 


140  SIMON  Sl'LTZKR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1342 

110  tiim  qiiidom  coiniiiunicari  ciiiii  aliis  negotium  liorot  intogriim 
nobis,  iiisi  quôd  ego,  iioscio  qiiid  pneseiitiens,  pi'oi)riiim  meis 
sumiitibus  tabollo])]ioriim  ad  1).  Mycon.[rum*]  iiiisi :  à  (jun  vciioii- 
tiiiain  coiisolatioïK'iii  taiitùm  accepimus. 

Iiitolligitis  ^  igitiir,  mi  Calviiio,  te  niilla  iiegligontia  iicque 
obliviono  tui  esso  ])r?etoritiim.  Scd  quôd  no  catastroplion  qiiidom 
tragœdiœ  perscripsorim,  iiidc  factum  ost  quôd  ot  nollom  to 
iiimirum  ejus  historiœ  dy.poxax-i  lassatuni  douuô  fatigare,  et 
quôd  Yiretum,  qui jjostremo  eventui  interfuerat^",  ipsum  enar- 

'  Nous  résumons  lo  second  tiers  du  procès-verbal  du  15  août  : 

Les  quatre  prédicaots  ont  encore  présenté  leur  requête  d'hier  (Cf.  p.  100 
au  bas).  Cependant  SuHser  et  Schrnid  se  sont  engagés  à  expliquer  les  mots 
[obscurs]  qui  causent  du  mécontentement.  Là-dessus  on  décide  :  Primo,  que 
[le  secrétaire]  Nicolas  ZurKiiideu  n'a  point  failli  en  n'écrivant  [pour  les  mi- 
nistres?] que  l'ordonnance  qui  a  été  en  premier  lieu  adoptée  par  le  Petit  Con- 
seil et  ensuite  par  celui  des  Bourgeois,  mais  qu'il  est  entièrement  justifié 
de  cela.  Quant  à  cette  observation  des  quatre  ])rédicants,  qu'on  leur  a  donné 
par  écrit  une  autre  réponse  que  celle  qui  leur  a  été  faite  oralement  par 
M.  VAvoyei-,  —  mes  Seigneurs  éprouvent  un  grand  déplaisir  de  ce  que 
les  prédicants  allèguent  si  souvent  que  mes  Seigneurs  veulent  leur  «  inter- 
dire »  la  Parole  de  Dieu....  Cela  n'est  pas.  Mais  puisqu'ils  demandent 
qu'on  Jes  laisse  entièrement  au  bénéfice  de  la  première  ordonnance,  et 
que  la  Confession  [de  Bâle~\  soit  conservée,  et  que  le  dernier  Catéchisme 
ne  soit  pas  changé...,  mes  Seigneurs  veulent  bien  qu'ils  prêchent  en  toute 
liberté  la  Parole  de  Dieu,  et  qu'ils  se  servent  de  la  Confession  et  du  [der- 
nier] Catéchisme.  Toutefois,  à  cause  qu'il  s'y  trouve  des  mots  obscurs  et 
inusités  ici...  (Voyez,  pour  la  suite,  le  N"  1147,  p.  101,  dès  la  2""^  ligne). 
Et,  après  leur  avoir  fait  cette  concession,  le  Conseil  leur  adressa  les  exhor- 
tations que  nous  avons  mentionnées  plus  haut  (p.  102-103,  note  24). 

Si  nous  avons  bien  compris  ce  procès-verbal  du  15  août,  Pierre  Kuntz 
et  ses  trois  collègues  auraient  finalement  obtenu  gain  de  cause,  relativement 
à  la  Confession  de  Bâle  :  ce  qui  expliquerait  leur  soumission  (X"  1147, 
n.  24). 

*  Osicaîd  Myconius,  autistes  de  l'Église  de  Bâle.  Melchior  Kirchhofer 
(Biogra])hie  de  Myconius.  Zurich,  1813,  ji.  340)  dit  que  les  pasteurs 
bernois  s'adressèrent  aussi  à  Théodore  Brand,  chef  des  tribus  de  Bâle  ; 
que  Mifconius  recommanda  la  modération  à  ses  collègues  de  Berne,  et 
qu'il  leur  écrivit  que  la  chaire  sainte  n'était  pas  faite  pour  la  polémique. 

^  Une  phrase  précédente  :  Non  injuria  miraris,  etc.,  fait  allusion  à  une 
lettre  réccute  de  Calvin.  Intelligitis  semblerait  annoncer  qu'il  avait  parlé 
aussi  au  nom  de  Viret. 

'<*  Viret  était  parti  ])our  Xeuchâtel  le  9  août  (X"  1144).  Il  put  arriver  à 
Berne  le  12  ou  le  13  :  mais  le  Manuel  du  Conseil  ne  dit  rien  de  lui. 


1342  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,   A  I.AISAN.NE.  141 

rcdiintm  sii///iil(i  coiijicieham.  ^\'I•ùlll  >^i  (|iii(l  est  oa  in  j)ai"t(' 
])arùm  officiosa  cessatioiic  ix'ccatiiin  à  me  |»i-a'stitiiiii.  ciiiiio  g'ra- 
tiam  milii  ticri.  Qiii(l(|iiid  ciiiiii  (lciii(c|)s  coiitigcrit,  faxo  (iiuim 
l)riinîiiii  iiitclli.uas.  ([iii  nos  et  coiisilii)  et  |)i-i'cil)iis  juvarc  pliiri- 
iiiùin  potes.  Nain  )ios  quidem  pucem  Ecdesue  coi/stai/tc)»,  nf 
02)tare  2)ossiiïn[ns\,  ita  sperare  non  2)ossu))i\hs\,  qnamlo  novimus 
nndeqxaqtie  dodruue  syncmiori  nohisqite  paratas  insidius, 
neque  liomit/em  isf/iui  "  qiioad  vivit  coi/quiescere  posse.  Sic  est 
justuni  judicinm  Doniini  in  noshisrationiljns  nos  (ut  scribitis  '-) 
])robantis  et  lininiliantis.  vScd  ])('rd('t  idem  (jui  loqnuntnr  nicn- 
dacium.  et  vir  linguosus  non  dirigctnr  in  terra  et  ineidct  in 
foveani  (luani  fecit.  Donet  inodô  nobis  Cliristns  ut  constanter 
libereque  stare  in  veritate' '  atque  certare  j)ossinius.  patienterque 
omnes  Satana?  insiiltus  sustinere  citra  aniarulentite  rationein  ''; 
liis  enim  solis  arinis  liostis  vincitur.  Causam  hanc  Cliristi  esse 
et  ecclesiarum  novimus  :  (luô  niagis  advigilare  i)ar  est,  ne  (juid 
l)er  incogitantiain  et  nobis  et  niinisterio  indigiiuni  comniitta- 
mus.  Oi)to  rerum  tuaruni  ecclesiaeque  statum  istic  signilïices. 
Yale.  mi  fratcr  observande,  et  nos  ama.  Pluribus  in  prascntia- 
rum  non  lie<'l)at.  Scri])si  4='  Octobris  1542. 

T.  Slltzerls 


1 J  r)3 

JEAX  CAL^ix  à  Pierre  Viret.  à  Lausanne. 
De- Genève  (5  octobre  ?  1542.J 

Copie  contem])or.  Bibl.  Publ.  d"  (ienève.  Vol.  n'  1]]  ii. 
Calv.  ()p|t.  XI.  446. 

Soins  le(je\  Qno  die  tilii   pci-  Xicohuim  scripîurus  ci-am 


'-'  D.'iiis  réclitioii  (le  Brunswick,  scrihifur. 
**  Ibidem  :  pro  verifnte. 
^*  Ibidem  :  stationem  (V). 

'  Ces  deux  mots  sont  écrits  à  la  maru-e. 

-  Voyez  la  tin  de  la  lettre  de  Calvin  du  25  se])tend)re, 


142  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  lol2 

aliud  negocium  intorvonit  :  quo  factum  est  ut  non  pi-œstitoi-im 
quod  rec(^poram.  Nunc  cum  nuncinin  ad  te  qua'rerem,  hic  frater 
cominodùm  niilii  oblatus  est,  nisi  quôd  rogabat  ut  statim  resj)on- 
derem.  Verùni  cum  excusareni  me  non  tam  citô  posse,  quoniam 
instaret  hora  consistorii  '\  non  difficulté!-  niihi  totum  diem  con- 
cessit.  Quia  autem  ne  sic  quidem  niultum  teinporis  mihi  restât, 
singula  de  quibus  tecum  agere  institui  breviter  perstringam. 

Literie  ad  Senatum  \,  quando  aliud  remedium,  quod  mihi 
videbatur  nielius,  subhitum  est,  vehemenier  placent.  Siint  enini 
satis  viriles  et  animosœ.  Deinde  viam prœcludunt  malis  ac  tyran- 
nids  exemplis.  Erasmum  ^  judico  nimis  molliter  tracta^-i,  prœ- 
sertim  cum  alii'^  duriùs  castigentur,  (jui  et  meliorem  causam 
habuerunt,  nisi  fallor,  et  minîis  in  agendo  peccarunt.  Neque 
tamen  hoc  ideo  dico,  quia  velim  vos  illis  adulari  ;  sed  videndum 
vobis  est  ne,  duni  i)lures  meritô  reprehenditis,  videamini  in 
simili  causa  uni  parcere.  Utcunque  sit,  res  tamen  meliùs  habet 
quàm  sperare  ausus  fuissem.  Faxit  Dominus  ut  litera'  restrœ 
bene  ab  hominibus  exaudiantur  '. 

De  bonis  ecclesiasticis  nihil  ferè  hal)eo  prœter  auditum  \  Di- 

"  Le  Consistoire  se  réunissait  ordinairement  le  jeudi.  Le  Registre  de  ce 
corjis  ne  mentionnant  point  de  séance  au  jeudi  28  septembre,  on  peut  en 
conclure  que  Calvin  parle  ici  de  celle  du  jeudi  5  octobre. 

"•  C'est  la  lettre  que  la  Classe  de  Lausanne  se  proposait  d'adresser  à 
MM.  de  Berne,  en  réponse  à  leur  mandement  du  l.ô  août. 

*  Le  pasteur  bernois  Erasme  Biiter. 

*  Ceux  des  collègues  de  Ritter  qui  étaient  partisans  de  la  doctrine  de 
Bucer  sur  la  sainte  Cène. 

^  Cette  lettre  que  la  Classe  de  Lausanne  se  proposait  d'adresser  au 
Conseil  de  Berne  n'a  pas  été  conservée.  Il  paraît  que  la  Classe  différa 
d'abord  de  l'envoyer,  puis  résolut  d'en  faire  remanier  le  texte,  en  y  ajou- 
tant des  représentations  sur  la  vente  des  biens  ecclésiastiques  (Voy.  la 
lettre  du  1"  novembre  suivant). 

*  Dans  sa  lettre  du  19  septembre,  Viret  ne  disait  rien  de  la  vente  des 
biens  d'Église;  mais,  quelques  jours  plus  tard,  il  demanda  l'avis  de  Calvin 
sur  cette  question,  qui  venait  de  prendre  une  importance  toute  nouvelle. 

Après  leur  conquête  du  Pays  romand,  MM.  de  Berne  avaient  mis  la 
main  sur  les  biens  ecclésiastiques,  et  ils  en  avaient  d'abord  disposé  avec 
justice  et  prudence.  Ils  en  donnèrent  une  partie  aux  villes  et  aux  commu- 
nautés pour  les  écoles  et  les  établissements  de  bienfoisance  ;  une  autre 
partie  fut  consacrée  ta  l'entretien  des  ministres  et  à  la  fondation  de  l'aca- 
démie de  Lausanne.  Quelques  biens,  il  est  vrai,  furent  vendus  à  des 
particuliers  (Voyez  Ruchat,  IV,  395-405).  Mais,  en  1542,  tout  le  reste,  et 


1542  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  I  43 

cam  igitiir  primùni  quid  andierim,  deinde  quid  sentiam.  Pro- 
scripsei'unt  quidquid  ci-at  eensuuiii  ac  l'cdituum  se  vciulitiiros 
hac  loge,  ut  pars  ad  inaimiii  imiiK^rarotur,  <'x  roliciua  suinina 
conficorotur  anima  ponsio.  Addiiiit  ''(»xcoj)tion(>iH.  ne  diutius 
asserant  ac  tucaiitiir  possossioneiu  (>m])toril)us  donec  |)rovinciam 
obtinebunt  ^  Hac  conditione  omit  Petrus  Vendelius  '"  i)rioratum 
millo  quingontis  coroiiatis  ;  alii  vitos,  alii  agros,  alii  domos.  lam 
quid  sentire  2)0ssim,  ipse  per  te  covjicies.  Vides  (diet/atioiiem 
fieri,  Ecdesiam  relbiqui  nudam,  ut  mugistratus  dei  quasi  de  suo 
quantum  lihuerit^\-  qubd  si  officia  sno  non  satisfaciat,  possit 
eam  ipsam  jwrtionem  quant  distrihuet  imimtare  '^  et  de  ea  aufe- 
renda  minari.  Vobis  autom  quid  facioiiduni  sit  non  est  facile 
oxplicaro,  prœsertim  cum  i)auci  sint  qui  so  niagno  animo  invidiie 
objicero  audoant,  j)luros  connivondo  malint  i)artos  suas  doserere, 
atquo  ita  retinero  hominum  gratiam,  quàm  constanter  ac  for- 

il  était  considérable,  fut  adjugé  au  trésor  public.  La  première  mention  de 
cette  vente  générale  se  trouve  dans  le  Manuel  du  Conseil  au  31  juillet  1542. 
L'avoyer  Nœgueli  et  le  trésorier  Augshurger  furent  députés  ad  hoc.  Ils 
reçurent  leurs  instructions  le  4  octobre. 

«Au  mois  d'octobre  (dit  Pierrefleur,  p.  216),  furent  envoyés  de  Berne 
certains  commis  et  ambassadeurs  ayant  charge  de  vendre  tous  bénéiîces, 
comme  priorez,  cures,  chapelles,  terres,  vignes,  prez  et  autres  possessions 
estans  du  bien  des  églises,  quels  qu'ils  fussent,  réservez  les  diesmes  et 
censés,  qu'ils  retenoyent  à  eux,  au  plus  offrant  et  dernier  enchérissant.  » 
Le  grand  nombre  des  domaines  mis  en  vente  à  la  fois  devait  éveiller  les 
inquiétudes  de  nos  Réformateurs. 

^  Cette  réserve  était  de  rigueur.  Nous  lisons  dans  un  extrait  des  Registres 
du  Conseil  de  Genève  :  «  Le  25  août  1542,  le  roy  des  Romains  [Ferd/iiand] 
demande  que  MM.  de  Berne  ayent  à  restituer  la  Savoye  à  son  Prince  : 
ce  qu'ils  n'ont  voulu  faire.  »  Et,  au  28  :  <■  Sur  le  déjjart  (la  décision  des 
arbitres)  de  Bâle,  que  M]NL  de  Berne  ne  veulent  pas  tenir  à  cause  des 
deux  articles  [en  litige],  a  été  arrêté  que  l'on  prenne  patience  pendant 
qu'ils  tiendronf  le  paï.f,  et  non  autrement.  »  (Voy.  A.  Roget,  o.  c.  Il,  92). 

'"  Pierre  Wandel.  membre  du  Petit  Conseil  de  Genève,  depuis  1540,  et 
ancien  capitaine  général  (III,  .876  ;  Y,  27.  —  A.  Roget,  o.  c.  I,  28,  .88). 

^^  Calvin  avait  déjà  qualifié,  devant  le  Conseil  de  Genève,  l'aliénation 
des  biens  d'Église  (N"  1141). 

'*  Impuiare  est  très  lisible  dans  la  cojtie  de  Jonvilliers.  Il  suffit  de 
suppléer  le  mot  sibi,  que  l'écrivain  aura  omis  dans  la  hâte  de  la  com])0- 
sition,  et  l'on  obtiendra  un  sens  naturel.  On  a  proposé  la  variante  ompu- 
tare  ;  mais  ce  verbe,  suivi  de  el  de  ea  auferenda  minari.  aurait  formé,  ce 
nous  semble,  un  pléonasme. 


144  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1542 

titer  loquondo  incurrcrc  in  oftonsioneni.  In  hoc  autcm  negocio 
niliil  agitiir  sine  consensu.  Ergo  frustra  aliquid  inchoare  stii- 
deas,  nisi  omnes  haboas  tibi  conjunctos.  Hoc  tamen  certè  à  nobis 
praestandum  est,  ne  aut  verl)is  aut  uUa  alia  signiticatione  rem 
non  bonam  ap])ro])einus. 

Gaudeo  quôd  nuper  me  non  frustra  fatigaverim  scribendo  in 
Italium,  quando  litenie  mete  in  temjjore  venire  non  poterant  ' '. 
Hahemus  hic  quoque  alterum  Italum,  homhtem  senem,  et  ipso 
aspectu  reverendum.  Fidt  apïid  suos  marpue  (Ufflioritafis^*.  Hîc 
vivit  suniptu  suo.  Si  poterit  linguam  discere,  erit  aliquando 
summopere,  ut  spero,  utilis. 

"  Ses  lettres  seraient  parvenues  à  Lausanne  après  le  départ  de  Curione 
pour  V Italie  (X"  1155,  n.  7). 

"  C'était  le  célèbre  prédicateur  Bernardino  Ochino,  appelé  parfois  eu 
latiu  Ocellus.  Né  à  Sienne  (1487),  il  s'affilia  de  bonue  heure  aux  Francis- 
cains de  l'Observance,  puis  aux  Capucins  (1534),  parce  qu'il  trouvait  leur 
règle  plus  sévère.  Ils  le  nommèrent  vicaire  général  en  1538  et  en  1541.  A 
cette  dernière  époque,  l'étude  approfondie  de  la  Bible  l'avait  pénétré  des 
doctrines  évangéliques,  et  il  en  était  venu  à  i)roclamer  ouvertement  la 
justification  par  la  foi,  mais  sans  attaquer  les  abus  et  les  erreurs  de  l'Église 
romaine.  Toutes  les  villes  où  il  prêchait  étaient  ravies  de  son 'éloquence. 
A  Moâène,  eu  1540,  on  commença  à  suspecter  son  orthodoxie.  Ajant  été 
envoyé  à  Venise  pour  y  prêcher  iiendant  le  carême  de  1542,  il  fut 
surveillé  de  très  près,  sur  l'ordre  du  pape,  et  bientôt  dénoncé.  Bullinger, 
énumérant  les  réfugiés  italiens  qui  s'arrêtèrent  à  Zurich  (août-septembre) 
parle  A^ Ochino  en  ces  termes  :  «  D.  Bernardinus  Senensis,  vir  insignis 
sanctimonia  et  eruditione,  venerandus  senex  et  canus,  procera?  statura^  et 
miram  prse  se  fereus  majestatem....  Mansit  apud  nos  per  biduum,  de  rébus 
religionis  nobiscum  coUocutus.  Brevia  nobis  apostolica  complura  exhibebat, 
quae  à  pontifice  Paulo  acceperat,  jubente  illum  primo  Januensihus  [scil. 
Genue>isihus],  dein  Florentinis,  inde  Venetis  ])ra^dicare.  Ubi  autem 
sensisset  ipsum  Christum  ])rs'dicare,  misso  brevi  apostolico  Momain  ipsum 
evocat  :  abit  vir  fortis,  sed  Florentim  pi'ohibetur  et  in  Germaniam  able- 
gatur  à  plis,  perhibentibus  Romce  paratum  \\)û  certum  exitium.  Abiitergo 
Genevani  tandem,  ibi  suis  sumptibus  victurus,  propter  Ifalire  confinium. 
Curât  autem  plurimos  ibi  sermones  Italica  lingua  scriptos  imprimi  et  inde 
transportari  in  Italiain....  Habet  autem  non  immérité  maximam  apud 
Italos  omnes  authoritatem  :  imù  i])sum  jirojiè  ])r(i  divo  exosculantur.  » 
(Lettre  du  19  déc.  1542  à  Vadian.  Autogr.  Bibl.  de  St-Gall.  Mscriptœ 
Epp.  V,  IGO.  —  Voyez  aussi  Calvini  0pp.  XI,  479,  480.  —  Aonii 
Palearii  0])era.  lîecensuit  Hallbauer.  len*,  1728,  p.  102,  103,  294.  — 
Th.  Maccree.  La  Réf.  en  Italie,  trad.  de  l'anglais,  1834,  passim.  — 
L'ouvrage  capital  est  crhii  du  I)-^  Karl  Benrath.  intitulé  :  Bernardino 
Ochino  von  Siciia.  Leii)/.ig,  1875,  xn  et  383  pp.  8".) 


1542  JEAN    CALVIN   A    PIERRE    VIRET,   A   LAUSANNE.  145 

Joannes  hïbUopola  '",  nupor  istac  re versus,  mocum  de  Zebe- 
dieo  locutus  est.  Dicebat  paratiim  esse  himc  [1.  hue  ?]  venirc,  si 
locus  foret.  Nihil  aliud  respondi  nisi  me  tibi  scrij)turiiiii.  Quid 
autem  scribani  non  ha])eo,  quia  facuftate,  ut  sois,  destituiniur. 
Et  tu  meliùs  colligcre  potes,  quàm  multa  nos  impediant,  quàm 
ego  scriptis  complecti. 

Est  aliud  quod  me  véhémente?'  excruciat.  Ctim  imtare^n  com- 
positam  esse  litem  cimi  Bernatibus,  ecce  derepente  omnia  ahrnpta. 
Jam  decretum  erat  a  Diacosiis,  reniittendum  esse  Bernatihus 
quod  petierant  '".  Restabant  coniitia  '^  de  quii)us  habendis  cum 
Senatus  tractaret,  Ameda'us  noster**^  dixit  :  se  retractare  quod 
censuerat.  Deinde  magnificis  verbis  disseruit  quàm  turpis  foret 
illa  cessio.  Nonnulli  eum  secuti  sunt.  Eô  ventum  est  ut  Sexa- 
ginta,  postea  Ducenti  vocarentur'^  Cum  Ducentis  res  esset 
proposita,  ecce  Paguetius  ^°,  quasi  unicus  Athlas  rei])ublicœ, 
acerbis  conviciis  in  eos  invehi  qui  sponte  urbem  tam  prieclaro 
jure  spoliarent.  E5  autem  usque  contentione  raptus  est,  ut 
Senatui  forum  lignarium  minaretur,  ubi  decollari  soient  prodi- 
tores.  Tuinultus  gravis  excitatus.  Tandem  in  ejus  sententiam 
discessum  est,  nisi  quôd  jussus  est  flexis  genibus  suppliciter 
veniam  a  Senatu  potere.  Hoc  verô  totmn,  ut  scias,  ex  Macrini 
prodiit  officina  -',  qui  videtur  mihi  destinato  consilio  hoc  captare, 
ut  diiée  civitates  p>erpetud  inter  se  dissideant  ". 

Nunc,  si  posses  per  tuam  commoditatem,  hue  te  mox  conferre, 
valde  mihi  gratum  foret.  Nam  etsi  remedio  nullus  erit  locus, 

'=  L'imprinieur-libraire  Jean  Girard  était  de  retour  d'une  foire,  peut- 
être  de  celle  de  Francfort,  close  le  22  septembre. 

16  Voyez  la  fin  de  la  note  9,  et  A.  Roget.  o.  c.  II,  92. 

"  Le  Conseil  général. 

**  Voyez  sur  Amied  ou  Ami  Perrin,  l'Index  du  t.  III.  Ce  fut  dans  la 
séance  du  Petit  Conseil  du  25  septembre  qu'il  déclara  avoir  changé  d'opinion. 

'®  Le  Conseil  des  Soixante  s'assembla  le  mardi  26  septembre,  et  le 
Conseil  des  Deux-Cents  le  lendemain  (Roget,  II,  94). 

^°  Dans  la  copie  on  peut  lire  Pagnetius  ou  Paguetius.  Le  nom  exact 
est  Paquet  (François),  gendre  de  l'ancien  syndic  Jean  Bâtard  (Cf.  Galiffe, 
0.  c.  I,  309).  Il  fut  plus  tard  interprète  au  service  du  roi  de  France. 

21-22  u,^  agent  secret  de  Fi'ançois  I  ou  de  Charles  III,  duc  de  Savoie, 
aurait-il  agi  autrement  que  Laurent  Maigret,  surnommé  le  Magnifique? 
Ce  réfugié  finançais  avait  rendu  jadis  quelques  services  aux  Genevois,  qui 
l'en  récompensèrent  avec  libéralité  (Voyez  l'Index  du  t.  III;  t.  IV,  p.  24; 
V,  220). 

T.   VIII.  10 


146  .   MARTIN  BUCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

hoc  tamen  me  et  te  juvabit,  quôd  hanc  calamitatem  inter  nos 
deplorabimus.  Verùm  ne  dubita  :  multùm  proderit  tuus  adven- 
tus,  modo  Lunae  ^"  hue  te  sistas.  Causam  tamen  cave  abs  te 
quispiam  intelligat.  Nam  jurejurando  polliciti  sunt  silentium, 
quotquot  aderant  ^*  :  itaque  non  sine  periculo  foret.  Fructum 
tuœ  profectionis  coràm  audies  atque,  ut  spero,  senties.  Vale,  mi 
frater.  Dominus  te  conservet,  atque  hue  incolumem  celeriter 
adducat  !  Saluta  fratres  omnes  et  tuam  familiam  meo  et  uxoris 
nomine.  Genevae  ^~\ 

JOANNES  CaLVINUS  tUUS. 


1164 

MAKTiN  BUCER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Strasbourg,  6  octobre  1542. 

Calvini  Epistolse  et  Resp.  1575,  p.  365.  Calv.  0pp.  XI,  449. 

De  motu  illo  '  idem  omnino  quod  tu  suaseram,  quanqiiam  non 
tam  plané  scripseram.  Circumstantias  causas  quas  tu  mod6  mihi 
exposuisti,  ignoravi  :  ideo  eam  nunc  petendam  dilationem  opta- 
veram,  dum  remisisset  sese  illa  animorum  concitatio  tam  impie 
excitata,  et  recepissent  sese  fratres  ad  defensionem  veritatis  gra- 
vem  et  claram.  Hujus  capita  prima  fuissent,  dispiitationem  ^ 
nihil  quàm  crassam  illam  prsesentiam  daninare,  et  necessario 
fatendum  veram  percipi  in  E?<cha7'istia  corporis  et  sanguinis 
Domini  conimunionem  :  tum  cœtet-a  quœ  disciplinse  sunt,  clarè 
a  Domino  prsecepta  esse,  ut  dissimulari  tacerique,  nisi  Christo 

^*  Si  la  date  que  nous  donnons  à  la  présente  lettre  est  juste,  Calvin 
aurait  engagé  Viret  à  se  trouver  à  Genève  le  lundi  9  octobre. 

^*  On  lit  dans  le  procès-verbal  de  la  séance  des  Deux-Cents  du  27  sep- 
teml)re  :  «  Il  a  esté  dit  et  levé  la  main  de  tenir  icelluy  dift'érend  secret  » 
(Roget,  II,  95). 

**  La  date  a  été  déterminée  dans  la  note  3. 

^  Allusion  au  différend  qui  s'était  élevé  entre  les  pasteurs  de  Berne 
(N"''  1162,  n.  3,  et  1147). 

2  La  Dispute  de  Berne  (1528). 


1542  MARTIN  BUCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  147 

abnegato,  non  possint.  Tu  me  tuis  literis  porturbasti.  Expertus 
onim  sum  multis  in  locis  quantum  causas  voritatis  nocuerit 
insyncera  defensio  et  neglectus  communionis.  Christus  gaudet 
virtutem  suam  sic  explicare,  no  viili>atur  malorum  affectuuiu 
patronus,  et  caput  factionis. 

Literx  meœ,  ut  muic  queritur  N.  ^,  non  sunt  ipsis  allatœ. 
Consilium  à  me  petit.  Scriham  igitur  illi  de  synceritate  actionis, 
de  necessitate  communionis,  de  pia  cautione,  ne  quid  admisccatur 
ad  causam  Christi,  de  explicatione  clara  et  ex  Scripturis  ipsis 
manifeste  deprompta,  qualis  tua  est  '*,  quant  ne  inferi  quidem  ca- 
lumniari  queant.  Denique  de  probis  patronis,  qui  et  Christi  verè 
sint,  et  nostri  tantùm  propter  Christum,  Illa  tam  execror  de 
imaginibus,  de  adservatione  symbolorum  %  ut  libenter  fingerem 
mihi  conficta  esse  per  calumniam.  Nam  vitiosa  haec  sunt,  et 
submovenda,  ubi  remanserunt.  De  infirmorum  commimicatione 
motum  aliquid  audieram,  et  non  improbabam  ^  Tu  vero  pie  et 
necessario  facis  quodfacis  :  etiam  in  infirmis  et  vitiosis  fratrihus 
defendenda  est  causa  Cliristi.  Sed  simul  danda  opéra,  ut  infirmi 
aliquando  roborentur,  et  vitiosi  corrigantur.  At  dum  ita  partim 
ipsi  fugimus,  partim  Satanae  prodimus  pias  Synodos  \  quid 
nobis  polliceamur  ?  Christus  caput  esse  vult  omnium  membro- 
rum  suorum,  et  agere  per  universa  non  per  singula. 
Exhilarasti  me,  fada  spe  plense  inter  Bernâtes  et  vestram  Rem- 
puhlicam  conciliationis  **.  Quanquam  si  non  confraJiatur  et  eccle- 

^  Le  nom  supprimé  était  probablement  celui  de  Sulizer. 

*  L'explication  donnée  par  Calvin  dans  son  Traité  de  la  Cène  du 
Seigneur,  publié  en  1540. 

^  C'est-à-dire  qu'on  accusait  faussement  Bucer  d'avoir  conservé  dans  le 
culte  ces  rites  luthériens. 

®  Berne  s'opposait  absolument  à  ce  que  la  Sainte  Cène  fût  administrée 
aux  m.alades.  Le  6  juin  1542,  Jean-Henri  Meyer,  pasteur  de  Baetterkinden, 
village  bernois,  est  cité  devant  le  Conseil,  parce  qu'il  a  dit  dans  ses  sermons, 
qu'on  devrait  pouvoir  donner  la  cène  aux  malades,  et  que  le  viaticum  dont 
parlent  les  Pères  est  très  consolant.  On  lui  ordonne  de  s'abstenir  entière- 
ment de  pareilles  innovations,  qui  sont  contraires  à  la  Dispute  [de  1528],  à 
la  Confession  et  à  la  Réformation  de  mos  Seigneurs  (Manuel  du  dit  jour). 

^  Le  gouvernement  bernois  ne  voulait  plus  de  synodes  réunissant  tous 
les  pasteurs  d'un  même  pays.  Nous  verrons  bientôt  ceux  de  la  Classe  de 
Lausanne  demander  le  rétablissement  de  cette  institution  (N"  1174,  n.  11). 

*  Cet  espoir  de  Calvin  avait  été  récemment  déçu  (N"  1163,  renv.  de 
n.  16-21). 


148  MARTIN  BUCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

siarum  societas,  et  resfituatur  unà  res  ecclesiasticas  tractandi 
facilitas,  nihil  prsestahis  via  conciUationis.  Videmus  quotidie,  ut 
Dominus  eos  qui  ipsius  nomen  jactant,  conjungi  non  in  se  non 
patiatur.  Instabis  igitur,  et  instabo  ego  tecum,  ut  causam  Christi 
fratres  quàm  simplicissimè,  et  totam,  et  ex  verbo  Dei  ipso,  et 
Gvix^d-/oi-ç  pure  Cliristianis  ^igoni.Per  ministermm  restitid  omnia 
necesse  est  :  ergo  inmisterium  ipsum  priiis  ®.  Id  verô  non  fiet, 
nfsi  conspirantibus  et  communiter  agentibus  quotquot  inter  se 
communicare  poterunt. 

Meti  Farellus  imam  duntaxat  concionem  habuit  '",  quod 
sciam,  et  in  cœmeterio  Dominicanoriim  :  qui  cum  aliud  non 
possent,  strepitu  campanae  suae  verbum  Domini  populo  avertere 
conati  sunt.  Sed  Farellus  noster  voce  intenta  usque  ad  summam 
raucedinem,  campanae  sonitum  vicit.  Postridie  tria  milita  ade- 
rant  audituri:  sed  prœciimi  inter  eos  qui  Evangelitim  petunt,  et 
ipse  Consul  ^\  a  Farello  impetrarunt  ut  quiesceret  dum  rem  eb 
deducerent,  ut  sine  metu  motus  civilis  concio  haberi  p>osset  : 
quod  hrevi  fore  pollicehantur.  Vocatus  Farellus  eodem  die  ad 
summum  consilium,  et  rogatus  qiio  juhente  jjrœdicasset,  et  quo 
petente,  respondit  :  «  Christo  jtihente  et  petentihus  me^nhris.  » 
Née  tamen  voluit  quenquam  nominatim  indicare.  Et  satis  gra- 
viter ac  piè  coram  illis  de  suo  munere  et  prœdicatione  Evangelii 
disseruit,  eosque  officii  sui  admonuit.  Dtim  vero  illi  deliherarent 
quid  de  eo  statuèrent,  fratres  deduxerimt  eum  domum  :  et  inipo- 
situm  equo  qui  magnitudine  et  habitu  non  absimilis  esse  Farello 
videbatur,  simularunt  se  fratres  quidam  educere  Farellum. 

Intérim  quievit  Farellus  ^^,  expectans  legationem  quam  Evan- 
gelii [?.  Evangelici]  initia,  statim  cum  ipse  Metim  venisset, 
miserant  ad  nostros,  qui  à  nostris  auxilium  et  ah  universo  fœ- 
dere  pelèrent  '^  Visum  enimfuit  ut  legati  ex  nostris  Electorem 

^  Plusieurs  gouvernements  de  la  Suisse  réformée  n'admettaient  pas  les 
idées  de  Bucer,  de  Calvin  et  de  Viret  sur  l'autorité  et  les  privilèges  du 
ministère  évangélique. 

'<•  Le  dimanche  3  septembre  (N"  1157,  note  2). 

"  Le  maître-échevin  Gaspard  de  Heu. 

*^  Cela  signifie  que,  pendant  le  reste  du  mois  de  septembre,  Farel  ne 
prêcha  plus  en  public.  Le  P.  Meurisse,  op.  cit.,  p.  44,  dit  la  même  chose, 
à  sa  manière  :  «  Farel  se  retiroit  tousjours  cependant,  beuvoit,  raangeoit, 
dormoit,  catéchisoit  et  dogmatisoit  chez  Gasjiard  Gamaut.  » 


I 


1542  MARTIN    BUCER   A   JEAN    CALVIN,  A    GENÈVE.  149 

Sax.[oHiag]  et  Landgravium  adirent,  et  ah  illis  recipi  iufœdus 
Hostruni  Rempnhlicam  Meteusem,  in  saniore  illa  sin  parte  quas 
Evangelium  petit,  postularent .  Id  factiim  est.  Landgravius 
causain  comprobavit  ot  ad  Electorem  statim  rotiilit'*  :  intorim 
tainon,  quia  res  moram  non  ferobat,  decrevit  legationem  mit- 
tendani  ad  Metenses,  noniine  communis  fœderis,  qiiœ  i)Ostularct 
ab  adversariis,  ut  nostris  ununi  templiim,  et  lïberam  coucionem 
et  Sacramentorum  administrationem  concédèrent.  Dodit  ipse 
Legatum  unum,  alteruni  Francfordienses,  tertius  noster'''  erat. 
Hi  in  mandatis  habent,  niliil  non  tontaro  àb  adversariis,  ut  im- 
l)etrent  quod  petitum  missi  sunt.  Eo  etiam  adjuncto,  fœdus 
nostrum  non  posse  déesse  fratribus  tam  sancta  et  pia  petentibus. 
Idque  interesse  totius  Romani  Iini)erii.  Mde  ut  audeamus.  Spes 
itaque  est,  etiamsi  adversarii  quod  petitur  ultro  non  concédant, 
ut  tamen  quieturi  sint,  si  nostri  liac  legatione  aniniati  per  se 
FareUum  concionarffecerint  '®.  Satan  in  eo  quoque  niultùm  la- 
boravit,  ut  si  Evangelium  non  posset  omnino,  tamen  ex  parte 
averteret  huic  poi)ulo,  aliquo  pro  Farello  obtruso,  qui  non 
£ihy.pivMç,  ovdè  i^eçûç  ^\  Obstitimus  huic  Satanœ  quoad  licuit. 
Cras  spero  aut  hodie,  reverso  I).  Jacobo  '%  audiemus  quid  dede- 
rit  Dominus. 

"  Selon  Seckendorf  (livre  III,  p.  399  a),  ce  fut  au  mois  de  novembre 
que  les  Évangéliques  de  Metz  envoyèrent  leurs  députés,  Jean  Niedbrucker 
et  Jean  Carquien,  pour  demander  aux  confédérés  de  Smalkalden  de  les 
recevoir  dans  leur  alliance. 

"  L.  Ranke  (o.  c,  4"  édition,  IV,  235)  mentionne  la  lettre  que  le  land- 
grave Philippe  adressa,  le  17  octobre  (Dienstag  nach  Galli)  1542,  à 
l'électeur  de  Saxe,  en  faveur  des  Évangéliques  de  Metz  ;  mais  il  ne  dit  rien 
de  celle  dont  parle  ici  Bucer.  On  sait  d'ailleurs  par  Seckendorf,  loc.  cit., 
que  Luther  et  Mélanchthon  déconseillèrent  à  l'Électeur  d'intervenir  dans 
les  affaires  de  Metz.  (Luthers  Briefe,  éd.  de  Wette,  V,  508.) 

'^  Nous  ignorons  si  les  députés  envoyés  par  le  Landgrave  et  la  ville  de 
Francfort  étaient  les  mêmes  que  ceux  mentionnés  par  Seckendorf  à  propos 
des  négociations  du  mois  de  mars  1543,  c'est-à-dire,  le  comte  Théodoric  de 
Manderscheyd  et  Pierre  Sttirm.  Le  «  troisième  député  »  était  le  conseiller 
strasbourgeois  Jacob  Sturm  de  Sturmeck  (V,  402,  n.  12,  13). 

*®  Bucer  dit,  plus  loin,  que  si  l'ambassade  des  Protestants  avait  tardé 
d'une  semaine,  les  Évangéliques  messins  auraient  tenté  de  conquérir  par 
eux-mêmes  la  liberté  de  la  prédication. 

"  Aucun  historien  n'indique  le  nom  de  ce  prédicateur  qui  ne  prêchait 
•  ni  purement  ni  avec  zèle.  » 


150  MARTIN  BUCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

Multus  illic  popiilus  Christum  admodum  sitit.  Consul  cum 
fratre  R.  '^  fortissimè  agit.  Moram  hanc  Farellus  lœgerrimè 
tnlit,  nec  immérité.  Nam  peste  illic  multi  quotidie  tolluntur,  qui 
gravissimè  queruntur,  se  sine  consolatione  certa  Evangelii  et 
Sacrmnentorum  hinc  ahripi.  Si  distulisset  legatio  unam  tantùm 
septimanam,  indubie  rursus  aliquid  au  si  fuissent.  Habes  sum- 
mam  ferè  omnium  quœ  Meti  hactenus  in  hac  causa  acciderunt, 
Bruno  ^"  admodum  constanter  egit,  quanquam  ad  id  opus  ha- 
buerit  multis  cohortationibus.  Bene  vale.  Uxorem  et  fratres 
diligenter  atque  officiosè  saluta.  Sed  quàm  mihi  dolet  illud  de 
ignorata  disciplina,  de  factiosa  agendi  ratione,  de  neglectu 
Synodorum,  de  offensione  sive  retenta,  sive  affectata.  Sed  tu, 
meum  cor,  meus  animus,  semper  tuo,  imô  Christi  bono,  omnia 
omnium  mala  vinces,  quoad  licuerit.  D.  Jésus  te  servet  !  Vale, 
Argentorati,  \i.  Octobr.  m.  d.  xlh^'. 

D.  Jacohus  heri  vesperi  venit,  sed  proli  dolor,  nihiî  boni 
attulit.  Adversarii  in  uî'he  dominantur.  Nostri,  cum  legatio  ad- 
veniret,  non  aderant  ^^  Legationem  itaque  itrhe  excluserunt,  et 
nec  equos  eorum  Jiospitio  accijyere  voluerunt.  Vix  tandem  impe- 
tratum  est,  ut  très  mitterent  adversarii  ex  urhe  qui  Legatos 
audirent.  Auditis,  mdlum  resjwnsum  dederunt,  causati  Senatuni 
totum  cogi  non  posse,  propter  pestem,  quae  uno  die  50  absumit^^ 

**  Jacob  Sturm.  Après  l'accueil  fait  à  l'ambassade,  à  la  fin  de  septembre 
(renv.  de  22-23),  il  n'avait  plus  qu'à  retourner  à  Strasbourg, 

19  Bohert  de  Heu  (N"  1157,  renv,  de  n.  4-6), 

^**  Jean  Brunon  Niedbrucker,  appelé  aussi  Jean  de  Metz  (VII,  191,  196). 

2*  Dans  l'imprimé  :  1541,  ce  qui  est  une  erreur  évidente, 

22-23  geiQu  Meurisse,  o.  c,  pp.  44,  45,  50-52,  «  le  duc  de  Witemberg,  le 
Landgraff  de  Hess  et  les  villes  de  Strasbourg  et  de  Francfort,  sous 
couleur  de  pacifier  les  différents  meus  entre  ceux  de  Metz  et  le  comte  de 
Furstemberg....  envoyèrent  des  députez  à  Metz  :  au  devant  desquels  ceux  de 
leur  foction  estant  allez,  ils  arrivèrent  tous  ensemble  aux  portes  de  la  Ville, 
le  28  de  Septembre  1542.  Les  députés  s'estant  arrestez  au  Jardin  et  en  la 
maison  appelée  Briba,  proche  de  la  Porte  des  Allemands,....  leurs  gens...  se 
présentèrent  à  la  même  porte...  et  à  celle  du  Pont  Reymond,  où  l'on  les 
arresta,  attendant  la  permission  des  Treizes.  Sur  quoy  Gaspard  de  Heu... 
estant  arrivé,  les  fit  entrer  de  son  authorité  particulière,  contre  le  gré  des 
Treizes  et  des  Bourgeois.... 

«  Le  lendemain,  Samedy  30  Sei)tembre,  l'on  députa  quelques-uns  des 
Treizes  et  du  Conseil  vers  les  envoyés  des  Princes  et  des  Villes  d'Allemagne... 
pour  ouyr  leurs  propositions.  Toutes  leurs  harangues..,,  ne  tendoient  à  autre 


1542        GUILLAUME   DE   FURSTEMBERG   AU    CONSEIL    DE   METZ.  151 

Jiirarimt  omnino  se  extrema  2)otihs  passuros,  qnàm  quod  nos 
petitmts,  id  est,  Regmim  Chinsti  admissuros^''.  Consul  volébat 
admittere  concionem.  Frater  repugnavit  et  retraxit  eiim.  Si 
neque  eum  pro  se  adeant  cives  pii,/est  iterum  et  hîc  misera 
Christi  ecclesia.  Nostri  sine  cruce  Christum  quœrunt.  Adversarii 
propter  Antichristum  mille  cruces  subeunt.  Oremus,  supplice- 
mus,  flagitemus  opem  Domiiii. 

TUUS  tOtUS  BUCERUS. 


4165 

GUILLAUME  DE  FURSTEMBERG  au  Conseîl  de  Metz. 
(De  Gorze?)8  octobre  1542. 

Le  P.  Meurisse.  Hist.  de  la  naissance  de  l'hérésie  dans  la  ville 
de  Metz.  Metz,  1670,  in-8°,  p.  61. 

Fermes  d'honneur,  honnorables,  chières,  singulières, 
Nous  avons  entendu  par  nostre  serviteur,  que  puis  n'aguères 
avons  envoyé  vei"s  vous,  touchant  l'arrogance,  mespris,  contempt 
et  injures  à  nous  advenues  en  vostre  Cité',  ce  que  luy  avez 
baillé  pour  réponse.  Et  ne  pouvons  estimer  que  ce  soit  seulement 
la  coulpe  des  cinq  personnages,  desquels  l'un  est  mort,  et  les 
autres  quatre  détenus  en  vos  prisons,  ou  que  quand  ors  vous 
puniriez  iceux,  que  par  ce  nous  soit  satis-faict  :  car  selon  ce 

chose  qu'à  obtenir  le  libre  exercice  de  la  religion  de  Luther  dans  la  ville  de 
Metz....  A  quoy  ceux  de  Metz  ne  voulurent  pourtant  jamais  consentir, 
s'excusans  tousjours  avec  belles  paroUes,  en  leur  donnant,  dit  l'histoire,  tm 
gratieux  refus. 

«  Nonobstant  cela,  Gaspard  de  Heu  et  tous  ceux  de  la  faction  luthé- 
rienne.... passèrent  jusques  à  un  tel  point  d'impudence  que,  le  second  jour 
du  mois  d'Octobre,  ils  s'assemblèrent  du  grand  matin  en  l'église  de 
S.  Pierre  aux  Images,  où  Farel  les  devoit  aller  prescher.  De  quoy  les 
Treizes...  ayans  eu  avis,  allèrent  aussitost  dissiper  cette  assemblée...,  et  tes- 
moignèrent  tant  de  vigueur  en  cette  rencontre...  que  les  Luthériens  furent 
contraints  de  prendre  de  nouveaux  conseils.  Alors  donc  Gaspard  de  Heu 
dit  à  tous  ceux  de  sa  faction  qu'ils  l'allasseut  attendre  hors  de  la  Porte  Ser- 
penoise...,  et  aussitost  montant  à  cheval,  il  alla  prendre  Farel  chez  Gas])ard 


152  GUILLAUME   DE   FDRSTGMBERG  AU   CONSEIL   DE   METZ.        lo42 

qu'avons  vescu  par  cy-devant,  et  nous  [sommes]  démonstré  en- 
vers vous  et  vostre  commune  Cité,  nous  ne  pouvons  penser  qu'à 
tel  affaire  à  nous  advenue  contre  équité  et  raison,  nous  ayons 
donné  aucune  cause  :  ains  convient  que  l'ayons  tenu  entière- 
ment à  ce  que  ce  jeu  nous  ait  esté  dressé  à  cause  de  la  Religion, 
veu  que  présentement  nous  voyons  publiquement  ce  que  vous 
entreprenez  à  l'encontre  de  vos  bourgeois  qui  adhèrent  à  la 
parolle  Divine,  et  qui  seulement  la  voudraient  ouyr  prescher  et 
annoncer,  non  ayant  regard  que  en  autres  choses  ils  se  présen- 
tent en  toute  obéissance  ;  et  aussi  que  entreprenez  de  les  des- 
chasser et  bannir  hors  de  vostre  Cité^.  Et  si  par  telles  vos 

Gatnaut,  lequel  il  fit  aussi  monter  à  cheval,  et  s'en  allèrent  ainsi  bien 
escortés...  à  Montigny,  faisant  entendre,  en  sortant,  à  ceux  qui  estoient  là 
présents,  que  Montigny  et  leurs  personnes  estoient  sous  la  protection  des 
Protestants  d' Allemagne...  » 

On  voit  que  Bucer  ignorait  encore,  le  6  octobre,  ce  qui  s'était  passé  à 
Metz  quatre  jours  auparavant. 

^*  On  sait  qu'en  sortant  de  la  ville,  le  2  octobre,  Farel  prononça  les 
paroles  suivantes  :  «  Vous  ne  voulés  point  recevoir  Jésus-Christ  ;  mais  je 
vous  di  qu'il  viendra  une  nation  qui  vous  déjettera  de  vostre  authorité,  et 
ne  serés  maistres  ni  de  vos  maisons  ni  de  vos  biens  »  (Bèze.  Hist.  eccl, 
m,  433). 

*  Allusion  à  l'émeute  que  l'arrivée  du  comte  Guillaume  à  Mets  avait 
suscitée,  le  9  juillet  (N"  1137,  n.  9j. 

*  On  lit  dans  l'ouvrage  du  P.  Meurisse,  p.  56  :  «  Le  Clergé  et  les  Catho- 
liques n'avoient  point  manqué  de  se  pourvoir...  par  devers  l'Empereur, 
duquel  ils  avoient  receu...  mandement  exprès  que  nuls  de  la  ville  de  Metz 
n'adhérassent  à  aucunes  nouvelles  doctrines,  jusques  à  [ce]  que  provision  y 
auroit  esté  mise,...  et  que  l'on  eust  ce  pendant  à  punir  les  rebelles.  Et  ce 
mandement  avoit  esté  suivy  d'une  belle  Ordonnance  des  Treizes  portant 
la  mesme  deffense...  et  mesme...  de  n'assister  à  sermon  d'aucun  Prédica- 
teur... s'il  n'avoit  sa  mission  de  l'Evesque,...  sous  peine  de  bannissement. 
Et  cette  Ordonnance  avoit  esté  publiée  et  aifichée  par  tous  les  quarrefours 
de  la  Ville  au  mesme  temps  que  Farel  en  fut  mis  hors...  Ceux  qui  estoient 
plus  notoirement  connus  alors  pour  Luthériens ...  furent  mandez...  par 
ceux  de  la  Justice,  incontinent  après  la  sortie  de  Farel.  Il  leur  fut  en- 
joint... de  quitter  leurs  nouvelles  opinions  et  d'obéir  ponctuellement  au 
mandement  de  l' Empereur  et  aux  ordonnances  de  la  Ville.  • 

Meurisse  dit  ensuite  qu'on  exigea  d'eux  un  serment,  qu'ils  le  violèrent, 
«  à  deux  jours  de  là  »  et  furent  bannis.  «  Les  procédures  qu'on  fit  contre  eux 
durèrent  six  ou  sept  semaines.  »  Ils  sortirent  de  la  ville,  les  uns  le  16,  les 
autres  le  20  janvier  1543.  Voici  leurs  noms  d'après  Ferry,  §  413,  dont  M. 
Henri  Burtin  a  bien  voulu  nous  envoyer  une  copie  : 


io42         GUILLAUME   DE   FURSTEMBERG    AU    CONSEIL   DE   METZ.  153 

entroprises  vous  procédoz  contre  autres  vos  bourgeois,  nous 
avons  bien  par  ce  à  comprendre  et  véritablement  à  estimer,  que 
par  cette  voye  vous  nous  avez  aussi  voulu  aj)prendre  de  éviter 
vostre  Cité,  et  entrepris  de  nou!^  charger,  comme  si  par 
trahison  nous  eussions  voulu  mettre  la  Cité  en  autruy  main  :  ce 
que  toutefois  oncques  nous  ne  pensasmes,  et  ne  sommes  pas 
de  telle  race  que  l'on  doive  estimer  telle  chose  de  nous. 

Et  à  cette  occasion  requiert  la  nécessité  de  nostre  honneur, 
veu  que  le  bruit  de  ce  est  par  tout  divulgué,  que  nous  ayons  le 
conseil  de  nos  seigneurs  et  amys  sur  ce,  comment  nous  pourrons 
soustenir  et  deffendre  nostre  honneur,  de  sorte  qu'un  chacun 
puisse  voir  que  tort  nous  est  fait.  Mais  si  vous  désistiez  envers 
vos  bourgeois  de  punition,  bannissement  et  autres  procédures,  et 
que  ne  leur  deffendissiez  la  prédication  de  la  parolte  Divine,  et 
que  fussions  de  ce  advertis,  nous  pourrions  plutost  conjecturer, 
et  estre  induicts  à  ce  que  l'affaire  advenue  contre  nous  a  esté 
faite  sans  malengin  '  :  ce  que  nous  ne  vous  avons  voulu  celer 
par  cette,  donnée  le  huitième  d'Octobre  l'an  1542  \ 

<r  Gaspar  Gamaut,  marchand,  Jean  Carchien  ou  Carquin,  marchand  et 
teinturier,  Regnault  Daube  ou  d'Aulhe,  marchand,  Didier  Le  Couxat, 
drapier,  Guillaume  le  maignier  (chaudronnier),  Domange  dit  le  Pienne, 
Jean-Pierre  Martin,  marchand,  Jean  Hussenet,  marchand,  Simonin  de 
Gorze,  teinturier,  Thomassin  de  Chevillon,  drapier,  Pierson  Mathiai  dit 
de  St.  Arnould,  marchand  ;  Ancillon,  Jaconiin  (ou  Jacquemiti),  Grégoire, 
tous  trois  huiliers.  »  —  Ces  quatorze  bannis  obtinrent,  en  vertu  du  départ 
(recès)  de  Strasbourg  du  21  mai  1543,  et  de  l'arrêté  du  Conseil  de  Metz  du 
1"  juin  suivant,  la  permission  de  rentrer.  Les  autres  exilés  qui  ne  l'ob- 
tinrent pas  alors  étaient  :  «  Jean  de  Termègne,  apothicaire,  venu  de  Sedan. 
(Il  fut  feit  conseiller  l'an  1557).  Jean  Petitjean,  maître  d'école,  aussi 
étranger,  Piéresson  Mathiat,  cordonnier,  Mareschal  de  St.  Arnould, 
Thiébaut  Dollée  ou  Dolleci.  »  Paul  Ferry  ajoute  :  «  Néanmoins  il  appert 
par  le  dit  départ  de  Strasbourg  du  21  may  1543  qu'ils  estoient  dix.  »  (Voy. 
aussi  Meurisse,  p.  58-60.  —  J.-B.  Nimsgern.  Hist.  de  la  ville  de  Gorze. 
Metz,  1853,  p.  92.) 

'  Sans  mauvaise  intention. 

*  «■  La  Justice  dite  les  Treizes  »  répondit  au  Comte  le  11  octobre  :  «  Sur 
la  motion  advenue  à  nostre  insceu  et  très  gros  regret  en  cette  Cité,  vostre 
Grâce  y  estant,  nous  avons  fait  tous  debvoirs  d'estre  informez  des  délin- 
quants... Nous  trouvons  que  ceux  qui  sont  encor  détenus  en  nombre  de 
quatre  ont  démérité  la  mort...  et  à  demander  pardon  à  vostre  Grâce  :  ce  que 
despiéça  nous  avons  eu  notifié  à...  Robert  de  Heu,  comme  celuy  qui  est 
bien  féale  et  agréable  à  vostre  Grâce. 


454         MARTIN    BUCER   A   GUILLAUME   FAREL   [a   MONTIGNTJ.  1542 


1166 

MARTIN  BUCER  à  Guillaume  Farel  [à  Montigny]. 
De  Strasbourg,  11  octobre  1542. 

Inédite.  Autographe.  Bibliothèque  des  Pasteurs  de  Neuchâtel. 

Gratiam  et  Pacem  !  Charissime  et  fortissime  mi  Farelle,  heri 
accepi  literas  tuas  datas  7  octobris,  in  quibus  memoras  quas 
miseris  altéras,  in  quibus  scripseris  de  successu  préedicationisK 
Eas  ego  non  accepi  :  videris  igitur  cui  illas  credideris.  Ut  heri 
nostri  ad  Senatum  istuc  gravissimè  et  minaciùs  etiam  multo 
qtiàm  soleant  *,  scripserint,  ex  magistro  scliahinorum  intélligere 
poteris^.  Onines  optmmis  et  hortamur  vos,  ut  in  ipsa  urhe'^ 
Christum  prœdicetis  et  glorificetis.  Ipse  vos  tuebitur. 

Tu  verô  in  justificatione  pra^dicanda  ita  omnia  attemperas 
indubie,  ut  ex  notioribus  homines  boni  inducantur  sensim  in  ea 

«  ...  Par  icelles  [vos  lettres  du  huitième  d'Octobre]...  peut  sembler...  que 
vous  estimez  la  motion  advenue  avoir  esté  à  cause  de  la  religion.  Nous...  ne 
l'entendons  pas  ainsi  ;  car,  comme  sçavez,  plusieurs  de  nous...  s'exposèrent 
et  mirent  en  dangiers...  pour  mitiguer  et  appaiser  l'affaire.  Et  de  la 
justice  que  faisons  de  ceux  qui  veulent  autrement  user  que  du  passé,  c'est 
en  ensuivant  l'Ordonnance  despiéça  faite  par  rEnijJereur...  qu'est  de 
demourer  en  la  Foy  Chrestienne...  sans  vouloir  condescendre  à  aucunes 
innovations,  comme  encor  puis  naguère  S.  M.  nous  a  escrit...,  comme  V.  G. 
pourra  voir  par  la  vraye  copie  d'icelle  lettre,  que  nous  vous  envoyons  avec 
cette...  »  (Meurisse,  p.  65-66). 

*  La  lettre  de  Farel  à  Bucer  du  7  octobre  est  perdue.  Dans  «  l'autre,  » 
qui  était  antérieure,  parlait-il  du  succès  des  prédications  qu'il  avait  faites, 
dès  le  4  septembre,  dans  la  maison  de  Gaspard  Gainant,  ou  bien  de  celles 
qu'il  avait  commencées,  dès  le  2  octobre,  dans  le  château  épiscopal,  à  Mon- 
tigny (N"'  1157,  n.  2;  1164,  fin  des  n.  22-23)? 

*  Le  ton  menaçant  de  la  missive  strasbourgeoise  du  10  octobre  s'ex- 
plique par  le  mauvais  accueil  que  les  députés  des  Protestants  avaient 
éprouvé  à  Metz  (28-30  septembre). 

*  "  ^  Magister  Schabinorum  et  Consul  désignent  Gaspard  de  Heu. 

4,  6  »i  10  parel  prêchait  depuis  le  2  octobre  à  Montigny,  village  situé  à 
une  demi-lieue  de  Metz.  Nous  n'avons  pas  la  preuve  positive  qu'il  soit 
«  rentré  dans  la  ville  »  quelques  semaines  plus  tard. 


1542         MARTIN    BUCER   A    GUILLAUME    FAREL    [a   MONTIGNY].  155 

quae  minus  nota  habont  :  ut  hostos  criminationc  eorum  vitioruni 
maxime  urgeantur,  quae  omnibus  bonis  et  aliqu(^m  sensum  recti 
habentibus,  pro  vitiis  habontur.  Fructum  justificationis,  bona 
opéra,  fructus  j)œnitentiïe  sic  explices/ut  et  Christo  fuiidamenta 
jacias  disciplina%  et  planum  facias,  hostes  vei'bis  ista  jactare,  re 
ipsa  nihil  îequè  odisse.  Cumque  in  génère  et  in  specie  exj)lical)is 
vermn  usum  sacri  ministerii,  Sacramentorum,  aliarum  veterum 
cerimoniarum,  Sabbathi,  sacrarum  oblationum,  jejuniorum,  pu- 
blicarum  precum  et  cantionum,  multum  detrahitur  existima- 
tioni  adversariorum,  et  idololatrite  eorum  maxime  patefiunt  ■'  : 
quod  etiam,  dum  deplorando  inagis  quàm  exagitando  convitiis, 
et  cum  luculenta  significatione  amoris  erga  homines  et  doloris 
de  perditione  eorum,  facimus,  plus  etiam  proficimus. 

Sed  ipse  probe  nosti  ut,  in  istis  initiis  regni  Christi  revocandi, 
magis  nobis  eo  respiciendum  sit,  ut  eos  quos  nulla  novationis 
et  licentiœ  mpiditas  tenet,  sed  vera  Christi  religio  (tametsi  prîe- 
ter  explicatam  Christi  scientiam),  lucrifacimmis,  quàm  ut  grati- 
ficemur  quibusdam  intempestivis  novatoribus.  Namilli  quidem(V) 
manent  et  adferunt  veros  Evangelii  fructus,  cum  alii  eô  nocen- 
tiores  hostes  Ecclesiœ  evadunt,  quô  initio  contra  pa])alia  magis 
exarserint.  Ut  omnem  sanabilium  hominum  olî'ensionem  vite- 
mus,  et  curationem  cautissimè  instituamus,  vocati  sumus.  In 
id  élaboras  indubie  summis  viribus.  Dominus  det  ut  quàm  pri- 
mùm  in  urbe  te  concionari  audiamus  •■'.  Quid  i)Oterit  Consul  • 
suavius,  hoc  est,  reipublicae  suse  magis  salutare,  et  sibi  coram 
Deo  et  angelis  atque  sanctis  ejus  honorificentius  agere  ^  V  Co- 
gitet  se  patrem  patrise  et  populi  sui  scrvatorem  esse  debere. 
Exempla  perpendat  adolescentis  Davidis,  pueri  Josiœ,  etc.,  quae 
tu  illi  semper  meliùs^  Prœcare  ei  robur  Christi  ad  optatum  succes- 
sum,  meis  et  ecclesiae  nostrœ  verbis,  quœ  eum  maximi  in  Domino 
facit  :  ideo  ardenter  pro  eo  orat.  Orat  nostra  ecclesia,  oramus 
nos,  ut  Satanam  Christus  i)edibus  vestris  subjiciat.  D.  lo  ^  et 
alii  vestrates  non  diihitant,  rem  optime  cessuram,  si  in  urbe 
audeatis  [1.  audiaris  '"?].  Ita  frangetis  Satanam  coràm.  Locns  " 

^  La  fin  de  ce  paragraphe  jusqu'à  proficimus  a  été  ajoutée  à  la  marge. 
^  Cette  phrase  est  écrite  à  la  marge. 

'  Ce  Dominus  Joannes,  natif  de  Metz,  comme  semblent  l'indiquer  les  trois 
mots  suivants,  était  Jean  Niedbrucker  ou  Jean  Carqtiien  (N"  1164,  n.  13). 
"  Un  local  pour  les  prédications. 


156  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

fdcïlè  invenietiir.  Dominus  adsit  vobis  !  Arg.  xi  Octob.    1542. 
Fratrem  '  ^  officiosè  salutes. 

M.  BucERUS  tuus  in  Domino. 

(Inscriptio  :)  Eximio  apostolo  Christi  Guliel.  Farello,  suo  in 
Domino  colendo  et  charissimo  '^ 


1167 

SMON  SULTZER  à  Jeaii  Calvin,  à  Genève. 

De  Berne,  21  octobre  1542. 

Calvini  Epistolae  et  Resp.  1575,  p.  41.  Calv.  0pp.  XI,  454. 

Binas  ad  te  dedimus  dierum  non  ita  multorum  intervallo  '. 
Itaque  et  tuas  expectamus  jam,  idque  eo  avidiùs,  quo  magis 
tuum  ecclesieeque  statuni  cupio  cognoscere.  Quanquam  enim 
andiam  non  sine  voliiptate  fœlicem  istic  ecclesiasticae  reforma- 
tionis  disciplinaeque  eommunis  successum,  te  tamen  scribente,  et 
rectiùs  liceat  singula  perspicere  et  animo  meo  magis  exultare, 
qiiippe  qui  spem  foveam,  aliquando  nostram  nohis  ignaviam 
ecclesiam  istam  vel  exemplo  tacito  oppi'ohraturam  ^itiliter.  Neque 
nos  sanè  spem  al/jecerimus,  revocari  aliquando  mimsterii  sacri 
cum  suis partihus audoritatem^ ,  Ecdesiœque  vel  aliquam  facieni 
conformari xmsse,  si  sublato  fatali  dissidio  liceat  aliquando  ôixo^-j- 
liaèbv  in  communem  causam  inciimbere,  prsesertim  cum  tu  et 
tui  similes  velut  l8et£e  aves  pr^evolantes  appareant,  nec  sinant 
despondere  animum.  Dominum  itaque  precor  totius  pacis  cha- 
l'itatisque  Patrem,  ut  suuni  Spiritum  impartire  nobis  dignetur, 


*^  Claude  Farel. 

*'  L'adresse  porte  cette  note  de  Guillaume  P\irel  :  «  D.  Buceri,  »  et, 
plus  à  droite,  en  caractères  à  peine  lisibles  :  «  Noèl  Thorel  de  Rouen.  » 
En  écrivant  ce  nom,  le  Réformateur  ne  se  doutait  pas  que,  seize  ans  plus 
tard,  il  épouserait  la  sœur  de  ce  même  Thorel. 

^  Lettres  du  16  septembre  et  du  4  octobre. 

*  A  comparer  avec  le  N°  1164,  renvoi  de  note  9. 


loi2  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  157 

uti  prodigiosa  luw  lues  tnllatiir  è  grego  siio:  nobisque  donot  ut 
certis,  modoratis  ac  salutaribus  consiliis  cuncta  poragamus. 

Caeterùm  ex  Argenforafo  heri  Adriamis,  aluninus  noster^ 
fausto  nuncio  signiticavit  Coloniensém  Episcopum'*  yrofliffata 
Papismi  impietate  reformationem  religionis  per  totam  ditionmi 
sîtam  moliri,  D.  Buceri  auspidis,  qui  denuo  nunc  serioque  ab 
ipso  at'cersitur,  crediturque  eô  profecturus"'  verè  sanctus  Chi-isti 
Apostolus,  Idem  verô  etiam  Monasterienseni  episcojnim^  niedi- 
tari,  ac  utrumque  ad  Protedantium  fœdus  asj)irare  ".  Nain  de 
Argentinensi  nimirum  accepisti,  qui  ArgeiiiiiiensiumQi  quorun- 
dam  suorum  liortatibus  impulsus,  colloquium  in  Molsheim 
instituit^  quod  hoc  ipso  tempore  1)1).  Bucero,  Hedione  aliisque 
pripsentibus  peragitur,  mox  nimirum  auspicatoque  ai)ei'turum 
per  eam  quoque  provinciam  Evangelio  ostium.  Doniinus  Jésus 
lai'giatur  fœlicem  progressum,  non  solùm  i)ro])ter  horum 
ditiones  amplissimas,  verùm  etiam  propter  exemplum  quod  hac- 
tenus  inusitatum  :  ita  nimirum  etiam  alios  invitaturum  ad 
capessendam  alacriîis  Evangelicam  veritatem,  qui  per  metum 
forte  nihil  sunt  primi  ausi  tentare. 

De  Fcn'ello  nostro  nimirum  exBucei^i  literis  omnia  intelliges: 
cujus  angustise  miritîcè  meum  animum  solicitum  habent  atque 
percellunt.  Dominus  et  illius  et  Ecclesiœ  misereatur,  qui  solus 

*  Ce  pensionnaire  de  l'Ecole  de  Berne  était  peut-être  Adrien  Blauner. 

*  L'électeur  Hermann  de  Wied,  archevêque  de  Cologne  (YI,  259-260, 
n.  14  ;  Vn,  190,  195,  419,  449,  451,  452.  —  Sleidan,  H,  309  et  suiv.  — 
Seckendorf,  III,  435-437.  —  C.  ^Yarrentrapp.  Hermann  von  Wied  h.  sein 
Reforniationsversuch  in  Kôln,  1878,  p.  122-125). 

^  Bucer  arriva  à  Bonii  le  14  décembre  1542,  et  il  y  resta  jusqu'au 
24  août  1543. 

*'^  Frantz  de  Waldeck,  évêque  de  Munster  en  Westphalie  (Seckendorf, 
m,  40.  114,  418,  513.  —  Warrentrapp,  o.  c.  p.  123,  124). 

*  Erasme  de  Limbourg,  élu  évêque  de  Strasbourg  le  8  décembre  1541 
(M,  127;  vn,  198).  Ce  prélat  très  instruit,  pacifique  et  tolérant,  était 
universellement  honoré.  Dans  la  conférence  qu'il  tint  à  Molsheim,  le 
16  octobre  1542,  les  députés  de  la  ville  de  Strasbourg  le  prièrent  instam- 
ment de  réformer  son  clergé  et  de  jiermettre  une  discussion  entre  les 
théologiens  des  deux  Eglises.  Le  Chapitre  y  consentit,  la  même  année,  et 
il  y  eut  des  théologiens  nommés  en  vue  d'une  enteute  à  réaliser.  Mais 
l'affaire  traîna  en  longueur,  et  les  événements  des  années  subséquentes 
l'empêchèrent  d'aboutir  (Voy.  Rohrich.  Gesch.  der  Réf.  im  Elsass,  II, 
28,  29,  277). 


158  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  iS42 

potest  repressa  tempestate,  serenitatem  inducere,  ut  qui  verbo 
mare  sedat  quamlibot  fremens  exitiumque  minitans.  Nos  tantùm 
eum  precibus  excitemus  cum  nostris  tum  ecclesiarum  nostrarum, 
et  verorum  Christi  membrorum  avu.-Ka^siaq  declaremus.  Non 
desino  expectare  lœtius  aliquod  nuncium,  quod  utinam  brevi 
accipiamus. 

Vitehergœ,  ne  et  hoc  nescias,  D.  LutJierus  Eucharistiœ  siible- 
vationem,  in  Cœnse  sacrœ  administratione  exercitam  hactenns, 
sustidit^,  tintinab^diqiie pidsum,  propterea  quod  et  Gallos  q2<os- 
dam  et  Germanise  sitperioris  studiosos  ea  cerimonia  offendi  intel- 
lexisset.  Sed  et  in  Ecdesia  Leipsensi,  ipso  consentiente,  his  men- 
sibus,  excepto  uno,  altaria  omnia  sunt  confracta  et  simulacra 
omnia  sublata'",  ut  plané  declararit  se  non  tam  cerebrosum 
prœfractumque  quàm  vulgô  habetur  et  audit.  Id  igitur  nuncium 
mihi  ab  honiine  tidei  exploratae  significatum  eô  me  oblectavit 
impensiiis,  quôd  sperem  plurimum  ponderis  ad  Catholicam 
ecclesiarum  consensionem  habiturum  hoc  factum,  quando  rituum 
vel  copia  vel  diversitate  apud  Saxonas  non  pauci  offenduntur 
hactenus,  maxime  cum  non  desint  ubique  artifices  miré  ad 
calumniam  omnia  detorquendi  et  cavillandi;  Pmdus  Fagius 
Isuensis  '  '  I).  Capitoni  piae  mémorise  successurus  fertur  tum  in 

^  Luther  écrivait,  le  1""'  novembre  15-42,  au  pasteur  de  Zwickau  :  «  Exis- 
timo  liberam  esse  elevafionem  sacramenti,  semperque  sic  existimavi.  Neque 
unquam  tamen  damnavi  ecclesias  Saxoniœ  quas  sciebam  elevare...  »  Et,  le 
10  novembre,  à  Spalatin  :  <■  De  eîevafione  sacramenti  facias  quod  libuerit... 
Ego  in  rébus  istis  neutris  nolo  poni  ullum  laqueum  »  (Luthers  Briefe,  éd. 
de  Wette,  V,  504,  507),  —  déclarations  équivalentes  à  celle-ci  de  Calvin  : 
«  Hfec  indifferentia  sunt  et  in  libertate  Ecclesise  posita  »  (Voyez  notre 
t.  IV,  p.  106,  note  6). 

^^  Ceux  des  documents  contemporains  que  nous  avons  pu  consulter  ne 
fournissent  aucun  renseignement  sur  la  destruction  des  autels  à  Leipsic. 

"  Paul  Fagius  (vulgô  Bûchlin)  né  à  Saverne  en  1504,  ancien  élève  de 
Bucer  et  de  Capiton,  était  déjà  célèbre  comme  hébraisant.  D  exerça  d'abord 
le  ministère  évangélique  à  Isny  (Souabe),  où  la  générosité  d'un  magistrat, 
Pierre  Buffler,  lui  permit  de  fonder  une  imprimerie,  destinée  spécialement 
à  la  publication  de  livres  hébraïques.  Conrad  Gesner  (Bibl.  univ.)  en  énu- 
mère  sept  ou  huit  que  Fagius  fit  paraître  de  1541  à  1542  avec  la  traduc- 
tion latine.  Lorsque  celui-ci  fut  appelé  par  les  Strasbourgeois,  il  était 
pasteur  à  Constance,  où  il  venait  de  succéder  à  Jean  Zwick,  mort  de  la 
peste  le  23  octobre  1542.  Ce  fut  seulement  en  1545  qu'il  s'établit  à  Stras- 
bourg (Voy.  Rôhrich,  o.  c.  II,  33,  34). 


1542  GUILLAUME  FAREL   A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  159 

ministerio  ecclesiastico,  tum  Thoologiae  profossiono,  isquo  in 
horas  expectatur.  Haec  te  scire  volui.  Quicquid  erit  te  non  celabo 
quem  ex  animo  et  verè  colo  et  diligo.  Doininus  te  servet  cum 
uxore  et  symmistis,  quos  meo  noinifie  amanter  et  diligenter 
salutabis.  Salutant  te  ContzeH.[us],  Beat.[îis],  Oryti.\ieus\  et 
Telamon  '^  Vale.  Bernae,  xxi.  Octob.  Anno  m.  d.  xlh. 

TUUS  SULTZERUS. 


1168 

GUILLAUME  FAREL  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 

De  Montigny,  près  de  Metz',  22  octobre  1542. 

Manque 

On  lit  dans  la  Vie  de  Farel  par  Olivier  Perrot  :  «  Geste 
mesme  année  [1542]  Farel  entreprint  le  voyage  de  Metz  en 
Lorraine,  pour  y  travailler  en  Fœuvre  du  Seigneur,  qui  desjà  y 
estoit  bien  advancée.  Ce  fust  sans  doute  sur  quelque  advis  receu 
que  son  ministère  y  seroit  fructueux  comme  en  d'autres  lieux. 
Et  estant  désiré  des  fidèles  pour  tel  œuvre,  mesme  par  le  congé 
de  son  Église.  Car  avant  ce,  en  Tannée  1541,  il  avoit  escrit  aux 
Seigneurs  de  Metz  en  la  faveur  des  fidèles,  pour  impétrer  libre 
exercice  de  la  religion^ 

»2  Voyez  la  note  13  du  N"  1158. 

^  Voyez  le  N"  1164,  fin  des  notes  22-23.  C'est  bien  de  Montigny,  et  non 
de  Metz,  que  Farel  écrivait  alors.  Paul  Ferry,  faisant  l'inventaire  des 
manuscrits  qui  lui  avaient  été  confiés  par  les  ministres  neuchàtelois,  a 
tracé  la  note  suivante,  §  405  :  «  Deux  lettres  latines  de  Farel,  escrites 
Monianiaci  le  22  octobre  1542  à  Calvin,  l'autre  à  ceux  de  Neufchastel  le 
23  octobre  1542,  Montaniaci ,  à  Montigny  »  (Communication  obligeante 
de  M.  le  bibliothécaire  Henri  Burtin). 

"  David  Ancillon  s'exprime  comme  il  suit,  dans  la  Vie  de  Guillaume 
Farel  (Amsterdam,  1691,  p.  210)  :  «  Ce  fut  de  Neufchastel,  où  P'arel 
estoit  le  Ministre  ordinaire,  que  dès  l'an  1541  il  escrivit  au  Magistrat  de 
Metz  en  faveur  des  fidèles  (ce  sont  les  termes  du  Journal)  \)ouv  obtenir 
pour  eux  le  libre  Exercice  de  la  Religion.  Ce  fut  au  mois  de  Septembre, 
l'an  1542,  que  Farel  arriva  à  Metz.  »  Ailleurs,  p.  65,  il  mentionne  «  le 
Journal  très  exact  de  Farel,  »  et,  aux  pp.  98,  110,  202,  il  dit  :  «  Les  Mé- 
moires de  Farel...,  le  Journal  de  Farel  que  j'ay  entre  mes  mains.  »  Or,  les 
passages  qu'il  emprunte  à  ce  prétendu  Journal  sont  tout  simplement  tirés 


160     GUILLAUME  FAREL  AUX  PASTEURS  DE  NEUCHATEL.     1542 

«  Il  peut  arriver  là  environ  le  mois  de  Septembre.  Car  estant 
à  Metz,  il  escrivit  lettre  à  Calvin  du  22  Octobre  1 542,  en  laquelle 
fait  mention  du  zèle  du  peuple  à  l'aller  ouïr  prescher,  d'un  bap- 
tesme  administré  à  une  fille  avec  édification  ^  des  maux  et  tra- 
vers que  soustenoyent  les  fidèles,  d'un  cri  public  prohibitif 
d'aller  ouyr  Farel  sous  l'amende  pécuniaire  et  converser  avec 
luy,  d'un  Mandement  de  par  l'Empereur,  crié  et  afiiché  par  arti- 
fices es  places  j)ubliques*  et  déchiré  par  des  enfans,  etc.,  d'un 
mécontentement  que  le  Comte  Guillaume  tesmoignoit  des  retar- 
dements  donnez  à  la  Parole  et  fascheries  causées  aux  fidèles.  » 
(Manuscrit  original,  p.  67.  Bibl.  de  MM.  les  pasteurs  de  Neuchâ- 
tel.) 


1169 

GUILLAUME  FAREL  aux  Pasteurs  de  Neuchâtel. 
De  Montigny  \  près  de  Metz,  23  octobre  1542. 

MANQUE 

Immédiatement  après  les  deux  paragraphes  que  nous  avons 
extraits  de  la  Vie  de  Farel  par  Olivier  Perrot  (N°  1168),  on 

du  manuscrit  d'Olivier  Perrot  (cité  plus  haut),  qu'il  a  pris  pour  un  ouvrage 
du  Réformateur  lui-même. 

J.-C.  Fixslin  (Beytràge  zur  Erlaiiterung  der  Kirchen-Reformations- 
Gesch.  des  Schweitzerlandes.  Zurich,  1749,  t.  IV,  p.  xlvii)  a  copié  et 
embelli  l'erreur  d'Ancillon,  que  le  Musœum  Helveticum  (Turici,  1746-53, 
7  vol.,  Particula  XIV,  p.  310-312)  a  signalée  en  1749,  L'éditeur  de  la 
France  protestante  (2°"  éd.  VI,  390)  s'est  également  trompé  en  confondant 
le  prétendu  «  journal  de  Farel  »  avec  «  le  livre  de  raison  ou  carnet  sur 
lequel  le  Réformateur  inscrivait  les  événements  et  les  dépenses  de  chaque 
jour  »  (Voy.  notre  t.  I,  p.  179). 

*  Nous  ne  saurions  dire  si  c'est  le  baptême  dont  parle  Fathon  dans  sa 
lettre  du  28  novembre  (N"  1183,  renv.  de  n.  12-13). 

*  Ancillon,  op.  cit.,  p.  65,  affirme  que  la  lettre  de  Farel  du  22  octobre 
«  fait  mention...  d'un  mandement  prétendu  de  l'Empereur  affiché  par 
artifice  aux  Carrefours  des  rues,  et  déchiré  par  les  Enfans.  »  —  Les  ma- 
gistrats de  Metz  auraient-ils  osé  se  prévaloir  d'un  faux  mandement  impé- 
rial et  le  déclarer  authentique  (Voy.  leur  lettre  du  11  octobre,  N"  1165, 
n.  2,  4)?  — Sleidan,  II,  276,  n'exprime  aucun  doute  sur  la  réalité  du  susdit 
mandement. 


1542     RENÉE  DE  FRANCE  A  HENRI  BLLLINGER,  A  ZURICH.       IGl 

trouve  le  suivant  :  «  Du  23-  dit  mois  [d'octobrej,  il  escrit  à  ses 
frères,  les  Pasteurs  de  la  Classe  de  Neufchastc^l,  leur  descrivant 
les  grands  dangers  esquels  se  rencontroit,  les  priant  de  ])rier 
I)Our  luy  et  les  exhortant  de  courageusement  poursuivre  à  tout 
ce  qui  restoit  à  faire,  et  dresser  tout  en  Itoii  ordre.  » 


1170 

RENÉE  DE  FRANCE  à  Henri  BnlliriiJer,  à  Zurich. 
De  Ferrare,  24  octobre  1542. 

Inédite.  Copie  contemi)oraine.  Arch.  de  Berne. 

(traduit   DE    l'allemand.) 

Vénérable  Monsieur  Bullinger, 

Nous  avons  reçu  par  le  porteur  de  cette  lettre,  M.  Celio 
Secundo,  votre  missive  et  vos  offres  de  service  très  amicales, 
ainsi  que  le  superbe  cadeau  qu'il  Nous  a  apporté  en  votr(^  nom. 
Nous  lui  donnons  à  cette  heure  pour  instruction  de  vous  remer- 
cier grandement  et  de  cœur,  et  de  vous  témoigner  quel  grand 
jjlaisir  Nous  ont  fait  éprouver  votre  cadeau  et  les  nouvelles  que 
vous  Nous  avez  données  ])ar  écrit.  11  est  également  chargé  de 
vous  informer,  de  Notre  i)art,  d'autres  choses,  pour  lesquelles 
Nous  nous  reposons  sur  sa  lionne  et  suffisante  judiciaii-e;  aussi 
ne  voulons-Nous  ])as  vous  arrêter  davantage  sur  ce  sujet  '. 

'  Voyez  la  note  1  du  N°  précédent. 

^  La  date  du  1/i  Octobre  indiquée  par  Ruchat,  \,  211,  esit  une  faute 
d'impression.  Tout  ee  qu'il  dit  de  la  lettre  de  Farel  aux  Ministres  de  la 
Classe  de  Neuchâtel,  est  en  elfet  emprunté  à  la  page  210  <Ie  l'ouvrage  de 
David  Ancillon,  qui  s'est  borné  à  reproduire,  mais  avec  d'autres  termes, 
le  résumé  d'Olivier  Perrot. 

*  Dans  la  lettre  de  Bullinger  à  Vadian  du  lî)  décembre,  que  nous  avons 
déjà  citée,  on  lit  au  sujet  du  voyage  de  Curione  en  Italie  : 

«  Post  mensem  redit  e  Lausanna  Coelius,  Italiam  denuô  ingressurus,  ut 
inde  curet  in  Germaniam  transportari  uxorem  ac  liberos.  Orat  l'rim'ipi 
scribam  Ferrariœ,  quîe  Ludorici,  régis  Francift",  tilia  est.  Obsequor  ac 
inhortor  Principem  ad  pietatem,  et  ut  pulsos  propter  Christum  bénigne 
foveat.  Addo  nuinus,  comincnldrios  niros-  in   Matfhœum,  quibus  acceptis 

T.  vin.  11 


162      RENÉE  DE  FRANCE  A  HENRI  BULLINGER,  A  ZURICH.      1542 

Seulement  Nous  vous  dirons  Notre  cordiale  prière  et  Notre 
sérieux  désir  que  le  susdit  Celio  soit  recommandé  à  votre  con- 
fiance comme  une  personne  qui  en  est  tout  à  fait  digne,  et  à  qui 
le  Seigneur  a  départi  en  abondance  de  ses  grâces  et  de  ses  dons. 
Il  a  une  épouse  et  sept  enfants,  desquels  il  a  laissé  quatre  ici, 
parce  qu'il  n'a  pas  osé  les  aventurer  sur  une  lointaine  route, 
dans  un  âge  si  faible  et  si  tendre.  Vous  verrez  les  trois  autres 
avec  leur  mère,  si  Dieu  le  permet  ^ 

C'est  pourquoi  Nous  vous  prions,  par  l'honneur  de  Celui  qui 
nous  a  unis  dans  un  même  esprit,  que  vous  leur  soyez  secourable 
en  ce  qui  sera  nécessaire  et  autant  que  cela  vous  sera  possible 
par  l'inspiration  de  Dieu;  car  Nous  avons  cette  pleine  coniiance 
en  vous,  que  vous  ne  négligerez  rien  de  ce  qui  touche  à  la  cha- 
rité et  à  la  compassion  chrétiennes. 

Nous  vous  offrons  sérieusement  que  là  où  Nous  pouvons  faire 
preuve  de  Notre  amitié  et  assistance  à  vous  et  à  vos  amis.  Nous 
voulons  être  prête  à  vous  servir.  Nous  n'avons  plus  rien  à  dire\ 

acciugitur  itineri  ac  abit....  Serô  autera  rediit  Cœlius  ex  Italia,  advehens 
secum  uxorem  et  liberos,  mira  de  persecutione  Pontificis  referens.  Attulit 
qiioque  literas  à  Regina  illa  sive  Principe,  Ferrarice  scriptas  ad  me  perhu- 
maiiiter  et  summa  cum  pietate,  quibus  gratias  agit  pro  munere,  vicissim 
adbortaiis  ad  pietatem.  » 

^  Les  plus  âgés  des  enfants  de  Curione  étaient  :  Violanthis,  née  à  Ceva 
le  8  novembre  1532,  Horace,  né  à  Casai,  dans  le  Montferrat,  en  1534, 
Léon,  né  à  Sales  (Milanais)  le  13  janvier  1536,  Augustin,  né  à  Sales  en 
1538.  Leur  mère,  Jlcirgaretha  Blanca  Isacia,  appartenait  à  une  famille 
noble  de  Milan. 

Dans  VEpistola  placée  en  tête  de  sa  Christianœ  Beligionis  Institutio, 
Curione  s'adressant  à  ses  fils  Horace,  Léon  et  Augustin,  leur  dit  :  «  0  dul- 
cissimi  mei  filii,  mefe  (ut  spero)  seiiectutis  tria  lumina,  ab  eo  tempore  quo 
ingredi  et  fari  cœpistis,  nunquam  destiti  vestros  teneros  animos  et  annos 
ad  virtutem  informare,  in  rectam  vitae  viam  deducere,  ac  potissimùm  opti- 
mis  certissimisque  nostr»...  religionis  sententiis  imbuere....  Te  primum 
alloquor,  Horati.  qui  ut  PPtate,  sic  etiani  bonestarum  rerum  cognitione... 
fratribus  tuis  antecellis  :  meministi,  credo,  per  quos  quautosque  labores  et 
molestias,  per  qute  pericula,  niminim  per  saxa,  per  ignés,  ut  ille  ait,  non 
pauperiem  fugientes,  sed  Christum  sequentes,  vos  semper  ego,  et  pia  ves- 
tra  mater,  educaverimus...  » 

^  Dans  le  texte  allemand,  qui  doit  avoir  été  traduit  du  français  par 
ModoJphe  Gualther  :  Xitf  mehr  dann,  rien  de  plus,  si  ce  n'est,  etc.  — 
comme  on  disait  dans  les  lettres  françaises  :  A  tant  (en  ayant  autant  dit), 
je  ferai  fin,  etc. 


I.')i2  JEAN    CALVIN  A  PIEKRK  VIHET,   A  LAUSANNE.  I  fûJ 

si  ce  n'est  qu'il  plaise  à  Dieu  de  vous  maiuteiiii-  dans  sa  grâce 
divine.  Donné  à  Ferrare  le  24"""  jour  d'octobre.  Tan  l.')42. 

Renée  de  France. 

(Suscription  :)  A  Monsieur  H.  Bullinger,  autistes  de  l'Église. 
Zurich, 


1171 

JEAN  CALMN  à  Pierre  Viret  ',  à  Lansamie. 
De  Genève  (enlre  le  25  et  le  28  octobre  1542.) 

Copie  cont(Mnpor.  Bibl.  Publ.  de  (ienève.  Vol.  n°  111".  Henry, 
0.  c.  II,  Api)endice,  j).  5.  Calvini  Opéra,  XI,  4ô7. 

Literae  tuae,  quibus  rogabas  ut  de  bonis  ecdesiasticis  aliquid 
conscriberem  \  niihi  die  linue  ■'  redditîf  fuerunt,  cuni  adliuc 
esseni  in  nu])tiarum  reliquiis  occupatus  \  Quanquani  illud  h  me 
[1.  me  à]  scribendo  minime  impediisset.  Sed  ab  eo  tem])ore  nul- 
lum  temporis  momentum  milii  vacuum  fuit.  Pestis  hic  quoque 
vchementior  esse  incipit.  Et  pauci,  quos  attigerit,  salvi  evadunt. 
Destinamlns  fuit  unus  ex  nostro  collegio  qui  iegrotis  adessef. 
Quia  Petrus  ^  se  ohtidit,  facile  oranes  passi  sunt.  Si  qnid  ei  acci- 


'  La  copie  faite  par  Ch.  de  Jonvilliers  porte  en  tète  :  «  Calvinus  Vireto.  » 
Pour  la  déteriniiiatioii  do  la  date,  voyez  les  notes  3,  4,  5,  11,  14. 

^  Depuis  le  19  septembre  (N"  1160)  Viret  avait  écrit  deux  lettres  à 
Calvin,  pour  requérir  de  lui  un  mémoire  sur  les  biens  ecclésiastiques. 

'  Ce  «  lundi  »  était  certainement  le  lundi  23  octobre,  jour  où  le  Conseil 
de  Genève  prit  deux  décisiojis  indiquées  plus  loin  (renvois  de  ufite  ô  et  11  ). 
Il  ne  peut  être  ici  question  du  lundi  30  (note  14). 

*  l'our  quelle  raison  Calvin  aurait-il  dû  s'occuper  spécialement  de  la 
noce  de  Claude  Franc,  célébrée  le  24  septembre  ou  le  1"^  octobre  (N°  11.59, 
renv.  de  n.  3)?  Il  s'agit  ici  de  celle  à' Antoine  Calvin,  qui  venait  d'éi)0user 
Anne,  fille  de  Xicolas  le  Ferf  (N"  11S7,  n.  IC). 

*  Le  pasteur  Pierre  Blanchet,  conmie  on  le  voit  dans  ces  passages  du 
Registre  du  Conseil  :  «  Lundi  23  Octobre.  M'  P.  Blanchet,  ministre  évan- 
gélicque.  Lequelt  d'ung  grand  cueur  c'est  offert  d'aller  à  l'hospital  pesti- 
lencial  ])our  consoler  les  povres  infect.  Sur  quoy  résoluz  qu'il  soit  accej)té 


164  JEAN   CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1542 

derit,  vereor  ne  mihipost  ewn  sit  périclita ndum.  Nom,  ut  dicis'^, 
quia  sumus  singulis  memhris  dehitores,  non  jyossumus  ils  déesse 
qui  prœ  (diis  nostrum  miuisterium  desiderant.  Neque  taraen 
iiieum  consiliiiin  est,  ut.  diiin  voliiinus  parti  coiisiilere,  ipsum 
occlosice  corpus  deseramus.  Sod  quandiu  siinuis  in  hoc  inunere, 
non  video  (juid  prsetexere  iiobis  liceat,  si  periculi  tiinore  eos 
destituiiims  (iui])us  maxime  auxilio  opiis  est.  Quantum  ad  vos 
pertinet,  dixi  til)i  quid  mihi  videretur.  Nunc  quia  vobis  iUe  su- 
})latus  est  \  quœrendus  est  alter,  qui  in  ejus  vicem  su})stituatur. 
Si  iiemo  repcrietur,  ineunda  vobis  est  ratio,  sed  de  communi 
consilio  fratrum. 

Bernurdinus  noster  nmns  machinis  impetitiis  est,  id  nohis 
abduceretur  ^  Constariter  tameii  perstat.  Et  magna  ex  [jarte 
ansam  prsecidit  Antichristo,  ne  posthac  de  eo  solicitaudo  cogitet. 
Scripsit  enim  volumen  conciormm  ^  in  cujus  tine  palàin  ])roti- 

et  que  il  liiy  soyt  provliou  de  toutes  [choses]  néoessayres...  »  —  «  Mercredi 
25  Oct.  M'  P.  Bïanchef,  de  sa  spontanée  volunté  est  allé  autjourduy  en 
l'hospital  i^estilencial  pour  consoler  et  solager  les  povres  infect  de  peste.  » 

"  Dans  l'une  de  ses  deux  lettres  récentes  (perdues  pour  nous),  Viret 
])arlait  sans  doute  des  progrès  de  la  peste  à  Lausamie,  et  des  mesures  de 
préservation  prises  récemment  par  les  magistrats  lausannois. 

^  Ce  n'est  pas  une  allusion  à  Béat  Comte,  collègue  de  Viret,  mais  au 
diacre  de  Lausanne  [Vital  Bohert  ?  N"  1121,  n.  .5],  qui  avait  été  enlevé 
par  l'épidémie. 

*  Les  agents  de  la  cour  de  Rome  essayèrent  peut-être  d'acheter  Ochino 
ou  de  l'épouvanter.  En  tout  cas,  avant  de  recourir  aux  calomnies  et  aux 
libelles,  ils  employèrent  d'abord  «  les  merveilleux  stratagèmes  »  dont  parle 
Calvin. 

Ochino,  parti  de  p'iorence  le  23  août  (c'est  la  date  vraisemblable  donnée 
par  son  récent  biographe),  avait  passé  par  Ferrare,  Brescia,  Chiavenna,  le 
canton  des  Grisons  et  Zurich,  et  il  était  arrivé  à  Genève  dans  le  courant 
de  septembre.  Ses  Sermons  y  parurent  le  10  octobre.  Ce  n'est  que  vers  la 
fin  du  même  mois  qu'il  put  connaître  les  accusations  et  les  reproches 
qu'on  lui  adressait  d'Italie.  Entre  autres  lettres  qu'il  reçut  alors,  il  convient 
de  mentionner  celle  du  célèbre  humaniste  Tolomei.  Elle  est  datée  de  Rome, 
le  20  octobre  1542  (Lettere  di  Claudio  Tolomei.  Yinegia,  1566,  ft;  237-41. 
—  Choix  des  cinq  livres  des  Épistres  argentées  de  Tolomei.  Paris,  1572, 
j).  172-177).  Voyez,  sur  les  accusations  des  Italiens  et  sur  les  réponses 
d'Ochino,  Maccree,  o.  c.  p.  216-210.  —  F.  Treclist  I.  Die  protestantischen 
Antitrinitarier.  Heidelberg,  1844,  t.  H,  p.  202-205.  —  Benrath,  o.  c. 
p.  136-170. 

^  Intitulé  :   «  Prediche  di  Bernardino  Ochino  cîa  Siena.  Si  me  perse- 


15i2  JRAN    CALVIN  A  l'IKHRE  VIllKT.   A  LAUSANNE.  165 

tetur  se  iiostniiu  prorsùs  ac  sine  oxccptioiio  osso,  M/dfi  liali 
eum  iuvisviif.  Etjam  duos  alios  concionatores  haheniiis^'^.  (,)ui- 
ciinquc  euiii  noverunt,  existimant  non  parvani  accossionem 
factani  esse  Christi  ve^uo  in  uno  capitc.  Me  intci-ca.  ut  scias, 
minime  dormire  oportnit.  Qnd  peiiiiihs  hominem  considpro,  eo 
pluris  facio.  Sed  t'atetnr  se  magnoperc  adjutnm  et  sublcvatum 
à  me.  qnominns  conciiteretnr.  Senatus  jam  concessit.  ut  concio- 
netur  quoties  visuni  fuerit  ".  Halx'mus  liîe  Jiiïïhmi  Camillum, 
cujus  tam  diuturna  mora  nolns  nonnihil  suspecta  est  '^  Tamctsi 
enim  liberaliter  ore  jactat  Evangelium,  quia  tamon  ali(|uid 
clandcstini  consilii  hal)et,  quod  etiam  incognitum  nobis  displi- 
cct,  eum  meritô  timemus.  Sed  l)ene  habet,  quôd  BeiiKiidiitiis 
sil)i  tanquam  al)  hoste  cavet. 

\'erùm  jam  ad  illiid  tuuni  de  houis  ecclcsiasticis  postnlatnm 
revertor.  Mam  iterum  mihi  in  mcmoriam  revocas  posterioribus 

quuti  sunt,  et  vos  porsequcntur,  sed  Oninia  vincit  Veritas.  1542  die 
X.  Octobris,  »  in-8"  (Bonratli,  p.  375).  La  conclusion  do  ces  Sermons  est 
traduite  à  la  p.  182  de  la  biograpliie  précitée. 

'"  L"un  de  ces  prédicateurs  s'appelait  Frà  Girolamo  da  Melfi  (Beuratli, 
o.  c.  p.  134). 

"  On  lit  dans  le  Registre  du  Conseil  de  Genève,  au  23  octobre  : 
«  ]M.  Bernardine  de  Sesnaz  [1.  Sief/a]  lequelt  est  homme  sçavant  et  désire 
presché  publiquement  la  parolle  de  Dieu  en  langue  italienne.  Sur  quoy 
résoluz  qu"il  luy  soit  baillé  place  de  prescher  à  S.-Pierre  en  la  chapelle  du 
cardinal  [de  Brogny]  ])our  ung  jH'ult  de  temps,  et  dempuys  pourra  cstre 
mys  à  S.-Gerniaiti.  Et  semblablement  ])()ur  aulmosne  a  esté  advisé  de  douer 
à  uny  sien  comparpiyon  six  escus  soley.   > 

'^  Voyez,  sur  Juîius  Camillus,  le  t.  III,  p.  312,  note  25.  Jean  Sturm 
écrivait  de  Paris  à  Bucer,  vers  le  milieu  d'octobre  1533  :  «  Julius 
Camillus,  qui  jam  per  annos  jtrojie  quadraginta  ).a5w(>  i^icoae,  vir  recon- 
dita  eruditioue,  mirabili  pietate,  ex  Ilalia  a  lù'ge  magnis  promissis  et 
prsemiis  vocatus,  te  voluit  per  me  suo  nomine  officiosissimè  salutari...  » 
(Gérard  Roussel  par  G.  Schmidt,  p.  219). 

Sturm  ignorait  que  ce  personnage  était  un  habile  charlatan,  (hjraldus 
l'a  (jualitié  sans  ménagement  dans  son  dialogue  II,  de  l'oëtis  (Freytag,  o. 
c.  III,  132),  et  Gaillard  (Hist.  de  François  I,  1819,  IV,  157)  résume  en  ces 
termes  la  lettre  d'Alciat  du  3  septembre  1530  :  «  Jules-  Cnmille  assura  le 
roi  qu'en  un  mois,  avec  une  leçon  d'une  heure  ])ar  jour,  il  le  mettroit  en 
état  de  parler  grec  comme  Démosthène,  latin  comme  Cicéron,  et  de  faire 
des  vers  dans  l'une  et  dans  l'autre  langue  comme  Homère  et  Virgile....  Il 
demandoit  ])our  récomjx'nse  deux  mille  écus  de  rente  en  bénéfices....  i.e 
roi  le  renvoya  aussitôt  après  la  seconde  leçon  avec  une  gratilicatioii  de 
six  cents  écus.  » 


166  JEAN   CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1342 

tuis  literis.  Ego  verô  abs  te  peto,  ut  mihi  ignoscas.  Scis  enim 
Imjus  (iiuestionis  tractatioiiem  esse  ejusmodi,  quae  tempus, 
ociiim.  auimi  qiiietem,  ac  diligentiam  non  parvam  requirat.  Cum 
Ratisponse  essemus,  commodavi  nieam  operam  Bucero  in  his 
colligendis  quae  inter  acta  comitiorum  edidit  '^  Sed  quia  obiter 
duntaxat  illic  quaestio  ista  attingitur,  quod  illic  scriptum  est 
vobis  ad  prsesentem  actionem^*  non  suflficeret.  Aliquantulum 
taraen  sumi  poterit.  MiJd  autem  hifariam  videtur  distribnenda 
causa:  Primmn,  ut  dicatis  liane  alienationeni  miiltis gravihus 
offendicidis  causam  fore.  Deinde,  ut  demonstretis  esse  iUicitam. 
Ojfendicnla  sunt  in  promptu.  Quôd  Pajnstœ  passim  Evange- 
lium  inde  infamant.  Idque  facere  cœperunt  quo  tempore  non 
habebant  tani  speciosum  prœtextum.  Antehac  igitur  calumniis 
usos  fuisse  :  nunc  justam  accusandi  rationem  habituros,  cum  de 
direptione  l)onoi'um  Ecclesia?  loquentur.  Deinde,  quôdj;/e&5in 
tota  ])rovincia,  quia  palàm  non  audet,  in  angulis  omni])us  de  eo 
conqueritur.  Ministri  autem  nihil  ha])ent  quod  respondeant  '\ 
Nam  cum  adversùs  Papae  et  totius  sacerdotii  pai)istici  sacrilegia 
clamitaverint,  qua  fronte  defenderent  venditionem  qua?  Eccle- 
siani  i)rorsîis  S])oliet,  ac  nudam  relinquat,  cum  fructuum  abusum 
non  tulerint  V  Tertio,  quôd  aliis  Principilais  dent  pessimum 
exemi)lum.  Illos  enim  plus  satis  cupidos  esse,  ut  non  aliunde 
occasionem  habeant.  Nunc  si  in  bac  parte  peccent,  partem  culpa? 
dimidiam  i)enes  eos  fore  qui  illis  praeierint.  Quarto,  eos  nescire 
neque  ba])ere  in  sua  manu,  quales  futuri  m\i  ])osteri.  Fieri  posse 
ut,  cum  nibil  Ecclesiœ  reliquum  fuerit,  ea  occasione  relinquatur 
déserta  et  solitaria. 

'^  Voyez,  sur  cet  ouvrago  de  Bueer,  notre  t.  VII,  p.  217,  note  3.  Dans 
l'édition  allemande  qui  fut  achevée  d'imprimer  chez  "W.  Rihel  le  17  déc. 
1541  (262  ff.  petit  in-4"),  il  est  traité  des  hiens  ecclésiastiques  aux  ff.  114- 
116,  - —  passage  à  comparer  avec  le  t.  V,  p.  250,  251. 

'*  Question  très  actuelle  pour  la  Classe  de  Lausanne;  car  elle  devait 
s'en  occuper  le  1"  novembre.  Calvin  était  donc  obligé,  s'il  voulait  lui  faire 
parvenir  son  mémoire  en  temps  utile,  de  l'envoyer  à  Viret  pour  le 
dimanche  29  octobre,  au  plus  tard.  Il  fallait  bien  laisser  deux  jours  au 
doyen  de  la  Classe,  François  Martoret,  pasteur  à  Verei/,  pour  rédiger  le 
projet  de  requête  à  MM.  de  Berne  (N"  1174).  Aussi  fixons-nous  la  date  de 
la  présente  lettre  entre  le  25  et  le  28. 

'^■"^  Les  arguments  indiqués  ici  par  Calvin  se  retrouvent  dans  la  requête 
de  h\  Classe  de  Lausanne,  mais  présentés  avec  beaucoup  de  ménagements. 


1542  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  167 

Quantum  ad  illud  secimdum  caput  pertinot,  teiies  illiid  argu- 
mentum  in  quo  prœcijjuus  cardo  vertitur  :  Non  esse  magistridiis 
quod  Christo  et  Ecdesue  semel  fuerit  consecratum.  At(iue  hîc 
commenioranda  erit  lex  illa,  et  ratio-Vetiis  :  (jiialitor  dispcnsari 
Inuc  bona  oporteat.  Erit  igitnr  in  eo  insistcndum  :  Ecclesise 
fuisse  dodicatum  quod  ini])ii  ventres  occupaverant.  Constare 
satis,  quis  sit  legitimus  usus  bonorum  Ecclesiae'^  Eum  nunc 
sequendum  esse.  Alienationem  anatliemate  non  cai-er(»  et  nialc- 
dictione  :  quia  sacrum  profanet. 

Interea  tollenda  erit  omnis  suspicio,  ne  vos  atïectare  hîc  ali- 
quid  putent.  Demonstrandum  tamen  erit,  illam  esse  optimam 
reformationis  regulam  quam  Josias  rex  pr»scripsit  :  ut  niagis- 
tratus  inspectionem  habeat  :  Diaconi  administrent.  Poteritis 
tamen  testari  vos  contentos  esse,  ut  magistratus  plénum  jus  ad- 
ministrationis  habeat  :  modo  tideliter  dispenset  annuos  reditus, 
et  nihil  ex  fundo  depereat  ''. 

Vides  quàm  confuse  et  tumultuariè  pauca  ista  percurrerim. 
Verùm  excusatione  non  utar  :  apud  te  prgesertim,  qui  scis  neque 
negligentia  neque  temeritate  me,  in  tanta  causa,  eflfutire  quod 
primùm  in  buccam  venerit,  sed  necessitate  coactum  pra?cipitare 
quod  libenter  elaborarem,  si  plus  esset  ocii.  Vale,  optime  et 
mihi  chariss.  frater.  De  propin(}uo  Corderii  videbimus.  Fratres 
te  salutant  :  iixor  mea  et  tota  domus.  Iterum  vale.  Dominus  te 
et  alios  bonos  conservet.  Gmideo  plurimùm  te  in  illam  domum 
demigrasse.  Quod  nisi  factnm  esset,  conviciis  te  istinc,  uhi  eras, 
eximlissem^^.  Vale.  Dominus  te  consilio  s])iritus  sui  semper 
regat,  et  te  virtute  sua  j)rotegat  ex  alto  ! 

JOANNES  CaLVINUS  tUUS. 

Vix  scio  quid  scripserim,  ita  caligant  oculi. 

'^  C'est  ce  que  la  Classe  n'osa  pas  demander  à  des  maîtres  aussi  oml)ra- 
geux  que  les  seigneurs  de  Berne. 

'*  Le  logement  de  Pierre  Viref  se  composait  de  deux  ou  trois  cellules, 
dans  la  partie  orientale  de  l'ancien  couvent  de  St.-François.  Il  paraît  que 
des  difficultés  imprévues  surgirent,  quand  il  crut  pouvoir  s'établir,  en  1542, 
dans  le  logement  plus  commode  qu'on  lui  avait  promis.  Ce  fut  seulement 
le  9  août  1544  qu'il  écrivit  à  Calvin  :  «  Migro  in  .^^des  de  quihus  hactenus 
tamdiu  certatum  est.  »  Nous  avons  lieu  de  croire  qu'il  voulait  parler  de  lu 
belle  maison  située  au  dessous  de  la  cathédrale,  et  qui  avait  appartenu 
jadis  au  chanoine  Benoit  de  Pontareuse,  maison  dans  laquelle  les  magis- 


168  M\RTIN  BLCER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 


il72 

MARTIN  BUCER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Strasbourg,  28  octobre  1542. 

Calvini  Epistolœ  et  Resp.  1575,  p.  42.  Calv.  0pp.  XI.  45fi. 

Gratiam  et  pacem  !  Qnàm  infœlicHer  sihi  consuluerhit  2Ie- 
tenses,  cum  regnum  Christi,  non  nisi  certi  de  brachio  carnis 
admittere  vobierunt  ',  in  dies  gravioribus  calamitatibus  i)atetit^ 
Dominns  corrigat  quod  à  nobis  peccatum  est,  et  excitet  regnum 
suum  suo  brachio  !  Colonia  moliebatur  aliquid  pro  Christo  ^  :  id 
vereor  ut  nunc  bello  quod  Brahauti  intulerunt  Juliacensi  ^ 
etiam  dififeratur.  Xoster  quoque  nioHri  cœpit  aliquid  ;  sed  adver- 
sarii,  dum  non  valet  id  advertere,  extrahunt  etiam  tempus 
quantum  possunt  \  Utinam  sentiremus  et  bona  et  mala  nostra, 
et  conspirantes  rite  in  Domino,  veris  supplicationibus  incum))e- 
remus  !  Pœnitentia  vera,  etiam  apud  evangeUcissimos,  ignoratur. 
Christus  nos  excitet  et  suo  spiritu  impleat  ! 

Res  nostrœ  hîc  habent,  ut  soient,  satis  languide  pro  donis 

trats  lausauuois  avaient  installé  le  premier-pasteur  Pierre  Caroli  (novembre 
1536).  Cette  habitation  solidement  construite,  spacieuse,  haute  de  deux  ou 
trois  étages,  flanquée  de  quatre  tourelles  rondes  et  élancées,  était  pourvue 
d'un  beau  jardin,  qui  faisait  l'orgueil  de  l'ex-docteur  de  Sorbonne  (IV,  109, 
291).  Elle  a  été  visitée  maintes  fois  par  Calvhi  et  habitée  par  Viref  et  par 
tous  les  premiers-pasteurs  de  Lausanne  jusqu'à  M.  le  doyen  J.-Pierre-Louis 
Ricou.  Après  lui,  dès  1839,  la  maison  fut  occupée  par  l'École  supérieure 
des  jeunes  filles,  dont  Alexandre  Vinet  présidait  le  Comité-directeur.  Cette 
École  succédait  à  celle  que  M™*  Anne-Marie  de  Molin-Huber  avait  fondée 
en  1837. 

A  notre  époque,  où  les  anciens  souvenirs  pèsent  si  peu  dans  la  balance 
des  intérêts,  le  vénérable  édifice  n'a  pas  semblé  digne  d'être  conservé.  Sa 
destruction  est  déjà  décidée. 

'  A  comparer  avec  le  N°  1173,  note  5,  et  le  X°  1183.  renvois  de 
note  14-15. 

*  C'est  une  allusion  à  l'ordonnance  de  l'Empereur  récemment  publiée  à 
Metz  et  aux  procès  qui  en  étaient  résultés  (S"  1165,  n.  2,  4). 

»  ''  *  Yovez  le  X"  1167,  notes  i  et  8. 


loi2  MARTIN  BUCER  A  JEAN   CALVIN,  A  GENÈVE.  169 

iiobis  collatis  :  orato  i)ro  iiol»is  ut  iiiagis  iiiardpscamus.  Ludus 
Uteratius  non  incommodé  liabet.  Advenit  ex  Italia  \\v  (luidam 
Gr£eeè,  Hebraicè  et  Latine  admoduni  doctus,  ot  in  Scripturis 
fœliciter  versatus.  annos  natus  quadrAginta  quatuor,  gravis  mo- 
ribus  et  judicio  acri  :  Petro  Martyri  nomen  est  •"'.  Prtefuit  Cano- 

*  Guillaume,  duc  de  Clères,  devenu  ennemi  de  l'Empereur  ])ar  son 
alliance  avec  François  I. 

^  Pierre  Martyr  Vermigli  (1500-1562).  Né  à  Plorence  d'une  famille  dis- 
tinguée, il  s'affilia,  très  jeune  encore,  aux  chanoines  réguliers  de  St.  Au- 
gustin, à  Fiesole,  qui  l'envoyèrent  étudier  dans  les  universités  d'Italie,  et, 
après  son  retour,  le  choisirent  comme  leur  prédicateur  ])nblic.  Il  fut  suc- 
cessivement élu  abbé  de  Spolète  et  prévôt  du  collège  de  8t.-Pierre  ad  Aram 
dans  la  ville  de  Naples  (15.80).  C'est  là  que  l'étude  attentive  de  la  Bible  et 
la  lecture  des  livres  de  Zwingli,  de  Luther,  de  Bucer,  etc.,  très  répandus 
alors  en  Italie,  ébranlèrent  ses  anciennes  croyances.  Écarté  momentané- 
ment de  la  chaire,  il  n'en  fut  ])as  moins  élu  visiteur  général  de  son  Ordre, 
puis  nommé  prieur  du  couvent  de  St.-Fridiano  à  Lucques.  Ses  leçons  aux 
jeunes  religieux  et  ses  prédications  produisirent  dans  cette  ville  une  pro- 
fonde impression.  Mais  les  Augustins,  irrités  des  réformes  qu'il  leur  impo- 
sait, intriguèrent  contre  lui  et  le  tirent  citer  à  Gênes  devant  une  assem- 
blée de  l'Ordre.  Averti  du  piège  qui  lui  était  préparé,  Pierre  Martyr  se 
retira  à  Pise,  d'où  il  envoya  sa  démission  aux  conventuels  de  St.-Fridiano. 
Il  se  rendit  ensuite  à  Florence  et  y  rencontra  Ochino,  qu'il  suivit  de  très 
près  dans  sa  fuite.  Ayant  reçu  à  Zurich  l'invitation  de  se  rendre  à  Stras- 
bourg, il  arriva  le  17  octobre  1542  chez  Bucer,  qui  le  lit  élire  professeur 
de  théologie.  Il  adressa,  le  25  décembre  suivant,  à  l'église  réformée  de 
Lucques  une  lettre  dans  laquelle- il  justifiait  sa  sortie  de  l'î^glise  romaine, 
et  exhortait  ses  anciens  auditeurs  à  persévérer  dans  la  doctrine  évangé- 
lique. 

«  Pierre  Martyr  possédait  à  un  haut  degré  les  heureuses  qualités  qui 
distinguent  ses  compatriotes,  sans  avoir  les  défauts  qu'on  leur  a  repro- 
chés.... Sa  piété  et  son  savoir  étaient  relevés  par  sa  modestie,  par  sa 
candeur,  par  l'affabilité  de  ses  manières.  Ses  adversaires  eux-mêmes  ren- 
dirent hommage  à  ses  talents  ;  et,  plus  tard,  dans  l'Église  réformée,  on 
s'accorda  généralement  à  mettre  ses  ouvrages  en  première  ligne  après  ceux 
de  Calvin,  sous  le  rapport  de  la  sagesse  et  de  la  clarté  »  (Voyez  Josias 
Simler.  Oratio  de  vita  et  obitu  P.  M.  Yermilii.  Tiguri,  1568.  —  J.-J.  Hot- 
tinger,  III,  756.  —  Ruchat,  Y,  191-198.  —  Maccree,  o.  c.  p.  130-35,  138- 
40,  213,  219-23,  427.  —  C.  Schmidt.  Peter  Martyr  Vermigli.  Elberfeld, 
1858). 

'  Paolo  Lacisio,  de  Vérone,  qui  fut  élu  professeur  de  grec  à  Strasbourg. 
Les  deux  étudiants  étaient  Theodosio  Trebelliario  et  Julio  l'erenfiano. 
«  Chacun  sait  (dit  Simler,  o.  e.)  que  celui-ci  resta  fidèlement  et  constam- 
ment attaché  à  P.  Martyr  jusqu'à  sa  mort.  » 


170  •  JEAN  STURM  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

nicis  regulari])iis  Lucœ  :  adduxit  très,  unum  Grœcè  doctissimum, 
reliquos  duos  jiivenos  studiosos  \  Hîc  laboravimiis  jam  no  in 
tantis  ecelosise  nostrœ  opibus  hi  osuriant.  Respice  nos,  Domine 
Jesu  !  Hic  te  sei'vet  et  tuos,  et  habete  nostram  ecclesiam,  ut 
soletis,  in  vestris  precibus  commendatani.  Yalc  Argent.  28  Oc- 
tob.  1542. 

M.  BUCERUS. 


1173 

JEAN  STUEM  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Strasbourg,  29  octobre  (1542). 

Autographe.  Bibl.  de  Gotha.  Calv.  0pp.  XI,  460, 

S.  P.  Petrus,  co7icionator  noster  ',  valde  angitur  de  ea  pecunia 
quani  ti])i  débet  :  cui)it  enim  veliementer  til)i  persolvere.  Cer- 
tum  debitum  est,  cuni  metuit  debitor,  et  cupit,  et  cogitât.  Pro- 
misi  me  intercessuruni.  Rogo  ut  adhuc  aliquantulum  temporis 
impetret  :  id  quod  te  puto  permissurum.  Audio  enim  res  tuas 
in  bono  esse  statu,  id  quod,  ut  debeo,  gaudeo.  Quôd  uxo7-  tua 
convaluerit,  lœtor  :  quôd  filiolum  vivum  non  habes  ^  tametsi 
doleo,  tamen  est  aliquid  quôd  te  virum  esse  declararis,  et 
expectes  alterum  partum  :  quod  mihi  negatum  hucusque  fuit, 
tibi  gratulor.  Videor  mihi  xklero parviduni  Calvinum  in  œdibus 
tuis  :  quas  tametsi  non  vidi,  tamen  formam  earum  animo  com- 
plexus  suni,  ut  etiam  filioli.  Uxorem  meis  verbis  s.[alutaj  dili- 
genter, 

'  Stunn,  qui  était  membre  du  Conseil  de  l'église  française  de  Strasbourg 
(VI,  398),  pouvait  à  double  titre  appeler  noster  le  prédicateur  de  cette 
église,  Pierre  Brulli  (VII,  196).  Les  fonctions  de  Calvin,  comme  profes- 
seur, avaient  été  confiées,  au  commencement  de  l'année  1542,  à  Pierre 
Boquin  ou  Bouquin,  natif  de  la  Saintonge,  ancien  prieur  des  Carmes  de 
Bourges  (Voy.  J.-J.  Hottinger,  o.  c.  III,  749.  —  Rôhrich,  o.  c.  Il,  69.  — 
Haag.  France  prot.  Il,  400). 

^  Le  fils  de  Calvin  était  mort  vers  la  fin  du  mois  de  juillet,  peu  de 
jours  après  sa  naissance. 


1542  LA  CLASSE  DE  LAUSANNE  AU  CONSEIL  1>K  REIINE.  171 

Res  religioms  apud  Mediomatrices  indinata  est,  ut  cor/nosces, 
ut  opinor,  ex  literis  Farelli  l  Plus  sœpo  iu  liac  [vita]  *  jji-olicitiir 
agondo  quàui  sapiciulo  \  Dcus  aclsit  ei  ecclesicL'  !  liene  valo,  mi 
Calville.  Argcut.  29  Octob.  (1542).     ^ 

Tui  studiosiss.  J.  Sturm. 

(Ii)scriptk):j  ()j)tiiiio  et  doctissimo  viro  I).  Joauni  ("alviuo: 
priniario  lidelissimoquc  Genevensis  ecclesiœ  doctori. 


1174 

LA  CLASSE  DE  LAUSANNE  811  Conseil  de  lieme  \ 
De  Vevey,  1"  novembre  1542. 

Inédite.  Minute  orig  -.  C  oininuniquée  i)ai'  M.  le  colonel 
Henri  Tronchiu. 

Magnitici  Principes, 

Intelleximus  cum  ex  Decanis  qui  à  vobis  istiic  accersiti  fuere, 
tum  ex  literis  quas  dignati  estis  eis  ad  nos  dare,  quœ  declaratio- 

*  Cette  allusion  aux  deux  lettres  de  Farel  des  22  et  28  octobre,  qui  ve- 
naient d'arriver  à  Strasbourg,  confirme  la  date  que  leur  donneut  Olivier 
Perrot  et  Paul  Ferry  (N"^  1168,  11G9). 

■*  Sturm  voulait  d'abord  écrire  in  hae  humana  vita  (ou  palœstra),  puis 
il  a  biffé  humctna  et  laissé  subsister  i^i  hac. 

*  L'écrivain  exprime  le  même  avis  que  Bucer  (X"  1172)  :  Au  lieu  d'agir, 
les  Evangéliques  de  Metz  ont  jugé  qu'il  était  plus  prudent,  plus  sage,  de 
temporiser  encore  jusqu'au  jour  où  les  jirinces  protestants  s'engageraient 
à  soutenir  effectivement  leur  cause. 

*  Puchat  (V,  220)  et  Hundeshagen,  qui  le  traduit  (o.  c.  p.  175),  ont 
commis  quelques  erreurs,  parce  que  n'ayant  pas  connu  le  texte  do  cette 
pièce,  ils  ont  cru  pouvoir  en  indiquer  le  contenu  d'après  la  réponse  des 
Bernois  du  12  février  1543.  Ainsi  Rucliat  affirme  qno  «  ht  Classe  de  Lnu- 
«  saune  s'étant  assemblée  le  1"  novembre,  dressa  un  jirojet  de  divers  rè- 
«  glements  pour  pousser  plus  loin  la  réformation...  ;  que,  dans  ce  projet 
«  les  ministres  de  la  dite  Classe  imj)rouvaient  en  termes  fort  vifs  la  vente 
«  que  leurs  Seigneurs  faisaient  des  biens  ecclésiastiiiucs.  traitant  de  sacri- 
«  lèges  et  de  Judas  les  détenteurs  de  ces  sortes  de  biens.  Ils  demandaient 
«  encore  l'établissement  de  In  discipline  ecclésiastique,  voulant  remettie 


172  L.\  CLASSE  DE  LAUSANNE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  lo42 

nem  extremœ  vestrsesententiœ  complecimiiur,  quid  animi  habeatis 
ad  ea  quœ  in  illis  fradantur  ^  Unde  nostri  officii  esse  judica- 
vimus,  iiiagnificentiœ  vestne,  quantum  oa  adtinet,  rescribere  * 
quod  pro  iiostra  virili  i)utaremiis  vol)is  gratissimum  fore  :  nulla 
tameii  ratioue  derogando  muneri  quod  Deus  nobis  credidit.  et 
quod  ab  eo  commissum  agnoscimus,  non  autera  ab  honiinilnis, 
neque  aliquatenus  repugnando  nostris  conscientiis  et  officio. 

Xi  nobis  jam  satis  persuasnm  esset,  quàm  benevolo  animo  et 
qiianto  zelo  accensi  sitis  erga  eccJesiam  Dei,  ut  eam  in  sua  liber- 
tate  conservetis.  et  ministros  Christi  in  ea  dignitate  qua  Pasto- 
rum  et  Ministrorum  Evangelicorum  Princeps  eos  constituit.  ut 
et  vestris  postremis  literis  ^  ampliùs  testificati  estis,  potiùs 
quàm  eam  dura  tyrannide  opprimere,  ansam  ac  occasionem  ha- 
beremus  vos  admonendi,  non  esse  Principum  qui  in  Iwc  sœcido 
agunt,  qiiamlibetpotentiummitmijiisciinque  conditionis,x>rsescri- 
bere  sola  sua  auctoritate  Ministris,  quie  docere  debeant,  neque 
Ecclesix  quœ  credere  debeat  et  sequi,  sed  soli  Deo  pei'  suam 
Eccïesiam  juxta  verbiim  ejus  convocatam,  atque  ordinem  ab 
eodem  constitutum.  Nam  qiiemadmodum  Ministrorum  tantùm 
non  est  Eccïesiam  regere  ac  de  doctrina  ejus  decernere  pro  suo 
nutu,  quia  debent  potiùs  ecclesiastico  judicio  subdi,  in  quo  Ma- 
gistratus  etiam  complectitur  :  ita  si  Magistratus  itidem  sua 
auctoritate,  citra  Pastores  et  Ministros  eosque  quibus  prfecipuum 

«  l'Église  sur  le  pied  du  premier  siècle,  V excommunication ,  l'autorité  de 
«  l'Eglise,  V imposition  des  mains,  l'emploi  des  diacres,  etc.  » 

On  verra,  au  contraire,  que  la  susdite  requête  présentait  convenablement 
quelques  observations  au  sujet  du  manifeste  bernois  du  15  août  et  de 
la  vei)te  des  biens  d'Église  ;  qu'elle  ne  réclamait  ni  l'imposition  des 
mains,  ni  l'excommunication,  ni  la  discipline  ecclésiastique,  mais  seulement 
l'application  des  règlements  confirmés  par  les  Bernois  eux-mêmes  ;  et  que; 
si  elle  atïirmait  l'autorité  du  ministère  évangélique,  elle  ne  demandait,  sur 
ce  dernier  point,  aucune  innovation  (Voy.  la  note  12). 

■''  Elle  nous  paraît  de  la  main  de  François  Martoret,  doyen  de  la 
Classe,  et  elle  porte  de  nombreuses  ratures  faites  par  lui-même. 

*  Allusion  aux  lettres  de  MM.  de  Berne  du  15  et  du  16  août  (N""  1147, 
1148). 

*  Après  rescribere,  on  lit  les  mots  suivants,  qui  sont  biffés  :  (luàm  fieri 
posset  gratissimè. 

^  Nous  n'avons  rencontré  aucune  lettn'  de  ]\[]\I.  de  Berne  adressée  aux 
pasteurs  du  Pays  romand  entre  le  29  août  et  le  l"  novembre.  Il  s'agit  pro- 
bablement ici  du  manifeste  du  15  août. 


1542      LA  CLASSE  DE  LAUSANNE  AU  CONSEIL  DE  BEUNK.       M'.i 

omis  et  cura  animaniiii  ac  Ecclesiaî  siint  concivdita.  decernere 
vellet  quod  illi  risum  essef,  deinde  id  ohsorrdudum  jyrœcipere, 
alioqui  Ministerium'deponere'^',  id  noii  rsset  tyratniklem  papis- 
ticam  profligare,  verîn)i  UUim  ))iiif(i/e  et  à  falsis  piastorihus  ad 
altos  tyrannos  traducere.  Xovinw  non  i)ossiinius  vos  Inijus  jure 
accusai'O  (taint^tsi  non  vocatis  Ministris  '  constitueritis  quod 
iiobis  raandatis  :  quod  tamen  videri  posset  factuni  pi-îetor  ordi- 
nem  Ecclesiasticuni  qui  omnibus  s^eculis  in  occlcsia  Dci  ol)s(>r- 
vatus  est,  quamdiu  luec  ali(iuani  Ecclesiie  sijecicni  rctulit), 
expensis  causis  ac  rationibus  (]u;e  vos  ad  id  im])n]erunt,  (iuod(}U(^ 
uiininiè  statueretis  nobis  autcrro  jjurè  docondi  lilx'i-tatoni  ea 
qute  sacris  litoris  comi)rehenduntur. 

Itaqup  vobis  respondonius,  nos  haudquaqnam  recnsure  coiuli- 
tionem  qnam  nohis  ohfidisfis,  nec  quempiam  nostrnm  esse  qui 
aliter  docuerii,  et  qui  docere  decreverit  qiwd  no»  sif  ad  Ecdesise 
œdificationem.  Minime  intelligentes  quôd  bac  ratione  velitis 
adsti'ingere  spiritum  Doniini.  quominus  semper  liceat  ei  cui 
Dominus  quicquam  revelarit.  id  Ecdesise  ])roponei'e;  sed  ea 
lege,  ut  nidÏHS  audeat  noram  aliquod  dogma  Ecdesiœ  ohtrndere 
dira  ejusdem  judicimn  et  consensmn  ^  Ac  veluti,  Magnifici 
Principes,  ad  id  adstringi  volumus,  vos  etiam  oramus,  quando- 
quidem  offendicula  et  tur])îe  à  vestns  Ministris  emanarunt  ^  ut 
nicbilo  magis  liceat  eis  (julcquam  innovare  in  vestra  ecclesia, 
non  observato  decenter  ordine,  cui  et  nosmet  subjicimus,  ad 
tuendam  mutuam  inter  nos  et  illos  et  in  tota  ecclesia  Christi 
pacem  et  concordiam,  sine  qua  ha^c  esse  non  potest  Ecclesia, 
et  ad  occurrendum  tumulti])us.  scandalis  et  gravissimis  malis 
quae  Inde  enasci  possent.  Et  ut  faciliùs  nos  ipsos  contineamus  in 
consensu  doctrinie  Evang(^lica?  et  in  syncera  pace  et  amicitia 
mutua,  dignetur  vestra  magnificentia  nohis  concedere  qnotannis 

®  Cette  menace  existe,  en  etfet,  dans  le  manifeste  ])rémeiitioiiiié  (page 
101,  lignes  15-17). 

'  Le  16  août,  MM.  de  Berne  avaient  convoqué  pour  le  27  du  même  mois 
les  doyens  des  Classes  romandes,  mais  en  leur  laissant  seulement  six  ou 
sept  jours  pour  consulter  les  ministres  de  leur  ressort. 

®  Cette  loi  existait  déjà  au  mois  d'octobre  ou  de  novembre  1536  (IV, 
188,  reuv.  de  n.  .5). 

®  Les  Bernois  avouaient  dans  leur  manifeste  du  15  août  (|ii('  les  troubles 
ecclésiastiques  avaient  commencé  à  Berne  même,  i)aniii  Icins  ministres. 


174  LA  CLASSE  DE  LAUSANNE  AU  COiNSEIL  DE  BERNE.  1542 

mit  secundo  quoque  muio,  prseter  aniiua  capitula,  vel  illoruin 
loco,  Synodos  aliquas generales^^ ,  ut  oJhn  habebamus,  et  qiiemad- 
modum  pollicemini  in  statutis  vestns  synodalibus,  typis  ex- 
cusis  "  :  in  quibus  de  doctrina  inquiratiir  ac  eadem  tractetur 
non  perfnnctoriè  atque  obiter,  ut  ferè  lit  ;  sed  cum  omni  dili- 
gontia  ac  timoré  Dei,  consyderantes  niala  ac  scandala  qua?  in 
Ecclosiam  irruerunt,  quôd  privati  sinius  liujusceniodi  disci- 
plina '^  quodque  neglecti  sint  cœtus  ac  concilia  doctrine  Chris- 
tiania. 

Insuper,  Venerandi  Domini,  supplices  oramus  ex  animo,  ut 
relitis  in  melioreni  parteni  i)iterpretari  quod  vobis  scrihimus  de 
venditiotfe  honorum  Ecclesue  cpuœ  hoc  tempore  fit  in  ditione 
recens  parta  '^  cnjus  vos  Deus  constituit  Principes,  protectores 
et  patres  ad  instaurandam  et  conservandani  Ecclesiam  suam.  et 
quicquid  illius  est,  atque  illani  integram  conservare,  ne  dissi- 
petur  ac  ruât  prorsùs  per  falsos  pastores  ac  tyrannos  tani  cor- 
porum  quàm  animaruni.  Quod  de  hac  re  vobis  scribimus  non 
bine  émanât  quôd  erga  vos  malè  simus  aftecti,  aut  quôd  vana 
quapiam  moveamur  curiositate  in  iis  quorum  nosti-a  nichil  om- 
nino  refert.  Si  res  nichil  prorsùs  conscientias  nostras  remorderet, 

*"  Martoret  avait  d'abord  écrit  :  synodum  ah'quam  generalem. 

"  Les  pétitionnaires  entendent  les  Actes  du  synode  de  Berne,  tenu  du 
9  au  14  janvier  1.532  (t.  H,  p.  395).  Imprimés  d"abord  à  Bâle  en  allemand, 
jjuis  bientôt  après  en  latin,  ils  ont  paru  de  nouveau  à  Berne  par  les  soins 
du  professeur  Christophe  Luthard,  qui  les  a  placés  à  la  fin  de  son  livre 
intitulé  :  «  Disputationis  Bernensis....  explicatio,  1660,  »  in-fol.  On  les 
trouve  eu  français  dans  l'ouvrage  de  Ruchat,  t.  III,  pp.  438-527.  >DI.  de 
Berne  leur  avaient  donné  force  de  lois  par  un  édit  du  14  janvier  1532, 
édit  qui  ordonnait  de  les  lire  «  dans  les  synodes  suivants,  qui  se  tiendront 
annuellement  au  1"  mai  ou  environ.  » 

^-  De  toute  la  lettre  c'est  la  seule  phrase  où  figure  le  mot  disciplina,  et 
encore  s'agit-il  ici  de  la  discipline  que  prescrivaient  les  règlements  syno- 
daux de  1532.  De  l'excommunication  et  de  l'emploi  des  diacres,  pas  un 
mot.  On  ne  pourrait  du  reste  supposer  que  la  Classe  de  Lausanne  modifia 
la  rédaction  de  Martoret,  soit  en  lui  donnant  un  ton  plus  agressif,  soit  en 
y  ajoutant  d'autres  réclamations.  (Voyez,  dans  la  lettre  de  Calvin  à  Yiret 
écrite  vers  le  8  décembre,  la  note  11,  relative  au  paragraphe  commençant 
j)ar  ces  mots  :  «  Literœ  [vestrœ]  summa  moderatione  scriptae  sunt.  ») 

is-u  >i  17  Voyez,  sur  la  vente  des  biens  ecclésiastiques,  les  deux  lettres 
de  Calvin,  V^  1163,  renvoi  de  note  8,  et  1171,  3""'  alinéa.  —  Ruchat,  TV, 
531-36. 


1542  LA  CLASSE  DE  LAUSANNE  AU  CONSEIL  DE  KEllNE.  175 

faciliùs  ac  securiùs  tacoremus  ac  dissinmlaremus,  quàm  (liccrc- 
iiius  ici  ad  qiiod  vei-itas  nos  inipcllit.  Nain  si  liabeamiir  Mutistri 
Jesu  CJirisfi,  ut  snnius.  (»t  opinaniur  nos  à  vobis  talcs  judicari. 
tndl((s  inficiari  possit  qimi  ea  nos  aliqha  ratioiie  adtineant,  quo- 
rum omnibus  ssecuUs  Aposioli  et  veri  Pastores  ac  Ministri  Evan- 
(jelici  curam  gesserc^*  :  nisi  qiiis  negare  vclit  ant  illos  aiit  nos 
non  esse  Jesu  Christi  ministres. 

Et  quando  nicliil  aliud  nos  moveret  qukm  jusjftrandum  qnod 
ijesirœ  dominationi  lynestitimus  ^^ ,  non  ])Ossonius  tamen  jun; 
tacere,  quin  vos  coninionefaceronius  coruni  (pue  honoroni  vos- 
truni  et  utilitateni  concernunt,  jjra'sertini  ubi  lionor  Dei  Icdi 
potcst  aut  imniinui,  —  ni  nicritô  judicari  velimus  ac  haberi  pro 
adulatoribus,  porjuris  ac  proditoribus  Doi  et  Ecclesias  suae  ac 
vestnie  Magniticentiie,  qui  ejus  estis  servi  ac  ministri.  Jam  verô 
satis  comjjertum  est  ex  hujusmodi  venditione  ac  aUenatione  hono- 
rum  et  possessionum  Ecclesiasticat'iim,  et  earumdem  administra- 
tione,  magna  ac  horrenda  scandcda  esse  exorta,  non  solmn  in  hac 
regione,  verimi  etinm  per  universum  orbem  ubi  Chiistus  nomi- 
natur,  ut  nesciamus  quorsum  sit  nobis  potiùs  inclinandum '", 
quidipie  respondere  valeamus  querelis,  accusationibus  et  oly'ec- 
tionibus  quas  nobis  quotidie  et  boni  et  mali  intentant,  neque 
qua  ratione  possimus  rem  excusare  coram  Deo  et  hominilnis. 
Eramus  jam  antea  admodum  im])editi  (piî  res])onderemus  ({ue- 
rimoniis  quœ  de  abusu  qui  in  administratione  et  dispensatione 
eorundem  committebatur,  subinde  tiebant  :  quo  fit  ut  vobis 
cogitandum  relinquamus  quid  atferre  queamus,  cum  jam  videan- 
tur  prorsùs  vendi  ac  distrahi  in  potestatem  alienam  ''.  QmuI  de 
vobis,  qui  luec  agiiis,  et  nobis,  qui  tacemus,  opinari  possint  fum 
boni  tum  mali;  quidque  possit  promovere  nostra  predicatio,  quw 
jam  apud  complures  habebatur  ludibrio,  qui  nunc  oblatamJujbe- 
bunt  occasionem  quam  venabantur  longe  commodiorem  ad  ca- 
lumniandum  ac  detrectandum  vestris  exceUentiis  ac  nostro  mi- 
iiÀsterio,  quàm  unquam  antea  ? 

Non  ambigimus  (piin  id  sano  consilio  ac  deliberatione  matura 
tentetis,  quodque  non  sine  ratione  ad  id  consilii  inducti  sitis, 

'^  Ou  trouvcni  dans  lo  t.  IV,  p.  411,  et  dans  lUicliat,  IV,  117,  (luclqiics 
détails  sur  le  sermeut  yirêté  à  IVIM.  do  Beruo  par  les  pastinirs. 

16  Pi-pn^ièrc  rédaction  :  (piorsuni  sit  nobis  tcndcnduni.  in  (piani  paitcni 
potiùs,  etc. 


176       LA  CLASSE  DE  LAUSANNE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.      lo42 

nequaquam  praetendentes  manus  vestras  sacrilegio  fœdare,  vobis 
adscribeiido  quod  Jesu  Cliristi  est  et  siiorum  niembroriim '^ 
Intérim  tamen  niclnloniiiius  persévérât  scandalum,  nec  commi- 
nisci  ])ossiimus  rationem  idoneain  ad  satisfaciendum  nostris 
conscientiis  ac  caeteroruin.  Nam  invenire  non  possumus  neque  in 
divinis  neque  himianis  legihus  id  Ucere  eo  pado  quo  videmus 
tradari  in  prœsentia,  ni  aliter  instruamnr,  quemadniodiim  nos 
sumiis  parati  vobis  fusiùs  denionstrare,  cum  visnni  erit  Magnifi- 
centise  vestrse,  vel  libro  super  hoc  argumento  composito  '^  qui 
explicité  continebit  argumenta  et  rationes  tam  ex  legibus  divi- 
nis quàm  bumanis  exceri)tas  :  quœ  tam  fortes  erunt,  ut  non 
dul)itemus  eas  facile  persuasuras  qui])usvis  animis  bonis  ac 
Christianis  quod  allaturi  sumus. 

Itaque,  metuendi  ac  Magnitici  Doniini,  oramus  vos  per  nomen 
Jesu  Christi,  cujus  nomen  geritis,  ut  diligenter  expendatis  quod 
vobis  ])roponinius;  nec  putetis  nos  curare  quod  nostra  nichil 
refert,  si  modo  nos  tanquam  Ministros  Jesu  Christi  habeatis. 
Sed  cogitcde  potiùs  cui  et  vos  et  nos  serviamus,  cuiqiie  erit  red- 
denda  ratio  nostri  officii  ac  administrationis,  qiiid  oneris  nohis 
commissum  sit,  quid  Jesu .Christo  debeatis  ac  ejus  Ecclesiœ,  et, 
ejus  causa,  ministris  ejus,  ac  omnibus  ejusdem  membris,  atque 
in  qua  per])lexitate  ac  anxietate  essetis  vos,  si  videretis  ac  audi- 
retis  quse  vide[mus]  ac  audimus  singulis  horis,  vobis  absenti- 
bus  ^^  tametsi  vobis  presentibus  quidam  egregiè  dissimulent, 
utque  ita  ecclesiae  Jesu  Christi  pros])iciatis,  quô  et  vos  et  nos 
reddere  rationem  in  conspectu  magni  Judicis  vivorum  et  mor- 
tuorum  valeamus,  ac  satisfacere  conscientiis  bonorum  ac  os 
occludere  calumniatoribus,  nec  ullam  eis  ansam  Evangelio  Jesu 
Christi  maledicendi  ])niebere.  Gratia  Domini  vobiscum  !  Viviaci, 
ex  nostra  congregatione.  1.  Novembris  1542, 

Vestri  obsequentissimi  servi  ac  subditi 

Franciscus  Martor.ïus,  decanus, 

JOHANNES  TORNACENSIS, 
JOHANNES  A  GrUE, 
JoHANNES  ReBITTUS, 

et  Petrus  Viketus,  Jurati,  nomine  totius  Classis-'. 
"  ("était   dire    trôs  diplomatiquement   ce   (jne   le  mémoire  de   Calvin 


15i2       BARTALDIÈRE  A  d'ESPEVILLE  [JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE].  177 


1175  ' 

BARTAUDIÈRE  '  à  (lEspeYiUc  [Jean  Calvin,  à  Genève.] 
De  Fe^^a^e^  4  novembre  1542. 

Autographe.  Bil)l.  Pul)l.  de  Genève.  Vol.  h"  KM),  (  alv.  <)\)\). 

XI,  461. 

S.  P.  Recldita  milii  est  epistola  tua.  (lua  quouiaiu  niilii  labo- 
rare  videbaris,  ik^  i)arùm  à  iiobis  dilig-cns  scribeiido  ])utarere, 

disait  sans  ambages  :  «  Aliciiatioiicm  anatlicniate  non  carcrc  et  nialcdic- 
tione,  quia  sacrum  profanet.  ^ 

'®  Le  livre  on  question  fut  effectivement  composé  (Voy.  le  X"  1204),  mais 
il  ne  paraît  pas  avoir  été  conservé. 

^"  II  eût  été  imju'udent  de  reproduire  ces  expressions  de  Calvin-: 
«  Plebs  in  tota  provincia,  quia  palàm  non  audet,  in  angulis  omnibus  de  ep 
conqueritur  »  (p.  IGG,  lign.  21-23). 

^'  Jean  de  Tournay  était  pasteur  à  Aigle;  Jean  le  Grus,  à  Montreux  ; 
Jean  JRebif  ou  Hibit  enseignait  le  grec  à  l'académie  de  Lausanne.  Les 
quatre  derniers  noms  ont  été  écrits  par  le  rédacteur  de  la  minute. 

^  De  la  présente  lettre  on  peut  inférer  que  Bartaudiere  connaissait 
Calvin  personnellement  et  qu'il  soutenait  avec  lui  des  relations  très  ami- 
cales, cimentées  par  cette  confiance  mutuelle  qui  naît  de  la  fraternité  reli- 
gieuse. Nous  désirions  en  savoir  davantage  ;  mais  nos  recherches  étaient 
encore  sans  résultat,  lorsque  nous  eûmes  le  plaisir  de  recevoir  la  visite 
de  M.  Benjamin  ï'illon,  de  Fontenay-le-Comte,  savant  très  distingué,  à 
la  mémoire  du(iuel  nous  payons  tardivement  un  juste  tribut  de  recon- 
naissance et  de  regrets.  M.  Fillon,  auteur  de  ])lusieurs  ouvrages  relatifs  au 
Poitou  et  à  la  Vendée,  nous  renseigna  immédiatement  au  sujet  de  Bariau- 
dière  en  écrivant  la  note  que  voici  :  «  Mauderc  ou  Prévost  [sieur]  de  la 
Bertaudière,  paroisse  de  St.  Philbert-de-Pont-Charrault.  près  Chantonnay  *, 
était  à  Ferrare  en  même  temps  que  Michelle  de  Saulionne  et  Boussiron, 
sieur  de  Grand-Ry.  » 

Après  un  témoignage  si  autorisé,  l'enquête  nous  semblait  dûment  ter- 
minée ;  mais  il  faut  la  recommencer  aujourd'hui.  Nous  avons  lu,  en  effet, 
tout  récemment  dans  V Histoire  des  Martyrs  (éd.  de  Toulouse,  ISSi),  t.  III. 
p.  551)  une  note  empruntée  à  l'étude  de  M.  .Jules  Bonnet  sur  la  Disgrâce 

*  A  8  1.  eu\nron  de  Foiitenav-le-Coiiite  (Vfudée).  Il  y  a  une  autre  Bertaudière,  située 
dans  la  commune  de  Moraud,  canton  Ghiiteau-Eenault  (Imiro-eti-Eoire). 

T.    VIII.  12 


178         BARTAUDIÈRE  A  d'eSPEVILLE  [jEAN  CALVIN,  A  GENÈVE].        1342 

oporoprctium  judicavi,  ut  per  me  certior  fieres,  qiiicqiiid  à  te 
proficiscitur  tam  liîc  esse  gratum  quàm  quod  gratissimum.  De- 
ledamw  enim  cum  recordatione  tni,  tiim  maxime  tuis  literis, 
ut  rnJiil  duhUandum  tïbi  sit,  Jiabere  te  neminem  cui  quàm  nobis 
sint  JiA'c  officia  tua  cariora.  Sed  tamen  tu  quia  haud  saepe  for- 
tassis  liabes  cui  ad  nos  epistolam  rectè  dare  possis,  et  es  nego- 
ciissempei-  pluriniis  impeditus,  nolumus  hacliterarumanibitione 
tuai'um,  officium  tuum  conturbare.  Te  niliilominus  etiam  atque 
etiam  rogo  (quod  facere  tuo  commodo  possis)  ne  justam  occa- 
sionem  ullam  scribendi  j)r?eterniittas. 

Cœlms  ày-lniç'jiç  periclitatus  ^  singulari  tandem  Dei  beneficio 
servatus,  ad  vos  provinciam  ohiturus  jam  redit  *  :  cui  ne  quid 
deesset,  quominus  et  honestè,  et  commode  se  reciperet,  operam 
pro  nostra  facultate  dedimus.  D.  rero  Ben^'.  [l.  Bernardin i'] 
nobis  hitegritas  ex  multo  jam  tempore,  et  usa  famiUari  pers- 
peda  ac  probe  judicata  est.  De  quo  tamen  varius  est  hîc  hominum 
sermo.  Hoc,  quicqaid  est,  multoriim  solicitât  animos.  MiJii  antem 
non  fit  verisimïle,  hominem  gravem,  et  eum  senem,  adductum 
potiùs  esse  desperatione  rerum  omnium,  quàm  cogitato  consilio, 
ut  profectionem  *  in  tanta  hominum  admiratione  ac  vulgi  ru- 
more  medituretur. 

de  31.  et  de  M"'  de  Pons  (Bulletin  du  Prot.  franc.,  année  1880,  p.  6),  où 
nous  apprenons  que  l'aumônier  de  la  duchesse  de  Ferrare,  François  Bi- 
chardot,  était  «  sieur  de  la  Bartaudière.  »  Mais  malgré  l'autorité  du  savant 
biographe  de  Benée  de  France,  nous  ne  pouvons  admettre  que  Bartau- 
dière (ou  la  Bertaudière  *  )  et  François  Bichardot  soient  une  seule  et 
même  personne  (Voyez  la  note  17). 

*  La  date  porte  Bono.[niœ],  c'est-à-dire  Bologne.  Cette  ville  renfermait 
déjà  des  «  fauteurs  de  Luther,  »  comme  l'indique  l'opuscule  intitulé  : 
<■  Apologia  I  Fratris  loannis  Ma  |  rite  Verrati  Ferrariensis  C'armelitsp,  |  Ad 
Illustrissimum,  &  inuictiss.  Princi  |  pem  Herculem  eccellentissi-  |  mum  Fer- 
rariae  |  ducem.  ]  M.D.XXXVin.  »  39  ff.  petit  in-8°.  A  la  fin  :  «  Bononise 
per  Vincentium  Bonardum  Parmensem,  &  Marcum  Antonium  Carpen. 
Anno  salutis.  M.  I).  XXXVIII.  Mense  Octobris.  »  Mais  tout  annonce  néan- 
moins que  La  Bertaudière  a  écrit  sa  lettre  à  Ferrare  même,  et  au  milieu 
de  l'entourage  de  la  duchesse  Renée. 

*  Voir  le  X"  1177,  note  2. 

*  Curione  était  reparti  de  Ferrare  le  24  octobre  (X"  1170). 
^■^  Bernardino  Ochino  (X"  11G3,  note  14). 

*  Ce  changement  de  forme  du  nom  primitif  n'a  rien  de  sm-preuant. 


1512       BAhTAlDIÈRE  A  d'f.SPEVILLE  [jKAN  CALVIN.  A  GENÈVF,|.  179 

A'ii-iuu  liuiic  boiiuiii,  (lui  à  vobis  ad  nos  est  ])r()l'('ctus,  imiltis 
nomiiiibus,  sed  tua  etiam  cominondationc,  inij)i'iiiiis  aiitcm  (|iiia 
frater  csf,  comploxi  suiniis.  Quciu  non  taiitùni  juvare.  scd 
rébus  omnilnis  ornare  cupiebamus.  At  nulla  id  ratioiic  pci-tici 
potuit.  cujus  hue  ipse  se  causa  contulerat  :  (piod  facile  judicabit, 
cuicunque  woisd  p7iHci.\pis\  tiosine  **  rationes  erunt  :  nequo  vero 
id  ex  re  honiinis  esse  potuisset.  Quod  ipsi  (^tiani  iiullo  monitore 
judicare  ixihk  licebat.  Hujus  itaiiuc  rci  inipetmnda^,  quia  nulla 
aut  expcdita  aut  tuta  ratio  potuit  liaberi,  conatuni  Anihrosins  ^ 
et  ego  nostnini  onniem  in  hoc  nioditati  sumus,  ut  honesto  aliquo 
dono  aliquantulùni  auctus,  ad  vos  rediret.  Sed  neque  fuit  luec 
honiinis  calamiiosi  et  fortiinis  omnibus  ejecti,juvandi  satis  ex- 
iwompta  ratio.  Rogas  (luamobrem  V  Tanta  est  homimmi  hoc  de 
causa  lahorautium  co])ia,  quorum  onmis  hue  inopia  et  calamitas 
commeare  solet,  ut  mirer  siepenumero principis  liheralitatem  non, 
fatigari.  Hujus  autem  rei  testimoniuni  in  Ca^Jio  erit  illustre'", 
Rogantibus  itaque  nobis,  et  obnixè  pro  honiine  postulantibus, 
((  sui  sibi  tandem  habendani  rationem  »  respondit  ;  «  imi)areni 
se  tam  multis  sunitibus,  vixque  excessisse  biduum  cuni  uni  x  ", 
alteri  xx  numerarentur.  w  p]t  id  certè  verum.  Huic  igitur  con- 
fecimus  quantum  maxime  licuit,  et  id  quidem  quo  est  à  nobis 
aninio  datum,  eo  ab  ipso,  qua  est  facilitate.  est  accej)tum.  Cœte- 
rùm,  si  qui  isthic  erunt  valdè  inopes,  effice  ])otiùs  ut  nos  per 
literas  certiores  faciant,  quàm  ut  tantis  cum  incommodis  hue 


'  Nous  doutons  fort  qu'on  puisse  identifier  ce  personnage  avec  Jeun 
Bérauld,  qui  arrivait  d'Italie  à  Tirano,  le  8  novembre,  et  de  là  se  rendait 
à  Berne  (N"  1177). 

*  Benée  de  France,  duchesse  de  Ferrare. 

^  Peut-être  Ambroys  de  Chareigne,  l'un  des  clercs  de  chajielle  de  la 
duchesse  Renée  (Voy.  0.  Douen.  Clément  Marot,  I,  172).  Il  devait  être 
sous  les  ordres  de  l'aumônier  Bichardot.  C'est  un  indice  qifoii  iiivdijucra 
peut-être  pour  attribuer  à  celui-ci  la  présente  lettre  ;  mais  plusieurs  consi- 
dérations militent  en  faveur  de  la  thèse  contraire  (Voyez  n.  17). 

'"  C'était  grâce  à  la  générosité  de  Benée  que  S.  Celio  Curiane  avait  \m 
faire  face  aux  dépenses  de  ses  deux  voyages  précédents.  Le  troisième  devait 
être  plus  coûteux  encore,  puisque  sa  femme  et  trois  de  ses  enfants  étaient 
partis  de  Lucques  pour  le  suivre  jusqu'à  Lausanne  ÇS"  1170,  renv.  de 
n.  2). 

''  Il  faut  sous-entendre  scuta.  Avant  le  cliiffre  romain  x,  l'écrivain  a 
biffé  le  mot  decem. 


180         BARTAUDIÈRE  A  d'eSPEVILLE  [jEAN  CALVIN,  A  GENÈYe],       1542 

l)i'oi)('r('nt.  Nos  quantum  studio,  otiicio  ac  opéra  pra^stari  possit, 
tuis  literis  moniti  statim  perficiomus. 

Tq  2)riitc.[e2)s],  I).  Pont. [a nus]  '-,  niaritus  Sinapins  et  uxor  '^ 
qu8e  gestat  uterum,  Amhr.\osiHs],  idem  tuus  idem  meus,  caeteri- 
que  omu(>s  officiosè  resalutaut.  Rogantque  sui  ut  memineris  ev 
-■?i  rojo-c-j/.vî,  maxime  verô  Prin.lcejjs]  et  Pon'^'^  '%  qua?  Bar^.  '\ 
ut  suo  uomine  ac  I).  Mar/r'^  "^  salutem  dicas,  te  obsecrant  : 
quod  et  nos  facimus.  Ab  humore  melancliolico  molesté  D.  Pont^<^ 
saepius  œgrotat,  cujus  morbi  depellendi  in  Cbristospes  omnis  est. 
Tu  et  qui  tecum  sunt  boni  viri  Patrem  orate  i)ro  ea.  Vale,  frater 
in  Christo  dilecte.  Bono.[nire]  pridie  non.  Novemb.  1542. 

Tuus  modis  omnibus  fr.  Bartaudiere  ''. 
(lifscrijyfio  :)  A  Monsieur  Monsieur  d'Espeville. 

*'^  Antoine  de  Pons,  comte  de  Marennes,  barou  d'Oléron  et  chevalier 
d'honneur  de  la  duchesse  de  Ferrare  (Voy.  Haag.  France  jH'ot.,  YTÏL,  287). 

^'  Jean  Sinapius  et  sa  femme,  née  Françoise  Boussiron  de  Grand-Ru 
(Voy.  les  Indices  des  tomes  IV- VII,  et  Doueii,  o.  c,  I,  171,  173,  174). 

"  Lisez  Pontana  (Madame  de  Pons).  Anne,  fille  aînée  de  Jean  Parthe- 
nay-Larchevêque,  seigneur  de  Soubise,  et  de  Michelle  de  Saubonne,  avait 
épousé  en  1533  Antoine  de  Pons  (Voyez  notre  t.  \TI,  p.  508.  —  Haag,  o.  c. 
■\%  339,  340.  —  Le  Bulletin  cité,  t.  XXI,  p.  163,  164  ;  XXXIX,  169,  170, 
301.  —  Douen,  o.  c.  I,  172,  176-178.  —  Œuvres  de  Clément  Marot,  éd. 
Guiffrey,  II,  212,  213). 

1^  Baro,  au  lieu  de  Ber»,  abréviation  de  Bernardino  (Ochino),  serait 
ime  erreur  de  plume.  Mais  si  l'écrivain  a  voulu  abréger  le  mot  Bartholo- 
mœo,  nous  ne  saurions  dire  quelle  est  la  personne  visée.  Serait-ce  le  troi- 
sième prédicateur  de  l'église  italienne  de  Genève  (N'ini,  renv.  de  n.lO)  ? 

*®  Ce  mot  ne  peut  représenter  un  prénom  quelconque.  Désignerait-il 
Lauirent  Maigret,  le  Magnifique,  ce  Français  réfugié  et  pensionné  à 
Genève  ? 

'^  Il  est  possible  que  M.  Jules  Bonnet,  en  lisant  cette  signature,  ait 
pris  fr.  (frater)  pour  l'abréviation  de  franciscus.  De  là  à  supposer  que 
François  Bartaudiere  était  le  nom  nobiliaire  de  Bichnrdot,  il  n'y  avait 
])as  loin.  La  Biographie  universelle  de  Michaud  dit,  il  est  vrai,  que  ce 
dernier  ai)i)artenait  à  une  famiUe  noble  de  la  Franche-Comté  ;  mais  dans 
toute  cette  i)rovince  on  ne  trouvera  pas  un  village,  pas  un  hameau,  pas 
même  une  grange  qui  s'appelle  la  Bertaudière.  Gilbert  Cousin,  de  Noze- 
roy,  compatriote,  client  et  ami  de  François  Richardot  et  de  son  frère 
Pierre,  parle  d'eux  plus  d'une  fois  avec  grand  éloge,  dans  la  Descriptio  de 
sa  province  natale  (hnjjrimée  entre  1550  et  1554),  mais  sans  leur  donner 
1111  titre  iiol)ili;ure  ;  et  cependant  il  accorde  cette  gracieuseté  à  beaucoup 
d'autres  Fraiics-(  '(iintois.  Les  Papiers  d'État  de  Granvelle,  Gollut  (Mémoires 


1S42  LES  l'HlNCES  PROTESTANTS  AU  DUC  DE  LORRAINE.  181 


1176. 

LES  PRINCES  PROTESTANTS  au  Dnc  (Ic  Lorraiiic. 
(Du  Will.einluM't>)  7  novembre  \~)ï± 

Melantlîonis  Epistolœ',  od.  Rretschiioidci-,  IV,  Sii-J. 

S.  I).  Illiisti'issiiiio  Priiicops  et  consaiiguiiicc  dilcctc! 
Etsi  non  ignoranms,  apnd  exteras  nationcs  intorduni  de  nobis 
jndicari  diiriùs,  propterea  qnôd  iis  qni  Ecclesiasticos  abusus  pio 

hist.  do  la  Répub.  séquauoise.  Dôlc,  1592),  Aul)ert  le  Mire  (I)ii)lomatiim 
belgicorum  coUoctio,  éd.  2da,  Bruxcllis,  1723-4S,  II,  10G6,  135fi  ;  III,  466), 
Valère  André  (Bihlioth.  Belgica,  p.  239)  gardent  également  le  silence  sur 
la  seigneurie  de  l'aumônier  de  Ferrare  et  sur  la  noblesse  de  son  neveu. 

«  Rien  de  jilus  sévère  (dit  M.  Jules  Bonnet)  que  le  jugement  de  Calvin 
sur  Richardot,  et  rien  de  plus  vif  que  le  portrait  qu'il  en  a  tracé...  *  Cu- 
rione  qui  ne  fit  que  traverser  la  cour  de  Ferrare  en  1542,  et  qui  foit 
l'éloge  de  Richardot  dans  une  lettre  à  Calvin  [7  septembre,  même  année], 
le  connaissait-il  mieux  que  ce  dernier  qui  dejjuis  longtemps  avait  percé  à 
jour  son  astuce?  »  Et  i)lus  loin,  à  propos  des  manières  doucereuses  dont 
Richardot,  devenu  évêque  d'Arras,  usait  envers  les  prisonniers  évangé- 
liques  **,  —  M.  Bonnet  ajoute  :  «  On  voit  que  l'ancien  chapelain  de  lienée, 
devenu  persécuteur  de  ceux  dont  il  avait  autrefois  paru  i)artager  la 
croyance,  n'avait  rien  perdu  des  «  fassons  blandissantes '>  qu'il  déployait  à 
la  cour  de  Ferrare.  Elles  purent  tromper  Curione,  mais  Calriii  n'en  fut 
jamais  dupe  »  (Bulletin  cité,  année  1887,  p.  39-41). 

Et  ce  serait  à  Bkhardot  que  le  Réformateur  aurait  recommandé  «  le 
frère  »  qui  allait  chercher  une  place  à  la  cour  de  Ferrare  ?  Et,  au  lieu  de 
réclamer  pour  celui-ci  les  bons  offices  de  ses  vrais  amis,  Jean  Sma})ius, 
M.  et  M™"  de  Pons,  etc.,  il  se  serait  adressé  au  personnage  (pril  estimait 
le  moins?  La  judiciaire  si  ])éiiétiante  de  M.  J.  Bonnet  ne  s'est-elle  jjas 
abusée  en  cette  occasion  ? 

On  remarquera  que  le  corresi)ondant  de  Calvin  s'exjiriiiie  avec  une  fran- 
chise, une  cordialité  de  ton  et  une  familiarité  de  style  qui  font  trouver 
très  naturels  ces  mots  :  «  Tuns  modis  omnibus  frater,  »  qui  j)récèdent  la 
signature.  Tout  hyjiocrite  qu'il  était.  Bichardot  aurait-il  osé  se  qualifier 
ainsi  ? 

*  Vovez  sa  lettre  à  Rouée  de  France,  oct.  on  nov.  1541,  VII,  311. 
**  Histoire  des  Martyrs,  année  1568,  éd.  cit.,  t.  III,  p.  551  et  suiv. 


182  LES  PRINCES  PROTESTANTS  AU  DUC  DE  LORRAINE.  1542 

studio  et  voris  rationibus  taxanint,  non  adversati  sumus,  tamen 
cum  sciamus,  D.[ominationem]  T.[uam]  singulari  i)riidentia  et 
gravitate  pra?ditam  esse,  arbitramur  eain  de  nobis  quidem  jiidi- 
cium  adhuc  suspendere,  donec  lue  controversine  aliquando  légi- 
tima ratione  audiantur  et  cognoscantur,  praesertim  cum  mani- 
festum  sit,  multos  esse  veteres  morbos  Ecclesiœ,  de  quibus 
necesse  est  tandem  pios  gubernatores  populi  Christiani  delibe- 
rare.  Yerè  enim  hoc  aiiirniare  possumus,  nos  ex  animo  semper 
optasse,  ut  piè  cognitis  rébus  gloria  Dei  illustraretuv,  saluti 
hominum  consuleretur,  et  communis  concordia  et  Ecclesiœ  pax 
conservaretur.  Nam  cum  hsec  professio  no])is  ingentia  pericula, 
labores,  sumptus  adferat,  non  est  existimandum,  nos  privata 
cupiditate  buic  negotio  favere.  Non  enim  ob  alias  causas  abusus 
corrigi  pennisimus,  nisi  propter  gloriam  Dei  et  Ecclesiae  salu- 
tein.  Quare  cum  cognitionem  Ecclesiœ  semper  flagitaverimus, 
nequaquam  accusari  possumus  tanquam  sejuncti  ab  Ecclesia.  Et 
omnes  sapientes  Principes  ubique  oramus,  ne  quid  de  nobis 
secùs  statuant  sine  cognitione  quœ  decet  Dei  ecclesiam. 

Haec  petitio  cum  sit  a^quissima,  impetvabimus  a  D.  T.,  ne 
gravatim  has  nostras  literas  accipiat,  quas  de  tranquilUtate  civi- 
tatis  Metensis  scribendas  esse  duximus.  Cum  enim  nuper  eb 
legatos  nostros  misissemus^,  nullius  privatae  utilitatis  causa,  sed 
tantùm  ut  cives  ad  concordiam  hortaremur,  et  viam  ostendere- 
mus  piam  et  salularem,  intelleximus,  quosdam  iinmicos  iis  qui 
dodrinam  imriorem  exiMuni,  moliri  ut  ad  sua  odia  adjuugant 
D.  T.,  et  anxilio  D.  T.  perterrefaciant  mit  opprimant  Jiouestos 
liomiues,  t/ohiJes  et  pleleios,  qui  et  siuit  tranquiUi  et  fidèles  in 
omnibus  ciriUhus  qfficiis  prsestandis,  nec  aliud  petunt,  nisi  tit 
haheant  in  aliquihus  ecdesiis  dodrinam  puram  et  usum  sacra- 
mentor  um  sincerum.  Scimus  autem,  D.  T.  naturœ  bonitate  et 
voluntate  al)  injusta  asperitate  abhorrere.  Sed  tamen  calum- 

'  Mélaïu'lithon  écrivait  à  Joacli.  Camerariiis,  le  18  novembre  1542  : 
«  Mitto...  aliam  nostram  Epistolam  ad  Lofharingum  nomine  Principum 
scriptam.  »  La  présente  lettre  avait  déjà  ])ara  dans  l'édition  princeps  de 
la  Vita  Melanchthonis  composée  par  Camerarius,  et  elle  a  été  réimprimée 
])ar  Strn'hel.  o.  c.  p.  448,  et  par  Hummel  en  1778.  Au  lieu  du  titre  houo- 
riti(iue  i).  T.  donné  ici  au  duc  Antoine  (h  Lorraine,  le  texte  de  Strœbel 
porte  :  Claritudo  Vestra,  et  celui  de  Hummel  Caritas  Vestra. 

2  Allusion  à  l'ambassade  protestante  qui  était  arrivée  à  3Ietz  le  28  sep- 
tembre 1542  (N"  un  t.  notes  22-23). 


1542     LES  PRINCES  PROTESTANTS  AU  DUC  DE  LORRAINE.       183 

niosis  dolatioiiibus  interduiii  ojitiiiii  et  iiiitissimi  ^ubcnuitores 
inconduiitur,  ut  non  suîo  niodn-ationi  sed  alicnis  affcctiljiis 
morem  gérant,  Fromiitunt  cives  Metenses  ])ro  quihiis  scrihimus, 
se  in  omnibus  cirilibi(S  ojficiis  omnia  ohedienter  faduros,  se 
mdhi  in  re  paci  communi  defutiiros;  finitiim  suas  ecclesias  rectè 
constitîii  volunf.  Id  si  inipediotur,  priniùm  gloria  Dei  hi'ditiir, 
deindc  niulta  aniniarum  et  civitatis  ])ericiila  sequuntur. 

Postquam  sjjarsa  est  aliqua  Evangelii  lux,  multos  ahusus, 
jam  inieïïigit iwpulus.  Hos  si  cogitur  ohservare  contra  conscien- 
tiam,  excutitur  eis  vera  invocatio  Dei.  Nam  cum  perturbatio 
hseret  in  conscientia.  quae  deponi  non  potest,  fugit  mens,  non 
invocat  Denni.  Quid  est  autem  tristius  et  detestabilius,  quàm 
impedire  verani  invotationem  Dei?  Accidit  etiam  interdum,  ut 
in  tali  perturbatione  animorum  concipiantur  vel  ab  erronihus 
audiantur  faisan  opiniones,  ubi  desunt  boni  concionatores,  qui 
publiée  doceant.  Nocent  autem  pravai  opiniones  et  animal)us  et 
paci  publicne.  È  contra  XQvbjna  et  salutaris  doctrina  etiam  pacem 
civitatum  munit.  Constat  enim  doctrinam  de  omnibus  civilïbus 
officiis  in  hac  ipsa  hœe  Evangelii  magis  illustratam  esse  quàm 
antea  miqiiam.  Et  quanquam  ojjtandum  est,  omnes  vera  invoca- 
tione  et  piis  moribus  Deum  colère,  tamen  là  qui  doctrinam 
puriorem  expetunt,  non  surit  hnpedituri  ceremonias  cœteroriim 
qui  seciis  sentiunt'\  Yicissim  œquum  est,  non  labefactari  con- 
scientias  horum  qui  abusiis  intelligunt  et  vitare  cupiunt.  jRoga- 
mus  igitur  D.  T.  et  amanter  et  diligenter,  ne  se  incitari  sinat 
contra  partem  civitatis  quœ  ecclesias  rectè  constitui  cupit,  nec 
adjuvet  iracundiam   eorum  qui  civilem   sanguinem    haurire 
cupiunt.  Nam  liœc  causa,  qualiscunque  videtur,  certè  non  potest 
nec  débet  promiscuis  et  mutuis  civium  ciTedi])us  dijudicari.  Nec 
verô  dubitamus  quin  D.  T.,  pro  sua  virtute  digna  i)rincipe  bono, 
maxime  detestetur  civilem  crudelitatem,  et  velit  vicinamcivita- 
tem  tranquillam  esse.  Sic  autem  retineri  tranquiUitas  potest, 
si  neutru  pars  alteram  vi  impediat*.  Hiec  niutua  modei'atio 
maximeque  civilis  multis  civitatibus  in  Germania  salutaris  fuit, 
in  quibus  pauliatinu  veritate  elariùs  illucescente,  et  dissensio 

*■*  C'était  là  un  engagement  i>ris  au  nom  des  Évangéliques  de  Metz. 
Mais  les  Princes  entendaient  bien  que  les  Catholiques  de  cette  ville  prissent 
un  engagement  tout  semblable. 


184  CELIO  SECONDO  CURIONE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1542 

mitigata  est,  et  sanatœ  sunt  volimtates.  Iii  his  locis  si  violenta 
çoiisilia  initio  teiitata  esseiit,  oinnia  funditus  periissent.  Semper 
enim  in  civiuni  dissensionil)us  magis  salutai'ia  fuerunt  mitia 
consilia  quàni  violenta.  Quare  D.  T.  pro  sua  bonitate  ac  sajnentia 
annitatur,  ut  tali  moderatione  consulatur  saluti  civitatis 
Metensis.  HiPC  ut  scriberemus  ad  D,  T.  non  privato  aiïectu,  sed 
honestissimis  et  publicis  causis  adducti  sumus,  ut  honesti  et 
innocentes  homines,  quorum  niulti  propter  virtutes  et  facultates 
patri»  magno  prsesidio  atque  ornamento  sunt,  et  vero  timoré 
Del  moventur  ad  quserendam  de  Christo  Salvatore  puram  doc- 
trinani,  sint  in  tuto.  Taies  Principum  benevolentia  tuendi  sunt. 
Ideo  rogamus,  ut  lias  nostras  literas  D.  T.  in  optimam  partem 
accipiat,  nosque  nostra  oiiicia  D.  T.  summa  cum  benevolentia 
deferimus.  Bene  et  féliciter  valeat  D.  T.  Datte  7.  Novemb.  anno 
1542. 


1477 

CELIO  SECOXDO  cuEiox^E  ail  Goiiseil  de  Berne. 

De  Tirano,  8  novembre  1545. 

Inédite.  Autographe.  Archives  de  Berne. 
Cum  bac  iter  faceret  Jo.  Beraldus,  vir  et  eruditione  et  cliris- 
tiana  religione  pmestantissimus',  committere  nolui,  quin  vos  de 
mea  fide  et  constantia  his  paucis  certiores  facerem.  Qubd  autem 

*  Nicolas  Béraidd,  d'Orléans,  l'ancien  précepteur  de  Gaspard  de  Coli- 
gny,  n'avait  qu'un  seul  fils,  nommé  François,  lequel  visita  l'Italie  et  fut 
professeur,  comme  son  père  (I,  83,  248  ;  IIl,  195,  19G,  220,  221.  —  France 
prot.,  éd.  Bordier,  II,  302). 

Nous  ignorons  les  antécédents  de  Joannes  Beraldus.  Sur  l'un  des  vo- 
lumes de  la  Bible  hébraïque  de  Robert  Estienne  (Luteti;?,  1544-1540, 
in-l(3),  nous  avons  lu,  au  milieu  de  plusieurs  noms  d'étudiants  vaudois,  la 
signature  suivante,  écrite  en  fins  caractères  du  XVP  siècle  :  «  Jo.  Beraldus 
Turonensis.  »  Mais  rien  ne  prouve  que  ce  volume  ait  appartenu  au  voya- 
geur qui  était  arrivé  d'Italie  à  Tirano,  le  8  novembre  1542.  —  Du  Verdier, 
éd.  Rigoley,  YI,  120,  mentionne  un  Joannes  Beraudus  qui  publia  : 
«  Tractatus  singuiaris  de  Injuriis,  etc.,  Tholos*,  Anton,  le  Blanc,  1524,  » 
iu-4". 


1512  CBLIO  SEGONDO  CUHIONK  AU  CONSEiT.  DE  BEHNK.  185 

Honjam  nnnc  (qjud  vos  si»i,  ciiiii  alia  milita,  tiiiii  maxime //o.s- 
tiiim  iusidia',  quas  jx'ssim  mild  dispositas  reperi-,  vetuerant 
Tandom  acccrsita  ad  mo  iixore  mea  unà  ciim  liboris,  son  jjotiùs 
jiissa  mo  soqui,  Tirat/nm  xom  (oi)i(liim  ost  Rethorum,  Berna 
distans  itinoro  soptoni  diornni).  nl)i  oam  j)nestolor.  Nam  nnà 
cnni  ea  me  hncnsqno  ]jroticisci  poricnlosissimnm  orat.  Ubi  illa 
hnc  appnlerit,  statim  ad  vos  proficiscomnr,  ot  coràni  intolligotis, 
qnanta  otiam  nnnc  pro  Christi  nomino  j)assi  simns.  Valeto  por 
Christum,  viri  princii)os.  Tirani  Vallis  Tolinii-',  die  8.  Novem- 
bris  1542. 

Ilinstr.  I).[ominationibnsJ  V.[ostnsJ 

fidelissimns 
CoELius  Secundus  C. 

(Inscriptlo :)  Ad  lllnstrissinuim  ot  fortissimnm  Sonatuni  lîor- 
nenscm.  In  manu  1).  Kodnlti  CJrantbi'ier*. 

^  Curione  avait  d'abord  résolu  de  ne  pas  dépasser  Ferrare  (S"  1160, 
renv.  de  n.  9).  Mais  il  s'avança  beaufouj)  i)lus  loin  ot  attendit  sa  famille  à 
Pescia,  à  3  1.  de  Lucques.  Il  était  à  table  dans  une  auberge,  lorsque  plu- 
sieurs suppôts  de  l'Inquisition  vinrent  pour  l'arrêter.  «  Leur  capitaine 
(nommé  en  italien  harlsello)  se  montra  tout  à  coup  dans  la  chambre  et 
ordonna  à  Curione  de  le  suivre.  Celui-ci,  persuadé  que  cette  fois  la  fuite 
était  imj)0ssil)le,  se  lève  pour  se  rendn»,  tenant  à  la  main,  sans  y  prendre 
garde,  le  couteau  dont  il  se  servait  pour  découper.  Le  bariselîo,  voyant  s'ap- 
procher de  lui  un  homme  d'une  taille  athlétique  et  armé  d'un  large  cou- 
teau... se  réfugie  dans  un  coin  de  la  cliainlire.  Curione  sort  avec  assurance, 
passe  au  milieu  des  gens  armés  qui  attendaient  à  la  ])orte,  prend  ^on 
cheval  dans  l'écurie  et  se  sauve  sans  accident  »  (ilaccree,  o.  c.  p.  224.  — 
Stupani  Oratio  de  C.  S.  Curione.  Schelhornius.  Amœnitates  literar. 
XIV,  344). 

s  Tirana,  ville  de  la  Valteline,  sur  le  cours  supérieur  de  iWdda.  Cette 
vallée  était  sujette  des  Grisons  (Blucfi),  qui  l'avaient  coïKiuise  sur  h' 
duché  de  :\Iilan  en  1.512. 

*  Le  conseiller  et  banneret  Jean  Rodolphe  de  Graffenried.  Curione  avait 
en  l'occasion  de  l'entretenir  à  Berne  au  mois  d'août  nu  de  srptnnlire. 


186  JEAN  CALVIN  A  HENRI  BULLINGER,  A  ZURICH.  1342 


4178 

JEAN  CAL\TN  à  Heiiii  Bullino^er,  à  Zurich. 
De  Genève,  8  novembre  1542. 

Autogi-apho.  Bibl.  de  Gotha.  Bretschneidor.  Jo.  Calvini 
alioriimque  literse,  1835,  p.  12.  Calvini  0pp.  XI,  463. 

Cum  hic,  qui  literas  meas  tibi  rcddidit,  commondationem  à 
me  peteret,  non  dubitabam  quin  dignus  esset'  :  quando  habebat 
testimonium  à  piis  et  certse  fidei  hominibus  suœ  gentis,  qui  hîc 
nobiscum  sunt.  Sed  hoc  me  malè  habebat  quôd.  inter  istas  occu- 
pationes,  quibus  uunc  constringor,  breviùs  tibi  scribere  cogar 
post  tantum  temporis  intervalhim.  Quae  tamcn  tua  est  huma- 
nitas,  mihi,  ut  spero,  non  difficulté!'  dabis  veuiam,  ac  locum 
huic  meœ  excusationi  concèdes  :  praesertim  cum  certô  conjicere 
possis  me  non  inanem  praetextum  quaerere.  neque  negligentia 
facere  quôd  non  diligentiùs  ac  copiosiîis  scribam.  Satis  enim 
tibi  persuasum  esse  puto,  quanti  te  faciam,  quantopere  te  colam, 
quàm  denique  ex  animo  te  amem.  Qiiod  autem  tam  dix  tacui, 
ideo  factmn  est,  quôd  cum  hue  remigrassem,  sic  per  aliquot 
menses  ohrutus  fui  in  restiiuendis  rehus  penitùs  dissipatis  et 
collcqms,  ut  alio  convertere  animum  non  liceret^.  Postea,  cum 
mihi  viderer  occasionem  praeteriisse.  difîerre  malui  donec  nova 
alla  se  oflferret.  Nunc,  dum  scribendi  causa  est,  cup(n-eni  tempus 
quoque  et  ocium  mihi  dari.  Sed  aliàs.  spero.  dalùtur  et  ego 
libenter  utar. 

Mors  Leonis  nostri,  ut  meritô  ])onis  omnibus  fuit  luctuosa, 
ita  me  vehementer  afflixit.  Nam  et  privatim  singularem  amoris 
affectum  mihi  semper  ostendit^  et  dum  reputo  quantam  in 
hujus  viri  morte  jacturam  fecerit  ecclesia,  non  possum  non  gra- 
viter commoveri.  Superior  annus  nohis  plus  satis  fuit  funestus. 

*  La  suite  nous  a])prend  que  c'était  un  jouno  Italien. 

'  A  comparer  avec  le  commencement  du  N"  1090  (VII,  408). 

*  Voyez  le  N°  114fi,  notes  2-3,  et  les  lettres  de  Léon  Jiide  à  Calvin, 
N°'  855  (Yl,  194)  et  51î9a  (^TI,  488). 


lo42  JEAN  CALVIN  A  HKNRI  BULLINGER,  A  ZURICH.  187 

Nam  et  Ch-ynœam  et  Capitonem  et  multos  alios  insignes  ciras 
nnù  cum  Leone  nobis  abstulit*.  Quo  mugis  danda  est  nohis 
opéra,  ut  nonim  semen  excitemus,  ne  Ecclesia  destituta  maneat-'. 
Qiia  in  re  cum  senatus  vester  (^gn>giam  oi)(>rain  iiavare  ab  iiiitio 
non  (Icstitcrit,  aiidio  cum  novam  adliuc  accessionom  nupcr 
fecisse^  Hac  siw  fratrein  Ininc  mittendum  ad  vos  eensuimus. 
Nam  et  perquam  tenues  Jiahemvs  scholas,  et  facultates  ^rarii 
siint  angustœ.  Ncquc  nostros  liac  in  parte  iiiniis  urgcrc  audco  : 
quoniam  video  satis  solutum  animuni  ipsos  habere,  sed  manus 
ligatas.  Non  tamen  bunc  temere  vol)is  commendo.  ^MwBernar- 
dinus  Senensis,  vir  j)r;i'clarus,  et  alii  duo',  ([ui  ix'rspectos 
habent  ejus  mores,  niihi  seriô  testât!  sunt,  optimum  essejuve- 
nem  et   in  quem  senatus  vestri   l)enignitas  conleratur'.  Peto 

*  Simon  Grijnœus  était  mort  lo  1"  août  1541,  W.  Capiton,  le  4  no- 
vembre suivant,  et  Léon  Jude  le  19  juin  1542.  Calvin  ignorait  encore  la 
mort  de  Jean  Zviclc,  pasteur  de  Constance,  décédé  à  Ulm  le  2.3  octobre. 

®  En  1538,  Bi(Ui)/(jer  aitpelait  Tattention  du  Conseil  de  Zurich  sur  le 
recrutement  du  clergé.  Il  disait  que  si  l'on  n'y  pourvoyait  à  temps,  on  n'au- 
rait pas  les  cent-quarante  personnes  nécessaires  ])our  icniplir  les  emplois 
ecclésiastiques  du  canton,  soit  dans  les  églises,  soit  dans  l'Académie  et  le 
collège  (.J.-J.  Hottinger,  III,  72S,  729.  —  Paichat.  Y,  102,  103). 

"  Allusion  au  décret  des  magistrats  zuricois  du  29  juin  1538  qui  con- 
cernait l'agi-andissement  du  séminaire.  BuUinger  en  i)arle  comme  il  suit 
dans  sa  lettre  à  Myconius  du  30  octobre,  même  année  :  «  Senatus  noster 
ppdes  illas  amplissimas  et  ])ulchérrimas  Abbatissfp  studiosis  suis  sfipenda- 
riis,  inhabitandas  concredidit.  Adhibitus  est  illis  psedagogus  Ehellicanus, 
homo  doctus  et  diligens....  Amanus  Koclili  istis  omnibus  victum  sujjpe- 
ditat  et  œconomum  agit.  Studimi  nihil  negotii  nisi  cum  literis  liabnit.  Et 
ita  sanè  videtur  pulchre  consultum  studiis  ac  studiosis  »  (Autogr.  Arch. 
de  Zuricb).  Et,  le  8  novembre  1538,  Jo.  Hhellicayius  écrivait  de  Zurich  à 
Ébrard  de  Rumlaugen  :  «  Literarum  studia  miré  i)romoventur.  Ex  (juo 
enim  hue  veni,  studiosorum  collegium  in  aula  abbatissana  institutum  est  : 
in  quo  nunc  14  adulescentes,  prseter  eos  (jui  adhuc  ex  Canonicorum  supe- 
rioris  monasterii  stipendio  aluntur,  ex  monasticis  bonis  liberalissimè  edu- 
cantxir,  et  in  dies  plures  ex  civium  Tif/xriiwnnn  liherdlifnte  accediinf. 
Quibus  ego  moderator  et  institutor  sum  adjunctus  »  (Autogr.  Arch.  ecdés. 
de  Berne). 

^  Bernardino  Ochino  et,  peut-être,  les  deux  autres  prédicateurs  de 
l'église  italienne  de  Genève. 

*  Calvin  espérait  sans  doute  que  l'Italien  recommandé  serait  admis  dans 
le  séminaire  du  Frauniiinster  (n.  6).  Mais  il  j)arait  que,  dans  le  principe, 
ce  «  Collegium  alumnorum  »  était  destiné  uniquement  à  des  Zuricois 
(Voy.  .J.-.T.  Wirz,  Historische  Darstellung  der  urkundlichen  Verordnungen 


188  JEAN  OPORIN  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

igitiir  abs  te  ut  eura  mea  causa  suscijjias,  et  autlioritate  tua  apud 
seuatum  juves.  Neque  te  unuiii  duutaxat  hac  de  re  oratum 
velim,  sed  alios  quoque  fratres  meos  venerandos,  quibus  sahitem 
ex  me  dices.  Dominus  Jésus  vos  omnes  s])iritu  suo  seinper  regat, 
suaquo  doua  iu  vobis  coufirniet  atque  augeat! 
Geiievœ  6.  eidus  Novembr.  1542. 

JOANNES  CaLVINUS  tUUS. 

(Inscriptio  :)  Prœclaro  Christi  ministro  D,  Heuricho  Bulliu- 
gero,  Tigurinœ  ecclesise  pastori  fideliss.,  fratri  mihi  observaudo 
et  amico  iutegerrimo. 


1179 

JEAN  OPORIN  ^  à  Jean  Calvin,  cà  Genève. 
De  Bâle,  10  novembre  1542. 

Autographe.  Bibliothèque  de  Gotha.  Calvini  Opéra,  XI,  464. 

S.  Prolixe  scribere  ad  te  cuperem,  lit  casuni  tïbi  meum  recen- 
sereni,  qui  nupermihi  accidit  satis  indigniis  :  sed  quia  uon  vacat, 
brevi  summa  tantùm  capita  velut  in  amici  charissinii  siuum 
collecta  dei)onam.  Hortatn  Philippi  Melmichthonis  et  LîitJieri, 
ego  lihrum  legis  mahomedicee  ex  arabica  lingua  ante  400  annos 
in  latinam  translatum,  et  ab  illis  ad  me  missam,  pra'lo  conimi- 
seram^,  et  uiagistratu  uostro  de  eo  ipso  certiore  facto,  an  in  eo 

welcho  dif  Gesch.  des  Kirclien-  iind  Schulwesens  in  Zurich...  betreften. 
Zurich,  1793,  I,  374,  375). 

^  Voyez,  sur  Jean  Oporiri,  professeur  et  imprimeur  à  Bâle,  le  t.  IV, 
p.  20fi,  et  les  Indices  des  t.  IV-VII. 

'■*  Cet  ouvrage  parut  l'année  suivante  à  Bâle,  sans  nom  de  lieu.  Il  est 
intitulé  :  «  Machumetis  Saracenorum  Principis  eiusque  Successorum  vitte, 
doctrina,  ac  ipse  Alcoran,  quo  velut  authentico  legum  divinarum  codice, 
Agareni  et  Turca^,  aliique  Christo  adversantes  populi  reguntur....  His 
adiuncta^  sunt  confutationes  nuiltorum,  et  quidem  ])robatiss.  Autorum, 
Arabum,  Graecorum  et  Latinorum,  unà  cum  doctiss.  viri  Philippi  Melanch- 
tlioiiis  ])riemonitioue,  opéra  et  studio  Theodori  Bibliandri.  1543,  »  3  tomes 
en  un  vol.  in-folio  (Voy.  Melanthonis  E])p.  éd.  Bretschneider,  V,  10-13.  — 


IS'lâ  JEAN  OPORIiy  A  JEAN  CALVIN,  A  GENKVE.  1H9 

niilii  pci'ti'ci'c  liccrct.  et  iiiliil  obstarc  dixit.  i(l(iii('  ita  diini  alisol- 
verctur  lilxM'.  Curavcram  aiitcni  (>tiaiii  adjici  coiifiitatioiics 
ejusdem  legis,  non  latinas  solîini.  s(Ml^(^t  (Ineconini  et  Ai-abnni 
in  latinani  linsuani  translatas,  unà  cuni  liistoria  rcriini  Tui'ci- 
caruni  à  nongontis  annis  usqnc  ad  nosti'a  tcnii)ora.  Intérim  igi- 
tur  invklia  quomiiidam,  mihi  ex  contentione  illa  gradidim-^ 
adJiKC  malè  rolei/f/ii)»,  persi(<(.s/is  sciKifns,  niliil  ])('stil(Mitius  ac 
ignominiosius  fnturum  qnàni  si  lilx'r  illc  jmblicari  pci-niittc- 
retui'.  niUii  lïbros  omt/es  ademif  et  nie  'prH'ter  omne  niprif/ini  in 
carcerem  cotijecit.  Adluic  igitur  lil)ros  illi  apnd  se  deti lient,  et 
ego  sorte  mea  unà  cum  usura  careo  \ 

Haec  res  ita  me  confecit  liacteiins.  iit  (luid  faeiam,  qnô  me 
vertam.  jilanè  nesciam.  lnsum])si  in  librum  hune  (^xciidendum 
amiiliùs  quàiii  400  Hoi-enos,  et  jam  niliilo  seciîis  reddere  illis 
o])ortet  (juilms  ego  tidem  meam  ob.strinxi.  Nemo  est  (jui  ob 
indigniim  easum  illum  salt(nn  longiiis  diiïcrre  creditum  vclit. 
Et  qui  lilienter  mihi  adessent  liac  in  rc  nt  sunt  optimi  (iuiqn(^ 
hîc,  ii  facultatibus  destituuntur.  Si  solhni  (oiticinii  (diquew  iios- 
sem  qui  100  coronatos  inihi  ad  (mni  spafiu)!/  creder et,  facile  me 
extricarem.  Nam  brevi  me  sjiero  iirivilegium  Caesareum  habitu- 
rum  ad  Alcorani  iïïius  venditionem  liberam^  Tum,  sjiero.  mox 
me  recolligam.  Et  in  hoc  jam  versatur  rei  cardo  ut.  (luàm  pri- 
mùm  privih^gium  ilhid  nactns  fuero,  libri  vendendi  jiotestas 
etiam  à  magistratu  nostro  mihi  tiat.  Hîc  ego  tuum  consilium 
imploro,  mi  I).  Calvin(%  si  ullo  jiacto  jiotes,  yiani  mihi  ali(iuam 
uti  excogites  ne  prorsiis  iiereundum  milii  sit.  Non  defuerunt 

Freytag.  Anal.  litt.  p.  120).  La  préface  de  Bihliaudor  est  datée  :  «  P]x 
Tiguro,  XX  die  Jamiarii  aiuio  MDXLIIT.  »  —  Luther  doit  avoir  eoiitrihué 
à  la  comjiositioii  de  Touvrage;  car  on  lit  dans  sa  lettre  du  20  mars  1.542  à 
Jacob  Probst,  pasteur  à  Brème  :  «  Versor  jam  in  transferendo  lihro  (jui 
vocatur  Confufatio  Alcorani  Mahumetis.  »  (Luthers  Hiiefe,  éd.  de  Wctte, 
V,  452). 

*  Voyez  le  t.  VII,  ]).  234,  note  1.  —  Melehior  Kircliliofer.  Oswaid  INIy- 
conius.  Ziiricb,  isi;;,  p.  .S10-.-J27. 

*  On  peut  consulter,  sur  les  détails  de  cette  ,it1aire,  Mcldiior  Kircliliofer, 
0.  c,  p.  351-353.  —  Cari  Pestalozzi.  Heinricb  BuUinger.  Kll)erfeld,  1858, 
p.  311.  _  Mclaiitbonis  Ep]».  G  décendi.  1542,  21  febr.  15  1;-!.  Kd.  cit.  IV. 
910,  V,  45. 

^  Il  obtint,  ])our  la  l"  édition,  le  pririlègc  de  J'KinjicrrMir.  La  seconde 
parut  (à  Bâle)  en  1550. 


190  PIERRE  TOLSSAIN  A  MATTHIAS  ERR,  A  RIQUENVIR.  lo42 

hacteiuis  apud  nos  qui  ultro  etiam  pcciiniam  suam  mihi  inutuo 
daiidam  ofiferrent,  ssepe  etiam  non  egenti.  Jani  ])Ostquam  semel 
infortunio  mulctatiis  sum,  nemo  est  amicus  alius.  et  necesse  est 
hal)eam  amicos  longiùs  dissitos  implorare.  Neque  verô  à  te  aliud 
peto,  quàm  si  forte  aliquem  nosses  qui  carere  tantula  pecuniola 
ad  brève  tempus  posset,  ab  eo  mihi  opem  illam  implorares.  Res- 
tituerem  autem  bona  fide,  cum  fœnore  etiam,  nempe  sex  coro- 
natorum  in  centum,  aut  etiam  ampliùs,  ])ro  spatio  annuo^ 
Faciès  me  super  hac  re  certiorem  cum  erit  commodum,  ac  me 
tibi  commendatum  habebis,  veterem  scilicet  amicum,  et  cujus 
servati  te  non  facile,  ut  spero,  pœniteliit.  Yale,  mi  D.  Calvine,  et 
hune  quoque  Clmidium,  qui  hasce  tibi  literas  atfert,  si  qua  in  re 
citra  molestiam  aut  incommodum  tuum  juvare  potes,  meo 
nomine  commendatum  habe.  Basileae,  10.  Novembris  1542. 

Jo.  Oporinus,  tuus  ex  animo.  ut  nosti. 

(Inscriptio  :)  D.  Joanni  Calvino  ecclesiastae  Genevensi,  amico 
longé  charissimo  suo.  Genevae. 


1180 

PIERRE  TOUSSAIN  à  MatUilas  Erb,  à  Riqnewir  *. 
De  Monlbéliard,  20  novembre  1542. 

Inédite.  Autographe.  Arch.  de  Téglise  de  Bâle. 

S.  Recepi  nuper  literas  tuas,  frater  in  Christo  Jesu  chare  et 
observando.  quibus  tu  me  piè  et  amanter  niones,  ne  ecdesiam 


*  Oporin,  ])lus  soucieux  d'illustrer  son  art  que  de  faire  fortune,  se  lais- 
sait parfois  imposer  par  les  usuriers  Tintérêt  du  20  et  même  du  30  pour 
cent.  Il  mourut  presque  ruiné,  en  1568.  (Voy.  Athenpe  Rauricfe,  1778, 
p.  3.52). 

*  Mafthias  Erb  (1494-1571)  né  à  Ettlinpen,  dans  le  margraviat  de 
Bade,  avait  fait  ses  études  à  Berne.  Il  prêcha  d'abord  l'Évangile  à  Rap- 
Iiolschweil  en  Alsace,  puis  il  fut  élu  (15.31)  aumônier  de  l'armée  bernoise 
envoyée  contre  les  cantons  catholiques.  On  le  retrouve  ensuite  prédicateur 
dans  le  pays  de  Bade,  où  il  dirigea  une  école  à  Gengenbach  (1536-38).  C'est 


loi2  CELIO  SECUNDO  CURIONE  AU  CONSEIL  DE  HERNE.  191 

meani  /(wilè  deserani  :  de  qiia  1*0  scribo  in  ])ra's('iitia  Illustri 
Principi  nostro  D.  Comiti  Georgio.  Et  qiiaïKiuani  vci-uiii  sit.  me 
quantumvis  abjectuiii  hominitioïK'm ////ô-  vocari,  taiiicii  iiiliil 
siim  factunis  sine  Doiiiinorum  Principuiii  mooruiii  et  ecclesia- 
riim  consilio.  ^'ale  in  Doniino,  nani  non  vacat  niinc  milii  ut  te 
plui'ibus  obtundani.  Saluta  niibi  diligenter  fratres.  Mombelgardi, 
20  Novembris  1542. 

TUUS  P.  TOSSANUS. 

(Inscriptio :)  D.  Matthiae  Erbio,  ecclesiastne  Riclienvillcnsi. 
fratri  sno  charissinio.  Richenvilla'. 


4181 

CELIO  SECUNDO  CURIONE  RU  Gonsell  de  Berne. 

(Berne,  27  novembre  1542  ^) 

Inédite.  Autographe.  Archives  de  Berne. 

Illustrissinii  Domini. 
Yenit  Cœlius  Secundus,  quem  superioribus  mensibus  collegio 
duodecim^  Lausannœ ])vwiedstK.  Etunà  secum  adduxit  uxoreni 
et  très  filios  parvulos^  :  reliquos  quatuor  non  potuit  adducere 
pi'opter  hiemis  asperitatem.  nam  nimis  teneri  sunt.  Reljquit 
autem  eos  apud  bonos  viros,  sperans  se  anno  proximo  comnio- 
diîis  eos,  Deo  volonté,  recepturum. 

do  là  qiril  fut  a])pelé,  par  le  comte  Georges  de  Wurtemberg,  au  j)astorat 
de  Bekhemreijer  (Riquewir).  Cette  ville,  située  à  3  1.  à  l'O.  de  Colinar, 
était  le  chef-lieu  des  seigneuries  que  le  comte  Georges  possédait  en  Alsace, 
et  dans  lesquelles  on  com])tait  douze  églises  réformées.  Matthias  Erh, 
nommé  intendant  de  ces  églises,  leur  voua  tous  ses  soins  jusqu'en  1562.  et 
il  affermit  au  milieu  d'elles  l'œuvre  commencée  j)ar  son  prédécesseur, 
Érasme  Fabridus  (M,  190,  n.  6).  —  Voy.  J.-J.  Hottinger  III,  59G,  698. 
—  Rôhrich.  o.  c.  II,  227-29.  —  France  prot.  éd.  II.  F.urdii'r,  VI,  35. 
2  C'est-à-dire  à  Metz  (N°  1183,  renv.  de  note  16.) 

*  Voyez  les  notes  6.  7-8. 

*  Sons-entendu  sckolasticurum  (N"  1100,  not<'  7). 

'  Leur  âge  et  leurs  noms  sont  indiqués  dans  le  N"  117(i,  note  2. 


192  CELIO  SECUNDO  CLRIONE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1S42 

Dirit  se  à  Luca  Imc  iisque  se  45  dies  consuinpsisse*,  tum 
l)roi)ter  assiduas  liostiuin  insidias,  qiias  vix  evadere  potuit,  tum 
quia  in  itinere  egrotare  cœpit  uuus  filioruui  suorum  :  qui  etiam 
nuuc  egrotat,  neque  solus  sed  alter  quoque.  Ideo  omnem  pecu- 
uiam  quam  vestro  et  aliorum  bonoruni  beneficio  acceperat,  jam 
duduni  expendisse  :  neque  se  hucusque  pervenire  jjotuisse,  ni 
I).  Hei[n]ricus  Bulingerus  priniinn  juvisset%  doinde  D.  Prœ- 
fedus  Canipii  regii^,  cujus  impensis  Bernmv  usque  advecti 
fuimus. 

Igitur  cum  nihil  ex  j;(y^«ci'udelitate  sumpsit,  prseter  corpora, 
quse  ut  vol)is  vestrisque  ecclesiis  inservirent,  Doniinus  reserva- 
vit  :  petit  à  vobis  alifiuod  sul)sidiuni  prœter  stipendiuni  decre- 
tuni,  quo  possit  sibi  libros  comparare,  et  novam.  amissa  vetere, 
bibliothecam  instruere  :  quod  vestra  solita  ])enignitate  fieri 
rogat. 

*  La  femme  et  les  trois  fils  aînés  de  Cuhone  avaient  quitté  Lucques 
vers  le  11  octobre,  peu  de  jours  après  que  lui-même  eut  été  contraint  de 
s'enfuir  de  Pescin  (N°  1177,  n.  2).  Ils  le  rejoignirent  à  Ferrare,  d'où  Cu- 
rione  j^artit  seul  pour  la  Valteline,  le  24  octobre.  Les  cinq  émigrants  se 
retrouvèrent  enfin  à  Tirana,  après  le  8  novembre.  Echappés  à  la  griffe  de 
l'Liquisition,  ils  avaient  encore  bien  des  difficultés  à  vaincre.  Guillelmus 
Gratarolns,  médecin  de  Bergame,  qui  se  réfugia  à  Bâle  en  1549,  écrivait 
plus  tard  :  «  Per  Bheticas  Alpes  peregrinari  non  solùm  arduum,  sed  ob 
rerum  multarum  penuriam  interdum  valdè  incommodum.  Aliquando  panem 
non  inveni,  interdum  nihil  fœni  aut  ])alearum  pro  equo  :  bene  tamen  nu- 
merare  oportet  :  sed  hoc  nuuc  ubique  ferè  commune.  »  Voici  son  itinéraire, 
qui  fut  sans  doute  celui  de  Curione  :  Tirano,  Poschiavo,  le  col  du  Beriiina, 
Pontresina,  Samaden,  Ponte,  l'Albula,  la  vallée  de  Bergun,  Lenz,  Parpan 
et  Coire. 

Si  nos  Lucquois  arrivèrent  à  Waîlenstadf  le  mardi  14  novembre,  ils 
purent,  le  lendemain  matin,  utiliser  les  bateaux  qui  allaient,  par  le  lac  de 
Wallenstadt  et  la  Linth,  au  marché  du  vendredi  à  Zurich,  et  atteindre 
cette  dernière  ville  le  16  au  soir. 

^  Curione  et  sa  fomille  se  reposèrent  jjcndant  deux  ou  trois  jours  dans 
la  maison  de  BuUi)i(jer.  Celui-ci  et  Gaspard  Megander  les  recommandè- 
rent à  Lux  Lôwenspruug,  bailli  de  Kônigsfeld,  par  une  lettre  datée  du 
lundi  20  novembre  (Ms.  orig.  Arch.  de  Berne). 

^  Kônigsfeld,  près  de  Brugg  (Argovie).  La  lettre  où  Lowensprmig 
informe  li's  magistrats  bernois  des  mesures  (ju'il  a  prises  eu  fîiveur  de 
Curione,  est  datée  du  22  "novembre  (Ms.  orig.  Arch.  bernoises).  Comme  il 
y  a  17  ^ji  lieues  entre  Kcinigsfeld  et  Berne,  nos  voyageurs  durent  arriver 
dans  cette  ville  le  samedi  25. 


1542  CELIO  SECUNDO  CURIONE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  193 

Postremô  ut  Lausannam  usquo  illos  adducore  V(^stra  IxMiigni- 
tate  curctis  :  quod  ut  commodiùs  fiât,  uno  equo  qui  cistas  pue- 
roruni  voliat  opus  erit,  et  equi  promto  ductorc^ 

De  liis  autem  quae  ad  stipendium  spectant,  et  ad  œdos  ins- 
truendas  aliqua  suppollectile,  jam  i)Utat  pcr  vos  esse  pro- 
spectum^ 

Vos  itaquo  '  ut  Deus  pater  per  Jesum  Christum  servet  et  ves- 
trum  Iinperiuiii,  rogat 

Cqelius'". 

^■^  La  présente  requête  fut  coninuiniquée  le  27  novembre  au  Conseil  de 
Berne,  qui  prit  les  décisions  suivantes  :  «  Écrire  à  l'intendant  de  Kônigs- 
feld  que  mes  Seigneurs  sont  contents  de  ses  procédés  envers  Cœlius.  Remer- 
cier Zurich  de  ce  que  nul  hôtelier  n'a  rançonné  Cœlius,  et  Bullhxjer  de 
ce  qu'il  a  pourvu  à  sa  dépense  jusqu'à  Kônigsfeld.  Remettre  ici  à 
Cœlius  10  écus  et  payer  le  valet  [qui  l'accompagnera].  Écrire  au  bailli  de 
Lausanne  qu'il  achète  maintenant,  jusqu'à  la  somme  de  20  écus,  les  livres 
dont  Cœlius  a  besoin;  qu'il  laisse  courir  sa  pension  à  partir  du  jour  où  il 
a  été  élu  [N°  1155,  n.  7]  et  qu'il  lui  procure  un  logis  jusqu'à  ce  que  sa 
maison  soit  meublée.  »  (Manuel  du  dit  jour.  Trad.  de  l'ail.) 

^  Par  inadvertance,  itatque. 

^°  La  requête  est  écrite  sur  un  feuillet  détaché  d'une  lettre  reçue  d'Italie. 
On  lit  au  verso  :  «  Al  molto  dotto  et  escellente  M.  Second©  Curione,  da 
maggior  fratello  di  Conti,  nostro  honorando  »  —  puis  un  c  minuscule,  dont 
l'extrémité  supérieure  se  prolonge  par  un  trait  horizontal,  que  termine  un 
c  plus  gi'and.  Ce  pourrait  être  l'abréviation  de  cofifrate  ou  de  confratello. 

Curione  et  les  siens  ne  parvinrent  probablement  que  le  .30  au  terme  de 
leur  fatigant  voyage  de  plus  de  deux  cents  lieues  (environ  110  de  Lucques 
à  Tirano,  50  de  Tirano  à  Zurich,  41  de  Zurich  à  Lausanne*.) 

Nous  relevons  les  passages  suivants  dans  la  lettre  de  l'humaniste  italien 
à  Bullinger  du  10  décembre  :  «  Meministi,  credo,  cum  essemus  apud  te, 
me  tibl  narrasse  de  quodara  Amico,  qui  fratrem  suum  Tigurum  mittere 
vellet,  cum  discendse  germanicae  linguse,  tum  aliarum  bonarum  reruni 
gratia....  Igitur  rogo  ut  aliquem  seligere  [velis]  l)onum  et  doctum  virum, 
deinde  etiam  mercatorem  aut  negotiorum  plénum,  apud  quem  is  adoles- 
cens  agat....  Quod  ubi  feceris,  meo  nomine,  si  placet^  ad  T).  Martinum  a 
Pergula,  jurisconsultum,  Tiranum  literas  mittas,  quse  de  toto  eo  negotio 
eum  certiorem  faciant....  C?eterùm,  ad  Camilum  [Benafnm  ?]  quoque,  cujus 
tibi  literas  red[d]idi,  rescribere  eadem  opéra  aliquid  poteris.  His  {sic)  enim 
Tirani  agit... 

*  Les  ambassadeurs  du  duc  Hercule  d'Esté,  lesquels  faisaient  en  moyenne  .50  kilo- 
mètres par  jour,  employèrent  treize  jours,  en  février  1537,  pour  aller  de  Ferrare  à 
Zurich  par  les  Alpes  grisonnes.  (Voy.  Bartolommeo  Fontana.  Renata  di  Francia.  Roma, 
1889,  p.  330,  332.) 

T.   VIII.  13 


194  PIERRE  VIRET  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  1542 


1182 

PIERRE  \TRET  à  GuUlaume  Farel,  à  Metz. 
De  Lausanne,  27  novembre  1542. 

Inédite.  Autographe.  Collection  de  M.  H.  Lutteroth. 
Bibliothèque  de  la  Soc.  de  THistoire  du  Protestantisme  français*. 

S.  Ex  tnis  ad  Calvinum  literis^,  criices  quibus  istJiic  cruciaris 
(tbîindè  intellexi,  charissime  frater,  quarum  et  nos  partem  eam 
quam  possumus,  subimus,  sed  ita  ut  mœror  noster  nihil  tua 
taedia  levare  possit,  nec  ullam  sentias  ex  nostra  opéra  opem, 
quae  tibi  solatio  esse  possit  :  quam  utinam  tam  tibi  et  Christi 
ecclesiae  referre  nobis  esset  concessum,  quàm  id  ex  animo  cupi- 
mus.  At  tametsi  cum  horrendis  monstris  te  conflictari  audiamus, 
ac  nobis  minime  liceat  tibi  suppetias  ferre  decertanti,  nisi  votis 
et  precibus,  haudquaquam  tamen  diffidimus  quin  et  preces 
Ecclesiae  exauditurus  sit  Dominus,  quamvis  remissiores  et  fri- 
gidiores  quàm  negociorum  gravitas  et  pericula  forte  requirant. 
Non  possum  mihi  non  poUiceri  lœtiora,  quicquid  Satan  furat 
in  te;  sed  quô  impotentioris  irse  se  ista  sua  truculentia  esse  tes- 
tatur,  eô  erigor  in  spem  successus  melioris.  Nisi  sentiret  ac  expe- 

Vale,  per  Christum  Jesiim,  et  iiostro  nomine  eximios  doctores  Pellica- 
num,  Megandrum,  Bihliandrum,  Gualterum  et  reliquos  salvere  jubebis. 
Uxorem  tuam  officii  et  caritatis  plenam,  meo  et  uxoris  meîe  nomine,  offi- 
ciosè  diligenterqne,  adde  etiam  amanter,  salutabis  :  liberos  dulcissimos,  de 
sua  erga  nostros  suavitate,  gratia  et  officiis  amabis.  Ego  me  ipsum  tibi  et 
tuis  dedo,  qui  quicquid  sum  debeo.  Salutaut  vos  fratres  et  ministri  qui 
nobiscum  sunt  :  praecipuè  Viretus  et  Cornes.  Lausannse,  quarto  Idus  decem- 
bris.  1542.  »  (Autog.  Arch.  de  Zurich.) 

^  Nous  présentons  nos  vifs  remerciements  à  M.  le  pasteur  N.  Weiss,  qui 
a  bien  voulu  copier  pour  nous  cette  intéressante  lettre.  On  ne  la  connais- 
sait que  par  ce  résumé,  qu'on  doit  à  Olivier  Perrot  :  «  Le  27  nov.  1542, 
Viret  écrivit  à  Farel,  qui  estoit  à  Metz.  Il  le  fortifie  contre  les  divers 
Assauts  qu'il  avoit  à  soutenir.  »  (La  Vie  de  Guill.  Farel.  Bibl.  des  pasteurs 
de  Neuchâtel.) 

*  La  lettre  de  Farel  à  Calvin  écrite  de  3Iantigny  le  22  octobre  (N°  1168), 
dont  on  ne  possède  que  l'analyse,  faite  par  Olivier  Perrot. 


loiâ  PIERRE  VIRET  A  GUILLALME  FAREL,  A  METZ.  195 

riretiir  re  ipsa  suo  rogno  ruinam  impendcro,  eanuiuc  jam  adosse 
in  foribus,  nisi  metuerct  se  penitùs  isthinc  exigi,  iieutiquam 
tanta  iiiclementia  in  pietatis  stndiosos  desseviret.  Sed  brevi 
ipsum  Dominas  conteret  sub  pedibus  tuis,  et  fortunabit  pios 
tuos  conatus,  atque  eô  te  potentiùs  corroborabit,  quô  magis  des- 
titueris  omni  humano  auxilio  et  consilio,  exi)erierisque  tandem, 
non  in  Paulo  solùm,  sed  in  te  qnoqiie  ac  omnibus  synceris 
Christi  ministris,  locum  habere  ilhid  sui)remi  patris  responsum 
blandum  et  consolationis  plénum  :  Yirtus  in  infirmitate  perfici- 
tur,  ut  possis  aliquando  cum  eodem  apostolo  exclamare  :  Omnia 
possum  in  eo  qui  me  corroborât.  Sed  quid  istis  meis  monitis 
opus  est  tibi  veterano  Christi  militi,  qui  non  tantùm  tôt  teneas 
Scripturarum  exempla,  quibus  armari  ac  confirmari  possis 
adversîis  omnes  hostium  insidias  et  assultus,  sed  etiani  re  ipsa 
ac  ipsis  etiam  manibus  contrectaris  singularem  Dei  opem  in 
rébus  deploratissimis.  Idem  ille  Dominus  qui  liactemis  vindica- 
vit  ex  omnibus  hostium  insidiis,  calumniis  et  'periculis  non  tunm 
sed  suum  sacrosanctum  ministerium,  tanto  te  minus  deseret 
quanta  projnùs  accesseris  ad  metam  preedari  istius  cursus  in 
cujus  te  constituit  currimdo. 

Magis  utique  metuerem,  si  tyrunculus  aliquis  et  rerum  impe- 
ritus  mei  similis,  ad  tam  grave  et  periculosum  certamen  vocatus 
esset,  sed  mihi  ])ersuadere  non  possum  frustra  te  isthuc  a 
Domino  accersitum,  de  cujus  vocatione  non  magis  dubito  quàm 
earum  [1.  eis]  quas  nobis  scripturis  sacris  spiritus  sanctus  obsi- 
gnavit.  Non  fuit  vanum  hactenus  tuum  ministerium,  nec  tibi  ul- 
lus  laborpenitùs  cessit  irritus  et  inutilis.  Cogita  ergo  eum  sem- 
per  Christi  spiritum  in  te  agere,  qui  te  hactenus  egit.  Considéra 
non  semper  Paulo,  prophetis  et  apostolis  in  ipsis  primordiis 
omnia  successisse  ex  animi  sententia  :  eoruni  tamen  conatus 
nunquam  frustra  cecidisse.  Eadem  nobis  cum  ipsis  est  causa. 
Hîc  sœpe  angi  cogor,  dnm  aniniadverto  me  tôt  ac  tantis  circum- 
septum  malis  et  incommodis,  dum  nullu  mihi  affulget  spes  fruc- 
tus  uherioris.  Est  tamen  nobis  in  nostra  statione  persistendum, 
sive  in  acie,  sive  in  opipugnatione,  sive  in  pnesidio  manendum 
sit,  tantisper  dum  aliô  evocet  imperator,  tubaque  signum  cer- 
tiss.[imum]  dederit.  Nohis  plus  est  negocii  ad  retinendum  et 
augendum  parta,  quàm  fue?it  in  quœrendo.  Sed  quid  agasV  Si 
verum  est  vulgô  cadatum  [1.  calcatum]  proverbium  :  Semi)er 


196  PIERRE  VIREX  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  1342 

féliciter  cadunt  Jovis  lapilli  ^  qiiid  de  vero  nostro  Jove  et 
seterno  felicissimoque  Jeliova  nobis  pollicebimur?  Praestat,  crcde 
mihi,  hujusmodi  criicibus  graviss.[imè]  premi  cum  qualicunque 
Evangelii  profectu,  in  taiita  populi  Christiani  aviditate,  quàm 
preciosum  Evangelii  margaritum  in  alta  hac  pace  porcis  et 
canibns  conspurcandum  objici,  ut  ferè  fit  apud  plurimos  qui  se 
falsô  jactant  evangelicos,  quibus  nullos  habet  Evangelium  hos- 
tes  infensiores.  Scio  quibus  in  periculis  verseris,  sed  aderit 
Dominus  prœsentiss.[imus]  cujus  favore  futurum  spero  ut  brevi 
audiamus  laetiora. 

A^os  lâc  undiqKe  menses  jam  aliqiwt  sœva  pestïlentise  lues 
obsidet'*,  quse  nohisjani  diacomim""  ahsunqmt.  Parati  sumus  ad 
quidvis,  freti  divina  [ejus]  bonitate,  qui  nobis  utetur  in  suam 
gloriam,  à  quo  solo  pendemus.  Torquet  me  suivra  modmn  7tos- 
tronim  Jiominum  crudelitas  in  sua  ipsorum  viscera^,  ac  mnltd 
magis  qudd  penitks  ohsurdîdsse  et  ccdhim  obduxisse  videntur 
ad  omnes  propheticas  monitiones,  quo  fit  ut  non  sperem  manum 
Domini  remittendam,  sed  aggravandam  multô  magis  donec 
nostris  docti  malis  ex  animo  resipuerimus.  Sed  quid  tibi  moles- 
tias  molestiis  accumulo?  Id  non  facerem  nisi  mihi  explorata 
esset  sancti  istius  tui  pectoris  constantia,  et  mihi  suave  in  sinum 
tuum  deponere  aestus  animi  mei,  ut  paria  faciamus,  mutuum  ' 
oremus  et  consolemur  nos  ipsos. 

Saluta  mihi  fratres  qui  isthic  sunt.  Tota  mea  familia  te  j)lu- 
rimùm  salvere  jubet  et  pii  fratres  quibus  tu  et  tuum  ministe- 
rium  vita  charius  est.  Valde  me  recréât  quôd  Genevensis 
ecclesia  féliciter  habet  et  Calvimis  certè  valet,  qui  tua  causa 
valdè  anxius  est^  Cœteriim  quod  a^idivisti  Umm  ministerimn 
traduci^,  nihil  movearis.  Boni  viri  omnes  satis  persuasi  sunt 
quis  sis.  Jacobiis  Oallus  scribit  ad  te,  nisi  fallor,  et  respondet 
tuis  literis.  Vale,  frater  charissime,  cum  i)iis  omnibus.  Lau- 
sannae.  27.  Novemb.  1542. 

Tuus  si  suus  est 
Petrus  Viretus. 

(Inscriptio  :)  Suo  Guilielmo  Farello,  Yerbi  ministro  fideliss. 
<'t  fratri  quàm  chariss.  Métis  ". 

^  La  forme  classique  de  ce  proverbe  porte  taxilli. 
*  Voyez  la  lettre  de  Yiret  à  Farel  du  19  mai  1543. 


1542  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRI,  A  THONON.  197 


1183  ' 

JEAN  FATHON  ^  à  Christophe  Fabri,  à  Thonoii. 
De  Colombier,  28  novembre  1542. 

Inédite.  Autographe.  Bibliothèque  des  pasteurs  de  Neuchâtel. 

S.  Par  Jésuchrist,  nostre  seul  rédempteur  et  unique  sauveur. 
Très  chier  frère,  sur  ce  19.  de  novembre  j'ay  receu  voz  dernières 
lettres,  despuis  lesquelles  receues  ne  c'est  offert  aulcung  moyen 
à  nous  pour  vous  rescripre,  jusques  à  présent,  avec  ce  que  atten- 
dions quelques  bonnes  nouvelles,  pour  d'icelles  vous  faire  partici- 
pation, ainsi  que  avés  de  bonne  coustume  de  ne  nous  frustrer  des 
vostres.  Le  bon  Dieu  nous  en  envoyé  selon  son  bon  plaisir  des 
consolables,  pour  l'exaltation  de  son  sainct  évangile,  brisant  de 
jour  en  jour  la  teste  et  force  de  l'autheur  et  père  de  mensonge, 
homicide  et  de  toute  tyrennie,  lequel  par  tant  de  moyen,  est  après 
incessemment  pour  dissijjper  et  destruire  ce  petit  troppeaul, 
auquel  il  a  plus  au  père  des  miséricordes  donner  son  royaulme, 
par  Jésus  qui  en  est  la  droite  porte.  Puis  que  le  Seigneui-  nous  a 
faict  celle  grâce  de  nous  avoir  donné  entendre  les  propres 
armures,  i)ar  les  saincts  apostres  Pierre  et  Paul,  pour  obvier  à 
toutes  ses  ambuches  et  machinations,  et  n'estre  assaillys  indé- 
pourveuz  par  iceluy,  nous  fault  armer  d'icelles  et  ne  les  négligei*, 
nous  admonestant  que  n'avons  la  luicte  contre  le  sang  et  la  chair, 
mais  contre  les  principaultez,  contre  les  puissances,  et  contre  les 

^  Vital  Boherti  ? 

®  Allusion  aux  mesures  draconiennes  que  le  Conseil  de  Lausanne  avait 
prises,  pour  isoler  pendant  plusieurs  mois  les  maisons  atteintes  par  la  peste. 

^  Voyez  la  lettre  de  Calvin  du  15  décembre  (N"  1188,  renv.  de  n.  7). 

^  Jacobus  Gallus,  pasteur  à  Morges,  accusait  Farel  de  l'avoir  supplanté 
à  Metz,  où  il  avait  prêché  lui-même  pendant  quelque  temps  (N"  1187, 
l'env.  de  n.  4,  5). 

^  Le  manuscrit  porte  cette  note  de  la  main  de  Paul  Ferry  :  «  27  nov. 
1542,  envoyé  de  Neufchastel  en  nov.  (?)  1643.  » 

^  Voyez,  sur  Jean  Fathon,  pasteur  à  Colombier,  le  t.  II,  p.  472  et  le 
t.  VII,  p.  141-43. 


198  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRI,  A  THONON.  1542 

recteurs  du  monde  des  ténèbres  de  ce  siècle,  contre  les  maligni- 
tez  spirituelles  es  lieux  célestes. 

Noz  ennemys  sont  grandz,  puissantz  et  cauteleux  ;  mais  nostre 
grand  amy  Jésus  desjà  les  a  vaincuz  et  surmontés  pour  nous  : 
la  victoire  duquel,  jouxte  sa  promesse,  est  la  nostre,  et  ce  néaul- 
moings  que  nostre  grand  capitaine  est  puissant  tout  seul  pour 
avoir  obtenu  le  champ  en  victoyre,  sil  veult-il  que  tout  ses  soul- 
dars  et  amys  monstrent  bon  corps  en  sa  bataille,  comme  sy  ung 
cliescung  particulierment  debvoit  tout  gaingner.  Non-seulement 
il  nous  sinifie  les  armures,  mais  quant  et  quant  -  les  nous  veult 
donner  en  main,  voyre  les  conduyre  luy-mesme,  quant  il  dit  : 
«  Ce  ne  sera  pas  vous  qui  parlera,  mais  l'esperit  de  vostre  père 
céleste  qui  parlera  en  vous.  »  La  promesse  de  celuy  qui  est  véri- 
table est  faicte  à  nous.  Si  nous  demandons,  il  nous  sera  donné;  si 
nous  cerchons,  etc.  Je  vous  bailleray  bouche  et  sagesse,  etc.  Si 
bien  les  promesses  ne  nous  estoient  tant  claires  et  manifestes,  si 
debvrions-nous  estre  assés  confirmez  en  la  practique  de  ceste 
chevalerie  et  chrestienne  bataille,  de  sorte  qui  ne  nous  doibt  estre 
plus  question  de  chancelier,  ny  d'estre  esbranlez  pour  quelque 
tentation  qu'advienne.  Or  nous  nous  debvons  tousjours  beaucop 
plus  fier  et  appuer  sus  la  promesse  que  en  mille  [1.  nulle?]  prac- 
tique. Combien,  mon  chier  frère,  que  congnoys  assés  vostre 
noble  cueur  en  l'œuvre  du  Seigneur,  ce  néaulmoing  le  mot  «  es- 
branlé,  »  en  vostre  lettre,  m'a  occasionné  de  vous  atédier  ^  de  mes 
tant  longs  propos,  et  l'ancienne  amitié  et  chrestienne  familiarité 
d'entre  nous,  laquelle  je  prie  au  Seigneur  nous  augmenter.  Qu'est 
pour  entrer  en  Responce  de  vostre  lettre,  qui  sera  plus  briefve 
que  le  jjréambule,  si  je  ne  me  oblie. 

Quant  an  tumulte  et  vostre  grande  fascherie  ^,  nous  desplaît 
grandement  :  soyez  advertir  que  n'en  avons  pas  eu  guère  moings 
dernièrement,  M"  Thomas,  Hénard^  et  moy^pour  ce  qu'avons 
estes  continuellement  avec  nostre  frère  Thomas  ^,  de  Cortaïllodz, 
et  avec  sa  femme  jusques  à  leur  trespas.  Et  nous,  ignorans  qui 
fust  [1.  que  ce  fût]  de  peste,  avons  estes  chargés  l'avoir  bien  sceii  : 

^  C'est-à-dire,  en  môme  temps. 
^  Ennuyer. 

*  Nous  n'avons  pas  de  renseignements  sur  ce  qui  s'était  passé  à  Thonon. 
^  Thomas  Barharin,  pasteur  à  Boudri,  et  Eynard  Pichon  ? 

*  Thomas  de  la  Planche  ou  Thomas  Cimier  ? 


lo42      JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRl,  A  THONON.       199 

dont  ne  dehvions  'permectre  que  les  bonnes  gentz  Hz  entrassent. 
Despuis  sont  mortz  six  ou  sept  personnes  au  dict  villaige  de 
peste,  et  encoure  de  présent  aulcungs  la  portent.  Le  Seigneur  en 
disposera  pour  sa  sapience  et  bonne  volunté.  Dcsjà  le  i)euple 
commence  à  estre  persuadé  de  nostre  innocence,  et  désirent 
les  dicts  de  Cortaïllodz  estre  pourveu  de  ministre.  Si  le  frère 
Énard  '  arrivoit  de  son  pays  par  delà,  vous  prie  bien  que  solicitez 
de  s'en  venir  au  plus  court  j)ar  deçà.  Car  nous  craingnons  que 
ceulx  qui  debvroient  cercher  pourvéance  à  l'église,  ne  nous  don- 
nent tout  l'empcscliement  qui  pourront,  i)our  rompre  tout  ordre 
d'église,  et  cela  par  belle  practique  de  ceulx  que  bien  congnoissez  **. 
Le paovre peuple  du  tout  se  fie  bien  à  nous  pour  les  pourveoir  de 
fidelle  serviteur  de  Dieu  ;  mais  vous  sçavés  comme  facillement, 
par  belles  promesses  ou  menasses,  il  se  laisse  courrompre.  Par  voz 
bonnes  prières  et  conseil  vous  prions  nous  y  as[sjister.  Je  pjcirlay 
dernièrement  à  lions"  ^  de  vostre  tmmdte,  auquel  lys  vous  recom- 
mandations, que  luy  furent  aggréables  ;  yl  ne  fut  pas  trop  esha- 
liysde  vostre  assaulx,  congnoissant  bien  cexoeupile,  que  si  aulcu- 
nement  a  changé  de  peau,  non  pas  de  nature.  Mais  puis  que  tous 
noz  cheveulx  sont  nombres,  desquelx  n'en  tombera  pas  ung  sans 
la  bonne  volunté  de  nostre  i)ère,  nous  fault  en  confiance,  vertu 
et  vérité,  poursuyvre  nostre  ministère. 

Nostre  frère  Jaque  de  Morge'^^  a  esté  grandement  blasmé  à 
Sertie,  qui  refusoit  visiter  les pestiféreux,  ou  de  crainte  de  soy, 
ou  pour  rapi)ét{t  d'auleungs  délicatz,  dont  l'on  na  esté"  marrys 

^  Eynard  Pichon  était  allé  visiter  sa  mère  dans  le  Dauphiné.     ■ 
®  Allusion  à  Georges  de  Bive,  gouverneur  du  Comté  (A  comparer  avec 
le  t.  ^11,  1).  329,  lig.  2-4). 

®  J.-J.  de  Watterille,  avoyer  de  Berne  et  seigneur  de  Colombier.  Ayant, 
dans  sa  première  jeunesse,  servi  Charles  m,  il  devait  savoir  que  les  Clia- 
blaisiens  avaient  la  réputation  d'être  difficultueux  et  processifs.  M.  Victor 
de  St.-Genis  (Hist.  de  la  Savoie.  Chambéry,  1868-69,  3  vol.)  raconte  qu'un 
de  leurs  princes  disait  d'eux  :  «  S'il  pleuvait  des  ducats,  ils  se  plaindraient 
de  ce  que  le  bon  Dieu  casse  leurs  tuiles.  » 

^°  Jacques  le  Coq,  dont  Calvin  ré])rouva  énergiquement  la  conduite 
(N"  1187,  renv.  de  n.  4-6). 

^'  Il  aurait  dû  écrire  :  ce  dont  l'on  a  esté  marri,  etc. 

^^  Le  2  octobre,  il  s'était  retiré  au  village  de  Montigny  (N"  1164,  fin 
des  n.  22-23).  Bucer  souhaitait  vivement,  le  11  octobre  (N"  1166,  renv.  dr 
n.  4,  6,  10),  que  Farel  pût  de  nouveau  prêcher  dans  la  ville.  Celui-ci  ne 
le  désirait  pas  moins  ;  mais  le  résumé  de  ses  lettres  du  22  et  du  23  octobre 


200  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRI,  A  THONON.  1542 

contre  liiy,  et  entendent  les  dicts  seigneurs  que  les  ministres  ne 
s'espargnent  nullement  de  visiter  les  pestiféreux,  que  d'aultant 
que  les  maladies  sont  plus  mortelles,  plus  est  requis  que  les 
ministres  exercent  là  leurs  office  à  les  consoler,  et  en  crie  ou  tem- 
peste  qui  vouldra,  évitant  toutesfoys  confusion  et  désordre,  et  le 
scandalle  des  infirmes  :  plusieurs  aultres  propos  de  ceste  matière 
tenuz  avec  mon  dict  seigneur,  que  pour  le  présent  ne  vous  res- 
crips. 

Quant  à  aultres  nouvelles  de  par  deçà,  nous  avons  entendu 
que  M"  Guillaume  est  rentré  dedans  la  ville  de  Metz^-,  et  ne  fut 
qu'il  a  batizé  ung  enfant,  où  tous  ceulx  desirans  la  Parolle  en  la 
ville  s'estoient  subsignez  de  ne  rien  innover  pour  le  présent,  fors 
que  de  ouyr  la  prédication,  yl  eust  beaucop  plus  faict  de  fruict  ; 
mais  ce  baptesme  a  causé  marveilleux  tumulte,  et  grand  blasme 
aux  subsignez,  d'avoir  faulcez  promesse'-'.  Dieu  y  veuille  asister 
par  sa  miséricorde,  ce  que  nous  espérons  qui  fera  en  briefz,  et 
usera  des  moyens  qui  congnoit  estre  à  cela  propre.  Nous  avons 
estes  advertys  que  les  seigneurs  protestans,  tant  princes  que 
toutes  Zes  Riches  villes^'',  font  très  bon  debvoir  pour  leur  asister '\ 
Les  dicts  subsignés  de  Metz  ont  dernièrement  envoyer  querre 
M*"  Pierre  Toussainct  pour  se  riterer  [1.  retirer]  devers  eux, 
qu'est  ung  très  bon  signe  que  Dieu  veult  faire  miséricorde  à  celle 
])aovre  Cité;  mais  le  dict  M''  Pierre  n'a  peu  avoir  son  congé  du 
Prince  de  Montbïlliard^^ .  Nous  envoyons  ceste  sepmaine  pré- 
prouve qu'à  cette  date  il  n'avait  pas  encore  réussi  à  rentrer  à  Metz.  En 
tout  cas,  la  nouvelle  donnée  ici  par  Fathon  concerne  un  fait  qui  avait  dû 
être  annoncé  aux  Neuchâtelois  vers  le  milieu  de  novembre  au  plus  tard. 

Selon  Meurisse,  p.  56,  «  Farel  demeura  à  Montigny  jusques  au  mois 
de  Décembre.  »  Et  il  ajoute  que  »  ses  supposts  »  continuant  de  l'aller 
ouïr,  et  de  trouver  «  les  portes  fermées  »  à  leur  retour  dans  la  Ville,  «  ce 
Prophète  fut  contraint  enfin,  pour  mesnager  le  repos  de  ses  sectateurs,  de 
desnicher  de  là  et  d'aller  porter  ses  révélations  plus  loing,  »  c'est-à-dire,  à 
Gorze,  où  Meurisse  assure  (p.  66)  qu'il  se  trouvait  le  jour  de  Noël  1542. 
D'après  Fathon,  au  contraire,  Farel  rentra  à  Metz  vers  le  15  novembre, 
et  il  y  demeura  jusqu'au  milieu  de  janvier  1543  (N°  1199,  n.  8). 

"  Cette  «  i)romesse  »  avait-elle  été  «  signée  »  dans  les  premiers  jours 
d'octobre,  lorsque  ceux  des  Évangéliques  cités  devant  le  Conseil  de  Metz 
prêtèrent  «  le  serment  »  dont  parle  Meurisse  (Voy,  N°  1165,  n.  2)? 

"  Les  villes  impériales,  dont  le  nom  allemand,  Reichsstâdte,  est  à  demi 
francisé. 

'*  Voyez  leur  lettre  du  7  novembre  au  duc  de  Lorraine  (N°  1176). 


lolâ  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FARRI,  A  THONON.  201 

sente'^  ung  frère  devers  M*"  Guillaione,  \)0\\y  luy  faire  compaignic, 
ce  pendent  que  le  sire  Clande^^  viendra  faire  ung  tour  par  deç^à^ 
qui  est  très  neccessaire.  Le  dict  frère^passera  par  Berne,  et  s'en 
ira  i)ai'  Strausburg,  pour  aller  plus  seurement  et  pour  trouver 
quelque  compaignie.  Si  avyés  quelques  choses  à  rescripre  au  dict 
nostre  frère  M*  Guillaume,  et  avyés  moyen  bien  tost  faire  tenir 
voz  lettres  à  Symou  Soltzer^^,  vous  y  regarderas  en  déligence. 

Nostre  frère  M^  Mechiel  Dodtatus  ^^  a  son  congé  de  Moidhil- 
liard,  et  c'est  desja  retiré  avec  son  ménaige  aux  Verrières^^  :  de 
quoy  sûmes  grandement  fascliés,  non  de  sa  personne,  mais  de  son 
afliction,  car  nous  le  tenons  pour  ung  fidèle  serviteur  de  Dieu. 
Et  ung  aidtre,  qui  s'en  est  retiré  icy  sans  congé^^.  Nous  avons 
envoyez  Gasimr,  le  frère  de  F««I^rai;ers  ^^jusques  au  dict  Mont- 
hiUiard,  pour  entendi'e  toutes  choses,  car  nous  n'avons  délibérés 
les  permettre  prescher  en  noz  églises  de  par  deçà,  que  ne  sçai- 
chions  les  causes  pour  quoy  ilz  ont  laissez  les  leurs  ^\  Satan  s'es- 
force  par  tout  tant  qui  peult  d'empescher  l'œuvre  du  Seigncui*, 
et  souventfoys  par  noz  oultrecuidances,  d'aultres  foys  par  négli- 
geances,  luy  donnons  bien  matière  d'avancer  son  règne. 

Au  surplus,  voz  parentz  se  portent  bien.  André  c'est  retiré  à 
Boide^'^  et  n'est  plus  avec  M"  Thomas^^,  à  cause  que  les  femmes 

^®  Lettre  de  Toussain  du  20  novembre. 

^^  Fathon  écrivait  cela  le  mardi  28  novembre. 

^*  Claude  Farel,  qui  s'était  rendu  à  Melz  en  même  temps  que  son  frère 
Guillaume. 

^^  Sultzer,  pasteur  à  Berne. 

^°  Spécimen  du  peu  d'importance  qu'on  attachait  à  l'orthographe  des 
noms  propres.  Il  s'agit  ici  de  Michel  Doht,  en  latin  Duhitatus,  ex-pasteur 
d'Exincourt  et  d'Audincourt  (VI,  204,  n.  1;  212,  n.  4.  —  N"  1131, 
n.  10-11). 

^^  Village  situé  à  l'extrémité  sud-ouest  du  Val  de  Travers,  et  non  loin 
de  la  frontière  franc-comtoise. 

*^  Jean  Courtois  (Cortcsius)  mentionné  plus  d'une  fois  dans  les  lettres 
subséquentes. 

**  Gaspard  Carmel,  pasteur  à  Motiers,  dans  le  Val  de  Travers. 

^*  A  comparer  avec  le  t.  ^^I,  p.  461,  note  5. 

25-26  j^qIç^  village  situé  près  de  l'entrée  orientale  du  Val  de  Travers.  An- 
dré ***,  qui  avait  épousé  la  sœur  de  la  femme  de  Fabri,  était  sans  doute  pa- 
rent par  alliance  de  Thomas  Barbarin.  Celui-ci,  pasteur  à  Boudri,  avait 
d'abord  habité  Bôle,  à  l'exemple  de  Christoplie  Fabri,  son  prédécesseur 
(X"  1110,  n.  11),  mais  il  parait  qu'il  avait  depuis  peu  changé  de  domicile. 


202  THOMAS  MALINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENÈVE.  1542 

ne  se  pouvoient  accorder,  et  s'en  est  aller  en  bonne  paix  et  accord 
de  toutes  parties.  Au  plus  court  vous  envoyera  le  mouUe  qui 
vous  a  promis,  et  vous  saluent  tous  grandement,  aussi  tous  ceulx 
de  Boidle,  nommément  Pierre  Pectavel  et  tout  son  mesnaige, 
M*  Thomas,  sa  femme.  Mon  cousin,  sa  femme  et  la  mienne  vous 
saluent  très  affectueusement,  sans  point  oblier  nostre  très  cliière 
seur  vostre  femme  avec  Daniel -\  Saluez  en  noz  noms  tous  les 
frères.  Tous  les  frères  vous  saluent.  De  Columbier,  ce  28  de 
novembre  1542. 

Vostre  entier  frère  Jehan  Fathon. 

(Siiscription  :  )  A  Maistre  Christofle  Libertet,  ministre  du  S. 
Évangile  en  l'église  de  Thonon,  mon  très  chier  et  singulier  amy. 


1484 

THOMAS  MALINGRE  ^  à  Clément  Marot,  à  Genève. 
D'Yverdon,  2  décembre  1542. 

Imprimée.  Basle,  1546  ^  Réimpression  de  Harlem,  1868. 

(Extraits) 

M.  Malingre  eu  Jésus-Christ  salue 
Clément  Marot,  Poète  de  value, 
Esleu  de  Dieu,  afin  que  soit  rymé 
Tout  son  Psaultier,  par  Poète  estimé. 

^■^  Voyez,  sur  Daniel,  le  N"  1124,  note  15. 

^  Voyez,  sur  Thomas  Malingre,  pasteur  à  Yverdon  depuis  le  mois  de 
février  1536,  notre  t.  IV,  p.  46,  90,  92,  et  les  Indices  des  t.  V,  VI,  Vil. 
Selon  A.  Crottet  (Hist.  de  la  ville  d'Yverdon,  p.  277,  278),  son  père,  noble 
Jean  Malingre,  était  seigneur  de  Mornellyer  en  Normandie.  M.  Théophile 
Dufour  (Notice  bibliogr.  p.  49)  a  corrigé  cette  erreur.  Il  s'agit  de  Morvil- 
lers-Saint-Saturnin,  village  du  département  de  la  Somme,  situé  à  une  ou 
deux  lieues  d'Aumale,  sur  les  limites  de  la  Picardie  et  de  la  Normandie. 

Les  collections  publiques  des  lettres  des  Réformateurs  ne  renferment 
aucun  manuscrit  de  Th.  3Iali.ngre,  et  la  pièce  dont  nous  reproduisons  des 
extraits  a  été  réimprimée  à  quatre-vingt-dix  exemplaires  seulement.  Voyez, 
sur  ses  autres  ouvrages,  0.  Douen,  o.  c.  I,  392.  —  Th.  Dufour,  o.  c,  p.  48- 
52,  108,  110-114.  —  Philippe  Godet.  Hist.  litt.  de  la  Suisse  française. 
Neuchâtel,  Paris,  1890,  p.  63-70. 


1342  THOMAS  MALINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENEVE.  203 

Long  temps  y  a,  Poète  de  hault  pris, 
Qu'amour  m'avoit  de  te  rescrire  espris, 
Et  embrazé  le  cœur  d'ardant  soucy, 
Pour  te  mander  des  nouvelles/d'ioy. 

Mais  ce  villain  Dangier,  comblé  do  rage, 
D'icy  en  France  empeschoit  le  passage. 
Et  ne  laissoit  passer,  ne  rapasser 
Nul  de  noz  gens,  qu'il  ne  fît  trespasser. 
Ou  qu'il  ne  mist  en  péril  de  leur  vie. 

Or  maintenant,  puis  que  malgré  envie, 
Dieu  a  chassé  Dangier  de  sa  caverne. 
Par  le  moyen  des  haultz  Princes  de  Berne, 
Princes  puissans  et  Princes  chrestiens, 
Nous  te  pourrons  aller  veoir  et  les  tiens. 

Lors  saurons-nous  nouvelles  de  ta  Muse, 
Et  pourquoy  c'est  qu'à  Genève  t'amuse  : 
Aussi  pourquoy  icy  es  revenu, 
Veu  qu'au  pays  n'avois  nul  revenu. 


Dy  donc.  Poète  éloquent  et  disert, 
Pourquoy  tu  viens  en  ce  pauvre  désert? 
Désert,  je  dy  selon  droicte  raison, 
Si  à  la  France  on  fait  comparaison. 

Tu  ne  viens  pas  pour  y  vivre  en  délices. 
Mais  pour  mourir  journellement  aux  vices: 
Car  qui  vouldroit  en  plaisirs  mondains  vivre, 
Devroit  la  Court  plus  que  Savoy e^  suyvre  : 
Dont  clairement  à  tous  aftermer  j'ose. 
Que  tu  viens  cy  pour  plus  bien  grande  chose: 

Nous  supposons  qu'en  substituant  à  son  prénom  ordinaire,  l'initiale  de 
Matthieu,  l'auteur  de  la  présente  Éjjître  a  voulu  rapj)eler  qu'il  avait  signé 
d'autres  pièces  sous  la  forme  Maithœus  Grametinus,  anagramme  de  son 
vrai  nom  (III,  257,  289,  290,  423). 

On  retrouve  la  plupart  des  lettres  de  cet  anagramme  dans  la  devise  de 
^lalingre  :  «  Malos  vitate  gressus.  »  (Communication  obligeante  de  M.  Ch. 
du  Mont). 

*  M.  Adolphe  Gaiffe  possède  l'unique  exemplaire  connu  de  l'édition  de 
1546.  Voici  le  titre  complet  :  <■  L'Epistre  de  M.  Malingre,  enuoyee  a  Clé- 
ment Marot  :  en  laquelle  est  demandée  la  cause  de  son  département  de 
France.  Auec  La  responce  dudit  ]\Iarot.  Icy  trouuerez  vue  louenge  de 
France  et  des  Bernoys,  auec  vn  noble  rolle  d'aucuns  Francoys  habitans  en 
Sauoye,  et  deux  Epitaphes  de  Clément  Marot. 

Nouuellement  imprimé  a  Basle,  par  laq.  Estauge,  ce  20.  d'Octobre,  1546.  » 

'  Nous  avons  déjà  dit  qu'on  appelait  jjrey.v  de  Savoie  toute  la  Suisse 
romande. 


204  THOMAS  MAXINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENÈVE.  1342 

C'est  assavoir  pour  délaisser  erreur, 
Et  pour  aymer  et  servir  Dieu  de  cœur, 
Et  ton  prochain,  par  charité  non  fainte. 
Comme  il  requiert  et  veult  en  sa  loy  sainte. 

Tant  seulement  il  reste  que  tu  face 
L'œuvre  de  Dieu  comme  devant  sa  face, 
En  te  gardant  de  cacher  le  talent. 
Ainsi  que  fit  le  servant  non  chalant. 


Despèche-toy,  ô  Poète  royal. 
De  besongner  comme  servant  loyal. 
Et  d'achever  le  Psaultier  Davidique, 
L'œuvre  sera  chef-d'œuvre  poétique: 
Parfais-le  donc,  ainsi  que  l'attendons. 

Car  au  Psaultier,  à  Dieu  nous  demandons 
De  noz  péchez  avoir  pleine  indulgence, 
Et  racontons  de  Dieu  la  grand  clémence, 
Ou  de  ses  biens  luy  rendons  grâces  aimes  : 
Et  tout  cela  est  contenu  aux  Psalmes. 

En  les  chantant,  nous  nous  esmerveillons 
Des  faitz  de  Dieu  :  et  aussi  réveillons 
L'affection,  par  dévotion  sainte. 
Que  par  avant  en  nous  estoit  estainte. 

Telle  chanson  aussi  nous  reconforte, 
Et  nous  soustient  les  cœurs  par  la  foy  forte, 
En  attendant  que  Dieu  nous  aidera. 
Par  Jésus-Christ,  qui  pour  nous  plaidera. 

Fais-nous  ouyr,  Marot,  ta  douce  lire 
Parmy  ces  mon[t]s,  Charité  le  commande  : 
Les  lieux  secretz  Calliope  demande. 

Souvienne-toy  en  ton  affection. 
Que  tu  n'es  pas  sans  consolation. 
Si  ta  foy  est  de  ferme  espoir  tissue  : 
Car  en  ces  maulx  Dieu  donne  bonne  issue. 
Et  ne  laissa  les  siens  oncques  tenter 
De  plus  de  maulx  qui  ne  peuvent  porter. 

Si  maintenant  nous  sommes  affligez 
Un  peu  de  tem])s  par  tormens  infligez, 
(Comme  l'a  dit  saint  Pierre  en  un  mot  tel) 
Nous  attendons  l'héritage  immortel. 

Prends  donc  en  gré,  et  ne  sois  esperdu, 
Qui  avec  soy  a  Dieu,  n'a  rien  perdu. 
Mieulx  vault  un  peu  d'avoir  avec  Justice, 
Qu'un  revenu  bien  grand  en  Injustice. 
Et  si  en  France  avois  lieux  spacieux, 
Où  que  tu  sois  ton  âme  aura  les  cieux. 


1542  THOMAS  MALINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENÈVE.  205 

Avec  Jésus  :  si  comme  luy  endure. 

Patiamment  seufFre  adversité  dure, 
Car  Dieu  ne  t'a  destitué  d'amis 
En  ces  désertz,  qui  jà  t'avoit  transmis 
Tes  précurseurs,  Noble  Laurens  3Ieigret^, 
Qui  ne  prend  pas  son  exil  à  regret. 
Mais  est  tousjours  et  sera  Magnifique. 

Tu  as  Robert,  homme  scientifique, 
Noble  et  puissant  seigneur  de  Frenneville 
Et  de  la  Chaulr,  docte  en  la  Loy  civile, 
Qui  pour  Jésus  a  France  abandonné, 
Et  de  ses  biens  aux  pauvres  gens  donné. 

Tu  as  aussi  le  bon  docteur  Moratul, 
Qui  est  pour  Christ  de  jour  en  jour  mourant. 
Homme  accomply  en  la  Théologie, 
En  médecine  et  en  Astrologie, 
Et  plus  subtil  que  ces  Sophist[e]reaux, 
S'il  fault  parler  des  Sept  ars  libéraux. 
Ferme  et  constant  comme  le  fort  rocher. 
Et  l'homme  à  qui  on  ne  peult  reprocher 
Rien  en  sa  vie  ou  doctrine  admirable. 

Tu  as  Calvin,  prescheur  très  amiable. 
Consolateur  des  pauvres  consciences. 
Homme  qui  sait  de  toutes  les  sciences, 
Plus  cordial  que  buglosse  ou  endive. 
Et  qui  a  grâce  autant  qu'homme  qui  vive. 

Tu  as  Marcourt,  saige  prédicateur, 
D'honneur  divin  très  ferme  zélateur, 
Ministre  tel  que  saint  Paul  nous  descrit, 
Lequel  nous  a  plusieurs  livres  escrit. 

Tu  as  Bichard  du  Bois,  qui  sait  les  langues 
Entièrement,  dont  fait  belles  harengues, 
Soy  combattant  à  l'infernalle  lerne. 
Par  les  sermons  qu'il  fait  dedans  Payerne. 

A  Yvonant,  maistra  Pierre  Monder, 
Dès  ses  premiers  ans  nourry  au  mont  cler 
De  Parnasus,  avecque  les  neuf  Muses, 
Et  qui  a  veu  de  Neptunus  les  ruses. 

Dedans  Vivey^,  tu  as  Vincent  Pennant, 
■  Pour  l'Évangile  incessamment  peinnant. 

■*  Laurent  Meigret  et  plusieurs  des  personnages  nommés  ci-ai)rès 
figurent  déjà  dans  le  texte  ou  dans  les  notes  des  volumes  précédents  de  la 
Correspondance. 

'  Il  y  a  ici  une  faute  d'impression  dans  le  texte  original  :  Vincy,  au 
lieu  de  Viuey  (Vevey).  Voyez  notre  t.  VI,  p.  396,  et  le  t.  IV,  j).  287,  452. 


206  THOMAS  MALINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENÈVE.  1S42 

A  Neufchastel  (puisqu'il  fault  que  je  parle) 
Est  Chapponeau,  la  précieuse  perle 
Que  Christ  donna  à  Bourges,  ville  exquise, 
Pour  décorer  par  tout  sa  bien  acquise. 

Tu  as  Matthieu^,  prédicant  de  Luttry, 
De  son  salut  songneux,  et  de  l'autruy. 

Tu  as  aussi  nostre  amy  Jehan  le  Conte, 
Qui  l'Evangile  à  toutes  gens  raconte, 
Et  luy  estant  prescheur  dedans  Gransoii, 
De  ses  sermons  en  France  on  ouist  le  son  ''. 

Tu  as  Baîhus,  qui  n'est  bègue  à  parler, 
Ny  paresseux,  quand  pour  Christ  fouit  aller. 

A  Couldrefin,  as  nolile  Gabriel^, 
Plus  gracieux  et  plus  doux  que  miel. 
En  sa  doctrine  et  sa  vie  homme  ouvert  : 
Et  à  3£anstiers,  maistre  Estienne  le  Vert. 

Tu  as  Moiichy^,  de  la  noble  maison 
De  Senarpont,  fidelle  en  la  moisson 
De  Jésus-Christ.  Tu  as  de  la  3ïarlière^°, 
De  bon  conseil  et  de  doctrine  entière. 

®  Matthieu  de  la  Croix,  en  latin  Crudatus  (TV,  93). 

^  Une  collection  de  ses  Sermons  fut  peu  favorablement  accueillie  des 
magistrats  de  Genève.  On  lit,  en  effet,  dans  le  Registre  du  Conseil,  au 
17  octobre  15-12  :  <■  Le  prédicant  de  Gransson  a  prier  de  permestre  à 
Jehan  Michel  d'imprimer  ung  livre  nommé  Les  52  dymenches.  Sur  quoy 
résoluz,  pource  qu'il  n'est  pas  de  grande  édiffication,  que  le  dit  livre  luy 
soyt  restitué.  »  Voyez  Th.  Dufour,  o.  c,  p.  89. 

Pour  distinguer  son  ouvrage  de  celui  de  Jae.  Faher  Stapulensis  qui 
porte  un  titre  analogue,  Jean  Le  Comte  de  la  Croix  avait  intitulé  le  sien 
comme  il  suit  :  «  Les  Démégories,  du  Comte  d'Estaples,  sur  tous  les  Di- 
manches de  l'an,  les  Sacremens,  le  Mariage  et  les  Trépassés.  »  Ce  livre  (dit 
Ruchat,  in,  134;  1"  édition,  IV,  228)  était  «  fort  étendu  et  écrit  de  sa 
main.  »  Plus  tard,  il  le  dédia  à  MM.  de  Fribourg  et  de  Berne  par  une 
longue  épître  datée  du  31  juillet  1549. 

^  Gabriel  de  Senarpont  (VI,  211).  La  seigneurie  de  Senarpont,  située  à 
12  1.  à  l'O.  d'Amiens,  a  donné  son  nom  à  une  branche  de  l'ancienne 
famille  de  Monchy  (Voy.  Moréry,  art.  Monchy). 

^  En  latin  Monchius.  Deux  membres  de  cette  famille  ont  été  pasteurs 
dans  le  Pays  de  Vaud  :  Michel  de  Monchy,  à  la  fin  du  seizième  siècle,  et 
Abram  au  dix-septième. 

•°  Maître  Antoine  de  la  Marlière,  de  Noyon,  à  qui  fut  accordée,  «  le 
lundy  4.  de  May,  l'an  1534,  »  la  chapelle  de  la  Gésine,  que  Maître  Jean 
Caldn  venait  de  résigner  (Voyez  Jacques  Le  Vasseur.  Annales  de  l'église 
cathédrale  de  Noyon.  Paris,  1633,  p.  1161.  —  Jacques  Desmay.  Remarques 
sur  la  vie  et  les  mœurs  de  J.  Calvin.  Rouen,  1686,  p.  48.  —  Charles  Dre- 
lincourt.  La  Défense  de  Calvin.  Genève,  1667,  p.  171.  —  Abel  Lefranc.  La 


1342  THOMAS  MALINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENÈVE.  207 

Puis  Clérembault  Arnoul,  natif  de  Biais, 
Dont  les  parens  do  long  temps  bien  congnois, 
Qui  a  laissé  ses  biens  et  ses  amys 
Pour  l'Évangile,  où  son  cœur  ^ivoit  mis. 

Et  maistre  JeJuin  Ménard^^,  enfant  de  Tours, 
Qui  pour  Jésus  a  souffert  main[t]s  destours. 

Tu  as  aussi  maistre  Claude  Véron  '^, 
Lequel  pour  Christ  se  bat  contre  Achéron. 

î'aut-il  laisser  Estienne  la  Fontaine", 
D'honnesteté  et  de  doulceur  fontaine? 
Certes  nenny.  Henry^*,  ne  Champereau, 
Ne  ton  amy  singulier  Trépereau  **, 
Qui  ont  souffert  pour  l'Évangile  encombre. 

Tant  en  y  a,  que  je  ne  say  le  nombre, 
Avec  lesquelz  te  pourras  consoler, 
Et  de  la  loy  de  Christ  paistre  et  sauler. 

Tu  n'es  pas  donc  de  soulas  desvestu. 
Quand  avec  toy  as  gens  grands  en  vertu, 

jeunesse  de  Calvin.  Paris,  1888,  p.  201).  Drelincourt  ajoute,  p.  172  :  «  An- 
toine de  la  3Iarlicre  est  l'un  de  cens  qui  suivit  Calvin  à  Genève.  » 

^*  En  1543,  Jean  Ménard  habitait  Lausanne  et  recevait  une  pension 
du  gouvernement  bernois.  Il  avait  publié  l'opuscule  intitulé  :  <■  Epistre 
Chrestienne,  aux  Frères  Mineurs,  de  lordre  de  S.  Françoys.  En  laquelle  est 
briefuement...  exposée  la  règle  des  dictz  frères,  par  quelcun  iadis  de  leur 
estât  :  maintenant  de  lesuchrist.  (Genève,  Jean  Michel)  1540,  »  petit  in-8"', 
caract.  goth.  —  La  seconde  édition,  mêmes  caractères  et  même  format, 
porte  un  prologue  daté  du  15  juin  1542  (Voy.  Th.  Dufour,  o.  c,  p.  176, 
177). 

On  est  surpris  de  ce  que  Malingre  ne  mentionne  pas  son  confrère  en 
poésie,  Eustorg  de  Beaulieu,  qui  lui  dédia  quelques  vers  latins  (VI,  286- 
289). 

'^  Claude  Véron,  natif  (croyons-nous)  des  environs  de  Sens,  fut  plus 
tard  pasteur  dans  le  bailliage  de  Ternier. 

'*  Un  Estienne  de  la  Fontaine,  pensionnaire  de  MM.  de  Berne,  à  Lau- 
sanne (1544-1545),  paraît  avoir  exercé  des  fonctions  ecclésiastiques  dans 
le  Pays  de  Vaud.  On  n'a  pas  d'indices  suffisants  pour  l'identifier  avec  le 
frère  à^ Antoine  de  la  Fontaine  (\'T[,  4-7),  ou  avec  Estienne  de  BruVeres 
dit  la  Fontaine,  avocat,  qui  évangélisait  en  1559  la  petite  église  de  Gien, 
près  d'Orléans  (Bèze,  o.  c.  I,  163,  164).  —  La  signature  latine  de  celui-ci 
était  :  S.\t:ephanus'\  Brulerius  Fontanus.  On  le  retrouve  pasteur  à  Russin, 
près  de  Genève,  de  1588  à  1597,  sous  le  nom  à'Estienne  Brulen  [1.  Bru- 
lère]  dit  de  la  Fontaine  (Voyez  J.-A.  Archinard.  Genève  ecclésiastique, 
1861,  p.  25). 

"  Henri  de  la  Mare  (N"  1149,  note  8). 

*^  Voyez,  sur  Amé  ou  Ednie  Chatnjjereau,  l'Index  du  t.  Vil,  et,  sur 
Louis  Treppereau,  les  pp.  79,  n.  5;  83,  84;  p.  106,  renv.  de  n.  11. 


208  THOMAS  MALINGRE  A  CLÉMENT  MAROT,  A  GENÈVE.  1542 

Qui  comme  toy  pour  Jésus-Christ  endurent, 
Et  qui  iionneurs  et  biens  en  la  France  eurent, 
Desquelz  l'exemple  orendroit  **  t'est  offert, 
En  tant  qu'ilz  ont  pour  vérité  souffert. 

Or  maintenant  prens  consolation 
Avecques  nous  en  ceste  aifliction, 
Et  bien  te  garde  à  France  avoir  regret, 
Car  s'il  y  a  du  bien,  il  est  aigret, 
Fort^'  à  garder,  et  plein  de  grand  constance. 

En  la  Court  n'est  aussi  nulle  constance. 
Mais  flatterie,  envie  et  trahison. 
D'y  retourner  donc  n'auras  achoison  ^^ 
Ains  rendras  grâce  à  Dieu,  qu'en  es  sorty. 
Et  que  d'un  tel  pays  t'a  assorty, 
Où  tu  pourras  finer  ta  pouvre  vie 
En  Jésus-Christ,  où  est  joye  assovye, 
Que  Dieu  nous  a  donné  pour  tout  guerdon'^  : 
Auquel  sois-tu  ^°.  Escrit  à  Yverdon, 
L'an  mil  cinq  cens  avec  quarante  et  deux, 
Le  second  jour  de  Décembre  froideux^^ 

^^  Orendroit  signifie  maintenant. 

*^  Difficile  à  garder. 

^^  Occasion,  opportunité. 

1^  Loyer,  récompense. 

2"  On  s'abordait,  on  se  quittait  en  disant  :  A  Dieu  soyez  !  Cette  locution 
est  encore  usitée  dans  certains  pays  protestants. 

^^  On  trouve  à  la  fin  de  l'Épistre  les  deux  pièces  suivantes  : 

CLÉMENT    MAEOT 

à  M.   Malingre. 
L'Épistre  et  l'Épigramme 
M'ont  pieu  en  les  lisant. 
Et  sont  pleins  de  la  flamme 
D'Apollo  clair  luysant. 

De  responce  vous  faire 
Fault  que  vous  me  quittés. 
Pour  celuy  mesme  affaire 
Dont  me  sollicités. 

De  Genève,  le  6. 

de  Janvier,  1543. 

DIZAIN  DE  CL.  MAROT, 

envoyé  au  dit  Malingre,  demeurant  à  Yverdon. 
Je  ne  suis  pas  tout  seul  qui  s'esmerveille 
De  ton  savoir,  bonté,  croix  et  constance, 
Et  des  Sermons  où  grandement  traveille  : 
Mais  aussi  font  les  plus  sages  de  France. 


1542  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  209 


1185  ' 

SIMON  SULTZER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  5  décembre  1542. 

Autographe.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  112.  Calv. 

0pp.  XI,  469. 

S.  Sei'iùs  postremis  illis  tiiis  respondeo,  tum  quôd  interea  vix 
nnqnam  firma  iiiihi  valetudo  fuerit,  qute  dypvKvicf.  partim,  par- 
tim  i)itiiit*  destillationibus  sic  jam  diu  perturbatiir,  ut  omnibus 
l'erè  functionibus  inidoneus  reddar.  Sic  exercet  probatquc  me 
Dominus  non  uno  afflictionis  génère.  Eum  precor  ut  parcat  et 
gratiam  largiatur,  qui  solus  novit  liœc  amara  uberiore  consola- 
tionis  suœ  dulcedine  temperare.  Quod  potissimum  in  actione  nos- 
tra  desideras,  contra  èn^y.y(,iybv  '  nostram  Synodi  yosinlationem, 
agnosco  animum  senteutiamque  tnam,  qua  meritissimo  ecclesias- 
ticas  coïitroversias  ad  legitimum  etiam  tribunal  vocaii  velis, 
coranique  synodis  decidi  de  causis  religionis,  ut  quarumjam  inde 
à  nascente  Ecdesia  semper  fuerit  sacrosancta  inter  credentes 
autoritas.  Atque  ea  tantùm  abest  ut  à  nobis  vel  spreta  vel  negleda 
sit,  ut  jam  inde  sub  tragœdias  liujus  inicium,  niliil  nobis  gravius 
acerbiusque  acciderit,  quàni  quôd  ceu  obforfo  collo  ad  disceptan- 
dum  coram  civili  tantiwi,  judice  ^  jyertraheremur.  Ubi  cum  nos 

Et  à  bou  droit,  c;ir  tu  es  rcx[c]elleuce 
Et  le  premier  des  Jacobins  de  Bloys, 
Qui  tous  estatz  à  Jésus  assemblois 
Par  tes  sermons  et  ta  vie  angélique  : 
En  quoy  faisant,  à  saint  Paul  res[s]eml)lois 
Cent  mille  fois  plus  qu'à  saint  Dominique. 

De  Genève,  ce  5. 
de  May,  1546  [1.  1543]. 
1-4  et  9  Érasme  Biffer. 

^  Nous  avons  vu  Calinn  et  la  Classe  de  Lausanne  se  plaindre  (N"  1156, 
renv.  de  n.  8-20;  1174,  renv.  de  n.  5-6)  de  ce  que  les  autorités  politiques 
de  Berne  prétendaient  décider,  à  elles  seules,  des  questions  de  doctrine, 
sans  demander  le  jiréavis  des  pasteurs. 

T.   VIII.  14 


210  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

primîim  ex  Scripturaî  aiitoritate,  ut  par  esset,  justo  vel  symmis- 
tariim  nostroriim  cœtu,  vel  extcroruin  et  Antistitum  ^  conventu 
responsuros  profiteremur,  ut  cleliberandi  saltem  cum  iis  facul- 
tatem  concedi  postulareraus,  adeô  non  obtinuimus,  ut  etiam  in 
suspicionem  pertracti  simus  pravfe  cujusdam  tergiversationis  et 
factiosae  propemodum  rationis  agendi  :  maxime  cum  ille  *  tam  se 
ad  explicandam  suam  mentem  coram  ipsis  promptum  i)aratumque 
ostenderet,  ipsosque  diacosios'"  ad  definiendum  constituendumque 
urgeret,  mirando  astu,  quse  ad  Disputationis  habita?  jam  pridem'^ 
incolumitatem  pertinerent,  ut  facile  jam  tum  perspiceremus  in- 
fructuosum  tum  de  provocatione  conatum  fore.  Itaque  et  capienda 
ea  consilia  erant  quae  sors,  ceu  in  arena  luctantibus,  offerebat, 
quae  sic  tamen  moderatus  est  choragus  hujus  fa])ul9e,  ut  si  non 
qualem  vellemus,  saltem  opinione  meliorem  catastrophen  ^  vide- 
rimus. 

In  ratione  docendi,  quod  moues,  studiosè  ohservamus,  ne  quid 
ex  pontificia  ahominatione  redolere  videatur,  eamque  ut  decet 
semper  etiam  detestamur.  Nequefornmlas,  sic  me  Christus  amet, 
;piarimi  aurium  offensivas,  aillas  unquam  induximus,  nisi  often- 
sivae  sunt  quibus  et  Scriptura  utitur,  sineque  quibus  ministerii 
ratio  et  nequit  cognosci  satis,  aut  nisi  tum  censendi  sumus  nescio 
quem  vel  papismum  vel  Lutherismum  inferre,  cum  primùm  [os- 
tendimus]  quid  in  Cœna  Christus  atque  Baptismo  prsestet,  donet, 
exhibeat  cum  symbolis,  perque  sacrum  ministerium  animadver- 
tendum  monemus,  ceu  totius  sacrse  actionis  basim,  quàni  ea 
deinde  quae  per  nos  fiunt  consequuntur,  etc.  Item  cum  de  voca- 
tione,  clavium  imt,  utriusque  potestatis  discrimine  disserimus  ^ 

*  Le  mot  Autistes  désigne  le  2^i"ésident  du  clergé  d'un  canton  ou  le  doyen 
d'un  district  ecclésiastique.  Sultzer  et  Pierre  Kuntz  auraient  voulu  pou- 
voir délibérer  avec  leurs  collègues,  ou  soumettre  leur  diiTérend  aux  doyens, 
soit  du  pays  de  Berne,  soit  des  autres  villes  réformées,  réunis  en  assemblée 
synodale.  Ils  ne  l'obtinrent  pas.  Les  mesures  i)récipitées  de  MM.  de  Berne, 
au  mois  d'août  (N"'  1147,  1148)  ne  permirent  pas  non  plus  aux  doyens 
des  Classes  romandes  de  se  concerter  avec  leurs  collègues. 

*  Le  Conseil  des  Deux-Cents  de  la  ville  de  Berne. 
®  La  dispute  de  religion  tenue  à  Berne  en  1528. 

^  Allusion  au  manifeste  du  15  août  (N"  1147).  A  comparer  avec  le 
N"  ll(i2,  tin  de  la  note  7.  '^ 

^  De  ces  trois  points  le  dernier  seulement  avait  été  l'objet  des  observa- 
tions de  la  Classe  de  Lausanne  (lettre  du  1"  novemb.  N"  1174,  n.  1).  Mais 


1542  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  21  1 

ils  Hunii-Miu  reUgioHÏs  capitib/is  qiue  tenere  iii  EcdcsUt  necessu- 
riwuest,  q^tœquej)lanèferripoterant,  etiuiii  à  quaiidibet  tetieris 
aurïbus,  nisijam  lyridem  noster  illej  plusquàm  tragicis  culani- 
niis  gravasset  conmiurmn  cmisam/^",  mtplevissetqiie  ecclesiam, 
suspicionïbus.  Utinam  verô  te  liaboiv  oniniiiiii  anteactariiiii  coii- 
cionuin  et  actionuni  i)ossemus  liabere  judicoiii  :  cernas  nos  indig- 
nissiniè  vel  ignoratae  disciplinée  vel  oftensionis  atfectatje  i)er  ora 
etiani  fratnim  tradnci.  Qiiid  ((uôd  eoruni  etiani  insinmlanuii*, 
qiue  ne  per  somniuni  (luideni  nn(iiiam  cogitavinius,  ut  putasym- 
boloruni  adservatione,  iniaginibusque,  im])udenti  et  liostibus 
etiam  nostris  cognitissima  vanitate.  In  ipsa  sanè  concertationis 
dy.ix.f,,  fateor  plusculùm  nonnunquani  affectibus  indultum  esse 
etiam  à  nobis,  maxime  Contzeno,  qui  natura  quum  sit  vehemen- 
tior,  etiam  atrocitate  rei  portentosaque  vafricie  ad  calumniam 
omnia  detorquendi  permotus,  modestiœ  limites  semet  esse  trans- 
gressum  fatetur.  Verùni  purgationom  nostvam  cognosces  exac- 
tiùs  ex  ea  responsione  quam  propediem  frafrlhus  nostris  Lan- 
sannensïbus  transmittemus"  ad  amicam  planeque  fraternam 
ipsorum  expostulationem^-.  Modo  citra  recentem  aliquem  tumul- 
tum  liceat  consistere.  Neque  enim  dubitamus  jani  i)ridem  para- 
tum  insidiosè  catlialogum,  minus  ex  Disputationis  seu  [1.  sedV] 
potiùs  adversarii  dictorum  sententia,  quô  mox  exagitenmr  denuô. 
Utinam  sim  vanus  augur. 

Serio  agit  noster  ille  sriis  concionïbus,  non  soJhin  ut  virtus 
nulla  trihuatur  symholis,  nisi  qualem  in  memorialibus  aut  reprse- 
sentatione  scenica  agnoscimus,  quantamque  humanae  rationis 
preliendunt  tenebrœ,  verùm  etiam  lU  magistratui  plenani  in  rei- 
puMicœ  atque  religionis  administrationejiirisdictionem  adstruat: 
ministerio  vero  ecdesiastico  niJiil  nisi  docendi  profitendiq^ue  potes- 
tatem  concédât.  Idque  tanta  blandiloquentia,  ut  non  possit  in  hoc 
quidem  tam  ambicioso  theatro  amplissimnm  et  assensiim  et  ad- 
plausum  [non]  consequi  :  ubi  nos  ex[s]il)iiat()s  ii-i  cei-tnm  est, 

il  paraît  que  les  ministres  de  la  ville  de  Berne,  dans  leurs  sermons,  trai- 
taient librement  de  la  voeation  des  ])asteurs,  de  l'usage  des  clefs  (c.  à  d.  de 
l'excommunication)  et  de  l'incnnipétenee  des  magistrats  dans  les  questions 
doctrinales. 

^"  Le  mot  communem  semble  annoncer  que  SuUser,  Kuntz  et  leurs 
adhérents,  à  Berne,  étaient  d'accord,  au  fond,  avec  Calvin. 

""''^  Ces  deux  pièces  n'ont  jias  été  conservées. 


212       LES  ÉVANGÉLIQUES  VÉiMTIENS  AUX  PASTEURS  DE  GENÈVE.     1342 

simul  ac  vel  tectim  etiam  occlesiae  Christi  œconomiam  et  sacro- 
sancti  ministerii  è^ovaiav  explicare  caeperimus.  Moderationo  igi- 
tur  singiilari  et  animis  etiam  opiis  est,  et  ciim  ])i'imis  doctore 
spiritu,  qui  sic  moderetur  regatqiie  ora  atque  consilia  nostra,  ut 
neque  verum  dissimuletur,  neque  publica  subvertatur  sedificatio 
ulla  nostra  incogitantia  aut  imi)ortunitate.  Quam  ad  rem  tu, 
quœso,  mi  frater,  nos  et  oratione  et  consiliis  2^^'o  more  juvare 
perge,  et  suavissimis  tuis  literis  me,  tantîim  non  et  corporis 
imbecillitate  et  hisce  tôt  molestissimarum  œrumnarum  tsediis 
fatiscentem,  semper  refice  et  recréa.  Valdè  gaudeo  cum  te  Phi- 
lippo^^  inter  amicos  etiam  primos  video  numerari.  Dominus 
Jésus  te  conservet  nobis  suœque  ecclesiag.  Bernse,  5.  decemb. 
Anno  42. 

T.  SULTZER. 

Salutant  te  amanter  Contz.[emis\,  Beai.\iis\,  Oryn.\œus\,  Tela- 
mo7i.\ius\. 

(Inscriptio  :)  Viro  doctissimo,  ])ientissimoque  D.  Joanni  Cal- 
vino,  Genevensis  ecclesiœ  Antistiti,  prœceptori  et  amico  synce- 
riss.  suo. 


1186 

LES  ÉVANGÉLIQUES  VÉNITIENS  aux  Pasteurs  de  Genève  ^ 
De  Venise,  6  décembre  1542. 

Manuscrit  original.  Bibl.  de  Gotha.  Calv.  0pp.  XI,  472. 

Gratia  Dei  vobis  et  pax  per  Jesum  Christum  Dominum  nos- 
trum  ! 
Non  ignoramus,  fratres,  quàni  toti  in  hoc  die  noctuque  incu- 

'*  Méîanchthon. 

*  Cette  lettre  fut  probablement  composée  par  Baïdassare  (ou  Balthasar) 
Altieri,  natif  d'Albona,  petite  ville  de  l'Istrie.  Il  était  devenu,  à  Venise, 
l'agent  des  princes  protestants  d'Allemagne,  après  avoir  rempli  les  fonc- 
tions de  secrétaire  de  l'ambassade  anglaise.  Ce  fut  lui  qui  signa  la  lettre 


1542     LES  ÉVANGÉLIQUES  VÉNlTIEiNS  AUX  PASTEURS  DE  GENÈVE.        213 

biieritis.  ut  nos  à  vc^toris  ignorantia'  soiinio  (>xdtaretis,  ac  pci* 
vos  Cliristi  rogiio  iiobis  patcfacto  Aiiticlii-istiis  qiiO(iiic  sic  diu 
ignotiis  tandem  prodin't  in  Inccni.  De  (|ua  i-c  cnni  Dco  et  pati-i 
immortales  gratias  sempor  ogorinids,  nunc  niultô  niagis.  (piia 
quotidieapud  nos  utriusque  cognitioincrebrescit  augetur(iu('  non 
mediocriter,  licet  diverso  reriim  eventii.  Nam  ejus  qui  nos  acqui- 
sivit  sanguine  suo,  snninia  fit  accessio  :  alterius  ver(\  ([ui  vult 
nos  perdere  inimanitato  sua.  multa  ubique  cernitur  diniinutio, 
ita  ut  sperare  possinius,  brevi  ea  nos  cajjtivitate,  qua  acerbis- 
simè  preminiur.  red('ni])tos  [1.  redemptunij  iri,  i)rîiesertim  quôd 
videmus  studiuni  vestrum  nol)is  in  ea  re  non  defuturuni,  ni- 
hilquc  prs'terniitti  à  vobis  in  quo  juvare  possitis  electos  Dei,  qui 
modo  pro  noniine  ejus  sic  crudeliter  affliguntur  ^  Audivimus 
enim  qnàni  arderiU  charifate  exceperitis  fratres  nostros  trans- 
fugas,  quant  etiam  mine  henignè  irudetis,  q/ià»!,  communem 
eorum  casum,  siciiti  est,  coni miser escendo  feceritis,  sentientes  id 
in  vobis  quod  et  in  Christo  Jesu,  qui  nostrî  commiseratione  ini- 
pulsus,  lignum  crucis  ascendit,  ut  perpetuô  viveremus,  —  quàm 
piè  eos  nunc  adhortemini,  erigatis,  consolemini,  ut  Ijono  sint 
animo,  promittentes  omnia  ha^c  sibi  fiei'i  ad  saluteni,  ita  ut  ii 
sic  à  vobis  animati  refectique  plus  voluptatis  accipiant  quàm 
mœroris  ex  jactura  rerum  sibi  charissimarum,  quas  propter 
Evangelium  omnino  fuerant  relicturi,  non  seciis  ac  si  ex  magna 
tempestate  ei-o{)ti,  in  aliquem  portum  sese  recepissent,  ubi  pra-- 
teritae  calamitatis  immemores  securè  ac  féliciter  vivant.  Sic 
enim  consuevit  Dominus  cum  suis  agere,  ut  priîis  corrigat  quos 
amat,  quassatos  restituât,  oppressos  erigat,  moribundos  suscitet 
ac  vivificet,  ut  discamus  per  lui^c,  sub  magna  paupertate  divi- 
tias,  sub  ingenti  miseria  summam  felicitatem,  sub  altis  doloribus 
lœtitiam  latere  vel  incredibilem,  niliilque  nobis  déesse  ubi  Deus 
aff'uerit  :  qui  cum  filium  suum  nobis  donarit,  annou   rdiqua 

que  les  Évangéliques  de  Vicence  et  de  Trévise  adressèrent  à  Luther,  le 
26  novembre  1542,  lettre  imprimée  dans  l'ouvrage  de  Seckendorf,  III,  401. 
Liiiher  leur  écrivit  en  1543  et  1544  (Ibidem,  III,  402,  403). 

-  Voyez,  sur  les  progrès  de  la  Kéforme  dans  le  territoire  de  Venise, 
Seckendorf,  III,  578.  —  Maccree,  o.  c,  p.  100-112.  —  Gerdesius.  Italia 
reformata.  —  Luthers  Briefe,  éd.  de  Wette,  HI,  289,  \,  564.  565,  695.  — 
Les  deux  lettres  de  Mélancbtbon  de  1539  et  1547  an  sénat  de  Venise.  Mel. 
Epp.  éd.  Bretscbneider,  III,  745,  VI,  761. 


214       LES  ÉVANGÉLIQUES  VÉNITIENS  ALX  PASTEURS  DE  GENÈVE.     lo42 

omiiia,  cœlum  et  terrain  etiam  cum  illo  rectè  dicitur  communi- 
casse,  potissimùm  cum  is  apud  patrem  serapiternus  pro  nobis 
interpellator  existât?  Tantum  abest  ut  vereamur,  ea  nobis  firmi- 
ter  concessa  vel  aliquando  defutura.  Tenemur  itaque  vobis  duplici 
jure,  cum  quia  jam  pridem  provocastis  nos  verbo  veritatis  ad 
salutem,  ut  evangelium  gloriae  Cliristi  reciperemus,  tum  etiam 
quôd  opère  complevistis  fidei  vestrae  sinceritatem  ac  dilectionem, 
ita  ut  facti  sitis  forma  quîedam  qua  scire  possimus,  non  tam 
quid  credendum.  quàm  quid  cum  caeteris  omnibus  posthac  sit 
nobis  agendum.  Pro  qua  re  agimus  Deo  gratias  sempiternas, 
quôd  dederit  nobis  homines  sic  eruditos  tamque  pios,  qui  po- 
tentes  sint  ac  semper  parati,  nedum  sana  doctrina  nos  instituere 
hortarique.  et  qui  illam  oppugnarint  facile  convincere,  sed  etiam 
charitatis  promptitudine  ac  summœ  benignitatisministerioliber- 
rimè  uti  erga  sanctos  Dei,  qui  contumeliam  patiuntur  propter 
Cliristum.  Id  quod  cum  vinculum  perfectionis  dicatur  esse,  eo 
quôd  homines  verè  jungat  eosdemque  perpetuô  tueatur  atque 
unanimes  servet.  non  est  mirum  vos  à  nobis  idcirco  tam  miriticè 
diligi.  unicè  observari  et  ardenter  amari,  tamque  vestrî  jam  nos 
studiosos  factos  esse,  Ita  Deus  faxit  ut  etiam  facto  id  testari  pos- 
simus, quàm  libentissimè  traderemus  animas  nostras  pro  vobis. 
At  vos,  quos  Dominus  posuit  ad  custodiam  super  gregem 
suum.  advigilate  intérim  et  arcete  lupos  qui  ubique  hîc  immi- 
nent, ne  sic  libéré  crassentur  [1.  grassentur]  ac  omnimo  dévorent 
oves  ejus,  simulque  expendite  quanto  adjumento  quantoque  usui 
futuri  estis,  si  volueritis,  quandoquidem  egregiè  cœpistis,  glorise 
Christi  propagande,  quam  apud  nos  ita  promotam  videmus,  ut 
omnino  spcrandum  sit,  ap])robante  Cliristo,  vobis  quoque,  qui 
nobiscum  socii  estis  ejusdemque  fœderis  consortes,  in  ea  re  ju- 
vantibus.  in  veterem  illam  libertatem  atque  dignitatem  vindica- 
tam  esse  ac  propè  restitutam.  Valete  in  Domino,  quem  pro  vobis 
rogate,  sicuti  pro  vobis  agimus  non  inviti.  Fratres,  tam  qui  à 
vobis  sunt  humaniter  recepti,  quàm  qui  istliic  piè  vivunt  in 
Christo,  eos  maxime  qui  laborant  in  \'erbo  et  doctrina,  nostrî 
omnium  nomine  etiam  atque  etiam  salutate.  Datte  Venetiis  vm. 
Idus  dccembris  m.  d.  xlh. 

UiMVERSI  FRATRES  ECCLESLE  VeNETIARUM, 

YiCENTiiE,  Tervish,  vobis  deditissimi. 


1542       JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.         215 

(Inscnjytio  :)  Sanctis  Doi  qui  sunt  occlosiae  Gebcnna}  membris 
ac  luinistris  Doniini.  fidclissimis  fratribus  nostris  coleiulis  in 
Christo  et  peramaiidis. 


1187 

JEANCALATN  à  PieiTe  Viret,  à  Lausanne. 
De  Genève  (vers  le  8  décembre  ^  1542). 

Copie  contemj)or.  Bibl.  Piibl.  de  Genève.  Vol.  n°  IIP.  Calvini 
Epistolae  et  Responsa,  1575,  p.  369,  Calv.  Op.  Brunsv.  XL  46G. 

Non  peto  ut  ignoseas  si  breviùs  et  perturbatiùs  tibi  scribani, 
quàm  res  postularet.  Habes  enim  nieam  excusationem,  quam  tibi 
sufficere  confido.  Respondebo  tamen  ad  singula  epistolae  tiiae  ^ 
capita  paucis  verbis.  De  FareUo  id  ipsiim  niihi  nimciaverat 
Tossanus  quod  scribis  ^  Itaque  jam  quietiore  sum  animo.  Quod 
autem  de  profecHone  cogitabam,  non  aliô  spectabat,  nisi  ut  in 
Gerniania  causam  promoverem,  et  Meiensihus  ipsis  adderem 
animum,  ne  in  bona  causa  adeô  timidos  se  ostenderent.  Sed  nunc 
expectabimus  quid  illis  Dominus  dederit. 

De  Jacobo  ^  mihi  non  placet  quod  tam  molUter  acce-ptum  dimi- 
seris.  Nam  si  nolebas  causam  tuam  facere,  cur  non  sim])liciùs 
objiciebas  eum  nimis  impudenter  facere,  quôd  rem  ita  contesta- 
tam  negaret.  imi)levisse  enim  totam  viciniam  suisquerimoniis^? 
Cum  ]j1us  quingentis  testibus  convinci  queat,  audetne  adliuc 
tergiversari  ?  Tu  autem  tua  dissimulatione  videris  mihi  auda- 
ciorem  posthac  reddidisse  ad  negandum.  Ego  verô  statueram, 
nisi  memoria  excidisset,  literis  "^  adscribcre  :  «  Legas,  Jacobe,  et 

^  La  date  est  déterminée  par  les  notes  3,  17,  18,  26-27. 

^  Lettre  perdue.  Viret  l'avait  écrite  aj)rès  le  retour  de  C.  S.  Curione  à 
Lausanne,  dans  les  premiers  jours  de  décembre. 

*  C'est-à-dire,  la  rentrée  de  Giiill.  Farel  à  Metz.  Viret  avait  pu  l'aj)- 
prendre  par  la  lettre  de  Fathon  à  Fabri  du  28  novembre,  lettre  qu'il 
expédia,  sans  doute,  à  Thonon  par  les  bateaux  du  samedi  2  décembre. 

*"*  Jacques  le  Coq  (N"  1183,  renv.  de  n.  10-11).  Il  se  plaignait  de  ce  que 
Farel  avait  pris  sa  place  à  Metz. 


216  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIREX,  A  LAUSANNE.  1542 

si  quem  habes  humanitatis  sensiim,  fleas.  »  Si  caiisam  ex  me 
quœsiisset,  miiltô  asperiùs  exposuissem  qiiàm  Farellus.  Sic  trac- 
tandi  sunt  isti  dld^ovsq.  De  Neocomensïbus  patienter  fero,  qiiôd 
nuncio  \  ut  hue  usque  meis  saltem  sumptibus  veniret,  uon  man- 
darunt.  Sed  jampridem  novi  ut  sapiant. 

Negocium  verô  ■Kay.oloynzoi)  *  sic  tractari  oportuit.  Nisi  quôd 
vestram  constantiam  in  ])ostremo  actu  nunc  desidero.  Ego  si 
vestro  loco  essem,  ac  vellem  summa  lenitate  cum  eo  agere,  sic 
rationes  meas  instituèrent  Causam  totam  haberem  instructam, 
ac  si  Judici  vellem  demonstrare,  unde  pronunciaret.  Darem 
posteaoptionein,mal[r]etne  niissionem  hoc  praetextu  petere,  quôd 
Doniinus  multis  de  causis  eum  à  ministerio  excluderet  :  an  cum 
fratrum  prsejudicio  Bernam  ablegari  :  hoc  est,  omnibus  senten- 
tiis  damnari.  Atque  habito  ejus  responso,  urgerem  ad  tideni 
praestandam.  Sicubi  deflecteret,  tune  palàm  in  apertum  canipum 
eum  retraherem.  Neque  enim  œquum  est,  ut  totius  ecclesise  de- 
decorc  unius  hominis,  non  dico  qualis,  existimatio  redimatur. 
Non  est  autem  cur  hanc  conditionem  recuset  :  a  Dominus  non 
patitur  me  ampliùs  hoc  ministerio  fungi,  »  Impedimenta  autem 
non  exprimat  :  sed  ita  dissimulet,  aut  silentio  transmittat,  ne 
qua  suspitio  in  ecclesiam  derivetur,  sed  in  ejus  famïlia  potiùs 
resideat  tota  ". 

Quod  autem  periculmn  vohis  denunciant  Sulzeri  literœ,fore  ut 
Senatus  vos  ad  reddendam  rationem  vocet  '",  id  mea  sententia 
vohis  oiitandum  est.  Literse  summa  moderatione  scriptœ  sunt^K 

^  La  lettre  où  Farel  lui  reprochait  sévèrement  ses  injustes  récrimi- 
nations. 

^  Le  messager  qui  était  venu  annoncer  à  Viret  et  au  pasteur  de 
Morges,  que  les  ministres  neuchâtelois  enverraient  un  frère  à  Metz  enti-e 
le  28  novembre  et  le  3  décembre  (N"  1188,  renv.  de  n.  1). 

*  Le  personnage  «  décrié  »  était  Béat  Comte  (X"  1159,  note  5),  contre 
lequel  la  Classe  de  Lausanne  avait  porté  plainte  au  Consistoire  de  Berne 
(Cf.  la  lettre  du  19  janvier  1543). 

®  Le  texte  publié  par  Bèze  finit  ici. 

"  La  lettre  de  Sultser  qui  annonçait  au  doyen  et  aux  jurés  de  la 
Classe  de  Lausanne  qu'ils  seraient  cités  à  Berne,  n'existe  plus.  Elle  leur 
fut  probablement  remise  par  Curione,  qui  était  parti  de  Berne  entre  le  27 
et  le  30  novembre. 

'^  Allusion  évidente  à  la  requête  datée  de  Vevey,  1"  novembre  1542 
(.V  1174). 


1542  JE.VN    CALVIN  A  PIERRE  VIREX,  A  LAUSANNE.  217 

Ccmsonimis  hona.Qubdsi  illuc  ventumfuerit,  prima  hœc  dejhisio 
vohis  ad  manum  erit  :  «  Kon  ijotuimus  tacere.  Quibus  autem 
iiieliùs  exponoromus  hanc  quorimoiiiam,  quàiii  vobis  ?  Connivere 
crat  déesse  officio  nostro,  et  prodere  veritatem.  Si  quis  cxces- 
sisse  modum  insiniulet,  literae  ipsa3  aiit  ])ro  nol)is,  aiit  contra 
nos  jiidiccnt '-.  »  Ohjicient  alios^'^  communicare  sacrilegiis  qitœ 
àvohisreprehenduntur.  Vestrum  erit  illos  libero  orc  danniare, 
imô  totam  asperitatem  stringere  in  ij)sos,  qui  cuni  prœlucere 
bono  exemple  aliis  debeant,  excitent  hœc  offendicula  '''. 

De  socero  fratris  mei  '%  constanter  affirmaro  potes,  onines 
mentiri  qui  talem  rumorem  spargant.  Einisset  foi-san,  si  i)ro- 
bassem.  Sed  cum  à  me  consilium  peteret,  idque  antequam  cele- 
bratœ  forent  nuptiœ  '",  respondi  quod  sentiebam.  Respondit,  se 

^^  Si  la  requête  précitée  avait  demandé  l'établissement  de  l'excommuni- 
cation, etc.  (comme  Rucliat  l'affirme,  V,  220),  Calvin  se  serait  bien  gardé 
d'omettre  les  réponses  qu'on  pourrait  opposer  aux  ol)jections  des  magistrats 
bernois. 

"  Sous-entendu  niinistros. 

*■*  Ce  reproche  vise  spécialement  Gérard  Pariât,  doyen  de  la  Classe  de 
Thonon,  et  Saunier,  pasteur  à  Perroy  et  à  RoUe.  On  lit,  en  effet,  dans  le 
Registre  des  amodiations,  écrit  par  le  commissaire  bernois  Jean  Landoz  : 
«  Les...  commis  [de  MM.  de  Berne]  ont  iufeudé  [1.  inféodé]  et  donné  en 
fiedz  noble,  soubz  ung  seul  et  unique  hommage,  à  Noble  Anthoine  Sonyer, 
à  présent  prédicant  à  Perruys  (Perroy),  à  sçavoir  tout  le  mas  et  héritaige 
de  Bossey  *,  à  nos  d.  Seigneurs  à  cause  de  leur  maison  de  Boulmont  ap- 
partenant, soit  icelluy  en  maison,  granges,  trueil  et  tous  autres  édifices,  en 
terres  cultivées   et   non-cultivées,    champs,   jjrclz,   vignes,    vergiers,   bois, 

raspes....,  pour  le  pris  et  somme  de  750  escuz  d'or  au  soleil Uatlim  à 

Nyon,  le  27  Octobre  1542  »  (Arch.  du  C.  de  Vaud). 

*^  Le  beau-père  à\4.titoine  Calvin  se  nommait  Nicolas  le  Fer  ou  le 
Fert.  On  prétendait  faussement  que  celui-ci  avait  acheté  des  biens 
d'Église. 

'**  Jean  Calvin  apprit,  vers  le  commencement  d'octobre  seulement,  que 
MM.  de  Berne  faisaient  publier  la  vente  générale  de  leurs  biens  d'Église 
(N"  1163,  renv.  de  n.  8),  et,  comme  il  le  rappelle  ici,  cette  nouvelle  lui  par- 
vint avant  le  mariage  de  son  frère  Antoine  avec  Anne,  fille  de  Nicolas  le 
Fert.  On  a  donc  lieu  de  croire  que  c'était  de  leur  noce  qu'il  parlait,  dans 
la  dernière  semaine  d'octobre,  en  disant  :  «  cum  adhuc  essem  in  nuptiarum 
reliquiis  occupatus  »  (N°  1171,  renv.  de  n.  4). 

*"  Le  hameau  de  Bossey,  »'ûné  à  2  1.  S.-O.  do  la  ville  de  Nyon,  fait  aujourd'hui  partie 
de  la  commune  de  Bogis.  Bonmont  est  situé  à  2  lieues  N.-O.  de  Nj'on,  au  pied  de  la 
Dôle  et  du  mont  Jura. 


218  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1542 

pecuniain  prorsùs  in  Ehodanum  malle  projicere,  quàm  adversùs 
meum  coiisiliiim  collocare.  Ab  oo  tempore,  non  modo  nullam 
fecit  mentionem,  sed  ne  in  mentem  quidem  illi  venit.  Quôd  te 
pro  Sonerio  rogasse  aiunt,  id  non  aliunde  quàm  ab  eo  profectum 
suspicor.  Te  enim  proferre  solet,  dum  exciisatione  utitur.  Quem- 
admodum  niiper  apud  Genistonmn,  postea  apud  me  ''  quoque  : 
«  An  si  malum  esset,  dicebat,  pro  me  intercessissent  FareUns  et 
Viretns?  »  Ego  verô  respondi  continuô,  vos  non  potuisse  id  fa- 
cere  sine  maxima  perfidia,  cum  aliter  coram  Deo  uterque  senti- 
ret.  Sed  nullo  modo  persuaderi  mihi  posse.  Nunc  speciosam  ex- 
cusationem  scilicet  obtenduut  :  «  Non  fuisse  se  empturos,  nisi 
prostitissent.  »  Ergo  scortator  qui  publicum  lu])anar  ingreditur, 
quid  peccat?  Prostant  enim  scorta.  Atqui  Sonerms,  ut  scias, 
non  tam  verecundus  est,  ut  ad  ejusmodi  subterfugia  se  recipiat. 
Nam  sine  ullo  pudore  dicit,  «  eos  bene  et  piè  fecisse  qui  pro- 
scripserunt  :  et  se  fuisse  in  Deum  peccaturum  nisi  emisset.  »  Et 
nos  tam  crassam  hypocrisin  in  nostris  palpamus,  qui  tam  acres 
nuper  eramus  in  Papistas  ! 

Itali  te  plurimùm  salutant,  qui  Celio  mecum  ex  animo  pluri- 
mùm  gratulantur,  quôd  et  salvus  ad  nos  redierit,  et  uxorem  ad- 
duxerit  cum  parte  sobolis  '^  Marotmm  cum  videro,  salutaho 
tuis  verhis^^.  Hœc  causa  adventus  :  quôd  cum  ex  aida  domum 
se  conferret  ^"^  audierit  decretum  fuisse  à  curia  Parisiensi,  lit 
captusilluc  quàm pnmùm  adduceretur.  Flexit  iter  aliô,  ut  dili- 
gentiùs  inquireret  ^'.  Re  bene  comperta,  hue  rectà  concessit  ". 
Nunc  penitùs  habere  in  animo  se  dicit,  liîc  manere. 

^^  Saunier  se  trouvait  à  Genève  le  5  décembre.  Il  était  venu  réclamer 
le  paiement  de  65  florins,  2  sols,  qui  lui  étaient  dus  pour  des  réparations 
qu'il  avait  faites  jadis  au  Collège  de  Rive  (Reg.  du  Conseil  du  5  déc.  1542). 

"  La  présente  lettre  n'a  donc  pu  être  écrite  que  quelques  jours  après 
l'arrivée  de  Curione  et  de  sa  famille  à  Lausanne  (N"  1181,  n.  6). 

^®  De  cette  phrase  on  pourrait  inférer  que  Viret  avait  connu  Clément 
Marot,  entre  1526  et  1529,  époque  où  il  étudiait  lui-même  à  l'université 
de  Paris. 

^^  Au  mois  d'octobre  1542,  François  I  et  la  cour  voyageaient  dans  le 
midi  de  la  France.  Le  3,  il  coucha  à  Monpellier  ;  le  17,  il  se  rendit  de  Mon- 
pellier  à  Béziers  ;  le  21,  de  Béziers  à  Toulouse,  où  il  ne  coucha  qu'une 
nuit.  De  Toulouse  (suivant  Le  Ferron,  cité  par  Génin,  o.  c.  I,  381)  il  alla 
voir  sa  sœur  Marguerite  à  Nérnc.  Au  commencement  de  novembre,  il 
partit  de  Narbonne  pour  Angoulème  (Guiffrey.  Chronique  de  François  I, 


loiâ  JEAN  CALVLN  A  PIERRK  VIRET,    A  LAUSANNE.  219 

Quod  me  Payuetii  "  rogatu,  hortaris  ad  nostros  extimulandos  : 
iitinam  ipse  tam  bouo  animo,  ac  tain  prudonter  observarot  quod 
peccatur,  qiiàm  ego  fideliter  cuperein  in  nioas  partes  insistere. 
Sed  cinn  stiilta  ambitione  niinc  ineptiat,  nunc  insaniat,  nequo 
me  socium  habebit,  neqiie  miiiistrum.  Scis  cur  malè  omnia  ha- 
here piitet ?  Quia  non  dominatur.  At  si  pênes  me  sit  eligendi  po- 
testas,  ne  infimum  quidem  locum  illi  daturus  sim.  Nuper  suis 
cursitationibus  etïecerat,  ut  duo  aut  trespretoi-eni^'*  se  facturos 
promitterent  soceriim  ^^  Quô  res  ])rocederet,.vulgabat  rumorem, 
quasi  de  re  jam  confecta.  Atqui  in  Ducentis  très  fuerunt  duntaxat, 
ex  quibus  ipse  unus  erat,  qui  eumnominarint.  In  plèbe  nullum  d(^ 
eo  verbum.  Postea  de  novitate  electionis  co)/quest?cs  est.  Aliquid 
enim  ex  veteri  ritu  nmtaium  faerat  ^^  :  sed  antè  lege  iwomnlfjata 
et  recepta^'.  Quid  plura?  Homo  est  turbulentus,  ut  nosti,  cui 

p.  396).  Marot  aurait  choisi  ce  moment-là  pour  aller  à  Cnhors,  visiter  sa 
femme,  sa  fille  et  ses  deux  fils,  dont  l'un  était  encore  à  la  mamelle. 

*'  Selon  M.  0.  Douen,  «  Marot  n'avait  quitté  la  cour  que  lorsqu'il 
s'était  vu  menacé  par  la  publication  de  plusieurs  écrits  ordonnant  la  pour- 
suite des  hérétiques,  notamment  celui  du  30  août  1542,  plus  pressant  que 
les  précédents,  [X"  11-49,  n.  18],  et  il  ne  s'enfuit  .à  l'étranger  que  sur  la 
nouvelle  que  le  parlement  de  Paris  avait  lancé  contre  lui  un  mandat  d'ar- 
rêt. Cependant  on  ne  trouve  trace  de  sa  présence  à  Genève  qu'à  la  fin  de 
novembre  :  où  alla-t-il  dans  l'intervalle  ?  Les  relations  d'amitié  qu'il  avait 
nouées  avec  de  nombreux  Savoyards,  nommés  dans  VEpistre  à  ung  sien 
amy,  écrite  à  Genève  en  1543,  attestent  qu'il  avait  fait  un  séjour  d'au 
moins  quelques  mois  en  Savoie,  et  la  supplique  adressée  par  lui  A  M.  Peî- 
lisson,  lorésident  de  Savoie,  nous  donne  la  date  de  ce  séjour,  antérieur  à 
celui  de  Genève  »  (Op.  cit.  I,  389,  297,  298).  —  Nous  croyons  qu'on  ne 
pourrait  se  prononcer  sur  ce  premier  séjour  de  Murof  en  Savoie,  que  si 
l'on  connaissait  la  date  du  «  mandat  d'arrêt.  » 

^^  Marot  avait  dû  arriver  à  Genève  vers  le  milieu  de  novembre,  puisque 
son  ancien  ami  Thomas  Malingre  eut  encore  le  temps  de  composer  avant 
le  2  décembre  VÉp'itre  qu'il  lui  adressa  et  dont  nous  avons  donné 
quelques  extraits. 

2'  Voyez,  sur  François  Paquet,  le  X"  1163,  n.  20. 

24-23  Pretorem  désigne  le  lieutenant  de  la  Justice  (procureur  général), 
et  socerum,  l'ancien  syndic  Jean  Balard  (VII,  415),  qui  avait  été  Lieute- 
nant en  1532.  Sa  fille  cadette,  Louise,  avait  épousé  François  Paquet  (Cf. 
Galiffe.  Notices  généal.  I,  309). 

26-27  L'élection  du  Lieutenant,  à  Genève,  avait  ordinairement  lieu  le 
premier  dimanche  de  novembre,  parfois  après  la  St.  Martin.  Le  lundi  4  dé- 
cembre 1542,  le  Conseil  décida  que,  contre  la  coutume,  on  mettrait  deux 
lieutenants  en  élection,  pour  en  élire  un  :  de  même  pour  les  syndics. 


220  JEAN  CALVIiN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  1542 

morem  gerere,  iiisi  omnia  turbando,  nequeara.  Alium  igitur 
quaerat. 

Bene  vale,  frater  charissime,  cum  tua  familia  et  fratribus  ^^ 
Nostri  te  salutant,  praîsertim  Oenistonms,  cui  nata  erat  septimo 
mense  filiola,  quae  tertio  die  migravit  ad  Dominum.  Puerpera 
graviter  laboravit,  sed  niinc  evasit  periciilum  et  satis  alacriter 
se  habet.  Uxor  mea  te  plurimiim  salutat.  Dominus  omnes  vos 
conservet  !  Vale  iteriim.  Genevse. 

JOANNES  CaLVIINUS  tuUS. 


1188 

JEAN  CAL\TN  à  Guillaume  Farel,  à  Metz, 
De  Genève,  15  décembre  (1542). 

Autogr.  Bibl,  de  Gotha.  Bretschneider.  Calvini  Litera3,  p.  14. 

Calv.  0pp.  XI,  474. 

Niiper  ciiiii  niincium  ad  te  missiiri  essent  Neocomenses,  Yi- 
reto  et  Jacobo  Oallo  indicarunt  \  Ego  aiitem  illis  non  visus  sum 
dignus,  cujus  rationem  haberent.  Quanquam  illis  facile  ignosco, 
vel  ob  banc  caiisam  quœ  nunc  me  cogit  brevitatis  veniam  abs  te 
petere.  Distrahor  enim,  ut  nosti  :  in  corrigendo  Novo  Tesfamento 
sum  occiqmtus  -,  et  Alberto  Pighio  respondeo,  qui  magnum  in 
nos  librum  edidit  '\  in  quo  me  nominatim  provocat  ac  sibi  petit 

^^  C'est  la  seule  phrase  de  la  salutation  que  Bèze  ait  reproduite  dans 
le  texte  imprimé. 

*  «  Nous  envoyons,  ceste  semaine  présente,  un  frère  devers  maître 
Guillaume,  »  écrivait  Fathon  à  Fabri,  le  mardi  28  novembre. 

*  Une  édition  revisée  du  Nouveau-Testament  (traduction  d'Olivétan) 
avait  paru  à  Genève  en  1538,  petit  in-S"  (Voy.  Th.  Dufour.  Notice, 
p.  149-152). 

'  Albert  Pigghe  (en  latin  Pighius),  né  vers  1490  à  Kempen,  dans 
l'Over-Yssel,  était  prévôt  de  St.-Jean  à  Utrecht.  Il  mourut  dans  cette  ville 
le  26  décembre  1542.  Les  théologiens  catholiques  disent  de  lui  qu'il  fut 
l'un  des  éloquents  antagonistes  de  Bucer  et  de  Calvin.  Voici  les  titres  de 
ses  trois  principaux  ouvrages  :  Ratio  componeiidorum  dissidiorum  et  sar- 
ciendae  in  Religione  concordise.  Colonise,  1542,  in-4°.  —  Controversiarum 


lol2  JEAN  CALVIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  221 

aiitagoiiistam.  Cupio  auteiu  cfficere,  ut  pi-oxiinis  iiuudiiiis  cxcat 
rospoiisio".  Ha'c  ij^sa  causa  est  cur  fratrib us  ■^  nihil  scribaiii. 
quaiiquam  tutô  supersedere  jjossuin,  ijbi  tu  ades  ^  Exhortatio- 
nem  tamoii  aliquam  à  nio  habuisseiit,  nisi  ()))star(^t  quod  dico. 
Salutabis  omues  meo  iiomine  diligeiiter.  De  rel)us  nostris  et  ur- 
bis  statu  réfèrent  hi  duo  f mires.  Omnes  pii  aniantissiinè  te  sa- 
lutant. 

Literas  tuas,  quibus  nobis  expouas  ut  res  istic  habeant,  dudum 
in  itinere  esse  confido.  I)et  Dominus  ut  nos  prorsùs  exhilarent  ! 
Vix  credas,  quantum  me  illae  tuse  prolixae  ■  consternarint  :  adeô 
ut  parùm  abfuerit,  quin  occupationilius  (^t  negociis  omnil)us  jn-o- 
jectis,  statim  iter  arri])uerim  \  Bernardinns  noster  tSenensis  ^ 
inter  alios  te  salutat,  vir  inagnus  omnil)us  niodis.  Hic  frater  '" 
vir  est  pins  et  integer,  queni  tibi  commendatum  esse  cupio.  Do- 
minus te  et  omnes  suos  istic  conservet,  ac  multiplicet  semen 
suuin!  Genevse,  15.  Decemb.  (1542)  '\ 

JOANNES  CaLVINUS  tUUS. 

(Inscriptio  :)  Fidelissimo  servo  Cbristi,  Guillelmo  Farello, 
fratri  et  coUegœ  meo  chariss. 

prsecipuarum  in  Comitiis  Ratisponensibus  tractatarum,  et  quibus  uunc  po- 
tissimùm  exagitatur  Christi  fides  et  religio,  diligens  et  luculenta  explicatio. 
Colonise,  1542,  in-folio.  —  De  libero  hominis  arbitrio  et  divina  gratia 
libri  X.  adversùs  Luthorum,  Çalviuuni  et  alios.  Colonia^,  1542,  in-folio. 
(Voyez  Gesneri  Bibl.  univ.  1545,  f.  20.  —  Yalère  André.  Bibl.  belgica, 
p.  38-40.  —  Paquot.  Mémoires  ])our  servir  à  l'Hist.  litt.  des  Pays-Bas,  éd. 
in-8",  t.  n,  pp.  175-187.  ^  Bayle.  Dict.  Crit.  article  Pighius,  qui  repro- 
duit les  passages  où  Calvin  accuse  son  adversaire  de  lui  avoir  volé  des  pages 
entières  de  V Institution). 

■*  La  prochaine  foire  de  Francfort  devait  se  tenir  du  1"  au  20  mars 
1543.  Il  fallait  donc  que  les  livres  qu'on  y  enverrait  de  Genève  fussent 
prêts  au  milieu  de  février.  Vers  le  milieu  de  décembre  1542,  Calvin  écri- 
vait, en  eifet,  au  commencement  de  sa  Responsio  à  Pighius  :  «  Est...  alla 
causa,  ut  nihil  dissimulera,  quœ  me  brevem  esse  cogit.  Constringor  enim 
temporis  augustiis,  quando  mihi  ihx  duo  menses  usque  ad  nundinas 
Francfordienses  restant,  quibus  statui,  si  fieri  poterit,  hanc  responsionem 
edere.  Atque  utinam  dimidium  ejus  temporis  vacuum  mihi  prorsùs  et 
liberum  ad  scribendum  relinqueretur  »  (Calvini  Opuscula,  1552,  in-fol. 
p.  221). 

®  Scil.  Iletensibus. 

^  Calvin  avait  sans  doute  appris,  par  Toussain,  que  Farel  était  rentré 
dans  la  ville  de  Metz  (N"  1187,  renv.  de  n.  3). 


222     LE  CONSEIL  DE  BERNE  AU  PRÉSIDENT  DE  CHA.MBÉRT.     1542 


1J89 

LE  CONSEIL  DE  BEEXE  ail  Président  de  Chambéry  \ 
De  Berne,  15  décembre  1542. 

Inédite.  Minute  originale.  Arch.  de  Berne. 

Noble,  magnifficque,  très  expert  seigneur  et  singulier  amy! 

Les  Syndicques  et  Conseil  de  Genève,  nous  combourgeois, 
nous  ont  fait  affectueux  plainctif  des  molestations,  querelles  et 
invasions  que  Michiel  Œliet,  à  cause  de  ses  frivolles  demandes  ^ 
journellement  ne  cesse  de  adtenter  sus  les  corps  et  biens  des 

'  Allusion  à  la  lettre  de  Farel  du  22  octobre  (X°1168). 

^  Scil.  in  Germaniam  (Voir  le  X"  précédent,  tiu  du  premier  §). 

®  Bernardino  Ochino,  de  Sienne. 

^*'  Celui  des  «  deux  frères  »  mentionné  plus  haut  qui  était  le  porteur 
de  la  présente  lettre. 

"  Bretschneider  s'est  trompé  en  lisant  «  15.  Octob.  »  Le  millésime 
n'existe  pas  dans  l'original. 

^  Eeymond  Pellisson  (V,  201.  202),  président  du  conseil  souverain  de 
Savoie,  pour  le  roi  de  France. 

^  Michel  Guillet,  natif  de  Thonon  et  ancien  membre  du  Petit  Conseil 
de  Genève,  avait  embrassé,  après  1530,  la  cause  des  Peneysans,  ennemis 
de  cette  ville,  et  il  était  devenu  le  chef  du  parti  épiscopal.  Aussi  les  Ber- 
nois confisquèrent-ils,  en  1536,  sa  maison  de  Thonon  (IV,  211)  et  sa  sei- 
gneurie de  Monthoux,  situées  sur  les  terres  du  duc  de  Savoie.  Michel 
Guillet  essaya  de  recouvrer  une  partie  de  ses  biens  par  l'intermédiaire  de 
son  frère  Jean,  qui  était  bourgeois  de  Fribourg.  Celui-ci  se  présenta  le 
17  janvier  1541  devant  les  députés  de  Berne,  qui  avaient  une  conférence 
à  la  Singine,  et  il  leur  demanda  la  restitution  de  ce  qu'il  possédait  jadis 
à  Thonon  et  aux  Alinges  et  de  la  moitié  des  revenus  de  Monthoux,  moitié 
qu'il  disait  tenir  de  son  frère  Michel.  Les  députés  lui  dirent  :  Apportez 
vos  titres,  on  les  examinera.  Il  revint,  lors  d'une  autre  conférence,  le 
16  février,  et  les  Bernois  lui  répondirent  :  Quand  ces  biens  ont  été  confis- 
qués, ce  n'est  pas  vous  qui  les  possédiez,  mais  votre  frère  Michel,  notre 
ennemi  déclaré.  Le  notaire  Jean  Eegis  qui  a  écrit  la  lettre  de  donation 
[des  revenus]  de  Monthoux,  est  en  prison  à  Chambéry,  et  l'on  dit  qu'il  a 
fabriqué  une  fausse  lettre  (Voy.  les  Eecès  des  diètes,  vol.  de  1541  à  1548, 
pp.  9,  14.  —  Bonivard.  Chroniques,  éd.  Eevilliod,  H,  409). 

Quelles  «  frivoles  demandes  »    Michel  Guillet  pouvait-il  adresser  aux 


1542        BENOIT  TEXTOR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.         223 

dits  de  Genève,  gisants  et  venants  rière  vostrc  gouvernance, 
avecquo  hom])les  blasphesmes  et  parolles  oultraigieuses  contre 
nostre  loy,  fondée  en  la  saincte  j)arojle  de  nostre  Rédempteur 
Jésu-Christ.  De  quoy  somes  très  dolants.  Et  ne  croyons  que 
telles  façons  de  faire  soient  de  vostre  ijorniission,  auquel  avons 
ferme  confiance  que  ne  les  conii)orterés,  veliu  la  Vjonne  aniityé 
et  voysinance  qu'est  entre  le  Roy  et  nous  et  nous  alliés.  \'ous 
priants  doncque  que  vostre  bon  plaisir  soit  d'y  mectre  quelque 
bon  ordre  et  empeschement,  en  telles  et  sy  cauteleuses  entre- 
prinses  du  d.  G-ïliet,  et  non  permectre  que  ung  sy  légier  person- 
naige,  qu'est  assés  cogneu  par  ses  praticques,  soit  cause  de 
(Quelque  inconv[énjient,  qu'il  pourroit  esmouvoir  par  ses  procé- 
dures :  comme  de  ce  et  toutes  aultres  choses  faisantes  à  l'édifi- 
cation et  adcroissement  de  Iwnne  amour  et  voysinance,  nous 
confions  parfaictement  en  vostre  bonne  discrétion,  laquelle  le 
Créateur  face  prospérer.  Datum  15  Decembris  1542. 

L'Advoyer  ET  Conseil  de  Berne. 

1190 

BENOIT  TEXTOR  ^  à  Jeaii  Calvin,  à  Genève. 
De  Mâcon,  19  décembre  1542. 

Autographe.  Bibl.  de  Gotha.  Calv.  0pp.  XI,  475. 

Quandoquidem.  ut  certus  sum,  ex  necessitate  tôt  tantaque 
négocia  te  assiduô  urgent  et  obsei)iunt,  Calvine  animo  meo  opta- 
Genevois  ?  Ils  l'avaient  solennellement  condamné  à  mort,  le  13  juillet  1535, 
avec  ses  trente-six  «  complices  »  du  château  de  Peney. 

*  Benoit  Textor  (1509-1560)  né  à  Pont-de-Yaux  en  Bresse,  fit  ses  pre- 
mières études  dans  sa  ville  natale;  il  les  continua  à  Mâcon  et  à  l'université 
de  Paris.  Jacques  du  Bois  (Sylvius),  l'un  de  ses  professeurs  dans  la  Faculté 
de  médecine,  ayant  remarqué  son  goût  pour  la  botanique,  lui  persuada  de 
publier  une  classification  des  plantes  médicinales  décrites  par  Dioscoride. 
L'ouvrage  parut  sous  le  titre  suivant  :  «  Stirpium  ditferentise  ex  Diosco- 
ride secundum  locos  communes,  ojjus  ad  ipsarum  plantarum  cognitionem 
admodum  conducibile.  Authore  Benedicto  Textore  Segusiano  [I.  Segu- 
siavo].  Parisiis,  apud  Simonem  Colinseum,  1534,  >>  in-16.  La  préface  est 
datée  :  «  Lutetise,  ex  sedibus  loannis  Tagautii  doctoris  Medici  doctiss.  Ad 
Idus  lunias.  Anno  m.  d.  xxxini.  »  Ce  travail  d'un  jeune  homme  fut  très  ap- 


224  BENOIT  TEXTOR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  lo42 

tissime,  Cîcmdius  hic  noster  ^  commode  literarum  tuariim  vice 
fuit  mihi,  à  qiio  non  potiii  non  citra  ingens  gaudium,  audire  de 
rerum  vestramm  statu  in  diesfavore  Doniini  fœliciùs  proceden- 
tium,  de  profectu  Evangelii,  Jidei  ac  religionis  augmento,  prse- 
terea  de  tua  valetudine  ^  negotio  dominico  adeb  necessaria,  solito 
longe  p)PV  hujus  gtrdiaM  firmioî'e  :  cuijure  sese  adjimxit  nuper 
vir  tantus  ^  quem  haiid  diibiè  Dominus  ipse  pro  sua  benignitate 
tibi  suteque  ecclesise  prospexit  in  magnum  tuum  solatium,  adju- 
mentum,  et  ecclesiœ  utilitatom  suffectum.  Et  ipse  in  hoc  non  ita 
pridem  (si  meministi)  fui  tibi  veluti  prognostes  per  meam  ad  te 
epistolam,  cum  adhuc  agerem  apud  Neocomwn  ^  Siquidem  tune, 
Vireto  nosti'o  istinc  discedente^  ardenter  cupiebam  in  illius 
locum  tibi  ferre  suppetias  quempiam  hujusmodi,  tanta  sarcina 
degravato,  Dominus  taies  multos,  qualem  vos  nactos  esse  audivi, 
suscitet,  quos  longsevos  et  integros  roboret  suo  gregi  lideliter 
pascendo  !  Alii  verô,  nempe  ventres  pigri,  rapaces  lupi,  ejician- 
tur,  prolligentur,  proscribantur,  pudefiant,  nisi  eos  pœniteat. 

Cceterùm  permolestum  est  mihi  qubd  tfxor  tua  tam  crebro 
cegrotei.  Si  visiim  esset  Domino  ut  nostra  industria piristhise  red- 
deretur  sanitati,  nolim  uUo  modo  parci  mihi,  vel  ob  longissimi 
etiam  itineris  laborem,  vel  sumptum  immodicum  ''  et  jacturam 

précié.  Il  en  parut  une  2°"  édition  à  Venise  eu  1537,  et,  dix-huit  ans  plus 
tard,  le  célèbre  naturaliste  C.  Gesner  le  faisait  réimprimer  avec  cet  éloge  : 
«  B.  Textor...  medicus  eruditus...  libellum  de  stirpium  differentiis....  utili 
et  pulcherrima  methodo  digessit  »  (Voy.  Hieronymi  Tragi  de  Stirpium, 
maxime  earum  quse  in  Germania  nostra  nascuntur,  usitatis  nomenclaturis... 
Argentinse,  W.  Rihelius,  1552,  in-i",  cum  figuris). 

Devenu  docteur  en  médecine,  Textor  s'établit  à  Mâcon,  et  il  épousa 
vers  1536  Jeanne  de  Quincy.  Des  cures  «  heureuses  »  le  firent  connaître 
au  loin,  et  c'est  ainsi  qu'on  peut  s'expliquer  sa  présence,  en  1542,  à  Neu- 
chàtel,  où  on  l'avait  probablement  appelé  en  1541,  au  plus  fort  de  la  peste. 
Deux  lettres  (juillet-août  1542,  N°^  1140,  1145)  ont  mentionné  son  retour 
dans  la  Bresse  et  à  Mâcon. 

^  Qui  ne  reconnaîtrait  ici  l'ancien  ami  de  Textor,  Claude  de  Sachins, 
qui  désirait  si  vivement,  en  août  1542,  faire  la  connaissance  personnelle 
de  Calvin  Çs"  1145,  n.  1-4)  ? 

'  L'édition  de  Brunswick  a  omis  les  mots  qui  suivent  raie<M(?me  jusqu'à 
firmiore. 

*  Bernardino  Ochino. 

*"®  Textor  quitta  Neuchâtel  à  la  fin  de  juillet  1542.  Viret  avait  été  rap- 
pelé à  Lausanne  au  commencement  du  même  mois. 


1342  BENOIT  TEXTOR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  225 

gravem,  modo  satis  esse  qiieam.  Nam  quanquam  quorundam 
judicio  me  pestilentia  terrefacit,  non  tanien  detr(H'to  amicoruni 
causa,  tempore,  et  ubi  exigit  nécessitas,  subii-e  (juodvis  discrinlen^ 
Tantùm  verô  abest  ut  niortem  extiniescam,  ut  ea  quoque  maxime 
oblecter,  si  volente  Domino  acciderit.  Alioqui  quid  opus  est  ut 
me  ipsum  temerè  prœcipitem  in  jx^-iculum,  cum  adhuc  pendeant 
à  me  nxor  et  liheri,  amici  et  alii  multi  me  sœpissimè  accersant  : 
quem  forte,  tametsi  inutilem,  nianent  in  gloriam  I)ei  vivi  quie 
momenti  sunt  majoris  ".  Tu  igitur  quoquo  pacto  indigeas  hoc 
homuncione,  oro,  utere  quàm  familiarissimè,  mod6  quod  ])etis  id 
possini  prîestare.  Nec  quisquam  est  ])rofectô  qui  procliviùs  id 
ipsum  exequatur  :  citra  assentationem  id  dictum  velini. 

Quod  autem  attinet  ad  declinanda  ea  incommoda  de  quihus  ul- 
timo  cougressu  apnd  te  sum  coifquestus  '",  in  animo  erat  rem 
ipsam  aggredi  :  verùm  ut  ingénue  fati^ar,  i)Ostquam  satis  me; 
ipsum  consului,  diutius  volutavi  in  animo,  non  sine  priecatione, 
centies  quotidie  idem  expendendo  repetens.  nihil  certum  habeo, 
nihil  lirmum,  iniô  totus  hsereo,  ac  in  bivio,  (juod  aiunt,  sisto  pe- 
dem,  miris  modis  perplexus.  Haud  scio  an  Satanas  hîc  sit  mihi 
obstaculo  :  cujus  instinctu,  qusedam  homimim  monstra  mihi  in- 
gratissima,  utpote  collato  à  me  in  ea  beneficio.  linguae  sanè 
vipereae,  perfrict?e  frontis  ganeones,  Neocomi,  ut  accepi,  liane 
mihi  gratiam  rependere  pergunt,  id  de  me  spargant  falsissimum 
7'umorem,  istuc  usqne  volantem,  nimirum  Textorem  stndere  ava- 
ricise.  Coram  Domino  loquor,  et  verè  in  ii)so  glorians  id  unum 

'  Les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  disent  ici  en  note  :  «  Vide  quid  nie- 
tuat,  qui  mox  avaritiœ  se  falsô  insiniulari  queritiir.  »  Cette  insinuation 
n'aurait  pas  été  ajiprouvée  par  les  amis  et  les  familiers  de  Textor.  Ils  ren- 
dirent justice  à  son  dévouement  pour  les  malades,  et  Calvin  disait  après 
la  mort  de  Textor  :  «  Utinam  bonus  vir  iiostris  consiliis  obtemperasset  ! 
Hodie  enim  suppeteret  filiis  médiocre  patrimonium...  Sed  quia  immodico 
illo  studio  cui  se  addixerat  raptus,  fnmiliain  neglexit,  crudele  esset  non 
prosequi  misericordia  qui  pio  et  integerrimo  pâtre  nati,  nuUo  ejus  ])eccato 
sunt  egeni  »  (Lettre  à  Gallasius,  mscr.  n"  107  a.  Bibl.  Publ.  de  Genève). 

^  Textor  le  montra  bien  à  Genève  et  à  Lausanne  pendant  la  terrible 
peste  de  l'an  1.545.  Il  fut  lui-même  atteint  par  le  fléau,  mais  son  calme  par- 
fait et  sa  confiance  en  Dieu  ne  se  démentin-nt  pas. 

^  Yeut-il  faire  entendre  qu'il  contribuait  à  l'évangélisation  de  la  Bresse? 

^*'  Il  s'agissait  peut-être  d'inconvénients  qui  le  dissuadaient  de  se  fixer 
à  Genève. 

T.   VIII.  15 


226  BENOIT  TEXTOR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1342 

assero,  hactonus  longissimè  abfuisse  me  ab  eo  crimino,  et  iiunc 
etiam  magis  ac  magis  abhorrere.  Quin  quô  diutius  datur  hac 
aura  frui,  eô  alieniorem  me  seiitio  à  rébus  hujus  seculi.  Non  du- 
bium  est  mihi  quin  isti  ex  eoruni  sint  numéro  qui  prodita 
patria  in  alios  scilicet  sunt  l)enefici.  Nempe  istuc  irruperunt  con- 
fidenter  heluse  horrendœ,  ut  omnia  depopulentur,  omnia  vastent, 
nisi  avertat  Deus  :  qui,  objecta  aicuUa  fimesta,  animmn  im/pti- 
rnm,  sordes putidas  ac  purulentas  in  cucidla  contractas  perpétua 
(jestant,  hypocrisin  scilicet  et  omnem  malitiam  :  qui  suura  virus 
istic  quotidie  evomunt,  omnia  inlicientes,  et  quae  priùs  cuculla 
obtecti  machinabantur,  eadem  nunc  perpétrantes,  ingrati,  per- 
fidi,  superbi,  bonorum  virorum  tortores.  Unde  enim  tôt  suspiri- 
riaV  unde  tôt  lachrymae  in  vobisV  Avariticie  et  ventris  mancipia, 
indociles,  ociosi,  levés,  temulenti,  vani,  garruli,  susurrones,  sy- 
cophantae,  invidi,  facile  judicantes,  immisericordes,  crudeles, 
conspiratores,  stellae  erraticae,  fontes  exarescentes.  FaxitDominus 
ut  ab  bis  caeterisque  inimicis  ipsius  et  nostris,  obturato  ore  ip- 
sorum  impudenti,  referamus  palmam  !  Faxit  Dominus  ut  istee 
pestes  infestissimœ,  atrocissimae,  pervicacissimce  ",  se  tandem 
suomet  ipsorum  indicio  jjrodant,  ac  suo  se  jugulent  confodiant- 
que  gladio.  Dominus  ista  scandala  protinus  eradicet!  Sed  utinam 
liceret  quibusdam  ipsorum  misericordiam  adipisci.  Porrô  non 
mea,  sed  Evangelii  causa,  bsec  dico  et  odio  offendiculi.  Neque 
arbitror  me  tibi  adeô  ignotum  esse,  aut  illos  tantae  esse  apud  te 
authoritatis,  ut  ipsis  facile  fidem  habeas. 

Verîim,  his  omissis,  te  oratum  velim  eum  lïbellum  excutiendum 
suscipias  per  ocium,  quemad  te  niitto,  à  viro  quidem  doctojuxta 
ac  pio,  Eligio  Vergerio,  Matisconio  Ludimagistro  '^  quondam 
prieceptore  nostro,  consutwn  ex  aliis,  iwœsertim  Erasmo,  sed 
nonnulla  continentem  quae  mihi  à  vero  dissident,  quse  ^gyp- 
tiam  superstitionem  resipiunt.  Proinde  eo  opusculo  sedulô  evol- 

"   Dans  l'édition  de  Brunswick  :  perniciosissimœ. 

^^  Éloy  du  Verger,  «  recteur  des  Écoles  de  Màcon,  etc.,  a  écrit  en  latin 
et  en  françois  un  petit  livre  intitulé  :  les  Parts  de  M'  Éloy,  imprimé  à 
Lyon,  l'an  1569,  par  Benoist  Rigault  »  (La  Croix  du  Maine,  éd.  citée), 
L'Epitome  de  la  Bibl.  Univ.  de  Gesner  (1555,  f.  183)  indique  :  «  Eligii 
Vergerii  Calendarium,  hoc  est  libellus  in  quo  quid  singulis  cujusque  men- 
sis  diebus  constitutum  sit  breviter  traditur,  unà  cum  manibus  et  figuris 
necessariis,  excusum  Lugduni  apud  Principem,  anno  1544.  » 


lo'l2       BENOIT  TEXTOR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.       227 

vendo,  seorsim  aiinotabis  in  charta  errata  ibi  animadvorsa,  quae 

postea  curabis  iiobis  j)orforenda.  Csetorùni  lioniincm  tractabis 

tuo  more,  hoc  est,  per  charitatem,  candide,  leniter  ac  niansuetè, 

onini(iue  convicio  j)rocul  remoto.  Etenim,  ut  intérim  taceam  non 

alium  esse  qui  fœliciùs  te  uno  rem  obeat,  quantum  confido, 

aequiori  animo  f'cret  abs  te  se  admoneri  et  argui,  cum  te  magis 

suspiciat,  idque  meritô,  quàm  à  nobis,  cujus  ferulœ  manum  sub- 

duximus. 

De  rehus  nostris,  et  si  quid  hîc  siet,  latiùs  disces  à  nostro  hoc 

tabellario.  Uxor  mea  unà  cum  tota  familia  per  divinam  benigni- 

tatem  rectè  valens,  te  et  tuam,  amici  te  salutant.  Secundùm 

uxorem  Uiam,  cui  omnia  bona  precor,  cujus  incolumitatem  tan- 

topere  sitio,  salvere  jubebis  meo  nomine  illum  oi)timum  virum 

à  vobis  nuper  receptum,  item  Sebastianmn  Castalionem,  Cham- 

perellum,  etc.  Yestris  omnium  precibus  nos  commendamus.  Sed 

tu,  0  clementissime  pater,  da  liliis  tuis,  ut  cori)ori  filii  tui  uni- 

geniti  Jesu  semel  insiti,  augescamus  ad  justam  ipsius  magnitu- 

dinem  !  Da  ut  adversarios  nostf^os  benefactis  superare  conantes, 

quorum  improbitas  et  nequitia  per  tuam  jjrovidentiam   nos 

exercet  et  probatos  reddit,  serumnas  hujus  vitae  in  amorem  tui 

infracto  animo  i)erferentes,  res  fluxas  et  caducas  aspernantes, 

cœlestia  cogitemus,  animos  ab  humo  sejunctos  in  cœlum  attoUa- 

mus,  eô  adspiremus,  ubi  abolita  morte,  prostrato  Satana,  assidet 

tibi  à  dextris  Dominus  noster  Jésus  Christus,  solus  servator, 

mediator,  ])ontifex  seternus,   qui  veluti  antc^signanus  viaque 

nobis  strata,  nos  prœiit,  indesinenter  te  pro  nobis  deprecans, 

donec  ad  te  evehannir,  hoc  ergastulo  soluti,  quô  adii)iscamur 

quod  per  enigma  hîc  tantîim  cernimus,  coronam  immarcessibi- 

lem,  vitam  aeternam,  cui  soli  cum  filio  et  spiritu  sancto,  debetur 

omnis  laus  et  gloria  in  omne  œvum  !  Amen.  Matisconi,  li).  De- 

cemb.  1542. 

Tuus  Benedictus  Textor. 

Rogo,  ad  me  mittito,  quum  primùm  licebit,  dii)loma  literarum 
quas  à  Guilelmo  nuper  accepisti  '^  Tabellarius  enim  quidam  eas 
mihi  perdidit  in  via.  Insuper  scribe  milii  tmun  de  signttcnlo  cru- 
els sententlam,  et  ad  quid  oiim  conduxerit,  nunc  verô  utilene  sit 

*^  Lettre  de  Guillaume  {Farel}  ou  du  comte  Guillaume  ?  Voyez  la 
note  14. 


228  ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN   CALVIN,  A  GENÈVE.  1542 

an  non  :  siquidem  proximis  diebus  inter  duos  orta  de  hoc  litiga- 
tio  adhuc  est  sub  judice. 

(Inscriptio  :)  D.  I.  C  '^ 


1191 

ANTOINE  FUMÉE  '  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Paris  (vers  la  fin  de  154:2). 

Manuscrit  original-.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  110. 
Calv.  Opp.  XI,  490. 

A  quo  tempore  mihi  redditœ  fuerunt  litterae  tuae  postrem8e^ 

"  Au-dessous  de  la  suscription,  Calvin  a  écrit  :  «  Le  Conte  de  Lio- 
nart.  »  Ce  nom,  vraisemblablement  destiné  à  lui  rappeler  le  double  (di- 
ploma)  de  la  lettre  de  Guilelmus,  serait-il  un  pseudonyme  du  comte  Gtiil- 
latime  de  Furstemherg  (N"  1145,  p.  92,  n.  6)? 

^  Antoine  Fumée,  qui  avait  adopté  pour  sa  correspondance  secrète  le 
nom  à  demi  grécisé  de  Capnius,  appartenait  à  une  famille  considérable. 
Son  aïeul  Paul  Fumée,  d'abord  médecin  de  Charles  YH  et  de  Louis  XI, 
puis  ambassadeur  à  Rome  et  gouverneur  de  Nantes,  était  devenu  garde  des 
sceaux  en  1492,  sous  Charles  VIII.  Son  père  Adam  Fumée  I,  sieur  des 
Roches,  fut  premier  maître  des  requêtes  au  parlement  de  Paris.  Il  vivait 
encore  en  1533  (Crespin,  o.  c.  éd.  de  Toulouse,  III,  164.  —  Moréry,  article 
Fumée.  —  Haag,  France  prot.  V,  186). 

Antoine,  né  en  1511  aux  Roches-St-Quentin  (Touraine),  commença  ses 
études  universitaires  à  Orléans,  où  il  fut  placé,  ainsi  que  son  frère  Har- 
douin,  sous  la  dii'ectiou  de  Nicolas  du  Chemin.  Ce  fait  intéressant  nous  a 
été  révélé  par  une  pièce  de  vers  que  celui-ci  a  publiée  dans  son  Antapo- 
logia  (mars  1531,  cf.  notre  t.  II,  p.  314-818)  et  dont  voici  le  commence- 
ment : 

«  Ad  fratres  Hardoynum  et  Antonium,  iilustrissimi  viri  I).  Adami  Fu- 
maei,  magistrorum  àlibellis  in  prsetorio  primi,  filios,  ex  Aureliana  academia 
discedentes,  Nico.  Chemynus. 

«  Viximus,  ô  vestri  fratres  spes  altéra  patris, 

Heroisque  pares  nobilitate  viris  : 
Nos  simul  Aureliis  aliquos  ita  viximus  annos, 

Nullnm  ut,  qui  non  vos  prsedicet,  esse  putem. 
Nunc,  ut  perpetuum  nihil  est,  dissolvitur  ille 
Convictus,  variis  vitaque  agenda  locis.  » 


1542  ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  229 

domuiii  meam  hactenus  non  invisoram,  ob  idquc^  nec  locuni  nec 
tempus  scribcndi  opportunum  nactus,  nnllas  j)otui  ad  te  littcras 
dare,  tametsi  id  siinnno])ere  dosiderarom  :  indo  certè  veritus  ne 
mea  scribendaruni  epistolarum  consiietudo  languens  videretur. 
Non  hanc  igitur  morani  aut  culpam  desidiœ  adscribas  velim, 
sed  privatarum  reriim  annuae  occupationuin  [1.  occupationi^j. 
Vides  qiio  modo  istac  adversùm  te  prefatione  crebriores  à  te  lit- 
teras  expostulem.  Cieterùm,  quod  ad  tuaruni  Utterarum  argu- 
mentum,  seu  ])otiùs  responsum  \\\ç2Œ\\m,attinet,  id'primmn  scias 
velim,  lioc  genus  hominum  à'/^piaroiv^  usque  adeo  miJii  invisum 
atque  liorrendum,  ut  uoti,  solhm  illorum  colloquia,  sed  et  qnos- 
cunque  occursus  sedulo  effugiam.  Scio  enim  scriptum  esse  qu5d 
illorum  sermo  serpit  ut  cancer,  soleantque  illi  placidas  aures 
suis  delinimentis  demulcere,  et  incautos  plerumque  inescare  : 
quod  mihi  nondum  in  cristiana  palestra  admodum  exercitato 
(contirmato  tamen,  ut  spero)  semper  cavendum  esse  duxi.  Prop- 
terea,  quibus  in  eam  sententiam  argumentis  aut  axiomatibus 
adducantur,  non  facile  est  scribere.  Quia  tamen  in  necessariis 
illorum  conversationihus  nonmdla  ah  illis  audivi,  qute  gravem 

Calvin,  ayant  logé  pendant  les  années  1528-29  chez  du  Cliemin,  son  ami 
intime  (II,  279,  315,  n.  2,  332,  333.  —  Bèze,  Hist.  ecd.  I,  9.  —  Abel  Le- 
franc.  Jeunesse  de  Calvin,  1888,  p.  73),  nous  en  concluons  que  les  relations 
d'amitié  A.'' Antoine  Fumée  et  du  futur  Réformateur  avaient  commencé  à 
l'époque  de  leur  séjour  h  Orléans.  Et  s'il  fallait  admettre  avec  M.  Jules 
Doinel  (Bulletin  cité,  t.  XXYI,  p.  175),  que  Calvin  commença  ses  études  à 
Bourges  et  les  termina  à  Orléans,  de  1530  à  1533,  —  notre  conclusion 
subsisterait  encore.  Ant.  Fumée  s'immatricula  en  1532  à  l'université  de 
Paris  (Bulseus,  t.  Y\\  et  il  y  retrouva  Jean  Calvin.  Il  fut  reçu  conseiller 
au  Parlement  le  15  décembre  153G.  Suivant  les  Mémoires  de  Coudé,  cités 
dans  Crespin,  II,  658,  600,  Fumée,  «  homme  povre  et  craignant  Dieu,  » 
acquit  la  «  réputation  de  bon  juge,  hayssant  les  vices,...  résistant  souvent 
en  face  aux  plus  grans  qui  ne  cheminoyent  droit.  » 

^  Il  présente  plusieurs  incorrections  et  semble  avoir  été  écrit  sous  dictée 
par  un  secrétaire  distrait. 

*  Les  lettres  qu'il  reçut  de  Calvin  n'existent  plus. 

*  En  septembre  ou  en  octobre  le  Parlement  avait  des  vacances.  Antoine 
Fumée  en  [>rotitait,  sans  doute,  ])0ur  aller  visiter  sa  terre  de  Blandé  (ou 
Blanâ(y)  en  Normandie. 

*  C'étaient  les  libres-penseurs  ou  esprits-forts  de  ce  temi)s-là.  Ils  sont 
visés,  croyons-nous,  dans  plus  d'un  paragraphe  du  livre  intitulé  :  «  Contre 
la  secte  phantastique  et  furieuse  des  Libertins.  Qui  se  nomment  spirituelz. 
Par  I.  Calvin.  A  Genève,  par  lehan  Girard.  1545.  »  243  pp.  i)etit  in-8". 


230  ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1342 

illius  opinioiiis  odorcm  mihi  redoleront,  quse  illi  tanqiiam  sales 
lepidis  sermonïbus  aspergimt,  et  obscurum  aliquem  ex  illis 
lalltis^  ciim  magna  Dei  mei  liducia,  de  ea  seiitentia  libéré 
mecum  ex  promisso  disputantem  convenire  contigit,  ea  quse 
modo potissimwn  teneo  argumenta  descrïbam.. 

Primùni  quidem  Novi  Testamenti  fidem  ahrogant  :  eum  qui 
illud  conscripserit  aut  ejus  aiithorem  summè  eruditiim,  inge- 
niosissimum,  prudentissimum,  sagacissimum  ac  pœnè  divinum, 
ut  Platonem,  sic  agnoscunt,  ^ebv  ôè  ehy.i  ovâauMç,  nec  ulla 
ratione  id  fieri  posse  contendunt.  Idque  eos  maxime  movet,  ut 
inquit  ille,  qubd  Socrates,  Plato  aliique  permidti  philosophi  di- 
vina  jÀeraqiie  ac  etiam  divhnora  Evangelio  sc^ipseriint,  qin 
tamen  dit  non  siint  existimati.  Veteris  Instmmenti  locos  in  nos- 
tram  adductos  sententiam  dépravant,  et  si  quihus  urgentur,  pro- 
tinus  hystoriee  fidem  ahrogant,  cumque  illorum  in  refellendis 
tam  sacratissimis  Scripturis  nimia  impudentia  arguitur,  «  Hui  ! 
tam  sanctse,  inquiunt,  scripturœ,  quaî  tôt  impudicis  verbis  et 
cantionibus  refertae  in  Canti.[co^  Canticorum  passim  deprehen- 
duntur.  »  Neque  recipiunt  illius  linguse  tropum  explicatum  do 
Deo,  ecclesiam  suam  tanquam  amicam  amplectente.  Preterea, 
cum  defilio  Dei  aliquid  audiunt,  de  eo  dictum  interpretantur 
qui  probe  sapientiam  illam  divinam  sectatur,  quemadmoduni 
aliquo  in  loco  script  um  est  :  Mons  Dei,  nions  pinguis,  et  spiritus 
Dei,  id  est,  ingens,  et  digitus  Dei,  et  cetera  que  [1.  quœ]  para- 
phrasi  hebraica  dicuntur  :  et  hanc  nostram  oâpeaiv  inventionem 
esse  tanquam  poëtarum,  qui  célèbres  et  eximios  viros  Deos  pro])- 
ter  virtutem  effinxerunt.  Cum  verô  hoc  argumento  impeUuntur, 
nullo  in  homine  usquam  taies  vh-tutes  apparuisse,  tam  insignes, 
tam  divinas,  atque  certè  Dei  ipsiiis  proprias,  neque  in  factis  eas 
tantùm  consistere  (quia  protinus  negari  possent),  sed  et  in  sen- 
tentiis,  quœ  si  quid  usquam  in  Platone  aut  Socrate  boni  repe- 
ritur,  id  omne  certè  comi)lectuntur,  ac  preterea  puram  illam  ac 
defecatam  Dei  veri  mentem,  quantam  illi  (quia  tantùm  homines 
erant)  assequi  non  potuere,  ex[h]ibent,  omnibusque  viris  a  Deo 
ipso  preparatis  certara  ac  renudatam  commonstrant,  —  tum  illi 
iwimùm  illius  facta  inficias  ire  non  duhitant,  deinde  sententias 
et  axiomata  viri  eruditi  esse  non  negant,  sed  eas  esse  simpUces 

®  Il  veut  (lire  :  riin  de  ces  l'ieliards  et  bons  vivants. 


loiâ  ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  231 

et  infimas,  nullo  demonstrationis  genei-e  exjMlitdS,  niJiil  de- 
nique  liahenies  quod  non  cuiqiie  inediooiter  erudito  contrihun 
sit  et  exj)loratum.  Scio s Rutom  liomi nés  Jwjimnodi  vix  7'ationihiis 
convinci posse  :  itasimt  apud  me  deplhrati.  Multis oiiini  ac  vaiùis 
disciplinis  imbiiti,  nostrumciuo  sonsum  pulchiv  callentos,  tau- 
quam  qui  aliquaudo  à  nobis  desciverunt,  oiuni  vallo  ac  sej)!- 
mento  domonstrationum  se  munierunt,  et  adversùm  nos  ita 
obstinatè  sesc  obtinnarunt,  ut  vix  unquam  oos  inde  avelli 
sporem,  in  illorum  caput  ab  apostolo  dictum  esse  putans  :  «  Nani. 
inquit,  tieri  non  potest  ut  qui  somel  fuerint  illuniinati.  gustavo- 
rintquc  donuni  cœlesto,  et  participes  fuerint  facti  spiritus  sancti. 
gustaverintque  bonuni  Dei  verbum  ac  virtutes  futuri  seculi,  si 
prolabantur,  denuô  renoventur  per  penitentiam.  »  Id  sohuu 
jjrestare  jiossKmiis  quod  maxime  illos  mordent  et  excruciet,  si 
vitam  integram  et  xmrmn  in  lege  Domini  constanter  degamus  : 
quod  ut  prosperet  in  nobis  Dominus  Jésus  Cliristus  otiam  atque 
etiam  oro,  et  tu  nobiscum  oral)is. 

Quia  verô  de  illis  actum  est,  ipsos  omittamns  censeo,  aliisque 
in  dies  nascentihus  recentihus  ingeniis  occitrramîis,  ne  sciîicet  in 
grassatorum  illorum  manus  incidant  ac  protinus  conficiantur. 
Hîc  apud  nos  viros  bonos  et  fidèles  aliquot  esse  ad  hanc  rem 
attentiores  tibi  assero,  et  certè  in  officio  pro  se  sedulè  quisque 
facit.  Sed  Jam  ingenti  eorum  hominmn  muUitudine  tantùm  non 
oppriminiur,  ita  ut  nunc  taam  tuorumque  similium  opérant  Me 
surnmopere  desiderenms.  Tuuni  erit  munus  non  miniis  necessa- 
rinm  quàm  utile,  si  nonmdla  in  hanc  sententiam  collegeris,  ut 
scripsisti,  et  ea  eleganter,  ut  probe  nosti,  descripseris,  quihus 
ferocia  crescentium  ingénia'  ah  illa  patenti  via  deflecti  possint, 
ac  prudenter  eam  inire  viam  edoceantur  quam  primus  stravit 
JESUS,  atque  in  eam  usque  tanquam  manu  adducantur.  Quod 
ut  faustum  fœlixque  sit  Deum  Opt.  Max.  queso  et  tilium  cjus 
JESUM  CHRISTUM  oro. 

Cseterùm,  quod  ad  commîmes  res  nostras  attinet,  nescio  quid 
reetè  scribam  :  tanto  sunt  in  errore  et  lapsii,  ut  in  hrevi  ?-uinam 

''  L'écrivain  semble  uvoir  omis  un  mot  :  sophistarum,  peut-être.  Cres- 
centitim  indiquerait  la  i)roj)agation  rapide  de  la  secte.  Dans  le  livre  men- 
tionné plus  haut  (n.  5),  Calvin  dit,  j).  31  :  Elle  a  «  tant  pullulé,  que  c'est 
quasi  une  contagion  publique.  » 


232        ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.        1542 

miditentur  ^  Tôt  impendent  nobis  imdique  calamitates  et  plagse, 

ut  non  dubitem  nos  diu  Jioc  statu  non  consistere  posse.  Idque 

dudiim  mihi  presagit  animiis.  Hoc  Deus  avertat,  in  cujus  manu 

ac  potestate  nostra  omnia  sunt  sita!  Vale  et  me  commendatum 

habe. 

Tuus  quom  nosti  Capnius. 

Post  lias  ad  te  scriptas  litteras,  dum  illas  amico  meo  communi- 
carem,  cui  et  tuas  quondam  legendas  dederam,  m  quœ  maxime 
à  me  exigeres  prœtermisisse  sum  admonitus,  teque  maxime 
desiderare  ut  illorum  Jwmimim  mottes,  habitus  et  couver sationes 
in  rep-lnblical  nostra  tibi  deliniaram  [1.  delinearem].  Quod  mihi 
longé  facilius  erit,  quàm  id  quod  suprà  conabar.  Primùm  qui- 
dem  sunt  ejusmodi  homines  lauti,  nitidi,  obesi,  ft-oclBocxol,  nihil 
voluptatum  omnium  quse  terra  marique  conquiri  possunt,  non 
affectantes  :  potant  egregiè,  mensas  Siceliis  illis  lautiores 
ponunt,  denique  diffluunt  undique  voluptatibus,  sicque  agunt 
omnia  tanquam  postrema  nullamque  posthac  rationem  admit- 
tentia,  et  si  quando  doloribus  morborum  anguntur,  tum  maxime 
voluptatum  agmina  sibi  asciscunt,  quibus  dolores  illos  inferiores 
reddant  ac  tandem  in  voluptate  provoluti  vincant.  Et  si  quando 
illis  bene  cessit,  egregia  illa  facta  et  hanc  inventam  artem  pre- 
dicant  :  sic  pulchre  dolores,  morbos,  anxietates  et  cetera  hujus- 
modi  depelli  posse  admonent.  Intérim  omnium  metum  et  reli- 
gionem  deponi  jubentes,  palamque  et  intrépide  hœc  dictitant, 
eam  licentiam  projectamque  audaciam  luxuriosœ  vitœ  legibus 
nostris  non  coërceri  prospicientes. 

Inter  hsec  sunt  elati  admodum,  contumaces,  et  veloces  eorum 
pedes  ad  effundendum  sanguinem,  ita  ut  quotidie  sublatam  illam 
potestatem  vitae  et  necis  in  servos  nostros  déplorent  et  conque- 
rantur.  Dicunt  non  magni  interesse  totius  reii).[ublicae]  si  quis 
in  negotio  fratrem  circumvenerit,  preterea  et  eum  qui  gloriam 
ox  animis  liominum  sustulerit,  alas  virtuti  precidisse,  legemque 
nostram  multis  preclaris  et  bene  natis  ingeniis  ea  de  causa  ob- 
stitisse,  multosque  tandem  degenerare  coëgisse.  Sic  nos  tanquam 
dégénères,  zomeivovg  xai  dfj-nu.o-jq  despicientes,  uxores  suas  quàm 

®  Allusion  à  la  situation  périlleuse  des  Évangéliques  français  (N"  1149, 
n.  18,  20). 


1542        ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.         233 

possunt  arctissimis  suporstitioiiibus  inibimiit,  oo  jure  et  vinculo 
eas  retinori  et  devinciri  posso  judicant(^s,  suaiii  intérim  luxu- 
riam  in  alias  passini  exercentes.  Quidqnid  a  privcipe  etiani 
nephandissinmm  sancitum  sit,  retineri  volunt  oh[stinatè\.  Luthe- 
ranos  interfici  debere  censent,  sihi  intérim  pidchre  caventes  [in 
sermonibus],  evrpaûîlia-j  n])i(iue  exercentes,  aim  religiosis  de 
religione  pulcJire  disserentes,  ciim  doctis  eruditè,  cuni  superstitio- 
sis  siiperstitiosè,  denique  ita  versipelles  et  r.avovpyoi,  ut  (dj 
incautis  non  facile  intercipiantur,  neqno  tanien  conij)arandis 
plausoribns  et  asseclis  intei'ini  defatigantnr,  novitiis  quibusdam 
et  incautis  insnsitrrantes,  Deuni  optimum  Iwminem  non  creavisse 
ut  tandem  perpetuo  supplicio  daret  :  id  de  I)eo  existimare  inipiuni 
esse  persuadentes,  perpetiinmque  illuni  ignem  miris  sconiniati- 
bus  irridentes,  contendentes  passim  religionem  nostram  nihil 
prêter  verba  liabere,  eam  neniinem  nsqiiam  assecutnm,  nec 
potuisse  asseqtii,  trit/um  illud  in  ore  habentes  :  vivere,  bibere  et 
léetari,  snnimeque  non  (fCkbao^^ci  alla  r^tXoÇojot,  hodieque  majores 
nostrie  familite  his  perstrepunt,  nec  nos  verentnr,  qnos  norunt 
et  leges  timere  et  i)Otestatibiis  odiosos  esse.  Addam  quod  prete- 
rea  illi  non  dissimnlant,  de  Mose  sentientes,  prudentissimum 
illnm  ducem  et  praefectum  rei  militaris  extitisse,  qnem  cnm  Deo, 
tanquam  Numa  cum  sua  Egeria,  collocutum  ainnt. 

Hec  sunt  quse  breviter  [de]  illorum  moribus  perstrinxi,  qui- 
bus  eos  tan(iuam  leonem  ex  nnguibns  dignoscere  ])oteris.  Q^iœ, 
omnia  si  pulchre  depinxeris,  illos,  mihi  crede,  mordebis  et  pun- 
ges  acerrimè.  Yale  iterum  et  reseribe,  si  quid  in  tantis  occupa- 
tionibus  ocii  aliquando  nactus  eris''. 

(Suscription  :)  A  Monsieur  Monsieur  Dépeville. 
A  Mons""  Mons""  Despeville,  Seigneur  (rA])remont'°. 

^  La  date  approximative  paraît  devoir  être  fixée  entre  le  mois  d'octobre 
1542  (il.  4)  et  le  mois  de  mars  1543  (Voyez  la  lettre  de  Fumée  à  f'alvin 
placée  à  la  tin  d'avril  1543). 

*"  Dans  l'édition  de  Brunswick  «  seigneur  dapant.  »  Les  éditeurs  n'ont 
pas  remarqué  que  les  dernières  lettres  de  ce  mot  sont  surmontées  d'un 
long  trait  horizontal,  qui  serait  superflu  s'il  fallait  lire  dapanf.  D'ailleurs 
uipant  est  un  nom  imaginaire,  tandis  qu'il  existe  en  Picardie  deux  loca- 
lités, Eppeville  et  Aprenionf,  qui  étaient  qualifiées  de  seigneuries  au  temps 
de  Calvin. 


234    NICOLAS  [d'adxerre]  et  j.  bonivoye  au  conseil  de  berne.  1542 


1192 

NICOLAS  [D'AUXERRE]  et  J.  BONIVOYE  au  Gonseil  de  Berne  \ 
(De  Vullierens,  1542  ou  1543  \) 

Inédite.  Minute  originale  ^  Mscrit  de  notre  collection. 

Très  niagnificques  et  très  redoubtés  Seigneurs  et  Princes, 

Humblement  se  présentent  par  devant  vostres  excellences 
Nicolas  [d' Aiixerre]  et  Jehan  Bonivoye,  lesquelz,  de  vostre 
louable  prudence  et  bénignité,  sont  ministres,  à  sçavoir  :  le  dit 
Nicolas  à  Ligneroles  *  et  le  dit  Bonivoye  à  Villeren.  Et  vous  ex- 
posent que,  au  commencement  qu'ilz  ont  eu  charge  du  minis- 
tère, chascung  en  son  lieu,  ne  congnoissans  point  les  meurs  et 
manières  du  peuple,  ont  vrayement  tasché  les  gaigner  au  Sei- 
gneur, mais  par  aultre  moyen  et  faceon  que  le  dit  i)euple  n(> 
porte  :  tellement  que  les  dits  ministres  congnoissent,  par 
expérience,  ceste  faulte  empescher  que  le  peuple  ne  soit  tant 
édifié  comme  il  est  bien  requis  ^  Et  voyent  que,  pour  le  bien 

'  Voyez,  sur  Jean  Bonicoye  aliàs  de  Brilly,  le  t.  Vil,  p.  3G-38. 

Nicolas  d'Auxerre  figure  pour  la  première  fois  daus  la  correspondance 
des  Réformateurs.  Nous  ne  savons  pas  si  d'Auxerre  était  son  nom  de 
famille,  ou  s'il  l'avait  reçu  comme  natif  de  la  ville  d'Auxerre  (département 
de  l'Yonne). 

^  Voyez  la  lettre  suivante,  note  1. 

^  Nous  l'avons  complétée,  dans  quelques  passages,  au  moyen  de  deux 
autres  rédactions  qui  sont  aussi  de  la  main  de  Bonivoye. 

*  Village  situé  au  pied  du  Jura,  à  1  7^  1-  N.-O.  de  la  ville  d'Orbe. 

^  Plusieurs  des  ministres  venus  de  France  durent  éprouver  des  difficultés 
pareilles.  Le  peuple  des  campagnes  était  très  ignorant,  parce  que  les  villes 
seules  avaient  des  écoles,  et  il  ne  pouvait  comprendre  que  des  sermons 
très  simples.  Encore  n'est-il  pas  certain  que  le  français  littéraire  y  fût  com- 
])ris  partout.  Un  ancien  pasteur  nous  a  raconté,  qu'au  début  de  son 
ministère  dans  une  paroisse  reculée  du  canton  de  Vaud,  il  dut  souvent 
s'exprimer  en  patois  pour  être  compris  de  ses  catéchumènes. 

Un  autre  pasteur  écrivait  en  1789  :  «  Il  n'y  a  pas  quatre-viugts  ans,  que 
dans  les  meilleures  maisons  du  Pays  de  Vaud  on  ne  parlait  presque  que 
X>atois  :  il  était  nécessaire  de  s'en  servir,  soit  avec  ses  domestiques,  soit 


1  o42  JEAN  BONIVOYK  ET  NICOLAS  D'AIXEIUIE  A  1'.  Kl  NTZ,  A  BERNE.     235 

de  l'église,  seroit  troj)  plus  convenable  de  faire  permutation, 
congnoissans  qu'ilz  n'ont  aulcun  moyen  d'y  subvenir  que  de 
vous  (>xposer  leur  cause.  En  laquelle  ne  diMuandent  n(>  pré- 
tendent sinon  que  chascung,  selon  son  petit  pouvoir,  serve  plus 
facilement  au  i)rofit  de  l'église  et  honneui-  de  vostre  sainct(> 
République.  A  ceste  cause,  les  dictz  ministres  en  toute  révérence 
suj)j)lient  les  vostres  Illustres  et  magnifiques  Seigneuries,  que 
vostre  bon  playsir  soyt  ce  concéder  et  octroyer,  quo  le  dict  Ni- 
colas aye  charge  du  ministère  à  YUleren,  et  le  dict  Bonivoye  à 
LigneroUes  ^  Et  prient  voz  Seigneuries  vouloir  avoir  agréable 
la  requeste  de  voz  humbles  serviteurs.  Lesquelz  de  bon  cœur 
prient  le  souverain  Seigneur  avoir  en  sa  gard(>  l(>s  vostres  exc(»l- 
lenc(>s  et  magniticences,  et  les  maint(Miir  en  tout(>  bonne  j)ros- 
périté. 


1192bis 

[JEAN  BONIVOYE  et  NICOLAS  D'AUXERRE]  à  P.  Kuntz,  à  Berne. 
(De  Vullierens,  1542  ou  1543  \) 

Inédite.  Minute  originale.  Mscrit  d(>  notr(>  collection. 

....Praedicata  humanitas  [tuaj  bonam  spem  facit...  ut  solito 

avec  les  gens  de  la  campagne;  il  mettait  plus  d'égalité,  pins  de  cordialité 
dans  le  commerce  de  la  vie,  et  plusieurs  termes  de  l'agriculteur  et  dn 
berger  n'avaient  et  n'ont  encore  aucun  vrai  synonyme  en  fnoiçais  »  (Phi- 
lippe Bridel.  Course  de  Bàle  à  Bienne  ])ar  les  vallées  dn  Jura.  Râle,  17SI», 
p.  118). 

**  Bonivoye  n'obtint  pas  ce  qu'il  désirait.  Il  fut  élu,  en  1.541,  jjasteur  du 
village  de  Lonay,  situé  à  '/*  de  lieue  X.-E.  de  la  ville  de  Morges.  Nicolas 
d'Auxerre  vint  preiulre  sa  place  à  Vullierens,  et,  suivant  une  liabitude 
que  nous  avons  mentionnée  (VI,  101,  n.  102  ;  VU.,  288,  n.  1),  on  rai)i)eia 
dès  lors  «  maître  Nicolas  de  Vullierens  »  (Voy.  les  Mémoires  de  Pierre- 
fleur,  p.  383).  Ce  pasteur,  dont  Calvin,  Farel  et  Viret  ne  parlent  presque 
jamais  dans  ce  qui  nous  reste  de  leur  correspondance,  devait  être  un  homme 
de  mérite.  Ce  qui  le  montre  bien,  c'est  qu'on  le  jugea  digne,  en  1,557,  d'aller 
servir  l'église  de  Paris.  Le  i  septembre,  même  année,  il  y  présidait,  rue 
St.-Jacques,  l'assemblée  protestante  qui  fut  assaillie  jiar  la  ijoimlace.  à 
l'instigation  des  prêtres. 


236  JEAN  CALVIN  A  MICHEL  [vAROD],  A  GENÈVE.  1542 

moro  tua  munilicciitia  ac  liberalitato  iitamur  apud  magnificos 
Principes,  ut  sicut  tuis  auspiciis  concredita  fuit  uobis  provincia 
pi'omendi  Evangelii,  iisdem  pariter,  tuo  ipsius  beneficio  commo- 
ditatem  nanciscaniur  illud  fructuosiùs  offerendi.  A  principia 
namquo,  dum  pro  viribus  adniteremur  plebem  nostram  lucrifa- 
cere  Christo,  —  quôd  ignota  nobis  esset  natura  et  ingenium 
populi,  —  non  quem  maxime  decebat  modum  adhibuimus  :  quod 
certè  plurimîim  nos  angit  ot  cruciat,  atquo  id  non  injuria, 
quando  quidem  nos  in  mala  ducit  séria,  ita  ut  videamus  nullam 
spem  instaurationis  nobis  superesse  prseterquam  in  te  uno,  cujus 
subsidium  tanquam  supremum  jugiter  oranius.  Tu  igitur,  pro 
tua  admirabili  t'acundia,  et  lue  iui  ohserrantissimis  patrocineris, 
eorumque  partes  apud  lllustrissimos  Principes  suscipere  velis, 
qno  ego,  qui  ViUerani  omis  mitnsterii  sustineo,  eo  fungar  Ligne- 
roUs,  et  Nicolao,  qui  nunc  Lignerolis  agit,  Viïlerennensis  eccle- 
sie  moderatio  deniancletur.  Hoc  è  tua  benigna  prudentia  (quam 
sciunt  abundè  perspicere  quicquid  sit  in  rem  Ecclesie)  exorent 
{sic),  qui  tua  opéra  summo  cum  emolumento  sunt  usi.  Et  pro- 
fectô  sic  confidimus  in  Domino  fore  ut  nunquam  te  ejusmodi  in 
favore  peniteat.  Yale,  observandissinie  Conschene,  et  hanc  effla- 
gitatricem  postulationem  aequi  bonique  consulas  precor.  Deus 
Opt.  Max.  tua  sancta  studia  tueatur  et  provehat  ! 


1192ter 

JEAN  CALVIN  à  Micliel  [Varod  *]  à  Genève. 
(Genève,  1542  ou  1543  \) 

Autogr.  Arch.  de  Genève.  J.  Bonnet,  o.  c.  I,  67.  Calv.  0pp. 

XI,  482. 

Seigneur  Michel,  ce  paovre  homme  est  si  fort  maléficié  en  son 
corps,  que  c'est  pitié,  et  mesmes  horreur  de  le  veoir.  Il  dict  que 

*  Le  millésime  est  déterminé  approximativement  par  ces  deux  faits  : 
Bonivoye  était  encore  pasteur  à  VuUiereus  en  1541,  et  Pierre  Kuntz, 
selon  une  note  de  Christophorus  Piperinus,  mourut  à  Berne,  le  11  février 
1544, 


1343  PIERRK  TOLSSAIN  A  MATTHIAS  ERB,  A  RIQLEWIR.  237 

cela  ne  luy  est  pas  venu  de  paillardise.  Pourcc  qu<'  c'est  chose 
pitoiablf.  il  vous  jjjaira  de  regarder  s'il  y  auroit  moien  de  le 
secourir  :  aftiii  qu'il  uf  pourrisse.  Je  le  vous  recommande  d'aul- 
tant  plus  hardimuiit.  que  je  pense  qu'd  soit  de  la  villf.  Car  s'il 
estoit  estrangior.  j'aviseroye  d<'  mov-mesme  d'y  jirovioii-  ru 
quelque  sorte  :  affiu  df  uf  donner  point  occasion  df  crier,  comme 
on  faict.  Mais  puis  qu'il  est  d'icy,  j'en  faiz  moins  df  difficulté. 

Vostre  frère  et  bon  amy 
Jehan  Calvin. 


1193 

PIERRE  TOUSSADs  à  Matthias  Eib.  à  Riquewir. 

De  Montbéiiard.  l'"'  janvier  ri543j. 

Inédite.  Autographe.  Arcliives  occlés.  de  Bâle. 

S.  Respondi  nuijer'  ad  ejjistolam  tuam.  frater  in  Doniiuo 
chare  et  observande,  et  obsecro  te  per  Christum  Jesum  et  tuam 
pietatem,  ne  meum  in  te  animiim  éestimes  ex  offieio  Uterarum  : 
nam  amare  semper  vacat,  scribere  Sciepe  non  vacat.  Et  firmiore 
vinculo  conjunxit  nos  Dominus,  quàm  ut  chartaceis  machinis 
simus  retinendi.  Quse  ad  te  scribo.  quôd  nuper  Illustris  Princeps 
et  Dominus  noster  clementissimus  Georgius  Cornes,  Sifjismundo 
nostro  -  scripserit.  mirari  se  qui  fiât  ut  tam  rar5  ad  te  scribam''  : 
quod  si  ullo  contemptu  fit.  contemnat  me  Dominus  Deus  :  sed 
sum  natura.  ad  scribendum  prsesertini.  tardus  et  segnis.  Id  quod 
oro  boni  consulas  tibique  persuadeas.  me  te  ac  tuos  symmystas 

^"-  M.  l'archiviste  Sord^t  a  écrit  cette  note  sur  la  lettre  autographe  : 
«  Adressée,  je  crois,  à  Michel  Varod,  procureur  de  l'hôpital  en  1542.  • 

^  Lettre  du  20  novembre  1.542. 

*  Sigismond  Stier,  chancelier  du  comté  de  Montbéiiard. 

'  Ce  détail  tixe  l'année.  Le  comte  Georges  de  Wurtemberg  avait  quitté 
Montbéiiard  en  juillet  1542,  lorsque  son  neveu  Ulric  vint  s'y  établir,  et 
il  s'était  retiré  à  Eiq^ueicir,  au  milieu  de  ses  domaines  de  l'Alsjice.  Écrivant 
de  Riquewir  à  son  ancien  chancelier,  il  pouvait  bien,  en  1543,  se  plaindre 
du  silence  de  Toussai»  :  mais  en  janvier  1542  le  même  reproche  eût  été 
impossible. 


238     BERÎVE  AU  DOYEN  ET  AUX  JURÉS  DE  LA  CLASSE  DE  LAUSANNE.    1543 

omnes  amore  summo  ac  veneratione  prosequi.  Vale  in  Domino. 
Mombelgardi,  Calendis  Januarii  (1548). 

Tuus  ex  animo  P.  Tossanus. 

(Inscriptio  :)   Fidelissimo   ecclesiœ  Richenvillensis  pastori 
Matthias  Erbio,  fratri  suo  unicè  charo  et  observando. 


1194 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  au  doven  et  aux  jurés  de  la  Classe 

de  Lausanne. 

De  Berne,  2  janvier  1543. 
Inédite.  Minnto  originale.  Arch.  de  Berne. 

L'Advoyer  et  Conseil  de  Berne,  nostre  salutation. 

Honorables,  sçavants,  chiers  et  bien-aimés  ! 

Nous  avons,  ces  jours  passés,  receu  les  lettres  que  nous  avés 
escriptes  de  la  congrégation  de  Vivey  du  premier  jour  de  no- 
vembre dernier  passé  ',  et  le  contenuz  d'icelles  bien  entenduz. 
Sur  lesquelles  avons  advisé  de  vous  tenir  quelques  propos  et 
faire  response.  Dont  est  nostre  vouloir  que  vous  ayés  à  [vous] 
transjjourter  ver  nous,  que  soyés  icy  Dimenche  quatorziesme 
jour  de  ce  présent  moys,  au  soir  ^  En  ce  ne  faicte  faulte.  Datum, 
n»  Januarii  1543. 

fSuscription  :)  Aux  honorables,  sçavants,  nous  chiers  et  bien- 
aymés,  maistres  Françoys  -,  Doyen,  Pierre  Viret,  Johan  de 
Tornay,  Johan  le  Grue  et  Jehan  Rebit  \  Jurés  de  la  Classe  de 
Lausanne. 

^  MM.  de  Berne  avaient  reçu,  en  outre,  «  le  livre  »  mentionné  par  la 
Classe  de  Lausanne  dans  cette  même  lettre  du  1"  novembre  (Cf.  p.  176, 
renv.  de  n.  19),  et  une  dénonciation  A''Antoine  Marcourt,  qui  accusait 
Viret  de  s'être  exprimé  grossièrement,  dans  l'assemblée  de  Veveij,  sur  le 
compte  de  LL.  EE. 

'^  Manuel  de  Berne  du  samedi  30  décembre  1542  :  «  Relativement  au 
blâme  que  les  prédicants  de  Lausanne  ont  formulé  sur  l'affaire  des  biens 
d'Église,  le  Conseil  entend  la  lecture  des  rapports  secrets  sur  le  mémoire 


1543  BÉAT  COiMTE  A  RODOLPHE  GUALTHER,  A  ZURICH.  239 


1195    ^ 

BÉAT  COMTE  à  Rodolphe  Giialther,  à  Zurich. 
De  Lausanne,  5  janvier  1543. 

Inédito.  Autogr.  Bibl.  de  Zuricli.  Copie  comiimiiiquée 
par  M.  le  pasteur  A.  Berniis. 

G-ratulor  tïbi  sanctum  istiid  ac  veHerahile  conjugium  -,  Ro- 
dolphe siiavissinie,  Deumque  Opt.  Max.  rogo,  ut  in  eo  pulclira 
te  proie  parentem  faciat,  atque  etiam  longos  et  jucundos  annos 
cum  tam  honesta  et  modis  omnibus  laudanda  uxore  exigere. 
Ceterîim  valde  cupio  abs  te  certior  fieri  de  statu  ecclesiœ  vestrœ, 
quœ  sanè  uiilii  in  paucis  est  observanda  et  sacrosancta,  Jésus 
Christus  velit  eaui  nobis  diu  conservare!  Deinde  abs  te  scire 
cupio,  si  qidd  viovorum  lïbrorum  istic  sub  prœlis  habeatur.  Et 
quoniani  intellexi  saari  Biblia  typis  excudi  ^  mitto  ad  te  epi- 

présenté  par  Viret  au  colloque  de  Vevey,  mémoire  dans  lequel  l'avo3er 
[J.-J.  dé\  Watteville  est  blâmé  nomiuativement  comme  acheteur  de  biens 
d'Eglise.  Sur  quoi,  Watteville  —  après  avoir  })roduit  un  billet  qui  l'accuse 
de  retenir  un  cens  de  vin  et  un  cens  de  blé  de  la  cure  de  Ponterouse,  — 
dit  que  le  blâme  de  Vevey  provient,  à  son  avis,  des  susdits  cens,  et  il 
demande  que  mes  Seigneurs  lui  indiquent  le  nom  de  la.  personne  qui -leur 
a  communiqué  ce  billet  ;  car  il  veut  se  défendre  par  la  voie  du  droit. 

«  On  lui  assure  que  mes  Seigneurs  le  tiennent  pour  excusé.  Le  billet  en 
question,  relatif  aux  biens  de  la  cure  de  Ponterouse,  n'a  pas  été  interprété 
à  son  désavantage,  mais  [il  a  été  écrit]  seulement  afin  de  constater  les 
revenus  de  la  d.  cure  et  de  s'entendre  plus  facilement  avec  lui  sur  la 
garantie  que  mes  Seigneurs  ont  été  tenus  de  lui  donner,  pour  quelques 
cens  qu'il  a  achetés  [en  1532]  des  chanoines  de  Lausanne.  »  (Trad.  de  Tall.) 
Voy.  les  Additions. 

Le  procès-verbal  ajoute  immédiatement  après  :  «  Citer  ici,  pour  le 
14""  jour  à  partir  de  demain,  Viret um  et  reliquos  sati/ricos  stoicos.  » 

*  François  Martoret  du  Eirier,  pasteur  à  Vevey. 

*  Jean  de  Tournay,  jjasteur  à  Aigle.  Jean  le  Grus,  pasteur  à  Montreux. 
Jean  Rebit  ou  Mibit,  professeur  de  grec  à  l'académie. 

'  Le  mariage  de  Bodolphe  Gualther  avec  Eegula,  fille  d'Ulric  Zwingli, 
avait  été  célébré  en  juillet  1541  (VII,  207,  n.  26). 


240  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 

(/ranima  de  verbo  Dei  querendo  ^  Audio  aliquid  esse  à  te  car- 
mine  sci'iptum  ^  :  quod  si  verum  est,  non  gravaberis  ad  me 
mittere,  siquidem  eo  scriptorum  génère  valde  soleo  delectari  : 
quo  fiet  ut  tu  à  nobis  versus  aliquos  sis  postea  adcepturus.  Vale. 
Laus.  nonis  Januar.  1543. 
D.  Heynrichum  Btdlingerum  plurimiim  salvere  cupio. 

Tuus  ex  animo  B.  Comes  Donzarensis. 

(Inscriptio  :)  D.  Rodol.  Galthero,  viro  mihi  in  paucis  charo. 
Tiguri. 


1196 

SIMON  SULTZER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  8  janvier  1543. 

Autographe.  Bibl.  Publ.  de  Genève,  Vol.  n"  112.  Calv.  Op]). 

XI,  495. 

S.  Utinam  sit  integruni  tibi,  Calvine  frater,  crebriùs  quàm 
soles,  ad  me  scribere  :  esset  unde  novam  subinde  voluptatem  ac 
recreationem  caperem,  neque  eam  prorstis  sine  meo  ecclesiaeque 
nostrœ  emolumento,  quippe  qui  tuis  me  consiliis  ac  monitionihus 
erigi  atque  juvari  sentio.  Sed  enim  quia  id  minus  tibi  licet, 
propter  peculiarem  quandam  eamque  maxime  seriam  adque 
communem  ecclesiam  spectantem  occu])ationem,  qua  te  inpras- 
sentiarum  audio  admodum  distringi  ',  moderatiùs  literarum 
tuaruni  desiderium  fero,  ut  quod  publico  bono  compensatum  iri 
nihil  anibigo.  Dominus  Jésus  pios  tuos  conatus  dignetur  pro- 

^  La  Bible  traduite  en  latin  par  les  pasteurs  et  professeurs  de  Zurich 
parut  eu  1543. 

'  Cet  epigramma  de  Beatus  Cornes  arriva  trop  tard  pour  être  inséré 
dans  les  pièces  liminaires  de  la  Bible  précitée. 

*  Gualther  avait  composé  quelques  vers  latins  pour  l'un  des  ouvrages 
de  BuUinger,  son  bienfaiteur  (Schola  Tigurinorum  Carolina.  Tiguri,  1664, 
j).  115).   Cf.  aussi  E.  Camillo  Rudolphi,  o.  c,  p.  34. 

'  Allusion  à  l'écrit  que  préparait  Calvin  contre  Albert  Pighius. 


loi3  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  :24 1 

veliere!  Ac  intérim  cœptam  scribendi  sodiilitatcm  non  intcrniit- 
tam  ego.  qu5d  et  semper  tantum  esse  temporis  à  negociis  vacui 
esse  credam,  ut  vacet  perlegere  amici/'pistolaui,  et  boni  te  cou- 
sultiirum  quod  ab  liomine  tui  stiidiosissimo  proficiseatur. 

Porrô  aliud  non  est  ad  manum  quod  inprîesentiarum  signiti- 
cem,  quàm  de  communi  temporuni  statu.  Accepisti,  arbitror,  de 
clade  Pannonica  et  satis  turpi  nostroriim  discessît,  qui  perfidiani 
JJngaroruni  causati,  paucorum  hominum  culpa  et  scelere  com- 
moti,  animos  suos  à  gente  tota  tanquani  in  universuni  perfida 
abalienarunt,  cum  intérim  tamen  constare  videam,  ])aucos  et 
l)riniarios  quidem  quosdam  proditionis  reos  fuisse,  et  ejus  scele- 
ris  consciam  non  fuisse  multitudinem  '.  Verùni  miserrimo  casu 
factum  est,  ut  nostri  non  Turcani,  (jui  minimum  nocuit,  sed 
cœlum  ipsum  et  Danubium  et  elementa  omnia  irata  habuerint, 
ampliusque  equitum  et  peditum  viginti  quinque  millium  amise- 
nint,  peste,  famé,  frigore,  morbisventriset  cai)itis  a]>sumptoi'um. 
Utinam  tam  verum  non  sit  quàm  creditur  Horatianum  ilhid  : 
Quicquid  délirant  reges,  plectuntur  Achivi.  Sed  ira?  iJei  debe- 
mus  quôd  et  hœc  patimur,  qua?  nunquam  non  commeremur,  et 
l)assuri  détériora  sumus,  nisi  et  qui  prîesunt  religionis  profes- 
sioni  sanctiore  exemplo  pr?eeant,  et  populus  pœnitentiae  saccum 
indutus  ad  se  percutientem  convertatur,  veraque  sui  abnegatione 
justo  furori  ejus  placando  insistât. 

Norimljergam  venit  rex  Ferdincmdus  ^  (ut  fertur)  cum  uxore 
et  liberis  aliquot.  et  in  hoc  totus  est  ut  Ordinil)us  p(>rsuasis 
nova  paret  suljsidia  et  sumi)tus  novis  exactionibus  resarciat, 
hélium  Pannonicum  quantis  potest  viribns  redintegraturus.  Cui 
instituto  fœliciter  ut  succédât  precamur  Dominum.  Equid(>m 

*  Yoypz,  sur  les  opérations  de  l'armée  impériale  en  Hongrie,  pendant  la 
seconde  moitié  de  l'année  1542,  le  X"  1158,  n.  11.  Selon  de  Hamnier  (o.  c. 
V,  359,  360),  cette  armée,  forte  de  près  de  quatre-vingt  mille  hommes, 
leva  le  siège  de  Pesth  au  bout  de  sept  jours,  «  s'avouant  vaincue  par  les 
huit  mille  soldats  qui  formaient  la  garnison  turque  de  cette  ville.  »  Le 
susdit  auteur  n'attribue  nullement  ce  résultat  à  la  trahison  des  chefs  hon- 
grois ou  du  capitaine  de  Stvrie  Jean  Ungnud,  mais  à  une  mésintelligence 
survenue  entre  les  Allemands  et  les  Italiens,  et  au  manque  de  concert  entre 
tant  de  chefs  et  le  commandant  général,  Joachim  de  Brandebourg. 

*  Le  roi  Ferdinand  n'arriva  que  le  17  janvier  1543  à  Xuremherg,  pour 
y  ouvrir,  le  31  du  même  mois,  la  dicte  des  États  de  l'Empire  (Sleidau,  II, 
296). 

T.   VIII.  16 


24:2  SIMOxN  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 

quod  ex  anteaetarum  rerum  casibus  et  prœsentium  miseriarum 
statu  colligitur,  vix  in  spem  venimus  iilliim  bellum  a  Germanis 
advei'sùs  Tiircam  pros])erè  adniocliini  vel  iiistitui,  vel  suscipi, 
vel  geri  posse,  nisi  demiim  unanimi  ])rincipum  omnium  et  ma- 
gistratuum  consensu  conatuque  omni  à  parte,  nec  parvis  copiis, 
nec  segnibus  imperatoribus.  Tyranmis  ille  longé  omnium  belli- 
cosissimus  petatur,  belli  sumijtibus  non  unum  in  annum,  sed 
admodum  plures  su])putatis  :  quod  si  non  fit,  non  est  ut  ullam 
nobis  gloi'iosam  victoriam  polliceamur,  sapientum  quidem  judi- 
cio,  nisi  miraculosè  ceu  à  machina  adfulgeat  cœleste  prœsidium. 
Sed  de  lis  satis. 

Certum  est  pontificem  Pmdum  concilium  suum  nuper  exor- 
sum  esse  Tridenti,  duobus  Cardinalibus  illô  ablegatis,  quorum 
alter  Calaber  est,  alter  Anglus  \  Erat  et  Contarenus  eô  venturus 
Pa2Jée  decreto,  sed  veneno,  ut  fertur,  de  medio  sublatus  est  ■'. 
Advolarunt  episcopi  italici  decem,  et  e  Germania  abbates  quidam 
nescio  qui.  Pontifex  ipse  Bononise  est,  ex  Csesareis  Dn,  Gfrin- 
vella  tibi  notus,  nescio  quid  de  pace  acturus  inter  Csesarem  et 
Gallum.  Sunt  qui  putent  et  ipsum  Csesarem  ad  comitia  ventu- 
rum  Carolum,  sed  falli  videntur.  Aut  enim  non  attinget  ille 
unquam  Germaniam  mortuus  :  aut  si  superest,  et  aura  mortali 
etiamnum  vescitur  ad  menseni  Aprilem  primum  aut  Junium 
Genuam  adpellet",  hostem  Ttircam  alicunde  invasurus.  Intérim 
omnia  classicum  sonant.  Ehscti  hnmontani  ad  duoruni  millium 
numerumselecti,  militatum  abiere  ad  Marchionem  de  la  Qiiasta', 


*  Par  une  bulle  datée  du  22  mai  1542  et  publiée  le  29  juiu,  le  pape 
Paul  JZJ  avait  convoqué  le  Concile  à  Trente  pour  le  1"  novembre  suivant. 
Vers  le  milieu  d'octobre,  il  en  élut  pour  présidents  les  cardinaux  Parisi, 
Morone  et  Pool,  qui  arrivèrent  à  Trente  le  21  ou  le  22  novembre  (Sleidan, 
II,  271,  289.  —  Paolo  Sarpi.  Hist.  du  concile  de  Trente.  Basle,  1738,  I, 
181-187). 

^  Le  cardinal  Contarini  était  mort  à  Bologne,  le  24  août  1542  (Seckeu- 
dorf,  III,  385).  Ou  l'accusait  de  ne  pas  s'être  opposé  assez  énergiquement 
aux  Luthériens,  dit  Sleidan,  II,  280.  Et  il  ajoute  :  «  Qui  familiariter  illum 
noverunt,  de  justificatione  hoiniuis  rectè  sensisse  dicunt.  Fuit  vir  cum- 
primis  doctus.  » 

^  Venant  d'Espagne  avec  une  flotte,  il  débarqua  à  Gênes  au  mois  de 
mai  1543  (Sleidan,  II,  313). 

^  Le  marquis  Alphonse  ciel  Guast  {del  Vasto),  gouverneur  du  Milanais 
Ijour  l'Empereur. 


i'à'i-i  SIMON  SLLTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  243 

gubcnuUori  {^ic}  apiid  I //subies  Cmsiu-vum,  qui  et  apud  Ualla/ii, 
m  agro  Pedeinoz/fano,  cohortes  habciit  miniinùin  duus.  Eam  i-oiu 
aegorrimè  foruiit  i-clitiiii  Pagi  immontani  Helreticorum,  lioc  i])- 
siiiu  (piod  rcs  habet  i)i'a»sagieiitos,  ut  diiiii  contrariis  doiiiiiiis 
niilitia  sumiuititur,  simiil  et  fides  iiostra  dignitasque  collabc- 
tactetur,  (>t  iiosiuetipsos  in  mutua  viscera  hostilibus  coiisiliis, 
magna  concordiae  etiani  domesticae  clade,  vénales  faeti  coneite- 
miis  :  Proinde  et  ab  iis  ad  illos  graviter  scriptum,  liabitis  ea  de 
re  Luce^'nœ  comitiis  et  alibi,  adliibitaque  ration(\  qua  suos  revo- 
care  et  in  tantis  reruni  tur])is  et  niotibus  retinerc  |)()ssiiit.  At 
vereuiur  ne  in  diversuni  rapiat  violenter  j)(^etora  an  ri  sacra 
famés. 

Cîeterùm,  de  expostidatioiie  frotrum  Lausannenshun  erga 
/los^,  scripseram  nuper  animo  ])lacido  acceptam  à  nobis.  neque 
moverat  quamlibet  acris  r.aop-naix,  ac  proinde  responsum  pa- 
ratnm  per  me  fnerat,  qno  et  nostri  in  se  animi  plenani  testifica- 
tionem  et  innocentise  liac  quidem  in  parte  fuerant  agnituri. 
Verùni  ne  procederet  institutnm,  t'ecit  commnnicata  eo/m/idem 
fratrum  ad  Eras.[mum]  ^  ejnstola,  qna  certè  prœter  nostram 
expectationem  sic  leniter,  adeoque  blandè  etiam  cnm  eo  homine 
agunt,  ut  non  obscure  deprehenderimus,  liaud  eodem  jndicio 
hanc  causani  ab  ipsis  expensam  atque  tractatam  esse.  Nam  cîtm 
obiter  ta/itùm  et  civïliter  accusent  neglectœ  communicationis  cnm 
fratribiis,  ajyertè  per  vos  excitatum  istud  ineendiam  fatentur , 
cui  restinguendo  ïlle  modum  non  satis  commodum  observarit, 
licet  de  proposito  minime  seditioso  niliil  ambigant'°.  lta(ine;  ut 

*  A  notre  avis,  expostulatio  fait  allusion  à  une  lettre  de  reproches, 
adressée  par  la  Classe  de  Lausanne  aux  ministres  de  la  ville  de  Berne. 
Les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  (XI,  497)  disent  en  note  :  de  disciplina 
et  bonis  ecclesiasticis  {Ruchat,  V,  220.  Hmideshagen,  175),  c'est-à-dire 
qu'ils  entendent,  par  expostulatio,  la  requête  du  1"  novembre  1542  adressée 
à  MM.  de  Berne  (N»  1174). 

Cette  interprétation  ne  résiste  pas  à  l'examen.  Si  elle  était  fondée, 
Simon  Sultzer  aurait-il  dit,  parlant  de  ses  collègues  et  de  lui-même  :  «  Nous 
avons  reçu  vos  représentations  p/rtC2cîo  animo.  J'avais  préparé  une  réponse 
pour  «oif^ç  justifier  ?  »  —  La  phrase  suivante  annonce  évidemment  que  la 
susdite  expostulatio  visait  la  manière  d'agir  des  ministn^s  de  Berne  jK'ndant 
la  dernière  crise  ecclésiastique,  et  non  les  actes  du  gouvernement  bernois. 

^  Cette  lettre  des  ministres  de  Lausanne  à  Érasme  Bitte/-  nous  est 
inconnue. 


244  SIMON  SULTZER  A  JEAN    CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 

voruin  fatoar,  mi  frater,  ad  rein  inexijoctatam  nonnihil  obstupui, 
metuquo  nonniillo  perciilsus  siim,  non  tam  qiiôd  liis  videam 
illum  nostrum  animatum  esse  potiùs  ad  certamina  minime  frii- 
gifera  quibus  natus  est,  quin  laterc  hune  tam  acerha  in  nosfra- 
trum  invectio  nequeat,  non  magis  quàm  nos  quae  ad  illum  scripta 
sunt,  —  quàm  quod  animorum  disjunctionem  prospiciam,  nisi 
Dominus  ploiiè  abnegatos  animos  concesserit.  Sois  ipse  quô 
ei'umpat,  in  tanta  teneritudine,  semel  insidens  animis  suspicio  : 
quae  certè  uasci  cepit,  cimi  qperta  significatione  déclarent,  se  in 
nos  tantûm  effundere  stomachum  et  esse  diserti  voluisse  :  maxime 
qui  non  duhiteut  erna  antagonistam  nos  reos  proriunciare,  auto- 
resque  linjus  tam  atrocis  tragœdise^K  Adde  quod  audiam  D.  Con- 
tzenum  a  Vireto  coram  fratribus  traductum  per  contentionem, 
neque  mihi  etiam  parsuin.  Qua])roi)ter  ea  in  re  tota  nonnihil 
jH'udentise  et  œquanimitatis  in  Vireto  nostro  desidero,  ut  non 
dicam  candoris  etiam  :  quem  miror  sic  vanis  delationibus  per- 
moveri  potuisse,  ut  aniicos  de  se  prasclarè  et  loquentes  et  sen- 
tientes  proscindere  instituât,  qui  si  calumniis  digni  essent 
maxime,  indignus  tamen  ille  erat  qui  locum  lis  faceret.  Itaque 
(]uod  unum  ini)raBsontiai'uin  ego  possum  etïicere  studeo,  ne 
quam  alienationem  mentis  admittat  quisquam  nostrûm,  dum 
coràm  audiatur  '^  Id  quod  his  diebus  futurum  arbitror  '^  Scan- 

10-11  ]Njous  avons  vu  Calvin  reprocher  aux  ministres  de  Lausanne 
(N°  1163,  renv.  de  n.  5-6)  d'avoir  écrit  à  MM.  de  Berne  une  lettre  où  ils 
égalisaient  les  torts  de  Kuntz,  de  Stiltzer,  et  ceux  A''Erasme  Bitter,  leur 
adversaire.  Ici  les  reproches  que  Siiltzer  adresse  aux  ministres  lausannois 
sont  plus  graves  encore  :  il  se  plaint  en  sou  nom  et  au  nom  de  Kuntz  et 
de  Béat  Gering,  de  ce  que  «  les  frères  de  Lausanne  »  leur  donnent  tous 
les  t(?rts. 

12  ei  14  Çg  yQg^  aurait  pu  être  accompli  une  semaine  plus  tard,  si  Pierre 
Kuntz  avait  été  aussi  bien  disposé  que  Simon  Sultzer  (voy.  la  note  13). 

*^  Viret  et  quatre  de  ses  collègues,  cités  à  Berne  pour  le  14  janvier 
(N"  1194),  furent  appelés  le  16  devant  le  Conseil.  «  Viret  et  les  autres 
.satiriques  (dit  le  procès-verbal  de  ce  jour)  comparaissent,  à  cause  de  leur 
missive  concernant  la  vente  des  biens  d'Église,  et  on  leur  fait  là-dessus  des 
représentations.  Ils  demandejit  un  délai,  parce  qu'ils  désirent  donner  leur 
réponse  par  écrit.  Idque  permissum  est.  »  —  «  17  Januarii.  Viretus  et 
socii  ejus  ont  demandé,  selon  leur  requête  d'iiicr,  un  Si/noâe  f/n/éral,  où 
la  question  des  biens  d'Église  et  celle  de  la  doctrine  seront  approfondies 
dans  tous  leurs  détails.  Lecture  est  faite  de  leur  réponse,  mise  par  écrit. 
Là-dessus,  on  décide  de  Irur  dire,  que  mes    Seigneurs    rendent   justice 


lo'i3  SIMON  SULTZER  A  .IKAN  CALVIN.  A  GENKVK.  245 

daloriim  eiiim  atqiu^  conliictiuuii  plus  satis  ost  liodic  Kciuidciii, 
qiiod  me  attiiiot,  no»,  commiitum,  arbitrer,  ut  (ilicitinH.  ah  ipso 
animiim  iiiiisquam  hdeUigai,  qui  honymem,  j)r()|)ter  [)riieclaras 
ingenii  dotes  et  iiidefessuni  i)rovehendi  Cliristi  regni  studiuin, 
odisse  non  possum,  etiamsi graviter  Lvdat.  8cd  et  de  liis  ])rox.[inièj 
pliira,  ciim  coràm  forte  auspicatiùs  iiiter  nos  egerimus  '\  Bene 
vale,  mi  frater.  Bernœ  8.  Jainiar.  Anno  43. 

Salutat  te  Dn.  Contzenus,  queni  volo  conjunctissiminii  persiia- 
deas  tibi,  item  Beatus  noster.  Neiitri  de  te  quicquam  siiiistri  in 
ment(Mn  venit,  ntcnn(iue  a  Yireto  oftensi  sint. 

T.  SULTZERUS. 

(Inscriptio  :J  \'iro  i)riestantiss.  Dn.  Joanni  Calvino,  Antistiti 
Genevensis  ecclesiœ,  amico  et  fratri  suo  conjunctiss. 

à  leur  premier  article  [de  la  teneur  suivante]  :  Concilier  les  ministres  qui 
ont  des  opinions  contraires,  les  préserver  des  troubles  et  des  innovations... 
Quant  aux  biens  d'Église,  mes  Seigneurs  n'ont  agi  que  pour  l'utilité 
publique  et  atin  d'alléger  les  charges  du  pays.  Les  plaintes  des  ministres 
ne  sont  pas  fondées.  Plus  tard,  mes  Seigneurs  leur  diront  les  causes  qui 
rendent  impossible  l'obtention  de  leur  demande.  » 

«  Jeudi  18  janvier.  On  a  entendu  les  lettres  de  Viret  et  de  ses  collègues 
aux  ministres  d'ici,  lettres  dont  Cimcenus  se  plaint  vivement  et  avec  beau- 
coup de  bon  sens.  A  senatu  adprobavit  literas.  Elles  sont  transcrites. 

«  Vtret  est  invité  à  produire  l'écrit  qu'il  a  lu  dans  le  colloque  [de  Vevey\ 
Il  s'explique,  et  il  dit  qu'il  n'a  rien  composé  que  la  lettre  envoyée  ici,  et 
qu'il  a  conféré  avec  les  frères  en  vertu  de  son  office.  Il  n'a  jamais  injurié 
mes  Seigneurs,  mais  il  a  toujours  dit  :  «  Nous  avons  de  bons  Seigneurs, 
qui  se  laissent  contenter  avec  des  raisons,  ne  credatur  delaforihus.  »  Il  a 
mis  en  lumière  sa  vie,  qui  s'est  écoulée  in  summa  tranquillitate,  absquc 
obtrectatione;  in  negotiis  vocationis  se  liberum  esse,  non  seditiosum  ;  no]i 
inhiare  bonis  ecclesiasticis.  Delatores,  imjjatientes  admonitionis,  ista  nioiiri, 
prpetcxentes  bonorem  magistratus,  animo  rabida  ferocia  ulciscendi  cupido  : 
homines  ignavi  et  mate  vitae,  aliis  imputantes  quod  ipsi  faciunt.  Se  ])ri- 
vatiiii  ni!  majus  aliis  adtentasse...  Ses  collègues  ont  composé,  avec  lui,  un 
traité  sur  la  question  des  biens  d'Église,  non  pour  le  ])ublier,  mais  pour 
l'offrir  à  mes  Seigneurs,  comme  ils  le  feront  encore,  s'ils  en  sont  requis.  » 
(Voyez  la  suite  à  la  fin  du  X"  12()0.J 


246  JEAN  CALVLN  A  OSWALD  xMYCOMUS,  A  BALE.  1543 


1197 

JEAX  CAL^TX  à  Oswald  Myconius.  à  Bàle. 
De  Genève.  1^  janvier  1543. 

Copie  ancienue.  Collect.  Hottiiiger.  Bibl.  de  Zurich. 
Cal.  0])p.  XI,  499. 

S.  Hic  juvenis  pro\nnqims  est  ministri  cujiisdam  quocummihi 
magna  est  familiaritas.  Is  me  veliemeiiter  per  amicitiam  nos- 
tram  rogavit,  ut  lias  tibi  scriberem,  quibus  tibi  commendarem 
suum  propinquum  in  causa  honesta.  Focit  in  literis  médiocres 
progressus,  et  quia  videtur  non  ineptus  esse  ad  majorem  pro- 
fectum,  si  pergat,  cupit  eum  frater  ille  noster  ulteiitis  promo- 
vere.  Sed  quia  nec  ipse  admodum  dives  est,  et  puer  magis  adhuc 
est  tennis,  non  potcst  quod  optât  obtinere,  nisi  aliunde  adjutus. 
Ergo  si  patrocinio  tuo  adjutus  jjublicam  istic  oleemosynam' 
impetrare  posset,  tune  ad  reliqua  sufficeret.  Habel)it  enim  ali- 
quid  pecuniœ  cum  ad  bospitium  conducendum,  tum  ad  libros 
comparandos.  Proinde,  quoad  sine  tua  niolestia  et  incommodi- 
tate  licebit,  peto  abs  te  ut  eum  in  meam  gratiam  juvare  velis. 
Nam  cum  bonœ  sit  indolis,  spes  est  eum  aliquando  utilem  fore 
ecclesiae  Dei,  ubi  in  schola  vestra  fuerit  institutus.  Bene  vale, 
frater  mihi  ])luriniùm  in  Domino  observande.  Dominus  te  et 
tuos  omnes  conservet  !  Genevse,  pridie  eidus  Januarias  1 543. 

JOANNES  CaLVIMjS  tUUS. 

(Inscriptio:)  Dn.  Oswaldo  ]\Iyconio,  Basilecnsis  ecclesiae  fidis- 
simo  pastoi'i,  fratri  mihi  in  Christo  plurimùm  observando. 

^  Au  moyeu  du  fonds  légué  par  Érasme  de  Bofferdam  aux  étudiants 
pauvres,  et  dont  Bonifuce  Amerbach  était  l'administrateur. 


loi3  LE  CONSISTOIRE  DE  BERNE  A  PIERRE  VIRET.  247 


1198  / 

LE  CONSISTOIRE  DE  BERNE  ^  à  Pierre  Yiret. 
Berne,  19  janvier  1543. 

Inédite.  Manusc.  orig.  Communiqué  par  M.  le  colonel  Troncliin. 

(Traduit  de  l'allemand.) 

Nous  LE  Juge  et  les  assesseurs  du  Consistoire  de  Berne,  fai- 
sons savoir  par  la  présente  lettre,  que  M.  le  doyen,  les  jurés  et 
députés  de  la  Classe  de  Yevey  nous  ont  dénoncé  deux  frères  de  la 
dite  Classe,  ]\EM.  les  prédicants  Beat  us  (7o»ies  à  Lausanne,  et  Fo?-- 
timatus^,  à  cause  d'une  alïaire  scandaleuse,  et  parce  que  ceux-ci 
auraient  été  trop  badins  dans  leurs  paroles,  leurs  manières  et 
leurs  actes  à  Végardde  quelques  femmes  et  tilles  :  du  moins  c'est 
l'accusation  portée,  le  bruit  public  et  le  rajqjort  des  personnes 
qui  se  sont  plaintes  d'eux  tout  récemment,  comme  cela  résulte 
des  articles  concernant  les  fautes  de  chacun  de  ces  prédicants ^ 
fautes  qui  leur  ont  été  reprochées  en  particulier  K  Aussi  ont-ils 
été  admonestés  plusieurs  fois,  à  ce  sujet,  dans  les  colloques,  par 
l'ordre  des  frères,  et  exhortés  à  s'amender.  Mais  ces  exhorta- 
tions ne  les  ayant  pas  détournés  de  causer  aux  églises  un  cha- 
grin et  un  scandale  qui  s'accroissent  considérablement,  [les  sus- 

'  V'oypz,  sur  le  Consistoire  de  Berne,  le  t.  II,  p.  245.  On  lui  avait  adjoint, 
probablement  dès  1529,  quatre  meml)res  du  Conseil  des  Bourgeois. 

^  Béat  Comte,  médecin  et  ministre,  a  figuré  dans  les  t.  IY-V7I,  et  plu- 
sieurs fois  déjà  dans  celui-ci. 

Fortunut  Andronicus,  précédemment  pasteur  à  Bevaix,  comté  de  Xeu- 
châtel,  ensuite  à  Orbe,  exerçait  le  ministère  à  ViUeite,  entre  Lutry  et 
Cully,  au  bord  du  laede  Genève  (V^oyez  ses  lettres,  N°*  359,  415,  435,  et 
les  Indices  des  t.  DI,  V,  VTI).  Pareil  à  plusieurs  de  ses  compagnons  d'œuvre, 
qu'une  vie  de  combats  avait  élevés  et  maintenus  pendant  quelques  années 
au-dessus  de  leur  niveau  moral,  il  oublia,  au  sein  du  liien-être,  l'iuimilité 
et  la  vigilance  qui  auraient  été  sa  sauvegarde,  et  resta  dès  lors  sans  défense 
contre  l'ennemi  intérieur. 

*  Ces  Articles  n'ont  pas  été  conservés. 

*  Dans  l'original  :  undermunds,  de  bouche  à  bouche. 


248  LE  CONSISTOIRE  DE  BERNE  A  PIERRE  VIRET.  loi3 

dits  doyen  et  jurés]  ont  été  contraints  \mv  le  devoir  de  leurs 
serments  et  offices,  de  se  décharger  de  [la  cause  de]  ces  prédi- 
cants  et  d'en  référer  à  notre  Consistoire,  en  nous  invitant  à 
examiner  sMls  sont  encore  capables  ou  non.  et  s'il  faut  conti- 
nuer à  les  tolérer  dans  les  fonctions  ecclésiastiques  de  la  prédi- 
cation ? 

Là-dessus,  chacun  des  inculpés  a  présenté  sa  réponse  et  répli- 
que, en  affirmant  qu'il  n'est  point  coupable  des  actes  spécifiés 
dans  les  Articles  composés  contre  eux,  et  qu'ils  sont  fâchés  de 
ce  que  les  propos  de  quelques  personnes  aient  été  colportés  dans 
des  rues  entières.  D'ailleurs  ce  sont  des  choses  dont  ils  seraient 
incapables.  Ils  disent  ensuite,  et  spécialement  Beatus  Cornes, 
qu'ils  se  sont  déjà  justifiés  de  quelques  accusations,  selon  la  teneur 
de  la  sentence  émanée  du  Consistoire  de  Lausanne"'  ;  qu'ils  ont 
toujours  reçu  de  bon  gré  les  avertissements  et  les  réprimandes 
des  frères  de  la  Classe  et  qu'ils  se  sont  observés  et  surveillés 
autant  qu'il  leur  a  été  possible.  En  outre,  les  faits  qui  ont 
motivé  presque  la  plupart  des  plaintes  susdites  sont  pardonnes 
et  tolérés  ;  c'est  pourquoi  il  leur  semble  que  ces  faits  ne  devraient 
plus  être  produits,  et  qu'eux-mêmes  n'auraient  pas  dû  être  sou- 
mis à  notre  enquête. 

Tout  cela  nous  a  été  exposé  en  longs  discours.  Nous  les  avons 
bien  compris  et  nous  avons  été  unanimes  pour  porter  la  sentence 
suivante  : 

Attendu  qu'il  n'y  a,  ni  pour  Beatus,  ni  pour  Fortunatus, 
aucun  indice  d'adultère  qui  puisse  être  invoqué  contre  eux, 
mais  qu'ils  se  sont  laissés  aller  à  quelques  paroles,  à  quelques 
manières  et  allusions  trop  libres,  non-conformes  à  la  bienséance, 
et  qui  surtout  ne  conviennent  pas  à  des  annonciateurs  de  la 
parole  divine,  —  quoiqu'il  ne  soit  pas  avéré  comment  on  a  parlé 
d'eux  dans  le  public,  —  Considérant,  en  outre,  qu'ils  se  sont 
justifiés  de  quelques-unes,  et  même  de  la  plupart  des  accusations 
émises  contre  eux,  Nous  estimons  que  les  accusations  ne  sont 
pas  suffisantes  pour  qu'ils  soient  déposés  et  privés  de  leur  office, 
et  qu'ils  [peuvent]   en   conséquence  rester  dans  leur  service 

^  Les  procès-verbaux  du  Consistoire  de  Lausanne  n'existent  plus.  II 
agissait  très  mollement  et  d'une  façon  intermittente,  au  dire  de  Yiret 
(V  1237). 


lo43  LE  COiNSISTOlRE  DE  BERNE  A  PIERRE  VIREX.  2-49 

ecclésiastique  et  le  continuer,  —  pourvu  toutefois  (ju^ils  s"al»s- 
tiennent  et  se  déportent  des  paroles  et  actions  légères  qui  ont 
causé  du  scandale,  et  (pfils  mènent  une  vie  honnête.  i)ieuse,  et 
se  conduisent  comme  il  convient  et  sied  à  d'intègres  directeurs, 
qui  doivent  exhorter,  réprimander  et  enseign(M'  les  autres 
hommes. 

Nous  le  leur  avons  dit  à  tous  deux  et  les  avons  l'éjjrimandés 
très  sérieusement.  P'.nsuite  nous  avons  hien  été  d'avis  que,  dans 
le  cas  où  ils  donneraient  lieu  à  de  pareils  scandales  et  à  des 
médisances  et  ne  s'amenderaient  i)as,  nous  inviterions  M.  le 
doyen  et  les  jurés  de  la  Classe,  eu  vertu  de  leurs  serments  et  de 
leur  oilice,  à  abolir  le  scandale  et  à  nous  renseigner  [sur  ces  pré- 
dicants],  qui,  dans  le  cas  où  ils  ne  changei-aient  pas,  seraient 
destitués. 

Mais  nous  voulons  également  déclarer  ici,  ([ue  tout  ce  (pii 
s'est  passé,  plaintes,  dénonciations,  rumeurs,  révélations  sur 
l'un  et  Fautre,  de  ci  de  là,  personne  ne  les  mentionnera  à  Tave- 
nir  pour  porter  dommage,  mais  que  tout  cela  doit  être  et  rester 
anéanti,  aboli,  éteint  et  interprété  dans  le  nu^illeur  sens,  sans 
(juc  l'un  s"en  souvienne  ])our  le  dommage  d'un  autre,  et  que 
tous  doivent  vivre  en  bons  amis  et  frères,  avec  bienveillance 
réciproque,  s'acquittant  de  leurs  offices  et  fonctions  fidèlement 
et  sérieusement.  Ils  serviront  ainsi  Notre  Seigneur  et  Dieu,  nos 
gracieux  Seigneurs  et  nous  ])articulièrement. 

Les  deux  prédicants  sus-mentionnés  ont  déclaré  se  soumettre 
sans  réserve  à  cette  sentence,  dont  ils  sont  bien  satisfaits.. C'est 
pourquoi  ils  en  ont  demandé  une  copie.  Et  nous  la  leur  avons 
délivrée  sous  notre  sceau,  en  présence  (ÏAidlio)ti  Noïl,  Juge,  de 
Gas]}urd  Wisshawen,  Conseiller,  de  Pierre  Kiuitz,  de  Batt 
Gering,  prédicants,  de  Nicolas  de  WatteviUe,  Marti  Zidouff, 
Vincent  Gatis  et  Nicolas  Scliorro,  du  Conseil  des  Bourgeois  de 
Berne,  le  xix  janvier,  l'an  xd'"  quarante-trois. 

(Suscription  :)  A  Viret". 

^  Dans  l'original  :  Vireft.,  mot  terminé  par  un  trait  abréviatif.  Viret  et 
quatre  de  ses  collègues  étaient  à  Berne  depuis  le  14  janvier. 


230  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRI.  A  THONON.  lo43 


1499 

JEAN  FATHON  à  Christophe  Fabri,  à  Thonon. 
De  Colombier,  26  janvier  1543. 

Inédite.  Autographe.  Bibliothèque  des  pasteurs  de  Neuchâtel. 

Grâce  et  i)aix  par  Jésus,  nostre  seule  justice,  rédemption  et 
sanctification  ! 

Très-chier  frère,  si  ly  a  [1.  s'il  y  a]  chose  qui  me  console,  c'est 
quant  j'apperçoys  la  persévérance  de  vostre  charité  et  dilection 
chrestienne,  envers  celuy  que  mesme  ne  la  mérite  envers  vous, 
et  quant  par  voz  lettres  congnoys  vostre  déligence  au  sainct 
ministère  de  la  parolle  du  Seigneur.  Lequel  je  prie  nous  y  vou- 
loir a[s]sister  à  tous,  et  qu'en  fidélité  nous  y  merchions,  comme 
appartient  à  droictz  serviteurs  de  Dieu  ;  que  les  Judas  cresvent 
et  soyent  confonduz  et  les  ypocrytes  manifestez,  affin  que  l'on 
sçaiche  soy  conduyre  avec  telz  comme  y  fault. 

Grandement  nous  avés  consolez  de  voz  honnes  nouvelles, 
qu'avés  entendues,  comme  je  puis  croire  sansdoubter,  de  Calvin, 
qu'elles  ne  soyent  véritable  quant  à  Colongne  et  Munster \ 
Quant  à  Mets,  pour  ce  que  n'escripvez  la  sus  tance  de  ce  qu'il  en 
a  peu  entendre,  je  vous  advertyray  d'itne  partie  de  ce  qu'en 
avons  pour  certain  entendu.  Mercredi  passée  arrivast  le  sire 
Claude  Farel  de  vers  nostre  frère  M"  Ouillaume,  lequel  nous  a 
apporté  lettres  du  dict  nostre  frère,  desquelles  verres  la  coppie 
en  briefz  ^  par  lesquelles  serés  consolés  et  congnoistrés  de  plus 
en  mieulx  les  faictz  et  œuvres  admiral^les  de  nostre  très  miséri- 
cordieux Dieu,  auquel  est  parfaicte  et  consommée  fidélité  en  ses 
])romesses.  Or  pour  ce  (comme  sçavés)  qui[lj  ne  peult  tout  par 
la  i)lume,  quant  yl  a  gentz  fidelles,  il  leur  donne  charge  faire  le 
surplus.  Ains  sûmes  estes  advertys  par  Claudi  Fareil  comme 

^  C'est-à-dire,  quant  à  l'archevêque  de  Cologne  et  à  l'évêque  de  Munster 
(N»  1210,  11.  3). 

^  Le  mercredi  24  janvier. 

'  Cette  lettre  de  Guillaume  Farel  est  perdue. 


1543  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRI,  A  THONOIV.  251 

dès  le  commencement  toutes  chosos  sont  allôc  en  la  dicte  ville  de 
Mets.  Desquelles  ne  vous  veux  attédier  fors  que  des  plus  nec- 
cessaires. 

Premièremc^nt  debvons  louer  le  Seigneur  du  grand  conraige 
et  sainct  vouloir  qu'il  a  donné  aux  Clirestiens,  et  que  de  jour  en 
jour  leur  augmente,  sans  ([ue  i-ien  se  |)ei'de,  mais  s'enfiembe 
tous  les  jours  le  feu  de  la  Farolle,  et  ne  doubtent  ])oint  tous  les 
frères  de  i)ar  delà  (pie  ('"est  le  bon  vouloir  du  Seigneur  qui  veult 
qu'il  brusle.  Je  croys  qu'estes  advertys  de,  la  journée  d'Empire 
qui  se  tient  de  présent  à  Francfourg''  où  tous  les  Protestans 
s'ylz  assemblent,  et  ont  donnez  les  principaidx  Princes  ]irotes- 
tans  et  aussi  des  Riches  villes^  asseurence  aux  fidelles  de  Metz, 
s'ylz  se  trouvoit  à  ceste  dicte  Journée,  qu'ilz  seroient  receuz  en 
Vaillance  de  tous  les  Protestans'^.  Pour  expédier  donc  cela  entiè- 
rement à  la  dicte  assemblée  i)ar  tous  les  dicts  Protestans,  s'en 
partirent  dernièrement  six  des  principaulx  seigneurs  de  la  ville 
de  Metz,  du  nombre  desquelz  le  seigneur  eschevin'  en  est  l'ung, 

*  Erreur.  «  La  journée  d'Empire,  »  à  ce  moment-là,  ne  devait  pas  se  tenir 
à  Francfort,  mais  à  Nuremberg  ÇS"  1200,  n.  9,  12).  Il  fut  bien  question 
de  Francfort,  mais  plus  tard.  Seckendorf  dit,  en  effet  :  «  Occasione  horum 
Comitioriim  [scil.  Norimbergensium]  fœderati  Evangelici  separatas  cousul- 
tationes  habuerunt,  Recessu  d.  28  April.  Norimhergœ  conscrijjto...  Acta... 
quîedam  sunt  de  recipiendis  novis,  qui  se  in  fœdus  admitti  petebaiit, 
sociis;  sed  dilata  ad  proximum  conveutum  pleraque,  et  hic  Francofurti 
indictus,  sed  gravibus  ex  causis  ad  d.  25.  Jun.  Siiinlcalduc  baliitus  est. 
luvitati  eraut  Electoris  et  Landgravii  literis  uon  solùm  Fœderati,  sed  et 
reliqui  Evangelici,  quorum  intererat  paeem  et  libertatem  in  rcligionis  causa 
conservari  »  (Op.  cit.  III,  417,  418). 

^  Villes  impériales. 

®  Les  Evangéliques  messins  se  faisaient  des  illusions.  Ils  ignoraient,  sans 
doute,  que  le  chancelier  de  la  Saxe  électorale,  Grerjorius  Voulanus,  écri- 
vant à  son  maître  (21  nov.  1542),  avait  approuvé  l'avis  de  Luther,  qui 
revenait  à  ceci  :  que  l'affaire  était  trop  compliquée  ])our  (ju'il  osât  se  pro- 
noncer, et  qu'il  fallait  la  recommander  à  Dieu.  Et,  au  mois  de  déceud)i-e, 
Cornélius  Scepperus  (ou  Scheffer,  1,  205),  conseiller  de  l'Emjjereur,  avait 
écrit  au  landgrave  de  liesse,  qu'il  était  à  craiudre  que  Farel,  profitant  des 
circonstances,  ne  voulût  livrer  la  ville  de  3£etz  aux  Français  (Seckendorf, 
ni,  399).  On  a  vu  que  les  Princes  protestants  firent  cependant  des 
démarches  bienveillantes  en  faveur  des  Evangéliques  messins  (V  11()4.  à 
la  fin;  1176).  Mais  rien  ne  prouve  qu'ils  leur  eussent  formellement  promis 
de  les  recevoir  dans  la  ligue  de  Smalkalden. 

^  Gaspard  de  Heu,  dont  les  fonctions  allaient  bientôt  finir. 


252  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPHE  FABRI,  A  THONON.  loi 3 

tous  bien  en  ordre  et  de  grand  cœur  à  la  Parolle.  Lesquelz 
accompaignast  le  sire  Claude  Fareil,  de  Metz  à  Straushourg , 
pour  s'en  venir  faire  ung  voyage  par  deçà®. 

Et,  ce  pendant  que  lesdicfs  ambassadeurs  et  bons  seigneurs  de 
Metz  seront  à  la  Journée,  a  esté  veu  bon  que  M"  Chdllaume  se 
retirast  de  la  vïlle^;  et  cest  retiré  en  une  ville  nommé Goge^°, 

^  Claude  Farel  était  arrivé  le  24  janvier  (renvoi  de  n.  2).  Or,  il  fallait 
environ  huit  jours  pour  se  rendre  de  Metz  à  Neuchâtel.  On  peut  donc 
placer  vers  le  15  janvier  son  départ  de  Metz,  qui  coïncida  avec  celui  des 
ambassadeurs  messins  pour  Nuremberg,  et  de  son  frère  Guillaume  pour  la 
ville  de  Gorze. 

®  C'est-à-dire,  de  Metz.  Suivant  Fathon,  Farel  y  était  rentré  au  mois 
de  novembre  1542  (N"  1183,  n.  12);  il  y  serait  donc  resté  jusqu'au  milieu 
de  janvier  suivant  (n.  8). 

^°  Fathon  avait  d'abord  écrit  Gourse.  Sur  des  cartes  du  XVll""'  siècle, 
on  trouve  le  nom  de  Gage  (Gorze).  Cette  petite  ville  est  située  à  3  1.  S.-O. 
de  Metz,  et  à  une  lieue  environ  à  l'ouest  de  la  Moselle. 

Selon  le  P.  Meurisse,  évéque  de  Madaure,  o.  c,  p.  66-67,  Farel,  ayant 
«  demeuré  deux  mois  et  davantage  à  Montigny,  »  se  trouvait  à  Gorze  le 
jour  de  Xoël  1542,  oîi  sa  «  première  boutade...  fut  suivie  d'un  assez  plai- 
sant succès.  »  Pour  avoir  violemment  interrompu,  ce  jour-là,  le  sermon 
d'un  Cordelier,  il  fut  maltraité  par  les  femmes  de  Gorze,  «  qui  se  ruèrent 
sur  luy,  et  à  belles  ongles  luy  arrachèrent  les  cheveux  et  la  barbe,  et  le 
deschiroient  d'une  telle  furie,  qu'il  ne  fut  jamais  eschappé  de  leurs  mains, 
si  un  capitaine  nommé  Henry  Franck,  qui  commandoit  dans  le  fort  en 
l'absence  du  comte  Guillaume,  ne  fut  accouru  ijromptement  avec  ses  com- 
pagnons. » 

Le  même  auteur  dit  ensuite  que  Farel,  remis  de  ses  blessures,  «  com- 
mença... au  jour  des  Roys,  à  prescher...  dans  la  chapelle  des  Apostres,  qui 
estoit  dans  l'abbaye  de  Gorze,  et  continua  cet  exercice  jusques  au  jour  de 
Pasques  (25  mars).  »  Au  mois  de  février  ou  de  mars  (toujours  selon  Meurisse, 
p.  69,  70)  il  aurait  été  vaincu  dans  une  dispute  de  religion  «  par  un  célèbre 
docteur  de  l'ordre  des  Cordeliers,  nommé  Fidelis.  » 

Meurisse  n'indiquant  pas  la  source  où  il  a  ]iuisé  ces  deux  récits,  et  son 
témoignage  restant  isolé,  on  ne  i)eut  y  accorder  une  grande  confiance. 
Aussi  D.  Ancillon,  qui  fut  pasteur  à  Metz  de  1653  à  1685,  n'a-t-il  pas 
hésité  à  soutenir  (op.  cit.  p.  65)  que  le  «  Sieur  de  Madaure  remplit  son  Livre, 
depuis  la  page  66  jusqu'à  la  69,  d'un  conte,  dont  on  ne  voit  rien  dans  le 
Journal  très  exact  de  Farel*.  »  Et,  p.  72,  il  juge  «  fort  apocriphe  »  la  rela- 
tion concernant  Fidelis. 

*  Ce  dernier  argument  nous  touche  peu  (\'oy.  îs"  1168,  n.  2).  Ce  qui  a  plus  de  valeur, 
c'est  le  silence  des  Chroniques  vussines  sur  les  incidents  susmentionnés.  S'ils  s'étaient 
réellements  produits,  ils  auraient  frappé  l'imagination  des  contemporains  et  se  seraient 
gravés  dans  leur  souvenir. 


lol;3  JEAN  FATHON  A  CHRISTOPIIK  FABRl,  A  TH(i>'O.N.  253 

non  hliKj  de  Meiz  (toutesfoys  elle  est  de  la  juritlicioii  du  Conte 
Guillaume  "),  oh  le  dld  M"  Guillaume  faict  grand  édifice.  Et 
cela  à  cause  des  machinations,  embiîches  et  horribles  tyrennyes 
dressées  par  ceulx  desquelx  bien  con^noissés  la  practique  :  les- 
quelz  plains  de  raige  et  possédés  de  Satan  ne  s^aivent  plus  où 
ilz  en  sont,  et  sy  ont  desjà  em|)loyer  de  leurs  larrecins  tant  et 
phis,  pour  trouver  faveui'  devers  h^s  groz  princes  et  ])rincesses, 
pour  estre  despeschés'^  à  tout  le  moings  de  M"  Guillaume.  Pour 
lequ(4  nous  est  neccessaire  inster  à  grandes  ])rièr(^s  envers  le 
Seigneur.  Or  avons-nous  certaine  espérance  que,  incontinent  que 
les  dicts,  qui  sont  allez  à  la  dicte  Journée  seront  de  retour  et 
raiwrtuns  V ac[c\e])tation  des  dicts  Seigneiirs  Protestans,  —  sans 
retardement  quelconque,  tout  s'en  ira  par  terre^'\  au  hon  plaisir 
du  Seigneur.  Souvent  desjà  21"  Guillaume  a  eu  le  peuple  tout 
en  la  main  pour  tout  ahatre^*  ;  mais  la  sagesse  et  prudence  des 
aidcungs  des  principal dx  a  tousjours  retardé  l'œuvre,  attendans 
mellieur  moyen  et  principallenient  l'asistance  des  Protestans  et 
la  réception  en  leur  alliance  :  et  ce  pour  éviter  sédition  et 
eifusion  de  sang.  Sy  ly  a  quelcung  qui  soit  envieux  ou  niarry 
de  la  vocation  de  nostre  très  chier  frère  M"  Guillaume,  je  vous 
laisse  penser  de  quel  esperit  ce  peult  estre '^  Le  bon  Dieu  le 
veuille  corroborer  en  foy  et  vertu  i)Our  parfaire  Touvraige  qu'il 
Luy  a  pieu  commencer  par  luy  ! 

Quant  au  ])oint  de  Ecclesiie  bonorum  alienatione,  pour  lequel 
les  frères"'  sont  à  Berne,  je  jjrie  au  Seigneur  leurs  donner  force 
et  vertu  par  son  sainct  esperit,  de  constamment  sans  crainte  de 
nul  homme  mectre  en  avant  le  trésor  entièrement  de  l'Évangile 
deu  au  troupeau  du  Seigneur,  (^t  que  connue  Estienne  n'a 
craint  le  grinssement  des  dentz  des  iniques'',  qu(^  i)ar  telle 

^1  Voyez  le  X°  1216,  note  8.  Mûncli  (Gescli.  fies  Hausos  uiid  Landes 
Fiirstenberg,  1830,  3  vol.)  et  son  continuateur  Fickler  (Karlsruhe,  1847, 
t.  r\^°")  ne  disent  ])as  un  mot  des  di'oits  que  le  comte  Guillaume  possédait  à 
Gorze,  ni  de  ses  relations  avec  les  Évangéliques  messins. 

^'^  C'est-à-dire,  déb(trrassés. 

''■'*  Allusion  à  un  i)rojet  de  renverser  les  autels  et  de  détruire  les 
images. 

^'°  Ces  ])aroles  semblent  viser  Jacques  le  Coq,  ])asteur  à  ^Moriics. 

^®  Ceux  des  ministres  de  la  Classe  de  Lausanne  qui  avaient  été  cités  à 
Berne  pour  le  14  janvier.  Ils  y  étaient  encore  le  25. 

"  Actes  des  Apôtres,  chap.  vu,  v.  54. 


254  JEAN  FATHOIN  A  CHRISTOPHE  FABRI,  A  THONON.  1543 

constance  et  sapience  de  Dieu  l'on  persévère  en  tel  endroit, 
voyre  jusque  à  la  dernière  gouste  du  sang.  Vous  priant  nous 
advertir  de  la  procédure  par  les  premiers  venans  deçà. 

Au  surplus,  voz  parens^^  ce  portent  très  bien,  Dieu  mercy, 
lesquelz  ce  recommandent  très  affectueusement  à  vous  tous, 
aussi  voz  hons  amys  de  Bole^K  Or,  quant  à  ce  que  desirez  avoir 
les  trente  florins  pour  en  avoir  quelque  proliit,  cela  m'est  ung 
petit  rude.  Toutesfoys  quant  j'entendz  bien  vostre  bon  vouloir, 
et  que  desirez  le  bien  de  vostre  femme  et  de  voz  enfans,  ne 
faicte[s]  que  vostre  debvoir.  Sur  quoy  j'ay  besoingné  avec  eux,  de 
sorte  que  l'argent  est  prest  dès  aujourduy,  et  avons  advisé 
que,  si  vous  voulez  fournir  aultres  30  florins,  comme  vous  estes 
offers,  trouverons  moyen  les  mectre  sus  deux  hommes '^^  de 
bonne  vigne  du  meix^*  de  Loi/s  Bailloz,  qui  sont  en  gaige.  Mais 
nous  craingnons  qui  n'y  ait  plus  de  60  livres  dessus  :  pourquoy 
vous  fauldra  pour  le  moing  fournir  jusque  à  40  livres.  La  moi- 
teresse^^  communément  vous  pourra  rapporte[r]  ung  muys  de 
vin.  11  vous  vauldroit  beaucopt  mieux  employer  là  quelques 
deniers,  et  selon  Dieu  en  i)0urrez  jouyr  et  la  conscience  sauve, 
que  de  vous  mectre  à  piller  la  paovre  Église,  comme  font  ceux 
qui  quelque  jour  recepvront  leurs  gaiges-^  ainsi  qu'ilz  seront 
estes  bons  dispenssateurs  en  la  maison  du  Seigneur,  lequel  ren- 
dra à  ung  chescung  selon  ses  œuvres. 

Il  vous  fauldra,  si  voullés  avoir  la  dite  pièce  de  vigne,  venir 
par  deçà  avec  ce  que  pourrés  d'argent,  ou,  si  d'aventur  ne  vous 
estoit  possible  venir,  l'envoyer  par  gentz  fidelles  d'icy  à  quinze 
jours  pour  le  plus  loing,  à  cause  que,  selon  la  loy  du  pays,  y 
fault  raimbre"  les  vigne  déans  lediesmenche  des  bordes  ^^;  aul- 

^*  Le  beau-père  et  la  belle-mère  de  Fabri,  leur  fille  Claude  et  son  mari 
André  ***. 

i«  Voyez  le  N"  1183,  notes  25-26. 

*°  Ou  deux  ouvriers  :  locution  usitée  dans  le  comté  de  Xeuchâtel  pour 
désigner  une  certaine  mesure  de  terrain. 

^^  Synonyme  de  mas,  pièce  de  terre. 

^^  Vigne  dont  le  produit  se  partage  par  moitié  entre  le  propriétaire  et 
le  vigneron. 

^*  Allusion  à  Gérard  Pariai,  à  Saunier,  et  à  deux  ou  trois  autres  ])as- 
teurs  qui  avaient  acheté  des  biens  d'Église. 

'■'''  Mumhre,  dans  le  Pays  de  Vaud,  de  redimere,  racheter  au  même  prix 
un  immeuble  vendu  par  un  parent  (Cf.  Ph.  Bridel.  Glossaire  du  patois). 


1543  .IKAN  FATHON  A  CHRISTOIMIE  FAimi,  A  TIIONON.  2oo 

ti'cniciit  n'y  pcult  l'on  outrer  devant  iiii,i>-  an.  Et  qnant  et 
quant-'',  sy  vous  ne  pouvyés  venir  i)ar  (lec;à,  ou  la  sour  Hugo- 
nete^''  (ce  qui  seroit  bien  expédient  quy  feissiés,  s'ilestoit  à  vous 
possible),  fauldroyt  que  envoyez  quietance  générale  tant  do  vous 
que  de  vostre  fenini(\  Mesnie  si  vous  venez  sans  amenez  vostre 
femme,  André^^  m'a  donné  charge  vous  escripre  qu(>  ne  deussié 
faillir  apporter  concentement  i)ar  escript  et  signe'"  du  notaire, 
que  pouvés  quictés  et  faire  quietance  de  tous  les  bi(Mis  de 
GuiUmime  Bailloz,  tant  en  son  nom  qu(^  au  vostre.  Aultrement 
n'est  délibéré  délivrer  les  dictz  30  florins.  \'ons  scavés  comme 
voz  arrêtz^'-*  furent  faicts  :  selon  cela  vous  vous  condnyr(>z.  De 
mon  coustel,  tenez-moy  i)Our  cestuy-là  qui  ne  s'espargnera  en 
ce  que  congnoistrez  le  moyen  vous  pouvoir  faire  service.  Car  le 
vouloir  avec  le  debvoir  y  est  entièrement. 

Quant  au  sire  Claude  Farel,  que  desirez  de  longtemps  qu'il 
fût  au  ministère  receu,  et  qu'avés  entendu  qu'il  estoit  accepté, 
ce  vous  sont  estées  paroles  données.  comm(^  les  aultres,  etc.  Je 
vouldroys  que  telz  inventeurs  mensongiers  se  meslassent  de 
dire  vérité  ou  de  soy  taire.  A  ma  volunté  que  vostre  désir  fût 
bien  acomply  pour  la  gloire  du  Seigneur'^''!  Pour  ce  que  j'espère 
en  briefz  vous  veoir  par  deçà,  mestray  fin  aux  présentes,  vous 
priant  vnillez  faire  toute  déligence  que  venez,  sy  vous  est  pos- 
sible, tous  deux,  affin  que  Ton  puisse  fère  tout  le  cas  en  Tordre 
qui  s'appartient  :  priant  le  Seigneur,  qui  nous  admoneste  par 
rAi)ostre,  que  toutes  choses  soient  faictes  par  ordre,  qui[l]  nous 
doingt  grâce  à  tous  d'y  i)rocéder  en  édification.  La  grâce  duquel 
soit  avec  vous!  Salué  tous  les  frères,  vostre  femme  nostre  chière 
seur  avec  Daniel.  M"  Thomas,  M"  ÉiumP\  mon  cousin,  sa 
femme,  la  mienne  vous  saluent  grandement  tous.  De  Columbier, 
ce  26  de  Janvier  1543. 

Vostre  entier  et  parfaict  amy 

Jehan  Fathon. 

(Suscription  :)  A  maistre  Christofle  Libertet,  ministre  et  pas- 
teur de  l'Église  de  Thonon,  mon  très  chier  et  singulier  amy. 

^^  En  Suisse,  le  premier  dimanche  du  carême  s'ap])elait  le  dimanche  des 
hordes  ou  des  hmndans.  Le  soir  de  ce  jour-là,  dans  certaines  contrées,  on 
allume  encoi-e  de  grands  feux  sur  toutes  les  hauteurs. 

^®  Et  en  même  temps. 


i2o6  SIMON  SL'LTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 


1200 

SBiON  SULTZER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  31  janvier  1543. 

Copie  moderne.  Coll.  du  Puy,  t.  102.  Calv.  0pp.  XI,  501. 

Salve,  mi  frater.  Pro  minière  tuo  '  amplissimas  habeo  gratias  : 
id  quod  cum  multis  nominibiis  aliis  gratiim  est  mihi,  tiim  eo 
potissimîim  quôd  à  te  proficiscatur,  homiiie  quem  in  Domino 
amo,  siispicio  atque  colo.  Silentium  nt  tam  studiosè  piirgares 
per  Matthœum  communem  amicum^  nil  erat  opiis,  ut  qui,  licet 
literarum  tuarum  avidus,  œqui  tamen  bonique  hoc  intermissum 
officium  facio,  quod  mihi  etiam  publico  emolumento  quod  ex  la- 
boribus  tuis  donatur,  compensari  abundè  mihi  conjicio.  Adde 
quôd,  scribas,  taceas,  meum  esse  te,  et  me  tuum  plané  mihi  per- 
suadeam. 

A  Gatensïbiis  ^  fratrïbns  iKirîmi  te  arnicè  mqm'  acceptmn 
doJeo,  tum  maxime  qiibd 'plusculùm  sinistré  s^ispicionis  subesse 
conjiciam  *  ;  alioqinn  enim  ohviis  idnis  te  virnm  tam  ad  commoda 
ijjsorum  atque  Ecclesiœ  totins  idtro  exiiositum  dehuerunt  am- 
jjlecti.  Sed  enim  hœc  humana  cum  sint,  non  debent  nobis  into- 
leranda  judicari,   sed  christiana   nobisque  digna  patientia  et 

^'  Hugonette  [Baillod  ?']  femme  de  Christophe  Fabri, 
^^  Voyez  \-A  note  18. 
''*'  Couveutions. 

***  C'est  un  iudice  que  Claude  Farel  avait  fait  d'assez  bonnes  études. 
'*  Thomas  Barharin  et  Eynard  Piehon. 

*  Sultzer  avait  peut-être  reçu,  non  relié,  le  livre  de  Calvin  contre 
Pighius.  Nous  disons  peut-être,  car  il  est  difficile  de  comprendre  pour 
quelle  raison  ce  livre  serait  arrivé  trop  tard  à  la  foire  de  Francfort,  si 
l'impression  en  était  déjà  terminée  vers  le  26  janvier  (N""  1228,  renv.  de 
n.  1  ;  1188,  n.  -1). 

^  Matthieu  Blanch  (N"  1161,  n.  1)?' 

^  La  copie  porte  par  erreur  Cacensibus.  Or,  il  s"agit  ici  des  ministres 
de  la  Classe  de  Gex  (en  latin  Gaium  ou  Giacum,  cf.  IV,  39,  112). 

■*  Sans  doute  à  cause  de  la  sympathie  témoignée  par  Calvin  à  Sultzer 
et  à  Kiintz,  dans  leur  différend  avec  Érasme  Ritter. 


1543  SIMON  SULTZKR  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  257 

a'qiianiinitatc  supcraiula.  Atqne  uthuim  occasio  offeratur  ali- 
qnando  tihi,  qua  jwssis  cum  ])rocere  uuo  ant  aUero  ex  nostris 
Jiimiliariks  et  coràm  agere,  quô  adpareat,  verè  ctiain  aiiiiiiis 
consi)iraro  qiios  in  doctrina  Religioiiis  niliil  (liscre])are  ego  (jui- 
clem  judico  :  ot  tiiiic  ad  rem  ',  si  (|uid  i)ra'stare  ego  possim,  non 
sine  conatu  sodulo  affutnrus.  Cnpio  ciiiiu  ex  aninio  iisconvenire 
in  Domino  quos  eadeni  professio,  idem  niinistoriiim  jungit, 

Valetudo  subindc  adversa,  licet  niilii  tcciini  commnnis  sit, 
tamon  tua  me  magis  (luàm  mea  sollicitum  lialx't,  ncqiic  id  una 
ex  causa,  Dominum  igitur  priecor,  uti  misericorditor  utrunKiuc 
restituât  ecclesiie,  donetque  ut  rollaboraro  ipsi  cum  fructu  va- 
leamus.  De  Bucero  anxiè  inquiro,  sed  niliil  accipio  sescjui  jam 
monse  :  uxor  iilio  eum  recens  nato  locupletavit  ''.  Brunsuicettsis 
varia  consilia  nioliminaque  in  vindictam  Protestantium  archi- 
tectatur  '  :  unde  sil)i  potissimùm  Memmwgenses  ^  timent.  latet- 
que  sul)  uno  clypteo  ingens  Pontificiorimi  caterva.  Sed  potens 
est  Dominus  inipiorum  consilia  dissipare  :  nec  doi-miunt  cordati 
et  Principes  et  Imperii  Ordines.  Norinhergensia  comitia  ^  ob 
Turcani  instituta,  nescio  quid  parturiant  :  paritura  certè  niliil 
jiutantur  quod  ad  incolumitatem  orbis  Cliristiani  faciat.  Gesar 
Concilium  Tridetdi  institntum  '"  parîim  fertur  adprobare.  (|U(jd 
Pontificem  sus])ectuin  habeat,  ceu  (mm  "  G<dlo  nimis  faventem  : 

^  Et  tam  aâ  rem,  dans  la  copie  que  los  ^'ditours  do  Brunswick  cor- 
rigent ainsi  :  Quaiii,  ad  re)n. 

®  Voyez  la  lettre  de  Myconius  du  30  mai  1542  (X"  1125.  n.  7). 

'  Sur  le  duc  Henri  de  Brunswick  et  sur  sa  défoite  en  juillet  1542, 
voyez  le  X"  1137,  n.  9,  et  le  N"  1138. 

®  Pourquoi  les  habitants  de  la  ville  impériale  de  Memmingen,  située  en 
Souabe  à  10  1.  S.-E.  d'Uhn,  auraient-ils  eu  quelque  chose  à  craindre  du 
duc  de  Brunswick,  réfugié  en  Bavière  ?  Un  fait  subséquent,  rapporté  ])ar 
Seckendorf,  III,  417,  pourrait  servir  à  nous  l'expliquer  :  «  Intercepta?  erant... 
(ut  ex  Landgravii  ad  Legatos  suos  rescripto  d.  7  April.  ])atet)  Hexrici 
literje,  quiljus  jactabat,  fore  ut  brevi  a  CœHnre  in  Ducatum  suum  resti- 
tueretur...  Ista  et  alia...  indicia  vehementer  attlixerunt  Electorem  Saxoniiï"... 
Dolebat  quoque...  Ulricum  Wurtenbergicum  cum  Bavaris,  acerrimis  usque 
aemulis,  fœdus  iniisse,  cum  periculo  urbium  Evangelicarum  in  Suerif(.  » 
Mais  il  est  bien  jiossilile  que  Stiltser,  mal  informé  ou  jiressé  d'achever 
sa  lettre,  ait  confondu  les  Mindenses  (\T^I,  4'J,  note  9)  avec  les  Jleminin- 
genses. 

^  La  diète  de  Nuremberg  s'ouvrit  le  31  janvier. 

1"  X"  1196,  note  4. 

T.   VIII.  1  7 


258  SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 

Gh'anvellam  tamen  mittet  '-.  Exercitum  idem  pev  Alsatiam  con- 
scribit  in  Germaniam  inferiorem  '^  deducendum.  Nos  in  vetere 
statu  et  valetudine  sumiis,  ])ro  quibiis  rogo  praeceris  studiosis- 
simè  Christum.  Bene  vale,  mi  frater.  Scripsi  Bernae,  pridie 
Calendas  Februarii,  anno  1543'*. 

T.  SULTZERLS. 

Saluta  uxm~em  et  symmysias. 

(Inscriptio  :)  Viro  praestantiss.  Do.  Johaiiiii  Calvino,  fratri  et 
patrono  suo  in  Domino  observandissimo. 

"  Dans  la  copie  et  dans  l'édition  de  Brunswick,  cum. 

*2  Le  chancelier  impérial  Nicolas  Perrenot,  seigneur  de  Granvelle,  rap- 
pelé de  Trente  à  la  fin  de  l'année  1542,  était  arrivé  à  Nuremberg  le  25  jan- 
vier, avec  son  fils  Antoine,  évèque  d'Arras. 

^'  C'est-à-dire,  contre  le  duché  de  Clèves  et  de  Gueldre  (N"  1137,  n.  8). 

"  Sultzer  ne  dit  rien  de  Pierre  Viret,  qui  venait  de  passer  douze  jours 
à  Berne,  dans  des  circonstances  assez  critiques  (N"'  1194,  n.  1,  2;  1196, 
n.  13).  Et  Yiret  lui-même  (N"  1211)  ne  foit  qu'une  vague  allusion  à  ses 
démêlés  avec  le  gouvernement  bernois.  Il  y  a  donc  ici  une  lacune  :  elle  sera 
comblée  par  les  passages  suivants  du  Manuel  : 

«  Samedi  20  janvier  1543.  On  permet  à  Viret  et  à  ses  compagnons  de 
composer  un  livre,  au  moyen  de  leur  réponse  relative  aux  biens  ecclésias- 
tiques. Et,  puisqu'ils  réclament  un  Synode...,  ils  devront,  en  présentant  ce 
livre,  signaler  à  mes  Seigneurs  ce  qui  leur  paraît  manquer  encore  à  leur 
chrétienne  Eéformation.  Mes  Seigneurs,  étant  alors  bien  informés,  exami- 
neront s'il  est  nécessaire  de  tenir  un  Synode. 

«  On  demande  à  Viret,  privatim,  de  produire  ici  l'écrit  qu'il  a  lu  à 
Vevey.  Il  aurait  dit,  dans  cette  occasion-là  :  «  Je  me  suis  contenté  jusqu'ici 
d'aboyer.  Maintenant  je  mordrai.  »  [Note  marginale  :  On  ne  lui  a  pas  fait 
ce  reproche.] 

«  Il  affirme  qu'il  n'a  composé  aucun  autre  écrit  que  la  lettre  adressée  à 
Berne,  et  qu'il  n'a  apporté  [à  Vevey']  que  les  premiers  lineamenta  scripti 
in  deliherationem  et  siih  censuram  frutrum. 

«  On  a  lu,  en  sa  présence,  les  capita  Marcurtianœ  delationis.  Il  a  demandé 
qu'on  mette  en  face  de  lui  les  accusateurs,  et  il  a  ajouté  :  «  Puisqu'on  en  est 
venu  à  ce  point,  qu'un  honnête  homme  soit  observé  dans  toutes  ses  paroles, 
dans  sa  maison  et  à  sa  table,  personne  ne  peut  plus  être  en  sûreté.  Il  y  a 
d'ailleurs,  dans  ces  calomnies,  des  petits  mots  français  que  je  n'ai  jamais 
appris.  »  —  Arrêté  de  lui  donner  une  copie  de  la  <■  délation,  »  mais 
impersonaliter  et  absqiie  pronominihus.  Et  on  lui  répète,  qu'il  doit  livrer 
l'écrit  qu'il  a  lu  à  Vevey  le  10  janvier. 

«  Lundi  22  janvier.  Viret  doit  coi)ier  son  lihellum  de  bonis  ecclesias- 
ticis,  et  laisser  ici  l'original  et  la  copie.  —  24  janvier.  Les  Collectanea 
Vireti  de  bonis  Ecclesiasticis  sont  lus  tout  au  long.  Décidé  de  leur  din' 
(aux  ministres)  que  mes  Seigneurs  ont   du   déplaisir  de  leurs  critiques 


lo43  JEAN  CHAPONNEAU  A  GUILLAUME  FAREL,  A  GORZE.  259 


1201   ' 

JEAN  CHAPONXEAU  ^  à  Guillaume  Farelj  à  Gorze. 
(De  Neuchâtel,  au  mois  de  janvier  1543.) 

Inédite.  Mscrit  original.  Bibliothèque  des  pasteurs  de  Nencliâtcl. 

Gratiam  et  ijaeeiu  in  (liristo. 
Exc8e])i.  prêter  spem,  litei-as  quas  à  te  j)rodiisse  jirinia  lectione 
(quôd  in  eis  nomen  tuuni  dissiniulatuni  esset  ^)  vix  intellexi, 
evangelii  Christi  invictissime  niinister.  Yerînn  relegens.  <^x 
earum  cùm  superscriptione  tuni  exordio,  à  te  niihi  legatas  subo- 
doravi.  Sub  ipso  enim  prineipio,  ais,  «  me  egretulisse,  quôd  jjar- 
ticulatim  ad  me  non  scripsisses.  »  Optarem  homines  mihi  indi- 
catos  qui  talia  verbo  vel  epistola  insinuarunt  :  postliac  apud 

acerbes;  qu'ils  veulent,  sur  ces  articles,  s'en  tenir  aux  leçons  reçues  de 
leurs  pieux  ancêtres,  et  ne  donner  aux  ministres  aucune  réponse  ulté- 
rieure. 

«  25  janvier.  Vird  désire  que,  si  mes  Seigneurs  éprouvent  du  dépit,  à 
cause  de  son  Hbellus,  ils  ne  s'en  souviennent  plus,  et  qu'ils  veuillent  bien 
être  persuadés  que,  pour  [défendre]  leur  honneur,  il  est  prêt  à  témoigner 
et  à  jurer  devant  chacun.  Au  reste,  tous  les  mots  [de  ce  mémoire]  ne  sont 
pas  de  lui,  car  il  a  été  rédigé  en  commun  avec  les  frères... 

«  IjApologia  Vireti  ad  Marcurtii  accusniiones  est  entendue.  On  décide 
de  lui  dire  que  mes  Seigneurs  ont  du  déplaisir  de  ce  qu'il  les  a  blâmés 
d'une  façon  si  mordante,  in  Coîloquiis.  S'il  a  remarqué  des  imj)erfections, 
il  aurait  dû  s'adresser  à  mes  Seigneurs,  et  ne  pas  se  laisser  entraîner  si 
loin.  A  l'avenir  il  devra  être  plus  avisé  dans  ses  paroles,  et  tenir  un 
langage  qui  soit  conforme  sobrietati  et  modestiœ.  »  (Trad.  de  l'allemand.) 

^  Voyez,  sur  Jean  Chaponneau,  les  Indices  des  t.  ^'.  M.  MI.  — Emile 
Picot.  Notice  sur  Jehan  Chaponneau,  docteur  de  l'église  réformée,  metteur 
en  scène  du  Misfère  des  actes  des  Apôtres,  joué  à  Bourges  en  1.5.30.  Paris. 
Morgand  et  Fatout,  1879,  21  pp.  in-12.  —  La  France  prot.,  édition  Henri 
Bordier,  III,  1082-108.5. 

^  Guillaume  Farel  avait  peut-être  repris  pour  la  circonstance  son 
ancien  nom  d'Ursinus  (I,  461  ;  II,  72),  emprunté  à  celui  de  sa  mère,  Aims- 
tasie  d'Orsières  ou  d'Ursières  (de  Urseriis).  Voyez  l'article  Farel  dans  la 
France  prot..  2"'^  éd.  M,  394. 

'  La  chose  était  assez  natun'lii'.    (iniU.  Farel  ayant  écrit   de  longues 


260    [AONIO  PALEARIO]  a  LLTHER,  MÉLA.NCHTHON,  BL'CER,  CALVIN.   1543 

taies  mihi  temi)ei'atioi'  forot  coiifabulatio.  Nolim  tamon  apiid  te 
eam  ob  rem  niendatii  nota  taies  iniirere.  Cum  igitur  ego  erga  te 
fucato  animo  esse  nequeam  (quales  etiam  omnes  esse  optarim), 
fateor  ingeniiè  jamdndnm  egrè  admodum  tidisse,  qubd  me  ne- 
f/ledo  ad  plerosqiie,  de  relrns  quas  me  rescire  oportehat,  profusas 
scripseris  epistolas,  meroreque  non  mininio  sum  alïectus,  dnm 
lioniines  vel  postreme  sortis  de  tuarum  reruni  statn  ac  condi- 
tione,  vicatim  audirem  confabulari  '.  Qua  autem  ratione  sic 
egi'etulerim  (ut  tibi  indicatum  est),  modo  ex  me  non  audies,  ne 
hominem  in  evangelii  negotio  occupatissinium,  et  in  Christiano 
sudantem  agone,  reddam  occnpatiorem.  Ubi  verô  dabitnr  lïbe- 
riùs  literis  aiit  verho  tecimi  agere,  andies  qtiid  tacito  geram  skJj 
pectore.  Dominus  Jésus  Cliristus  te  in  opère  suo  sudantem  ad- 
juvet  !  Yale. 

Non  datum  est  ut  volebam  ad  te  scribere.  Cum  enim  cepimus 
manum  chartœ  admovere, /rofer  tims  Gaucherius  se  itineri  ac- 
cingebat  '\  unde  nt^c  licuit  dictantem  '"  epistolam  rescribere. 

Tuus  Jo.  CapuxNCUlus,  Collega  tuus. 

(Inscriptio  :)  Charissimo  in  Cliristo  fratri  G.  Farelo  [Xeoco- 
mensis]  ecclesie  ministro.  Gorza?. 


1202 

[AONio  PALEARIO  1]  à  Luther,  Mélanchtlion,  Bucer,  Calvin,  etc. 
(De  Rome,  janvier  ou  février  1543.) 

Copie  ancienne  -.  Bihl.  de  Wolfenbuttel.  Schelhorn.  Amœnitatcs 
hist.  eccl.  et  liter.  1737,  t.  I,  p.  448-62.  Calv.  0pp.  XI,  503. 

Seivus  Jesu  Christi  ^  Martino  Luthero,  Philii)po  Melanch- 

If'ttros  à  la  Classe  des  pasteurs  et  à  ses  amis  de  Xeuchâtel  et  de  Genève. 
Claude  Farel,  de  retour  de  Metz,  avait  pu  leur  donner  oralement  l)eau- 
coup  de  détails  sur  l'œuvre  de  son  frèi'e  Guillaume. 

*  Gauchier  Farel  allait  remplacer,  auprès  du  Réformateur,  son  frère 
Claude,  qui  était  arrivé  à  Neucliâtel  le  24  janvier. 


Io4;{  [AONIO  PALEARIO]  a  LUTHER,  MÉLANCHTHON,  BUCER.  CALVIN.     261 

thoni,  Martiiio  Hutzero,   Calviiio  ^  et   (Tcniiaiiis    Il('l\('tiis(|U(! 
universis  qui  invocant  Jesum  Christum. 
Etsi  qiw  Romie geruntur  perferet  a^  vos  vel  niinor  ipse  priùs 

^  On  lit,  ;ui  l);is  de  la  ])ag(%  cotto  iioto  couvevto  d'encre  :  «  non  fuit  <lic- 
tata  epistola.  •> 

*  Ao)/io  Ihtleario,  célèbre  humaniste,  né  ù  Véroli  (État  de  rÉglise), 
s'appelait  primitivement  Antonio  dalla  Paglia.  Pendant  plus  de  trente 
années  (1534-1566)  il  enseigna  la  littérature  classique  à  Sienne,  à  Lucques, 
à  Milan,  et  sa  correspondance  nous  ai)])rend  qu'il  entr(>tenait  des  relations 
d'amitié  avec  les  liommes  les  plus  distingués  de  l'Italie.  Ses  convictions 
religieuses  lui  valurent  à  Sii'ime,  vers  la  lin  de  1542,  un  procès  qu'il  gagna 
à  force  d'éloquence,  mais  dans  lequel  il  fit  des  aveux  qui  le  jH'rdirent  plus 
tard.  Voyez,  en  j)articulier,  dans  l'édition  de  ses  Œuvres  (lense,  1728),  p.  92, 
le  morceau  commençant  par  cette  phrase  :  «  Cum  Gennanis  me  sent  ire 
dixi.sti,  »  et  p.  102,  le  passage  suivant  :  «  Nihil  est  me  beatius,  Patres 
Conscripti,  neque  enim  puto  christianum  esse  hoc  tempore  in  lectulo  mori. 
Parum  est  accusari  et  deduci  in  carcerem  :  virgis  caedi,  reste  suspendi, 
insui  in  cuUeum,  feris  objici  :  ad  ignem  torreri  nos  decet,  si  his  suppliciis 
Veritas  in  lucem  est  profere}ida.  » 

Il  fut  arrêté  à  Milan  (1566)  et  conduit  à  Home,  où  après  trois  anné<'S  de 
rigoureuse  captivité  il  snbit  la  mort,  le  3  juillet  1570,  à  l'âge  de  soixante- 
dix  ans.  (Voyez,  sur  ses  ouvi-ages  et  sur  les  circonstances  de  sa  vie,  Crespin, 
éd.  de  Toulouse,  m,  843-849.  —  Le  P.  Nicéron,  XVI,  53-65.  —  Morhof. 
Polyhistor  litterarius,  éd.  3»,  p.  281.  —  Bayle.  Dict.  —  Maccree,  j).  140 
—  146,  332-340,  462,  463.  —  J,  Bonnet,  Aonio  Paleario.  Étude  sur  la  Réf. 
en  Italie.  Paris,  1863.)  Naguère  on  lui  attribuait  assez  généralement  le 
célèbre  Traité  des  bienfaits  de  la  mort  de  Christ:  mais  selon  Ranke,  Ben- 
rath,  etc.,  le  véritable  auteur  serait  un  moine  sicilien,  Benedetto  de  Mantova 
(Cf.  Alfonso  et  Juan  de  Valdès,  par  Manuel  Carrasco.  Genève,  1880,  j).  92- 
96.  —  Etienne  Chastel.  Hist.  du  Christianisme,  IV,  135). 

*  N'ayant  pas  vu  le  texte  ancien,  qui  est  rempli  de  fautes,  nous  avons 
adopté  presque  toutes  les  corrections  proposées  par  Sclielhorn,  par  Ch.  F. 
Illgen  (dans  un  écrit  spécial  ])ublié  à  Leipsic  en  1832)  et  par  les  nouveaux 
éditeurs  de  Calvin.  Nous  adoptons  également  la  date  indicpiée  dans  l'édition 
de  Brunswick. 

*  Le  nom  de  ce  «  serviteur  de  ,Iésus-Christ  »  nous  est  révélé  ])ar  un 
écrit  de  Paleario  découvert  en  1596,  ])ublié  à  Leipsic  en  1606  {Cres|)in. 
III,  843)  et  qui  est  intitulé  :  «  Aonii  Palearii  Verulani  Aciio  in  Poiiti- 
fices  Homanos  et  eorum  asseclas,  ad  Imperatorem  l'omanum,  Keges  et 
Principes  Christianse  Reipublicse,  summos  GOcumenici  Concilii  pra'sides, 
conscripta,  cum  de  Concilio  Tridenti  habendo  delilieraretur  ■■  {y\\.  225-438 
de  l'éd.  de  léna). 

S'adressant  d'abord  aux  dépositaires  de  la  susdite  Actio,  il  leur  dit  : 
«  Meae  litterœ  unae  atque  altene  ad  Helvetios  et  Germanos  annis  sujierio- 
ribus  scriptse  sine  prœfatione  nominis,  quse  spes,   (judd   consilinm.   qui 


262    [AONIO  PALEARIO]  a  LUTHER,  MELANCHTHON,  BUCER,  CALVIN.  1543 

vel  niincii  multonim  quàm  meœ  literœ  (mira  est  enim  iiiopia 
tabellai'ioriim  lideliuin,  et  mereatores  qui  istuc  ire  coiisueverunt 
timoré  perterriti  sunt,  quôcl  omnibus  locis  excutiaiitur),  tamen 
vel  quia  serae  sigiiificationes  certissimœ  sunt,  vel  quia  quod  ego 
sentio,  cupio  vos  scire,  neque  vauum  neque  abs  re  visum  est,  si 
quem  invenero  qui  adferat,  aliquid  ad  vos  literarum  dare. 

Ponfifex  Romanus  mirum  in  modum  se  parât  atque  expedit, 
ut  cum  primùm  potest  Bononiam  proficiscatur  \  Incredibilem 
dïligentiam  adhihet  ut  onines  sui  instructissimi  ad  diem  adsint. 
Ex  omni  numéro  delecti  sunt  aliqui,  quibus  mandatum  est,  ut 
octavo  Cal.  Aprilis  Tridenti  sedeant,  caeteri  curiales  sequantur. 
Qui  non  sequentur,  hostium  loco  habebuntur.  Ea  de  causa  pu- 
blicae  literae  scrii)ta^  atque  impressae  typis,  jussumque  ut  per 
lictores  in  valvis  templorum  afRgantur.  Midti  in  urhem  conve- 
nere,  nt  ostendant  se  imperata  facturos.  Ah  his  curatur  diligenter 
ne  quid  desit  quod  in  vos  possit  excogitari.  Ipse  Poniifex,  qui  id 
setatis  non  satis  tirma  est  valetudine,  ne  nocturmim  quidem  teni- 
pus  sibi  ad  qiiietem  reUnquit.  Magnam  copiam considtormn  hahef, 
quibasann  ad  midtani  nocteni  sennonem  producit  :  interdum  au- 
tem  jurisperitos,  aut  usu  rerum  probatos,  aut  astutos  homines, 
addite  autem,  si  vultis,  improbos  consulit  :  nonnunquam  sophis- 
tas  theologos  aut  pliilosophos  contentionis  cupidissimos  advocat, 
orat  atque  obsecrat,  ut  in  communcm  curam  incumltant,  et  in 
hoc  Concilio  de  niajestate  Ecclesiae  Romanae,  deque  fortunis  om- 
nium episcoporum  et  summorum  pontificum  agi  putent  :  nun- 
quam  laboris  et  industriîe  pertœsum  iri,  si  ad  disserendum 
contra  vos  sint  acuti,  ad  dicendum  uberes  ac  copiosi.  Hos  uhi 

aniiiii  mei  sensus  fuerit,  siguificarp  potuorunt.  »  En  prévision  de  sa  mort, 
il  a  écrit  un  livre  qui  est  un  acte  d'accusation  contre  les  Papes  et  une 
confession  de  sa  foi  personnelle.  Suivant  les  circonstances,  les  chefs  des 
églises  de  Suisse  et  d'Allemagne  le  feront  présenter  au  libre  Concile  attendu 
depuis  si  longtemps,  ou  bien  ils  continuei'ont  à  le  garder  en  dépôt. 

L'acte  d'accusation  se  compose  de  XX  Articles  ou  Testimonia,  et  VAcfio 
proprement  dite  (pp.  253-438)  en  est  le  développement. 

*  Voyez,  à  la  fin  de  ce  N",  les  paroles  adressées  à  Calvin. 

'  Selon  Sforza  Pallavicini  (Istoria  del  Concilio  di  Trento.  Roma,  165fi- 
57.  II.  154),  le  pape  Paid  III  partit  le  2fi  février  1543  pour  Bologne,  où 
il  devait  rencontrer  rEm])en'ur.  Mais  celui-ci  n'y  vint  pas,  et  ce  fut  seule- 
ment le  21  juin  qu'il  eut,  au  château  de  Busseto,  dans  le  duché  de  Parme, 
une  conférence  avec  le  pape  (Voyez  Paolo  Sarpi,  I,  186,  187). 


lol3  [aONIO  PALEARIOJ  a  LUTHER,  MÉLANCHTHON,  BUCER,  CALVIN.     263 

satis  accensos  atque  incitatos  vidit,  convertit  sese  ad  (tiif/eudum 
CoUegium  suoxuni  :  in  quod  heri  decem  et  très  cooptdvit,  duos 
p-ieterea  dixit  esse  des^ignatos.  Nolito  ^jiufi-orp,  quàm  iiobis,  qui 
pro  C'iiristo  emori  possiimus,  stomaclium  k'œvii.^am  (luidli oc  est 
ttisi  (imhitus,  nisi  largitio  ad  Concilinm  corrumperidum  ?  Quid 
istiic  in  lucntcm  veiiit  V  nisi  ut  aucui)etui'  f?ratiain  coruni  honii- 
num  qui  pileo  accepte  libcrtatem  vcndiderunt,  ('ni])ti  oa.  causa 
ut  abalionont  à  vobis,  imô  abducant  à  cognitione  voritatis  Ciesa- 
rem  et  reges,  quos,  credo,  existiniant  truncos  aut  lapides  esse, 
qui  I18PC  neque  audiant  neque  intclligant  Episcojjum  Concilio  in- 
dicto  struere  lias  sycopliantias,  connnoliri  hos  dolos.  Nec  stuiti 
neque  insani  sumus,  ut  huic  et  asseclis  ejus  nos  ipsos  et  Christi 
causam  conimisei-inuis.  Xon  est,  non  est,  mqimm.  judicium  com- 
mitteiidnni  ciqnditati  einscoporum,  qui  veliiti  unum  qnoddam 
corpus  conficiunt,  cujus  caput  est  Pontifex  Romarms  :  membra 
omnia  capiti  annexa  atque  alligata  inserviunt  :  hoc  si  laboret, 
onmia  fulciunt  atque  sustinent,  quôd  ejus  vita  sentiant,  se  quo- 
([ue  j)ei'coniniodè  vivere.  Ejus  regnuni  non  est  iis,  ut  quis  forte 
l)utat,  odiosum,  quôd  minimae  etiam  corporis  partes  in  id 
adspirent.  Sunt  in  Germania  episcopi  quatuor,  aut  ad  summum 
quincpie,  boni,  integri  viri,  peritissimi  rerum  divinarimi  :  sunt 
in  Helvetia  très,  suntfortasse  in  Italia  duo,  à  quihus  bona  omnia 
possmmis  expectare.  Vel  [1.  Sed  '?]  quantum  est,  in  tanta  multi- 
tudine  imperitorum  et  cupidorum  liominum,  quorum  adulteria, 
incesta,  corruptelae,  sujjerbiie,  dominatus,  ssevitiae,  cujjiditates 
inexplebiles,  et  maxima  non  Christiani  animi  indicia  perspectis- 
sima  sunt.  Ego  quidem  non  video,  si  Pontificis  et  episcoporum 
judicio  standum  sit,  alias  nos  habituros  sanctiones,  quàm  eus 
ipsas  quas  illi  semper probaverîmt'^,  ex  quibus  summani  dignita- 
tem  et  incredibilem  censum,  atque  adeô  non  modo  in  nos,  sed  in 
Cicsares  et  Reges  Principesque  universos  summum  imperium, 

®  On  trouve  un  passage  pivsqup  identique  dans  le  XX""'  te.slinioniuni  du 
livre  do  Paleario,  éd.  cit.,  j).  242  :  «  Cum  tottantasque  ahoniinationes,  abusus, 
incommoda,  offendicula,  prspvaricationes  invexerint  pontilicps  romani,  col- 
legse  et  asseclse  eorura,  —  in  iis  i])sis  dijudicandis  pontifices  romani,  col- 
legae  et  assecl»  eorum  judices  esse  non  debent.  Quis  enim  nesciat.  si  eorum 
judicio  standum  sit  quilius  ille  stipatus  sedet.  quos  ipse  sibi  adesse  Jussit, 
tanquam  membra  sui  corporis,  tdks  nos  faibtturos  satidiones  quales  ilU 
semper  probaverunt  '^  » 


264     [aONIO  PALEARIO]  À  LUTHER,  MÉLANCHTHON.BUCER,  CALVIN.    1543 

imô  verô  tyrannidem  iniqiiissimam  sibi  constituerunt.  Horum 
commune  consilium  est  ut  \)V0  his  tanquam  pro  aris  et  tbcis 
pugnent.  Veterem,  aiunt,  consuetudinem  conciliorum  et  morem 
antiquissimum  non  esse  immutandum  :  neque  Cœsarem  neque 
Reges  posse  eos  adstringere  novis  legibus.  Id  si  detur,  negant  in 
conciliis  i)otestatem  suffragii  aliis  esse  quàm  sibi.  Disserant, 
inquiunt.  quantum  velint.  Sunt  nobis  opiniosi  et  contentiosi 
homines.  U])i  diu  fuerit  concertatum,  episcoporum  judicio  stan- 
dum  est.  His  rébus  elati  atque  inflati,  ita  de  Concilio  statuunt 
atque  decernunt,  quasi  de  parta  jam  explorataque  Victoria.  Exis- 
timant  enim.  nos  confessos  [1.  confossos?]  praedamnatosque 
eorum  sententiis  ad  judicium  venire,  in  quo  ex  urbe  usque  quam 
attulerunt  déclarant  in  vos  voluntatem. 

Quid  ergo  ?  dicetis.  I»  Concilium  non  est  veniendwn  '.  Modo 
Turca  quiescat  et  spes  pacis  in  quam  venimus  nos  non  fallat  ^  ! 
Pi'iùs  tamen  diligente);  pro  vestra  sapientia,  cogitare  et  prospi- 
cere  dehetis,  quidmali  quant umv e  periculi  inferre 2)ossif  jjotestas 
hsec  episcoporam  cornijitissimoruni ,  si  eoriimjudicio  standnm  sit, 
quorum  causa  agitur.  Horum  bominum  audaciam,  impudentiam, 
iniquitatem  Liciniie  leges  anticiuissimoe  et  sanctissimœ  retun- 
dunt.  Licinia  est  lex  \  atque  altéra  ^butia,  quae  non  modo  eum 
qui  tulerit  de  aliqua  curatione  ac  potestate,  sed  etiam  coilegas 
ejus,  cognatos,  affines  excipit,  ne  eis  ea  potestas  curatiove  man- 
detur.  Etenini  si  populo  consulis,  '-eniove  te  à  suspicione  tui 
commodi.  Fac  fidem,  te  nihil  nisi  populi  utilitatem  et  fructum 
quserere.  Hae  leges,  quae  antiquissimas  et  aequissimae  sunt,  pe- 
tendae.  et  summa  contentione  a  Cassure  et  Regibus  i)rincipi- 
busque  civitatum  orandum,  ut  miseris  perditissimisque  tempori- 
bus  in  tanta  corru])tione  episcoporum  firmissimae  babeantur. 
Sexcenta  sunt  quibus  cavetur  et  ostenditur,  neminem  in  re  sua 
judicare  œquum  esse.  Qua  in  re  imitari  (ut  aliàs '"  ad  vos  est 
scriptum)  debemus  Cassianos  judices  ",  quterentes  cui  bono  sit. 

'"*  Dans  la  première  phrase,  Paleario  devance  la  réponse  des  Évangé- 
liques  ;  dans  la  seconde,  il  semble  énoncer  son  idée  j>ersonnelle. 

^  Ici  commence  une  citation  de  Cicéron  (2'  Harangue  sur  la  loi  agraire, 
chap.  VIII).  Elle  finit,  deux  phrases  plus  loin,  à  fructum  quœrere.  On  la 
retrouve  dans  les  Palearii  Opéra,  p.  65. 

10  '\  12  Allusion  à  une  lettre  de  Paleario  qui  est  perdue. 

"  Cassiani  judices  est  l'équivalent  de  judices  severi.   <•  Fuit  quidam 


lo'i'S  [aOMO  l'ALEAlUtij  A  LUTHER.  .MÉLA>iCHTHUi\,  Bl  (JEU,  CALVIM.    265 

Aniion  vidonms  (iiiam  grandoiu  iis  institutioiiihus  ixM'nniani. 
quos  cousus,  quom  qiui'stuin.  quù'  régna  ad  sa'viticiii.  iniinaui- 
tatem.  luxuriam.  sibi,  merotricil)iis,  i;oiicul)iiiis.  propinquis  j)os- 
toi'isquo  ooi'uni  his  saiictionibiis  licentiaciiio  conçilioi'iiiu  coui- 
parai'int  V  Lustrat/da  ergo  oninia  animo  stiut  qu'ibus  coitcilinm 
sancfiim,  solenne,  inteqrumAt'CorriqÉum  essepossit.  Nemo  i)ropè 
dubitat.  Pontificom  Roinamnn  et  ojus  asseclas  at(iiie  ei)iscoj)os 
<'o  si)ii'itii  adduci  atciuc  agi.  ut  ])er  eoi'unimpt  scntoutias  firniou- 
tur  eoruui  n^gna.  census  et  quîPstuosa',  traditioues.  Nihil  est 
igitur  quod  dicaut.  in  spii-itu  saneto  convenire  se  atque  congre- 
gari  in  n()niin(>  Christi,  (lui  nihil  minus  jussit  (luàni  divitiis 
inhiare,  et  pro  i)riniis  cathedris,  pro(iue  hisce  rébus  suos  cogi. 
quos  ne  vestitus.  ne  eibi  quidem  voluit  sollicitudine  teiicri  : 
quil»us.  cum  eorum  duo  aut  très  convenissent.  se  atî'ore  recej)it. 
Q}iid  mihi  et  frafrihus  quïbusdam,  dmn  in  eam  cogitafionem 
incubiiisseniKS,  in  mentem  venerit  rolo  commemorare.  Id.  etsi 
non  longé  abest  al)  eo  consilio  quod  superioril)us  annis  ad  vos 
scripsi  '^  eo  tamen  magis  placet  quod  dignitatis  autoritatisque 
episcoporum  sunnnam  rationeni  habere  videatur  :  tuni  quôd 
ej)is('opi,  si  boni,  si  j)ii  viri  fuerint.  diligenter  nol)is  colendi  sunt 
atque  observandi,  tum  ut  eorum  dignitatis  ratione  habita,  quid- 
quid  Principes  i)etierint  faciliùs  assequantur,  tum  ut  inter  nos 
atque  illos  minimum  irarum  relinquatur.  Id  taie  est  :  Si  jussu 
Cœsaris,  regum  principumque.  civitatum  m  Britanma,  Gallia, 
GermaniUyltaHa,  Hispaniis  cseterisque  provinciis  (ina-  invocant 
nomen  Domini  nostri  Jesu  Christi,  delectus  habeatur  ex  iis  (jui 
rerum  divinarum  bene  ])eriti  quàm  minime  sus])icionis  et  pon- 
tificiœ  corru])tela^  affines  sunt.  Prinius  deh'ctus  per  civitatc^s 
sanctœ  I)ei  ])lebis  sit  :  j)lebs  quos  deh^gerit,  déférât  ad  j)rima- 
rios  viros.  Primarii  videant.  qui  hi  sint  quos  j)le])s  elegerit.  Duo 
legati.  alter  plebeius,  alter  patricius.  différant  ad  Cxsarem  et 
rege.s  nomina  electorum.  Quos  omnes  ul)i  PrincijxN  jusserint 
convenire,  sex  vel  septem  ex  singulis  j)rovinciis  parem  omnino 
numerum  hominum  selectissimorum  statuant.  Pontifex  deinde 
atque  episcopi  ex  onmiluis  ejjiscopis  duodccini  ('pisco])Os  legaiit 

L.  Cassius  satis  severus  judex,  qui  in  cognoscendis  criiiiiiialibus  causis 
illud  in  primis  quapn^iduin  osse  diroliat,  cui  hono  fiiissct,  pin'irc  oum  do 
cujus  morte  qua;reretiir  ■>  (Facciolati.  Totius  latininatis  Li'xicoii).  Voy. 
aussi  Bayle.  Dict.  hist.,  article  Cassius  Longinus  (Lucius). 


266    [AONIO  PALEARIO]  A  LLTHER,  MÉLAÎSCHTHON,  BLCER,  CALVIN.    lo43 

s])octatte  vita?  et  sauctitatis,  qui  maniis  imi)onant  iis  Icctis  viris, 
orontqiio  super  eos.  ut  ac'cij)iaut  virtuteni  supervenientis  sjjiri- 
tus.  Hi  tirmissinii  judices  omnium  contentionum  statuantur  a 
PoHtifice,  ab  episcopis,  a  Césure,  à  regibus  princij)ilnisve  civita- 
tum  :  qui  sul)scribant  ac  recipiant,  sese,  quidquid  il  judicaverint, 
statueriut,  declaraverint,  firmissimè  aequè  omnes  accepturos, 
curaturosque  ut  pro  indultitatis  habeantur.  Mox  decreto  amplis- 
simo  facto  (quo  caveatur  iis  cpii  ad  conventus  peragendos  aut 
ad  dicendum  venerint,  qui(iui  sunt)  Pontificis,  episcoporum, 
Cfesaris,  rogum  priiici])umqu(^  civitatum  uomine  jussuque  pro- 
nuneietur  ut,  quoniam  in  sancta  synodo  libéré  agendum  est, 
consultum  sit  ut  libéré  quisqu(\  sine  metu,  sine  periculo,  i)0ssit 
dicere,  et  ut  promissi  Pontifex,  ejiiscopi,  Cœsar  et  reges  i)rinci- 
pesque  civitatum  se  sponsores  dent  exsolvantque  legibus  omni- 
bus, edictis,  senatusconsultis,  ])œnis  et  censuris  omnes  qui  aut 
dixerint  aut  scriptum  dederint  apud  hosce  lectos  viros,  qui  in 
loco  ad  agendum  i)arato  cum  Pontifice,  episcopis,  Cœsare  et 
regibus  principibusque  legatisve  civitatum  sedeant,  audituri 
orationes,  si  qucV  liabelmntur,  tam  harum  quàni  illarum  partium: 
quas  postea  jubeant  sibi  dari  scriptas.  Primo  loco  dicant  vel 
promotores  Concilii,  vel  qui  veluti  accusatores  causam  contro- 
versiœ  statuant,  vel  petitiones  adf<>rant  :  secundo  advei-sarii 
respondeant.  Eorum  accusationibus  acceptis,  si  qute  disputanda 
videbuntur,  apud  hos  itidem  disputentur.  Post  conflictum  sem- 
per  scribi  pétant  cum  argumenta  tum  resi)onsa.  QucT  omnia  ulii 
lectissimi  sanctissimique  viri  viderint  et  legerint,  et  non  modo 
oculis  sed  aninio  quoqu(»  perlustraverint  atque  perpenderint, 
videant  ne  quid  detrimenti  Evangelium,  doctrina  aj)ostolorum 
et  resi)ublica  Cliristi  caj)iat.  Qiiam  unam  ob  rem  declarandam 
invocato  sj)iritu  sancto  libéré  ])ronuncient  statuantque  quod 
gloriie  Christi  sit  bonum  felixqu(^  pojjulo  Christiano. 

Hoc  consllium  cogitât umqxe,  quale  quale  ost,  j nsseriint  fratres 
ut  ad  vos  scriherem.  Si  placehit,  ejns  vos  necesse  est  moderntores 
esse  atque  duces.  Haec  enini  miserrima  et  gravissima  fortuna 
Italornm  est,  (judd  neque  à  quibus  im])lorent  auxilium  habeiit, 
ncquf»  si  liabeant  licet,  Helvetii,  qui  abalienato  sunt  animo  a  Ba- 
ttijloida  ronuiHa,  per  legatos  à  rege  GaUi<e,  a|)ud  quem  audimus 
eos  esse  gratiosos,  petere  atque  impetrare  possunt,  atque  obtes- 
tari,  nisi  in  petitionc  Rex  ipsis  faveat,  nunquam  jwstliac  se  ejus 


4 

î 


1543  [ao.mo  paleario]  a  luther,  mélanchtiion,  bucer,  <:alvin.    267 

|);irt{>s  esse  sequutiiros  :  l'clicturos  se,  sive  (l(>stituti,  sive  adjuti 
fiierint,  ea  de  re  publieum  niommientuni  lil)ens  |)ost(>ris(|U(' 
eonim  [1.  suisV|.  (ieniunù  pii  a  défibre  iiullo  negotio  iiiipetra- 
biiiit,  si  precibiis  et  obtestatione  coiitendatur.  ut  queni  iinpera- 
toreiu  tôt  aiiiios  tidelissimè  se(imiti  siut.  cjus  ope  liceat  Christi 
caiisain  iniserè  oijprcssaiii  sublevare.  Britanniie  regem,  qui  alieno 
auinio  in  pontificf^s  roiuauos  esse  dicitur,  sollicitare  literis  pos- 
sunt  cum  Helretii  tum  Germani,  ut  in  liane  sententiani  veniat, 
et  connnune  consiliuni  non  sj)ei-nat. 

Hœc  omnia  tam  hona,  fam  cxpedata,  fratres,  taniquo  idU'ui, 
iniô  verô  necessaria  Reij)ublictB  Christiante,  vos  asseciitos  video; 
si  qmis  inimicitias  haheiis,  Christiana  pietate  deponatis.  Adt'er- 
tur  enim  ad  nos,  nec  obscuro  nec  vario  sermone,  magnas  conten- 
tiones  dissensionesque  esse  inter  vos,  quibus  discrepantes  non 
in  unani  sententiani,  sed  ne  in  eundem  loeuni  possitis  convenire. 
Hem  fratres!  date  Jioc  CJiristo  nostro  salteiu  pro  temjjore,  ni  unà 
concurratur,  ne  impetum  snsiinere  possitit  udversarii.  Si  tottan- 
tosque  ahiisus  romaine  Bahyloiihe  anà  rejecistis,sipro  apostolicis 
institatis  servandis  defendeiidoqne  Evangelio  una  mens  est, 
idemqne  animi  vestri  senstis,  quid  ummi  avt  ad  summnm  nlte- 
ram  caput  vos  tantopere  distraliit  ac  disjnngit  f  Adversarii 
instructissiini,  potentes  atqut^  unanimes  in  vos  feruntur.  Colli- 
gite  vos  per  Jesum  Christum,  ne  si  illi  viccriiit,  euin  j)Ostea 
vohieritis,  non  sit  Christi  resjiublica  quain  juvare  ac  tueri 
possitis.  Defendenda  suiit  niulta  ista  qute  sujierioribus  aniiis 
pulchre  illustrastis.  Rejici(Midi  superandique  in  Coneilio  hostes 
Evangelii.  Si  qua  interpretationis  varietas  in  aliqiio  est  capite 
scriptorum  divinorum,  ne  confodite  vos.  Umtsquisque  in  sao 
sensu  [non]  ahimdet.  Dahit,  dahit  postea.  Deus  pater  Domini 
nostri  Jesa  Christi  ut  in  iis  qiioque  in  quibus  nu  ne  contentio  est, 
idem  aliquando  sentiatis.  Suseipit(^  intérim,  defcnditi^,  tuemini 
ea  de  quilius  non  errantem  et  vagani,  sed  staltilcm  c(M*tam(|ue 
sententiani  lial)etis.  Quos  animos  sumpturos  putatiseos  liomincs 
qnos  in  Italia,  Galliis  atquc  Hispatiiis  scrijitis  vestris  excitas- 
tis,  si  audierint  Germanos  non  modo  non  esse  dissipatos  (quod 
l)riino  quoque  verbo  objiciunt  adversarii,  quôd  non  sit  dissen- 
sionis  Deus),  sed  iis  Britannos  atque  Helvetios  esse  ronjunetos? 
Quid  reges  et  principes  V  Annon  putatis  rationeni  habituros 
tantarum  nationum  V  Quae  si  impetrabunt  ut  non  apud  corruj)- 


268  GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.         1543 

tos,  sed  saiictissimos  ot  œqiiissimos  juclices,  omnes  œquè  sine 
metii,  sine  periculo,  possint  dicere,  non  dubitandum  [est],  sa- 
crum, solenne,  integruni,  incorru])tuni  concilium  nos  liabituros. 
Id  ut  ab  Imperatore,  regibus,  principibusque  civitatum  prece 
admoniti  obtestatione  petatis,  si  Resp.  Christiana  loqui  posset, 
vos  vehementer  etiam  atque  etiam  rogaret. 

Hoc  consUium  quoniam  expendi  desideramvs  à  te,  a  Bncero, 
a  Mela)ichtlw)ie,  a  L}dhero,  ohsecraimis,  Calvine,  per  Dominuni 
Jesum  Christum,  nt  ad  eos  singulos  harum  literamm  exempla 
2)erferri  diUgentissimè  cures.  Ad  quos  si  me?e  literae  priùs  quàni 
ad  te  pervenerint.  nihil  erit  niii'andum,  si  ab  iis  quoque  eat 
exemplum  ad  te  et  Helvetios  nostros.  Misimus  enim  banc  epis- 
tolam  per  alium  tabellarium  ad  Bucerum  :  quie  si  ad  homineni 
perierretur,  oravimus  ut  exemplum  mitteret  ad  te.  Vale,  boue 
et  fidelis  ministev  Jesu  Christi.  ComnKMKlo  tibi  conservum  nos- 
ti'um  Berimrdinum  Ocliimim.  Quibuscunque  eum  rel)us  juveris. 
Cliristum  juveris.  Yale.  mi  frater. 


1203 

GUILLAUME  FAREL  au  Duc  de  LoiTaiiie. 
De  Gorze,  11  février  1543. 

Imprimée.  Genève,  154.S  '. 
(Extraits) 

A  très  illustre  et  excellent  Prince,  Monsieur  le  Duc  de  Lor- 
raine. 

La  grâce,  paix,  salut  et  miséricorde  de  Dieu,  nostre  bon  Père, 
par  Jésus  son  seul  Filz,  nostre  Seigneur,  en  la  vertu  du  sainct 
Esprit,  vous  soit  donnée  ! 

*  Elle  i)ort('  co  titre  :  EPISTRE  |  envoyée  av  dvc  |  de  Lorraine,  jiar 
Guillau-  I  me  Farel,  Preschcur  du  |  S.  Euangile.  |  a  geneve,  |  par  lehan 
Girard.  |  1.54.S.  1  Très  petit  in-S"  de  118  pp. 

Selon  la  France  protestante,  ;irticle  Farel,  cette  Éj>ître  aurait  été  réim- 
primée par  Crespin  dans  les  Acten  des  Martyrs.  Nous  en  doutons  fort  : 
elle  est  absente  de  Sédition  très  complète  de  Toulouse. 


1543  GL'ILLAL'ME  FAREL  AU  DlC  DE  LORRAINE.  269 

Très  illustre  et  excellent  Prince,  Ihonneur  et  révérence  et  la 
grande  aftection  que  je  porte  à  la  saincte  Puissance  ordonné(>  de 
Dieu,  et  au  éminent  et  haut  estât  ai^quel  Dieu  vous  a  appelle, 
m'incite  à  prendre  hardiesse,  et  de  ne  tant  ci-aindre  de  m'adres- 
ser  à  vosti'e  hautesse.  pour  la  considération  de  ma  jietitesse, 
mais  plustost  à  penser  et  à  tascher  en  toute  manière,  qu'on  peut 
servir  à  si  noble  puissance  comme  est  la  vostre,  en  Thonneur  de 
Dieu  et  le  bien  d'icelle....  attendu  aussi  que,  de  toute  ancienneté, 
la  no])le  maison  de  Lorraine  est  louée  de  bénigne»  facilité,  et  de 
promptitude  fort  humaine,  i)0ur  i)r(mdre  tout  en  bonne»  paît  et 
ne  rejecter  ce  que  de  bon  cueur  est  présenté  :  et  singulièrement 
vostre  personne,  tant  noble  et  bénigne,  de  ce  en  a  le  renom  par- 
tout-. Parquoy,  espérant  que  mon  escrit,  qui,  comme  Dieu  s(;ait, 
procède  d'un  cueur  qui  ne  désire,  après  Phonneur  de  Dieu,  rien 
tant  que  la  maintenance  et  bien  des  puissances  et  seigneuries, 
sera  entièrement  leu  et  bénignement  receu  en  bonne  affection 
et  droict  jugement,  au  nom  de  Dieu  l'ay  entrejirins.  Il  soit  le 
bon  plaisir  du  Seigneur  des  seigneurs  en  donner  bonne  issue  en 
son  honneur  et  gloire  ! 

Mon  seigneur,  je  ne  doubte  point,  que  depuis  que  jjar  la  grâce 
de  Dieu  je  suis  pervenu  auprès  de  vostre  pays,  que  parolles  en 
sont  venues  jusques  à  vostre  seigneurie,  et  me  doubte,  que  tout 
ainsi  que  partout  oîi  j'ay  esté,  Pon  a  semé  de  moy  choses,  que  si 
elles  estoyent  véritables,  il  vaudroit  troj)  mieux  que  je  ne  fusse 
jamais  nay,...  aussi  qu'à  vostre  excellence  on  n'ait  dict  sem- 
blables :  car  quasi  d'une  mesme  sorte  mes  adversaires  ont  tasché 
])artout  de  me  rendre  détestable  à  tous;  mais  Dieu,  de  sa  grâce, 
a  monstre  la  ve^rité.  Premièrement,  ont  tasché  de  semer  de 

moy,...  que  je  tasclioye  d'ahoUr  tontes  xyaissances  et  seigneuries, 
toute  justice  et  police,  et  que  je  vouloye  confundre  tous  estas,  en 
procurant  que  tout  fust  commun  et  (lu'il  n'y  eust  rien  de  jjropre, 
et  qu'on  ne  fust  su])j('ct  à  i)ersonne,  ne  tenu  i-endre  ne  droict 

^  Le  duc  Antonie,  né  le  -t  juin  1  ib'J,  était  le  troisième  dis  de  lii'ité  II, 
duc  de  Lorraine,  qui  s'était  allié  aux  Suisses  et  avait  vaincu  Charles-le- 
Téméraire  à  Nancy.  Il  fut  élevé  à  la  cour  du  roi  Louis  XII,  qu'il  suivit  en 
Italie.  Il  succéda  à  son  père  le  10  décembre  L508.  Ses  sujets  l'aii])elaient 
le  bon  duc,  et  Brantôme  le  qualitie  de  «  très  lif)mme  de  bien,  jtrince  d'hon- 
neur et  de  conscience  •>  (Voyez  Moréri,  art.  Antoine.  —  René  de  Bouille. 
Hist.  des  ducs  de  Guise.  Paris,  1849-50,  4  vol.,  I,  40-41). 


270  GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.         1543 

ny  obéissance,  ne  de  payer  censé,  rente,  dismes,  tribntz,  ne 
chose  qui  soit  :  [ce]  qui  seroit  faire  de  la  terre  une  briganderie 
et  une  confusion  plus  qu'infernale,  si  la  puissance  du  glaive 
estoit  abolie.  Et,  pour  iulns  me  faire  détestable,...  Hz  ont  faict 
courir  le  hruyt,...  quejem'emjilofjoie  à  destruyre  du  tout  la  saincte 
Église,  à  tirer  tous  hors  de  la  Foy  de  nostre  Seigneur,  en  pres- 
chant  contre  icelle  et  enseignant  perverse  doctrine,  contraire  à 
la  Foy,  condamnée  de  Dieu  et  de  l'Église.... 

Jamais  n'advienne,  très  excellent  prince,  que  le  Seigneur  des 
seigneurs...  me  délaisse  et  m'abandonne  tant,  que  je  vienne  à 
celle  povreté  d'ainsi  résister  à  Dieu,...  de  vouloir  abolyr  les  puis- 
sances et  l'ordre  et  police  qui  est  de  Dieu,  et  tant  nécessaire,  que 
mesme  les  espritz  (Miragez  qui  ont  i)arlé  contre  icelle  et  qui  ont 
volu  destruyre  le  glaive,  ont  esté  constraintz  d'en  dresser  entre 
eux.  Certainement, /«^  tasché  dès  le  commeu.cement  qu'il  a  pieu 
à  mon  Dieu  mappeller  à  porter  sa  saincte  parolle,  de  priser, 
lionnorer  et  magnifier  ce  que  Dieu  veut  estre  Jionnoré  et  j^risé.... 
Et  ay  monstre  à  ceux  qui  disoient  estre  trop  chargez,  et  qui  avec 
regret  ])ayoient  cela  que  la  seigneurie  reçoit,  que  ainsi  que  la 
chose  estoit  constituée,  qti'en  bonne  foy  Hz  dévoient...  toutx)ayer  : 
rentes,  censés,  dismes  et  antres  charges,  et  que  les  détenir  est  lar- 

recin Et  n'y  a  rien  en  quoy  je  n'enseigne  qu'on  obéisse  aux 

seigneurs,  fors  avec  sainct  Pierre,  et  (comme  tous  le  confessent) 
il  le  faut,  quand  la  puyssance  commande  une  chose  que  Dieu 
défend,  ou  si  elle  défend  ce  que  Dieu  a  commandé,  que  lors  il 
faut  plus  obéir  à  Dieu  qu'aux  hommes.  En  toute  autre  chose,  il 
faut  obéir,  ])riser  et  honnorer  les  seigneurs  que  Dieu  nous  donne, 
quelz  qu'ilz  soient....  Et  nostre  bon  Dieu  m'a  tellement  assisté 
par  sa  grâce,  que  là  où  il  [s'Jest  servy  de  moy,  maintenant  la 
puissance  a  son  lieu  sur  tous,  et  n'y  a  personne  qui  ne  responde 
à  la  justice,  et  qui  ne  soit  chastiable  et  soul)z  le  glaive,  qui  a  lieu 
en  l'église  de  Dieu,  non-seulement  en  la  ])articipation  des  sainctz 
Sacremens,  mais  aussi  pour  la  police,  et  ce  qui  sert  à  l'entreten- 
nement  de  l'Église,  et  si  sont  obeys  les  seigneurs,  et  ont  et 
reçoyvent  ph^nement  ce  qui  vient  à  leur  seigneurie.  Parquoy, 
m'imposer  telle  calumnie,  est  trop  évidemment  contrevenii'  à 
toute  la  saincte  doctrine  qui  a  esté  preschée  par  moy,  et  à  tout 
l'eftect  qui  s'en  est  ensuyvy,  à  parler  contre  toute  expérience. 

Mais,  si  la  cahimnie  de  vouloir  anéantir  dît  tout  les  puissances 


lo43  (iUILLAlME  FAREL  AU  DUC  DK  LORKAINE.  271 

est  gramle  et  plus  qu'importahle,  encore  est  trop  plus  (/raiide 
celle  qu'ilz  m'mvposent,  c'est  de  destrnyre  la  Foy,  tout  ce  qui  est 
de  Dieu  et  son  honneur  et  service,  le  mespriser,  et  la  vierge 
Marie  et  tous  les  Sainctz,  et  tout  ce  qui  doit  estre  observé  et 
gardé  en  rÉglise  Clîrestienn(\  Sacremens  et  toutes  ordonnances 
de  Dieu.  Mais,  très  nol)le  Vv'\\\ç.(\pour  cotignoistre  et  juger  s'Uz 
disent  vrag  ou  )>ori,je  n'en  veux  autre  juge  que  vous  :  et  non- 
seulement  vostre  Seigneurie,  mais  tous  ceux  (jui  ne  veulent  ré- 
sister à  la  manifeste  vérité  de  Dieu,  et,  si  l'on  i)ovoit  veoir  la 
conscience,  aussi  le  jugement  de  noz  adversaires,  tant  est  la 
chose  claire  et  évidente.  Qui  est  celuy  qui  osera  dire,  qu'on  dés- 
ir uise  et  qu'on  contrevienne  à  la  Foy  et  qu'on  enseigne  contre 
icelle,  en  mettant  en  avant,  proposant  et  enseignant  ce  pcvr  quoy 
elle  a  esté  plantée  et  conservée?  Or,  nous  conf(^ssons  tous  que  la 
Foy  a  esté  plantée  et  fondée  par  la  pure  j)rédication  d(>  l'Évan- 
gile, et  par  celle  mesme  a  esté  conservée  et  entretenue.  Puis  (i[ue 
la  Foy  est  par  Touye  de  la  Parolle  de  Dieu,  laquelle  est  propo- 
sée, afin  que  tout  homme  se  recongnoisse  i)écheur  devant  Dieu 
et  digne  de  mort,  non  point  seulemcnit  tem])orelle,  mais  éter- 
nelle :  et  [que]  en  détestant  son  péché  il  se  retourne  au  Dieu 
vivant,  en  recourant  à  sa  très  grande  miséricorde,  luy  requérant 
l)ardon,  grâce  et  mercy,  et  ce  au  nom  de  Jésus,  nostre  bon 
Sauveur..,.  ^ 

Qui  osera  dire  que  ceste  doctrine  ne  soit  la  pure  doctrine  de 
la  Foy  vive,  contenue  en  la  saincte  Escriture  et  commandée  de 
Dieu,  ayant  en  soy  la  recongnoissance  du  péché  et  le  changement 
de  vie,  en  la  fiance  de  la  rémission  des  péchez  au  Nom  de  Jésus, 
})0ur  cheminer  en  vraye  charité,  comme  les  sainctz  Apostres 
l'ont  preschée  par  parolle  et  laissée  i)ar  leurs  sainctz  escriptz  V 
—  Certainement,  personne  ne  le  peut  faire  sans  condamnei- 
Jésus  et  sans  rejecter  l'Esprit  de  Dieu,  qui  i)arle  par  ses  servi- 
teurs, comme  il  a  parlé  par  les  sainctz  Apostres.  Certainement,  qui 
voudra  dire  que  j'aye  autrement  presché  de  la  Foy,  et  autrement 
enseigné,  il  me  fait  grand  tort  :  et,  en  condamnant  ma  i)rédica- 
tion,  ])rinse  des  sainctes  prédications  de  Jésus  et  de  ses  sainctz 
Aj)ostres,  avec  l'injure  qu'on  fait  à  Jésus  et  aux  Apostres,  on 
fait  gros  oultrage  à  tous  ceux  qui  aujourd'huy  i)resch(>nt  liure- 

*  Suit  l'exposé  (Ir  la  doctrine  évungélique  du  salut. 


272  GLILLALME  FARKL  AU  DUC  DE  LORRAINE.  1543 

ment  rÉvangilo  sur  la  terre,  et  à  toutes  les  Églises  qui,  en  doc- 
trine et  es  Sacremens,  ont  prins  et  faict  réformation  selon  la 
pure  parolle  de  Dieu,  en  ai)procliant  à  la  primitive  Église.  Car 
en  toutes  icelles  la  docti-ine  de  la  Foy  y  est  ainsi  prescliée.  Et  si 
je  destruy  la  Foy,  et  je  parle  contre  icelle  ainsi  enseignant,  et 
Jésus  et  les  siens  et  ceux  qui  l'ensuivent  aujourd'huy  ont  parlé 
et  enseigné  contre  icelle.  Parquoy  ceux  qui  proposent  et  sèment 
telles  choses  contre  moy,  grandement  faillent...  En  quoy  peuvent- 
ilz  dire  que  j'ay  mal  parlé  de  Dieu,  puis  que  n'ay  tasché  d'eu 
parler  autrement  qu'il  est  contenu  en  la  saincte  EscritureV  en 
proposant  son  jugement  sur  les  pécheurs  qui  ne  sortent  de  leurs 
péchez  :  preschant  sa  bonté  et  miséricorde  envers  ceux  qui, 
détestans  péché,  par  Foy  recourent  à  sa  grâce  et  miséricorde  : 
magnitiant  sa  puissance,  sagesse,  afin  (ju'on  ne  cerche  autre 
Dieu  que  luy.  Et  puis  qu'il  nous  a  appeliez  à  Jésus  son  Filz,  qui 
est  mort  poui*  nous  unir  tous  en  un  corps,  à  quoy  tasche  toute 
la  Parolle  de  nostre  Dieu,  et  les  sainctz  Sacremens  à  ce  nous  in- 
citent, j'admoneste  que  tous,  estans  un  corps,  purement  servent 
à  Dieu  en  une  mesme  Foy,  reigle,  ordonnance,  en  un  Évangile 
soubz  un  Dieu,  un  Seigneur  et  Piédem])teur,  un  Baptesme  :  sen- 
tans  et  disans  tous  une  mesme  chose,  sans  aucunes  sectes,  par- 
ties, divisions  et  dissentions  :  et  que  personne  ne  se  die  estre 
de  Paul,  ny  d'Apollo,  ny  de  Pierre,  quelque  grand  Apostre 
que  soit  ou  Paul  ou  Pierre,  et  encore  moins  d'aucun  autre 
moindre  que  telz  si  grans  et  si  sainctz  personnages  :  qu'on 
ne  prenne  leurs  reigles  ny  status,  quelque  apparence  de  sainc- 
teté  qu'ilz  ayent  :  mais  que  tous  soyent  simplement  et  ])urement 
à  nostre  Seigneur  Jésus,  et  à  luy  seul  s'arrestent,  et  ne  reçoyvent 
autre  reigle  que  la  sienne  :  car  elle  est  suffisante,  parfaicte  et 
consommée.  Et  faut  entendre  que  trop  plus  sera  grief- 

vement  puny,  qui  osera  entreprendre  sur  ce  que  le  Filz  a  dict, 
en  faisant  autrement  qu'il  n'a  commandé,  voulant  adjouster  ou 
diminuer,  en  suyvant  son  beau  semblant  et  sa  bonne  intention, 
([ue  tous  ceux  qui  ont  osé  entreprendre  sur  la  Loy  donnée  par 
le  serviteur  Moyse,  qui  contenoit,  qu'on  n'ensuyvît  ce  qui  seni- 
bloit  bon,  mais  qu'on  se  tinst  à  ce  qu'il  avoit  commandé,  sans 
décliner  ny  à  la  dextre,  ny  à  la  sénestre.  sans  y  adjouster  ny 
diminuer.... 
FA,  pour  inciter  tous  à  cheminer  de  grand  courage  en  la  Foy 


1543  GUILLAUME  FARKL  AU  DUC  DE  LORRAINE.  273 

(le  Dieu,  et  à  siiyvre  ses  sainctz  Comniandemens,  et  pour  les 
retirer  de  mal,  coinbieu  que  j'aye  i)roi)Osé  les  veufîeances  faictes 
sur  les  iniques,  comme  l'Escriture  les/ontient  :  toutesfois  plus 
je  m'arreste  à  magnifier  les  dons  et  grâces  que  Dieu  a  faictes 
aux  siens,  et  [je]  parle  des  sainctz  serviteurs  de  Dieu,  sans  oblier 
celle  très  heureuse  vierge  Marie,  mère  de  Jésus,  vray  Dieu  et 
vray  homme,  en  proposant  sa  simplesse  et  j)rudence  vii-ginalle.... 
Tout  ce  qui  est  dict  de  Jésus,  soit  par  les  bergiers,  ou  par 
Syméon  et  autres,  elle  le  garde  et  le  rumine  en  son  cueur  :  et 
singulièrement  cela  qui  est  dict  de  la  bouche  de  son  Filz,  lequel 
elle  recongnoit  comme  son  Dieu,  et  veut  et  incite  à  faire  tout  ce 
(lu'il  commande  :  car  elle  sçait  bien  qu'il  est  celuy  à  qui  appar- 
tient de  commander,  et  à  qui  tous  doyvent  obéir.  Car  le  bien  et 
le  salut  de  tous  vient  de  Jésus,  et  gist  en  Jésus  :  et  l'honneur 
de  la  Merge  est  d'avoir  non-seulement  porté  un  tel  Filz,  mais 
d'avoir  creu  en  luy.  Et  semblablement  des  sainctz  A])Ostres.... 
Ceste  grâce  de  Dieu  es  sainctz  Apostres,  et  es  autres,  et  comment 
ilz  ne  l'ont  receue  vainement,  mais  ])ar  icelle  se  sont  employez 
en  l'honneur  de  Dieu  et  au  bien  et  salut  de  tous,  je  la  propose 
au  peui)le,  afin  de  prendre  cueur  et  se  fiei*  en  Dieu,  tellement 
(jue,  considérans  l'yssue  des  sainctz  personnages  à  qui  Dieu  a 
faict  tant  de  grâces,  tous  ensuyvent  leur  Foy....  Sur  quoy  assez 
appert,  ([uc  faulsement  on  m'impose  que  je  parle  mal  de  la  très 
saincte  vierge  Marie,  et  des  sainctz  et  sainctes  :  veu  que  de  tous 
j'en  i)arle  comme  la  saincte  Escripture  en  a  parlé,  et  comme 
Jésus  nous  monstre  d'<'n  j)arler,  et  les  sainctz  Apostres.  A"ussi 
regardant  bien  que  je  ne  i)roiJOS(^  aux  brel)is  rachetées  du  sang 
de  Jésus  autre  que  la  pun^  vérité  du  Sauveur,  i)uis  qu'il  faut  que 
celuy  qui  parle,  qu'il  parle  la  parolle  de  Dieu,  voire  purement, 
sans  y  rien  mesler. 

Et  quant  est  du  gouvernement  et  ordre  de  l'Eglise,  et  du 
régime  qui  doit  estre  en  elle,  et  de  la  saincte  administration  des 
Sacremens,  qu'ilz  disent  que  je  tasche  à  tout  destruyre  et  gaster, 
tout  est  faulsement  controuvé.  Car  tous  confessent,  que  jamnis 
l'Eglise  nefust  mieux  conduicte  ng  mieux  gouvernée,  et  les  Sa- 
cremens ne  /eurent  onc  xjIus  juirement  administrez  que  par  les 
sainctz  Apostres,  et  qu'en  leur  temps.  Car  lors  la  Foy  estoit  vive, 
pleine  et  grande,  et  Ja  charité  moult  ardente.  Dieu  sçait  et 
congnoit  mon  désir,  qui  est  que  l'Eglise  en  son  gouvernement  ap- 

T.  VIII.  18 


274  GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.         lo43 

proche  cm  2)lus  près  à  la  primitive  Église,  en  pureté  de  doctrine, 
en  simplicité  de  vie  et  en  la  saincte  administration  des  Sacre- 
mens....  Si  donc  je  travaille  d'ensuyvre  les  droictz  serviteurs  de 
Dieu,  qui  ont  édifié  purement  l'Église  sur  le  vray  fondement, 
qui  est  Jésus,...  que  puis-je  mieux  faire,  au  bien,  ]n"ofit  et  hon- 
neur de  l'Église,  que  dez  le  commencement  restaurant  ce  qui  a 
esté  ruyné,  [je]  les  ensuyve  du  plus  près  que  Dieu  nous  donne 
de  grâce  ? 

....  Mais,  pour  monstrer  ces  calumnies  tant  imi)udentes,  très 
noble  Prince,  il  ne  faut  que  je  m'arreste  tant  :  veu  que  la  forme 
de  l'administration  du  Baptesme  et  de  la  Cène  de  nostre  Seignear, 
et  comment  l'on  receoit  le  Mariage,  et  l'on  instrtiit  les  enfans  en 
la  doctrine  de  la  Foy,  et  de  la  Visitation  des  malades,  et  consola- 
tion des  âmes  lïressées  de  péché  :  et  comment  on  procède  aux 
Églises  qui  désirent  ensuyvre  la  pureté  de  l'Évangile  et  de  la 
primitive  Église,  est  quasi  aux  mains  de  tous  \  Et  est  de  mer- 
veilles, si  ceux  qui  parlent  ainsi  ne  l'ont  veuë  et  leuë.  Et  s'ilz  l'ont 
veuë  et  leuë,  c'est  une  grosse  impudence  et  malignité  de  parler 
ainsi  contre  la  vérité  tant  manifeste... 

Très  excellent  Prince,  cehiy  qui  dira  de  télz  povres  calumnia- 
teurs  ce  qu'ilz  taschent  de  m'imposer,  certainement  il  n'aura 
grande  peyne  à  le  prouver  estre  vray...  Et,  quant  est  de  la  puis- 
sance du  glayve,  Hz  ne  peuvent  nyer  qu'ilz  ne  l'ayent  mise  souhz 
leurs  pieds.  Car  envers  ceux  qui  se  disent  de  l'Église...,  le  glayve 

*  De  la  liturgie  employée  par  Farel  on  connaît  trois  éditions,  dont  voici 
les  titres  :  «  La  Manière  et  Fasson  quon  tient....  es  lieux  lesquelz  Dieu  de 
sa  grâce  a  visite.  (Neuchâtel)  1533.  »  Très  petit  in-S",  caract.  goth.  Publié 
de  nouveau  par  J.-G.  Baum.  Strasbourg,  Paris,  1859.  —  «  Livret  au  quel, 
sans  s'arrester  à  toutes  les  aultres  disputes  et  différens,  est  demandée  seu- 
lement la  réformation  dans  la  liturgie,  pour  pouvoir  prier  Dieu  tous 
ensemble  et  parvenir  peu  à  peu  à  une  réconciliation,  (s.  1.  Genève)  1536,  » 
in-16,  «  pièce  célèbre  (dit  Brunet.  Manuel  du  Libraire.  Supplément,  t.  I, 
1878,  col.  481),  attribuée  à  Farel  par  le  Si/llabiis  aliquaf  .'^ynodorum  et 
colloquiorum,  1628.  »  Voir  aussi  Placcius.  Theatrum  anonymorum  et  pseu- 
donymorum.  Hamburgi,  1708,  p.  558,  n"  2195.  —  «  Lordre  et  manière 
quon  tient  en  administrant  les  sainctz  sacremens  ...  Item,  en  la  célébration 
du  Mariage,  et  en  la  Visitation  des  malades.  Auec  la  forme  quon  obserue 
es  i)redicatioils,  principallement  quant  aux  exhortations  et  prières  quon  y 
faict.  Es  lieux  lesquelz  Dieu  de  sa  grâce  a  visite....  Imprime  par  lelian 
Michel  demourant  en  la  place  Sainct  Pierre  deuant  la  grand  Eglise  (Ge- 
nève) 1538.  »  Petit  in-8",  caract.  goth.  Cf.  Th.  Dufour,  o.  c.  p.  107,  U4,  153. 


1543  GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.  273 

n'a  que  vooir,  et  u"v  a  rien  à  commander,  mais  seulement  à 
obéir  :  car  ilz  sont  tous  oxem])tz  de  la  justice  et  puyssance  du 
glayve,...  Le  Pape  quicte  et  i-emet  le  serment  aux  subjectz,  pour 
n'obeyr  plus,  et  n'estre  plus  obligez  à  leur  seigneur  :  faisant  des 
bons  et  loyaux  subjectz,  des  rebelles,  desloyaux  et  ])ai-jures.  Et 
ce  tout  évidemment  contre  le  sainct  commandement  de  Dieu... 
Et  non-seulement  le  Paj)e  ose  ainsi  parler  et  faire,  comme  il  a 
faict  :  mais  7e  l'ay  ouy  d'un  Jacobin  nommé  de  Borna  \  Auquel, 
quand  proj)Os  estoit  tenu  derÉvangil(\  et  ee,  quand premih-ement 
le  nouveau  Testament  fut  im])rimé  en  frauçoys,  où  Monsieur 
Faljvy  avoit  hesongnc,  et  [où  il]  estoit  dict,  que  l'Évangile  auroit 
lieu  au  Royaume  de  France,  et  qu'on  ne  jjresclieroit  jjIus  1(>s 
songes  des  hommes  ^  —  de  Roma  respondit  :  «  Moy  et  autres 
«  comme  moy,  lèverons  une  cruciade  de  gens,  et  ferons  chasser  le 
«  Roy  de  son  Royaume  par  ses  subjectz  propres,  s'il  i)ermet  que 
a  l'Évangile»  soit  i)resché.  »  Mais  ce  Moyne  ne  s'en  alla  sans  res- 
l)once,  telle  que  doit  donner  un  qui  craint  Dieu,  et  qui  est  bon  et 
loyal,  et  qui  ayme  son  Prince. 

Si  un  Moyne  présumoit  de  ainsi  parler,...  il  est  facile  à  conjec- 
turer quelle  pensée  il  avoit  en  son  cueur,  et  que  peuvent  penser 
et  dire,  et  mesmes  faire,  ceux  qui  en  Testât  du  Pai)c  ont  puis- 
sance de  Roys,  ayans  gens  de  guerre  et  la  main  forte  :  veu  qu'un 
porteur  de  besace  osoit  ainsi  parler  contre  un  Roy  icy  tant  puis- 
sant, tant  craint  et  obey.  Le  bon  ])laisir  de  Dieu  soit  de 
donner  à  congnoistre  à  tous,  combien  ce  povre  estât  du  Pape, 
ainsi  qu'il  a  régné,  a  porté  de  dommage,  ruy ne  et  perdition- aux 
âmes,  aux  corps,  aux  biens  et  à  V honneur  et  à  tout  ce  que  Dieu 
a  donné  aux  liommes  :  et  singulièrement  à  ceux  du  sainct  edat 
du  glayve.  Car  s'ilz  ont  tasché  de  ruyner  tous  autres  estatz  de 
la  pureté  de  la  Foy  et  du  vray  service  de  Dieu  :  singulièrf^ment 
ilz  se  sont  employez  envers  cestuy  excellent  estât,  sur  tout  tas- 
chans  qu'il  n'entendît  la  justification  de  la  Foy  et  la  vei-tu 
d'icelle  :  mais  qu'il  eût  toute  sa  fianc(»  aux  œuvres,  aux  satisfac- 

^  Le  trop  fameux  Jean  de  Homa,  l'inquisiteur  des  Vaudois  (Voyez 
l'Appendice  du  t.  MI). 

"  Le  Nouveau  Testament  traduit  en  français  par  Jacques  le  Fèvre 
d'EtapIes  (ou  Fnhri/)  ])arut  dès  le  inois  de  juin  au  mois  de  novembre  1528. 
Voj-ez,  dans  notre  t.  I,  p.  133-13G,  V Épistre  e.vhorfafoire  de  le  Fèvre.  eu 
tête  de  sa  traduction  des  Évangiles  (8  juin  L523),  et  la  p.  KiS. 


276  GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.         1S43 

tions,  et  autres  choses,  mesmes  controiivées  par  les  ministres  du 
Pape  :  qui  ont  tasché  à  induire  les  seigneurs  à  toute  idolâtrie, 
pour...  persécuter  et  destruyre  ceux  qui  avoient  pure  Foy,  et  qui 
purement  en  parloient  :  et  qui.  adorant  Dieu  en  esprit  et  vérité,... 
condamnoient  les  inventions  et  songes  des  hommes...  Le  bon 
Dieu  face,  que  \o  sang  innocent  qui  a  esté  espandu,  qui  demande 
et  crie  vengeance  devant  Dieu,  ne  tombe  sur  la  teste  des  sei- 
gneurs qui,  par  la  séduction  de  ceux  qui...  ne  crient  que  Toile, 
toile,  crmifige,  criicifige,  Font  esjjandu  :  et  que  eux  et  leurs  mai- 
sons n'en  sentent  la  vengeance  ! 

....  Si  aucun,  ayant  pitié  des  povres  brebis  de  Jésus,  voyant 
le  misérable  monde  tant  povrement  séduict  et  mené  à  perdition, 
tasche  à  retirer  les  j)Ovres  errans  des  erreurs  et  menteries,  et 
qu'il  condamne  la  faulse  et  perverse  doctrine  des  hommes  ])arla 
vérité  de  Jésus,  par  la  parolle  et  l'Évangile  de  salut  :  soubdain 
il  faut  qu'il  soit  prins  et  interrogué  par  les  inquisiteurs  de  la 
foy  :  qui  à  leur  plaisir  jugent  la  vérité  estre  mensonge  et  erreur, 
et  édification,  scandale.  Et  leur  e^t  assez  de  dire  :  «  11  a  confessé 
(I  telle  chose,  et  s'il  le  veut  maintenir,  il  est  hérétique,  il  faut 
((  qu'il  soit  bruslé,  ses  propos  sentent  le  feu,  c'est  follie  de  plus 
«  parler  à  luy,  qu'avons-nous  affaire  de  tesmoingsV  Nous  avons 
«  ouy  le  blasphème,  il  est  digne  de  mort,  quïl  soit  crucilié.  De 
«  le  reprendre  devant  tous  et  monstrer  par  la  saincte  Escriture 
«  qu'il  a  mal  parlé,  et  que  tous  entendent  qu'il  n'a  fondement  en 
«  la  parolle  de  Dieu,  voyans  et  ouyans  tout  ce  qu'il  pourroit 
((  amener  :  il  n'y  a  point  d'ordre.  Il  ne  faut  qu'il  soit  ouy,  car  il 
«  nous  gasteroit  tout  et  destruiroit  tout  :  il  ne  faut  contre  telz 
«  hérétiques  disputer,  iiy  par  raison,  »y  par  Escriture  :  Hz  en 
«  ont  tant  et  plus,  il  est  impossible  de  les  vaincre  par  la  saincte 
((  Escriture,  veu  que  la  Bible  est  le  livre  des  hérétiques  :  ilz  ont 
«  tousjoui's  sainct  Paul  en  la  bouche,  qui  a  ])ersécuté  rÉglis(^ 
«  paravant  et  aujourd'huy  encore  la  persécute  plus.  » 

Telz  sont  leurs  propos  en  leurs  assemblées  entre  eux  :  et  en  y 
a  eu  aucuns  qui  ainsi  en  ont  tousché  en  leurs  prédications...  Et 
ainsi  se  sentans  débiles  et  destituez  de  la  vertu  de  Dieu,  re- 
courent à  la  puyssance  du  glayve  :  et  ont  là  un  grand  Docteur 
irréfragable  sur  le  corps,  monsieur  nostre  maistre  le  boiirreau, 
(jui  poui-  mener  les  héréticjues  ad  metam  non  loqui,  et  qu'ilz  ne 
j)arlent  plus,  leur  coui)[)('  la  langue'  :  et  pour  payer  tous  les  ar- 


1543         GUILLAUME  FARKL  AU  DUC  DE  LORRAINE.  277 

giimens  (>t  raisons  qu'on  peut  amener  de  la  saincte  Esci-ipture, 
il  a  le  glavve  et  le  t'en.  Et  ainsi  \o  nouveau  Dieu  do  t(M're  (>st 
victorieux,  et  son  église,  qu'il  a  fondée  sur  un  fondement  de 
neige,  qui  ne  peut  i)orter  le  t'en  de  la  ï'arolle  de  Dieu,  et  ses 
murs  d(>  i)ai)ier.  qui  ne  peuvent  ])orter  seuleuKmt  le  son  d(^  la 
bombarde  évangéli(iue.  ny  toutes  ses  fumées  de  dét(M-minations 
ne  peuvent  arrester  devant  le  fort  vent  de  Dieu.  {\n\  les  chasse 
tant  et  plus  :  et  ses  grosses  ténèbres,  desquelles  il  se  veut  cou- 
vi'ir.  ne  jjeuvent  subsister  devant  les  jmyssans  raiz  du  soleil  de 
Justice. 

....  Pour  certain,  si  plusieurs  des  seigneurs  lisoyent  la  sainctc 
Escriture,  ilz  en  feroyent  leur  proffit  en  l'honneur  de  Dieu,  au 
bien  de  l'Église  (^t  de  tous  leurs  subjectz...  Mais  les  |)ovres 
aveugles  qui  ont  la  charge  d'enseigner,  comment  induiront-ilz 
les  seigneurs  à  lire  les  sainctes  EscrituresV...  [Ils]  ont  travaillé 
et  faict  tous  h'urs  eflfors  pour  empescher,  que  mesmes  les  livres 
du  nouveau  Testament  ne  feussent  mis  en  langue  vulgaire,  et  que 
le  povre  peuple  affamé,  qui  n'a  aucune  i)asture,  n'en  peust  gous- 
ter...  Et  tasclient  à  faire  encroyre  au  ])Ovre  peuple  et  aux  Sei- 
gneurs, qu'il  n'est  expédient  qu'on  lise  le  texte  de  la  saincte  Escri- 
ture sans  glose  :  car  on  en  tomberoit  en  i)lusieurs  erreurs.  Par- 
quoy  il  faut  qu'on  regarde  plus  à  la  glose  qu'au  texte. 

....  Dieu,  par  sa  grâce,  face  que  les  puyssances  ordonnées  par 
luy,  s'arrestent  à  ce  qu'il  leur  a  commandé  de  faire  :  et  qu(>  jibis 
n'ensuyvent  le  mauvais  conseil  et  le  vouloir  des  povres  aveugles, 
qui,  avec  eux.  taschent  tout  mener  en  perdition  :  et  qu'envray 
droit  et  équitable  jugement  ilz  jugent,  rendans  à  chascun  selon 
qu'il  a  déservy.  Ce  qui  ne  peut  estre,  si  les  ])arties  ne  sont  ouyes  : 
<^t  (iu(\..  pleinement  les  raisons  d'une  part  et  d'autre  ne  soient 
ouyes.... 

Parquoy,  très  noble  Prince,  au  nom  de  Dieu....  il  vous  plaise 
assembler  tous  ceux  qui  se  disent  de  rÉglise,  et  ([ui  ont  charge 
d'enseigner  le  j)euj)le  soubz  la  commission  du  siège  de  Pvomme.... 
et  ceux  qui.  avec  eux,  voudront  maintenir  leur  estât,  —  et. 
d'autre  part,  tous  ceux  qui  contredisent  à  Testât  et  aux  constitu- 

^  A  coiii])arfr  avec  doux  pag'PS  très  intéressantes  :  l'iiin'  di-  Pierre  Viref 
(De  la  source  et  de  la  diftërenoe...  de  la  vieille  et  nouvelle  idolâtrie... 
Genève,  lean  Gérard,  1.551,  p.  151-155),  l'autre  de  (lui/  ch'  lirai/,  citée 
])ar  Henri  Bordier  (France  prot.  IV,  1086). 


278  GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.         1543 

lions  du  Pape  :  reprenans  la  doctrine  et  façon  de  faire  quïl  a 
introduicte  es  Églises,  et  qu'il  veut  estre  observée  :  qui  disent, 
que  contre  la  Parolle  de  Dieu  il  procède  en  sa  doctrine  et  cérémo- 
nies, ne  faisant  comme  les  sainctz  Apostres  ont  faict  et  enseigné. 
Et  puis  que,  par  la  grande  bonté  de  Dieu,  ces  deux  parties  sont 
d'accord  en  la  confession  de  la  Foy  es  articles  principaux  :  confes- 
sans  une  mesme  chose,  recongnoissans  qu'ilz  sont  tous  créez  et 
formez  à  Tiinage  et  semblance  de  Dieu,  et  racliettez  par  le  pré- 
cieux sang  de  Jésus  :  et  que  tous  confessent  qu'il  faut  vivre  en  la 
Foy  de  nostre  Seigmnir  Jésus,  et  ensuyvre  sa  saincte  Loy  et  ses 
commandemens,  et  vivre  selon  sa  Parolle,  qui  purement  est  con- 
tenue au  vieil  et  nouveau  Testament,  qui  contiennent  toute  vé- 
rité,—  Que  ces  deux  i)arties  assemblées  au  nom  de  nostre  Seigneur 
Jésus,  comme  bons  frères  et  amis,...  devant  vostre  excellence  et 
ceux  que  vostre  bon  conseil  advisera,  prins  de  toutes  particu- 
lières Églises,  et  le  plus  publ'/quement  qui[l]  se  ])ourra  faire,  en 
l'éditication  de  tous,  traictent  amiablement,  et  en  vraye  cha- 
rité et  modestie  chrestienne,  des  différens  qu'ilz  ont,  tant  sur  la 
doctrine  que  sur  la  vie,  et  du  gouvernement  de  l'Église,  et  admi- 
nistration des  sainctz  Sacremens  :  et  tout  xxir  la  saincte  Escri- 
ture,  par  laquelle  bénignement  remonstrent  une  partie  à  l'autre, 
ce  en  quoy  elle  faut  :  et  approuve  son  dire,  et  ce  qu'elle  veut 
maintenir  qu'on  doit  croyre  et  tenir  :  afin  que  ce  qui  est  bon  et 
purement  traicté,  soit  receu  et  gardé.  Et  oultre,  ce  qui  est  bon 
et  mal  administré  et  souillé  par  adjoustement  nuysable,  ou  par 
diminution  dommageable,  ou  changement  pernicieux,  soit  remis 
en  son  entier  :  et  ce  qui  totalement  est  mauvais  et  contre  Dieu  et 
sa  Parolle,  et  qui  ne  peut  avoir  lieu  sans  la  ruyne  des  âmes  et 
offense  de  Dieu,  qu'il  soit  osté  et  n'ayt  plus  lieu  en  l'église  de 


....  Excellent  Prince,  tenez-vous  du  tout  asseuré,  que  si  en  la 
crainte  de  Dieu...  vous  faites  une  telle  assemblée,  en  laquelle  ne 
permettez  qu'en  conférant  on  sorte  hors  de  la  saincte  Escriture, 
et  qu'on  ne  se  jette  ny  voise  hors  de  pro|)os,  vous  verrez  évidem- 
ment ceux  qui  disent  la  vérité,  et  tout  clairement  entendrez  ce 
qu'il  faut  tenir  et  garder,  et  ce  qu'il  faut  laisser  et  chasser...  Quel 
bien  sera-ce  à  vostre  excellence  et  aux  vostres,  et  à  toute  la  terre 
que  Dieu  vous  a  donnée!  Ha!  noble  et  excellent  prince,  au  nom 
de  Jésus,  ayés  jjitié  de  vous  et  des  vostres  et  de  tous  ceux  qui 


lo43         GUILLAUME  FAREL  AU  DUC  DE  LORRAINE.  279 

VOUS  sont  coniniis  et  donnez  en  (.•liargc...  connnc  doniesticiuos  do 
la  Foy  ot  comme  voz  frères  en  nostre  Seigneur.  l)ai)tisez  comme 
vous,  et  pour  qui  .Jésus  est  mort  commue  j)our  vous...  On  a  |)itié 
d'un  chien  qu'on  voyt  languissant...  Vous  auriez  pitié  d'un  ])Ovre 
Turc,  et  encore  plus  d'un  Chrestien,  quelque  estranger  qu'il  fust, 
et  encore  plus,  s'il  estoit  de  vostre  langue  et  vostre  voisin.  Quelle 
pitié  devez-vous  avoir  de  voz  subjectz.  qui  vous  sont  tant  chère- 
ment recommandez  et  (jui  vous  ont  en  sy  grosse  révérence  ! 

Il  y  a  eu  des  bons  Jnges  et  bons  Roys  souz  la  Loy  donnée  par 
Moyse...  Et  vous,  mon  Seigneur,  qui  estes  soubz  Jésus,  et  ([ui 
tenez  et  croyez  qu'il  n'y  a  rien  plus  vray  (]uc  rÉvangile  :  main- 
tenant que  par  la  grâce  de  nostre  Seigneur  les  jietis  enfaiis  je 
lisent,  et  que  la  saincte  Escriture  est  tant  commune  où  paravant 
si  peu  la  lisoyent,  et  moins  l'entendoyent  :  vous  ([ui  estes  en  eage 
meur,  et  de  grande  expérience,  et  avez  tant  de  nobles  seigneurs 
auprès  de  vous,  ne  réformerez- vous  point  le  pais  que  Dieu  vous  a 
donné?  en  faisant  que  tous  voz  subjectz,  ainsi  qu'ils  ont  esté  tous 
baptisez,  qu'ilz  tiennent  ce  qui  est  commandé  en  ce  beau  nou- 
veau Testament,  où  le  sainct  Baptesme  est  commandé  V  et  que 
tout  ce  qui  est  selon  la  doctrine  Évangélique  j)ar  iceux  soit 
gardé  ?  Et  alin  que  mal  ne  vienne  ne  sur  vous,  ne  sur  les 
vostres.,.. 

Le  souverain  Seigneur  des  seigneurs  et  Roy  de  tous...  ))ai'  son 
sainct  Esprit  conduyse  tellement  vostre  cueur,  et  vous  doiiit  la 
grâce  de  tellement  vous  employer  en  son  honneur  et  gloyre,  et 
au  bien  et  salut  du  peuple  qu'il  vous  a  commis,  qu'après  ceste  mor- 
telle vie,...  vous  parveniez  à  la  vie  et  à  la  Seigneurie  éternelle, 
trop  plus  grande,  sans  fin  et  mesure,  que  celle  qu'avez  icy  en  ce 
monde.  Et  ce  bon  Dieu  et  Père,  avec  vous  conserve  et  tienne  en 
sa  protection  vostre  lignée,  Messieurs  voz  Filz^  et  tous  ceux 
qu'aymez  en  nostre  Seigneur  :  vous  suppliant  au  nom  de  nostre 
Seigneur  Jésus,  de  prendre  tout  en  la  bonne  i)art  :  et  plus  consi- 
dérer latiection  que,  pour  l'amour  de  nostre  Seigneur,  ])orte  à 
vostre  noble  maison,  et  le  fondement  et  la  source  d'où  sont  tirez 
mes  propos,  que  la  manière  de  mon  parler  et  de  procéder  envers 

*  De  son  maria.iro  (1515)  avec  Benée  de  Bourbon,  sœur  du  coniK'taMc 
Charles  de  Bourbon,  le  duc  Antoine  de  Lorniùie  eut  trois  fils.  Les 
deux  aînés  portaient  le  même  prénom  (François).  Le  cadet,  Nicolas,  fut 
pour  ])eu  de  temps  coadjulciir  du  cardinal  .Fcaii  de  Lorraine. 


280      LE  CONSEIL  DE  BERNE  A  SES  DÉPUTÉS  A  LAUSANNE.     i5i3 

une  sy  noble  Puissance  et  Seigneurie  comme  est  la  vostre  :  à  la- 
quelle désirant  servir  pour  l'honneur  de  Jésus,  afin  que  tout  fust 
dressé  comme  il  appartient  en  la  maintenance  de  vérité,  et  i)oui' 
chasser  menteric,  voluntiers  j'emj)loyeroie  mon  projjre  sang, 
ne  demandant  que  desplaisir  fust  faict  à  personne,  n'en  corps, 
ny  en  biens  :  mais  que  tous  servent  à  Jésus.  De  Gocze  (sic), 

ce  11.  de  Février.  1543. 

Vostre  très  humbl<>  serviteur 

Guillaume  Farel. 


1204 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  à  SCS  députés  à  Lausanne  ^ 

De  Berne,  12  février  1543. 

Minute.  Arch.  de  Berne.  Ruchat,  V,  221.  Cal.  0])p.  XI,  510. 

Premièrement  :  quant  à  la  Discipline  ecclésiastique,  autrement 
nommée  excommiuncaiion^,  —  que  ])lusi(nirs  pourparlemens  et 
journées  en  ont  esté  tenues  par  mes  Seigneurs  et  leurs  adhérans 
qui  tiennent  le  parti  de  l'Évangile,  sans  avoir  jamais  trouvé 
commodité  de  dresser  telle  discipline  à  la  forme  requise  par  les 

1  Manuel  de  Berne  du  25  janvier  L543  :  »  M.  l'Avoyer  Kœgueli  et  le 
trésorier  Angxburger  sont  envoyés  à  Verey,  pour  chapitrer  (se  capilulie- 
ren)  les  prédicants  du  Chapitre  de  Vevey,  à  cause  du  petit  livre  [sur  les 
biens  ecclésiastiques].  »  Le  plan  détaillé  des  instructions  données  par  le 
Conseil  à  ces  députés  se  trouve  à  la  lin  du  procès-verbal  du  dit  jour.  Le 
12  février,  on  leur  adjoignit,  au  lieu  du  commissaire  Jean  Lando,  le  secré- 
taire Nicolas  Zurkinden.  Le  13,  les  députés  reçurent  l'ordre  de  donner  à 
la  Classe  de  Thonon  la  même  réponse  qu'à  celle  de  Lausanne  et  Vevey, 
mais  seulement  en  ce  qui  concernait  les  biens  d'Église  (Extrait  du  Manuel). 

^  Pour  montrer  à  quel  point  ]MM.  de  Berne  répugnaient  à  admettre  la 
âhcipline  ecclésiastique,  il  suffit  de  citer  le  paragraplie  suivant  du  ^Manuel  : 
14  décembre  1542.  Le  doyen  du  Chapitre  de  Thunstetten  a  demandé  à 
mes  Seigneurs  de  l'autoriser  à  écart«r  de  la  sainte  Cène  les  gens  de  guerre. 
«  Ansam  quferentes  reducendae  ])ostliminio  coufessionis  et  absolutionis, 
alia  tum  specie  et  colore.  Senatus  ,  dolum  sentiens,  explosif  conatum, 
jubens  ut  more  hactenus  observato,  in  génère  quisque  admoneatur  j)roba- 
tionis  sui  ipsius,  juxta  Paulum,  Isoqucminisfii,  qui  et  ijisi  peccatores,  caro 
et  sanguis,  in  singulorum  conscientias  penetrarc  cnnentur,  de  quibus 
solius  Dei  judicium  pronunciare  j)nssit  et  del)eat.  » 


lo4;i     LK  CONSEIL  DE  BERNE  A  SES  DÉPITÉS  A  LAUSANNE.      281 

DÙiùstres  de  LaKsian/e  ',  poiii'  ])liisi('urs  raisons  :  dont  craiiïnans 
ordonnoi*  cliosc  (luc  Ton  n'ait  pu  maintenir  ni  entretenir  en 
porpétiiello  exécution,  leur  a  seni])lé  (convenable  le  mode  d'exer- 
cer les  consistoires,  |)histost  que  d'entrei)rendi-e  ])lus  rigoureuse 
|)unition  des  vices,  sans  icelle  j)OUVoir  ])Ousser  avant  ni  mettre 
en  effet  :  car  trop  mieux  vault  soy  tousjonrs  avancer,  que  des 
choses  une  fois  jjrésumées  reculer.  Et  ne  semble  à  mes  S<'i- 
gneurs  (|ue  les lyrédicans  ayont  occasion  se  plaindi-e  estre  exclu/ 
de  telle  administration,  veu  (lu'ilz  assistent  eux-mesmes  aux 
consistoires  avec  pouvoir  de  dire  leui'  opinion  imi  é(iuité  de 
conscienc(^  o\  remonstrer  à  mes  Seigneurs  les  faultes,  si  aulcune 
I)ar  négligence  ou  aultrement  se  feroit  aux  dictz  consistoires  : 
lesquelles  mes  Seigneurs  se  ])ai'otlrent  de  corriger  et  y  mettre  si 
bon  ordre  qu'il  sera  possible,  sans  toutesfois  innover  l'ordre 
jusques  icy  bien  tenu  et  observé,  afin  que  les  yvrongn(>ries,  blas- 
Itlièmes,  orgueil,  pomi)e  de  vestemens,  paillardise,  danses  et 
aultres  vices  non  méritans  punition  de  mort  soient  tellement 
chastiez  que  bons  et  maulvais  y  prennent  exemple. 

2.  Touchant  la  vocation  des  ministres,  sont  mes  Seigneurs  dé- 
libérez de  n'accepter  ministre  nouveau  quelconque,  qu'il  ne  soit 
premièrement  examiné  i)ar  les  ministres  du  lieu  et  Classe  en 
laquelle  il  doibt  exercer  son  office,  ainsi  que,  i)ar  le  |)assé,  avec 
le  conseil  et  délibération  des  ministres  d(^  par  deçà  ot  du  Pays 
conquis,  en  tel  cas  a  esté  besongné%  sans  aultres  cérémonies  ni 

^  Nous  avons  dit  que  la  présente  pièce  ne  se  rapporte  ])as,  dans  sa  tota- 
lité (comme  le  prétend  Rachat,  V,  220-21),  à  la  lettre  des  ininistn>s  du 
1"^  novembre  1.542  (Yoy.  V  1174,  n.  1,  12;  1187,  n.  12).  A  qnoi  donc  se 
rapporte-t-elle  ?  —  En  l'absence  des  lettres  échangées  entre  les  jiasteurs 
de  Berne  et  les  pasteurs  de  Lausanne,  et  de  la  requête  de  ceux-ci  du 
in  janvier  (N"~  1196,  n.  1.3:  1200,  n.  14),  une  seule  réponse  nous  est  pos- 
sible. Nous  croyons  que  les  cinq  ministres  interrogés  à  Berne  j)ar  le  Con- 
seil, du  16  au  25  janvier,  furent  entraînés,  soit  dans  des  conversations 
particulières,  soit  dans  leur  requête  du  16  ou  du  1  7,  à  dire  toute  leur  j)ensée 
sur  des  questions  qui  ne  figuraient  \);\s  à  l'ordre  du  jour  le  1''  novembre, 
savoir  :  la  discipline  ecclésiastique,  la  vocation  des  pasteurs  et  l'imi)ositi()ii 
des  mains.  'Sl'SL  de  Berne,  déjà  fâcheusemiMit  impressionnés  par  les  rap- 
ports secrets  d'Antoine  Marcourt,  et  très  irrités  de  Tesiirit  iiidépeiulant 
des  ministres  de  Lausanne,  saisireut  l'occasion  de  rembarrer  d'un  seul 
coup  toutes  leurs  plaintes  <'t  prescjue  tous  leurs  rlesirlenifa. 

*  Le  1''  août  1542,  les  Conseils  avaient  décrété  qu'un  ])rédicaiit  ne  ])ou- 
vait  être  élu  qu'en  présence  du  Conseil  des  Bourgeois.  Le  25  novembre 


282      LE  CONSEIL  DE  BERNK  A  SES  DÉPUTÉS  A  LAUSANNE.     1343 

imposition  des  mains,  qui  ii'ost  chose  fort  nécessaire,  la  reste 
[estant]  bien  constituée  et  gardée.  Car  telle  vocation  ne  peut  ni 
doibt  estre  estimée  contraire  à  l'ordre  et  vocation  observée  en 
la  première  Église,  vini  que  les  ministres  sont  tousjours  les  pre- 
miers qui  en  disent  leurs  avis  et  bon  semblant. 

8.  Concernant  les  venditions  des  biens  appelez  ecclésiasticques, 
s'eshaJiissetd  mes  Seigneurs  qu'en  cela  Von  les  veut  calomnier"", 
veu  les  efifortz  qu'ilz  ont  faictz  d'adresser  [1.  de  dresser]  les 
estatz  des  ministres  et  escholes,  iiospitaulx  et  tout  cela  en  quoy 
les  dictz  biens  se  doibvent  employer,  compris  les  aulmosnes  ex- 
traordinaires, les  gaiges  des  officiers  et  aultres  choses,  desquelles 
se  rend  annuellement  conte  d'iing  grand  déboursement '^  :  oultre 
lesquelles  le  Pays  conquis  est  tellement  hypothéqué  et  chargé  de 
cens,  que  possible  ne  seroit  à  mes  Seigneurs  d'iceluy  tenir,  régir 
et  protéger,  sinon  par  le  moyen  des  venditions  qui  se  font  : 
sinon  qu'ilz  voulsissent  pour  le  Pays  conquis  dissiper  et  aliéner 
les  revenuz  de  hnir  pays  ancien  et  siège  pat(n'nel  :  ce  qu'ilz  ne 
sont  délibérez  de  faire  pour  chose  du  monde,  encore  moins  de 
tailler  leurs  anciens  subjectz,  qui  se  sont  aydez  à  conquester  le 
dict  pays  en  leurs  propres  despens  et  deniers.  Et  s'il  est  ques- 
tion de  faire  tailles  et  impostz  aux  subjectz  du  Pays  conquis,  mes 
Seigneurs  vou^  laissent  juger  si  la  niisèrf^  et  paovretédu  peu])le 
ne  requiert  j)lustost  d'estre  soulagée  que  tellement  taillée  et 
pressée,  veu  que  telles  tailles  ne  tombent  que  sur  les  paovres,  si 
l'on  veult  observer  à  la  noblesse  les  anciennes  franchises,  par 
lesquelles,  de  tous  temps,  icelle  a  esté  exempte,  et  oultre  ce  par- 
tici])ante  aux  exactions  et  tril)utz  imposez  aux  paovres.  Et  si 
l'on  veult  dire  que  ne  l'ung  ne  l'aultre  se  doibt  faire,  resjjondent 
mes  Seigneurs  que,  })lustost  que  d'acquiescer  à  cella,  ilz  ren- 
droient  le  pays  en  prenant  les  frais  et  missions  jjour  iceluy 

suivant,  le  Petit-Conseil,  en  élisant  Claude  Borreaul  [Barrault?]  pour 
être  diacre  à  Lausanne,  oixlonnait  à  la  Classe  de  ce  nom  de  n'envoyer  à 
Berne  aucun  candidat  sans  le  consentement  du  Bailli. 

*  Ce  n'est  pas  une  allusion  à  la  requête  du  1"  novembre  1542,  mais 
l)ien  au  lirre  contre  la  vente  des  biens  ecclésiastiques  (n.  1,  renvois  de 
n.  7,  9). 

*  Sous  le  rapi)ort  de  la  bienfoisance,  le  gouvernement  bernois  était  l'un 
des  meilleurs  de  ce  temps-là.  On  peut  attirmer  que  MM.  de  Berne,  éco- 
nomes par  esprit  d'ordre,  se  montraient  généreux  pour  toutes  les  infor- 
tunes. 


1543     LE  CONSEIL  DE  BERNE  A  SES  DÉPUTÉS  A  LAUSANNE.      283 

soubstonuz,  [pliistostj  (}ii('  do  le  tciiii*  cii  telle  tonne  et  charge; 
imimrtable  que  iirésenteiiient  il  est  constitué,  —  vous  laissant 
penser  si  celaserviroit  plus  à  r]ionneui>de  Dieu  et  i)rotit  du  |)aovi-(' 
])euple,  et  niesnienient  aussy  dc^s  lyrédicans,  que  de  vendre,  les 
possessions  et  terres  maltraitées  j)ar  les  admodieurs.  Et,  pour 
les  raisons  snsdictes,  disent  mes  Seigneurs  et  entendent  que  les 
prédicans  du  dict  Chapitre  de  Lausanne,  ardeurs  du  traicté 
composé  contre  la  distraction  des  biens  ecclésiasticques  ',  ne  se  deb- 
vroyent  tellement  eschaujfer,  ni  faire  si  soudain  jugement,  sans 
niieulx  peser  les  circonstances  de  la  matière  et  les  raisons  mou- 
vantes mes  Seigneurs  à  suy  vre  ce  conseil,  ce  qui  les  eust  gai'dez 
de  composer  tel  traicté.  De  quog,  pour  V advenir,  mes  Seigneurs 
veulent  estre  desportez  et  non,  souffrir  telles  reproches  et  calomnies 
imméritées.  Car  si  cela  plus  advenait,  Hz  g  pourvoiront  en  telle 
sorte  que  les  détracteurs  n'en  rapporteront  ni  honneur  ni  profit. 
Et,  pour  conclusion,  se  sont  mes  Seigneurs  résoluz  que  le  ser- 
ment par  lequel  les  prédicans  s  obligent  de  tenir  secretz  les  actes 
de  leurs  congrégations  ^  ne  doibge  aulcuuement  déroger  ni  estre 
jiréféré  au  serment  et  debvoir  qu'ilz  ont  à  mes  dictz  Seigneurs 
en  choses  concernant  leur  bi(Mi  et  honneur.  Item,  que  les  Bail- 
lifz  ne  soyent  excluz  des  congrégations  et  colloques,  afin  qu'ilz 
oyent  et  congnoissent  si  en  aulcuns  lieux  Ton  cesse  ou  detiault 
d'exécuter  les  mandemens  (^t  ordonnances  de  uk^s  Seigneurs,  si 
les  vices  demeurent  impugniz,  et  aultres  faultes  (pii  requièrent 
émand(^ment,  pour,  selon  leur  charge,  y  obvier  [etj  tant  mieulx 
faire  hnir  debvoir,  se  chastiant  aussy  eux-mesmes,  quand  par  les 
])rédicans  du  colhxjue  en  seront  au  besoing  fraternellement  ad- 
monestez. Par  tel  commun  accord  pourra  croistre  l'honneur  de 
Dieu  et  Tédiffication  de  TÉglise  :  à  quoy  mes  Seigneurs  de  tout 
leur  pouvoir  tendent,  ne  desirans  chose  en  ce  monde  ])lus  fort 
que  l'advancement  du  royaume  de  Nostre  Seigneur  :  ne  pensant 
avoir  jamais  entreprins  ni  pensé  le  contraire,  ou  faict  acte  poui- 
lequel  l'on  les  puisse  tirer  en  suspicion  sinistre,  ni  agrédir  par 
exemples  de  sacrilège  Judas  et  aultres,  Jiors  de  propoz  au  traicté 
susmentionné^  induictz  :  desquelz  à  l'advenir  chascung  se  gar- 
dera, faisant  deuement  son  office  sans  insolences  :  (pii  sera  chose 
aggréable  au  Seigneur  Dieu  et  à  mes  Seigneurs. 

'  "  »  Cf.  lo  N"  lliJG,  note  13,  et  le  N"  1200,  note  14. 


284 


SIMON  SULTZER  A  JEAN  CALVIN,  A  GENEVE. 


1543 


1203 


SBiox  SULTZER  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  13  février  1543. 

Autogr.  Bibl.  Publ.  do  Genève.  A'ol.  n"  112.  Calv.  Opj).  XI,  512. 

Salve,  mi  frater.  Quisfuerit  éventas  negocii  quod  Classi  Lav- 
sanensi  cuni  senatu  nostro  intercessit,  ex  Vireto  induhie  prolixe 
€ognovisti\  Nunc  Me  super  ea  re  prorsùs  siletnr^.  Sed  novo 
scandalo  subinle  agitatur  ecclesia  à  reditu  iiostri  Erasmi '\  qui 
et  pro  concionibus  sui  est  similis,  et  forensem  controversiam  sic 
agit,  ut  ea  in  jiarte  oinnem  œtatem  trivisse  judicari  possit  :  adeô 
mirandis  arti])us  lit(>m  in  longum  protrabit,  qucT  et  pacifiée 
comj)oni  (quod  detrectavit)  et  finiri  citiîis  potuit.  Intérim  offen- 
sione  borril)ili  ministerium  commune  convellitur,  necdum  ad- 
paret  ullus  harum  ferumnarum  i)oi'tus.  ut  mihi  etiam  vita 
acerba  fiât  baec  s])ectanti  niala.  idque  eo  temj)ore  quo  oportebat 
huo^vj.xdêy  ])ublicis  calamitatibus  occurrere.  Dominus  mise- 
reatur  nostrî  ! 

Ex  Germcmia  niliil  accipimus  novi,  neque  a  Bncero  et  Fareïïo 
etiam.  Expectamus  tamen  novum  rerum  multarum  nuncium 
per  Jo.  Maiorem  nostrum,  qui  ad  successionem,  in  locum  de- 
functi  ludimoderatoris  nostri,  accersitur  publico  tabellario 
urbis*.  Ex  eo  quicquid  cognovero,  faxo  mox  scias.  Frater  qui 

»  Tome  IV,  p.  411.  —  Ruchat,  IV,  417. 

*  Auciiue  des  lettres  de  Viret  à  Calvin  u'est  relative  à  cette  affaire. 

*  En  revanche,  on  en  parlait  beaucoup  à  Lausanne.  Berne  faisait  écrire, 
le  16  février,  au  bailli  de  cette  ville  :  Parlez  aux  prédicants  et  aux  autres; 
dites-leur  qu'ils  restent  tranquilles,  qu'ils  laissent  chacun  continuer  ce  qui 
le  regarde,  et  qu'ils  ne  fatiguent  ]i;>is  mes  Seigneurs  av(>c  des  affaires  de  si 
petite  im])ortance. 

'  Érasme  Biffer.  Nous  ne  savons  rien  du  procès  civil  qu'il  aurait 
intenté  à  ses  collègues. 

*  Joannes  Telonis  fen  ail.  Erid-sherf/)  gymnasiarque  à  Berne,  y  était 
mort  le  8  janvier  1543  (Journal  de  Christophorus  l'iperinus).  La  nomina- 
tion de  son  successeur  est  mentionnée  en  ces  termes  dans  le  Manuel  du 


1543      JEAN  CALVIN  A  PHILII'l'E  MÉLANCHTHON,  A  WITTKMllEHd.        285 

Itds  perfert  oriniidtis  e  Skïlia  est,  et  al)junit;i  nioiuistica  rcli- 
gioiio,  iii  (jua  Neapoli  vixit  15  aiinis,  hue  se  coiitulit  antc  mcuscs 
(luatuor ',  ul)i  à  iiiagistratii  bciii^uè  çxcoptus  tornario  artiticio 
discendo  ojusdciii  sumptibiis  iiicubiiit  :  atqiu'  ita  scsc  onmi  \  ita 
gessit.  lit  tcstiinoiiiiim  tidci  innoc('ntiiequ('amj)lissiinuin  iiicira- 
tiir.  Ad  vos  autoiu  exacta  hyoïue  se  coutci-t,  qu6d  istic  in  sua 
ctiaui  lingua  rcligioucui  syuccram  docori  audiat.  ot  hospites 
Halos  ctiaiu  agere,  Euiu  tibi  coinuu^ndo,  ut  ([iia  soles  j)i('tate 
cœtoi'os,  liuuc  (|uoqu('  ])i>r('gi-inuiu  l't  advoiiani  coinijlcctarc.  Boue 
vale,  vir  ornatissiuic  et  fratiM*  iu  Domino  vcnorandc  Bernai, 
13  Februarii  Anno  1543.  Cursiin. 

Salutat  te  perauiantor  Contzemis  nostor,  cui  scias  Yireium 
plonè  roconciliatuni  •^,  et  Beatus,  Gnjn\ivi(s\,  Telumott. 

T.  SULTZERUS. 

(Inscriptio  :)  Viro  doctiss.  Dn.  Joauui  Calvino,  Gcnevcnsis 
("CC'lesiaî  aiitistiti,  svmniistœ  et  fratri  observandissimo  suo. 


1206 

JEAN  CALVIN  à  Philippe  Mélanchlhon,  à  Wittemberg. 
De  Genève,  1^^  moitié  de  février  1543. 

Dédicace  de  Fouvrage  intitulé  :  «  Defensio  sauce  et  orthodoxae 
doctrinae  de  servitute  (>t  lil)eratione  humani  arbitrii,  adversus 
caluninias  Alberti  Pighii  Campensis.  Authore  Joanne  Calvino, 
Oeneva?,  p(^r  Joannem  Gerarduni.  1543.  »  Petit  in-4".  (\'oy(>z 
Paul  Henry.  Das  Leben  Johann  Calvius,  t.  III,  Beilagen,  j).  203, 
—  Calvini  Opeva.  Brunsviga',  t.  Al,  |).  xxiv,  230-231.) 

11  jîiuvier  1543  :  «  Le  petit  Meyer  (Meyerly)  de  Bâtterkindeii  est  admis 
l'ii  qualité  de  j;;/vJ?C7';>fi/(Schnlmeister).  •>  Le  cliancelier  Oiron  a  écrit,  à  la 
suite,  cette  remarque  :  c  Lutheraiius  et  Buceranus,  coniijositus  est  ex 
duobus  corruptis.  »  Cf.  le  N"  1164,  note  6.  Jean-Henri  Meyer  mourut  à 
Berne,  le  24  novembre  1546  (Journal  précité). 

^  Il  paraît  être  arrivé  à  Berne  vers  le  10  octobre  1542.  Dès  le  19  octolire 
il  n'est  plus  appelé  «  ce  Na])olitain,  »  mais  Vito  de  Sicilia,  et  il  est  entre- 
tenu à  l'hôpital  jusqu'au  10  février  1543. 

•  Voyez  la  lettre  de  Suitzer  du  8  janvier,  aj)rès  le  renvoi  de  note  11. 


286        JEAN  CALVIN  A  PHILIPPE  MÉLANCHTHON,  A  WITTEMBERG.      1S43 


4207 


JEAN  CALVIN  à  Philippe  MélanclUhon,  à  Witlemljerg. 
De  Genève,  16  février  1543. 

Syllogo  Ej)istolarum  a  Burnianno  édita,  II,  229.  Calv.  0pp. 

XI,  515. 

Vide  quàin  \ngYO  vontri  literas  tuas  dederis.  Eas  eiiiiii  vix 
quarto  demum  meuse  mihi  reddidit,  et  quidcm  inulto  attritu 
jam  disruptssi  ac  laceras  '.  Hoc  tamen  ipsum  quôd  vel  serô  ad 
me  pervenerint,  magno  in  lucro  posui.  Nam  dum  eas  hue  atque 
illuc  circumfert,  mirum  quôd  non  alicubi  reliquerit.  Ergo  ut- 
cunque  ejus  negligentia  singularis  gaudii  fructu  privatus  ad 
tf^nipus  fuerim,  facile  tamen  veniam  à  me  impetravit,  ubi  eas 
recepi.  Utinam  verù,  sicut  dicis,  ssepius  nobis,  saltem  i)er  literas 
colloqui  liceret.  Tibi  quidem  nihil  inde  accederet,  mihi  autem 
nihil  foret  in  hoc  mundo  oj)tabilius  quàm  in  literarum  tuarum 
suavitate  acquiescere. 

Vix  credas  quanta  hîc  uegotioram  mole  pi'emar  atque  urgear. 
Sed  inter  lias  angustias  dua'  res  sunt  quœ  me  ijUirimimi  excra- 
ciant  :  quod  mihi  legitimus  operœ  meœ  fructus  non  constat, 
deinde  quod  ahs  te  iMUcisque  aliis  tantopere  dissitus,  illo  quod 
me  hnprimis  juvare  posset  consolationis  génère  destituor.  Verùm 
quando  ne  hoc  quidem  optionis  nostrae  esse  convenit,  ut  locum 
sibi  quisque  arbitrio  suo  deligat  ubi  serviat  Christo,  in  ea  nobis 
statione  manendum  est  quam  cuique  nostrûm  destinavit.  Hoc 
saltem  nobis  nulla  regionum  longinquitas  eripiet,  quin  hac  con- 
junctione,  quamChristus  sanguine  sus  consecratam  sjiiritu  quo- 
que  suo  in  cordihus  nostris  sanxit,  contenti,  dum  vivimus  in  terra 
sustineamur  beata  illa  spe  ad  quam  nos  literae  tuae  revocant  :  in 
cœlis  nos  simul  perpétué  victuros,  ubi  ainore  amicitiaque  nostra 
fruemur. 

Caeterùm  quôd  in  J/ucuhratiotie  quam  nnper  edidi,ahusus  sum 

•  Cetto  lottn»  do  Mélanchthon,  écrite  dans  l'automuc  do  1542,  n'a  pas 
été  conservée. 


1543      JEAN  CALVIN  A  PHILIPPE  MÉLANCHTHON,  A  WITTE.MHERG.       287 

tno  Honùiie-,  hoc  vcl  auiori  crga  te  iiico  ignoscas,  vol  tuœ  huina- 
nitati  concodas  j)oto.  liitor  militas  ratioiu^s  qiiihus  oè  addiu-tiis 
fui,  h«ec  non  postrcnia  fuit  quôd  Sadolefimi  Pighius  dclcgcrat 
tiijus  noniinc  suas  nugas  venditarot.  A'oruni  idoo  subticui,  ne 
milii  ad  coni])aration(^ni  descendcrt»  necesso  foret.  Nequo  tamon 
hîc  longa  excusationc  utar.  cum  testatus  fuorini  me  fecisse  qua3 
milii  ])er  tuam  humanitatem  l)enevolentiamqu(\  quam  inihi 
defers,  licere  certô  confidei-em. 

De  rehus  nostris  multa  sunt  quœ  scribam,-  sed  hoc  ipsum  est 
quod  me  tacere  cogit,  quia  nullum  finem  invenirem.  Lahoro  hîc  et 
fatigor  miruni  in  modum,  2)roficio  mediocriier.  Et  tamen  miran- 
tur  omnes  me  tantîim  'prqficere  inter  tôt  impedimeutd,  quorum 
magna  pars  est  ah  ipsis  miuistris  l  Hœc  tamen  mihi  magna  est 
laborum  levatio,  quod  non  tantùm  hsec  ecdesia,  sed  tota  quoque 
vicinitas  fructum  aliquem  sentit  mese,  prœsentia'  '\  Adde  quod 
nonnihil  in  Oalliam  usque  et  in  Italiam  redundat  '\ 

Statum  vestne  Germanise  non  sine  acerlnssimo  dolore  audio. 
■  Née  leviora  sunt  mala  quae  timeo  quàm  qu*  lugeo.  Nam  si  v(n-um 
est  quod  narratur,  Turcam  majoi'il)us  rursum  copiis  bellum 
instaurare,  quis  obstabit  quoininus  longé  lateque  pro  libidine 
grassetur  V  Et  quasi  parum  esset,  turpiter  dilapso  exercitu,  tôt 
impensas  frustra  profudisse  \  tantum  accepisse  dedecoris,  i)rîP- 
terea  prseciijuum  roboris  florem  ])riiniim  continua  ])este  triennii. 
deinde  hac  postrema  lue  perdidisse,  nunc  multô  graviùs  ab  in- 
testinis  dissidiis  laboratur.  Necdum  tamen  tam  acriter  perculsi 
nostri  Principes  expergefiunt,  ut  dare  discant  Christo  gloriam. 
Hoc  tamen  me  nonnihil  recréât,  quod  aiunt  Coloniensem  ci  ixWos 
quosdam  ad  rei)urgandas  ecclesias  animum  seriô  adjecisse '. 
Neque  enim  jjarvam  accessionem  esse  duco  quôd  episcopi,  ex 
quorum  ordine  nullus  adhuc  nomen  Cliristo  dederit,  nunc  sub- 

^  L'ouvrage  de  Calvin  contre  Ficjhius  (N"  1206)  est  dédié  à  Mélanchtlion. 
Il  parut  vers  la  tin  dejanvier  1543,  mais  trop  tard,  semble-t-il,  pour  figurer 
à  la  foire  de  Francfort. 

*  A  comparer  avec  le  t.  VII,  j)p.  410,  411. 

*  Calvin  ne  se  rendait  pas  utile  seulement  j)ar  ses  livres.  Dans  toutes 
les  questions  importantes,  les  pasteurs  du  pays  romand  recouraient  à  ses 
conseils. 

*  N"^  118(3,  122G,  renvoi  de  note  2. 
^  Voyez  la  note  2  du  N"  lli)(i. 

^  A  comparer  avec  les  N"^  1107,  notes  4,  6-7;  1210,  renvoi  de  n.  3. 


288       BÉAT  COMTE  A  RODOLPHE  GUALTHER,  A  ZURICH.      lo43 

lata  luaiiii  ])roiitori  ab  idolo  roinano  defectionem  incipiant. 
Tantîiiii  iiiinc  advigilandum  et  enitendum  est  iiobis  ut  eorum 
ciirsiiiu  promoveamus,  ne  ex  dimidio  Cliristo  pejiis  inonstrum 
reimscatur.  Iiiterea  romamis  iwntifex  jaiu  concilii  simiilacruni 
Tridet/fi  ostentat  ^  ut  orheui  ex])ectatione  suspensum  aliquan- 
tulùui  adliuc  retineat  ac  nioretur.  Sed  Deus  non  patietur  diu- 
tius  sibi  illudi.  Fallor,  nisi  hic  annus  nuiximam  rerum  conver- 
sioneni  ])arturiat,  qua?  brevi  emorgat.  Sed  jani  niniis  multa. 

Vale  igitur,  vir  niodis  omnibus  ornatissinie  niihique  sempcn- 
in  Domino  œlende.  Dominus  te  diu  servet  incolumem  in  glo- 
l'iam  nominis  sui  et  ecelesise  suae  œdificationem.  Miror  quid  sit 
causœ  cur  tamdiu  Danielem  tuum  domi  suppressum  teneas". 
Neque  enini  me  lectionis  ejus  fructu  privari  tequo  animo  patior. 
D.  Martin tim  '"  reverenter  meo  nomine  saintes  quaeso.  Haljemus 
hîc  Bernardinum  Senemem,  magnum  (^t  pi'iPclarum  virum.  qui 
suo  discessu  non  parùm  Italiam  eommovit  ".  Is  ut  vobis  suo 
nomine  salutem  adscriberem  petiit.  Vale  iterum  cum  tua  fami- 
lia,  quam  Deus  semper  custodiat,  Genevae,  14  Calendas  Martias 
1548. 


1208 

BÉAT  COMTE  à  Rodolphe  Guallher,  à  Zurich. 

De  Lausanne,  1*^'"  mars  1543. 

Inédite.  Autographe.  Bibl.  de  Zurich.  Copie  communiquée  par 
M.  le  pasteur  Aug.  Bernus. 

Valdè  milii  dolct  quo  abs  te  ne  literam  (juidem  toto  jam 
seculo   adrcjx'i-im  :  idque  eô  fero    dolentiùs  (juc)   ijertinaciùs 

®  Le  pape  Faul  ///avait  convoqué  le  Concile  à  Trettte  pour  le  1"  no- 
vembre 1542. 

®  Le  commentaire  de  Mélanchthon  sur  le  prophète  Daniel  parut  à 
Wittemberg  et  à  Leipsic  en  1543  (Cf.  Camerarii  de  Vita  Mel.  edidit  Strohe- 
lius,  p.  552). 

'"  Martin  Luther,  qui  avait  fait  saluer  Calcin  au  mois  d'octobre  1539, 
et,  peu  de  tenijjs  après,  s'était  informé  de  lui  très  amicalement  (VI,  131, 
1G5). 

"  N"'^  1168,  n.  14  :  1171,  n.  8  ;  1175,  renvois  de  note  5-6. 


1543  BÉAT  COMTE  A  RODOLPHE  GlALTHER.  A  ZIRICII.  289 

silerc  porgas,  otiaiiisi  te  litcris  lucis  ad  scrilx'iuluiu  sa'piùs  pi-o- 
vocarim.  Quanquaiu  falli  hîc  îmssum,  (>t  fortassis  tihi  rcddita'  non 
sunt  litei'ti'  iiKW.  Qiiai-o  tu  da  o])(M-ani  yt  primo  (pioquc  toiiiporc 
de  ro})us  tiiis  0!niiil)us,  pr;iN<'rtim  de  tua  valetudiue.  deque  stu- 
dioruui  tuoruHi  progn^ssu  certioreui  uic  facias.  idcpic  ali(iua 
bene  longa  epistola.  -luvcuis  illc  cui  ad  te  uovissimas  dedi  litf- 
ras,  uostras  est  et  bene  natus.  Quaniobrem  (>um  ut  commendatuni 
habeas,  te  iterum  at(pie  iteruni  vchenienter  rogo. 

D.  Bidlwr/ernm  si  meo  nomiue  salvere  jusseris,  rein  te  factu- 
nim  ai'l)itral)oi'  omniuo  uiilii  grataui.  Cui  (pioque  dicas  veliiii, 
esse  in  GaUia  doctum  quendani  honiincui.  (pii  in  lioc  scribat 
argumentum  :  ■(  Multa  (piidem  et  alia  signa  fccit  Jésus  in 
conspectu  discipuloruni  suoruni,  quu'  iu)n  sunt  scripta  in  libro 
hoc  '.  »  Ex  quo  putat  fulcii'i,  ac  quo  jani  pacto  la])sus  est,  reedi- 
ficari  oi'dinem  antichristianum.  papisticuni.  Quare  tu  bac  de  rc 
virum  illum  sanctum  et  doctum^  admonel)is,  ut  non  tela  previsa 
minus  feriant.  Vale,  plura  non  licet.  ])0])ulo  expectante  me  in 
concionem.  Laus.  Cal.  Martiis.  m.  d.  xliii. 

Tnus  ex  animo  B.  Co.mes  Donzarensis. 

Heus,  penè  exciderat  me  lapsum  una  svllaba  in  e])igrammate 
quod  ad  te  scripsi  novissimè^  In  caussa  fuerunt  INIinistri  ali- 
quot,  qui  me  subinde  tune  clamore  suo  turl)abant,  quum 
scrib(n"em.  Tu  verô  sic  restitues  :  Cursit  Pegasnm  vincere  oporiet 
eqiimn. 

(  Insci'iptio  :  )  liodol.  Galthero  Tigurino,  viro  doctissimo  et 
mibi  cliarissimo.  Tiguri.  A  Zurich. 

^  Évangilo  selon  St.  Jean,  XXI,  25. 

*  Scil.  Bullirigernm. 

*  Voyez  la  lettre  de  B.  Comte  à  Rod.  Gualther  du  5  janvier  1543. 


T.   VIII.  19 


290  CONRAD  PELLICAN  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 


1209 

CONRAD  PELLICAN  à  Jeaii  Calvin,  à  Genève. 
De  Zurich,  3  mars  1543. 

Autographe.  Bibl.  Piibl.  de  Genève.  Vol.  11°  110.  Cal.  0pp. 

XI,  517. 

S.  Quïe  de  commiiiiibus  cliristiane  pietatis  negociis  scribenda 
suiit,  piissime  doctissimeqiie  Calvine,  Bidl'wfjerus  noster  ex<^- 
qiiitur  tecum,  ut  ejusmodi  nihil,  scio,  à  me  petas.  Ego  nihil  aliud 
liabeo  quàm  desiderium  profectus  magnitici  per  te  et  tuos  pas- 
sini  fratres  ampliandi  in  Gallias,  et  salutis  incoluniitatisque  tue, 
ut  in  agro  Dominico  operosè,  fideliter  et  fœliciter  promoveas  ad 
gloi'iam  Dei  et  animarum  salutem. 

Accusatus  est  verô  nohiscum,  nescio  de  qiiïbus  verhis  injurio- 
sis,  candidissimus  amicus  meus  et  xir  ^m\ctu9,  G uillelmii s  Far el- 
lus,  quasi  dixerit  nos  Tigurine  Eeclesie  perlidos  doctores  et 
minime  sinceros  ac  deceptores  '.  Id  ego  non  credo  dixisse,  mira- 
rerque,  si  dixisset,  qua  ratione  et  quibus  nostris  demeritis 
provocatus  dixisset.  Si  tu  quidpiam  in  causa  pietatis  et  doctrine 
nosti  à  nobis  perperam  ac  insincerè,  vel  contra  sanum  intellec- 
tum  Scripture  scriptum  vel  dictum,  obsecro  vel  me  non  celés, 
etsi  velis  secreto  servandum,  ad  emendationem  morum  vel  doc- 
trine. Dolerem  valdè  talem  et  tantum  virnm  contra  nos  qualibet 
ratione  juste  permotum  nostra  culpa,  vel  sua  injuste,  quod  cTgrè 
crediderim.  Et  hœc  tibi  in  aurem  dixerim.  Ulcus  enini  ai)ud 
quosdam  nostrorum  sujjpurascit,  qui  prêter  meritum  et  falsô  sic 
nos  traduci  à  tanto  viro  credunt  et  dolent. 

Est  verô  quod  abs  te  vel  a  Domino  et  fratre  meo  Vireto  offi- 
cium  exposco.  Cu\no  enim  Francisci  Vatahli  Parisiensis  edi- 
tiones  hehraicas  textus  sacri  consequi,  si  qui  sunt  vénales 
vol)iscum,  in  illa  forma  qua  jam  nunc  habeo  Esaiam,  leremiam, 
Danielem,   XII  Prophetas  minores  :  lios  enim,   inquam,  jam 

'  Voyez  la  réponse  do  Calvin  du  l."^  avril,  et  la  lettre  de  IVllican  du 
13  mai. 


1543  l'IERRK  TOUSSAIN  A  MATTHIAS  ERH,  A  KIQUKWIR.  291 

dictos  quidem  habco.  Optarcm  autciii  residuos  qiuxiuc  coiiscciui, 
ut  siiiit  Salomoiiis  libi  tros,  Pcntatciichus,  P^zccliicl.  lob  et 
Psalmi,  in  oadom  ut  dixi  foruui,  ob  jiterani  majusculani  i\ndi 
mihi  seni  foret  gratior  -.  Si  qui  nunc  taies  vénales  sunt  vobis- 
cuni,  haruni  lator  niihi  adferet  et  |)recium  à  me  suscipiet  dignuni. 
Age  i)er  te  vel  aliuui  ut  sciaui  quid  mihi  s])erandum. 

Domiuum  et  fratrem  Viretuni  cuj)io  in  Domino  scmper  cum 
ecclesia  tecumque  gaud(Mitem.  Commendatos,  credo,  liabes  til)i 
viros  exnles  Italos  bonos.  Et  qui  nobiscum  ><unt  duo  ^  bene  et 
liabent  et  agunt  Dei  gratia  et  liominuni  charitate.  Val(>  in 
Christo  Domino  nostro.  Quid  Métis  agatur  j)rorsùs  ignoro. 
Cu])io  autem  ut  omnia  ad  gloriam  Dei  et  consolationem  fidelium, 
Tiguri  3  Martii  1543. 

Tuus  totus  CoNRADUs  Pellicanus. 

(Inscriptio  :)  Piissimo  doctissimoque  theologo  Joli.  Calvino, 
Ecclesiœ  Gejievensis  pastori  sancto  et  fidelissimo,  Amico  colen- 
dissimo. 


1210 

PIERRE  TOUSSAIN  à  Matthias  Erb,  à  Riquewir. 
De  Montbéliard,  4  mars  1543. 

Inédite.  Autogr.  Arch.  de  l'église  de  Bâle. 

S.  Cancellarius  noster  '  nuper  mihi  Lugduno  rç\evso-,  literas 
tuas  pietatis  ac  benevolentiœ  erga  me  i)lenas  reddidit  :  gratissi- 

^  C'est  la  belle  édition  in-4"  de  rAiicieii-Testameiit  en  liéhren  publiée  à 
Paris  de  1539  à  1544  par  Robert  Estienne  (Voy.  Maittaire.  Steplianorum 
Historia.  Londini,  1709,  II,  19).  Les  théologiens  zuricois  s'en  étaient  servis 
pour  leur  traduction  latine  de  l'A.-T.,  achevée  d'inii)rini('r  en  1513. 

*  Leurs  noms  nous  sont  inconnus. 

^  SigismoHd  Stier. 

'^  On  pourrait  croire  que  Toussain  a  écrit  par  distraction  reverso,  au 
lieu  de  reversus.  Mais  ce  dernier  mot  ne  s'exjjliquerait  pas.  Le  chancelier, 
venant  de  Lyon,  aurait-il  pu  remettre  à  Toussain  une  lettre  écrite  de 
Riquewir,  ville  de  l'Alsace  V  II  s'agit  donc,  en  réalité,  d'un  voyage  de 
Toussain  à  Lyon. 


292  PIERRE  TOUSSAIN  A  MATTHIAS  ERB,  A  RIQUEWIR.  1543 

miimquc  fuit  quod  ille  inilii  Principis  nostri  Georgii  jussu  iiai*- 
rarit,  Archieinscopum  Coloniensem,  Mo)fasferiensemque  ac  Min- 
densem  Episco]Jos  Christi  eimugeliiim  récépissé'-^.  In  Galïia 
Jiorent  literœ,  miiltaqiie  siint  iïlic  pnsedara  ingénia,  ac  infiniti 
mortales  verhi  Dei  shidiosi  :  iametsi  paucos  invenias  qui,  o)) 
tyraniiidem  ac  saevitiam  Episcoporum,  Magistrorum  nostrorum* 
et  monachorum.  i)otiùsqiie  Régis  Christiani,  Uherè  confiteri 
audeant.  Lngduni  conjectus  est  in  vincula  Dolefus  ille  qui  nol)is 
laiinse  lingnœ  Commeniarios  scripsit ',  qui.  uuj>er  eductus  ut 
causam  diceret  coram  Svnagoga  Pharisœoruni  rogatusque  al) 
Inquisitore  fidei ''  (ut  vocant)  an  crederet  in  Deum,  respondit 
«  se  meliùs  illo  credere,  et  aliquid  se  prseterea  credere  ac  scire, 
quod  ille  non  crederet.  ))  Roganteque  Inquisitore  quidnam  illud 
esset,  «  Ego,  inquit,  credo  ac  scio  te  asinum  esse  vt  liyi)ocritani, 
id  quod  tu  non  credis  ',  » 

Quôd  scribis,  Principem  nostrum  Georgimn  daturum  semi)er 
operam  ut  D^ix  Christophorus'^  i)ergat  promovere  negotium 

^  Hermann  de  Wied,  archevêque  de  Cologne,  et  Frcintz  de  Waldeck, 
évêque  de  Munster,  d'Osnabruck  et  de  Minden  (Seckendorf,  III,  418).  L'af- 
firmation de  Toussain  était  prématurée,  quant  au  second  de  ces  prélats. 

*  Les  mots  nos  maîtres  désignaient  ordinairement  les  docteurs  de  la 
Sorbonne. 

^  Voyez  Joseph  Boulmier.  Estienne  Dolet.  Sa  vie,  ses  œuvres,  son  mar- 
tyre. Paris,  1857,  p.  108,  110,  113-117,  146,  284. 

6  jYère  Matthieu  Orry,  élu  inquisiteur  de  la  foi  par  lettres-patentes  du 
30  mai  1536  (X.  "Weiss.  La  chambre  ardente,  p.  xvii).  II  rendit,  le  2  octobre 
1542,  avec  Estienne  Faye,  otficial  et  vicaire  de  l'archevêque  de  Lyon,  une 
sentence  par  laquelle  ces  deux  personnages  déclaraient  «  le  dit  Dolet, 
maulvais,  scandaleux,  schismaticque,  héi'étique,  fauteur  et  deffenseur  des 
hérésies  et  erreurs,  et  comme  tel  le  délaissoient  réaniment  au  bras  séculier  » 
(Procès  d'Est.  Dolet,  cité  par  Boulmier,  p.  219). 

'  Joly  (Supplém.  au  Dict.  de  Bayle)  et  Boulmier,  o.  c.  p.  220,  ont  publié 
les  vers  suivants  d'un  contemporain  : 

«  Dolet,  enquis  sur  les  poincts  de  la  foy, 

Dist  à  Orry  qui  faisoit  son  enqueste  : 

«  Ce  que  tu  crois,  certes  !  je  ne  le  croy  ; 

«  Ce  que  je  croy  ne  fut  oncq  en  ta  teste.  » 

Orry,  pensant  l'avoir  prins,  en  feit  feste  ; 

Luy  demanda  :  «  Qu'est-ce  que  tu  crois  doncq  V  » 

«  Je  croy,  dist-il,  que  tu  n'es  qu'une  beste  ; 

0  Et  suys  certain  que  tu  ne  le  creus  oncq.  » 

*  Le  duc  Christophe  de   Wurtemberfj,  tils  dTlric  et  neveu  de  Georges, 


I 


I 


4.  ^ 

I 


1343  PIEllRE  VIRET  A  GLILLAIME  FAREL  |a  GORZe].  293 

Christi,  me  non  |)ai-ùni  exhilaras,  (luandoiiuidcni  midta  hic  simt 
adJiHC  quse  refornudione  ac  corredione  opns  haheanf,  qmnn  hîc 
eiiivis  liceat  quidvis  inipune,  multaqiK;  quidcni  «'dicta  advcrsùs 
publica  riagitia  vnlgcntnr,  sed  niandatonini  linjusmodi  traiis- 
gressores  non  |)U]iiantur.  AdlkTc  pcssimo  oxonijjlo  fcruntnr 
Sacrifici,  Consiliai-ii  et  officiarii,  (pii  nnnqnani  audiant  v('r]>uni 
Doi,  sed  palàni  déclarent  se  ab  Evangelio  ali(>nos.  Qiiod  maluni, 
scio,  non  hîc  reliqnisset  nobis  Cornes  Georgius,  si  in  sua  manu 
fuisset  tollere,  sed  cujus  nunc  suasu  posset  Dux  Christophorus, 
natura  clemens  et  pins,  liuic  nialo  niederi.  Ego,  quoties  cœnam 
Domini  singulis  annis  célèbres,  item  an  particii)aturi  sese  antea 
Ministro  représentent,  quô  fidei  siiœ  rationem  reddant  ^  adhœc 
an  illam  aegrotis  privatim  administres,  scire  cupio,  et  tuam 
super  his  audire  sententiam  '°. 

Vale  in  Domino,  frater  et  amice  integerrime,  meque  Illustris 
Princi])is  nostri  Georgii  clémentine  semper  commenda.  Et  boni 
consule  liane  epistolam,  quam  ego  rajjtim  ac  tumultuanter  ad  te 
scri])si.  quuni  CaHceUurius  noster  signiticaret  se  habere  ad  te 
nuntium.  Mombelgardi,  4  Martii  1548. 

TuilS  P.  TOSSANUS. 

(Inscript  10  :)  D.  Matthiie  Erbio,  ecclesiae  Riclievillensi  pastori, 
fratri  siio  et  amico  integerrimo,  Richevillae". 


1*211 

PIERRE  MRET  à  Guillaume  Farel  [h  Gorze.] 
De  Lausanne,  15  mars  1543. 

Inédite.  Autographe.  Dibl.  des  pasteurs  de  Neuchâtel. 
S.  Postidabas  literis  quas  fratri  '  ad  me  dederas,  ut  te  de  statu 

avait  ])ris  en  main  (juillet  1542)  le  gouvcniciiiriit  du  ronité  de  Montbéliard. 

^  Calvin  avait  institué  jiarcil  oxaiucn  dans  rétrlisc  tVançaisf  de  Stras- 
l)ouriï  (1540,  t.  VI,  p.  223,  224). 

'*.  Voyez  la  lettre  de  Toussain  à  Erbius  du  2!»  juillet  1543. 

"  Le  verso  porte  un  billet  écrit  en  allemand  [par  Stier  ':']  et  adressé  à 
Matthias  Erb. 


294  PIERRE  VIRET  S.  GUILLAUME  FAREL  [A  GORZE].  1543 

nostro  ac  totius  ecclesiœ  facerem  certiorem.  At  quô  minus  id 
preesteiii  obsistimt  pliirima.  Primùin  ipsa  rerum  natura  de  qui- 
bus  scripturus  ossem,  quse  eo  sunt  génère  ut  non  tutô  literis 
comniitti  possint.  Deind(\  si  ah  ovo  quse  contigerunt  exordiar, 
miJd  opus  nascetur  longius  Iliade,  ac  vevè,  quod  dicitur,  Ilias 
xax'iîv.  Nam  miJii  agenda  ac  peragendafuMfahda  nmUb  moles- 
tissima  ac  verè  TpxyiyMzâr/i,  cujus  adeô  turbulenta  fuit  epitasis, 
ut  nihil  aliud  milii  prsesagire,  ex  iis  quse  gerebantur,  jure  potue- 

4 

rim,  nisi  exituni  lugubrem  ac  verè  tragicum,  nisi  deus,  velut  ànô 
rnç  iJ.Yiyavhi,  mihi  repente  apparuisset,  qui  catastrophen  afferret 
spe  mea  lœtiorem  ^  Sed  ah  hiijiis  narratione  luhens  siqjer[se]deo, 
tum  quod  aniimis  meminisse  horref,  htm  quod  sperem  te  à 
fratre  ^  ciii  sunt  satis  omnia  comperta,  latiùs  ac  tiUiùs  auditu- 
rum.  Nolo  enim  rem  aggredi,  nisi  totam  à  cake  ad  caput  descri- 
bam,  quod  nimis  operosum  esset,  et  hoc  tempore  non  vacaret 
pcriculo,  ])ra'sertim  in  tanta  viarum  difficultate,  in  quibus  omnia 
intercipiuntur  \  At  ne  frustra  ac  temerè  te  cruciem,  hoc  tihi 
persaadeas  velini,  Domimim  mihi  ac  siiœ  ecclesiœ  mirabiliter 
adfuisse,  ac  ita  eventum  tempérasse,  ut  nos  lahorum  non  pœni- 
teat  :  quem  magis  atque  magis  deincej)»  nostros  conatus  fortuna- 
turum  s})eranms,  quamvis  nobis  vêtus  liostis  multis  modis  et 
hactenus  à  nol)is  non  expertis,  exhibuerit  ac  denique  exhibitu- 
rus  sit  negocium. 

Verùm  permittamus  nos  totos  ipsius  voluntati,  cujus  te  démen- 
tis commendamns,  ut  hrevi  aliquid  ahs  te  nuncii  lietioris  acci- 
piamus,  quod  i)ropediem  futurum  confido^  Non  enim  addnci 
X>ossum,  qidn  credam  Domimim  istius  tandem  ecclesiœ  ^  misertii- 

^  "'■  *  Gauchier  Farel,  qui  était  parti  pour  Gorze,  lorsque  son  frère 
Claude  fut  de  retour  à  Neuchâtel  le  24  janvier  (N"^  1199,  1201). 

^  Ne  pouvant  entrer  dans  les  détails  sans  se  plaindre  de  MM.  de  Berne, 
Viretse  restreint  à  une  vague  allusion  aux  tracas  et  aux  ennuis  qu'il  avait 
endurés.  Les  causes  de  ces  tracas  sont  connues.  Il  suffit  de  les  énumérer  : 
La  requête  du  1"  novembre  1542  ÇS"  1174),  le  livre  sur  la  vente  des  biens 
ecclésiastiques,  la  délation  perfide  d'Antoine  Marcoiirt,  et  l'obligation,  pour 
Viret,  de  comparaître,  à  plusieurs  reprises,  devant  les  magistrats  bernois 
(16,  17,  18,  20,  22,  24,  25  janvier  1543).  Voyez  les  N'"  1194,  1196,  1200. 

Le  «  dieu-niacbine  »  fut  peut-être  J.-J.  de  Watteville  ou  l'ambassade  que 
LL.  KVj.  décidèrent,  le  25  janvier,  d'envoyer  à  la  Classe  de  Lausanne. 

•*  Plainte  fréquente  à  cette  époque. 

*  Les  événements  du  25  mars  donnèrent  à  cet  espoir  un  cruel  démenti. 


I 


1513  PIERRE  KUNTZ  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  29a 

nim,  atqiie  cô  pote  ntiîis  suani  ('xcrtui'uni  ijotcntiaiii  at(iii<'  ^do- 
riani,  qii5  jx'rtiiiaciùs  ot  iiid(Mnontiùs  liostis  aiitiiiuus  i-cnititui-. 
Quis  onim  credat  sunimuin  illum  j)as^oi'(>in  ovcs  (luas  sanguine 
siio  mercatus  est,  dospectui  ac  contemptui  habituruni?  Quis  \ovb 
dnbitet  ihi  oves  esae  Christi,  nhi  tanin  avidUate  ah  oninihas 
accurritur  ad  sacrosandam  EvaDfielii  pahulum ,  (luo  niliil  arden- 
tiorïbus  votis  expetihir?  Quis  (l('ni([U('  non  sihi  j)ersuadoat. 
veteratorom  illum  valdè  ])ivmi  ac  pvïesagire  sibi  pi'oxiniuni  cxi- 
tiuni,  qui  tantopore  si])i  nietuat  et  (>xtrema  onmia  nioliatur  V 
At  non  erit  à-Aovixi  Victoria,  alioqui  i)ariini  essct  gloriosa,  sed 
Christi  bonoficio  t'uturam  si)erainus  àv/xiii^ri.  Tu  igitur,  divino 
trotus  auxilio,  niajus  in  dics.  ut  soles,  robur  aninio  concij)e. 
Quôd  si  nondimi  venerit  Jiora,  necdiim  velit  istîiic  Dominus  tua 
ojjerauti,  quoà  vix  tamon  niilii  i)ersiiaderi  i)atior,  committe  om- 
nia  eJ7(S  arhitrio  et  proi'ideutiie  cui  militas.  Nostri  te  omnes 
salvere  jubent,  qui  (^t  ijjsi  salvi  sunt.  Nam  liherarit  nos  Domi- 
nns  peste  quse  in  corpora  grassahatur,  atque  utinam  ah  animo- 
rum  peste  hrevi  Uheref' !  Saluta  meo  nomine  fratres  onines. 
Lausanna?,  15.  Martii.  1543, 

TUUS  P.  ViRETUS. 

(Inscriptio  :)  G.  Farello,  V(M'])i  ministro  fideliss.,  fratri  et 
amico  chariss.  •* 


4242 

PIERRE  KUNTZ  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Berne,  20  mars  1543. 

Autographe.  Bibl.  Publ.de  (;(>nève.  Vol.  n"  10!).  Cal.  ()i)p.  XI,  518. 

S.  Rariiis,  fateor,  (luàni  aninioruni  nostrorum  exj)oscebat  cha- 
ritas,  ad  te  scribo,  Calvine  dilecte,  queni  mihi  fratreni  in  Domino 

®  L'église  de  Metz. 

^  Les  grands  adversaires  de  la  Réformatioii  à  Lausanne  ne  désarmèrent 
que  beaucoup  plus  tard. 

*  L'indication  écrite  sur  la  1"  jiage  par  iiric  main  plus  récente  :  «  Nota 
du  14  May  1543  »  est  erronée.  Olivier  Perrot  a  reproduit  cette  fausse  date, 


296  PIERRE  KLiNTZ  A  JEAN  CALVI^,  A  GENÈVE.  1543 

amplexor  dosidorantissiiimm.  Porrô,  etsi  olim,  diim  oa  fortassis 
durarot  et  reruin  injuria  et  simul  fatonini  passim  inclemeiitia, 
HOHtnhil  dissiliisse  vider ipoterant  uninn  ',  in  hotmm  tamen  coope- 
i(da  sunt  lUrisque  onmia,  adeo  lU  toto  mine  corde gratias  agmn 
Domino,  qui  nos  'pro  sua.  honitate  reconciliare  dignatus  fuerit 
ntrinque-.  Pênes  me  igitur  nihil  fuci,  nec  putridae  simultatis 
liœi-et  anij)iiùs,  Calvine  optime,  quippe  qui  tam  certani  spem  de 
tua  ct>nceperim  jani  charitate,  qua  anipiexaris  omnes  quotquot 
sinceram  diligunt  veritatem.  Ne  ergo  hœsites,  volo,  quominus 
constantem  existimes  mefratrem  inveniri  et  amicimi  integerri- 
mum,  eum  ob  id  maxime  quôd  sciam  nolns  in  i]jsa  pietatis  doc- 
trina  convenire  solide,  tum  verô  quôd  tu  quoque  eandem  verita- 
tem aliis  passim  cuj)is  notam  fratribus,  quos  pro  gratia  tibi  a 
Domino  in  liujus  ministerii  sortem  luculenter  concredita,  ad 
sanctam  unitatem  et  communem  ecclesiae  Dei  sedificationem 
tanto  instruis  ac  proveliis  studio  :  j)rimùm  quô  ipsi  verbum 
Dei  intelligant  pure,  deinde  ut  in  ecclesia  Cliristi  id  ipsum 
dispensent  iideliter,  et  demum  sacra  Christi  symbola  tractare 
discant  quàm  augustissimè.  Certus  suni  in-go,  frater  in  Domino 
observande,  id  unum  omnibus  quideni  votis  jam  testuare  pectus 
tuum,  ut  scmel  in  unum  coalescanms  aninii  sensum,  idem  sapia- 
mus  in  Domino. 

Hanc  igitur  cum  novi  te  in  pectore  gestare  mentem,  non 
potero  non  me  tuœ  credere  fidei,  sjjerans  fore  i)roi)ediem,  Cal- 
vine, quo  ])aulô  rectiùs  semel  formentur  multa,  (lu*  usque  in 
hanc  horam  desiderentur  à  nobis  omnibus,  Jam  etenim  cum 
meis  in  sumnia  fatisco  rerum  angustia,  jii'ocurante  nobis  eam 
invidia3  temi)estatem  quorundam  sitibunda  ambitione,  qui  nobis 
plebem  ferè  totam  impudenti  nimis  mendacio  exacerbarunt 
impie*.  Sed  videbit  Dominus  et  dijudicabit  inter  nos,  quinam 

en  tête  du  résumé  qu'il  donne  de  la  présente  lettre  (Vie  manuscrite  de  Farel), 
—  Au  verso,  l'annotation  ancienne  :  «  Viretus  ad  Farellum  ah  mmo  1543 
ad  1558.  »  C'était  l'étiquette  des  lettres  de  Viret  conservées  à  Neuchàtel 
dans  les  archives  des  ])asteurs. 

1-^  Il  suffit  de  coini)arer  cette  lettre  avec  le  t.  IV,  pp.  379-384,  pour 
s'assurer  que  les  relations  de  Pierre  Kuntz  avec  Calirin  s'étaient  entière- 
ment améliorées.  Leur  réconciliation  datait,  en  réalité,  du  retour  de 
Calvin  en  Suisse  (Lettre  de  Sultzer  du  G  oct.  1541,  t.  VII,  ]).  284,285, 
renv.  de  M.  3-7;  p.  28G,  avant-dernier  i?). 

'  Vu  les  faits  mentionnés  précédemment  (N"'  1137,  n.  2;   1147,  n.  2; 


loi3  JEAN   CALVIN  A  l'IERRK  VIHEÏ,  A  LAUSANNE.  297 

siiit  quorum  nialitia  turbotur  ocdosice  ti'au(iuillitas.  Tu  val(>  in 
Domino,  boni  consulons  lias  moas  qualcscuiuiuc  incptias.  Salu- 
tant  te  fratros,  cum|»rimis  Sidzerns/  quem  tibi  nosti  dcvinctis- 
simum.  Benue,  20  Mai-tii  anno  154o. 

Tuus  in  Domino 

PeTRLS  CONZEiNUS. 

(TnscrijMo  :)  Clarissimo  viro  D.  Joanni  Calvino,  Gcncvatum 
ei)iscopo  vigilantissinio,  t'nitri  sibi  in  Domino  observando. 


1213 

JEAN  CA.LVIN  à  Pierre  Viret,  à  Lausanne. 
(De  Genève,  24  mars  1543.) 

Copie  contempor'.  Impr.  en  parti(^  dans  les  Calv.  p]p|).  1575, 
p.  875.  Calv.  Opp.  XI,  521. 

Mitto  ad  te  literas  Pellkaiti-,  ut  ipse  quoque  mecum  cogites 
quorsum  vergat  quod  scribit  de  Farello\  Tametsi  suspieabar 
me  sub  illius  nomine  potiîis  notari,  milii  tamen  in  mentem  vene- 
i-at  ipsum  simpliciter  excusare,  de  me  tacere  prorsùs.  Nihil 
tamen  facturus  sum  donec  consilium  tuum  mihi  exjjosueris.  Nam 
quia  de  libris  quos  petit,  niliil  certi  habeo,  expectabo  donec  è 
nundinis  redierit  GulUelnms''.  Antonius,  ut  scis,  receptus  est, 
idque  sine  ulla  controversia  \  Sic  sapiunt  fratres,  ut  nihil  nK^liùs 
judicaverint  quàm  tôt  flagitia  silentio  abolere.  Fieri  non  i)otest, 
(piin  Dominus  ad  hanc  nostram  socordiam  vindicandam  brevi 

1167,  reiiv.  de  ii.  2),  il  ost  vraisembl.ablc  qu'É'ra.ff/te  jR/Z/tv  ot  ses  adhérpiits 
taisaient  accroire  au  peuple  que  SuUzer,  Kuntz,  etc.,  travaillaient  à  clian- 
ger  la  religion  et  à  se  faire  adjuger  une  plus  grande  jiutorité  au  sein  di' 
l'Église. 

^  Elle  est  de  la  main  de  Charles  de  Jonvilliers. 

■^  Lettre  de  Pellican  du  3  mars,  et  réponse  de  Calvin  du  is  avril. 

'  Bèze  a  supprimé  de  Fareîlo  et  tout  ce  qui  suit  jusqu'à  de  libris. 

*  Guillaume  du  Boix,  ex-associé  du  libraire  imi)rimeur  Michel  du  Bois 
(VII,  2.52,  n.  3-4). 

^  Il  ne  s'agit  pas  tV  Antoine  Froment,  niais  (V  Ait  toi  ne  Marcourt,  que 


298  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1543 

tribunal  conscendat.  Mihi  per  MaWiieum  ^  indicavit,  se  hortatu 
Sulceri  redire  mecum  in  gratiam  cupere  :  sed  qua  lege  ad  hanc 
reconciliationem  desconderem  V  CcTeterùm,  si  colloquiuni  seinel 
petierit,  Dominus  viam  aperiet. 

Ntiper  disceptatiomm  habuimus  cmn  Senatu  :  sed  quœ  statim 
fuit  composita.  Reuuntiaverat  nohis  Syndicus  in  Consistorio, 
8enatu))i  jus  ejccoimmmicandi  sihi  retinmsse\  Continua  excepi, 
decretnm  hoc  mit  morte  mea  mit  exilio  sanciri  oportere.  Postridie 
vocavi  fratres  :  ex  eorum  consilio  postulavi  a  Syndicis,  ut  Sena- 
tum  nobis  extra  ordineni  darent  :  annuerunt,  etsi  non  libenter. 
Illic  longa  et  gravi  oratione  de  tota  re  disserui  :  obtinui  nullo 
negotio  quod  petebam.  Quantum  intelligo,  acriter  increpiti  auc- 
tores  :  quos  si  nescias,  divinarc  tamen  potes.  Bene  vale,  Dominus 
te  custodiat  et  semper  gubernet  suo  sjjiritu,  fratcr  mihi  dilec- 
tissime.  Saluta  mihi  Rihittum,  Lnhertmn  *  et  reliquos  \  De  Bel- 
lomontano^^  nihil  scribo,  quia  si  ad  Reginmn  proficisci  cogitât, 
hoc  iter  faciet.  Est  autem  Regina  i])sa  Neraci^\  Neque  illiiic 
recedet  ante  partum'-.  Pridie  Paschatis  (154o'-). 

JOANNES  CaLVINUS  tUUS. 

MM.  de  Berne  avaient  élu,  le  8  mars,  pasteur  à  Verftoix,  dans  la  Classe  de 
Gex. 

"  Matthieu  Geneston  ou  Matthieu  Blanch  ? 

^  En  vue  de  la  communion  de  Pâques. 

®  Jean  Sihit,  professeur  de  grec,  et  Imbert  Paccolet,  professeur  d'hébreu 
à  Lausanne. 

®  Bèze  a  supprimé  le  paragraphe  suivant  jusqu'à  j:)arfMm. 

•»  Monsieur  de  Beaumont  (VU,  288,  n.  7). 

''  Marguerite,  reine  de  Navarre,  résidait  alors  à  Nérac,  dans  la  Guyenne. 

*^  A  propos  de  la  lettre  de  Marguerite  à  François  I  que  nous  avons 
reproduite  dans  le  t.  VII,  p.  389-392,  et  qui  est,  selon  Génin,  du  mois  de 
décembre  1541,  nous  en  avons  cité  une  autre  (p.  390,  n.  2)  du  29  décembre, 
même  année,  où  cette  reine  fait  allusion  à  sa  grossesse.  Comme  on  ne  peut 
guère  supposer  qu'elle  fût  dans  la  même  position  en  mars  1543,  il  est  pos- 
sible que  le  mot  parfum  se  rapporte  ici  à  la  fiMume  de  Beaumont,  et  non 
à  la  reine  Marguerite. 

"  Les  détails  relatifs  à  Antonius  et  à  Fellican  fixent  l'année.  Pâques 
tomba  sur  le  25  mars  en  1543. 


1543  PIKURE  TOUSSAIN  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  299 


PIERRE  TOUSSAIN  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Montbéliard,  24  mars  1543. 

Autogr.  Bibl.  Pul)l.  do  (;<miôvo.  Vol.  n"  110.  Cal.  Op)).  XI,  51!). 

S.  Jamdiii  est  ox  qiio  iiiliil  ad  to  scripsi.  vir  colciidissiinc.  ut 
imnc  propeinodimi  scribero  pudcat.  Sed  obsocro  to  pei*  I).  Jesum 
et  tuam  pietatoiii,  ne  iiicuiii  iii  te  auiiiiiim  irstiiiics  ex  officio 
litterannn,  (luiiiii  meam  satis  noveris  negligentiam,  et  sive  scri- 
bam  ad  te,  sive  non  scribani,  me  tni  nunqnam  cajjiat  oblivio. 
teque  amore  summo'ac  veneratione  prosequar.  VeJienieider  gau- 
deo  Métis  jamiciDi  cqjertam  esse,  sed  doleo  maxime  Itqmm  jam 
cdiquem  novumsnhir/gressioii  '.  Et  qnanquam  non  ignoreni  quàm 
sis  istic  utilis  et  necessarius  ecclesia^  Christi,  eu])ereni  tanien 
te  ilUc  esse-,  si  id  ulla  ratione  fieri  posset,  praesertini  si  Farel- 
lus  non  admittatur.  N(>e  dubito  quin  sis  semper  facturiis  quic- 
quid  ad  gloriani  Doniini  pertinere  judieaveris.  Bounaw  convc- 
nient^  ad  Episcoimm  Coloi/iet/sem  PliiUppus,  Hedio  et  (dii 
quidam  eruditi,  ad  Christi  regnnm  proi)aganduin.  Hîc  vivo, 
niultis  de  causis,  non  sine  labore  ac  molestia  '.  tanK^tsi  (gratia 
Deo)  Dux  Christophoriis  animuni  ])iilchre  adjungat  ad  Evan- 
gelium. 

Cœtera  ex  hoc  nuntio  intelliges,  Bene  vale  in  Domino,  (jui  te 
quàm  diutissimè  servet  cuni  uxore  et  familia.  Saluta  milii  dili- 
genter  fratres  omncs,  nominatim  autem  Antotmmi\  Monbel- 
gardi,  24  Martii  1543. 

Si  istuc  ad  te  venerit  aliquis  ex  nostris,  fac  euni  diligentci- 
admoneas  officii. 

Tuus  ex  animo  P.  Tossanus. 

(Ittscriptio  :)  A'igilantissimo  ecclesise  Genevensis  jjastoi'i  D. 
Joanni  Calvino,  IVatri  suo  observando.  Genevœ. 

^  Pierre  Caroli  ? 

-  Toussain  savait  avec  quelle  sollicitudf  Calvin  s'était  jusqu'alors 
occupé  de  l'église  de  Metz. 


300  JEAN  l'archer  a  GUILLAUME  FAREL  [A  GORZEJ.  1543 


121 5 

JEAN  L'ARCHER  ^  à  Guillaume  Farel  [à  Gorze.] 
De  la  Neuveville,  27  mars  1543. 

Aiitogr.  Bibl.  des  pastoiivs  de  Neuchâtel.  Iiiipr.  (ni  i)artie  dans 

Calv.  ()j)i).  XI,  522. 

JoANNES  Arquerius  ])io  ac  docto  Guliehiio  Farello  gratiaiii  et 
jjacem  a  Deo. 

Non  oj)Us  est  in  prœsenti,  doctissime  Farelle,  uti  vulgato  illo 
exordio  :  si  quid  haborcMn  qiiod  ad  te  scriberem,  facerem  id,  et 
|)iuril)us.  Tôt  enini  et  tant^e  su])j)etunt  res,  ut  iinde  initiuni 
sinnam,  nesciani.  Tamen  tental)0  pro  vii-il)iis  de  omnibus  qua? 
inultîim  referre  putavi  te  scire,  certiorem  facere.  Anteqnam  verô 
ad  ])iTecipua  capita  accedam,  te  per  Christum  oro  ne  putes  me 
prorsùs  oblituni  tui.  projjterea  quôd  adhuc  tibi  non  scripserim. 
Factum  certè  est  partim  negligentia,  partim  quôd  nescivi  semper 
eos  qui  ad  te  perventuri  erant  :  quod  si  scivissem,  non  pra^ter- 
misissem  quin  ad  te  literas  non  dedissem.  Nunc  ad  rem. 

Principio.  quantum  ad  poimlum  nostnun  adtinet,  non  video 
cid  simileui  dicant,  nisi  equo  effreni  :  nihil  timet,  nihil  illum 
pudet.  neque  ullam  jjutat  se  tenere  legem.  Cum  causas  tantse  im- 
pietatis  et  nequiti*  inquiro,  cui  im])utem  nesdo,  nisi  quôd  ins- 
tare  aut  adesse  arbitror  tempus  illud  maledictum  quo  iniquitas 
abundabit,  charitas  refrigeseet,  etcpiononerit  tidessujjer  terram. 
Xam  non  solùm  iivT,  rixse  et  dissentiones  sunt  inter  i)0|)ulunL 
veriim  etiam  inter  eos  qui  eum  erudiunt.  Non  tantùm  j)Oj)ulus 
novitati  studet,  verùm  ministri.  Ut  rationem  nonnullorum  tibi 

■■'  Dans  l'édition  ili-  Brunswick,  conveniunt. 

*  Voyez  le  X"  1210,  renvois  de  note  8-10. 

'"  Antoine  Cdlrin. 

'  Natif  de  Bordeaux.  Son  nom  en  latin  est  rendu  par  ces  formes  diverses  : 
Arcuarius,  Archesiu.t,  Arquerius,  Sngittarius.  En  1541,  il  étîut  établi 
flans  le  comté  de  Neuchâtel  (Vil,  83,  274),  ])eut-étre  en  (jnalité  de  maitrc 
d'école.  Plusieurs  pasteurs  débutèrent  ainsi. 


1543  JEAN  l'archer  a  Guillaume  farel  [a  gorzeI.  301 

reddam,  sic  habo'.  Siiix'iioribiis  diobus  tanta  fuit  (iltercafio  iiiter 
honum  ilhnn  viruni  Tussamnu  et  genentm  Capioiculi  ^  lit  vix 
conii)oni  potuorit.  Nebulo  illc  niin  ol)  iiialct'acta  (lua'daiii.  tiuiciis 
Princij)em,  aiifiigissct,  puriïationcs  quasdaiu  iiialcdictis  in  Tiix- 
samim  scatentos  scripsorat.  Et  orant  ex  nosti'is  duabiis  scUis 
sedontes,  qui  utriquc  i)lacci'e  studebaut;  tauien  l)ona  jjai-s  i-ccto 
pede  inccssit.  Tandem  ics  tota,  gratia  Doo,  coniiiosita  est.  Tus- 
sanus  enim  in  nuiltis  cuni  in(>ndac'ii  argnit  et  convicit.  (^)uan' 
coactus  est  nehulo,  invitis  omnibus  qui  jlli  favcbant.  culpani 
agnoscere  et  veniani  deprecai'i.  Hic  (>st  exitus  hujus  dissentionis, 
cui  si  interfuisses,  dici  non  |)ot('st  (luàm  graviter  et  ini<]uo  aninio 
tulisses. 

Ut  eorum  qu£e  postremn  joco  dixi  rationem  reddam,  sic  accipe. 
Paucis  ante  diebus  Diix  yiriohergetms*  iitisif  _pIio  suo  exetitphir 
ordinationis  ecclesiarum  totius  suie  ditionis.  ut  per  Comitatnni 
MovheUkardensew  jnvnndgare  faceret\  Hinc  rediens  Michaël 
Dnhitatus'^  fratribus  retulit  cum  niagno  aninii  doloi-e  :  assevera- 
bat  enim  in  illa  multa  indigna  Cliristianis  contineri  ;  niliilomi- 
nus  tamen  s(^  recipere  velle.  Id  cum  audivissent  f mires  raldè 
mirati  sia/f,  qnod  ca  pcdeda  semper  Jmhuerit  cum  eis  onn/ia 
communia'',  nunc  i])sis  insciis  aliquid  tentaret.  Dicebat  enim 
Micha'êl  Ducem  pmecipere.  ut  ei'igerentur  statua'  ("hristi,  ut 
fièrent  orationes  ])ro  defunctis.  et  alia  nugalia.  quorum  omnium 
nulla  fit  mentio. 

Cum  autem  exemplar  unum  hal)uissemus,  bone  Deus,  quomodo 
multi  ex  nostris  irriserunt  !  Propterea  quôd  ibi  mentio  fit  fcM'ia- 
runi  Christi,  Ai)Ostolorum  et  aliorum  quorundani.  cœnae  a'grotis 
et  [illis]  qui  ad  morteni  adjudicati  sunt.  communicandcP,  festini 
baptismatis  "  :  indigna  quœ  recii)erentur  multi  ex  nostris  adjudi- 
cabant.  Deinde  (juia  il)i  sunt  variœ  et  multipiices  orationes  ])r() 

*  Ici  commence  le  texte  publié  parles  uouveaux  éditeurs  de  Calvin, 

*  Ce  «  gendre  »  était  Jean  Courtois  (Cortesius),  pasteur  d'abord  à  Glay, 
puis  à  Yillars-lès-Blamont,  dans  le  Montbéiiard  (VI,  204,  VII,  47,  182). 

*'°  Cette  Ordonnance,  envoyée  à  son  fils  par  le  duc  Ulric,  ne  fut  impri- 
mée qu'au  mois  de  mai  ou  de  juin  1543  (X"  1243). 

®  Michel  Dohf  ou  Douhfé.  iiastenr  à  Exincourt  (M,  204). 

^  Les  églises  réformées  du  Moiitl)éliard  ayant  été  fondées  par  GuiU. 
Farel,  avaient  reçu  de  lui  les  cérémonies  de  l'Église  neucliâteloise. 

*  Ed.  de  Brunswick  :  fcsUri  haplisinal/.s.  Ce  ne  serait  ]iliis  l'ondoiement. 


302  JEAN  l'archer  a  GUILLAUME  FAREL  [A  GORZE].  lo43 

statibus  iiuiiidi  et  nocessitatibus  ecclesiarum,  inter  quas  sunt 
pro  fructibus  terrœ  et  animis  in  tribulatione  existentibus,  irri- 
dentes  dicebant  esse  orationem  pro  aniniabus  in  purgatorio 
detentis'-*.  Quae  cum  rescivissem  malè  me  habuerunt.  Quorum 
omnium  antesignani  erant  Barharinus  et  Gaspar^'^,  quil)us  pro 
virili  restiti.  Hoc  enim  testimonium  fero  de  hac  ordiuatione, 
veram  esse  et  divinam,  rdJiilque  esse  quod  non  lïbenter  reciperes. 

Ex  illis  intelligere  potes,  quàm  plerique  nostrûm  sint  pacis 
et  ])8edagogia?  amantes.  In  dies  et  horas  conqueruntur  quôd  po- 
|)ulus  non  obediat  Evangelio,  quôd  i)arvi  faciat  ministros  :  malum 
quidinn  vident,  sed  causam  mali  videre  non  possunt.  Causa  mali 
est,  quôd  multi  non  faciunt  suum  officium,  et  i)Opulus  disciplina 
non  regitur.  111  i  monachatum  damnant,  et  tamen  multi  veri 
sunt  monachi.  hoc  est,  solitai'iam  vitam  agunt,  non  vigilantes 
su])er  gregem  '  ' . 

Aliud  est  quod  te  scire  volui.  Michaël  Dnhitatus  adhuc  exci- 
tât disputationem  de  loco  Math.  IS.aitque  vestrum  articulum  cum 
doctrina  Christi  ibi  tradita  pugnare'-.  Cui  adh?erent  Michaël 
Blasievsis  et  Gaspar^^.  Horum  omnium,  mi  Farelle,  te  admoneo, 
non  ut  te  contristem  (licet  sciam  te  hœc  sine  dolore  audire  non 
posse),  sed  ut  his  malis  remedium  invenias.  (  )ro  te  atque  obtes- 
tor,  ut  ad  fratres  de  omnibus  diligentissimè  scribas  et  ad  com- 
munem  i)acem  (>cclesiarum  adhorteris  '  '*. 

Hucusque  tristia  nuntiavi,  la^ta  nunc  signiticabo.  Smnmarium 
satis  diligenter  et  emendatè  impressum  est  ' ',  Quidam  ex  fratri- 
bus  cum  inciderunt  in  locum,  quomodo  a^groti  petere  dehent 
cœnam  sibi  dari^\  offensi  fuerunt,  dicentes  te  non  debuisse  hœc 
in  lucem  emittere,  quin  priîis  fratribus  communicasses  ''.  (^)uilius 

*  Les  innovations  imposées  par  le  duc  Ulric  aux  églises  du  Moutbé- 
liard  seront  mentionnées  dans  quelques-unes  des  lettres  subséquentes. 

10  Thomas  Barharin,  pasteur  à  Boudri,  et  Gaspard  Carmel,  pasteur 
dans  le  Yal  de  Travers. 

"  Ici  le  texte  de  Tédition  de  Brunswick  est  interrompu  jusqu'à  Hucusque 
tristia. 

"  A  comparer  avec  le  t.  VII,  pp.  78,  notes  2-3  ;  171,  renvoi  de  note  5  ; 
172,  178. 

18  Michel  Mulot,  jiasteur  à  St-Blaise,  et  Gaspard  Carmel. 

>*  Voyez  la  lettre  de  Farel  du  31  mai  (V  1240). 

1^  C'est  le  Sommaire  de  Farel  (N"  1130,  n.  19).  Nous  n'en  connaissons 
pas  d'exeiii])laire  de  l'année  1543. 


1543  JEA.N  l'aUCHER  a  GLILLAUME  FAREL  [A  gorze].  303 

respondi,  tv  cum  Calvino  et  Vireto  contuliss(:''^  Doinde  Nohiles 
Vasconiœ imper  multa  a.Rege m  favoi'em  tidcliiiin  iinix'tranint  '^ 
ita  ut  maxime  pœnituerit  Bnrdegidensem  Senatmn  combussisse 
(juendam  ex  nostris^".  DoJetus  multos  cgrcgios  et  utiles  libelles 
gallicè  imi)i'essit,  neiiipe  :  Novum  Testamentum,  Prœcatioi/es 
Bihlicas,  Fontem  Vitœ,  Adhortutionem  ad  studium  sacra  ni  m 
Uferarum  ex  Patrihns  excerptam,  Enchiridiou  militis  christani, 
Prieparationem  ad  niortem-*,  et  alios  multos,  (jui.  quantum 
audivi,  fruetum  multum  tVcei-unt.  Tandem  in  carcerem  conjectus 
et  haereseos  accusatus,  Lideciain  ductus  est".  Qnid  illo  factum 
sit  nescimus. 

Institui  proticisci  in  GaUiani  intra  mensem,  at  maxime  vc^llcni, 
si  fiei'i  poss(^t,  antequam  ireni,  habere  tuum  consilium.  >Sunt 
milii  multa  negotia,  cum  Evangelii,  tum  mei  ipsius  causa  :  qui- 
bus  expeditis,  Deo  Yolent(\  niox  revertar,  etj^er  te  ad  Lutherum 
ïbo  -'\  Haec  mecum  delibero,  nesciens  quid  Deus  disponet.  Faxit 

*®  Voyez  sur  la  distribution  de  la  sainte  Cène  aux  malades,  la  lettre  de 
Farel  à  Calvin  du  21  avril  1544. 

^^  Vu  la  décision  prise  à  Lausanne  vers  le  milieu  d'octobre  ou  le 
24  novembre  153G  (IV,  188,  renv.  de  n.  5). 

^^  Ici,  dans  rédition  de  Brunswick,  nouvelle  interruption  du  texte  jus- 
qu'à la  date. 

*^  Erreur.  Cf.  Ernest  GauUieur.  La  Réformation  en  Guyenne,  1. 1,  ji.  64-75. 

29  Aymon  de  In  Voye  (X"  1149,  fin  de  la  note  18)  ? 

^*  Dans  sa  Biographie  à'EstieHne  Dolef,  .Joseph  Boulmier  donne  in- 
extenso  les  titres  des  livres  im]irimés  par  cet  humaniste. 

^^  «  Dolet  recourut  à  la  clémence  royale....  Mais  il  ne  dut  son  salut  et 
sa  liberté  qu'à  Fintervention  de  Pierre  du  Chastel,  alors  évêque  de  Tulle. 
A  certain  cardinal  (probablement  François  de  l'ournon)  qui  lui  re])rochait 
de  prendre  fait  et  cause  pour  des  misérables,....  du  Chastel  répondit  :  «  .J'ai 
«  pour  moi  l'exemple  des  Apôtres  et  de  tous  ceux  qui,  par  leur  sang,  ont 
«  cimenté  l'édifice  de  notre  sainte  Église.  Il  m'apprend,  cet  exemple,  que  le 
«  véritable  rôle  d'un  évêque  consiste  à  détourner  l'esprit  des  rois  de  la 
«  barbarie  et  de  la  cruauté,  pour  le  porter  à  la  mansuétude,  à  la  clémence, 
0  à  la  miséricorde.  Vous  donc,  qui  m'accusez  d'oublier  mon  titre  de  prélat, 
«  sachez,  monseigneur,  que  je  puis  à  plus  juste  titre,  rétorquer  cette  accu- 
«  sation  contre  vous  :  Nous  sommes  deux  ici  d'opinion  contraire.  Eh!  bien 
«  l'un  remplit  le  devoir  d'un  prélat  :  c'est  moi;  l'autre  fait  le  métier  d'un 
«  bourreau  :  c'est  vous  !  »  (Vie  de  P.  du  Chastel,  en  latin,  par  Pierre  CJal- 
land,  1674.  —  Procès  de  Dolet.  —  Boulmier,  o.  c,  p.  220-223). 

Le  roi  fit  grâce;  mais  malgré  ses  lettres  de  rémission  (juin  et  21  sep- 
tembre 154.8),  Dolet  ne  sortit  <le  prison  que  le  1.3  octobre  suivant. 


304  GUILLAUME  DE  FURSTEMBERG  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1543 

Deus,  si  in  rem  Ecclesiae  siue  futiirinu  sit,  i)ormittat  :  sin  minus, 
impocliat.  Hsec  snnt  quœ  volni  ad  te  scribere.  Denm  Opti.  Maxi. 
oro,  nt  te  servet  à  malo  et  aperiat  tibi  ostium,  ut  Evangelium 
longé  latèque  i)ropagare  et  pi'omulgare  ])Ossis,  ad  gloriam 
divini  nominis  et  proximi  a'dificationem.  Amen.  Amen.  Amen. 
Si  sit  aliquid  in  quo  possis  opéra  mea  uti,  obsecro  te  ut  uti  dig- 
nei'is,  et  gratissimum  mihi  feceris,  Sum  enim  totus  tuus.  Datum 
Novse  Yillse  27.  Martis  1543. 

(Inscriptio  :)  Doctissimo  viro  Gulielmo  Farello  ^\ 


1246 

GUILLAUME  DE  FURSTEMBERG  ail  Goiiseil  de  Berne. 
De  Strasbourg,  29  mars  1543. 

Inédite.  Manuscrit  original.  Arch.  de  Berne.  Copie  communi(iuée 

l)ar  M.  B.  de  Sinner. 

(traduit  de  l'allemand.) 

Nous,  Guillaume,  comte  de  Furstemberg,  nous  vous  infor- 
mons que  diverses  circonstances,  et  surtout  la  prédication  du 
salutaire  évangile  de  notre  Sauveur  Jésus-Chi'ist,  nous  ont 
obligé  de  nous  mettre  en  état  de  légitime  défense  et  de  mainte- 
nir dans  leurs  convictions  chrétiennes  quelques  personnes  de  la 
cité  de  Metz,  qui  en  avaient  été  exilées  à  cause  de  ce  même 
Évangile  '.  Mais,  dès  le  début,  alors  que  nous  étions  à  l'œuvre  et, 
en  apparence,  près  de  réussir  (ce  (iu(^  nous  aurions  sans  doute 
obtenu  avec  Taide  de  Dieu),  les  conseillers  et  ambassadeurs  en- 
voyés i)ar  LL.  EE.  les  nobles  princes  et  seigneurs  Ulric,  comte 

^'  Veut-il  diro  :  en  passant  par  Strasbourg  et  Metz,  —  ou  :  j'aborderai 
Luther,  moyennant  votre  recommandation?  C'est  peut-être  àe.  L'Archer 
que  ])ail('  Farel  au  commencement  de  sa  lettre  du  81  mai  (N"'  1240).  De 
son  voyage  en  France,  nous  ne  savons  rien. 

"^^  Farel  dut  recevoir  à  Strasbourg  la  présente  lettre.  Il  a  écrit  au-dessous 
de  la  suscrijition  :  «  Jo.  Arcquerius.  » 

*  Nous  avons  indiqué  d'après  Paul  Ferry  les  noms  de  ces  exilés  (N"  1165, 
note  2). 


1513  GUILLAUME  DE  FURSTEMUERG  AU  CONSEIL  DE  RERNE.  HOo 

do  Wurtemberg,  Philippe,  laiulgravc  de  liesse,  nos  gracieux 
Seigneurs,  et  aussi  ])ar  les  deux  honorables  \\\\i}^iXQ  Strasbourg 
et  de  Francfort,  se  sont  interj)Osés  avec  tant  de  zèle  entre  nous,  ' 
(Tun  côté,  le  Conseil  de  la  ville  de  MAz  et  les  susdits  exilés,  de 
Tautre  côté,  que,  le  Kl  niai's  dernièrement  écoulé,  nous  nous 
sommes,  grâce  à  eux  et  ])ar  une  convention  bilatérale-,  uns  à 
l'abri  de  toute  affaire  litigieuse,  et  que  cette  convention  sert  et 
est  ap{)licable  immédiatement  ])Our  tout  dommage  qui,  auti-e- 
ment,  serait  irréi)arabl(\ 

C(>i)endant,  pour  ce  qui  regarde  la  salutair(>  doctrine  de  notre 
salut,  elle  devait  être  à  Faveinr  enseignée  et  prêcbée  libi-ement, 
purement,  comme  il  convient,  en  indicpiant  le  contenu  de  la 
convention. 

Là-dessus,  nous  aussi,  nous  avons  été  contraint  de  congédier 
nos  hommes  de  guerre  et  de  nous  retirer  dans  notre  i-ésidence 
habituelle ',  pour  y  attendre  le  résultat  de  la  susdite  convention. 
Mais,  sur  ces  entrefaites,  et  par  diverses  causes  à  nous  incon- 
nues, —  peut-être  pour  le  plus  grand  bien  de  la  ville  de  Metz'\ 
—  les  ambassadeurs  ont  consenti,  encore  pour  un  temps,  à  dif- 
férer jusqu'à  plus  ample  examen,  la  publique  prédication  du 
saint  Évangile.  ÎNIais  [alors]  beaucoup  de  bons  chrétiens  de  Metz, 
poussés  par  un  véritable  zèle  i)0ur  Christ,  noti-e  Sauveur,  n'ont 
pas  voulu  aller  à  la  sainte  Cène  et  célébrer  le  jour  de  Pâques 
selon  les  cérémonies  papistiques,  mais  suivant  la  véritable 
institution  et  Toi-dre  du  Seigneur,  et  conformément  à  l'ordon- 

^  Concluo  à  Poiit-à-Mousson  et  coutinnéc  à  Metz  le  KJ  mars  1543.' >■  ()ii 
accorda  deux  choses  au  Comte  de  Fursfeniberg.  La  première  :  que  les 
citoyens  de  Metz  et  nommément  les  Ecclésiastiques  luy  feroient  réiiaration 
d'honneur,  en  disant  que  ç'auroit  été  injustement  et  à  tort  que  l'injure 
dont  il  estoit  question  luy  avoit  été  faite  [N"  1137,  n.  9],  et  qu'ils  ne  le 
tenoient  i)Our  autre  que  jjour  un  Comte  honorahle,...  et  que  réciproque- 
ment le  Comte  se  contenteroit  de  cette  satisfaction...  La  seconde,  qui  estoit 
la  principale,  voire  la  seule  chose  que  ce  Comte  ])réteiidoit,  fut  qu''H  y 
aurait  de  là  en  avant  un  Ministre  ou  un  Prédiamt  qui,  avec  toute 
liberté,  prescheroit  la  doctrine  de  Putlier  dans  la  rillc  :  à  quoy  les  députez 
de  Metz  consentirent  enfin  laschement  »  (]\Ieurisse,  o.  c,  p.  76-77.  — 
Nimsgern,  o.  c,  p.  90-99). 

*  Non  à  Gorze  (car  tout  annonce  que  le  comte  Guillaume  n'y  était  pas 
le  2.5  mars  et  jours  suivants),  mais  probablement  à  Strasbourg,  où  il  pos- 
sédait une  maison. 

■*  Dans  l'original  :  villeicht  vmbs  bestcn  willen  der  St<att  Metz. 

T.  VIII.  20 


306  GUILLAUME  DE  FURSTEMBERG  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  1543 

iianco  de  la  primitive  Église  chrétienne.  Ils  se  sont  transportés, 
au  nombre  de  plus  de  deux  cents  personnes,  hommes  et  femmes, 
à  Qorze,  situé  à  deux  milles  •'  de  là,  pour  y  recevoir,  le  jour  de 
Pâques  passé,  la  vraie  et  chrétienne  sainte  Cène. 

Nous  y  maintenions  dans  ce  temps-là,  pour  la  i)rédication  et 
Tadministration  des  saints  sacrements,  le  Docteur  Gnïllmmie 
Farel,  qui  précédemment  avait  aussi  été  chassé  de  Metz  pour 
la  même  cause.  Lorsque  ces  pauvres  gens  se  furent  unis  à 
Christ,  le  Seigneur,  et  furent  devenus  ses  disciples  en  recevant 
son  corps  et  son  sang,  ils  allèrent  prendre  leur  rejjas  du  inati«  ^. 
Et,  au  moment  où  ils  étaient  assis  à  table,  M'  d'Auniale,  ttls  du 
duc  de  Guise',  profitant  de  ce  que  les  portes  n'étaient  pas  gar- 

^  Plus  exactement,  deux  milles  allemands. 

®  On  lit  dans  les  Chroniques  messines,  p.  863  :  «  Après  avoir  ouy  et 
veu  le  d.  mystère  de  la  Cène,  s'en  allèrent  prendre  leur  réfection  au  logis, 
sans  jjenser  à  nul  mal.  Les  bourgeois  de  la  d.  Gorze  fermèrent  les  portes 
de  la  ville  ce  pendant  que  les  bourgeois  et  bourgeoises  de  Metz  disnoient, 
qui  n'eurent  pas  à  moitié  disné  qu'il  fallut  payer  l'escot  par  contrainte  : 
et  l'hostesse  dist  qu'ils  se  hastassent  et  .sortissent  hors  du  logis,  et  qu'ils 
auraient  tantost  ung  aultre  escot.  Les  d.  bourgeois  et  bourgeoises  sor- 
tirent hors  du  logis,  ne  pensant  à  nulle  trahison.  Tantost  vinrent  force 
Français,  à  cheval  et  à  pied....  et  dirent  :  Tue!  tue  !  » 

''  Claude  de  Lorraine,  duc  de  Guise,  fils  du  duc  René  II  et  frère  d'An- 
toine qui  régnait  alors  sur  la  Lorraine.  Il  naquit  le  20  octobre  1496  et  il 
fut  envoyé  de  bonne  heure  à  la  cour  de  France,  où  il  épousa  en  1513 
Antoinette  de  Bourbon.  Il  était  parent  de  François  I  par  sa  mère,  Philippe 
de  Gueldre,  cousine  germaine  de  Louise  de  Savoie.  Le  roi,  en  récompense 
de  ses  brillants  services  militaires,  érigea  son  comté  de  Guise  (janvier 
1527)  en  duché-prairie. 

François  de  Lorraine,  fils  de  Claude  et  comte  d'Aumale,  né  le  17  fé- 
vrier 1519,  fut  créé  duc  d'Aumale  en  juillet  1547.  Il  devint  le  second  duc 
de  Guise  après  la  mort  de  son  père  (12  avril  1550).  C'est  le  même  Fran- 
çois de  Guise  qui  provoqua  la  première  guerre  de  religion,  en  présidant 
au  massacre  des  Évangéliques  de  Vassy,  assemblés  dans  leur  église 
(1"  mars  1562).  Voyez  René  de  Bouille,  op.  cit.,  I,  46,  50,  51,  53,  85,  175, 
213;  II,  172-70. 

Le  biographe  des  Guises  ne  mentionne  nulle  part  l'expédition  de  Fran- 
çois d'Aumale  contre  la  ville  de  Gorse.  Cette  expédition,  entreprise  à 
l'instigation  du  cardinal  Jean  de  Lorraine,  servait,  à  couj)  sûr,  les  intérêts 
de  François  I,  en  ex])ulsant  d'un  j)oste  voisin  de  Metz  la  garnison  de 
Guillaume  de  Furstemberg;  car  le  Roi  ne  pouvait  ignorer,  au  mois  de 
mars  1543,  que  ce  prince  désirait  rentrer  au  service  de  l'Empereur  (Voy. 
la  n.  8  et  le  N"  1235,  n.  16). 


loi3  GLILLAUME  DE  FLRSTE.MBERG  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  307 

dées,  ost  tom])é  sur  notre  hourg  de  Gorze^  avec  un  ^nuul  uouihrc 
de  cavaliers  et  de  lansquenets,  Français  et  Lorrains  (comme  on 
nous  l'a  rapporté),  et,  sur  Theure,  jjar  deux  fois,  il  a  fait  som- 
mer par  un  trompette  notre  château,  pour  qu'il  pût  s'emparer 
du  i)rédicant  FareJ,  et  il  a  ordonné  de  le  faire  sortir  et  de  le 
livrer  à  M'  de  Guise '\  En  outre,  il  a  commandé  aussitôt  de 
traiter  les  hoiirgeois  de  Metz,  hommes  et  femmes,  a.\ec  une  tyran- 
nie inouïe  jusqu'alors.  Et  là-dessus  il  criait  :  'i  Où  sont  ces 
infâmes  hérétiques  f  Noîis  avons  l'ordre  de -les  égorger  tous.  Pas 
de  xmsonniers  !  H  faut  contraindre  les  bourgeois  du  hourg  à  dé- 
noncer les  gens  de  Metz.  » 

Quelques  femmes  enceintes  ont  su])i  des  traitements  si  odieux 
qu'on  dit  qu'elles  en  sont  mortes'".  Une  partie  d'entre  elles  ont 
été  poussées  dans  la  Moselle,  et  lorsqu'ils  ont  vu  qu'elles  pou- 
vaient se  sauver  à  la  nage,  ils  les  ont  })réci])itées  au  fond  de  l'eau 
à  coups  de  pierres".  Les  autres  ont  été  conduites  à  Pont-à-Moas- 
son  '^  On  ne  sait  encore  ce  que  sont  devenus  quelques-uns  des 

'  Selon  J.-B.  Nimsgern,  p.  59,  qui  fait  du  comte  Guillaume  le  63"'"  abbé 
de  Gorze,  ce  seigneur  aurait  «  reçu  du  Roi,  eu  1542,  l'abbaye  de  ce  nom 
pour  récompense.  »  M'  Chœueis,  archiprêtre  de  Gorze  et  ancien  greffier  de 
la  Justice,  affirme  dans  une  lettre  rejjroduite  par  les  Chroniques  messines, 
p.  862,  que  le  comte  Guillaume  «  s'empara  de  la  susdite  abbaye  pour 
faire  son  amas  de  trois  mille  lansquenets  pour  le  service  de  PVançois  I.  » 
—  Nous  croyons  plutôt  que  le  Roi  la  lui  avait  cédée,  en  garantie  d'une 
somme  prêtée  par  le  comte. 

Lorsque  les  princes  protestants  signalèrent  à  ce  monarque  les  actes  de 
cruauté  commis  le  25  mars  1543  par  le  comte  d'Aumale,  Franroi'<  I  Unir 
répondit,  le  27  mai,  que  c'était  une  calomnie  de  î'urstemberg;  «  casfellum 
Gorsam  suse  ditionis  esse...,  certis  conditionibus  Fursfembergio  traditum  : 
quibus  ab  illo  infractis  turbarum  occasio  enata  sit,  sibi  verô  juris  Regii 
tuendi  nécessitas  incubuerit  »  (Seckendorf,  III,  399). 

®  François  de  Lorraine,  comte  d'Aumale,  ou  son  père  le  duc  de  Guise, 
avait,  disait-on,  promis  deux  cents  couronnes  à  celui  qui  égorgerait  Farel 
(S"  1222,  p.  328). 

*"  Ni  les  Chroniques  me-^sines  ni  Farel  ne  donnent  ce  détail,  qui  a 
passé  d<'  la  présente  lettre  dans  le  récit  de  Seckendorf  (III,  400),  mais 
à  tort. 

^^  Les  Chroniques  messines  mentionnent  «  une  de  ces  bourgeoises, 
nommée  Barbe,  la  revenderesse,...  avec  sa  chambrière.  »  Elles  furent  laj)i- 
dées  et  poussées  au  fond  de  l'eau,  <•  près  du  pont  de  Joiey  ■>  (Jouy-aux- 
Arches,  à  10  kii.  N.-E.  de  Gorze)  par  des  gens  de  la  ville  d'Aiicey  (Ancy- 
sur-^Ioselle). 


308  GUILLAUME  DE  FURSTEMBERG  AU  CONSEIL  DE  BERNE.  154^^ 

hommes.  Un  certain  nombre  de  bourgeois  messins,  hommes  et 
femmes,  auraient  péri  s'ils  ne  s'étaient  pas  réfugiés  jusque  sur  les 
ponts[-levis]  près  de  notre  château.  Ils  ont  été  sauvés  et  recueillis 
dans  la  forteresse  par  notre  garnison,  qui  tirait  à  outrance  sur 
les  Français  et  les  Lorrains.  De  plus,  quelques  bourgeois  de 
Metz  qui  avaient  été  indignement  blessés  et  qui  avaient  su  se 
tirer  du  danger,  les  ennemis  les  ont  poursuivis  et  immédiate- 
ment pendus  aux  arbres,  tout  près  de  la  ville  de  Metz.  Item,  ils 
ont  assommé  et  tué  ceux  qui,  le  jour  suivant,  s'étaient  réfugiés 
dans  les  villages,  et  de  même  ensuite  ils  ont  infligé  beaucoup 
d'outrages,  le  jour  de  Pâques  et  le  lundi,  à  ceux  qui  sont  sortis 
de  la  forteresse  afin  de  parlementer  avec  eux,  et,  au  lieu  de  tenir 
la  foi  jurée,  ils  ont  tiré  sur  eux  et  les  ont  faits  pi'isonniers  et 
emmenés.  Cependant  les  nôtres,  tnalgré  leur  mousqueterie  et  la 
bravoure  qu'ils  ont  déployée,  n'ont  pu  rester  ni  dans  la  for- 
teresse, ni  dans  le  bourg,  ni  dans  les  rues,  ni  dans  les  maisons, 
où  les  ennemis  ont  encore  recherché  ceux  de  Metz;  et  ils  ont  dû 
évacuer  le  lieu  avec  perte  '^  Ajoutons  que,  relativement  à  M' de 
Oiiise,  qui  sur  ces  entrefaites  se  tenait  et  se  tient  encore  à  Pord- 
à-Mousson,  ville  du  duc  de  Lorraine,  nous  avons  dû,  écrivant  à 
la  hât(\  négliger  plusieurs  détails  que  vous  recevrez  de  nous 
prochainement. 

Donné  à  Strasbourg,  le  jeudi  après  Pâques,  Tan,  etc.,  qua- 
rante-trois. 

'^  «  Sept  ou  liuit  bourgeoises  furent  prises  et  eiinienées  au  Font  à 
Mousson.  Les  maris  d'aulcunes  de  ces  femmes  estoient  au  d.  lieu  de  Gorze, 
qui  estoient  bannis  hors  de  la  cité  pour  la  paroUe  de  Dieu.  »  (Chroniques 
mess.  —  Voyez  le  N"  1222,  note  36). 

'8  Le  28  ou  le  29  mars  (X"  1222,  n.  46).  Dans  sa  lettre  du  .31,  le  comte 
Guillaume  dit,  par  erreur,  que  la  forteresse  de  Gorze  tient  encore. 

«  Peu  de  temps  après,  environ  quinze  jours  ou  trois  semaines,  vinrent 
les  Bourguignons  en  la  d.  ville  de  Gorze,  de  force,...  et  jirindrent  le  chas- 
teaul  d'assault;  et  y  avoit  encor  des  François  dedans...  avec  aulcuns  des 
d.  bourgeois  de  Mets,  qui  s'estoient  mis  à  refuge  là  dedans.  Tonttesfois  ilz 
se  rendirent...,  leurs  baignes  [1.  bagues]  saulves,  et  furent  laschés.  Mais... 
les  d.  Bourguignons  pillèrent  tout  ce  qui  estoit  en  la  ville...  et  fut  force 
aux  bourgeois  de  sortir  hors  la  ville.  »  (Chroniq.  cit.) 


•1543  GUILLAUME  DE  FURSTEMRERG  A  SON  AMBASSADEUR  EN  SUISSE.    309 


GUILLAUME  DE  FURSTEMBERGà  soii  ambassadoui'  en  Suisse. 
(De  Sliasbourg)  31  mars  1543. 

Inédite».  Mamiscrit  original.  Arch.  de  B(>rno.  ('opio 
communiquée  par  M.  R.  de  Sinncr. 

(traduit  de  l'allemand) 

Voici  les  choses  dont  notre  ambassadeur'  doit  informer  ora- 
lement les  villes  de  Bâle  et  de  Berne. 

D'abord  leur  adresseï-  notre  amical  salut  et  les  assuinu-  de 
notre  bon  vouloir  empressé.  Et  [dire]  ensuite  :  Il  est  arrivé  l'an- 
née dernière.  1542,  qu'un  prédicant,  nommé  le  Docteur  Guil- 
laume  Farel,  ministre  de  l'église  de  Neuchâtel  et  bourgeois  de 
€ette  ville,  a  été  requis  par  quelques  personnes  de  la  cité  impé- 
riale de  Metz  d'y  i)rêclier  le  saint  Évangile  -,  Et,  ainsi  que  cela 
avait  déjà  en  lieu  à  Metz  quelques  fois,  grâce  an  consentement 
de  ceux  de  Neuchâtel,  qui  y  avaient  envoyé  [un  prédicateiir'^], 
Farel  s'y  est  transj^orté.  Mais  comme  le  monde  ne  veut  point 
su])i)orter  la  vérité  divine,  ce  })rédicateur  a  dû  s'éloigner  de 
Metz,  et,  sa  vie  n'étant  pas  en  sûreté  dans  la  contrée.  Nous, 
Guillaume,  comte  de  F?irstemhery,  etc..  —  ])0ur  riionneur  de 
Dieu  et  par  amour  pour  la  sainte  Parole,  et  aussi  afin  de  remlre 
un  service  amical  à  la  Loua])le  Confédération,  attendu  que  Farel 
nous  a  prouvé  qu'il  était  bourgeois  de  Berne'*,  —  nous  l'avons 
recueilli  dans  notre  château  de  Gorze,  où  nous  l'avons,  avec 

^  C'était  «  son  cher  et  féal  Philippe  Hosen,  »  qu'il  accrédita  auprès  du 
Conseil  de  Berne  ])ar  un  l)ill(>t  daté  du  ol  mars  et  sitrné  de  sa  main  (Arch. 
bernoises). 

^  Olivier  Perrot  (manuscrit  cité)  dit  aussi  quf  Farel  fut  «  appelé  »  à 
INIetz. 

^  Jean  Courfoi-^  et  Jacques-  le  Coq,  lesquels  avaient  prêché  à  Metz 
avant  Farel,  n'étaient  ])()iMt  i)asteurs  dans  le  comté  de  Neuchâtel. 

•*  Guill.  Farel  ne  pouvait  avoir  le  titre  de  bourgeois  de  Berne  qu'en  sa 
qualité  de  bourgeois  de  Bien  ne  et  de  Neuchâtel  (IV,  45?).  —  Boyve. 
Annales,  II,  313). 


310     GUILLAUME  DE  FURSTEMBERG  A  SON  AMBASSADEUR  EN  SUISSE.   1543 

l'aide  de  Dieu,  protégé  jusqu'à  présent  contre  toute  violence. 
Nous  l'avons  aussi  dès  lors  autorisé,  comme  de  raison,  à  prêcher 
le  salutaire  Évangile  et  à  distribuer  les  saints  sacrements  :  ce 
dont  il  s'est  acquitté  chrétiennement  ])endant  un  certain  temps. 

Or,  le  jour  de  Pâques  dernier,  près  de  trois  cents  personnes, 
hommes  et  femmes  de  Metz,  sont  venus  à  Gorze,  qui  en  est  dis- 
tant de  deux  meïlen,  pour  y  recevoir,  selon  l'institution  de  notre 
Seigneur  et  Sauveui-,  la  sainte  Cène,  qui  y  a  été  en  effet  célébrée. 
Et  comme  ils  prenaient  ensuite  leur  repas,  dans  l'intention  de 
retourner  à  la  prédication  jjour  l'heure  de  midi,  le  fils  du  duc 
de  Guise,  accompagné  d'un  grand  nombre  d'hommes  à  cheval, 
est  tombé  sur  notre  bourg  de  Gorze.  Il  a  exigé  l'ouverture  de  la 
forteresse  et  la  reddition  du  prédicaiit  :  ce  que  nos  gens  de  la 
garnison,  bien  qu'ils  soient  encore  rudement  et  rigoureusement 
assiégés,  ont  refusé  jusqu'à  présent  de  faire  ^ 

En  outre,  et  le  même  jour,  ils  ont  infligé  aux  bourgeois  de 
^lotz,  hommes  et  femmes,  les  traitements  tyranniques  et  anti- 
chrétiens qui  sont  décrits  dans  la  pièce  ci-jointe"  d'après  un 
raj)port  digne  de  foi. 

A  raison  de  toutes  ces  circonstances,  et  vu  la  situation  de 
votre  bourgeois  et  les  actes  honteux  et  déplorables  perpétrés 
contre  les  Messins,  il  nous  paraît  que  la  Louable  Confédération, 
étant  un  État  chrétien,  ce  serait,  de  sa  part,  une  action  néces- 
saire et  chrétienne  d'en  écrire  sérieusement  aux  cantons  et  à 
leurs  alliés,  et  de  la  manière  la  plus  instante,  en  indiquant  ce 
(|ue  l'affaire  exige,  ainsi  que  nous  espérons  de  vous  tout  bon 
résultat  consolant. 

Fait  le  dernier  jour  de  mars,  l'an,  etc.,  quarante-trois. 

Guillaume,  comte  de  Furstemberg  '. 

^  Ce  détail  prouvo  que,  le  31  mars,  jour  où  le  comte  Guillaume  dictait 
les  présentes  instructions,  Farel,  fugitif  de  Gorze,  n'était  pas  encore 
arrivé  à  Strasbourg. 

8  N"  1216. 

'  L'ambassadeur  du  comte  Guillaume  se  présenta,  le  lundi  9  avril,  devant 
le  Conseil  de  Berne,  et,  a])rès  avoir  lu  ses  instructions,  il  ajouta  :  Les  gens 
de  guerre  ont  rendu  le  cluiteau  [de  Gorsé],  mais  on  les  a  laissés  se  retirer  ; 
et,  comme  pendant  la  retraite,  les  Français  ont  voulu  s'emparer  de  Farel, 
les  gens  de  guerre  se  sont  mis  en  défense  et  défendus  de  telle  sorte,  qu'ils 
ont  tiré  de    là  Farel,    qui  est  maintenant  .à  Strasbourg .  —  On    lui   a 


iS43     LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  AU  CONSEIL  DE  METZ.      31  1 


1218^ 

LE  CONSEIL  DE  STRASBOLUG  au  Gonseil  de  Metz. 
De  Strasbourg,  5  avril  1543. 

Meurisso,  op.  cit.,  p.  83-86  '. 

Honorables,  liion  aymoz  et  bons  amys,  Salut. 

Après  avoir  considéré  avec  les  Conseilliors  des  Princes  et  des 
Villes  et  les  nostres,  les  difficultés  et  noises  qui  sont  entre  l'il- 
histre  Seigneur,  le  Seigneur  Guillaume,  Comte  de  Furstemherg, 
et  qiielqiies  personnes ])artimdih-es  de  devers  vous,  avec  comman- 
dement d'y  travaill(>r  sérieusement  et  avec  diligence,  et  faire  ce 
qu'il  seroit  possible  jjour  Tadvancement  de  l'honneur  de  Dieu 
et  pour  la  prospérité  et  utilité  de  vostre  ville  de  Metz,  comme 
nous  vous  avons  mandé  cy-devant  par  escrit,  —  nos  députés  et 
envoyez,  à  leur  retour,  nous  ont  fait  entendt^e  ce  qui  s'est  passé, 
mesme  ce  ciui  a  esté  ordonné,  et  particulièrement  que  vous  avez 
accordé  à  vos  Bourgeois  la  demande  qu'ils  faisoieyd  d'avoir  une 
Église  pour  y  presclier  la  parolle  de  Dieu  ^,  et,  en  ce  cas,  que 
vous  vous  estes  comportez  avec  une  affection  juste  et  raison- 
nable ;  et  pour  Vautre  chef,  concernant  vos  Bourgeois  déchassez  et 
la  somme  d'argent  demandée  sur  vos  Ecclcsiastiques  X)ar  le  dit 
Comte,  que  vous  l'avez  mis  en.  arbitrage^.  Nous  avons  entendu 

répondu  :  Cette  afKiire  cause  un  très  grand  chagrin  à  mes  Seigneurs.  Ils  y 
penseront  et  feront  volontiers  ce  qui  sera  convenable;  mais  ])uisque  le 
Comte  veut  les  renseigner  ultéricureinent,  ils  attendront  ses  coinniuiiica- 
tions.  (Manuel  du  d.  jour.  Trad.  di'  l'ail.) 

A  ce  sujet,  il  y  eut  plusieurs  lettres  échangées  entre  le  comte  Guillaume, 
d'un  côté,  et  les  Conseils  de  Bâle,  de  Berne,  de  Zurich,  de  l'autre,  et  aussi 
entre  ces  Conseils  eux-mêmes.  Mais  il  ne  parait  pas  que  ces  pourparlers 
aient  abouti  à  une  démarche  faite  en  commun,  soit  auijrès  du  roi  de 
France,  soit  auprès  du  duc  de  Guise. 

*  Note  de  l'auteur,  à  la  marge  :  «  Le  ))i-opre  original  l'u  Allemand  est 
entre  les  mains  du  sieur  di-  Mercure.  » 

^  Voyez  le  résumé  de  la  conventimi  du  Kl  mars  154o  (N"  121G,  n.  2). 

*  Ces  deux  autres  réclamations  furent  examinées  le  21  mai  à  Strasbourg 
j)ar  les  députés  de  Metz  et  ])ar  ceux  des  Princes  allemands.  Le  pratocole 


/■ 


312      LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  AU  CONSEIL  DE  METZ.     1548 

cela  avec  contentement,  attendu  (ju'il  regarde  et  concerne  la 
paroUe  de  Dieu,  avec  cela  aussi  la  bonne  affection  qu'avez  envers 
les  nostres  et  les  autres  de  nostre  Confédération  :  de  quoy  nous 
vous  remercions  bien  affectueusement,  vous  asseurants  entière- 
ment que  la  suitte  ne  vous  apportera  et  à  toute  vostre  Ville  qu(» 
du  proutïit,  tant  ])0ur  le  salut  des  âmes  que  pour  la  manuten- 
tion d'une  bonne  union  entre  les  Bourgeois,  puisque  c'est  une 
œuvre  aggréable  à  Dieu. 

Nous  ne  vous  cellerons  pas  aussi  ce  qui  i)résentement  est  par- 
venu à  nostre  connoissance,  qu'outre  le  misérahle  accident  qvi 
est  arrivé  et  survenu  à  des  imuvres  CJirestiens,  vos  Bourgeois, 
estans  à  Oorze*,  qu'il  y  a  quantité  de  cavalliers  qui  rôdent  aux 
environs  et  à  l'entour  de  vostre  Ville,  rençonnans  les  Bourgeois 
qui  entrent  et  sortent  d'icelle,  et  que  tous  ceux  qui  sont  affec- 

de  leur  conférence  a  été  partiellement  recueilli  en  français  (Arch.  de 
St.-Tlîomas  à  Strasbourg),  et  les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  l'ont  publié 
dans  leur  tome  XI,  p.  555-557.  Nous  en  donnons  un  extrait,  en  rétablissant 
çà  et  là  l'orthographe  de  l'époque. 

Les  députés  de  Metz,  sous  réserve  de  l'approbation  de  leurs  supérieurs, 
accordent  «  que  les  treize  bannis  soient  receus  dedans  la  ('ité...  de  jiar  le 
Conseil   franchement  à   leurs    honneurs,    offices    et   charges,    esquels    ils 
estoient  au]iaravant.  Et  ne  leur  doit-on  ])orter  dommaige  nullement,  ne 
blessure  de  leurs  honneurs,  estât,  ou  à  leur  lignée,  de  ce  qu'ils  s'en  sont  allés 
au  sermon  de  la  parolle  de  Dieu.  »  —  «  Puis  que  le  Conseil  de  Metz  est 
tenu  de  faire  prescher  V Évangile  tout  franchement  à  jNIets,  sans  aulcun 
empeschement,  ainsy  que  le  premier  départ  [celui  du  16  Mars,  N"  1216, 
n.  2]  faict  au  dit  lieu  de  Metz  contient,  veu  donc  que  la  place  que  l'on 
leur  a  donnez  est  trop  petite,  et  que  pour  satisfaire  à  une  telle  commu- 
nautez  une  seule  personne  n'est  point  suffisante,  et  que  une  chacune  église 
pour  l'administration  des  sacrements  doit  avoir  ses  ministres  suffisants,... 
il  ne  doit  estre  contre   le  Conseil  de  Metz  de  faire  ordonner  plaice  et 
église  plus  convenante  et  suffisante,  Et  avec  ce  dussent  [estre]  trois  per- 
sonnes et  aultres  personnages  assez  suffisants  à  l'administration  des  sacre- 
ments et  aultres  ordonnances  de  l'église.  »  —  «  Que  le  prescheur  papistique 
nommé  Carolus...  soit  ostez  de  prescher.  Et  s'il  ne  leur  ]ilaisoit  de  le  faire 
taire,....  qu'il  faice  doncque  tant  avec  le  d.  Caroly  qu'il  mainteigne  ce  qu'il 
ait  preschez.  Et  qu'il  donne  raison  de  ses  blasplièmes,  et  que  ceulx  qu'il 
ait  accusez  soient  ouys.  »  —  «Et  doit  une  chacune  partie,  dedans  xiiii  jours 
après  la  date  du  départ,  escripvre  et  asseurer  le  Landgrave  de  Hessen  et 
Messieurs  de  la  cité  de  Strasbourg  sy  les  ditz  moiens  leurs  sont  accep- 
tables ou  non.  Escript  le  xxi  jour  de  May  1543.  »  (Voyez  la  lettre  de  Metz 
du  1"  juin  au  Conseil  de  Strasbourg.  N"  1242.) 

*  Vove/.  les  li'ttri's  du  2i).  du  31  mars,  et  celle  de  Farel  du  20  avril. 


1543     LE  CONSEIL  DE  STRASBOlRo  AU  CONSEIL  I)K  METZ.      3  1  ;{ 

tioniK'z  à  rÉvaii.uilc  se  trouvent  dénommez  particulièi-enient  en 
leur  billet,  et  qu'ils  les  prennent  et  emmènent,  laissant  i)asser 
librement  les  autr(>s.  Avec  cela  (luil  v  a  h  h  Prédicateur'  ordonné 
en  vosfre  Ville,  lequel  ixir  sa  prédication  ccdançje  et  hlasme  ceux 
qui  sont  du  2)((i'tl/  de  l'Évangile  et  les  injurie',  ce  qui  cause  des 
dissentions  et  castilles  entre  les  Bourgeois,  et  fait  grandement 
soubçonner  que  cela  se  fait  à  Tinstigation  des  susdits  PiCclésias- 
tiques.  Ces  actions  sont  non-seulement  contre  l'honneur  de  Dieu 
H  esmeuvent  son  ire  et  de  suitte  sa  vengeance,  mais  encoi-.  si  l'on 
ny  donne  ordre  et  si  l'on  n'y  appoi-te  ([ueUiue  remède,  l'onpour- 
roit  justement  et  raisonnal)lement  i)rocédei'  envei-s  les  contra- 
riants. Et  d'autant  que  ce  sont  des  tribulations,  calamitez  et 
fascheries  que  l'enragé  Sathan  oppose  aux  enfans  de  Dieu  jjour 
les  destourner  de  sa  doctrine  et  connoissanc(\  (>lles  pourront 
estre  empeschées  fort  facilement  par  la  ])uissance  Divine  et  par 
une  constance,  veu  que  d'elles-mesme  elles  peuv(Mit  tomber  en 
ruine. 

Nous  n'avons  peu  nuuKpier  derechef  pour  la  bonne  attection 
Chrestienne  et  voisinage  que  nous  avons  dès  long-temps  con- 
tracté avec  vous,  de  vous  advertir  de  ces  choses,  et  avec  une 
sincère  et  Chrestienne  affection  vous  admonester  et  i)rier  affec- 
tueusement vouloir  constamment  demeurer  et  persévérer  en  ce 
que  vous  avez  commencé,  concernant  le  service  de  Dieu  :  d'user 
de  toutes  les  voyes  (^t  moyens  que  vous  trouverez  et  jugerez 
plus  à  propos  en  cette  affaire,  à  ce  que  telle  opi)ression  faicte  aux 
Chrestiens  innocents,  ])ar  vos  Bourgc^ois  puisse  estre  empeschée 
et  réprimée;  pareillement  aussi  d'insister  aujjrès  et  envers  les 
Ecclésiastiques  qu'ils  se  [déjportent  de  buirs  actions  et  (pi'ils 
ayent  à  congédier  leurs  Prédicateurs  qui  i)resch(>nt  contre  les 
partisans  de  rÉvangil(\  ou  du  moins  qu'ils  se  déjjortent  de  leurs 
mesdisances  et  calomnies,  et  ne  donnent  aucun  sujet  de  troubles 

^  Allusion  à  Pierre  Caroli.  ]\Ioiirisso  ffardo  à  son  sujot  un  siloiirc  ])rn- 
dciit;  mais  il  vante  d'autant  ])lus  (p.  82)  un  autre  prédicateur  :  <■  Ce  docte 
personnage  de  l'ordre  des  Pères  C'ordeliers,  nommé  Fidelis.  qui  a  voit 
un  peu  rabattu  le  caquet  de  Fnrel  à  Gorze,  ])reschoit  alors  dans  la  cathé- 
drale de  Melz  avec  un  tel  succès,  que  non-seulement  il  contenoit  ceux  qui 
n'estoient  point  eucor  pervertis....,  mais  mesmes  il  reniettoit  tous  les  jours 
dans  le  bon  chemin  quel(iues-uns  de  ceux  qui  s'en  estoient  esgarez.  Les 
Luthériens  en  crevoient  de  dépit,  etc.  » 


314  LE  CONSEIL  DE  METZ  AU  CONSEIL  DE  STRASBOURG.  1543 

et  clisJ^entions,  et  de  vous  comporter  en  tout  cela  courageuse- 
ment, pour  radvancement  de  la  gloire  et  honneur  de  Dieu  et 
pour  le  proffit  et  utilité  de  vous  et  de  vostre  Ville  et  de  vos  Bour- 
geois, comme  une  justice  qui  ayme  Dieu  se  doit  monstrer  et 
comporter.  Dieu  vous  aydera  à  accomplir  cela  pour  son  honneur 
et  pour  vostre  prosj^érité.  Que  si  les  Électeurs,  Princes  et  Estats 
de  nostre  union  Chrestienne,  et  nous  avec  eux,  vous  pouvons 
assister  de  conseil  et  consolation,  cela  (comme  nous  espérons 
entièrement)  ne  manquera  en  façon  que  ce  soit.  C'est  ce  que 
nous  n'avons  pu  vous  dissimuler  ny  celer,  comme  à  nos  bons 
amis  et  voisins,  et  à  une  Ville  ancienne  et  Impérialle,  laquelle 
Dieu  Tout-])uissant  vueille  conserver  à  son  honneur  en  toute 
prospérité.  Donné  le  Jeudi  5  Avril  de  l'an  1543. 

Les  Commissaires  de  la  guerre  de  la  ville  de  Strasbourg 

NOMMEZ  LKS  TrEIZES. 


1219 

LE  CONSEIL  DE  METZ  au  Consell  de  Strasbourg. 
DeMelz,9avrill5i3. 

Meurisse,   op.   cit.,   p.   86. 

Aux  honnorables,  saiges,  nos  singuliers,  chiers  et  bons  amis  les 
Treizes  ordonnez  de  la  guerre  en  la  Cité  de  Strasbourg,  les 
Maistre  Eschevin  et  Treizes  jurez  de  la  Cité  de  Metz,  amour  et 
dilection. 

Nous  avons  receu  vos  lettres  en  datte  du  cinquième  de  ce  pré- 
sent mois,  du  contenu  desquelles  vous  tenons  recors,  vous 
remerciant  amiablement  en  premier  lieu  du  bon  vouloir,  affec- 
tion et  admonitions  démonstrées  en  icelles  vos  lettres.  Sur  quoy 
vous  faisons  sçavoir  qu'à  nostre  gros  regret  ne  voudrions  endur(n' 
qu'on  fît  aucun  tort  à  nos  Bourgeois  et  sujets,  ains  les  maintenir 
en  leur  liberté  et  franchise' .  Pourroit  estre  qu'on  les  arreste 

'  3DL  (le  Metz  se  gardent  liien  de  faire  allusion  à  ceux  de  leurs  boiu-- 
geois  tués  ou  maltraités  à  Gorze,  le  25  mars  et  jours  suivants. 


1313      GASPARD  DE  HEU  A  GtILLAL.ME  FAREL  [A  STRASB01Rg|.         315 

aucune  fois,  à  raison  que  sommes  sur  tVontière;  mais  nous,  ad- 
vertis  de  ce,  faisons  j)Oursuittes  de  les  ravoir,  et  ne  sont  seule- 
ment arrestez  (saulves  toutes  honneurs)  ceux  (lui  sont  appétans 
la  sincère  ])arolle  de  Dieu,  comme  escrivez,  ains  aussi  autres 
qu'appeliez  contraires  et  adversaires,  indifféremment.  Quant  au 
Prescheur  que  dictes  estre  en  cette  \'ille  ])rescliant  chose  con- 
traire à  icelle  Évangih^  -,  ne  voudrions  endurer  bonnement  de 
nostre  part  que  chose  fût  preschée  contrevenante  à  icelle.  Nous 
avons  tousjours  remonstré  et  ])rié  à  nos.jjrédicants  dès  loing 
temps  ne  vouloir  ce  faire;  autrement,  y  voudrions  donnei- ordre 
et  provision  raisonnable.  Ce  sceit  le  benoist  Créatcnir,  que 
prions  à  vous,  chiers  et  bons  amis.  [il|  doint  l'entier  de  vos 
désirs.  De  Metz,  ce  9.  d'Avril,  l'an  154o. 


1^20 

GASPARD  DE  HEU*  à  GuUlaume  Farel  [à  Strasbourg.] 
De  Metz,  10  avril  1543. 

Inédite.  Autogr.  Collection  Lutteroth.  Bil)l.  du  Protestantisme 
français.  Copie  communiquée  j)ar  M.  Théoj)hile  Dufour. 

Monsieur  maître  (niiglame,  je  suy  étez  bien  aize  de  ce  que  j'aie 
entendus  que  vous  vous  porty  bien,  et  que  aulchunne  oultraige 
ne  vous  avoit  étez  faict  aux  lieux  de  Goze.  Je  vous  asseure  que 
je  suy  bien  aultant  vostre  amis  que  se  les  gens  de  mon  dict  sei- 
gneur Cont[e\  eust  encors  tenus,  alors  que  j'étoie  du  retours  de 
Strahours,  où  que  j'avoie  allez  serchiers  aidz  et  secours,  [étant 
résolu  ]  d'y  (>xposers  corps  et  bien  -.  Aussy  étoient  tous  les  frers 

^  Pierre  Curoli.  Selon  Meurissf,  p.  8o,  c'était  Fideli.s  {'S"  1218,  ii.  ôj. 

^  L'ancien  maître-échevin  de  Metz,  déjà  mentionné  plusieurs  fois.  Même 
en  tenant  compte  des  provincialismes  des  Messins,  on  est  surpris  de  son 
pitoyable  français. 

^  Nous  snpjiosons  qu'il  vent  dire  :  J'ai  bien  autant  d"aniitié  jmnr  vous 
qu'en  auraient  montré  les  gens  du  comte  GniWmme  de  Fursttinljcrg,  s'ils 
eussent  tenu  lion  à  Gorze  jusqu'au  moment  où  j'étais  de  retour  à  Metz,  et 
tout  disposé  à  vous  secourir. 


316        GASPARD  DE  HEL  A  GUILLAUME  FAREL  [a  STRASBOURG.]       1543 

par  deçà  en  telle  délibération  contre  ses  méchant,  ])ire  que 
Turcque. 

Je  vous  avize  que,  sen  Messieurs  les  Protestant,  n'y  métré 
ordre,  veuz  les  grand  obrobre  quMlz^  ont  faict  et  font  journelle- 
ment. Je  ne  scez  se  que  j'an  doie  panssère,  se  en  cet  foy  ne  font 
leurs  debvoire,  et  aussy  tous  les  adversaire  de  Jésucrist  critz  [1. 
crient]  journellement  :  «  Où  e\s]t  leurs  Dieu  quilz  ont  tant  invo- 
qués ?  »  J'étoie  en  délibération  dn  me  transporters  jusque  à 
Strahourg,  mais  j'aie  receu])t  une  lettre  de  Messieurs  de  Stra- 
hourg,  lesquelz  me  conseigle  aux  contraire,  i)our  la  consolation 
de  tous  les  frers  de  i)ar  deçà,  combien  que  journellement  suy  en 
gran  basart  de  ma  personne,  comme  vous  pouvez  bien  attendre  ^ 
Les  Françoy  sont  en  délihération  de  me  venirs  aujourd'huy  hrû- 
lers  tous  mon  bien  et  de  tous  mes  ])uavre  sonhjet^.  Quant  en  mes 
bien,  je  vous  asseure  que  je  en  aie  bien  peux  de  soucy;  mais  s'on 
me  tient  se  que  on  m'at  promis,  vous  orés  nouvelle,  avec  Faidz 
de  Dieu,  que  Jaspar  de  Heux  n'é  point  encors  mors. 

^lonsicui-.  ajjrès  moy  avoire  recommandez  très  humblement 
à  vous  et  à  tous  les  frers,  je  vous  prie  tenirs  la  main  envers 
Messieurs  de  Strahourg  qui^  assistence  me  soit  faict,  veu  et 
attendus  qu'ilz  ont  écript  en  cet  citez,  qu'ils  ont  cherge  de  che- 
tiers  ceux  qui  eux  dist  luterin  ^  Je  prie  nostre  Seigneur  Dieu 
vous  donners  joïssemcnt  et  accomplissement  de  tous  vos  bons 
dezire.  De  Mets,  ce  mardi  ensuivant  de  Misericordia  ',  xv^sliii. 

Je  dezireroie  bien  de  jjarlers  à  Jaspar  Gamaut  et  à  Jehan 
Pière  Martin  et  à  Querquinne^,  pource  que  je  suy  délibérez  de 
plustôt  morire  ou  me  vangière  de  ceux  lesquelz  je  susnommé  ^ 
et  scez  en  la  veritez  qu'ilz  ont  étez  cauze  de  cet  obrobre  en  nous 
avoire  étez  faict,  et  pour  ce  vouldroie  bien  attendre  hnirs  vou- 
loire  e[t]  quelle  sort  nous  vouldroient  commanssers. 

Le  touts  vostre  et  migleurs  amis 
Jasp.  DE  Heu. 

'  C'est-à-dirp,  les  soudards  du  duc  de  Guise. 
*  Lisez  :  entendre. 

^  Gaspard  de  Heu  possédait  plusieurs  seigneuries  autour  de  Metz. 
®  Charge  de  châtier  ceux  qui  les  a]i])ellent  Luthériens. 
''  Le  dinianclie   appelé    Misericordia    Domirii   est    le   deuxième   après 
Pâques,  fête  qui  tomba  sur  le  25  mars  en  1.543. 

^  Gaspard  Gamaut,  Jean-Pierre  Martin  sont  déjà  connus  (X"'  1123, 


loi:}  JKAN  CALVIN  A  COMlAlt  l'ELLICAN,  A  ZURICH.  317 

Monsieur,  je  croy  que  vou^  ii'ouljlircz  point  de  faire  mes 
recommandation  à  Messieurs  de  Strahoun/  et  Monsieur  H((i/- 
dernalque^^\  Vous  ore/  ])ientôt  (1(>  mes  nouvelle.  Et  seniant(>- 
meiit  "  Monsieur  le  docteur  soit  avertis  de  tout  :  a[u|(iuel 
grandement  ni(^  reconimanderés. 

(Siiscriiitioii  :)  A  monsieur  maître  (Juiglame,  jjrècheur  de  la 
sainct  évangile,  etc. 


.JEAN  CALVIN  à  Coiirad  Pellican,  à  Zurich. 
De  Genève,  18  avril  1543. 

Minute  orig.  Bi])l.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  loii.  ("alv.  ()j)|). 

XI,  .527. 

S.  Aliquanto  seriùs  tibi  rcspondeo  :  quia  priùs  de  lïbris  quos 
petehus^  volebam  certi  aliquid rescire,  quod  tibi  referreni.  Xuiu- 
intellexi,  nondum  fuisse  impressos.  Si  quando  im])rimi  contige- 
rit,  curabo  diligentci-  ut  prima  quaque  occasione  recipias. 
Officia  mea,  quacunque  in  re  til)i  usui  esse  poterunt,  pluribus 
verbis  non  otf(n'o  :  quia  j)uto  te  satis  persuasum  esse,  nihil  fore 
mihi  gratins,  quàm  sicul)i  liceat,  meain  ei'ga  te  benevolentiam 
et  observantiam  veris  experimentis  testari.  Caeterùm  quia  scri- 
bebas,  Buïï'nigerum  mecum  exequi  literis  qu;e  ad  publicas 
Ecclesia'  rationes  i)ertinerent,  miratus  sum  quî  factum  esset,  ut 
eâe  non  siniul  allatae  essent.  Jam  verô  cum  satis  multis  diebus 

1164).  Jean  Carquien,  Vnu  des  exilés  de  Metz,  en  janvier  1543,  repaiaitra 
plus  d'une  fois. 

®  Allusion  à  ceux  des  Catholiques  de  Metz  qui  avaient  excité  le  duc  de 
Guise  à  assaillir  traitreusenieut  les  Evaiigéliques  nicssins  à  Gorze,  le 
2.5  mars  et  jours  suivants. 

^°  Le  fameux  médecin  Jean  Gulnther  ou  Gunther,  natif  iV Andernneh 
dans  l'électorat  de  Cologne,  mort  à  Strasbourg  en  1574.  Il  s'était  fait  con- 
naître à  Paris,  où  il  avait  travaillé  longtein])s  sur  l'anatomie  (Voy.  Nicéron, 
t.  Xn,  XX.  —  Lenglet  du  Fresnoy.  Tablettes  chroiiol.  II,  «îi):-}). 

"  Lisez  :  signantement  (spécialement).  Cette  dernièri'  ])lirase  jiarait 
écrite  d'une  autre  main. 


318  JEAN  CALVIN  A  CONRAD  PELLICÂN,  A  ZURICH.  1543 

eïapsis  iiullae  secute  sint,  aiit  qiias  scripsit  intorcidisse  oportet. 
aut  consiliiim  mutasse.  Utinain  verô  fecisset  quod  statuerat,  ne 
eximio  voliiptatis  friictu,  quem  inde  percipere  poteram,  priva- 
tus  essem.  Eogal)is  tanien  eiim  veliementer  meo  noinine,  ut  si 
quando  illi  per  suum  comniodum  licuerit,  hoc  mihi  beneficium 
prœstet.  Hal)et  enim  forsan  de  quibus  me  admoneri  expédiât. 

De  Farello  quod  vobis  relatum  est^,  adeô  mihi  non  est  credi- 
bile,  ut  vel  capitis  mei  periculo  spondere  ausim,  nunquam  taie 
quid])iam  illi  excidisse  ^  Scio  enim  ut  vos  amet  ac  revereatur. 
Et  certè  ipsa  verhorum  atrocitas  satis  hono  argumento  esse 
potest,  quàm  voua  sit  illa  delatio.  Si  vos  leviter  et  citra  gravio- 
rem  contumeliam  i)erstrinxisse  diceretur,  permitterem  aut 
fidem  habere,  aut  aliquid  suspicari,  donec  se  purgasset.  Nunc 
verô  quale  monstrum  est,  eum  qui  sem])er  fuerit  vobis  conjunc- 
tissimus,  qui  vos  hodie  amet  ac  colat,  ea  probra  in  vos  evomuisse 
quœ  inter  capitalissimos  hostes  extrema  forent  V  Tuum  igitur 
erit,  sanctissime  vir,  sinistram  hanc  sus])itionem  ex  fratrum  nos- 
trorum  cordibus  penitùs  eximere.  Praeterquam  enim  quodinhu- 
manum  est,  et  alienum  ab  omni  ratione,  hominem  inauditum 
damnari.  injuriam  certè  faciunt  Farello,  dum  talem  eum  non 
agnoscunt  qualem  semper  sunt  experti.  Ergo  hanc  de  nihilo 
natam  malevohnitia?  radicem,  antequam  ulteriùs  pullulet,  omni 
studio  et  conatu  extiri)a,  ne  sathanœ  detur  occasio  quam  captât. 
Si  FareUus  Neocomi  esset,  non  fuissem  j^cissus  tamdhi  cessare, 
qidn  diligenter  se  pnrgaret,  usque  ad  solidam  satisfactionem. 
Nunc  autem  donec  nohis  certo  consUterit  incolumem  èfaucihus 
niortis  evasisse\  Dominum  rogahimus,  lit  eum  nohis  quàm  pri- 
mùm  restituât  :  ut  aliquando  faciat  quod  erat  primo  die  factu- 
rus,  si  adfuisset. 

Est  etiam  aliud  de  quo  ad  te  ut  scriberem  rogatus  sum  a 
Bernardino  nostroK  Nohis  enim  fuit  indicatum,  cujusdamfra- 
tris,  qui  ex  ejus  sodalitio  fuerat,  stultitia  fuisse  factum,  ut 
istic*^  nonniJiil  suspectas  sit,  quasi  aut  de  trinitate  aut  de  Cltristo 

'"^  Voy.  lii  lettre  de  Pellican  du  3  mars. 

^  La  i)hrase  suivante  :  «  Quàm  enim  smit  illa  atrocia  ?  »  a  été  biffée 
par  Calvin. 

*  On  n'avait  pas  encore  reçu  à  Genève  des  rapports  certains  sur  ce 
qui  s'était  passé  à  Gorze  le  25  mars  et  jours  suivants  (N""*  1216,  1217). 

'  Bernardino  Ochino. 


1513  JEAN  CALVIN  A  CONRAD  PELLICAN,  A  ZIRICII.  3I'J 

minus  recte  sentiaf.  Non  aliiul  in  cjus  cxcusationcm  aHeraiii,  nisi 
sim])licit('r  rcfcrendo  (iiiod  vcrinii  est.  Quoniam  ItalicisjJlerisque 
infjeum  non  malfhm  Jido,  postquam  exposuit  milii  siiiiiu  coiisi- 
liiim,  de  diuturna  apiid  nos  lial)itation(>,  contuli  cuni  eo  dïligeuter 
de  singulis  jîdei  aqntïhus  :  atqne  ita  nt  vix  posset  tegere,  si  in 
ullo  à  nobis  dissentiret.  Conijyerisse  mïJii  videor,  et,  si  qiiid 
judicii  haheo,  testari  intopossum',  cum  in,  aliis  omnihus,  finii  in 
lioc  nohiscum  prorsàs  convenire.  Hoc  tantùni  animadverti,  (piôd 
niniis  curiosas  istanini  i'<M'nni  discnssioncs,-qualcs  sunt  in  sclio- 
lasticis,  répudiât.  Et  certè,  si  expendinuis  ([nantiini  ditï'erant 
aëreae  istae  sophistaruni  speculationes  à  sol)i'ia  et  moderata  vete- 
rnm  doctrina,  non  aliter  sentitnnus.  Hoc  testimoniuin  ])io  et 
sancto  vii'O  reddere  visuni  est,  ne  qna  vel  exiguœ  suspicionis 
ninbra  apnd  vos  immeritô  aspergatur.  Est  enini  i)nestanti  ot 
ingenio  (^t  doctrina,  et  sanctitate. 

Ut  finem  ïadam.  juvenes  isti  duo  ad  vos  studionon  causa  pro- 
Jiciscimtur^.  Quoniam  apud  nos  diu  vixerunt  et  ita  se  gesserunt, 
ut  de  ii)sorum  ])robitate  testari  audeamus,  (>t  dignos  censeamus 
nostra  commendatione.  peto  abs  te,  mi  Pellican(\  nt  quam  bonis 
omnibus  humanitatem  exbibere  soles,  illis  denionstres.  Habent 
unde  se  sustineant  mediocri  sumjjtu  :  sed  hoc  tantùm  postulant 
ut  in  rei)eriendo  commodo  hospitio  abs  te  juventur. 

Bene  vale,  vir  milii  |)lni'imîim  in  Domino  colende.  Saluta  reve- 
renter  fratres  omnes,  prassertim  Bnllingerum,  Theodorum, 
Megandrum.  Dominus  vos  omnes  peri)etuô  dirigat  in  ecclesiœ 
miae  editicationem.  Genevae,  14  ^  calend,  Maias.  1543. 

**  Calvin  avait  d'ahord  écrit  vohis. 

'  Dans  l'original  :  jiossim. 

^  Ces  deux  jeunes  gens  étaient  pfut-être  les  frères  de  ce  Nicolas  qui 
avait  étudié  pendant  quelque  temps  à  Lausanne,  et  que  Jean  Ribit  recom- 
mandait à  Pellican,  le  22  avril  (N"  1223,  renv.  de  note  7). 

'  Le  manuscrit  ne  porte  ni  adresse,  ni  coupures,  ni  traces  du  sceau. 
C'est  donc  une  minute.  L'auteur  y  a  fait  cinq  ou  six  additions  margi- 
nales, et  il  en  a  moditié  la  date,  qui  était  d'abord  :  «  li>  calend.  Maias. 
1543,  » 


320  GUILLAUME  FAREL  A  OSWALD  MYCONIUS,  A  BALE.  1343 


1222 

GUiLLAmiE  FAREL  à  Oswalcl  Mvconius,  à  Baie. 
De  Strasbourg,  20  avril  1543. 

Copie  contempor.  '  Arch.  de  Genève,  Calv.  0pp.  XI,  529. 

S.  Le(ji  tuas  literas,  observaiirto-  Miclioiii,  qnihits  mihi  gru- 
fulrnis  de  snccesstt  Evangelu,  qiiod  tam  languide  soquuntur  pas- 
sini  oninos  ])enè.  Multa  sunt  quae  passim  dosidores.  Sed  in 
GalUs  mihi  dolct  reperiri  tam  miseros  ministres,  qui,  cum  non 
ob  Christum,  scd  ut  oreetis  cristis  vociferarontur  libéré,  vale- 
dixerunt  Pontitici,  se  tantùni  quœrentes,  sine  disciplina  vagan- 
tur  '  et  piis  negocium  facessunt.  et  id  licet"  [diligenter  obsista- 
musj  :  quare,  ut  tôt  malis  occurratur,  vellem  liinc  incipi  et 
demum  ex  verbo  Domini  progressum  fieri. 

Meritb  mil d  passes  g ratulari  de  ecclesia  2Ietensi,  xmrtes  meas 
si  executus  fiùssem''  :  nam  non  vidi  usquam  tam  ardentem 
in  plèbe  affectnm,  et  non  tantùm  in  ils  qui  lectioneaut  aiiditione 
Verhialiquid  norimt  de  Christo,  veriini pontificii  qaoque  inplehe 

*  Cette  coi^ie,  écrite  avec  beaucoup  de  négligence,  n'a  pas  été  revue  par 
Myconius.  Nous  avons  essayé  d'en  corriger  le  texte,  mais  nous  ne  pouvons 
espérer  d'y  avoir  réussi  partout. 

■^  Dans  l'édition  de  Brunswick  :  Oscalde. 
^  On  les  apjjelait  alors  ministres  coureurs. 

*  Ajirès  licet,  le  copiste  a  probablement  sauté  un  ou  deu'c  mots. 

'  Dans  la  copie  et  dans  l'édition  de  Brunswick  :  «  partes  meas  si  exer- 
citus  fuissem.  »  —  Nous  avons  ici  l'idée  essentielle  de  la  première  partie  de 
i'épître.  Farel  n'impute  qu'à  lui-même  l'échec  qu'il  a  subi  à  Metz.  »  Vous 
jiourriez  à  bon  droit  vous  étonner  (dit-il,  plus  loin,  à  Myconius)  de  ce  que 
j'ai  réussi  ailleurs,  où  les  obstacles  étaient  si  grands  qu'il  n'y  avait  aucun 
espoir  d'introduire  l'Évangile,  tandis  qu'à  3Ietz,  où  ils  étaient  moindres, 
je  suis  réduit  à  chercher  des  excuses  pour  expliquer  mon  insuccès.  Ici  des 
hommes  pieux  et  ])rudents  exagéraient  les  jiérils,  et  l'un  d'eux,  le  premier 
magistrat,  recommandait  la  temporisation.  J'aurais  encore  d'autres  raisons 
pour  me  justifier;  mais  à  (luoi  bon  des  subterfuges,  puisqu'après  m'être 
opposé  en  paroles  à  la  temporisation,  j'ai  fini  par  l'adopter  en  pratique?" 
.Je  reconnais  donc  ma  faute,  et  j'en  demande  pardon  à  Dieu.  » 


1543  GLILLAUME  FAREL  A  OSWALD  MYCONIUS,  A  BALE.  321 

lion  refugiunt  audire,  nec  inaudifos  damnant,  neqiie  audita 
invertiinf,  sed  candide  et  loquuidar  et  judicant  juxta  id  quod 
intelligunt.  Magims  ita  affectoriiiii  mimonis,  adoô  ut  oliiu  iiiagis- 
tratiis  ciiiii  sacriticulis  et  (|uicquid  est  j)i*o  Pontitice  desperarit 
de  iiiipedi(Mîdo  \'erbo.  Hîc  miraheris  me,  quein  Doniimis 

rexit,  quod  tihi  nidlus  pêne  volehat  audire  et  niJiil  eiat  spei  de 
Ver'ho  Knquai»  adniittendo,  priedicarim^',  [iUic]  Hidlii<  nimib 
neque  prohihetitihus  [neque]  impediiis,  causari  sane  plura  pos- 
sim\  Nempe  lia^c  iiiilii  ratio  satis  fiiis,se[t]  nota**  [per]  viros 
graves,  prudentes  et  pios,  qui  (luàni  ojjtiina  d(Hlisse  consilia 
feruntur  ^  quique  ol)  oculos  j)()nel)ant  ])ericula  majora  (nain  quid 
non  contingeret  pra?dicato  Evangelio,  reimgnan[til)us]'"  tôt  et 
tani  potentil)us  adversariisV),  scilicet  ut  suos  non  tuerentur  "  et 
liostibus  non  résistèrent''.  Pars  magistratus  qu8e  pietati  non 
iidversabatur,  et  pra^ci])uus  '^  [qui]  regebat  et  jubebat,  tacebatad 
tempus.  Alia  sunt,  quibus  me  et  onines  penè  qui  ita  suadebant 
possem  ai)ud  homines  probare  non  malè  egisse,  imô  consulti.s- 
simè  et  ojjtimè,  Sed  quid  opus  est  suhterfugia  quœrere  in  ils 
quœ  sunt  Doniini,  cum  ijjse  verhis  quihus  respondi  omnibus,  — 
subindicans  quid  facto  esset  opus,  et  quàm  graviter  in  Dominum 
peccaremus  si  quid  obmitteremus  in  0])ere  Domini*%  —  verbis 
non  subscrihere[ni]  '•  aliorum  senteniise,factis  irem^^  in  senten- 
tiam  iinjirobatani  ?  Ideo  est  quod  ingénue  mdpani  agnoscani  et 
veniam  a  Domino  petam  plus  satis.  Vohii''  vitare  id  cujus  ti'a- 
ducor,  ubi  ver])um  Domini  sequor,  à  sententia  dimoveri  non 

^  Dans  la  copie  contemi)oraine  :  nf  prœdicarem. 

^  Ibidem  :  neque  prohibentilms  impeditis,  causari  sane  plura  possiint. 
^  Ibidem  :  satis  fiim-e  nota,  viros  graves,  etc. 

'  Allusion  aux  principaux  Évangéliques  de  3fet£  Çs"  1157,  commence- 
ment de  la  n.  .3). 

'°  Dans  la  copie  :  euvangilio  repugnan. 
""'^  Ibidem  :  sed  suos  non  tuerefur  et  liostibus  non  re.sisteref, 
'^  Le  maitre-échevin  Gaspard  de  Heu  (X"  1157,  n.  4-5). 
"  A  comparer  avec  la  note  3  du  X"  1157. 

'°  Dans  la  copie,  subscribere.  Le  copiste  ne  s'est  pas  aperçu  que,  dans 
certains  temps  des  verbes,  Farel  termine  la  lettre  finale  ])ar  une  rondeur, 
qui  est  l'abréviation  de  la  lettre  »/. 
*^  On  lit  rei  dans  la  copie. 

"  Le  copiste  a  lu  Xolui.  La  suite  des  idées  réclame  Vohti  :  J'ai  voulu 
modérer  mon  ardeur,  renoncer  à  cette  ténacité  qu'on  me  reproche,  quand 
T.  ^^II.  21 


322  GUILLAUME  FAREL  A  OSWALD  MYCONIUS,  A  BALE.  lo4;5 

posse  :  qiiod  si  timuissem,  boue  Christo,  qiiando  intrassem  ali- 
quam  ecclesiam  ? 

Intorea  pii,  diiiu  ego  taceo  '",  aguiit  ut  i)ei'  Principes  et  iirbes 
qiiibus  Christus  atïulsit  adjiiventur,  ut  pacatè  et  sine  sanguine 
Evangelium  i)ossint  habere'"  :  quod  meritô  curare  debuerunt, 
nani  Jtiaec  média  quœ  offert  Doniinus,  quis  prudens  negligat?  Sed 
oniittendum  non  erat  plebs,  famé  Yerbi  et  i)este  gravi  laborans, 
quin  Verbo  pasceretur  et  sanaretur  mente,  dum  corpora  conti- 
eiuntur  tabe  -". 

Audivisti,  ut  opinor,  me  docuisse  non  procul  ah  urhe  Me- 
tensP\  et  quùm  plehs  ardenter  accurrerit'^^.  Pontificii,  canonici, 
monaclii  et  id  genus  cum  magistrahi  omnem  movenmt  Icqndem 
ut  nie  impedirent  :  actnni  cum  Burgundio)iihus,  hoc  est,  cum  iis 
qui  sub  CcTsare  militant,  ut  per  eos  pii  affligerc^ntur.  Cai)ti  ab  eis 
fuerunt  aliqui-^  quibus  numeranda  fuit  pecunia  qua  se  redime- 
rent,  et  ego  coactus  locum  deserere  in  quo  doc(>bam  ^\  Sed  cum 
Gorzmn  petussem,  nec  satis  Burgundiones  respon.derent  votis 
eoruiii  quixnos  ex  officio  tueri  del>ehant^%  visuni  illis  fuit sollici- 

il  s'agit,  pour  moi,  de  l'œuvre  de  Lieu.  Mais  ce  n'était  pas  de  la  peur  :  si 
j'avais  eu  peur  [jadis],  quand  serais-je  entré  dans  une  église  ? 

^*  Allusion  au  temps  où  il  avait  cessé  de  prêcher  en  public  à  Metz 
(N"'  1157,  seconde  partie  de  la  n.  2;  1164,  n.  12). 

'9  N"  1164,  notes  13,  14,  15. 

^^  A  comparer  avec  la  lettre  de  Bucer  du  6  octobre  1542,  renvoi  d(* 
note  19  :  «  Moram  hanc  Farellus  aegerrimè  tulit,  etc.  » 

2'  Dans  le  château  de  Monfigmj  dès  le  2  octobre  (N"  1164,  n.  22-23), 

-'^  La  copie  porte  :  occurrerit. 

^^  Il  faut  entendre  par  là  quelques-uns  de  ceux  qui  se  rendaient  de 
Metz  à  Monlignii,  pour  y  assister  aux  sermons  de  Farel. 

^*  Ces  paroles  semblent  en  contradiction  avec  deux  passages  importants 
des  lettres  de  Fathon  :  l'un  où  il  dit,  le  28  novembre,  que  Farel  est  «  ren- 
tré à  Mets  ;  »  l'autre,  du  26  janvier  1543,  où  il  affirme  que  cehii-ci 
«  s'est  retiré  de  la  Ville  »  vers  le  milieu  du  mois,  et  qu'il  ])rêche  mainte- 
nant à  Gorze. 

On  peut  d'abord  répondre,  que  Fathon  n"avait  pas  donné  à  la  légère  la 
première  nouvelle,  mais  d'après  des  lettres  récentes,  écrites  de  Metz,  et  que 
la  seconde  nouvelle  avait  été  apportée  par  Claude  Farel,  qui  avait  quitté 
le  Réformateur  huit  jours  auparavant.  De  plus,  on  voit  bien  que  l'auteur 
de  la  ])résente  épitre  ne  veut  pas  raconter  toute  l'histoire  de  son  séjour  à 
Metz  et  à  Montigny,  et  qu'il  se  hâte  vers  des  événements  de  plus  grand 
intérêt. 

■■**  C'est-à-dire,  les  magistrats  de  Metz,  qui  auraient  dû  les   protéger. 


loi.'î  GUILLAUME  FAREL  A  OSWALU  .MVCONIUS,  A  HALE.  323 

f'dnlos  esse  G((Uos.  Agitur  en  ni  Oiùsaiio'-'^  :  datur  et  catdlofjns 
pioriim,  et,  nf  posseid  Oalli  mnltos perdere  cwn  Gorzam  venirei/t 
pii  Meieitses  (aiitcciuaiii  \\vv  l(',i>-atos-"  qui  arbiti'i  fiici-init  intcr 
doiniiium  CoinUew  GniUielniiiiii  et  Metenses-'^,  constitutiis  fuis- 
set  coneioiiatoi'  Métis  ut  audii-cut  \'('rl)uui.  et  Icgati  Pi'iucij)uiu 
et  Urbiuui  tantùni  lioc  crtVcisscnt  ut  ^'('^l)uul  pnrdicai'ctur,  et 
uou  cssct  couccssus  sacrauientonnu  usus-''),  conjicientes  midtos 
ad  Cœnam  veitturos  iii  die  Paschx'-^^,  (iiypurant  se  milites.  Et 
paulô  post  dodiiiam,  ])ost(iuam  Cœnafuit  i)eracta,  scilicot"  niii-o 
ati'cctu  et  iTcto  ordiuo  cuui  conciouc,  —  u])i  [)o|iulus  voniebat 
ad  s(>cundam  concioncui.  ut  tciupestivè  possot  douiuni  nnlirc, — 
pi'iusquaui  ali(|uis  in^Tossus  fuisset  ai'cciii.  in  (|ua  fifbat  concio, 

(raspard  de  Heu  n'était  plus  maitrc-éflicviii.  Il  avait  été  rciiiplacé,  au 
mois  de  mars,  par  Richard  de  Baigecourf,  ardent  catlinlique. 

'^®  GnisfOiHS  désigne-t-il  ici  le  comte  d'Aumale,  ou  le  duc  de  (ùiiseV 
On  lit  dans  Meurisse,  p.  80  :  «  Celuy  qui  avoit  pour  lors  en  main  la 
conduite  d(^  cette  beroerie  [de  3Iefz]  estoit  Jean,  cardinal  de  Lorraine, 
(jui  entre  autres  frères  avoit  ce  grand  Claude  de  Guyse,  le  ])remier  de 
cette  branche  de  la  maison  de  Lorraine....  (_'e  Pasteur...  eut  recours  à  la 
l)iété,  au  ])ouv()ir  l't  au  crédit  de  son  frère,  qui  ne  nian(iua  jias,  avec  la 
))ermission...  du  Koy,  de  mettre  aussi  tost  des  trou^^pes  sur  i)ied,  pour  luy 
rendre,  eïi  cette  méritoire  occasion,  toute  l'assistance...  possil)le.  Et  d'au- 
tant que  Gorze  estoit  comme  la  place  d'armes...  de  ces  nouveaux  Évangé- 
listes,...  Claude  de  Guyse  jugea  qu'il  les  falloit  aller  desnicher  de  là.  » 

Il  n'est  pas  téméraire  de  suppoi^er  que  la  duchesse  douairière,  Philippe 
de  Gueldre,  fut  l'une  des  «  ])rincesses  »  dont  le  clergé  messin  sollicita  l'ap- 
l)ui.  «  pour  estre  des])éché  »  de  Guillaume  Farel  (Cf.  p.  253,  lig.  7-8). 
I)e])uis  plus  de  vingt-trois  ans,  elle  partageait,  comme  une  simple  religieuse, 
la  vie  austère  des  V\ixv\?,?,('?,,k  Pont-h-Mousson.  Aussi  croyons-nous  qu'elle 
dut  être  affligée  des  progrès  de  la  Réforme,  et  indignée  des  déprédations  que 
les  soldats  de  Furstemberg  avaient  commises  dans  l'abbaye  de  St.  Arnoui, 
près  de  ]Metz,  et  dans  celle  des  Filles  de  Notre-Dame  de  l'Estang,  jn-ès  df 
Neufchàteau.  Néanmoins  cette  princesse,  très  respectée  de  ses  fils,  aurait 
certainement  pu,  si  elle  l'avait  voulu,  insjiirer  au  cardinal  de  Lorraine,  à 
Claude  de  Guise  et  au  comte  d'Auniaie  un  i)eu  de  miséricorde  cnvi'rs 
«  les  Luthériens  ■>  et  même  envers  Farel. 

^^  Dans  la  copie  :  pro  leyatis. 

^*  Allusion  à  la  convention  du  l(i  mars  154.'>  (N"  121(),  u.  '!). 

'^^  Le  prédicateur  établi  à  Metz  après  le  mois  de  mars  fut,  sans  doute, 
Guillauine  Virât  CS"  I2'2ô).  Il  ne  jjouvait  administrer  les  sacrements.  Nous 
avons  vu  qu'un  baptême  céléi)ré  dans  l'assemblée  évangélique  avait  excité 
à  Metz  «  un  merveilleux  tumulte  »  (N"  1183,  rcnv.  de  u.  lo). 

*"  Le  25  mars. 


324  GUILLAUME  FAREL  A  OSWALD  MYCOMUS,  A  BALE.  lo43 

ecce  G(dU  équités,  de  quibiis  iiihil  ])rorsùs  timebatiir  (cum  bel- 
lum  non  haberent  neqiio  cum  Comité  neqiie  cum  piis  Metensi- 
hiis),  intrant  oppidum.  Tuba  canit  classicum,  currunt  équités, 
magnus  fit  clamor  equitum  et  op])idanorum  in  Lutheranos  Me- 
tenses  :  hi  indicant  illis  persequendos  :  \\tc  jnus  senex^^  in  vico 
impetitur  et  Jesum  invocando  dejicitur  in  terram,  cogitque 
eques  impius^^  equum  conculcare  jacentem.  mortuo  aufert  si 
quid  habebat  pecunise.  Miles  Oermanus,  boml)arda  ictus  extra 
arcem,  dum  curreret  ad  arcem  moritur.  ^lirum  !  cum  saepiùs  in 
turmam  piorum  emissœ  fuerint  l)ombard^e,  modo  Ingèrent-'" 
hue,  modo  illuc,  prout  satagebant  pii  evitave  Oalloruni  et  Ita- 
lorum  turias,  et  manus  mulierum  summa  cute  fuerit  attacta  ^■'. 
et  circum  capita  virorum  volarent  lapides,  nemo  tamen  Utsus 
fuit. 

Convertuntur  milites  ad  pi-tedam  et  diri])iunt  quicquid  inve- 
niunt  quod  sit  Metensium.  Capti  vinciuntur  qui  possunt  post 
prœdam  in  œdibus  inveniri,  et  tum  nudieres  tum  xyuellœ  septem 
ahducuutur,  qnœ  acœpta  redemptione  remittimtur  sine  injuria  ^*"'  ; 
quod  supra  miracidiim  duco,  et  sanè  nihil  magis  rogavi  Donii- 
num,  tieque  x)ios  tom  anxiè  ohsecrati  su77ius  ut  peterent  a  Deo, 
quàni  id  integrse  servarentur,  uec  cessavimus  onines precari  valdè 
anxii,  donec  servatas  oiulivimiis  dommn  remissas.  Jactura  pecu- 
nise  fuit  gravis,  sed  nihil  ideo  affecti  fuimus. 

Dimi  hsecfiunt  in  opjpido,  ut  erat  mtdtitudo  miliium  passim 


^^  Dans  la  copie  :  sed  miro  affectu.  Farol  avait  sans  doute  écrit  sciL, 
abréviation  de  scilicet. 

^*  Adam,  le  drapier  (Chroniques  messines,  p.  863). 

^*  Édition  de  Brunswick  :  ipshis. 

^*'^°  Dans  la  copie  :  modo  fiigiunt....  et  manus  mulierum  summa  cute 
fiienwit  attactœ.  En  lisant  :  fuerit  attacta,  on  obtiendrait  ce  sens  plus 
naturel  :  Quoique  la  troupe  des  femmes  ait  reçu  de  légères  égratignures, 
et  que  les  pierres  volassent  autour  de  la  tête  des  hommes,  personne  cepen- 
dant n'a  été  blessé. 

On  est  surpris  de  trouver  dans  les  Annales  de  Boyve,  II,  434,"  cette 
assertion  pour  le  moins  très  aventurée  :  «  ¥arel,  qui  avait  été  dangereuse- 
ment blessé  [à  Gorze\  désira  d'aller  à  Strasbourg  ])0ur  s'y  faire  panser.  » 

**  Meurisse,  p.  81-82,  adopte  l'affirmation  contraire,  et  il  dit  avec  une 
désinvolture  et  un  calme  révoltants,  surtout  chez  un  évêque  :  «  Quelques 
huit  ou  dix  femmes  furent  emmenées  à  Madières,  près  le  Pont  à  Mousson, 
d'où  l'on  dit  qu'elles  ne  retournèrent  pas  telles  qu'elles  y  estoient  allées.  » 


I 


1543  GUILLAUME  FAREL  A  OSW'ALI)  MYCONIUS,  A  I5ALE.  325 

sp((is((,  persequens  fugieides  per  silf((S,  per  ri<(.^  années,  p)rope- 
rantïbus' aliqnot  ad  portum^''  ut  trajicerent  Mosell/on,  milites 
cnm  rusticis  coëgenttft  aliqnot  Mospllam  intrare,  et  ingressos 
lapidihus  imp)etehant  :  iiiidc  t'actuin  est  ut  duo  viri  totidcnique 
miiliores  (licet  très  feraiitur)  l'urrint  sulnncrsi  :  cvasorunt  aliqiui' 
vestibus  expassis,  aqiiis  ovoctse,  sese  manil)iis  tcnontes. 

Tu])ic(Mi  ])('rductiis  ad  portaiu  arcis  ctîccit  ut  quatuor  fuorint 
ogrcssi,  (luù  possent  collo(iui  cuui  duce  tui-nia'  (^luituni  :  qui 
hos  quatuor  voluerunt  occidorc,  sed  ])ro  collocpiio  (•ai)tivi  fuerunt 
abducti.  Ha'c  est  gallica  et  italica  pictas  :  suum  ita  celebranint 
Pasclia!  Uiec  siuit  lieroicu  facta  :  armati  inermes,  consilio  oppi- 
danorum  catiti  et  païxiti  incaidos  et  niJiil  minus  cogitantes,  lit 
latrones,  nidlo  demmciato  hello,  aggressi  su  ni! 

In  crastinum  fecialis  mittitur,  qui  valdè  tremulus petiit  arcem 
reddi  thdsano,  Begis  nomine.  Hci'c  suntheUi  jura,  dmn  contra 
pios  gerernhim  est,  piost  gravem  illatam  injuriam,fecialem  mit- 
teref  Quis  hîc  non  dicet  moritô  sa'vituni  in  Metenses  pios,  per 
quos  scilicet  inipeditus  fuit  Rex  aut  Guisanus  ne  arx  dedere- 
tur,  cum  extra  arcem  essent  et  eorum  nemo  intrasset  nisi  depo- 
sitis  armis?  Quid  responsi  datum  fuerit  feciali  non  novi.  Audivi 
quod  dicebat  i)alàm  arcem  peti^ndo.  Quid  milites  in  arce  tracta- 
rent,  cum  i)iis  agens  crebris  concionibus  et  jugibus  j)i-ecibus.  non 
adeô  cural)am.  Die  Mercurii^^  venit  Guisanus  et  mag nus  eqid- 
iatus,  et  euni  arx.  in  qua  est  cœnobium  monachorum  no.fbiliumj 
sed  insignium  scortatorum  ^•',  sita  sit  in  valle  et  undicpie  monti- 
bus  ssepiatur.  et  velut  fauces  sint  et  gula  qua^dam,  unde  nomen 
Gorze  gallicum  retinent,  —  erant  milites  in  editioribus  locis,  ut 
singuli  videri  possent  ex  arce,  armati  omnes,  omnia  occujjantes, 
quasi  nihil  evadere  posset. 

Actum  fuit  cum  Guysano  de  arce  et  conditionibus  quihus  oc- 
currit  in  manus  Régis.  De  Germanis  nildl  erat  quod  impediret  : 
et  ahituris  et  mansuris  offerehantur  multa,  quôd  pi-idie  dictum 
fuerat  al)  0|)])idanis.  se  jussos  esse  quicquid  (>sset  otticii  pr;esta- 

^^  Au  lieu  ih-  jxirtKin,  il  faut,  nous  soml)l(>-t-il,  Ihi'  jioiiti'iii,  ijni  liési^nic- 
rait  «  [c  pont  de  Joiei/  «  ÇS"  1216,  ii.  11),  c'est-à-dire  àc  Jouy-aux-Arches, 
village  situé  sur  la  rive  droite  de  la  Moselle,  à  10  kil.  N.-K.  de  Gorze. 

'*  Mercredi  28  mars. 

**•  Voyez  le  \n'('m\er  postscript iim  de  la  lettre  de  Farel  du  81  mai  aux 
pasteurs  neuchâtelois  (S"  1240). 


326  GUILLAUME  FARKL  A  OSVVALD  MYCONIUS,  A  BALE.  lo43 

rent  1).  Coniiti  et  suis  niilitibus;  verùm  Metenses  etalii  cum  eis, 
si  qui  egrederentur,  capti  detinererthtr.  Ideo  Gnisamis  petehat 
Metenses,  sed  me  non  postremiim,  qimm  Gallus  essem.  Gei'mani, 
cum  X)ost  excursionet)!  gaUicam  Metenses  cepissent  in  arceni,  iit 
unà  virèrent  et  morerentur,  7(t  dici  solet,  nolnerunt  lisec  conce- 
dere,  sed  ut  omnes  eadem  egrederentur  conditione  :  quod  perac- 
tuin  fuit  ol)sit>:natis  liiiic  inde  literis.  Sod  non  tune  frigo])ant 
preces,  ol)  instans  periculum  et  ea  quae  absentil)us  tratri])us 
timobanms  '"  :  concionos  fiobant  ot  psalmi  canebantur  niagis 
convenientes  iis  qui  vorsantur  in  niagnis  |)oriculis  :  quod  valdè 
dis])licebat  aliquibiis  ex  monachis  et  attonitos  reddebat. 

Inviserunt  me  aliqui  Galli  :  unus  prse  se  ferebat  pietatem.  alter 
adversabatur,  tertius  me  objurgabat.  Otïerebat  i)i'imus  niansuro 
multa,  seque  tantum  posse  ut  libéré  secum  agerem.  Sed  duni 
egrediendum  esset,  in  me  et  aliis  palàm  fecerunt  cujus  gratia 
venissent,  nimirum  ut  me  xwssent  dignoscere.  Ubi  apixiratus 
fiebat  ad  abitionem,,  eorum  unus  qui  me  sub  noctem  convenerat, 
ubi  videt  Metenses  cum  militïbus  velle  egredi,  inquit  :  «  Non 
abibitis,  o  nequam,  sed  vos  manere  oportet.  »  Nunciatum  idfuit 
ducibus  Germanis  :  qni  statim  illum  dejerantem  convenerunt, 
quid  prohiberet  al)ii'e  piosV  an  nollent  pactis  stare,  ut  egredian- 
tur  omnes  libéré  V  Ille  ait  :  «  Egrediantur,  sed  isti  postremi  : 
quid  enim  Iniic  fieci  liominum  et  canibus  cum  militibus  virtutc 
jjrœstantibusV  »  Constanter  duces  responder^int  non  egressuros 
se,  nec  arcem  daturos,  nisi  medii  egrediantur,  inter  pedites  sciJi- 
cet  et  équités,  ("uni  aliud  non  ])Osscnt  contra  pios  efficere,  dum 
egrederentur*',  quicquid  poterant  convitiorum  jactabant. 

Ego  in  curru  jaceham  cum  a?grotis,  vestibus  mutatis''-.  Cum 

■**  11  faut  lire,  dans  l'Épitrc  adressée  :  A  tous  cœurs  affamez  du  désir... 
de  l'Évangile  (f'respin,  éd.  cit.  I,  447),  les  jjassages  où  Farel  rappelle  ses 
angoisses  au  milieu  du  i»éril,  l'ardeur  de  ses  prières  et  la  délivrance  qni 
les  couronna. 

*'^  Dans  la  copie  :  aggrederenfur. 

**  «  Ils  eurent  le  soin  (dit  Meurisse,  p.  82)...  de  faire  sauver  leur 
ministre  Farel  au  milieu  d'uni'  cliartée  de  ladres,  parmy  lesquels  ils 
Tavoicnt  si  bien  caché,  en  luy  enfarinant  si  bien  le  visage,  et  en  luy  don- 
nant des  cliquettes*  en  main,  qu'on  ne  le  ])ut  jamais  reconnoistre.  » 

*  Crécelle  que  portait  cha(|ne  lépreux,  et  dont  le  crépitement  avertissait  les  passants 
qu'on  ne  devait  pas  s'approdier  de  lui. 


loi3  GUILLAUME  FAHKL  A  OSWALD  MYCONIUS,  A  UALE.  327 

transi) em,  hoiii  illi  qui  m^  invisermd,in-imi  cœpermit vociferari, 
an  co)ijedura,  rot  ((luod  non  crodo)  quôd  me  a(/noverint  tedvm  : 
omnino  iioii  moror.  Socroti  snnt  alii  onincs,  et  ci-ant  ali(|ni  ex  iis 
(jui  nihil  non  andcnt  ([ui  jani  ad  cui'i-uni  accodcbant,  omnibus 
Yocitcrantibns.  S('[d|  oqnos  niajcstatis  plcnns,  cnjus  vultns  et  or- 
natns  indicabant  non  grogariiini  ossc,  cos'-'  concitato  cqno  cur- 
rentes  antovortit.  voce  ui-avi  jubcns  :  «  Sinite,  iiKiuit,  abirc.  » 
Si  in  egressu  ai'cis  ita  actuni  fuit,  et  post  jussuni  illius  ('(juitis 
cessatuni  fuit.  —  nlii  renfion  fitif  ad  airriim  Umosum,  in  (jno 
IhTsit  currns,  iriiDupliatïim  fuit  :  iiaut  om  nés  Germa  ni,  forte  ne 
augereni  suspicionem  quod  in  curru  essem,  lyrivcesserunt.  Relic- 
tusfuit  soins  currns,  qxem  amhiermd  équités  Galli  qui  Germauos 
sequehantur,  lanceis  in  cinrum  directis.  Hicjnbobat  me  Drnmi 
meum  invocavem,  ut  me  è  limo  educeiv^t  :  i]1(\  ut  eoncionarer, 
sicqu(>  elïicerem  ut  equi  ])Ossent  traberc  currum  :  alius,  ut  sibi 
et  aliis  suum  v(n*bum  Domini  annunciarem,  se  ])onam  esse  ter- 
ram,  cui  merito  committi  débet  bonum  semen  verbi  Domini. 
Erat  pars  equitum  italica  :  quisque  adnitebatur  atîerre  aliquid 
quo  superaret  euni  (jui  priùs  loquebatur.  Nemo  tamen  j)er  nomen 
Domini  jubebat  me  loqui,  sed  multi  i)er  nomen  diaboli.  Quid 
sanè**?  cum  ad  talia  dolerem  conviciantium  vieem  et  po^terem 
ut  Dominus  ignorantiam  condonaret,  tamen  hîc  in  sinu  tacitus, 
deridens  hortationcN  illas.  dicebam  :  «  Alio  ojmi-tet  nomine  ut 
extorqueas  à  me  resj)onsum,  nam  in  istius  gratiam  nihil  feecro.  » 
Jub(>l)ant  alii  ut  descenderem,  née  posse  currum  movcri  (|uam- 
diu  in  eo  essem,  et  ad  aurigam  :  «  Nisi  hune  scelestum  jubcs 
descendere  et  è  euri-u  deturbas,  tam  est  onustus  ])eccatis,  non 
extrahes  currum.  »  Kt  interrogabant  auiigam  quis  essem,  <'t 
iegrotantem  Germaimm.  (\\\\  alicjuid  gallicè  norat.  lUis  res|)on- 
dent,  «se  nescire,  me  nihil  un(|uani  locutum  :  (piid  agerem'*' 
nesciebant.  »  H^simiis  supra  dimidium  honv,  et  iudesecuti  saut 
directis  lanceis  pêne  ad  miUiare  gaJlicum,  taniani  non  injicientes 
miJii  manum.  Ita  me  alloquehantur  quasi  pr;esentiss.\imu)n\, 
sed  relut  ah  alio  aljstinehant  manns. 

Quàm  i)rsesentem  tune  senserim  Dominum,  et  (pue  veniebant 

*^  Dans  la  cuiiic  :  iis. 

**  Iliidcm  :  Quod  saiiè  coin  ad  alia  dolerem,  etc. 

■*''  Ii)id('Mi  :  a/jeretU. 


328  GUILLAUME  FAREL  A  OSWALD  MYCONIUS,  A  BALE.  lo43 

in  montem  de  Daniele  et  Semei,  de  conviciis  Pharisœonim  in 
i])snm  Christnm,  non  est  qnôd  referam.  Oportehat  idgaudii  qnod 
concepe7Xim,  —  visis  fratril)ns  et  piis  mulieribus,  qnœ  sine  aliqua 
injnria  lœti  pergebant,  gratias  agentes,  pro  quibus  petieram  ut, 
eis  lil)eratis,  in  nie  verteret  Dominus  nnuni  quicquid  erat,  — 
scdfem  mllitarïbus  colloquiis  temperari,  quihus  nihil  datum  nisi 
proxime  accedere  et  man.mn per  se  \\. p)ersie2)e  f]  admovere,  lit  me 
tangerent  :  qiiod  tamen  non  licuit,  sed  in  verhis  fnsiss.[imë\  :  nec 
cessarunt  quserere  uln  essem  donec  navim  ingresstis  sum  ".  Ad- 
monitns  fueram  ut  probe  me  tegerem,  qubd  Gruisanns  ducentos 
coronatos  diceretur  offerre  et  qui  me  cœdeî'et. 

Non  ajferam  qnid  Nomeniaci'*'  mecum  egerit  major,  me  adi- 
gens  ut  egrederer  post  solis  occasum  :  nec  potuit  adduei,  licet 
rogatus  ut  jure  gentium  mecum  agei'(4,  cum  ego  ])Oscerem  ])i'0- 
dire  eos  qui  de  me  quererentur,  et  multa  aiïerrem  et  divina  et 
hnmana,  et  quid  ])Osset  ei  contingere,  ubi  res  jjervenerit  ad 
notitiam  eorum  qui  non  lubenter  audi[i'Jent,  et  quos  deberet 
timere.  Ad pagum  fuit  migra ndum,  ut  exponerer  Jmicihus  imn- 
fijiciorum,  qui  illic  sunt  plurimi,  presbgteri  et  monachi  **.  Sed 
quamvis  supra  modnm  fessas,  cum  (ûiqnot  viris  gravihus  qui 
senes  jussi  sunt  migrare  a  Metensibus  (carra ^''  neque  currus 

*®  La  garnison  allemande  qui  avait  livré  au  duc  de  Guise  la  forteresse 
de  Gorze,  le  28  mars,  opéra  jirobahlement  sa  retraite  le  lendemain.  Elle 
devait,  pour  rejoindre  son  chef  supérieur,  le  comte  Guillaume,  se  transpor- 
ter à  Strasbourg,  dans  la  direction  du  S.-E.  Nous  supposons  qu'elle  des- 
cendit le  vallon  arrosé  par  le  ruisseau  de  la  Gorzia,  et  qu'étant  arrivée  au 
village  de  Novéani,  à  6  kilomètres  de  son  point  de  départ,  elle  traversa  la 
Moselle  au  moyen  du  «  bateau  »  (ou  du  bac)  ici  mentionné.  La  terre  de 
Gorze  finissait  sur  la  rive  droite  et  à  peu  de  distance  de  la  rivière. 

*^  Dans  la  copie  Hommiaci.  Au  lieu  de  ce  nom  imaginaire,  Farel  a  sans 
doute  employé  le  mot  Nomeniacum  ou  Noinenium,  nom  latin  de  Nomémj, 
])etite  ville  située  sur  la  Seille,  affluent  oriental  de  la  Moselle,  et  à  cinq 
lieues  au  moins  de  Novéani.  Farel  et  les  Messins  dont  il  était  accompa- 
gné ne  pouvaient  y  arriver  qu'à  la  fin  du  jour. 

^*  Expulsés  par  l'officier  de  police  de  Noviény,  et  forcés  de  continuer 
leur  pénible  marche,  les  émigrants  s'arrêtèrent  enfin  à  Domèvre,  village 
situé  à  4  ou  5  1.  de  Nomény.  Notre  conjecture  repose,  du  moins,  sur  ce 
fait  que,  dans  V Atlas  de  X.  de  Fer  (1705),  c'est  le  seul  village  voisin,  ])lus 
à  l'Est,  qui  soit  indiqué  comme  ayant  une  abbaye  d'hommes.  Celle  de 
Domèvre  était  de  l'Ordre  des  Prémontrés. 

^®  Dans  la  copie  :  garia. 


loW  GUILLAIJMK  FAREL  A  OSWALl)  MYCONIIJS,  A  BALE.  329 

iic(iut'  ('([ui  hahci'i  poterant),  din  tu  via  efjer'un,  tainen.  omiiex  ui- 
columes,  iinllo  danuio  accepta'''^  hue  renhmts  magna  sanè  mise- 
rkordia  Dei,  qui  non  dosorit  s])orant(^s  in  so  noc  sprcN  it  |)i()runi 
preces  :  qui,  ut  iutclliiïo.  non  i)auci  sunt  passini,  ut  de  te  et 
synimystis  tuis  et  iio])is  connnissis  occlosiis  taceani.  Cliristus 
mcnior  sit  diaritatis  et  affcctus  taui  cliristiani  (pio  pii  ecdesiam 
Metensem  prosoquautur,  et  coruni  (juie  in  œdificationcni  illius 
curant! 

Gain  |)t'i'gunt,  ut  dicitur,  pcrscqui  i)ios, -et  captivos  abducunt 
quos  hab(>nt  descrii)tos.  ("urrunt  ad  portas  usque  Metensos'^'. 
Interoa  pii  jjcrgunt,  et  (jui  illic  docet  ■-  fertur  constanter  agere, 
licet  tantùni  festis  agat  diebus.  Carolus  contra,  cum  suis  abbati- 
bus  et  viris,  concionil)us  fecundis^^  valdè  disertis  instat  nio 
(quid  non  Lausanna'  dicebat"*V)  cupitque  ut  liccat  cum  btere- 
ticis  agere  "  ■  :  quôd  si  Ratispotue  l'uisset,  omnes  hœreseos  convi- 
cissot.  Ita  insolescit  apud  suos  ab))ates  et  id  genus  homines  et 
multum  atîert  detrimenti  ecclesiae  nascenti,  traducens  onines 
qui  pietatem  sectantur,  totus  in  hoc  ut  pontilicia  t'ulciafnjtur. 
Verùni  spero  Doniinum  non  diu  passuruni  tam  graviter  convi- 
cianteni  veritati. 

^^  Une  lettre  du  duc  Antoine  de  Lorraine,  écrite  le  10  avril  1548,  et 
qui  trouvera  jjeut-être  sa  place  dans  FAppendice,  renferme  ce  passade  inté- 
ressant :  «  Nous  avons  accordé  lilire  passage  aux  gens  que  le  comte  de 
Furstemherg  a  laissés  à  Gorze,  lors  de  son  dé{)art,  ainsi  qu'au  prédicant 
Fnrel,  lesquels  en  ont  été  chassés  par  les  Français.  On  nous  aurait  su 
très  lion  gré  de  faire  quelque  mal  à  ce  prédicant,  ou  de  l'arrêter  avec  ses 
compagnons  :  ce  qui  nous  eût  été  facile,  non-seulement  parce  qu'ils  étaient 
en  petit  nombre  et  que  nous  connaissions  bien  leur  gite,  mais  aussi  ])arce 
que  nous  aurions  bien  su  et  jiu,  dans  une  autre  occasion,  les  enlever  de 
Gorze  et  d'autres  lieux.  Mais  nous  n'avons  pas  voulu  le  faire.  »  (Trad. 
de  i'all.) 

On  a  du  plaisir  à  signaler  ces  sentiments  de  justice  et  d'iiumanité  chez 
un  parent  du  cardinal  de  Lorraine,  du  duc  de  Guise  et  du  comte  François 
d'Aumale. 

=1  Voyez  la  lin  du  N"  1210  et  la  p.  312,  lig.  12-14.' 

°'^   Guillau)n.e  Virot  (N"  1225).  Nous  ignorons  ses  antécédents. 

'"^  Dans  la  co]jie  :  calicihus  f'acundis.  La  variante  fecundis  est  en  oppo- 
sition avec  tantùm  festis  agat  diebus. 

^"'  Ibidem  :  quid  calami  doeeliat.  La  variante  j)roposée  j)ar  nous  ferait 
allusion  aux  accusations  d'arianisme  que  Pierre  Caroli  avait  formulées  à 
Lausanne  contre  Farel,  Calvin  et  Viret,  en  février  1537  (IV,  183-187). 

55  Voyez  la  lettre  de  Caroli  du  14  mai  (N"  1280). 


330  GUILLAUME  FAREL  A  OSVVALD  MYCONIUS,   A  BALE.  1543 

Hic  fuit  addiictiis  agens  ('?)'''  :  rogavit  t'ratres  Metensiwn  ut 
cousilio  poscorentur  qui  hic  docent,  quique  summis  viribus  stu- 
dent  Metensi  ecclesiœ  adesse.  Quid  Senatus  laboret  ot  quautùni. 
non  est  facile  exprimere.  Omnes  qui  nomen  dederunt  Evangelio 
Qi  Princijjes  et  Urbes,  quantum  audio,  ex  animo  curant  ut  aga- 
tur  [de]  illa  ecclesia,  sed  praecipuè  Landgravius,  Saxo  et  Virte- 
bergeusis,  [ctj  cum  liac  urbe  Franl-fori.  Cornes  Onillelmns 
apeniit  viani,  duni  ageretur  de  pace  inter  eum  (^t  Metenses, 
quam  j)i'()  ])ontiticiis  agebant  com])onenda[mJ,  Hoc  primuni 
])etebat.  ut  Verl)uni  esset  lil)eruni  et  duœ  darentur"  ecclesiœ 
exuliluis  adniissis,  qui  ob  Verbum  pulsi  fuerunt.  Sed  puto  te  ex 
pio  Henrico  Francho'^,  qui  causam  Comifis  agebat,  audivisse. 
Nam  istuc  profectum ''■'  intelligo.  Multum  huic  virodebeo,  queni 
meo  cui)io  ut  saintes  nomine. 

Si  ari'iserit  tam  longa  epistola,  [gratias  âge]  Conrado^^,  Bit- 
ceri  diacono,  qui  nie  imj)ulit  ut  fusissimè  omnia  scriberem  :  sin 
minus,  meam  accusa  imperitiam,  qui  nec  aggredi  nisi  coactus 
aliquid  jiossim,  nec  aggressus  exjjedire.  Faxit  Christus  ut 
ketiora  posthac  audias,  ut  puto  te  d(^  Bucero  accepisse,  qui  ma- 
gno  fructu  Christum  annunciat.  ^^ale  (|uàm  optimè.  Argentorati 
20.  Aprilis  1543.  ut  licuit  modo  hue  modo  illuc  distracto.  Boni 
omnia  qucBso  ut  consulas  et  quàm  otïiciosissimè  niilii  omnes 
symmistas  saintes,  nec  jirœterieris  pios  senatores,  quibus  opto 
concordiam  iUam^^  \)yo  cpui  tantum  dissudarunt,  commenda- 
tam,  ut  si  pcrfecta  non  sit,  tandem  absolvatur.  Vexilarium*'^ 
priecipuè  salvum  ojjto.  Frater^''  salutem  tibi  dicit.  Iterum  vale. 

Tuus  totus  Farellus. 

(Inscriiitio  :)  Pastori  ecclesiœ  Christi  D.  Osvaldo  Myconio  et 
niulta  pictate  et  fide  (^t  eruditione  ornato.  Basile*  ". 

^^  Le  manuscrit  porto  ce  mot  abrégé  :  âge,  qui  semble  indiquer  \\\\  agent 
ou  un  messager. 

^^  Dans  la  cojiie  :  décentes. 

^*  Le  capitaine  Henri  Franck.  l'eut-étre  avait-il  été  envoyé  auprès  du 
Conseil  de  Bàïe  par  Guillaume  de  Furstemberg  le  31  mars,  jour  où  Phi- 
lippe Hosen  fut  envoyé  à  Berne  (N"  1217,  n.  1). 

^^  Dans  la  cojtie  :  proferen. 

60  Conrad  Hubert  (VII,  294). 

6*  Le  traité  de  Concorde  conclu  entre  les  Zwiugliens  et  les  Luthériens 
ei  signé  le  29  mai  1536. 


1543  JEAN  UIBIT  A  CO.NHAl)  PKLLICAN'.    A  ZLHK.ll.  331 


1223' 

JEAN  rikit'  à  Conrad  l^ellican.  à  Zurich. 

De  Lausanne,  ±2  avril  1543. 

Inédite.  Aiito^T.  Bild.  de  Zurich.  Co|)i('  dans  la  Coll.  Simlcr. 

Salus  ])or  Jcsuni  Christum!  Nactus  occasioncni  siipcriorihii^ 
monsibus  ad  Gmlehnnni  Postellnm'-  scripsi  :  satisqiio  imiltis 
vei'bis  hortatiis  siun,  ut  quod  essot  pollicitus  de  (jriuninndfini 
Arabica  vo  i])sa  pnestaret,  tandemque  aliquando  cdero  inci])ei-et. 
Memincram  eiiini  te  mihi.  cum  istic  à  vobis  humanissiinè  accei)- 
tus  esselu^  istudipsum  in  mandato  dédisse.  Tui  igitur  iioniinis 

^2  Le  banneret  Benihard  Meyer,  membre  du  Conseil  de  Bâle  (X"  1129). 

^*  Gauchier  Farel,  qui  avait  remplacé  son  frère  Claude  auprès  du 
Réformateur. 

'^■'  Au  dos,  cette  note,  où  il  nous  a  semblé  reconnaître  la  main  dn 
secrétaire  genevois  Claude  Roset  :  «  Double  de  missive  de  M.  (niili.  Farel 
à  Myconius.  » 

*  Voyez,  sur  Jean  Bihit,  professeur  de  grec,  le  t.  W.  288,  YI,  180. 

■^  Guillaume  Pastel  (1505-1581)  aussi  connu  par  son  profond  savoir  (juc 
par  ses  rêveries,  était  né  de  parents  obscurs,  dans  un  village  de  la  Nor- 
mandie. Orphelin  de  très  bonne  lieure,  il  lutta  jiendant  jilusicurs  années 
contre  la  misère.  Mais  étant  devenu  domestique  du  professeur  Jea}i  Gelida. 
à  Paris,  il  put  entin  étudier  au  collège  de  Ste-Barbe,  où  il  ])rofessa  bientôt 
lui-même,  grâce  au  don  extraordinaire  qu'il  avait  pour  la  linguistique.  En 
1535,  il  accompagna  à  Constantin()])le  l'ambassadeur  Jean  de  la  Forest,  et 
fut  chargé  par  François  I  de  recueillir  des  manuscrits  en  Asie.  Il  profita 
de  cette  mission  pour  étudier  plusieurs  langues  de  l'Orient,  et,  à  son 
retour  en  France,  il  acquit  la  réjjutation  un  peu  surfaite  de  savant  univer- 
sel. En  1538,  il  fut  nommé  «  professeur  royal  «  pour  l'enseignement  des 
mathémathiques,  du  grec,  de  l'arabe  et  de  l'hébreu.  Sa  Grammatiat  ara- 
bica parut,  vers  1544?  à  Paris,  in-4'',  s.  a.  C.  Gesner  et  Simler,  o.  c, 
donnent  la  liste  des  nombreux  ouvrages  de  Postel.  (Voy.  La  Croix  du 
Maine  et  du  Verdier.  —  Colomesii  Gallia  orientalis.  —  Nicéron,  o.  c,  \lll, 
295-356.  —  De  Sallengre.  Méni.  d.'  littér.  La  Haye,  1715-17.  3  vol.  — 
Gaillard.  Hist.  de  François  l,  TV,  205-208.  —  Quicherat.  Hist.  du  coll.  de 
Ste-Barbe,  L  167-170.  —  Abel  Lefranc.  Les  origines  du  Collège  de  France. 
Extr.  de  la  Revue  internat,  de  l'Enseignement,  n"  du  15  mai  1890.  ]>]).  14, 
18  du  tirage  à  ])art.) 


332  JEAN  RIBIT  A  CONRAD  PELLICAN,  A  ZURICH.  1543 

et  D.  Th.  Bihluiiidri  aiitoritatc  l'eci,  et  jure  veteris  amicitite  et 
consuetudinis  quœ  mihi  ciim  illo  iiitercesserat '*.  Qiia?  oninia 
clebent  aliqiiid  ponderis!  apiid  hoiniiiem  non  inlinmanum  lia- 
biiisse.  Sed  quid  tanien  effecerini,  nondnm  rescire  potui.  Tanto 
enini  locorum  intervallo  à  nobis  disjunctns  est,  ut  rarô  aut  nun- 
quam  rectà  ad  nos  commeent  illinc'  nuntii.  Sed  spero  tamen 
brevi  aliquid  me  auditurum.  Expectamiis  enini  quotidie  Joan- 
nem  Ciirie  Britonem^  revolaturum  ad  nos,  si  patietnr  valetudo  : 
nam  principio  veris  quartana  cognovinius  ex  nuntio  afflictum 
fuisse.  Si  quid  quoquo  modo  r(»sciero,  id  non  te  celabo,  si  modo 
intellexero  id  tibi  non  ingratum  t'utui'um  esse. 

Jam  de  nostro  statu,  deque  studiorimi  Lmisannensium  ratione, 
meliùs  tibi  coràm  verbis  nuntii  exponent,  quàm  ego  literis.  PU 
sunt  tresfratres  et  studiosi,  inter  quos  excellit  Nicolaus',  acu- 
tus  disputator,  et  diligenter  Liitetiee  in  Dialectica  Aristotelis 
versatus.  Vixit  hîc  admodum  integerrimè  et  duMiir-Mç.  De 
dmle  Metensimn'^  ar])itror  vos  nimirum  vera  audisse,  quare 
illis  supersedendum  ar])iti'or.  Dominus  ulciscetur,  cum  illi  visum 
fuerit,  non  ad  ])rapscri])tum  bumanum.  Nescio  an  debeam  quic- 
(luid  de  rumoribiis  Gallùe  scribere  :  (Xefilio  Princijns  Turcannn 
in  Oalliam  hrevi  venturo^,  cui  aiunt  regeni  Francorum  tiliam 
suam  in  matrimonium  daturum,  simul  ac  ille  Baptisnuim  acce- 

^  Ce  voyage  de  Eibit  à  Zurich,  en  1538,  eut  probablement  lieu  à  l'occa- 
sion de  son  mariage.  Sa  femme  était  zuricoise  et  s'a])pelait  Agnès  Bosin. 

*  C'est  un  indice  que  Ribit  avait  étudié  à  Paris  dans  le  même  collège 
que  Postel.  On  peut  aussi  en  inférer  que  celui-ci  n'était  pas  né  en  1475, 
comme  le  disent  quelques-uns  de  ses  biographes. 

°  C'est-à-dire,  de  Paris,  où  résidait  Guillaume  Postel. 

®  Ce  personnage,  qui  avait  ])récédemment  séjourné  à  Strasbourg, 
semble-t-il  (VI,  117,  168),  puis  à  Lausanne,  devait  revenir  de  sa  patrie, 
la  Bretagne,  en  s'arrêtant  à  Paris;  autrement,  Ribit  n'aurait  pas  espéré 
qu'il  lui  apporterait  des  nouvelles  de  Postel. 

'  Personnage  inconnu. 

®  Allusion  aux  événements  du  25  mars  et  jours  suivants  (N"'  1216, 
1217). 

^  De  Hammer,  o.  c.  t.  \',  ne  mentionne  ])as  cette  ambassade.  De  ])areilles 
rumeurs  avaient  circulé  en  15.S5,  lorsqu'une  ambassade  turque  vint  à 
Paris.  «  Le  bruit  estoit  qu'llz  estoient  venuz  de  par  le  Turcq  [c.  à  d.  le 
sultan  SoUinan]  i)our  i)rendre  alliance  avec  le  Roy  par  mariage,  et  pour 
soy  faire  bai)tiser,  luy  et  son  tilz...  »  (Journal  d'un  bourgeois  de  Paris, 
p.  440.  Voy.  aussi  GuiUrey.  Cronique  de  François  I,  p.  133). 


ioi:3    LE  CONSEIL  DE  GENÈVE  A.  GUILLAUME  FAKEL  [A  STRASIIOURG'.     333 

Ijt'i'it  Cliristiauuni.  Alii  (lissi])aruiit,  cuiii  idcirco  iii  Gallkun 
vontuniin,  qiiôd  cliœradibus '"  (loformatiis  sit,  qiias  Francornm 
reges  soient  tollcrc  et  ixM'sanarc.  So(J  iiiccrti  riiinoros  suiit  xoci 
ààérjizoxoi.  lllud  iiiiiiis  vcruiii,  Turaoïi  a|)j)arai-('  iiiaxiiiiaiu  clas- 
sem.  Dous  ot  Doniiuiis  domiiiaiitiiiin  ])ono  vertat!  Valc  Cliristus 
te  suo  spiritu  ([uotidic  magis  ac  magis  ciiinulot!  Aiiuni.  Vcliin 
mihi  saintes,  si  non  est  niolestnni,  Michaëlem  Adamum^^,  qneni 
abhinc  quinqnenninm  liospes  novns  liospitem  novum  donii  tiue 
vidi.  (Lausannse)  22  Aprilis  1543. 

Tnns  JoANNES  Pubittus. 


1224 

LE  CONSEIL  DE  (jENÈVE  à  Guillaume  Farel  [à  Strasbourg]. 
De  Genève,  24  avril  1543. 

Manuscrit  orig.  '  Bil»].  des  past(Hirs  do  Neuchâtel.  Jouas  Boyve. 
Annales  hist.  de  Neuchâtel,  II,  4oô.  Calv.  0pp.  XI,  5o6. 

jNIaystre  Guillaume,  a])i)rès  nous  ostre  de  fort  bien  bon  cueuv 
recommandé  à  vous,  Pourceque  bavons  appcnx-eu  que,  ainsy  qu'il 
a  pieu  à  Dieu,  havés  heu  quelque  fascherie-,  chose  que  nous  ha 
esté  fort  déplaysante,  —  non  pourtant  '  sûmes  estes  consolés  et 
réjoys  de  sçavoycn*  cornent.  Dieu  mercy,  estyés  en  santé..  Mes, 

'"  Les  écrouelles. 

"  Michel  Adam,  Juif  baptisé,  était  en  1538  l'un  dos  pensionnaires  de 
Pellican.  Il  se  maria  à  Zurich,  et,  sur  le  conseil  de  son  ancien  hôte,  il 
commença  à  reviser  avec  Léoti  Jitde  la  Bible  allemande  publiée  quelques 
années  auparavant  ])ar  les  théologiens  zuricois  (Voy.  l'ouvrage  intitulé  : 
Bekenntnisse  merkwiirdiger  Mànner  von  sich  selbst.  "Winterthur,  1810, 
t.  Al,  p.  148). 

^  De  la  déi)lorable  écriture  du  secrétaire  Pierre  Buffi. 
2  On  lit  dans  le  Registre  du  Conseil  au  16  avril  :  «  Pource  que,  à  ses 
derniers  Pasques  prochaien  passés  [2.5  Mars],  M.  de  Guyse,  pour  le  Roy 
de  France,  en  la  ville  de  Me[t]s  fist  quelque  esclandre  aux  vrays  cristiens..., 
et  pource  que  ^V  (t.  Farel  il  estoyt,...  Résoluz....  que  il  soyt  envoyé  ung 
homme  à  Bnsle,  et  lequelt  pourra  aller  jusque  Extrahourg  trouve[rj 
M"  Guillaume,  pour  sçavoyer  de  la  i)ure  vérité  du  dit  inconvénient...  » 
'  C'est-à-dire,  néanmoins. 


334    [GUILLAUME  VIROT]  AUX  RÉFUGIÉS  MESSINS,  A  STRASBOURG.   1543 

pour  aiiltaiit  que  ne  siiinos  véritablomont  informés  de  la  totale 
et  ])iir('  vérité  de  vous  atfères,  nous  envoyons  par  devers  vous 
ce  présent  i)orteur,  par  U^pu^lt  vous  playra  nous  advertyr  tout 
aut  long  d(>s  alïeres  '\  Et  si  havés  besoieng  de  clios<>  que  nous 
puyssions  vous  ayder,  nous  vous  ])ryons  nous  en  advertyr.  Et 
de  nostre  jjovoyer  vous  voilons  assistyr  et  ayder  de  très  bon 
cueur,  duquelt  prions  nostre  bon  Dieu  il  luy  ])layse  voz  préser- 
ver. De  Genève,  ce  24  Aprilis-^  1543. 

Voz  bons  aniys 
Les  Scindicques  et  Conseyl  de  Genève. 

(Siiscriptioti  :)  A  Maystre  GuillanuK»  Farel,  Ministre  euvangé- 
lique,  nostre  bon  et  singulier  aniy". 


1225 


[GUILLAUME  VIROT]  aiix  réfugiés  messins,  à  Strasbourg. 
De  Metz,  27  avril  1543. 

xMANQUE 

Paul  Ferry  (Observations  séculaires,  II,  i^  410,  Bibl.  de  Metz)  en 

donne  \o  résumé  suivant,   que  M.  le  bibliothécaire  H(Miri 

Burtin  a  bien  voulu  transcrire  pour  nous  : 

'(  Une  lettre^  allemande  et  traduite  du  Prédkant  de  Metz\ 

cscrite  de  Metz  le  27  d'Avril...  1543  aux  bourgeois  de  Metz  qui 

demeuroient  lors  à  Strashourr/  -,  par  laquelle  il  leur  donne  advis 

que  nos  S(>igneurs  ne  s'estonnent  pas  -^  des  grandes  lettres  ny  de 

*  Le  Conseil  de  Genève  fut  exactement  informé  par  la  copie  de  la  lettre 
de  Farel  du  20  avril,  adressée  à  Myconius  (N"  1222). 

^  La  Vie  manuscrite  de  Farel  par  Olivier  Perrot  ])orte  :  24  Aoust,  — • 
erreur  qui  a  passé  dans  les  Annales  de  Boyve. 

®  Farel  répondit  le  31  mai  (N"  1238). 

'  Note  de  Paul  Ferry  :  «  Je  pense  que  c'est  Guillaume  Virot,  duquel 
j'ay  plusieurs  lettres  eserites  à  Farel  en  ce  mois  d'Avril  1543  et  celuy  de 
May,  par  lesquelles  appert  qu'il  y  preschoit.  »  Cf.  t.  V,  p.  359. 

^  Dans  le  nombre  de  ces  réfugiés  messins  on  comptait  ceux  qui  avaient 
été  bannis  de  Metz  en  janvier  1543. 

'  Ne  fout  ])as  uraiid  cas,  etc. 


loi3    [GUILLAUMb;  VIUOTJ  AUX  RÉFUGIÉS  MESSINS,  A  STRASHOURG.    'Mi5 

boaucouj)  de  sceaux;  (iiic  la  lettre*  aj)i)Oi'tée  par  le  mossager  (1(» 
Strasbourg  avoit  esté  délivrée  au  maistre-Esclieviii  et  Trèze 
Jurés  le  jour  de  la  Saint  Marc":  (|iriiic<)utiiient  avoit  esté  tenu 
conseil  en  Fabsence  de  deux  (qu'il  a])])elle  Ruprecht  du  Coq  et 
celuy  de  Paris),  après  leiiuel  avoit  <'sté  fait  défense,  par  les  sieurs 
de  T(dlange,  Nicolas  de  Gournay  et  de  VïUer,  à  frère  Veltlii  '  de 
prescher  le  dit  jour  de  Saint  Marc  :  ce  ([ui  a  donné  grand  scan- 
dale, d'autant  ([u'il  avoit  le  joui-  aui)aravant  adverty  le  |)euple 
(|ii"il  pr(>scheroit  le  lendemain  ai)rès  niidyjet  il  luy  avoit  esté 
jx'rmis  les  rlimanches  et  les  festes).  A  cause  de  (juoy  i)lusieurs, 
coninu^  vous  sçavez,  dit-il.  murmurèrent  que  Caroli  presclioit 
toujours  contre  l'honneur  de  l'Évangile  et  des  Protestants**; 
([u'il  n"estoit  pas  grand  bruit  de  ceux  de  Gorze;  que  la  garnison 
estoit  changée  ^  par  laquelle  avoit  été  pillé  un  village  ai)part(>- 
nant  au  dit  sieur  de  T(dleii(je,  et  le  bestail  emmené;  que  cornuK^ 
il  avoit  achevé  ceste  lettre,  le  dit  sieur  de  Tallange  avoit  aussy 
detïendu  au  Ministre  de  jjrescher  le  jour  ensuivant'",  et  à  luy 
(jui  escrivoit,  le  jour  de  Saint  Jacques",  premi<n-  d(^  May,  ny  o\\ 

*  La  lettre  de  Strashours  du  15  Avril  1543  (Note  de  Ferry).  Meurisse, 
dit,  p.  87-88  :  «  En  suite  de  la  résolution  qui  avoit  esté  prise  par  les  dépu- 
tez de  Metz,  en  l'assemblée...  tenue  [le  16  Mars]  au  sujet  du  Comte  de 
Furstemberg,  d'envoyer  ù  Nuremberg,  où  les  Protestants  d'Allemagne 
estoient  assemblez,  affin  d'implorer  leur  assistance  et  de  mettre  la  ville  de 
Metz  sous  leur  protection,  —  ceux  de  Slrnshourg  et  le  ('o)nte  de  Xas-saii 
[Guillaume?]  prenoient  grand  seing...  de  donner  avis  à  ceux  de  Metz  de  la 
continuation  et  du  temps  de  la  rui)ture  de  cette  assemblée,  tant  atin  de 
li'ur  faire  connoistre  qu'ils  jjrenoient  i)art  en  leurs  atfaires,  que  iKJUr  les 
engager  à  une  députation  qui  ne  pouvoit  produire  qu'une  plus  forte  union 
entre  la  ville  de  Metz  et  eux...  Les  lettres  de  ceux  de  Strasbourg  escrites  à 
ce  sujet  sont  dattées  du  6'"'-  et  du  15'"''  d'Avril,  et  celles  du  Comte  de 
Nassau  d'un  Yendredy  feste  de  S.  Médard  [8  Juin]  de  l'an  154:).  » 

°  Hichard  de  Raigecourt. 

®  C'est-à-dire,  le  25  avril. 

'  Note  de  Ferry  :  «  Valetifi)i  ou  \V(dtriit  Dubois.  J'ay  ouy  dire  à. 
M.  de  Gournay,  ]\Iaistre-Eschevin,  que  ce  TaUnnge,  qui  estoit  Thiébaud 
de  Gournay,  estoit  du  reste  fort  ennemy  des  François  et  ne  voulut  jamais 
demeurer  à  Metz  après  la  réduction  d'icelle.  » 

*  N"''  1218,  renvoi  de  note  5;  1222,  renvois  de  note  5.3-55. 

^  C'est-à-dire,  que  les  Bourguignons  avaient  remplacé  à  Gorze  les  Fran- 
çais du  comte  d'Aumale  (N"  121G,  n.  13). 
1°  Le  28  avril,  fête  de  S.  Vital,  martyr. 
"  S.  Jacques  le  Mineur.  Sa  fête  se  célèbre  le  1''  mai  chez  les  Latins. 


336  BÉAT  COMTE  A  NICOLAS  DE  WATTEVILLE,  A  BERNE.  1543 

ceux  de  Saint  Urbain  et  de  ^Ascension'^  disant  qu'il  n'est  à 
propos  de  prescher  es  dits  jours,  démonstrant  par  là  la  bonne 
volonté  qu'il  porte  à  la  parole  de  Dieu.  Et  a  aussy  deffendu  d(; 
plus  chanter  les  psecmmes,  mais  que  le  peuple  ne  s'en  peut  dé- 
porter'^  » 


BÉAT  COMTE  à  NJcolas  de  Watteville\  à  Berne. 
De  Lausanne,  27  avril  1543. 

Autographe.  Communiquée  par  M.  de  Watteville-de  Diesbach^ 

Frigide  sanè  volvit  Erasimts^  sacras  literas,  quum  non  ani- 
madvertit  Paulum  dicere,  nullum  legi  esse  obstrictum,  antequam 
lata  atque  jjromulgata  fuerit  ipsa'  :  aut  inique  et  maliciosè 
nimis  dissimulât,  quando  sic  pertinaciter  illis  nos  legibus 
obnoxios  facit,  etiam  i)riusquam  ad  nos  illffi  vel  pervenissent  vel 
pervenire  potuissent\  Quod  dum  facit,  apertam,  haud  dubiè, 
prsebet  signiticationem  summœ"  suœ  erga  me  malevolontiœ, 

'2  La  fête  de  S.  Urbain,  pape,  se  célèbre  le  25  mai.  L'AscensioD,  en 
1543,  fut  le  3  mai. 

"  A  comparer  avec  le  t.  M.,  p.  279,  renvoi  de  note  5. 
1  Voj-ez,  sur  Béat  Comte,  pasteur  à  Lausanne,  les  Indices  des  tomes 
IV-\TI,  et,  sur  Nicolas  de  Watteville,  le  N"  710,  note  1  (t.  Y,  p.  9). 

^  Quelques  mois  après  que  le  manuscrit  original  nous  eut  été  généreu- 
sement communiqué,  la  présente  lettre  a  paru  dans  les  Stuâien  miâ  Kri- 
tiken.  1863,  III,  547.  Le  texte  publié  par  cette  revue  a  été  reproduit  dans 
les  Calvini  0pp.,  éd.  de  Brunswick,  XI,  537. 

*  Érasme  Bitfer,  pasteur  à  Berne.  —  La  présence  d'Érasme  Corneille 
à  Lausanne  en  1542  et  1548  est  douteuse*.  Fût-elle  prouvée,  on  ne  voit 
pas  à  quel  titre  ce  régent  de  collège  aurait  pu  s'immiscer  dans  les  affaires 
ecclésiastiques. 

*  Allusion  à  l'Épître  aux  Romains,  II,  12. 

^  Nous  ignorons  de  quel  règlement  ecclésiastique  ou  de  quelle  décision 
du  Conseil  de  Berne  il  s'agit  ici. 


b' 


®  Summœ  est  omis  dans  l'édition  de  Brunswick. 

*  Nous  craigiioiis  de  l'avoir  confondu,  dans  les  t.  "\'I  et  VII,  avec  son  frère  Jean  ou 
avec  Érasme  Comier. 


1343  BÉAT  COMTE  A  .NICOLAS  DE  WATTEMLLE,  A  BERNE.  337 

planéquo  testatuin  facit  se  odio  nostrî  ebrium  "  esse.  Undc  autcm 
odium  illiid  contraxorit,  iiulla  certè  ratione  ])0ssum  conjiccre. 
Nisi  forte  illi  factus  siini  iiiimicus  qi^ôd  aniio  supoi'iore,  dnni 
illiiis  valetudiiiem  curarem  diligonter,  luillis  mois  noqiu»  labori- 
biis  iiequo  sumi)til)iis  pejxn-ci  **  :  atque  idco  liane  niihi  mine  gra- 

tiani  homo "  gratissinius  refert.  Vorùm  âge  :  perforamus  et 

nos  cum  Kustico  morsnm  serpentis  illiiis,  qiieni  olini  i)iè  et 
admodum  officiosè  in  sinii  fovimus. 

Cœterùm  lia?e  ad  te  non  seribo,  vir  niihi  observande,  (piôd 
honestum  i)utem  etiam  de  malis  malè  dicere,  id  enim  semijor 
alienum  esse  duxi  ab  offieio  ])oni  viri.  quôdque  ex  eo  vohi])tateni 
capiam  aliquam  ;  sod  id  i)ropterea  scri])o,  quod  plurimùni  mea 
referre  existiniem,  nt  intcllcgas  quàm  justas  sui  in  me  odii  eaus- 
sas  vir  illi»  liabeat,  cujus  benevolentiam  neque  magno])ere 
expeto,  neque  odium  reformido,  et  eujus  eonatus  omnes  sus 
])lanè  atque  de  fero'".  Itaque  non  tam  dolui  propter  alionatum 
à  me  Erasmum,  quàm  verè  atque  ex  animo  sum  gavisus,  ob  be- 
nevolentiam illam  singularem  qua  me  vir  ille  sanetissimus  et 
doetissimus  P.  Conclienus^^  comi)lectitur.  Hîc  enim  lucrumfaeio 
paucis  eredendum,  at  illie  ne  vitiosœ  quidem  nueis  jacturam  '-. 
Porrô  quum  hœe  omnia  tibi  jam  satis  cognita  sint  atque  per- 

^  Ibidem  :  ohrium. 

^  Béat  Comte  était  très  réputé  comme  médecin.  En  1540,  il  avait  été 
consulté  par  le  gouvernement  bernois  pour  un  cas  de  médecine  légale.  En 
1544,  il  se  plaignait  de  «  l'innombrable  multitude  »  de  gens  qui  récla- 
maient ses  soins  médicaux.  Il  n'y  aurait  donc  i)as  lieu  d'être  surpris  de  ce 
qu'il  eût  fait  un  voyage  à  Berne  en  1542,  pour  y  soigner  des  malades  et 
spécialement  Érasme  Bitter.  Les  médecins  n'abondaient  pas  à  Berne.  Le 
pasteur  Jean  Volât  y  fut  ajipelé,  vers  1550,  et  retenu  comme  «  médecin 
de  la  ville.  » 

®  Il  y  a  ici,  avant  la  fin  de  la  ligne,  un  blanc  qui  a  la  valeur  des  points 
suspensifs,  ou  qui  devait  peut-être,  ajirès  homo,  suggérer  le  mot  nihili. 

'"  Le  premier  éditeur  de  la  présente  lettre  ne  paraît  pas  avoir  reconnu 
ici  une  variante  de  la  locution  susque  âeque  fero  (équivalent  de  negliqo 
ou  de  contemno),  et  il  a  rendu  cette  phrase  comme  il  suit  :  «  et  cujus 
eonatus  omnes  scis  plane  atque  defero.  » 

^'  Pierre  Kuntz,  qui  avait  été  l'un  des  juges  de  Béat  Comte,  le  19  jan- 
vier (N"  1198).  Ce  parallèle  entre  Kuntz  et  Érasme  donne  à  penser  (jue 
c'est  bien  ^''Erasme  Bitter  qu'il  est  question  dans  toute  la  lettre. 

^*  Il  fallait  que  Béat  Comte  se  sentit  fortement  a])puyé  à  Berne,  pour 
qu'il  osât  parler  avec  tant  de  mépris  d'un  pasteur  très  influent. 

T.  VIII.  22 


338  ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN   CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 

specta,  qiiumqiie  intcllogas  œquissiniam  osse  caussam  iiostram, 
in  qiia  nobis  tantopero  roluctatur  Erasmus,  à  te  peto  et  à  tuis 
oniinbus  amicis,  ut  œqiiitati  caussse  nostrse  adesse  velitis  :  neque 
peto  à  vobis  quicquam,  nisi  quod  videbitur  bonum  omniiio  et 
sequum.  Denique  id  date  operam,  ne  nos  magis  premat  iinius 
odium,  quàm  sublevare  totius  caussae  bonitas  possit.  Vale,  et 
Beatitm  tui  observantissimum  amare  perge.  Laus.  5.  Cal.  Maias 

M.  D.XLIII. 

Tuus  ex  asse  B.  Comes  donzarensis. 

(Inscriptio  :)  D.  Nicolao  Wattevillio,  viro  prudentissimo  et 
mihi  imprimis  colendo.  Bernae. 


1226 

ANTOINE  FUMÉE  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
(De  Paris,  au  mois  d'avril  1543.) 

Manuscrit  orig.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n°  110.  Calv.  0pp. 

XI,  538. 

Redditse  sunt  mihi  literœ  tuae  unà  cum  libelle  '  ad  14.  Cal. 
Apriles,  quibus  profectô  duobus  supra  modum  delectatus  sum, 
literis  quidem,  quibus  de  tua  valetudine  certior  sum  factus, 
libello  verô,  quo  te  non  tani  publicis  civitatis  negociis  distrahi 
(quod  verebar)  intellexi,  quin  ctiam  in  plurimum  vaces  Evange- 
lio.  Tu  equidem  prohè  nostl  quant  liodie  personam  snstineas,  et 
quàm  multi  etimu  hîc  apiul  nos  propè  uh  ore  kio  pendeant,  qui 
certè  tua  legentes  mirum  in  modum  affimmtur  -.  Ego  verô,  quia 
non  tuis  solîim  scriptis  delector,  sed  et  impensiùs  gaudeo  quod 
ea  à  nostris  ita  amplecti  ac  deosculari  plané  videam,  non  desi- 
nani  te  hortari  semper  atque  admonere  ut  in  tutanda  orthodoxie 
tidei  doctrina  persévères,  ne  quidquam  temporis  aliis  expediendis 
rébus  commutes.  Tu  q^ii  mine  sedes  in  puppi  clavum  tenens, 

*  Le  livre  contre  Albert  Pighius  (N"  1206). 

^  Calvin  savait  déjà  que  ses  livres  n'étaient  pas  inutiles  en  France 
<N''  1207,  renv.  de  n.  .5). 


1543  ANTOINE  FUMÉE  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  IVM) 

cave  quo(_ii(((iii,  dïmoveas  oculos  :  timi  cnini  ignoras  qiuiidis  in 
Jiuctihas  navis  nostra  versetur.  Sed  de  liis  liacteiuis.  Sus  oniin, 
quod  aiuiit,  Minorvani  docct.  ^      ,      , 

Quod  autem  ad  tnion  lihcUiu)i  attiiiot,  qiiôd  in  teraporo  accopi 
quo  per  otiinii  h^gore  licorct,  ciiiii  jaiii  noiimilla  logissein,  siil)iit 
in  montem  oxistimare,  si  aliiis  liœc  scni)sissot,  otniteintus  nos- 
sem  et  in  cide\  te  Pigliium  illum  tiium  tanfiuani  nionstruni 
aliquod  quod  devincires  commentum  fuisse.  Nonduni  enim  inno- 
tuit  ai)ud  nos  Pigldus  (juod  rcsciverim,  •  et  quisquis  fuit  ille 
bonus  vir,  jn-^ter  speni  nobis,  ut  Thomas  Ecclesiœ,  profuit.  Ille 
tuos  forte  nonnihil  remissos  movit  aculeos,  eli'ecitque  ut  ea  (jute 
tu  forte  tanquam  minicula  nec  minus  plerisque  utilia  neglexeras, 
sedulo  nunc  colligeres  omni})usque  tandem,  quantum  eonjicere 
])Ossum,  plané  satisfaceres.  Hic  autem  tuus  lihellus  non  alterius 
à  te  liheUi''  expectationem  prœcidit,  sed  jure  distidit.  Si  quid  à  te 
jure  antiquse  nostme  amicitia:'  liberiùs  postulo  quàm  deceat, 
velim  ne  morem  géras,  sed  quod  melius  nosti  magis  in  commune 
ut  consulas  rogo. 

Duni  autem  luidi  illi  nostri  einaireoli  de  quibus  scri])seram' 
desinunt  nobis  negocium  facessere,  sidntd  ohorta  est  nohis  nova 
qucedam  i)ersecutîo  atque  ccdamitas.  Nostri  XpL'jrou.txarLyeç 
tandem  farorem  suiim  in,  x)arocJmm  quendam  nostne  nrhis, 
vintin,  bonuni  et  fidelem,  verhi  Domini  fidiun  ac  perseveranteni 
préedicatoreni,  exercuerunt,  eimique  carceri  mancipay-imt,  non 
sine  magna  (mihi  crede)  y.a--nyo\>u.é)j(3^v  jadiira^.  Ecdesia  sine 
intermissione  orat,  necdum  quis  rei  exitus  sit  futurus  eonjicere 
licet.  Hœc  res  enim  ad  multos  nianat.  Ille,  prietcn*  id  quod  fidus 
erat  verbi  Domini  interpres,  summus  mihi  atque  intimus  erat, 
dudumque  simul  amicitiam  ini(n'amus,  quœ  bonis  auspicata  ini- 
tiis,  nemi)('  ])ro])ter  Verbum,  iisdem  hactenus  coaluerat.  Projjter 

'  Nouvel  indice  des  relations  personnelles  et  d'intime  amitié  qui 
s'étaient  établies,  à  Orléans,  entre  Calvin  et  Antoine  Fumée  (N"  ll'.il, 
n.  1). 

■*  Allusion  au  livre  que  le  Réformateur  voulait  composer  contre  les 
esprits- forts  et  les  Libertins  (X"  1191,  n.  5,  7). 

^  N"  1191,  renvois  de  note  5,  6. 

*  Ou  a  quelques  raisons  de  croire  qu'il  est  ici  question  de  François 
Landry,  curé  de  Ste-Croix,  qui  fut  em])risonné,  le  15  mars  1513,  au 
monastère  St.-Martin-des-Champs  (VIT,  370-371.  —  Bulletin  de  l'hist.  du 
Prot.  franc.,  1888,  pp.  248-252,  255-260). 


340       LE  CONSEIL  DE  BERNE  AL"  PARLEMENT  DE  DOLE.       1543 

illum  veliemcnter  sum  commotus  atqiie  ita  defatigatus,  ut  vix 
animum  ad  scribendum  potiierim  instituere  :  sed  hoc  maxime 
ad  scribendum  coniirmavit  quôd  te  idoneum  amicum  existimavi, 
in  cujus  sinum  meum  liunc  dolorem  deponerem.  Hac  causa  ita 
derepente  obturbati  sumus,  ut  etiam  nobis  ipsis  defuerimus.  Sed 
non  defuit  Dominus  nec  deerit.  Intérim  indesinenter  rogabimus 
ut  exsurgat  ipse  causam  suam  judicaturus.  Non  possum  nunc 
aliis  de  rébus  ad  te  scribere.  Vale  et  me  semper,  ut  facis,  ama. 
Tuas  pro  nobis  preces  vehementer  etiam  atque  etiam  rogo. 

Tuus  Capnius. 

Mitto  ad  te  7:ocpda>pccGLv  nonnullorum  psalmorum  quam  lusit 
meus  quondam  sodalis  et  amicus. 


4227 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  au  Parlement  de  Dole. 

De  Berne,  7  mai  1543. 

Inédite.  Minute  originale.  Archives  de  Berne. 

Nobles,  etc.  Nous  sommes  advertis  de  la  détention  d'ung 
nommé  Claude  Girardln,  de  Vitry  ',  en  vous  prisons  de  Vezou-, 
pour  avoir  tenu  quelque  propos  de  nostre  Loy  et  mode  de  vivre 
en  la  religion,  sans  d'aultre  crime  estre  intitulé.  Dont  fsy  ainsy 
est  et  qu'il  n'y  a  aultre  offence)  vous  prions  que,  pour  Thonneur 
et  amour  de  nouz,  il  vous  plaise  relâcher  le  d.  détenu  :  vous  asseu- 
rantz  que  en  aultre  endroict  [nous]  nous  employerons  à  reveoir 
le  bien  que,  à  nostre  requeste,  luy  sera  faict^  Priant  Nostre 
Seigneur  qu'il  vous  ayt,  magnifficques  Seigneurs  et  bons  voysins, 
en  sa  saincte  protection.  Datum  7"  Mail  1543. 

L'Advoyer  et  Conseil  de  Berne. 

'  Vitry  est  une  ville  de  la  Champagne.  Un  Jérôme  Girarâin,  éta1)li 
dans  la  même  province,  à  Troyes,  est  mentionné  dans  la  France  protes- 
tante d'Henri  Bordier,  III,  742. 

^  Vesoul  en  Franche-Comté,  à  11  1.  N.  de  Besançon. 

'  Nous  ignorons  quel  fut  le  résultat  de  l'intervention  des  Bernois. 


1543  PHILIPPE  MÉLANCHTHON  A.  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  341 


1228^ 

PHILIPPE  MÉLANCHTHON  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Bonn,  11  mai  (1543). 

Calvini  Epistolie  ot  Ros]).  1575,  p.  279,  Calv.  0pp.  XI,  540. 

Ex  mmdinis  Frarwfordievsibiis  epistola  ad  me  tua  transmissa 
est,  exempla  verb  ediii  seripti^  ^>on,  sunt  allata,  tardiîis  enim 
Francfordiam  allata  fueraiit.  Postea  Bomiœ  apiid  D.  Biicerum- 
nactus  exeinphim,  vidi  r/jv  Tr/soa-œrj'v/îo-iv  ^  ad  nio,  et  subito  bonam 
pai'tem  disputationis  ovolvi.  Qiiôd  autem  lionorifico  testimonio 
nie^  oruaris,  et  de  tota  re,  non  solùm  piè,  sed  etiam  eloquenter 
disserueris,  de  utraque  re,  videlicet  de  mea  gratitudine,  et  de 
ipsa  disputatione  coràni  nos,  ut  soliti  sumus  quoties  unà  fuimus, 
prolixe  colloqui  posse  oj)tarim  :  etsi  enim  tantùm  vel  ingcnii  vel 
doctrinae  niihi  non  arrogo  quantum  tribuis,  et  nos  imprimis  in 
Ecclesia  agnoscere  imbecillitatem  nostram  decet  :  tamen  henevo- 
lentia  erga  me  tua  vehementer  delector,  tïbique  gratiam  haheo 
quod  in  sa'ipto  Incidento,  tanquam  in  illustri  positam  loco, 
extase  significatiouem  amoris  erga  me  tui  voluisti.  Gh'atum  mihi 
et  ïllud  testimouium  tuum  esse  ingemièfateor,  quod  me  et  amare 
etquserere  simplicitatem  dicis-'.  Nani  prtedicare  bona  conscientia 

^  La  foire  de  Francfort  avait  duré  du  1"  au  20  mars.  L'un  des  mar- 
chands qui  en  revennicnt  avait  remis  à  Mélanclitliou  la  lettre  de  Calvin 
du  If)  février  (N"  1207),  mais  sans  les  exemplaires  du  livre  de  celui-ci 
dirigé  contre  Pighius  (N"  1206). 

^  Voyez  la  fin  de  la  présente  lettre. 

*  La  dédicace  du  susdit  ouvrage  de  Calvin. 

*  Ce  mot  est  omis  dans  l'édition  de  Brunswick. 

^  On  lit  dans  la  dédicace  précitée  :  «  Quantum...  à  vcrsutis,  obliquisque 
in  disputando  artihus,  qupe  claris  alioqui  apertisque  rébus  tenebras  obdu- 
cant,  ab  omni  denique  fuco  et  sophistica  abhorres,  tantùm  tibi  placet 
nuda  ingenuaque  perspicuitas,  qupe  rem,  sine  ullis  involucris,  ante  oculos 
statuât  atque  ex])onat...  Atque  lise  tua...  virtus...  magnam  sa^pe  mihi 
admirationem  movit,  quod  cùm  incredibili  perspicacia  excellas,  simplici- 
tate  tamen  nihil  habeas  autiquius.  » 


342  PHILIPPE  MÉLANCHTHON  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  1543 

possiim  fuisse  hoc  meum  studium,  cum  iiiitio  liariim  contcutio- 
iiiim,  milita  horridiiis  et  intricatiùs  disputarentiir,  ut  excerpe- 
rem  res  utiles,  easque,  ex  illa  caligine  evolutas.  quantum  possem, 
plané  et  dextvè  recitarem.  Nec  rarô  illud  Eurijjidis  niilii  venit 
in  mentem  :  'Ec-S-/cv  zb  axr^éç,  et  âVoçjoy  zb  u.r,  ay.'fkç  :  nec  nihil 
periculi  adii  dum  quiedam  prsecidi  confragosiora  :  retinui  verô 
et  illustravi  utilia,  quod  tamen  verecundè  feci,  ne  irritatis  vehe- 
mentioribus  ingeniis,  discordias  magis  inflammarem.  Fuit  enim 
hoc  quoque  mihi  cur?e,  nostrum,  hoc  est  Ecclesiœ  consensum,  in 
majoribus  causis  ut  tuerer".  Vides  enim  qiiàm  multse  aliie  causse 
utilissimae  motœ  sint  :  ut  autem  ducum  ars  est  leviora  et  r^dpepyoL 
interdum  relinquere,  ne  impediantur  in  persequendis  necessa- 
riis,  ita  nobis  videndum  est  de  quibus  rébus  maxime  dimican- 
dum  sit. 

Pontilices  majori  spe  quàm  un(iuam  suas  sidrj)Ao[xayiaç  prnpug- 
nant.  Arbitrantur  enim  stultitia  nostrorum  Principum  nostva 
dogmata  ruitura  esse,  quos  vident  implicari  bellis  civilibus  et 
irritare  Carolum  hactenus  cessantem  et  quasi  fugitantem  bella 
(jermanica.  Etsi  hoc  tanto  malo  moveor,  quod  quidem  s?epe 
pra?dixi  vaticinans,  où  p-avri-A-ç,  àllx  (filoaoffiazr^i  eudi^oiv,  cum 
Principum  irolv-payuoaùyr^v  et  alios  morbos  viderem  :  tamen 
scio  Deum  inter  fatales  Imperiorum  tumultus  ecclesiam  suam 
servare  mirabiliter.  Non  igitur  frangamur  animis,  sed  dum  pos- 
sumus,  sonemus,  ut  conversus  latro  in  cruce,  doctrinam  de 
Filio  Dei,  deque  arcana  sapientia,  quae  est  Ecclesiœ  propria,  de 
magnitudine  humante  iniirmitatis,  de  pœnitentia  et  fiducia  pro- 
missae  misericordiœ  propter  Filium,  de  vera  invocatione  et  veris 
Ecclesice  virtutibus,  de  mysteriis  non  polluendis,  de  Ecclesiae 
politia,  non  illa  quam  fingunt  Pontifices,  sed  qualis  fuit 
Prophetarum  et  Apostolorum,  denique  de  vita  aeterna.  Ad  harum 
maodmarum  rermn  doctrinam  ornandam  transferas  velim  elo- 
quentiam  tua»)  :  quœ  et  confirmare  nostros,  et  terrere  adversa- 
rios  et  sanabilcs  juvare  poterit.  Ctijus  est  enim  oratio  hoc 
temiwre  in  disputando,  vel  nervosior,  vel  s]]ilendidior'f  Nostra 

®  Les  convictions  religieuses  de  Mélanchthon  étaient  en  si  parfoite  har- 
monie avec  celles  de  Calvin,  même  sur  la  doctrine  de  la  sainte  Cène,  que 
celui-ci  pouvait  écrire,  en  1540,  au  pasteur  de  Payerne  :  «  De  ipso  [Me- 
lanchihone]  nihil  duhita,  quin  penitîis  iiobiscum  sentiat  »  (VI,  414,  n.  68- 
69;  428,  ronv.  de  n.  29-31). 


1343  PHILIPPE  MÉLANCUTHON  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  343 

vcl  i)ropter  ingeiiii  infii-mitatem,  vol  jji'optor  eas  arumiias  qui- 
bus  consiimpta  est  natiu'œ  vis,  si  qiia  fuit,  est  s(juali(iioi',  Magno- 
pere  igitur  gaiuloo,  diviiiitus  te  ad  Evangelii  oxplicationein 
oxcitatiim  esse,  teqiie  illa  Aj)Ostoli''voco  adhortor  quain  scribit 
ad  Timothceum  :  [/.ri  àuélst  zolt  i'j  uoi  yxpiaij.oc.zoç;.  Etsi  aiit(>iii 
vidoor  àzpvveiv  ar.eijàcv-.a.,  tanien  ad  confinnandos  aiiimos  bie 
mutiiœ  sou  cobortationes,  sou  consolationos,  praesortim  in  Eccle- 
sia  aliquid  conducunt,  ut  Paulus  se  ait  voile  (7uf/.7ra:/5a/.Xy;5ï5vat 
aliorum  i)ioruin  officiis  ac  conimonofactjono.  Satis  ubiquo  est 
bostium  qui  Domiuo  bollum  iufoi'unt,  qui  nos  doloro  conan- 
tur  :  00  sit  tirmior  consensus  noster,  avu'Xiepx'n  yàp  oîoîzyi 
y.peiacjoiy.  Fortassis  nostra  Germanja  ])aulô  i)ôst  à  Turcis  vas- 
tabitnr  :  quod  si  fiet,  eô  magis  vo])is  alibi  in  loris  tutioribus 
studia  litorarum  excitanda  erunt,  et  pugnandum  vobonnMitiùs, 
ut  in  reliqua  Europa  Evangelii  lucem  accondatis  ot  retinoatis. 
Quod  ad  qucVstioHeni  de  priedestinatioue  ^  babobam  aniicum 
Tuljingœ  doctum  bominoni  Franciscum  Stadiamim^,  qui  dicore 
solebat,  so  utrumquo  probaro,  evenire  omnia  ut  divina  provi- 
dontia  docrevit,  et  tamen  esse  contingentia.  Sose  baec  conciliare 
non  posso.  Ego  cuni  bypotbosin  banc  tenoam,  Doum  non  esse 
causam  poccati,  noc  voile  peccatum.  i)Ostoa  contingentiam  in  bac 
nostra  intii-mitate  judicii  admitto,  ut  sciant  rudes  Davidem  sua 
voluntato  ultro  ruere,  et  eundem  sontio,  cum  baberet  spirituni 
sanctum,  potuisse  eum  retinere,  et  in  ea  lucta  aliquam  esse  volun- 
tatis  actionem.  Hœc  etiani  si  subtiliùs  disputari  possunt,  tannui 
ad  regondas  mentes  hoc  modo  proposita,  accommodata  vidontur, 
Accusemus  ipsi  nostram  voluntatem  cum  labimur,  non  (iua?ra- 
mus  in  Dei  consilio  causam  et  contra  eum  nos  erigamus  ;  scia- 
mus  Deum  et  voile  opitulari  et  adosse  luctantibus .-  y.;v;v  Bélrr 
uov,  inquit  Basilius,  y.y.i  B-sàg  ■npoy.Tzavzi..  Excitotur  ergo  cura 
in  nobis,  ot  laudetur  Dei  imniensa  bonitas,  quum  ot  promisit 

^  A  com]);irpr  avec  le  t.  VI,  p.  81,  ii.  10:  MI,  489,  renv.  ûo  n.  3-4. 

^  Dans  son  livre  contre  Pigliiiis,  Calvin  aniidiicait  (jifil  traiterait  jjIus 
tard  de  la  prédestination.  C'est  un  souvenir  qu'il  ra])j)pllera  en  tête  de 
son  ouvrage  intitulé  :  «  De  feterna  Dei  pniedestinatione....  consensus  Pas- 
torum  Geneveusis  Ecclesise,  a  lo.  Calvino  exj)Ositus.  15.52,  »  in-8". 

®  Frantz  von  Stade,  sous  lequel  ]Mélanclithon  étudia  la  dialectique  à 
l'université  de  Tubingue  (Voy.  Joach.  Camerarii  de  Vita  Melanchthonis 
Xarratio.  Recensuit  Strobelius.  Ilal;t\  1777.  ji.  15). 


344  CONRAD  PELLICAN  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  lo43 

auxilium  et  praestat.  Sed  petentibus,  ut  iiiquit  Domiinis,  hoc  est 
iis  qui  promissionem  iutueiitur.  Nam  à  verbo  Dei  ordiendum 
est,  nec  repugnandum  promissioni,  sed  ei  assentiamur,  née  dis- 
puteraus  antea,  tune  nos  adsensuros  esse  cum  arcanum  decretum 
Dei  nobis  monstratum  fuerit  :  adsentieutem  autem  Deus  adju- 
vat,  qui  per  verbum  est  efficax. 

Hœc  non  scribo  ut  tibi  tradam  quasi  dictata,  homini  et  erudi- 
tissimo  ac  peritissimo  exercitiorum  pietatis.  Et  quidem  scio  heec 
cum  tuis  congruere,  sed  sunt  ny.yyzcpy.  et  ad  usum  accommo- 
data.  Hsec  Bonnse  scripsi  apud  D.  Bucerum,  cum  eô  accersitus 
est  ut  ecclesias  in  Diœcesi  Cohniensi  emeudaret.  Haec  consilia 
Deo  piis  votis  commendes.  Rogo  autem  ut  mihi  signifiées,  an 
hanc  epistolam  acceperis.  Xam  si  intellexero  certô  ad  te  perferri 
meas  literas,  scribam  sœpiiis'".  'AvTtfîw/say  tibi  debeo,  quare  et 
grati  animi  significationem  ostendam.  Bene  vale.  xi.  Maii  (1543), 

Philippus  Melanchthon. 


1229 

CONRAD  PELLICAN  à  Jean  Calvin,  à  Genève. 
De  Zurich,  13  mai  1543. 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Yol.  n''  110.  Calv.  0pp.  XI,  542. 

S.  Soleo,  doctissime  piissimeque  Calvine,  tumultuariè  et  indi- 
ligenter  scribere  :  ideo  me  non  intellexisti  scribentem  de  Bul- 
lingeri  nostri  officio  quod  habet  scribendi  de  rébus  gravibus  et 
])ublicis,  me  autem  de  minutis'  :  ideoque  rarô  scribere  me, 
scientem  nihil  negligi  pcr  BnUingerum.  Nihil  autem  prorsùs 
habet  contra  te,  nec  minimum  quidem,  sed  totus  totum  te  dili- 
git,  observât,  colit,  miratur  et  laudibus  evehit,  sed  magis  in  te 
Deum.  Non  ergo  credas  mo  vohiisse  quicquam  taie  scribere  ad 

"*  Au  comineiiocment  de  juillet  1543,  Calvin  adressa  de  Strasbourg  à 
Mélanclithou  uue  lettre,  à  laquelle  celui-ci  réi)Oiidit  de  Bonii,  le  12  du 
même  mois. 

^  Pellican  fait  allusion  à  sa  lettre  du  3  mars  et  à  la  réponse  de  Calvin 
du  18  avril  (N"*  1209,  1221). 


1543  CONRAD  PELLICAN  A  JEAN  CALVLN,  A  GENÈVE.  345 

te,  quasi  habeat  qiiod  monoat  te  vel  hortetur  vel  querulctur 
prorsùs.  Si  rariîis  scribit,  occupationes  plurime  et  magne  in 
causa  sunt.  Et  quœ  de  Farello  scripsisti  ad  me  gratissima  snnt 
nohis  omnibus  et  persuasissima,  qui  non  credidimus  rumori,  nec 
frutri  scribenti  contra  eum  ^,  quando  eum  Farellum  experti 
sumus  semim'  esse  et  perseverare  virum  Dei  et  nostrorum  aman- 
tissimum,  mei  verb  imprimis  et  BlbJiandri,  à  quibus  niliil 
a[b]scontlisset,  si  quid  habnisset  contra  doctrinam  et  mores 
ecclesise  nostre  et  nos  quoque,  qui  ])ro  suo  [1.  sua]  libertatc  et 
spiïitu  sancto,  proque  dextra  sua  amicicia  ad  nos  nihil  tacuisset 
suo  jure  loqui  et  scribere.  Fueramus  tamen  territi  non  modicè 
ex  falsa  hujusmodi  fama  et  minime  expectata.  Ideoque  tibi  gra- 
tias  agimus  de  sentencia  et  testimoniis  tuis  :  ingénue  rogantes 
ut  si  quid  nos  monendos  aliquando  judicaveris,  vel  tecuni  Fa- 
rellus,  libéré  et  amicè  velis.  Homines  enim  sumus,  sed  pro 
gratia  Christum  interpellamus,  parati  audire  semjjer  meliora 
suadentes,  et  perseverare  in  piorum  amicicia,  quam  maximi 
facimus. 

Audio  te  scripsisse  denuô  De  locis  communïbus  tlieologkis^, 
quos  propediem  avidissimè  legani.  Oro  sic  pergas.  Et  responsio- 
nem  Bei'nardini  nostri  ad  lucen.  [1.  Lucensem]  oboleo  officine 
tue  opusculum  esse\  certè  utilissimum  et  verissimum.  Dominus 
succurrat  electis  et  Ecclesie  sancte,  servetque  te  eidem  diutis- 
simè.  De  alio  quoque  Itah  bene  nos  es  consolatus  \  Plurimùm 
te  salvum  cupiunt  in  Christo  Bullingerus  et  Tlieodorus,  utque 
excusatos  liabeas  quôd  nunc  quoque  non  scribunt,  occupât!  mul- 
tis.  Hic  frater  Angélus'^  linguam  quoque  callet  Gallicam,  ut 

-  Quel  était  le  ministre  qui  avait  signalé  i^ar  écrit  aux  Zuricois  les 
prétendus  i^ropos  de  Farel?  —  On  peut  supposer  que  c'était  Béat  Comte 
ou  André  Zébédée.  Antoine  Marcourt  n'entretenait  pas  de  relations  avec 
les  Zuricois. 

^  Une  réimpression  latine  de  VIusf'fi(fionchréfien)/e  avait  paru  à  Stras- 
bourg au  mois  de  mars  1543,  chez  Wendelin  Rihel. 

*  Cet  opuscule,  qui  n'était  pas  de  Calvin,  mais  d^Ochino,  avait  été 
publié  récemment  à  Genève  sous  le  titre  suivant  :  «  Epistola  Magistri 
Hieronimi  Lucensis  ad  Bernardinum  Ochinum  Senensem.  Cum  res])onsione 
eiusdem  Bernardini.  Genève.  Per  .Joliannem  Gii-ardum.  1543,  »  55  pp. 
in-S"  (Voy.  Benrath,  o.  c.  pp.  165,  375). 

^  On  ne  sait  pas  de  quel  autre  Italien  il  veut  parler. 

®  S'il  était  question  de  Jean  Lanye,  jadis  correspondant  d'Érasme  et 


346  [l'église  de  metz]  aux  princes  protestants.  1543 

spes  ei  sit  de  loco  inveniendo  apud  Bernatmm  ditionem.  Domi- 
niis  dirigat  ejus  et  aliorum  gressiis  in  viam  salutis  !  Vale,  Tiguri 
die  penthec.[ostes]  1543. 

TUUS  CoNRADUS  PeLLICANL'S. 

(Inscriptio  :)  Piissimo  doctissimoqiie  theologo  D.  Joli.  Calvino, 
Ecclesiœ  Genev.  pastori  fidelissimo  Amico. 


[L'ÉGLISE  DE  METZ']  aux  Princes  protestants. 
(Composée  dans  la  première  moitié  de  mai  1543.) 

Guill.  Farel.  Oraison  très  dévote  en  laquelle  est  faicte  la 
confession  des  péchez...^ 

(Strasbourg,  1543,  in-lfi. ) 

Eeqiteste  aux  Princes  et  Seigneurs. 

0  Princes  et  Seigneurs  Chrestiens,  et  tous  qui  estes  constitués 
en  autorité  et  ])uissance  ayans  et  i)ortans  le  nom  de  Dieu,  qui 

de  Farel  (I,  178),  Pellican  aurait  jugé  inutile  de  dire  :  «  Linguam  callet 
Gallicam,  »  puisque  ce  personnage  était  natif  du  pays  de  l'Argonne,  qui 
faisait  partie  de  la  Champagne.  Quant  à  l'Italien  Joannes  Angélus  Odo- 
nus,  pensionnaire  de  Bucer  à  Strasbourg  (L5o5),  on  connaît  trop  peu  sa 
biographie  pour  qu'on  puisse  supposer  qu'il  voulait,  en  1543,  servir  l'une 
des  églises  réformées  du  Pays  romand.  (Voyez  les  lettres  qu'il  écrivit  de 
Strasbourg  à  Erasme  et  à  Gilbert  Cousin,  en  son  projire  nom  et  au  nom 
de  Philenus  Lunardus.  Gilberti  Cognati  Opéra.  Basilea?,  1562,  in-folio,  I, 
306-314.  —  C.  Gesneri  Bibl.  univ.  1545,  ff.  383,  554). 

^  Voyez  les  notes  5,  6. 

^  Voici  le  titre  complet  de  cette  rarissime  plaquette,  qui  nous  a  été  géné- 
reusement communiquée  par  M.  Adolphe  Gaifl'e  :  ORAISON  I  TRESDEVOTE  | 
en  laqu[e]lle  est  faicte  la  cou-  |  fession  des  péchez,  des  |  fidelles  qui 
ainsi  |  crient  après  |  Dieu.  |  composée  par  m.  |  Guillaume  Farel  pres- 
cheur  du  \  saincf  Eiiangille  de  nostre  \  Seigneur.  \  Psal.  90.  |  le  suis  auec 
toi/en  la  fribuhifio)i;  \  inuocqiie  moy,  d'  ie  t'exaulceray.  (Titre  encadré, 
avec  la  marque  de  Jehan  Knobloch;  in-16  de  27  ff.  non-paginés). 

L'opuscule  se  compose  des  trois  pièces  suivantes  :  1.  Prière  à  Dieu  en 
laquelle  est  faicte  confession  des  péchez....  2.  Requeste  aux  Eglises  de 
nostre  Seigneur.  3.  Requeste  aux  Princes  et  Seigneurs.  —  On  ne  retrouve 


1543  [l'Église  DE  metz]  aux  princes  protestants.  347 

avés  charge  du  ijouple,  auquel  par  la  grâce  de  Dieu  vous  vous 
emploies,  affin  qu'il  soit  entretenu,  non  seullement  es  choses 
corporelles,  et  pour  les  corps  et  k^s  biens,  mais  comme  vrays 
membres  de  la  S.  Église,  faites  servii*  vostre  puissance  en  l'hon- 
neur de  Dieu,  au  salut  des  âmes,  affin  que  selon  la  pure  Parolle 
elles  soient  conduictes  et  gouvernées,  —  En  remerciant^  très 
humblement  ceulx  d'entre  vous  qui,  en  grosse  charité  et  bonté, 
vous  vous  estes  employés  envers  noz  SeigUiHirs  j)our  bénigne- 
ment  les  induyre  à  ce,  qu'en  droicte  affection  paternelle  ilz  nous 
oultroiassent  la  saincte  prédication  de  l'Évangile,  —  très  affec- 
tueusement et  en  toute  humilité  nous  vous  supi)lions,  qu'il 
playse  à  voz  bénignes  grâces  ])Oursuyvre,  ceulx  qui  avés  com- 
mencé, et  tous  les  autres  \  de  vous  employer  envers  nos  dictz 
Seigneurs,  pour  les  attyrer  amial)lement  et  les  induyre  à  une 
chose  si  saincte,  et  si  digne  et  tant  raysonable,  comme  mesme 
ilz  le  confessent".  Et,  affin  qu'ilz  ne  doubtent  troubles  et  mo- 
tions, ne  qu'on  se  vueille  eslever  contre  eulx,  ne  contre  autres 
aulcunement  (comme  les  ennemis  de  vérité  tousjours  calum- 
nient  TÉvangile  comme  induisant  à  rébellion),  ainsi  qu'en  bien 
toutes  les  j)uissances  ordonnées  de  Dieu  se  doibvent  assister 
contre  tous  ceulx  qui  font  mal,  et  qui  contreviennent  aux 
sainctes  puissances  ordonnées  divinement,  et  qui  sont  contre  le 
sainct  commandement  d'icelles,  qu'il  vous  j)layse  les  assurer  de 
nostre  i)art,  que  rien  de  ce  n'adviendra  :  et  à  ce  leurs  offrir  vostre 
aide,  pour  les  maintenir  en  tout  droict  et  rayson,  et  de  ne  souf- 

que  le  dcrnii'r  quart  de  la  première,  dans  rouvrauc  que  Farci  juihlia  en 
1545  à  Genève  chez  Jehan  Girard,  sous  ce  titre  :  «  Forme  d'oraison  pour 
demander  à  Dieu  la'  saincte  prédication  de  l'Évangile.  »  La  seconde  pièce 
n'y  a  subi  que  très  peu  de  moditications.  La  troisième  y  est  fâcheusement 
allongée  par  un  réquisitoire  contre  le  papisme.  Nous  la  donnons  ici  sous 
sa  forme  ])rimitive,  qui  u"a  ])as  été  reproduite  dans  les  éditions  in-folio  de 
Crespin  et  dans  celle  de  Toulouse,  I,  452-456. 

^  Édition  de  1545  :  nous  vous  remercions. 

*  Le  texte  de  1545  porte  :  «  poursuivre  ce  que  vous  avez  commencé,  et 
vous  tous  autres de  vous  emi)loyer,  etc.  » 

^  Plusieurs  traits  des  pièces  1  et  2  de  V Oraison  très  dévote,  se  raiipoiteut 
évidemment  aux  ÉcangéliqHes  de  Metz.  Farel  lui-même,  dans  rouvrage 
de  1545  précité,  a  pris  soin  d'en  avertir  le  lecteur  par  des  annotations  à 
la  marge  (Voyez  la  réimpression  de  son  écrit  intitulé  :  Du  vray  usage  de 
la  croix...  Genève,  J.-G.  Fick,  18G5,  pj).  274,  284). 


348  [l'église  de  metz]  aux  pri.nces  protestants.  1o43 

frir  que  tort  leurs  soit  faict.  Certainement,  bons  et  Clirestiens 
Princes  et  Seigneurs,  après  Dieu  et  sa  saincte  parolle,  nous 
n'avons  chose  pour  laquelle  tant  nous  vouldrions  employer 
comme  i)our  la  S.  Puissance  ordonnée  de  Dieu  :  i)0ur  laquelle 
maintenir  et  conserver,  en  luy  obéissant  et  rendant  tout  devoir, 
vouldrions  mettre  la  vie,  corps  et  biens,  et  de  nous  et  des 
nostres.  Car  un  tel  don  de  Dieu  comme  est  la  Puissance  ordon- 
née de  Dieu,  ainsi  (juMl  est  très  nécessaire  sur  la' terre,  aussi 
pour  la  conserver  et  maintenir  tous  de  grand  cœur  se  doibvent 
employer;  et  si  nous  y  avons  aftection  grande,  nous  ne  doub- 
tons  point  que  jiar  la  saincte  parolle  de  Dieu  elle  ne  soit  aug- 
mentée. 

Excellens  et  vrays  et  fidelles  Princes  et  Seigneurs,  par  la 
saincte  affection  qu'avés  à  Dieu  et  à  ceux  que  Dieu  vous  a  don- 
nés, et  ainsi  que  vous  seriez  esmeuz  à  pitié,  s'ilz  estoient  en  tel 
estât  comme  nous,  et  qu'ilz  vous  feissent  telles  requestes  au  nom 
de  Dieu  comme  nous  faisons  à  noz  Seigneurs,  ayés  pitié  de  nous 
et  nous  ayde[zj  en  toute  bénignité  envers  noz  Seigneurs  ^  Les- 
quelz  Dieu  conserve  et  garde  en  tout  bien,  avec  vous,  et  tous 
qui  sont  constituez  en  telle  Puissance,  pour  servir  à  la  gloyre 
de  Dieu,  au  bien  et  édification  de  toute  la  Chrestienté!  Amen^ 

®  Tout  annonce  que  la  jn-ésente  Requête  était  destinée  aux  députés  des 
Princes  et  des  Villes  qui  devaient  se  réunir  à  Strasbourg  le  14  mai  1543 
(Nos  1235,  11.  12-14;  1218,  n.  3).  La  Requête  aux  églises  de  notre  Seigneur 
exprime  le  même  regret  que  la  lettre  de  Farel  du  20  avril  (X°  1222,  renv. 
de  n.  29).  Elle  demande  aussi  que  ceux  «  qui  preschent  contre  vérité  » 
soient  contraints  «  à  maintenir  par  la  parolle  de  Dieu  ce  qu'ilz  osent  mettre 
en  avant  »  (Allusion  à  Caroli).  Elle  a  dû  être  composée  après  que  Farel 
eut  échappé  aux  sicaires  de  Gorze,  et  dans  un  moment  où  la  prédication 
de  l'Évangile  dépendait  encore  du  bon  plaisir  des  XIII  Jurés  (X"  1225). 
Voyez  Bu  vray  usage  de  la  croix,  éd.  cit.  pp.  273-277.  —  Crespin,  éd.  de 
Toulouse,  I,  450-452. 

^  La  plaquette  finit  par  le  ]isaume  CXX,  traduit  en  vers  et  pourvu, 
pour  la  première  fois,  de  la  notation  musicale  (Cf.  Douen,  o.  c.  I,  352-54). 


1543         PIERRE  CAROLl  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.  349 


1230^ 

PIERRE  CAROLl  à  Guillaume  Farel,  à  Slrasbouri». 

De  Metz,  14  mai  1543. 

Imprimée.  Genève  1543'.  Cal.  Opj).  XI,  544. 

A  Guillaume  Farel  de  Gap  en  Daulpliiné. 

Jésus  t  Maria. 

In  nomine  sancte  et  inclividue  Trinitatis  Patris,  et  Filii,  et 
Spiritus  sancti.  Amen. 

Sçaches,  Farel,  que  Dieu  grâces,  je  ne  crains  plus  tes  menaces 
et  menées,  car  l'Esprit  de  nostre  Seigneur  Jésus-Christ  m'a  tel- 
lement en  croix  conforté  et  assisté,  et  par  sa  bonté  tousjours, 
comme  espère,  m'assistera,  qup  plus  ne  me  trouveras  si  fragile 
que  quelque  fois  ay  (^sté,  et  pour  ce,  si  tu  desires  tant  le  combat, 
comme  souvent  es  chayères  et  ailleurs  tu  te  vantes,  jusques  à 
la  dernière  goutte  de  ton  sang  :  afin  que  sans  plus  user  de  fémi- 
nines détractions  et  conviées  im])ertinens  à  nostre  dé])at,  la 
guerre  dez  l'an  1535,  environ  la  Trinité,  entre  nous  deux,  à 
Genève  commencée,  puis  à  Losane  et  Berne  continuée  ^  en  bonne 
compagnie  où  soyent  juges  compétentz,  idoines  et  suffisans,  par 
la  mort  de  l'un  ou  de  l'autre,  ou  de  tous  deux  ensemble  prenne 
fin,  et  que  laissions  en  paix  la  saincte  Église  catholique. 

Je  Pierre  Caroly,  de  l'authorité  du  sainct  siège  A])ostolique, 
docteur  en  théologie  à  Paris,  et  compagnon  indigne  de  Sor- 
bonne,  à  la  sustentation  de  nostre  saincte  Foy,  et  de  l'honneur 
de  ma  Mère  saincte  église  Ptomaine  et  catholique,  par  la  pré- 
sente cédule,  ce  jour,  seconde  férié  de  Pantecoste  quatorziesme 
de  May,  1543,  en  grande  multitude  des  Seigneurs  et  ])ourgeois 

^  Titre  :  Vue  Epistre  de  ÎMaistre  Pierre  Caroly  docteur  de  la  Sorlione 
de  Paris,  faicte  en  forme  de  deiïiance,  &  enuoiée  à  Maistre  Guillaume  Farel 
seruiteur  de  Jésus  Christ  et  de  son  Eglise,  auec  la  res])oiise.  A  Genèue, 
par  Jehan  Girard.  15J:3.  Très  petit  in-8"  ou  in-16  de  douze  feuillets  de 
26  lignes  à  la  page. 

^  Voyez  l'article  Caroli  dans  les  Jndices  des  t.  IJJ-'S'TJ. 


3o0  PIKRRE  CAROLI  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.  1543 

de  ceste  noblo  cité  de  Metz,  durant  mon  sermon  à  sainct  Vin- 
cent, de  ma  bouche  prononcée,  et  de  ma  main  escrite  et  soubsi- 
gnée,  t'api)elle  devant  le  sainct  siège  Apostolique  à  Borne,  ou  le 
Concile  général  par  mon  sainct  Père  Paul  Pape  tiers  indict  à 
Trent,  ou  par  devant  le  très  victorieux,  de  Dieu  coroné  Empe- 
reur, Charles  cinquiesme,  ou  le  Roy  très  chrestien  Françoys  pre- 
mier de  ce  nom  :  ou  en  présence  des  très  scientifiques  Docteurs 
théologiens  des  facultez  de  Paris,  ou  de  Tholouse,  ou  de  Poic- 
tiers  :  ou  si  tu  n'oses  aller  en  France^  de  Salamauque,  ou  de 
Alcola,  en  Espaigne  :  ou  si  tu  ne  veux  et  te  grève  aller  si  loing, 
de  Louvain  es  pays  de  TEmpereur,  ou  de  Padoue  es  terres  des 
Vénitiens,  tous  en  matière  de  Foy  catholique  dont  est  nostre 
discord,  congnoissans  et  juges  suifisans,  pour  illecjusquesà  tant 
qu'il  me  conste  que  je  soys  repenty,  te  maintenir  tel  que  je  t'ay 
autre  fois  maintenu  au  Conseil  de  Berne,  ])ar  feu  monsieur 
l'avoyé  Derlac,  mon  parlier^  Et  d'avantage  maintenir,  quêta 
doctrine  est  faulse,  hérétique  et  schismatique,  et  pour  ce  par  la 
présente  très  instamment,  une,  deux,  troys  fois  te  somme,  que 
pour  abréger,  tandis  qui[l]  faict  beau,  dedans  huit  jours  après 
cest  appel  à  toy  signifié,  tu  me  faces  juridiquement  et  solemnel- 
lement  notifier  lequel  des  juges  et  lieux  cy-dessus  proposez  tu 
auras  esleu,  et  le  jour  aussi  que  tu  t'y  présenteras,  et  en  la  pré- 
sence de  la  saincte  Église  icy  assemblée  jui-e  sur  ma  foy,  que  si 
Dieu  ])laist,  je  ne  fauldray  au  jour  et  lieu  ])ar  toy  assigné,  me 
présenter.  Que  si  dedans  les  dictz  huit  jours  ne  m'assignes  jour 
et  lieu,  je  te  tiendray  pour  convaincu,  et  tel  par  tout  te  presche- 
ray.  Et  si  après  l'assignation  par  toy  faicte,  par  aucune  finesse 
en  me  trompant,  tu  ne  te  présentoys  quant  et  moy  \  te  déclaire 
que  moy  et  mes  ad[hjérentz  te  tiendrons  et  par  tout  presche- 
rons,  lasche,  fuyart,  meschant  et  convaincu  de  schisme  et  d'hé- 
résie, turbateur  de  l'Église  catholique  et  perverseur  du  sainct 
Évangile  de  nostre  Seigneur  Jésus-Christ,  afin  que  tous  fidèles 
se  gardent  de  toy  et  de  tes  adhérentz.  Et  si  tu  crains  accepter 
ce  combat  ainsi  conditioné,  je  t'en  ofiriray  un  plus  abrégé. 
Pource  que  raisons  et  authoritez  ne  servent  plus  de  rien  à  con- 
vertir obstinez,  je  bailleray  articles  contre  ta  doctrine  accoustu- 

*  Celui  qui  portait  la  parole  au  nom  d'uu  autre,  devant  les  tribunaux. 

*  C'est-à-dire,  en  même  temps  que  moi. 


1543  PIERRE  CAROLI  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.  3o  I 

mée,  m'otïraiit  sans  plus  en  disputer,  mourir  pour  les  soustcnir, 
et  pour  m'exécuter  présentement,  de  ma  projH'e  voluuté  me 
constitue  prisonnier  en  ceste  cité  de  Metz,  i)Ourveu  (pie  ])our 
soustenir  les  tiens  aux  miens  eontredisans,  tu  vueilles  aussi  sans 
l)lus  disputer  mourir,  ¥A  afin  ([ue  je  soye  asseuré  et  saisy  de  ta 
personne,  tu  t'en  iras  constituer  ])risonnier  entre  les  mains  du 
Roy  très  chrestien,  desquelles  tu  ne  jjuisses  escliapper  jusques  à 
tant  que  je  soye  pour  mos  articles  exécuté,  pourveu  aussi  que 
devant  ma  mort  je  soye  deuëment  informé,  que  tu  soys  (mtre 
les  mains  du  dict  Roy  très  chrestien,  pour  recevoir  mort  après 
moy  i)our  les  tiens  articles  accoustumez\  Et  pour  la  quarte 
fois,  d'abondant  te  somme  d'accepter  l'un  des  dictz  combatz,  ou 
autrement  je  te  maintiens  traistre  à  nostre  Seigneur  Jésus-Christ, 
et  à  son  Espous(>  saincte  Église  catholique.  Et  afin  que  cest  appel 
ne  soit  fait  en  cachettes,  te  signifie,  que  j'en  envoyé  la  copie 
signée  de  ma  main  au  Pape,  à  FEmpereur,  au  Roy,  à  ma  dame 
la  Régente  du  i)ays  bas,  à  monseigneur  de  Lorraine,  à  monsieur 
de  Guyse,  et  à  toutes  les  universitez  cy-dessus  nommé(^s,  et  n'y 
feray  faulte.  Et  aussi  j'entens,  comme  raison  le  veult,  que  toy  et 
les  tiens,  qui  apjjortez  nouvelle  doctrine,  vous  vous  taisiez  en  ce 
pays,  et  laissez  ceste  noble  cité  de  Metz  en  paix,  jusques  à  tant 

^  Au  verso  du  titi'e  du  présent  opuscule,  ou  lit  cet  avertissement  : 

«  Jehan  Calvin  et  P.  V/ref  aux  Lecteurs. 

Pource  que  plusieurs  pourroient  doubter  en  lisant  ces  épistres,  que  ce 
ne  fust  une  chose  controuvée,  comme  aujourd^huy  on  imprime  beaucoup 
de  fables  à  la  voilée,  il  nous  a  semblé  advis  bon,  d'acertainer  les  lecteurs 
de  ce  qui  en  est  :  voire  ceux  qui  voudront  adjouster  foy  à  nostre  tesmoi- 
gnage,  comme  espérons  que  feront  tous  ceux  qui  nous  congnoissent.  Afin 
donc,  que  toute  soubson  leur  en  soit  ostée,  nous  prenons  cela  sus  nous  et 
sur  nostre  charge,  que  tout  ainsi  que  la  defiiance  de  Charoly  est  icy  cou- 
chée, elle  a  esté  envolée  à  Farel  escriptc  de  la  main  de  l'autheur  :  et  que 
luy  aussi  a  eu  la  responce  en  telle  forme  de  mot  à  mot. 

Ce  qui  nous  a  meuz  de  faire  imprimer  l'un  et  l'autre  a  esté  première- 
ment pour  représenter,  comme  en  un  miroir,  que  c'est  d'un  homme 
abandonné  de  Dieu  comme  Caroly.  Car  il  se  monstre  en  ceste  Éjnstre  estre 
du  tout  hors  du  sens,  et  non  seulement  desproveu  de  jugement  et  raison, 
mais  forcené  en  cruauté,  qui  ne  demande  que  boire  le  sang  comme  une 
beste  enraigée;  au  contraire,  afin  qu'on  puisse  recongnoistre  en  l'Episfre 
de  Farel  de  quel  esprit  nous  sommes  conduitz,  nous  dy-je,  qui  desirons  et 
cherchons  que  le  règne  de  Jésus-Christ  soit  restitué  en  son  cutier,  l'Église 
soit  remise  en  son  premier  estât.  » 


3S2  PIERRE  VIRET  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.  1343 

que  tu  ayes  fourny  à  l'un  de  ces  deux  combatz.  Signé,  l'an,  jour 
et  lieu  dessusdictz,  par  moy 

Pierre  Caroly  ^ 


4231 

PIERRE  ^TRET  à  Guillaume  Farel,  à  Strasbourg  \ 
De  Lausanne,  19  mai  1543. 

Inédite.  Autographe.  Coll.  Lutteroth.  Bibl.  de  la  Soc.  de  FHist. 
du  Protestantisme  français. 

S.  Gratia  et  pax!  Quanta  fuerit  nostrum  omnium  consterna- 
tio,  audito  primo  funestx  istius  cladis  n(mor[e],  in  qna  tam 
mulfi  Metensiiim  cecidisse  dicebantur^,  vix  credibile  est.  Primus 
rumor  incerto  autore  sparsus,  nos  magis  perturbarat  anxiosque 
reliquerat,  quôd  solùm  occubuisse  ])lurimos  asserebat,  de  te 
autem  nihil  afferebat  certi.  Quid  igitur  cogitare  'poteramus, 
quàm  cœteros  omnes  potiùs  fuisse  lïberatos  periculo  quàm  te 
ummi,  cujus  liaud  duUè  vita  prœcipuè  petebatur,  nisi  Dominus 

^  On  lit  au  dessous,  dans  l'imprimé  :  Fin  de  Vépistre. 

Le  23  mai,  une  traduction  allemande  de  cette  Épître  fut  envoyée  à 
IVESI.  de  Berne  par  le  comte  Guillaume.  On  croit  pouvoir  lui  attribuer  les 
notes  suivantes,  écrites  au  bas  de  la  susdite  traduction  : 

«  Ce  prédicant  Caroli  a  dit  publiquement  dans  sa  prédication  :  Que  si 
«  une  ville  de  Metz  ne  se  réduisait  pas  sous  la  puissance  du  roi  de  France 
«  ou  du  duc  de  Lorraine,  elle  n'aurait  jamais  ni  paix,  ni  repos  ;  et  [que] 
«  si  elle  ne  se  délivre  pas  des  Allemands,  ils  la  séduiront  par  leur  doctrine 
«  hérétique. 

«  Après  cette  prédication,  les  Français  sont  revenus  devant  Gorze,  non 
pas  qu'ils  aient  voulu  s'en  emparer,  mais  seulement  à  cause  des  traîtres 
sur  lesquels  ils  comptent  à  Metz  pour  prendre  cette  ville  ;  car  on  a  entendu 
plusieurs  Français  qui  disaient  :  «  Est-ce  là  cette  grande  ville  que  nous 
devons  gagner  V  »  C'est  pourquoi  veuillez  prendre  la  chose  à  cœur,  afin 
qu'on  aide  la  ville  de  Metz  et  ceux  qui  ont  reçu  la  parole  de  Dieu.  »  (Mscr. 
orig.  Arch.  de  Berne.  Trad.  de  l'allemand.) 

1  Olivier  Perrot  n'a  donné  qu'un  résumé  très  incomi)let  de  cette  impor- 
tante lettre.  Nous  adressons  nos  chaleureux  remerciements  à  M.  le  pasteur 
N.  "NVeiss,  qui  a  bien  voulu  la  copier  pour  nous. 

2  N"*  1216,  1217,  1222,  1224,  note  2. 


1343  PIERRE  VIRET  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.  333 

insigni  te  eripidsset  miraculo  :  qiiod  paulo  i)5st  factiim  esse 
intelleximus.  non  sine  magno  nostrum  omnium  solatio.  Nam 
quamvis  maximo  nobis  mœrori  fuerit  aliorum  csedes,  eum  tamen 
magna  ex  parte  lenivit  tua  salus  et  incolumitas,  cujus  me  cer- 
tiorem  fecit  Amatus  Perrhms,  qui  Berna  redibat  ■'.  At  tametsi 
certis  nunçiis  mihi  affirmaretur.  nondum  tamon  animus  con- 
quiescebat,  donec  exemjilar  vidi  tuarum  ixdfratres  Neocomenses 
literai'um\  cuni  Genevœ  essem  ajjud  Calvinum'%  ac  certum 
audivi  nuncium,  qui  pauciores  occisos  narrabat  quàm  primus  et 
secundus  rumor  s])arsissent.  Ojjortuit  Satanam  testari  se  et 
homicidam  esse  et  taies  habere  tilios.  At  ticri  non  potest  quin 
sperem  brevi  fore  ut  eum  Dominus  sub  pedilnis  vestris  conterat. 

Quid  illic  moliatur  Curolus,  novus  ille  Balahamus  sua  excœ- 
catus  malitia,  conductus  ut  poimlo  Dei  maledicat^,  audivinms. 
Sed  non  dubitamus  Dominum  versurum  ejus  maledictiones  in 
benedictiones.  Si  quid  ad  retegendum  et  repellendum  imposto- 
rem  illum  valerent  literœ  quas  adversvis  ejus  cahimnias  impe- 
travimus  à  senatu  Bernensi',  archetypum  apud  me  est.  Tu 
igitur  signiticato,  si  ad  te  niitti  velis.  Ejus  nunc  exemplar 
mittere  visum  est,  ut  si  quid  haix're  momenti  in  isto  vestro 
négocie  hujusmodi  testimonium  possit,  faciliùs  cognosceres. 

Porrô  de  rehiis  nostris  quid  ad  te  scribam,  baud  sanè  scio. 

^  Amy  Perrin,  l'ancien  capitaine  général  de  Genève,  ayant  été  député 
à  Berne,  se  présenta  devant  les  magistrats  bernois,  le  9  avril,  quelques 
instants  après  que  l'envoyé  du  comte  de  Furstemberg  leur  eut  annoncé  la 
délivrance  de  Farel  (N°  1217,  n.  7). 

*  L'original  de  cette  lettre  n'existe  plus  à  Neuchâtel,  et  la  copie  qui  en 
fut  envoyée  à  Calviu  ne  paraît  pas  avoir  été  conservée. 

^  Viret  s'était  rendu  à  Genève  dans  la  seconde  moitié  d'avril.  Le  secré- 
taire du  Conseil  écrivit  dans  le  ])rocès-verbaI  du  30  :  <■<  Maystre  Pierre 
Vijret.  Pource  qu'il  fayct  ])lusseurs  services  à  la  ville,  tant  en  prédication 
que  aultrement,  Résolu  de  luy  ballier  ung  héraulx  pour  le  encompagnyé 
jusques  à  Lausanne,  et  il  luy  soyt  donné  six  escus  soley.  Lesqueulx  ne 
voulsu  prendre,  et  icyeulx  bout  estes  retornés.  Toutesfoys  soyt  jjoyé  uue 
coverte  de  Catellognye,  de  laquelle  a  parlé  le  S""  Jo.  Cbaultemps.  » 

^  Voyez  la  lettre  de  Pierre  Caroli  à  Farel  du  14  mai,  i-t  la  réponse  de 
Farel  du  21. 

^  Les  «  lettres  testimoniales  de  leur  innocence  »  délivrées  ])ar  Berne,  le 
7  juin  1537,  à  Tiret,  Farel  et  Calvin,  sont  traduites  et  imi)rimées  dans 
Ruchat,  t.  Y,  p.  39-40.  Le  manuscrit  original  est  déposé  à  la  Bibl.  Publ. 
de  Genève.  (Yoy.  aussi  notn-  t.  IV,  p.  288,  239). 

T.  VIII.  23 


354  PIERRE  VIRET  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.  1543 

Pergimus  iiostro  more.  Ecclesia  Oenevensis  magis  in  dies  florct, 
cujus  rei  gratia  meritô  nobis  laudandus  Deus.  Henricus  ex  urbe 
ad  pagum  rediit  cui  priùs  i)r8efectus  orat,  idque  fratrum  reli- 
quoruin  et  totius  Senatus  consensll^  Hoc  dimtaxat  desidero, 
Calvino  socios  esse  taies  qui  ejus  labores  lèvent  et  ei  sintjiotihs 
solatio  qtiùm  mœrori  et  oneri  '.  Quàm  metuo  ne  honus  vir  labori- 
hus  tandem  succunibat,  quamvis  Dei  beneficio  satis  bene  valeat, 
pro  rationo  infirmi  ejus  corpiisculi.  Afflictatur  i^este  Geneva 
sicut  et  Laiisanna,  Viviacum,  Orha  ac  alla  oppidida  et  pagi  in 
tota  vicinia.  Sed  liœc  tantùm  dolornm  sunt  initia.  Pavamus  nos 
ad  longé  graviora,  quibus  Dominus  castigaturus  est  nostram 
contumaciam  et  ingratitudinem.  Nam  paucissimi  sunt  qui  con- 
vertantur  ad  Dominum  percutientem,  cujus  manus  extenta 
duriùs  in  dies  ferit.  Cœlius^^,  vir  doctissimus  ac  pietatis  aman- 
tissimus,  niihi  vicinus  est",  prœfectus  Collegio,  cujus  me  ami- 
citia  et  faniiliaritas  valdè  recréât.  Italus  est,  qui  sœpe  causa 
FA'angelii  in  Italia  periclitatus,  se  tandem  ad  nos  recepit'^  De 
ejus  fide,  pietate  et  literis  locui)les  testimonium  Petrus  Mar- 
tyr^'^,  qui  apud  vos  est,  ac  hic  etiam  nuncius  reddere  poterit, 

*  Les  passages  suivants  du  Registre  de  Genève  ont  ici  leur  intérêt  :  Die 
luufe,  IG  Aprilis  1543.  Congé  de  Maystre  Nycolas  Wandée  [1.  Wandart], 
prédicant  de  Jussiez.  Lequelt,  à  sa  humble  requeste,  luy  ha  esté  donné 
congé  de  ce  retirer  ainsy  que  bon  le  semblera.  »  —  «  Maystre  Ahel  [Pou- 
2)in]  prédicant.  Ayans  aoys  la  relation  des  seigneurs  prédicans,  aut  lieu 
du  d.  Wandée  a  esté  mys...  le  d.  maystre  Ahel,  non  pas  seulement  pour 
servir  à  Jussiez,  mes  en  tout  ce  qu'il  sera  neccessaire  en  l'Église  de  Genève, 
et  ha  fayct  le  seyremont  d'hier.  » 

Le  23  avril.  Poupin  fut  rappelé  à  Genève,  et  Henri  de  la  Mare,  envoyé 
<à  Jussy  à  sa  place,  y  fut  installé  le  dimanche  29  par  Calvin  et  deux 
membres  du  Conseil. 

»  Voyez  le  N"  1121,  note  3. 

*"""  Celio  Secundo  Curione  était  encore,  le  6  février  1543,  dans  une 
hôtellerie  de  Lausanne,  et  Berne  lui  faisait  livrer  pour  sa  dépense  six 
crônes  d'or  (Manuel  du  d.  jour).  Mais,  trois  mois  plus  tard,  il  logeait  avec 
les  XII  écoliers  dans  la  haute-ville  (la  Cité),  où  Viref  avait  sans  doute  reçu 
un  logement  provisoire  (Cf.  p.  167,  n.  18;  193,  n.  7-8;  VI,  342,  343, 
n.  14,  17). 

*2  Voyez  les  N"'  1170,  1177,  llSl.  Curione  a  publié  l'ouvrage  intitulé  : 
Cselii  Secundi  Curionis  selectarum  Ei)istolarum  Libri  duo.  Basile»,  per 
loannem  Oporinum.  (Anno  Domini  M.  D.  LUI.  Mense  Martio.),  où  l'on 
trouve,  p.  183-192,  le  discours  ])ar  lequel  il  avait  inauguré  ses  leçons,  et 
qui  porte  ce  titre  :  «  De  ingenuis  artibus  oratio,  Lausannce  habita,  » 


1543  PIERRE  VIRET  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASItOURG.  353 

Micliaël  Dubit((fus^%  qui  apud  me  est,  scribit  de  ecclesia  Neo- 
comensi  ad  te.  Nescio  an  audiveris  Coniitatum  Fribmr/ensihKS 
venumdatum^"^  :  (jua  re  valdo  aiidio  Neocomenses  j)erturbatos. 
Quid  futuriuu  sit,  non  sat  divinare  possuni.  Hem  se  ita  habere 
affirmavit  Dubitatus,  eamque  ob  causam  misses  Bernam  et  Fri-  ■ 
burgum  legatos.  Dominus  ita  temperet  negocium  totnm  nt  niilla 
nobis  graviora  niala  suboriantur. 

Proximis  diehits  Viviacum convenimus^^,  nt  viam quœreremus 
redeuridi  in  gratiam  ciim  iis  qui  nobis  ciqnebant  reconciliari. 
Audivisti,  oi)inor,  quas  in  turbas  conjectus  fuerini'^  Quibus 
autem  autoribus  novit  Dominus,  et  quo  aninio  omnia  sint 
peracta.  Post  hosce  motus  et  alias,  quas  quotidie  nobis  Satan 
excitât,  tragœdias,  Marcurthis  cœ\)\t  Calrinion  compellare  de 
reconciliatione'\  quem  arbitrabatur  sibi  nonnibil  infensum. 
Colloquiuin  expetebat,  quod  non  denegavit  Calviuiis^-'.  In  eo 
facta  est  de  me  quoque  mc^ntio,  absente  tamen.  Cum  gra- 
viss.[imaj  se  habere  adversùm  me  praedicaret,  quœ  cuperet  niibi 
explicare,  sed  pra^entibus  aliquot  viris  bonis,  pr<Tcii)uè  Cal- 
vino,  idque  milii  Calvinns  renuntiasset  lubens  animi,  diem  dixi- 
mus.  Nam  tum  Genevœ  eram-°.  Sacconiaci^^  sumus  congressi. 

'=*  X"  1172,  note  6. 

^*  Michel  Boht,  pasteur  congédié  du  pays  de  Montbéliard. 

'»  N"  1237,  note  13. 

^®  Ce  fut  probablement  le  mercredi  IG  mai  que  la  Classe  de  Lausanne 
se  réunit  à  Vevey. 

'^  Yiret  mentionnait  déjà  ces  troubles  dans  sa  lettre  à  Farel  du  15  mars 
(N"  1211).  Voyez  les  détails  que  nous  avons  recueillis  à  ce  sujet,  pp.'  24-1- 
245,  note  13;  258-259,  note  14. 

'*  En  1540,  Antoine  Marcourt  avait  montré  de  l'empressement  à  solli- 
citer le  retour  de  Calvin  (VI,  317,  318).  Nous  ignorons  pourquoi  leurs 
relations  s'étaient  dès  lors  refroidies.  Mais  il  y  a  lieu  de  croire  qu'elles 
s'altérèrent  complètement  lorsque  Marcourt,  mécontent  peut-être  de  l;i 
modeste  place  qu'il  occupait  dans  un  village  reculé  du  Pays  de  Vaud,  se 
laissa  aller  à  une  délation  j)erfide  contre  Pierre  Viref  (p.  258-250). 

^^  L'entrevue  de  Marcourt  et  de  Calvin  n'eut  pas  lieu  à  Genève  (n.  21). 

^°  Voyez  la  note  5. 

^^  Probablement  au  Grand- Sacconnex,  qui  était  alors  une  ])aroisse  ber- 
noise. Le  Petit- Sacconnex  appartenait  à  Genève,  où  Marcourt  craignait 
de  se  montrer,  parce  qu'il  en  était  parti  sans  congé  régulier  (VI,  271,  310, 
409).  On  lit,  en  ctï'et,  dans  le  Registre  du  Conseil  au  7  août  1543  : 
«  Maistre  Anthoenne  Marcort.  Saufconduyt.  Suyvant  le  ra])i)(»rt  faiet 
par  les  seigneurs  de  retour  de  Berne,  requérant  luy  oultroyer  de  aller  et 


3o6  PIERRE  VIRET  A  GUILLAUxME  FAREL,  A  STRASBOURG.  1543 

Exitus  illius  colloquii  fuit  ut  paci  studeremus  et  concordiae,  ac 
si  fieri  posset,  Marcurtms  ad  nostram  synodum  ^^  se  conferret, 
ut  cum  tota  Classe,  ipse  cum  aliis  aliquot  nostrae  Classis  qui  ei 
erant  conjunctiores,  reconciliaretur,  ac  nos  omnes  vicissim  alii 
•  cum  aliis,  si  quid  simultatis  inciderat.  Adfuit  cum  Morando  -^. 
Res  eô  tandem  devenit  ut  amicioribus  et  tranquillioribus  animis 
omnes  domum  redierint,  speramusque  fore  ut  posthac  minus  sit 
inimicitiarum  et  simultatum.  Saltem  per  nos  non  stabit  quomi- 
nus  amicè  utrinque  vivatur,  quod  et  se  facturos  sanctè  promise- 
runt^\  Quae  ultro  citroque  dicta  sunt  longum  esset  recensere, 
nec  tutum  eliminare.  Non  priiis  res  peracta  est,  quàm  auditi  sint 
et  qui  Iseserant  et  qui  Isesos  se  querebantur,  [Conventus -']  his- 
toriam,  causas  et  agendi  rationem  non  fusiùs  explico,  quôd  non 
possum  nisi  multis,  nec  [id  esset]  opportunum.  Morandus  de  te 
semper  lionorificè  locutus  est.  Tu  vide[as]  qui[bus  rem]  scripto 
committas,  quô  [minime]  irritentur  magisque  concilientur  : 
quod  et  te  facturum  non  diffido.  Bern[enses  ministri]  nondum 
visitarunt  ecclesias  pro  more  ^^.  Quid  sit  in  causa,  nescio. 

Quàm  cuperem  viam  aliquam  inveniri  qua  sedaretur  Ula  inter 
A7rto2}.[oUtanos]  ministros  conteutio"  :  alioqui  non  video  quid 


venir  en  Genève.  Sur  quoy  ordonné  que  l'on  luy  doibge  respondre,  que 
toutes  gens  de  biens  peuvent  venir  dans  Genève,  [ce  qui]  faict  qui  peult 
venir.  « 

^^  A  Vevey  (renvoi  de  note  16). 

'*  Jean  Morand  ayant  été  élu  pasteur  à  Nyon  par  MM.  de  Berne,  le 
5  août  1540,  avait  quitté  Genève  peu  de  jours  après  (VI,  263-265,  469). 

^*  A  comparer  avec  le  N°  1235,  renvoi  de  note  3. 

^^  Ici  et  plus  bas  le  papier  est  déchiré.  Nous  avons  essayé  de  suppléer 
quelques  mots. 

^®  Sur  cette  visite  des  églises  du  Pays  de  Vaud  faite  à  des  époques 
variables  par  des  ministres  ou  des  commissaires  bernois,  nous  n'avons  pas 
trouvé  de  renseignements  précis. 

-'  Tiret  fait  allusion  au  différend  qui  avait  éclaté  entre  les  ministres  de 
la  ville  de  Berne  en  juillet  1542  (X"  1140).  Le  24  juin  1543,  Myconius 
parlait  en  ces  termes  d^Érasme  Ritter,  le  plus  échauffé  d'entre  eux  : 
«  Erasmus  Bernensis  adversîis  excommuuicationis  usum  apud  suos  pugnat. 
Senatum  dicit  esse  ecclesiam.  In  Cœua  paiiem  nudum  et  vinum  merum 
esse  adserit,  tanta  pertinacia,  ut  qui  ipsi  adhèrent,  viri  magni,  dicant  : 
Es  wirt  noeh  darzu  kommen,  dass  icir  mûssend  die  Jcôpf  einander  darob 
zerschlachen  :  et  eam  rem  imputant  reliquis  fratribus.  »  (Lettre  à  Bucer 
€t  à  Mélanchthon.  Autogr.  Bibl.  de  Zurich.  Bindseil,  o.  c.  p.  175). 


lo43    ANTOINE  THOMASShN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.     357 

sperare  possimus  de  occlesiœ  et  Reipub.  tranquillitate.  Quaiii 
verô  viam  excogitomus,  haiid  plané  scio.  Gliscunt  in  dies  odia, 
et  adeô  sunt  alienati  aninii  iitrinqiie,  ut  difficile  sit  coalescere. 
Te  igitur  obsecro  ac  bonos  omnes  ut  si'^quid  possitis,  hue  nervos 
omnes  int[endatisj.  Si  quid  et  nos  omnes  valemus,  non  deeri- 
nius  nostro  niuneri.  Salutat  te  Cœlius.  Bïbittus-*  nunc  ai)ud  me 
est,  ac  suum  tibi  commendat  nejwtem-^  qui  istliic  agit.  Dubitu- 
tnm  putabam  ad  te  scripsisse,  sed  inscriptio  est  Gaucherii^^ ,  ex 
quo  intelliges  quid  scripserit.  Ora  Dominum  pro  nobis  et  tota 
ecclesia.  Saluta  meo  nomine  pios  omnes  ac  doctos  viros  qui 
tecum  laborant  in  agro  Domini.  Hic  tabellarius  visus  est  mihi 
optimus  juvenis,  hebraicè  doctissimus  utpote  Judœus  natus,  sed 
Christo  renatus  vero.  \\.  verè]  Vale,  optime  l'rater,  mihi  chariss. 
Lausannse.  19.  Maii,  1543. 

TUUS  P.  YlRETUS. 

(I)iscrii)tio  :)  Doctiss,  ac  integerrimo  viro  Guilielmo  Farello, 
Verbi  ministro  fideliss.  Argentinae-^'. 


1232 

ANTOINE  THOMASSiN  ^  au  Gouvemeup  de  Neuchâtel. 

(De  Cornaiix,  vers  le  21  mai  1543.) 

Inédite.  Autographe.  Archives  de  Neuchâtel. 

Responce  sur  les  articles  dressez  et  mis  entre  les  mains  de  très 
Jionoré  seigneur  George  de  Rive,  gouverneur  au  conté  de  Neuf- 
chastel,  par  ceidx  de  la  parroisse  de  Cornaulx  à  l' encontre  de 
leur  pasteur,  le  15  de  May  1543. 
Et  comme  ainsi  soit  que  les  deux  ou  troix  premiers  de  ces  articles 

^^  Jean  Ribit,  professeur  de  grec  à  Lausanne. 

^'  Le  nom  de  famille  de  ce  neveu  de  Bibittus  nous  est  inconnu. 

^"  C'est-à-dire  que  la  lettre  était  adressée  à  Gauchier  Farel,  à  Stras- 
bourg, et  non  à  son  frère  le  Réformateur. 

**  Note  de  la   main  de  Paul  Ferry,  ministre  de  Metz  :    «  Envoyé   de 
Neufchastel  en  novembre  1643.  •■> 

^  On  n'a  que  deux  lettres  de  ce  pasteur.  Nous  avons  rejiroduit  la  ])re- 


358     ANTOINE  THOMASSIN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.    1543 

mentionnez  soyent  tirez  d'un  sermon  faict  par  leur  dict  pasteur, 
un  dimenclie,  bien  tost  après  que  le  rehaptizeur  Pierre  Pelot 
feust  contraint  par  la  seigneurie  à  se  déjiartir  de  la  maison  de 
Jacques  Glande,  son  parent,  et  sourtir  de  Cornaidx,  il  est 
expédient  et  très  nécessaire  de  sommairement  icy  remémourer 
le  dit  sermon.  Car  ainsi  faisant,  pourra  Ton  veoir  et  entendre 
comment  les  propoz  ont  esté  dictz,  et  quant  et  quant  comment 
ilz  sont  alléguez  en  ces  articles. 

Je  doncq,  Antoine  Thomassin,  le  dit  pasteur,  tandiz  qu'il 
playra  à  Dieu,  lequel  m'y  a  constitué  par  ceulx  qu'il  apartenoit, 
estant  hien  adve^iy  "par  le  pasteur  de  ï église  Sainct-Blayse  ^  de 
l'insalte  et  grande  insolence  qui  luy  feust  f aide  un  dimenclie  en 
un  sermon,  au  haptesme  d'un  enfant,  envyron  quinze  jours  avant 
Basques^ ,  jusques  à  luy  dit'e  qu'il  nous  fcmldroit  d'aultres  livres, 
et  luy  dire  :  «  Où  trouvez-vous  en  la  saincte  escripture  qu'il 
faille  haptizer  les  petitz  enfantz  ?  »  —  Lesquelles  parolles  ne 
pouvions  ny  debvions,  selon  les  circonstances  du  cas,  entendre 
aultrement  que  de  dire  qu'il  ne  failloit  point  les  baptizer,  attendu 
qu'il  n'estoit  pas  commandé  expressément,  ny  en  particulier 
quant  aux  enfantz,  de  les  baptizer.  Et  n'y  eust  persone  qui  lors 
se  monstra  estre  pour  le  dit  ministre  de  la  parolle  de  Dieu, 
comme  il  m'informoit,  et  n'en  doubtoye  point,  voyant  bien  [ce] 
que  le  rebaptizeur  Pelot,  estant  naguères  jjarty  du  lieu  de  Cor- 
naud,  y  pouvoit  avoir  faict.  Parquoy  estant  fort  troublé,  et 
desplaysant  d'un  tel  désordre  et  peste,  qui  s' engendrait,  et  qui  à 
grand  peine  s'arresteroit  en  cela,  comme  nous  l'expérimentons 
maintenant,  —  le  dimenclie  ensuyvant,  auquel  [je]  traictoye,  selon 
l'ordi-e  de  mon  texte  ordinaire,  comment  Jésus-Christ  avoit  esté 
baptisé  par  Jehan-Baptiste^  lequel  lieu  m'admonestoit  aussi  de 
toucher  du  baptesme  des  petitz  enfantz,  i)Our  le  temps  et  le 
malheur  qui  se  dressoit,  et  regardant  à  toutes  ces  choses  dessus- 
dictes,  ji'e  reprins  hien  fort,  comme  j'avoye  les  occasions  grandes 
de  le  faire,  un  tel  scandcde  et  hlasplihne,  de  dire  qu'il  ne  failloit 

iiiière,  t.  ATI,  p.  256-259.  Celle-ci  est  l'une  des  rares  pièces  relatives  aux 
anabaptistes  neuchâteîois. 

2  Michel  Mulot. 

'  C'est-à-dire,  le  11  mars.  On  voit,  plus  loin,  que  les  propos  cités  furent 
tenus  dans  l'église  de  Cornaiix,  un  jour  où  Thomassin  avait  fait  un 
échange  avec  le  pasteur  de  St.-Blaise. 


1543    ANTOINE  THOMASSIN  AU  GOUVERNELR  DE  NELCHATEL.     3o9 

point  bai)tizor  les  enfantz.  «  Car,  disoyo-jo,  demander  avec  telles 
et  telles  circonstances  :  Où  trouverez- vous  qu'il  faille  bajitizer 
les  petitz  enfantz V  qu'est-ce  aultre  chose  sinon  dire  qu'il  n(>  les 
fault  point  baptizer,  à  cause  qu'il  n'est  pas  dict  exj)ressément  et 
nomméement  d\vceulx  qu'ilz  soyent  ba])tisez?  »  Et,  pour  mons- 
trer  la  grand  folie  et  ignorance  de  ces  rebaptizeurs,  «  Hz  di- 
ront tantost,  disoye-je,  qu'il  ne  fault  point  aussi  baptizer  les 
femmes,  tout  ainsi  qu'ilz  disent  des  enfantz,  et  à  la  partin  diront 
qu'il  n'est  point  de  Dieu  ;  car  où  trouvera-on  en  la  saincte 
escripture  qu"il  soit  dict  nomméement  et  expressément  des 
femmes  qu'elles  soyent  baptizéez,  plus  que  des  enfantz?  Ce 
nonobstant,  disoye-je,  il  fault  baptizer  nécessairement  et  femmes 
et  enfantz  par  la  parolle  de  Dieu.  » 

Second  article.  Or  ceulx  de  Cornaud  ont  tiré  d'icy  leur  second 
article  à  rencontre  de  moy,  selon  leur  affection  et  entendement, 
et  non  selon  la  vérité  de  la  chose;  car  s'il  n'a  point  esté  dict 
verbalement  au  pasteur  de  l'église  Sainct-Blayse,  qu'il  ne  fault 
pas  baptizer  les  petitz  enfantz,  aussi  n'ay-je  jias  ])arlé  comme 
si  verbalement  on  le  luy  eust  dict,  mais  comme  estant  comprins 
en  ceste  demande  qui  luy  feust  faicte  avec  les  circonstances  :  ce 
qu'est  facile  à  juger  à  tout  bon  entendement.  En  oultre,  mon 
sermon  ne  pourtoit  nullement  que  la  saincte  escripture  ne  parle 
point  du  bajjtesme  des  femmes,  mais  disoye  ainsi  :  «  Où  trou- 
vera-on en  la  saincte  escripture  qu'il  soyt  dict  nomméement  et 
expressément  des  femmes  qu'elles  soyent  baptizéez?  c'est-à-dire, 
qu'on  les  baptize?  qu'on  les  vienne  à  ba])tizer?  c'est  à  sçavoir 
en  commandement?  »  Et  si  ceulx  de  Cornaud  ne  rouldroi/pnt 
souffrir  ceulx  qui  disent  ^  qu'on  ne  doibt  ijoint  haptizer  les  petitz 
enfantz,  comme  leur  dit  second  article  le  contient,  poiirquoy 
doncq  est-ce  que  si  long  temps  Hz  ont  souffert  dedans  Corna u, 
dedans  leurs  maisons,  p)armi/ femmes  et  enfantz,  ce  rehaptizeur 
là  Pierre  Pelotf  Pourquoi/  ont-ilz  esté  tant  eschauffez  de  ce  que 
le  magistrat  ne  Va  vouleu  souffrir?  Ne  sont-ce  i)as  les  rebapti- 
zeurs lesquelz  disent  qu'on  ne  doibt  ])oint  baptiser  les  jx'titz 
enfantz  ?  Et  le  dit  Pierre  n'est-il  pas  du  nombre  d'yceulx  ?  Mais 
je  ne  veulx  ny  i)rétendz  nullement  à  fair(>  menteurs  mes  parro- 
chiens,  ains  les  prie  toutz,  sur  ce  second  article  qu'ilz  ont 

*  Il  avait  d'abord  écrit  :  aient. 


360     ANTOINE  THOMASSm  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.    1543 

avancé  contre  moy,  que  pour  véritable  que  j'ay  esté  et  suys, 
grâces  à  Dieu,  et  seray  tousjours,  aydant  ycelluy,  ilz  ne  me 
tiennent  point  pour  menteur  contre  Dieu  et  toute  rayson  et 
équité.  Car  touchant  ce  qu'ilz  allèguent  m'avoir  prier  leur  nom- 
mer les  diseurs,  je  leur  ay  nommé  les  rebaptizeurs  tant  de  foys 
que  j'en  suys  las,  et  singulièrement  au  susdict  sermon. 

Que  s'ilz  désirent  sçavoir  celluy  lequel  dict  lors  au  pasteur  de 
l'église  S.-Blayse  :  «  Où  trouverez-vous  qu'il  faille  baptizer  les 
petitz  enfantz?  »  Ad  ce  je  respondz  que  le  dict  pasteur,  comme 
j'espère,  leur  en  sçaura  bien  dire  des  nouvelles,  comme  jà  leur 
ay  dict  quant  ilz  m'en  ont  requiz. 

Suyvant  au  reste  le  propoz  du  dict  sermon,  et  monstrant  la 
cautelle  de  ces  rebaptizeurs,  disoye  :  «  que  leur  façon  de  fayre 
estoit  de  presclier  leur  fmdse  doctrine  en  secret,  pour  séduyre  les 
simples  ignorantz,  eulx  qui  sont  mcdicieulx  ignorcmtz,  et  que  s'il 
estoit  question  de  venir  en  public  et  parler  davant  ceulx-là  aux- 
quelzDieu  a  donné  le  don  de  prophétie,  c'est-à-dire  d'entendre  et 
déclairerles  sainctes  escriptures,  qu'yceulx  rebaptizeurs  estoyent 
incontinant  confonduz  et  renduz  muetz  par  la  vertu  de  Dieu  et 
de  sa  saincte  parolle,  »  Ce  que  les  susdicts  de  Cornaud  m'ont 
reprouché  pour  une  grande  et  détestable  menterie,  premièrement 
dedans  le  moustier  '%  où  ilz  estoyent  assemblez  pour  ce  point  et 
pour  les  aultres,  envyron  troix  sepmainnes  avant  la  pentecoste''  : 
secondement,  soubs  la  couverture  de  leur  four,  où  ilz  s'estoyent 
aussi  assemblez  pour  cest  affaire,  le  jour  avant  la  pentecoste. 
Tiercement,  ce  dimanche  xyrochain  après  la  pentecoste'^ ,  Ae^Mii 
la  face  de  mes  seigneurs  les  commiz  sur  cest  affaire,  sçavoir  : 
monsieur  le  chastelain  Jacques  Louys,  et  Guillaume  Hourry, 
maistre-bourgeoys  ^  disantz  par  leur  parlier,  Jacques  Claude, 
que  Pierre  Pelot,  tesmoing  la  parroisse,  avoit  vouleu  parler  en 
public  avec  moy,  mais  qu'il  ne  luy  avoit  point  esté  permiz,  dont 
s'ensuyvoit  que  j'estoye  menteur,  ayant  dict  que  les  rebaptizeurs 
ne  cherchoyent  que  de  parler  en  secret. 

^  Monastère,  église. 

®  C'est-à-dire,  environ  le  22  avril,  la  fête  de  Pentecôte  étant  le  13  mai 
en  1543. 

^  Donc  le  20  mai,  ce  qui  donne  la  date  approximative  de  la  présente 
requête,  que  nous  avons  dit,  par  erreur  (YII,  277),  être  datée  du  15  mai. 

*  Guillaume  Hory,  maître-bourgeois  de  Neucliâtel. 


1543    ANTOINE  THOMASSIN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.     361 

Ad  ce  je  respondz  qu'ilz  confessent  en  la  manière  eulx-mesmes, 
Pierre  Pelot  estre  du  noni])re  des  rebaptizeurs,  desquelz  la  doc- 
trine de  rebai)tizerie  et  i)liisieurs  aultres  qu'ilz  ont,  sont  faulses 
et  meschantes.  Or  Jésus-Christ  dict  hiy-mesnies,  au  troisiesme 
de  son  évangile  selon  S.  Jehan,  que  quiconque  faict  choses 
vicieuses,  il  hayt  la  lumière,  et  ne  \m\t  j)as  à  la  lumière,  afin 
que  ses  œuvres  ne  soyent  reprinses.  Parquoy  il  s'ensuyt  bien, 
jouxte  leur  dire,  que  non-seulement  moy,  mais  aussi  Jésus- 
Christ  leur  est  j)Our  un  menteur,  puys  que  le  rebaptizeur 
Pierre  Pelot,  duquel  la  doctrine  est  vicieuse,  vouloit  venir  à  la 
lumière,  et  parler  en  publicq;  car  Jésus-Christ  dict  :  «Qui- 
conque faict  choses  vicieuses,  il  hayt  la  lumière.  » 

Je  vouldroye  bien,  sauf  l'honneur  de  toute  la  {)arroisse  de  Cor- 
naud,  que  son  parlier  Jacques  Claude  ne  feust  point  si  subtil, 
qu'il  faulsist^  selon  sa  raison,  que  Jésus-Christ  et  la  vérité  feust 
menteuse.  Les  subtilitez  lesquelles  sont  contre  Dieu,  sont  détes- 
tables, toutes  quant  qu'elles  sont. 

Troisiesme  article.  Je  n'ay  jamais  nommé  Pierre  Pelot  en 
chaire  publicque,  mais  y  ay  tousjours  j)arlé  des  reba])tizeurs  sans 
les  nommer  en  espécial'".  Bien  est  vray  qu'en  leur  four  sus- 
dict,  [jej  leur  pense  avoir  dict,  selon  le  propoz  qui  lors  estoit, 
que  le  dit  Pierre  estoit  diabolicque,  et  mené  par  l'esprit  de 
Satan,  à  cause  de  la  faulse  doctrine  et  de  la  peinne  qu'il  prent 
de  la  semer  partout.  Et  jasoit  [1.  jà  soit]  que  j'aye  beaucoup  de 
raisons,  pour  les  choses  ouyez  et  veues,  de  ne  doubter  point  que 
le  dit  rebaptizeur  n'en  ayt  gasté  plusieurs,  toutesfoys  si  ne 
pensé-je  point  l'avoir  dict  publicquement.  Et  quant  bien  je  l'au- 
roye  dict  ainsi,  estant  leur  pasteur,  je  ne  les  auroye  pas  vouleu 
blasmer  pourtant,  non  plus  que  l'Apostre  les  Galatiens,  leur 
disant  qu'on  les  a  enchantez,  mais  auroye  cherché  et  j)rocuré 
leur  bien  par  tel  moyen,  ce  qu'est  commun  et  souvent  en  usage 
aux  pasteurs  des  églises,  comment  il  ap[i)]ert  par  la  S.  escrip- 
ture  en  plusieurs  lieux. 

Et  de  faict,  quant  Hz  disent  quHlz  ne  voiddroyent  estre  de  l'es- 
prit maling,je  leur  respondz  sur  ce,  qii'ilz  vie  dehvoyentpas  doncq 
avoir  avec  eulx,  mesmement  si  long  temps,  l'espirit  maling  de  ce 

^  Qu'il  faussât  ou  falsifiât. 
^^  A  comparer  avec  le  t.  VII,  p.  276,  conimencemeiit  dos  notes  7-8-9. 


362     ANTOINE  THOM\SSIN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.    1543 

rebaptizeur  Pierre  Pelot,  ny  estre  si  troublez  de  ce  que  ce  jjotir- 
teur  et  ministre  de  V esprit  maling  estait  chassé  d'entre  eiilx  par 
l'authorité  du  magistrat.  Car  celluy  qui  dict  qu'il  ne  se  voul- 
droit  eschauffor,  ne  se  debvroit  approucher  ny  tenir  auprès  du 
feu. 

Pour  toutes  lesquelles  choses  je  dy  que  les  parrochiens  de 
Corniaud  à  tort  et  sans  cause  et  contre  toute  raison  et  équité 
disent,  en  leur  tiers  article,  que  je  me  desmentz  moy-mesmes, 
car  je  monstre  le  contraire,  c'est  que  j'ay  dict  vérité. 

Au  suri)lus,  veullant  monstrer  conséquemment  au  dict  ser- 
mon, quelles  gentz  principallement  empoignoyent  une  telle  et 
tant  exécrable  secte,  disoye,  entre  aultres  choses,  «  que  ne  doub- 
toye  point,  et  encor  ne  fais-je,  qu'il  n'en  y  eust  aulcuns  lesquelz 
seroyent  contentz  d'estre  au  diable,  mais  qu'ilz  eussent  quelque 
moyen  pour  mettre  en  ruyne,  s'ilz  pouvoyent,  la  S.  paroUe  de 
Dieu,  et  pour  i)arler  contre  les  ministres  d'ycelle,  voyre  les  exter- 
miner, si  ])ossible  estoit.  »  Sur  quoy  ilz  ont  comprins  leur 
premier  article  contre  moy.  Et  res})ondz,  que  leur  requeste 
n'estoit  pas  raysonnable,  ny  convenable  à  eulx  d'ainsi  procéder 
envers  leur  ])asteur,  et  ne  me  peuvent  ny  doibvent,  selon  l'esprit 
de  Dieu,  tenir  pour  menteur  à  cause  de  cela,  non  plus  que  les 
Galatiens  susdicts  n'eussent  deu  ny  peu,  selon  l'esprit  de  Dieu, 
tenir  l'Apostre  pour  menteur,  à  cause  qu'il  les  disoit  estre 
enchantez  par  quelqu[u]n,  comme  aussi  ne  se  trouvera  jamais 
qu'ilz  rayent  faict.  Je  demande  aux  parrochiens  de  Cornand,  si 
les  Galatiens  eussent  faict  selon  l'esprit  de  Dieu  en  requérant 
S.  Paul,  Vapostre  de  Nostre  Seigneur,  de  leur  dire  l'anchanteur, 
ou  de  ?wmmer  les  encJiantez?  Nenny,  certainement,  mais  eussent 
faict  selon  l'esprit  du  diable.  Toutcsfoys  que  le  S.  apostre  ne  leur 
laissait  pas  occasion  de  luy  demander  cela,  car  il  nommoit  toutz, 
disant  :  0  Oalatiens  mal-advisez,  qui  vous  a  enchantez  que 
n'obéissez  à  la  vérité  ?  Et  néantmoins,  estant  ainsi  nommez  par 
l'Apostre,  ilz  n'ont  pas  prins  cela  pour  un  blasme,  mais  pour 
une  correction,  comme  ilz  debvoyent.  Semblablement,  la  paroisse 
de  Cornaud  ne  debvoit  estre  scandalizée  aulcunement  i)our 
ouyr  telz  propoz  de  moy,  qui  avoye  si  grande  occasion  de  parler 
ainsi,  i)our  la  correction  des  maulvais,  et  consolation  de  ceulx 
qui  ne  se  sentoyent  point  estre  telz.  Et  ne  m'en  peust  tenir  i)0ur 
monteur,  sinon  en  sa  grand  confusion  et  cnndomnation.  Car  je 


1543    ANTOINE  THOMASSIN  AL'  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.     363 

ne  poux   ny  doibs  ostre  convaincu  do  nKMitorio  par  cela.  Et 
voylà  quant  aux  troix  i)i'emiers  articles. 

Quatriesme  article.  Quant  au  quatriesme  article,  il  y  ajà  en- 
vyrou  trois  ans  que  nue  femme  delà  parroisse  de  Cornaud  fenst 
mise  en  la  prison  de  Neufchastel,  pour  l'un  des  _2jZ«s  liorrïbles 
hlasphèmes  qui  feust  jamais  ny  sera  en  toute  la  chrestienté.  Car 
elle  avait  nyé  l'un  des  principaulx  jmintz  de  la  foy  et  du  salut 
de  toutz  rrays  chrestiens,  c'est  à  sravoir  la  insurrection  de  nostre 
Saulveur  Jésas-Christ,  et  de  toutz  les  mortz,  disant  que  l'âme 
des  per'sones  mourait  avec  le  co7ps,  et  qu'il  n'y  avait  mdle  diffé- 
rence entre  l'âme  d'une  heste  et  celle  d'une  persone.  Par{iuoy, 
après  la  prison,  feust  contrainte  d'en  crier  mercy  publicqucment 
au  moustier,  un  dimenche  après  la  i)rédication  ",  Or  la  prédi- 
cation feust  toute  à  cela,  de  monstrer  la  cortainnoté  de  la  résur- 
rection de  nostre  Seigneur  Jésus-Christ,  et  la  cortainnoté  de 
l'espérance  de  tout  vray  chrestion  que  les  niortz  resuscitoront 
au  jour  que  Dieu  a  ordonné.  Et  craignant,  connno  ])ar  raison 
debvoye  craindre,  que  telle  peste  n'eust  jà  saysy  le  cueur  de 
plusieurs,  voyant  la  vie  troup  horrible  et  désordonnée  de  plu- 
sieurs, ou  ])0ur  obvier  qu'ilz  n'en  feussont  saysyz,  je  disoye  : 
«  qu'encor  qu'on  ne  i)arlasso  point  comme  avoit  l'aict  la  dicte 
femme,  toutesfoys  qu'on  n'estoit  pas  moins  coupable  qu'ycolle, 
si  ce  qu'elle  avoit  ousé  dire  de  bouche,  un  aultre  l'avoit  secret 
et  caché  en  son  cueur,  et  que  si  l'on  pouvoit  veoir  les  cueurs 
comme  Dieu  les  veoit,  et  cognoistro  les  pensées,  qu'on  trouve- 
roit  qu'aulcuns  n'auroyent  ny  Dieu  ny  âme,  alléguant  ad  ce  le 
prophète  David,  disant  que  l'inique  dict  en  son  cueur  :  «  11  n'y 
a  point  de  Dieu.  »  Car  qui  nye  l'immortalité  dos  ânios,  comme 
fesoit  ycelle  femme,  il  n'a  point  d'âme,  selon  son  fol  et  troup 
malheureux  jugement,  pas  en  la  sorte  qu'un  vray  chrestion  la 
croit  avoir,  comme  aussi  il  l'a  vrayment.  Il  n'a  point  aussi  do 
Dieu,  tesmoing  le  dire  du  jjrophèto  ])réallégué.  » 

Or  alors  ceulx  de  Cornaud  seulement  se  disoyont  estr(>  blas- 
mez,  alléguantz  que  j'avoye  dict,  que  à  Cornaud  on  en  trouveroit 
aulcuns  qui  n'ont  ny  Dieu  ny  âme,  et  ceulx  d(>  Yarre^'-  no  s"(mi 

*'  Xoiis  avons  iiiciitioniu''  ce  t'ait  (VII,  277,  n.  K»),  ixuir  en  iiitV'rcr  (ju'il 
y  avait  déjà  on  1540  dos  règlciacnts  disciplinaires  dans  rKgliso  do  Ntai- 
châtel. 

12-is-u  Lp  villaiïo  de  Vurre  est  sitné  an  X.-E.,  et  celni  (VEpngnier  à  l'E. 


364  ANTOINE  THOMASSIN  ATI  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.         lSi3 

mesloyent  point,  ny  de  Thielle^^,  ny  des  Paniers^*,  nj  mesmes 
Jacques  Claude,  combien  qu'il  feust  de  Cornaud;  mais  mainte- 
tenant,  cnvyron  trois  ans  après  que  la  chose  a  esté  faicte,  toute 
la  parroisse  s'y  fourre,  et  Jacqiœs  Claude  des  premiers  et 
pourte  la  parolle  pour  toutz,  despuys  que  Pierre  Pelot  a  esté 
naguères  banny  du  Conté  de  Madame  nostre  souveraine  prin- 
cesse, et  son  fraillard'^  Antoyne  Jacotté  miz  en  prison,  comme 
si  j'en  estoye  cause  ou  le  pouvoye  avoir  faict  faire,  ou  comme  si 
moy  seul  debvoye  réparer  l'iioneur  des  rebaptizeurs  en  ce 
Conté,  comme  au  nom  de  toutz  les  prédicantz.  Brief,  je  ne  blas- 
moye  nullement  alors,  ny  fais  encor  maintenant  ny  vouldroye 
faire,  ceulx  de  Cornaud  en  particulier,  ny  la  parroisse  en  géné- 
ral, mais  fesoye  l'office  d'un  bon  pasteur  en  la  manière  que  le 
feis.  Parquoy  n'ont  cause  en  cela  de  dire,  en  leui*  quatriesme 
article,  qu'ilz  ne  me  peuvent  plus  souffrir. 

Et  pour  ce  que  tant  defoys  Hz  allèguent,  en  ces  articles,  que  je 
les  hlasme,  comme  aussi  ilz  le  misrent  en  advant  dernièrement, 
qui  feust  le  susdict  Dimenche  prochain  après  la  pentecoste,  en 
la  présence  de  Messieurs  les  susdicts  commiz,  disantz  qu'avoye 
dict  en  la  prédication  qu'ils  ne  s' amendoyent  point,  mais  qii  ilz 
empiroyent,  —  Je  respondz  icy,  pour  toute  résolution,  que  ne 
suys-je  pas  celluy  qui  les  blasme  ou  voulsist  jamais  blasmer,  et 
dy  que  eulx-mesmes  sont  ceulx-là  qui  se  blasment  et  scanda- 
lisent toutes  gentz  qui  oyent  parler  de  telz  affaires.  Il  y  avoit 
assez  de  mal  en  la  parroisse  de  Cornaud,  pour  la  papisterie, 
laquelle  y  estoit  fort  grande  ;  mais  au  lieu  qung  tel  mal  dehvoit 
du  tout  estre  osté,  un  aultre  plus  grand  sans  comparaison,  et  que 
nul  vray  papiste  ne  pensa  jamais,  s'est  trouvé  en  la  dicte  par- 
roisse  de  Cornaud,  car  en  ycelle  a  estée  nyée  la  résurrection  de 
nostre  Saulveur  Jésus-Christ  et  de  toutz  les  mortz  qui  sont,  qui 
seront  et  qui  jamais  ont  esté,  comme  a  esté  dict  sur  le  qua- 
triesme article.  N'est-ce  pas  bien  emjnrer,  cela?  ToutesfojH  encor 
n'a  ce  pas  esté  assez,  combien  que  c'estoit  jà  troup,  et  troup  plus 
qu'on  ne  sçauroit  dire  ny  penser;  mais  avec  tout  cela,  c'est 
trouvé  qu'en  ycelle  pajToisse  a  esté  receu  et  tenu  ouvertement  un 

de  St.-Blaiso.  Thièle  est  un  vieux  château  sur  la  rive  gauche  de  la  rivière 
de  ce  nom. 
'*  Son  dcini-frèro  ou  son  beau-frèi'e  ? 


1543         ANTOINE  THOMASSIN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.  365 

rehaptizeur,  lequel  estoit  notoyre  avoir  esté  déjecté  et  banny  de  la 
Bonnevïlle^^ ,  à  cause  d'estre  rehaptizeur  obstiné.  Et,  non  con- 
tantz  de  cela,  le  roidoyent  faire  ouyr,  et  dire  safaidse  doctrine 
enpidjUic  entre  eidx  mesmes,  et  l'ont  ^ahlicquement  maintenu  à 
V encontre  de  leur  pasteur,  le  veullant  faire  menteur,  à  cause  que 
le  dict  rebaptizeur  avoit  ou  moins  faict  le  semblant  de  vouloir 
publicquement  parler  ou  disputer  contre  ycelluy  leur  pasteur, 
comme  a  esté  dict.  Et  a-Fon  dict,  en  ycelle  mesmes  parroisse, 
au  moustier,  au  baptesme  d'un  enfant,  qu'il  fault  que  nous,  les 
ministres  de  la  parolle  de  Dieu,  ayons  d'aultres  livres,  et  a-on 
auser  demander  :  «  Où  est-ce  qu'on  trouveroit  qu'il  faille  bapti- 
zer  les  })etitz  enfantz?  »  N'est-ce  pas  bien  empirer,  cela? 

Davantaige,  combien  de  foys  les  a-l'on  enseignez  et  admonestez 
des  danses,  qu'elles  sont  contre  Dieu?  Combien  de  foys  les  leur 
a  deffendu  le  magistrat,  se  travaillant  ainsi  de  servir  à  l'honeur 
de  Dieu,  et  d'empescher  le  blasme  qu'en  vient  au  sainct  évan- 
gile de  Nostre  Seigneur?  Toutesfoys,  au  lieu  de  s'amender,  Hz 
ont  tousjours  résisté  et  contre  la  parolle  de  Dieu  annoncée  i)ar 
le  ministre  d'y  celle,  et  contre  le  magistrat  ordonné  de  Dieu, 
maintenantz  les  danses  publicquement  et  ouvertement  devant  la 
face  de  toutz  ceidx  qui  le  vouloyent  veoir.  Je  suys  grandement 
alrnsé,  ou  cecy  est  du  tout  empirer. 

Combien  de  foys  les  a-l'on  enseignez  du  baptesme,  que  le  père 
de  l'enfant  s'y  doibt  trouver  principalement,  et  qu'il  ne  peiist 
s'en  reculer  sinon  en  fesant  grande  injure  à  Jésus-Christ  et  à 

^^  Aujourd'hui  la  Neuverilh.  Il  s'y  trouvait  des  adhéronts  de  Pierre 
Pelot,  comme  nous  l'apprend  le  livre  intitulé  :  «  Brieve  instruction,  pour 
armer  tous  bons  fidèles  contre  les  erreurs  de  la  secte  commune  des  Ana- 
baptistes. Par  M.  lehan  Calvin.  A  Genève,  par  lehan  Girard.  1544,  » 
190  pp.  ])etit  in-S".  Dans  la  Dédicace  aux  Ministres  des  Églises  du  Comté 
de  Xeucliâtel,  datée  du  l''  juin  1544,  l'auteur  dit,  p.  6-8,  qu'il  leur  adresse 
ce  traité  «  afin  que  la  lecture  en  soit  plus  recommandée  »  à'  leurs  églises, 
et  que  celles-ci  soient  <>  préservées  de  toutes  perverses  opinions.  »  —  «  Il  est 
vray  (ajoute-t-il)  que  vous  eussiez  bien  ])eu...  me  descharger  de  ceste 
peine.  Et  mesme  desjà  nostre  frère  Maistre  Guillaume  Farel....  avoit  bien 
satisfaict  en  partie  à  ce  que  vous  requérez  à  présent  de  moy.  Comme  j'ay 
veu  par  les  actes  d'une  conférence  faicfe  à  la  bonne  ville  (la  Neuveville). 
Tellement  que  des  poinctz  qui  sont  là  traictez  nul  n'en  ])ourroit  demander 
plus  suffisante  déclaration  ])()ur  se  résoudre  en  sa  conscience,  qu'elle  est  là 
donnée.  » 


366     ANTOINE  THOMASSIN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEl.    1543 

V enfant,  poiirven  que  bonnement  il  s"y  puisse  trouver?  Et  tou- 
tesfoys  l'on  persévère  à  s'en  reculer  tant  qu'on  peust.  Brief, 
quelque  répréhension  et  admonition  qu'aye  esté  faicte  à  la  dicte 
paroisse  de  Cornaud  pai'  le  ministre  de  la  parolle  de  Dieu,  ^ew- 
dent  que  le  sermon  du  vespre  sefaict  le  Dimenclie,  la  plus  grand 
partie  du  peuple  sont  ordinairement  devant  leurs  maisons;  Hz 
n'attendent  jamais  les  ungs  les  aidtres  jusqaes  à  la  fin  de  la 
S.  cène  et  table  de  nostre  Seigneur  Jésus,  sinon  hien  peu  degentz. 

Moy  doncq,  voyant  toutes  ces  choses,  comment  me  pouvoye-je 
garder  de  leur  dire  quelques  foys  qu'ilz  ne  s'amendoyent  point, 
mais  empyroyent,  pour  les  inciter  à  s'amender?  Par  le  moyen 
de  qui  doncques  sont-ilz  hlasmés,  et  en  scandale  aux  voysins? 
Est-ce  point  d'eux-mesmes,  fesantz  toutes  ces  choses,  voyant  toutz 
et  résistant  tousjours  à  la  parolle  de  Dieu  ?  ou  de  moy,  qui  fesant 
l'office  de  pasteur,  les  ay  admonesté  et  reprins  de  tel  empire- 
ment,  afin  qu'ilz  s'amendassent?  C'est  d'eulx-mesmes  certainne- 
ment,  et  non  ])as  de  moy,  et  me  font  tort  aussi  bien  en  cest 
endroit  comme  en  toutz  les  aultres. 

Cinquiesmeciriicle.  Quant  au  cinquiesme  article,  je  confesse 
tousjours,  comme  je  leur  ay  jà  confessé  par  avant,  non  pas  que 
j'aye  ra])pourté,  car  je  ne  suys  pas  en  ce  ny  aultre  cas  rappour- 
teur,  mais  que  j'ay  dict  avoir  ouy  de  la  bouche  iïAntJioyne 
Jacottet,  de  Quercié^\  qu'il  disoit  que  nous,  les  ministres  de  la 
parolle  de  Dieu,  vendions  l'Évangile,  ce  qu'est  faulx,  et  dict 
contre  vérité.  Et  est  tout  vray  qu'il  le  m'a  dict.  Dieu,  qui  le 
jugera  et  moy  aussi,  en  est  tesmoing  et  la  conscience  d'ycelluy, 
et  un  tiers  aussi,  lequel  le  doibt  avoir  ouy  comme  moy,  en  tes- 
moignera  s'il  plaist  à  Dieu,  quant  sur  ce  sera  requiz  au  nom  de 
Dieu.  Et  Mons""  le  Chastelain  susdict  en  parla  ouvertement 
devant  toute  la  ])arroisse,  le  dimenche  susdict  prochain  après 
la  pentecoste,  disant  avoir  ouyr  dire  à  Antlioine  Jaccotté  ce 
mesmes  propoz  ou  semblable. 

Or,  ne  me  peulx-je  assez  esmerveiller  Aq  la  parroisse  de  Cor- 
naud, disant  par  son  parlier,  Jacques  Clcmde  et  fraillard  du  dict 
Jaccottet,  que  ce  Jaccottet  est  leur  frère  et  membre  de  l'église, 
croyant  plus  tost  à  luy,  qui  le  nye  seulement,  et  n'a  aultre 
chose,  qu'à  moy  qui  suys  leur  pasteur  et  qui  [ay]  charge  d'eulx, 


17 


Le  villago  do  Cressier,  près  de  Coriiaux  (VII,  398). 


lo43         ANTOINE  THOMASSIiN  AU  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.  367 

ayant  aussi  le  tosmoigiiage  de  Monseigiieiii-  le  ClmstelaiH^*  tel 
que  dessus,  et  espérant  en  avoir  davantaige  (juant  teni])s  sera, 
Dieu  aydant.  Qui  est-ce  qui  ne  jugeroit  y  avoir  de  terribles 
menées'^  Au  Heu  que  la  parroisse  debv/oit  maintenir  son  i)asteur 
contre  le  dict  Jacotté,  ainsi  qu'est  dict,  elle  soustient  Jacotté  à 
rencontre  d'ycelluy,  combien  que  Jacotté  ne  dict  aultre  chose 
sinon  que  j'ay  menty;  mais  il  est  jà  bien  évident,  et  sera  encor 
plus  cy-après,  Dieu  aydant,  que  c'est  luy  le  menteui-,  non-seule- 
ment en  cecy  qu'il  nye,  mais  aussi  en  ce  qu'il  a  dict  que  j'ay  esté 
cause  qu'il  a  esté  miz  en  i)rison.  Laquelle  chose  ne  se  trouvera 
point,  mais  est  faulse.  Que  si  Jacottet  le  vouloyt  aussi  nyer 
l'avoir  dict,  la  parroisse  de  Cornand  en  seroit  chargée,  de 
laquelle  le  parlier  Jacques  Claude,  ])Our  et  au  nom  d'ycelle,  m'en 
accusa  devant  les  dicts  commiz,  le  jour  qu'est  dessus. 

Sixiesme  article.  Item  en  leur  sixiesme  article  ilz  disent  que 
j'admonestay  Mous'  le  Chastelain,  lequel  estoit  pour  lors  Mons"" 
le  maistre-bourgeoys  André  Mazègle,  de  mettre  Thomas,  de 
Cornaud,  en  prison  :  ce  que  ne  feis  jamais,  et  seroit  faict  tort 
au  dict  feu  chastelain,  de  dire  qu'à  mon  appétit  et  non  selon  rai- 
son, il  eust  emprisonné  quelcun.  Bien  est  vray  que  le  dict  Tho- 
mas avait  parlé  de  V esprit  de  Vapostre  S.  Paul  en  telle  sorte,  que 
ce  qu'il  avait  parlé,  et  ce  que  pourrait  parler  un  aultre  home  de 
son  entendement,  c'estoit  fout  un.  Et  me  font  tort  quant  ilz 
disent  que  ne  luy  i-emonstray  i)oint  sa  faulte,  car  si  feis  en  la 
présence  du  dict  Mons'  le  Chastelain,  lequel  aussi  j'admonestay, 
à  l'heure  présente,  de  faire  (jue  son  office  servist  à  Thonneur  de 
Dieu.  Si  doncques  le  dict  Thomas  feust  emprisonné  contre  l'ho- 
neur  de  Dieu,  comnu»  veullent  donner  à  entendre  les  parro- 
chiens  de  Cornaud^,  il  ne  feust  nullement  faict  en  cela  selon 
l'admonition  qu'avoye  faicte  à  Mons""  le  Chastelain,  ains  tout  au 
contraire,  ou,  si  ce  feust  selon  l'honneur  de  Dieu  (car  il  fault 
bien  que  ce  feust  l'un  des  deulx),  pourquoy  si  long  temps  ai)rès 
vient-on  reprendre  une  chose  bien  faicte?  Et  Dieu  sçait  com- 
ment ilz  desguysent  le  cas. 

Septiesme  article.  Touchant  le  septiesme  et  dernier  article,  Je 
ne  sçais  qu'ilz  veullent  dire,  disaniz  que  j'ag  faict  convenir 


19 


'*  Exerçant  ses  fonctions  dans  la  cluitellenie  de  Thièle,  dont  St.-Blaise 
était  le  chef-lieu. 


368  ANTOINE  THOMASSIN  Ali  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL.         1543 

aulcims.  Et  ce  qn'ilz  disent  que  je  leur  ay  faict  crier  mercy  à 
Dieu,  ce  n'a  pas  esté  moy,  mais  V église,  en  l' authorité  de  laquelle 
je  lefesoye,  toutesfoys  avec  le  consentement  de  ceulx  lesquelz 
avoyent  scandalisé  l'église,  car  cela  estoit  en  leur  liberté  de  le 
faire  ou  non.  De  dire  a  en  touchant  en  ma  main,  »  comme  si 
deux  y  avoyent  touchez,  ils  sçavent  bien  que  ce  ne  feust  qu'ung, 
et  qu'il  toucha  aussi  en  la  main  du  gouverneur  de  l'église,  ce 
que  monstroit  que  ne  fesoye  rien  de  cela  de  moy  particulier, 
mais  comme  ministre  et  au  nom  de  Téglise,  le  déclairant  aussi 
par  parolle,  disant  à  haulte  voix  :  «  Donnez-moy  la  main  et  au 
gouverneur  de  l'église,  en  certification  que  l'église  vous  receoit.  » 

Yray  est  aussi  qu'après  avoir  prié  pour  le  personaige,  au  nom 
de  Jésus-Christ,  je  ne  dobtoye  point  que  ses  péchez  ne  luy 
feussent  pardonnez,  me  fiant  en  la  ferme  promesse  de  Jésus- 
Christ  qui  est  au  18*^  de  S.  Math.,  pourveu  que  le  personnaige 
eusse  vraye  foy  en  ycelluy  et  vraye  desplaisance  de  ses  péchez. 

Or,  ilz  font  une  maulvaise  conclusion  de  leurs  articles,  disantz 
que  par  leurs  raysons  susdictes  ay  esté  défaillant  en  mon  minis- 
tère, ce  qui  ne  se  trœuve  pas,  mes  responces  estant  ouyes  et 
entendues.  Par  ainsi,  n'estant  point  tel  que  ceulx  lesquelz  ilz 
m'allèguent  i)Our  exemple,  il  s'ensuyt  bien  que  nullement  ne  les 
doibve  ensuyvre  en  ce  qu'ilz  debvoyent  faire,  à  raison  de  ce 
qu'ilz  avoyent  esté  en  publicque  scandale.  Par  ainsi,  ne  suys 
contreveneu  à  ce  que  je  presche  par  aulcun  de  leurs  dictz 
articles,  ains  non  obstant  yceulx  articles  demeure  véritable, 
ainsi  que  le  ministre  de  la  parolle  de  Dieu  doibt  estre,  selon  que 
le  monstre  le  S.  Apostre. 

Pour  [ce]  je  2»'ie  et  requiers  liumhlement  à  la  Seigneurie  de 
ne  faire  nullement,  touchant  aux  pasteurs  des  églises,  à  l'ai^pé- 
tit  des  rehajitizeurs,  et  faire  des  renwnstrances  à  mesparrochiens, 
à  fin  qu'ils  ne  se  perdent  et  confondent  eulx-mesmes,  au  désir 
de  ceulx  qui  ne  les  pourroyent  tirer  hors  de  confusion.  Me 
offrant  à  toute  punission,  quelque  grande  qu'elle  soit,  par  tout 
là  où  je  seray  trouvé  coulpable. 

^®  Fait  citer  ou  assembler. 


1543  GUILLAUME  FAREL  A  PIERRE  CAROLI,  A  METZ.  369 


1283    / 

GUILLAUME  FAREL  à  Pierre  Caroli,  à  Melz. 

De  Strasbourg.  21  mai  4543. 

Une  Epistre  de  Maistrc»  P.  Caroly...  Genève  1548'.  Calv.  Opp. 

XI,  54Î). 

La  Responce  de  M.  (JuillaunK^  Farel  contre  M.  Pierre  Caroly, 

docteur  de  Sorbone. 

Guillaume  Farel,  serviteur  de  Dieu,  non  seulement  baptisé 
au  nom  du  Père  et  du  Filz  et  du  sainct  Esprit,  un  seul  Dieu  en 
trois  personnes,  mais  aussi  attiré  à  la  cognoissance  de  TÉvangile 
de  Jésus,  et  api)ellé  par  icelluy,  pour  prescher  ceste  tant  saincte 
doctrine  Évangéliquc  —  au  docteur  Papal  de  l'université  de 
Paris,  jadis  com])agnon  de  Sorbone,  Pierre  Caroly,  qui  tant  de 
fois  a  tourné  sa  robbe,  —  tout  ce  que  je  puis  désirer  et  deman- 
der selon  Dieu  t'avic^ine,  en  Thonneur  et  gloire  de  ce  bon  Dieu 
et  édification  de  tous  ! 

Hier  je  receu  tes  lètres^,  et  avoir  veu  l'entrée  de  cordeli(M'. 
ton  Jésus  Maria,  lisant  plus  oultre  il  m"a  semblé  que  tu  te  com- 
bas  à  ton  umljre,  te  disant  estre  si  fortifié  que  tu  ne  crains  mes 
menaces  et  menées,  et  que  je  ne  te  trouveray  plus  tant  fragile 
comme  paravant.  Mon  mny  Caroly  (car  encore  je  t'ayme,  puis 
que  nostre  Seigneur  le  commande),  qui  fa  menacé)  et  qui 
tascJie  contre  toy  f  pourqîioy  te  trouhles-tn  ainsi)  Est-cemoy)Je 
pren.s  Dieu  en  tesmoing  et  ta  propre  conscience,  si  tu  as  j((nuns 
trouvé  amy  sur  la  terre  qui  ait  plus  taschéà  ton  bien  et  salut  que 
moy.  Je  ne  t'ay  menacé  paravant,  et  ne  te  menace  de  présent. 
Car  ne  suys  envoyé  pour  menacer,  mais  pour  monstrer  la 
povreté  où  est  le  monde,  et  le  salut  qu'il  faut  cercher  en  Jésus. 
Je  ne  sçay  que  c'est  de  faire  menées.  Je  n'ay  travaillé  à  avérer 
chose,  fors  que  la  doctrine  de  Jésus  eust  lieu  partout. 

Tu  sçais  bien  que  je  pourrais  dire  de  toy  et  de  tes  sembUtblcs. 

'  Voyez  If  titre  conijjlet,  N"  1230,  note  1. 
-  La  lettre  de  déti  du  14  iii.ii(X"  1230). 

T.  ^^II.  24 


370  GUILLAUME  FAREL  A  PIERRE  CAROLI,  A  METZ.  io43 

Mais  quand  seroit-ce  faict ^  Hélas!  que  vous  estes  povres  gens, 
qui  ne  regardez  contre  qui  vous  bataillez,  et  la  cause  que  vous 
voulez  destruire.  >^ifag  désiré  le  bien  et  édification  de  l'Église,  et 
fay  argué  de  ta  vie  à  Genève,  et  résisté  à  ta  povreté,  et  non  seu- 
lement moy,  mais  en  plus  grande  vertu  l'ont  faict  aussi  les  vrays 
serviteurs  de  Dieu  Calvin  et  Tiret.  Que  necongnois-tu  tafaulte, 
comme  tant  défais  l'as  confessé?  Pourquoy  batailles-tu  contre  ce 
que  tu  srays  et  congnois?  Tu,  ])ar  manière  de  vitupère,  me  ves- 
cris  que  j'ay  de  coustume  de  me  vanter  sur  la  chayre,  en  repré- 
s(>ntant  le  combat  pour  le  soustenir  jusques  à  la  dernière  goûte 
de  mon  sang.  Je  te  prie,  Caroly,  confesse  la  vérité.  L'ay-je 
présenté  à  ceux  qui  en  bonne  paix  et  amiablement  ont  désiré  de 
traicter  de  nostre  Seigneur V  Ay-je  jamais  usé  que  de  très 
gi-ande  douceur  et  bénignité  selon  la  grâce  que  Dieu  nf  a  donnée, 
parlant  avec  eux  tant  amiablement  qu'il  m'a  esté  possible  ?  Et 
si,  quand  la  résistence  estoit  si  grande,  comme  tous  le  sçavent, 
et  que  par  toutes  sortes  on  ne  taschoit  que  blasmer  la  saincte 
doctrine  de  Jésus,  j'ay  prié  que  les  adversaires  vinsent  en  avant, 
que  j'estois  prest  de  maintenir  ce  que  j'avois  enseigné  jusques  à 
la  dernière  goutte  de  mon  sang,  est-ce  venterie  V  Ay-je  refusé  à 
personne  de  respondre?  Ay-je  nyé  la  vérité  de  Jésus  que  j'ay 
une  fois  congneue? 

Tu  sçais  bien  les  dangers  et  peines  oi(  j'ay  esté,  et  si  ne  veux 
estre  du  tout  oultrageux  à  la  grâce  et  bonté  de  Dieu,  il  fault  que 
tu  le  confesses,  que  ce  grand,  bon,  puissant  et  très  saige  Dieu, 
de  sa  grâce,  a  délivré  sa  povre  créatui-e,  tant  petite,  tant  pleine 
de  mal,  selon  sa  nature,  tant  infirme  et  ne  sçachant  les  machi- 
nations des  adversaires,  et  a  faict  son  œuvre  par  ce  qui  n"est 
rien.  Certainement,  en  la  fiance  de  la  seule  bonté  de  Dieu.  j"ay 
entrei)rins  et  jjoursuivy  la  charge  que  ce  bon  Dieu  m'a  donnée, 
et  [je]  remercie  ce  bon  Seigneur,  seul  autheur  de  toutes  grâces 
et  biens,  qu'il  luy  a  i)leu  ainsi  ouvrer  par  moy,  me  faisant  j)ro- 
céder  tout  autrement  que  toy  :  car  si  j'eusse  tasché  de  tirer  ceux 
de  V estât  Papal  à  Oenève,  à  Berne  ou  à  Basle,  et  aussi  ceux  de 
Losane,  et  que  moy  et  les  autres  eussions  travaille  qu'ilz  fussent 
esté  appeliez  devant  telz  bons  et  fdèles  Seigneurs,  esquelz  y  a 
plus  d'équité  au  moindre  d'entre  eux,  qii'ixu  ])lus  grand  qui 
soit  en  la  court  Romaine,  comment  eussent  tous  criéi  Mais  Hz 
ont  esté  appeliez  en  leurs  lieux  propres,  et  leur  a  esté  pleinement 


1543  GLILLAUME  FAREL  A  IMKRHK  CAHOLl,  A  METZ.  371 

libre  de  dire  et  amener  tout  ce  qn'ilz  ont  peu,  ne  scea,  et  tu  le 
srais  bien  comment  à  ce  on  a  travaillé  envers  les  bons  Seif/nevrs. 
Et  tu  m\ippelles  à  Ronime  devant  le  Pape.'  i}m  tCu  a  (loiiiir  la 
cliargoV  De  iiiov  je  ne  fais  rien  |)oiii-  le  Pajjc  iiy  j)Oui'soii  autlio- 
rité,  puis  qu'il  est  dédairé  et  est  vray  Aiitechrist  et  ciiiiciiiy  de 
Dieu.  Penses-tu  que  pour  toy.  au  nom  du  Pape,  je  face  quel(jU(^ 
chose  V  Tu  srais  bien,  7;/(i,s  que  le  Pape  est  ennemy  de  Jésus, 
mon  Seigneur  et  Maistre,  que  estant  tel,  il  ne  peut  estreque  mon 
f/rand  adversaire  et  partie  contraire,  —  et  tu  le  veux  avoir  juge? 

Et  qu((nd  est  des  sainctes  imissances  ordonnées  de  Dieu,  faut 
de  la  Majesté  Impériale  que  Royale,  lesquelles  nostre  Seigneur 
veuille  addresser  en  tout  et  partout  en  son  honneur  et  gloire, 
je  ne  crog  que  tu  aies  aucune  commission  d' aucune  Œ icelles puis- 
sances. Et  si  Dieu  leur  faict  la  grâce  de  se  vouloir  <'ni])loyer 
d'un  hon  accord  ])Our  la  pacification  des  diflférens  qui  sont  en 
la  chresticnté,  cei-tainement  ilz  choisiront  autres  ])er8onnages, 
<^uand  est  de  ma  petitesse,  je  pense  bien  que  ne  suis  en  tel 
estime  envers  leurs  majestez.  qu'ilz  n"en  ijrennent  de  plus  suffi- 
sans  et  plus  exercitez  que  moy.  Et  de  toy,  qui  s'en  voudra  servir? 
Certainement  nully,  sinon  telz  comme  de  ceux  desquelz  la  cuy- 
sine  t"a  tiré,  qui  sont  dignes  de  tel  personnage.  Tout  au  fort-\ 
([uand  il  plaira  à  Dieu  de  m' appeler  devant  quelque  puyssan ce 
qui  soif,  pour  maintenir,  comme  il  appaiiient,  la  doctrine  que 
j'ug  prescliée,je  suis  xrrest  en  tous  lieux  et  places'.  Et  en  main- 
tenant la  saiucte  doctrine  que  je  porte,  et  monstrant  que  les 
autres  ont  faïllg,  [je]  ne  demande  tuerie  ne  ejfusion  de  sang, 
car  ce  n'est  mon  désir,  mais  le  salut  et  amendement  de  tous.  S'il 
g  a  mal,  qu'il  vienne  sur  mog;  sije  nag  enseigné  la  vérité  de 
nostre  Seigneur,  que  je  soge  pung.  Si  les  autres  ont  faillg, 
qu'il[z]  s'amendent  au  nom  de  nostre  Seigneur. 

Mais,  mon  amy,  (que  faut-il  jaire  tant  du  glorieux  en  propo- 
sant les  villes  et  d'Espaigne  et  de  Venise,  comme  si  tu  avois  tout 
en  ta  main }  Tu  n'as  point  grand  argent  pour  faire  si  gros 

*  Le  soDs  de  cette  expression  n'est  pas  aisé  à  déterminer.  Fort  sigiiitii' 
souvent  dur,  difficile.  Nous  supposons  (jne  l'arcl  a  voulu  dire  :  A  la 
rigueur,  à  l'extrémité. 

*  Il  y  a  ici,  dans  le  texte  im])rinié,  une  virgule.  Farel  séparant  maintes 
fois  ses  phrases  par  un  ])oint,  non  suivi  d'une  majuscule,  rimiirimeur  a 
pu  se  tromper  et  réunir  en  une  seule  deux  phrases  distinctes. 


372  GUILLAUME  FABEL  A  PIERKE  CAROLI,  A  METZ.  1543 

despetis,  et  ma  fiiniHce  n'est  infinie.  Quo  voulons-nous  aller  si 
loing,  puis  que  tu  as  tes  Abbez,  prestres  et  moynes,  et  tant  do 
gens  de  bien,  comme  tu  dis,  et  que  tu  es  comme  le  coq  sur  ton 
fumier  V  Tu  es  docteur  en  perche  dedens  Metz,  et  es  tant  fort. 
Moy  je  n'ay  autre  qiœ  Dieu,  combien  qitHl  a  touché  le  cueur 
d' aucuns  personnages  qui  ne  sont  à  mespriser  en,  la  dicte  ville  de 
Metz,  qui  n!ont  la  pire  affection  envers  moy  ;  je  ne  demande  que 
tu  viennes  icy,  à  Strasbourg,  ou  à  Berne,  ne  devant  Duc  ne 
prince.  Si  de  leur  grâce  ilz  ne  t'ai)pellent,  et  que  tu  y  voulsisses 
venir,  et  que  tu  ayes  tant  de  peine  d'aller  ne  ça  ne  là,  afin  qu'au 
Nom  de  nostre  Seigneur,  nous  parlions  devant  tous  ouvertement 
et  paisiblement,  comme  il  convient  jjarler  des  choses  de  nostre 
Seigneur  en  toute  crainte  et  révérence,  —  que  ce  soit  en  la  ville 
de  Metz,  et  là  porte-toi  vaillamment,  comme  droict  champion,  et 
devant  celuy  que  tu  blasmes  en  abse/tce,  monstre  en  sa  présence,  si 
tu  peux,  que  tu  as  dict  vray,  et,  soubz  Fumbre  de  cerclier  autre 
lieu,  ne  te  déclaire  ])oint  estre  ce  que  tu  es,  un  droict  menteur 
et  imposeur  de  crime  :  mais  tasche  d'avoir  lieu  là  où  tu  es.  Car 
si  en  la  ville  de  Metz,  où  tu  es,  et  où  tu  pe^ix  presclier,  tu  ne  peuj- 
avoir  tant  d'a^ithotité  défaire  qu'avec  toy  librement  et  frinclie- 
ment  on  puisse  parler  devant  tous,  comment  l' obtiendras-tu  en 
autre  part,  où  tu  n^as  lieu  et  ne  peux  prescherf  Si  tu  te  tiens 
tant  asseuré,  comme  tu  dis,  de  povoir  maintenir  que  ma  doctrine 
est  faulse,  hérétique  et  schismatique,  que  jour  soit  assigné,  comme 
il  fault,  et  prens  des  seigneurs  de  la  ville  deux  ou  trois  de  ta  ])art. 
et  j'en  prendray  autant  de  la  mienne,  et  qu'iceux  eslisent  jug(^s 
et  auditeurs  non  suspectz,  pour  nous  ouyr  en  tout  ce  que  nous 
pourrons  amener  par  la  saincte  Escriture,  et  si  je  n(>  monstre 
que  contre  Dieu  et  toute  vérité,  tu  as  parlé  de  moy,  et  de  la 
saincte  doctrine  que  je  porte,  comme  en  ce  que,  sans  honte,  tu 
te  vantes  d'avoir  maintenu  contre  moy  à  Berne,  —  que  lors, 
selon  la  déserte'  je  soye  puny.  Je  ne  refise point  d'endurer  la 
mort,  si  j'ay  presché  contre  la  vérité  de  nostre  Seigneur,  contre 
la  vraye  Foy  Chrestienne,  et  pour  la  destruction,  de  la  saincte 
Église.  Quant  est  de  ta  doctrine,  mais  que  tu  m' ayes  dict  ce  que 

'°  D.'iiis  la  laii^iuc  du  seizième  sùVlo,  déserrir  signifie  mériter,  et  hi 
déserte  ou  desserte,  le  inéritf  ou  lo  démérite.  Le  sens  est  donc  :  «  selon  que 
j'aurai  mérité.  » 


1543  GUILLAUMK  FAUKL  A  PIERRE  CAROLI,  A  METZ.  373 

ta  tiens  et  croys,  lors  j'en  duaij  comme  il  J'uidt.  De  présent,  je  ne 
sray  desquelz  tu  es.  Car  du  pape  assez  sçuy-je,  que  si  tu  parles 
pour  luy,  c'est  contre  ta  conscience,  et  que  tu  ayes  le  cueur  à 
Jésus,  je  n'en  voy  aucune  apparence  :  trop  es  miiahle  et  incons- 
tant. Mais  une  fois  tien  bon,  et  monstre  que  tu  veux  tenir  ce  que 
tu  dis,  et  ne  cerche  ailleurs  ce  qu'il  te  faut  prendre  à  la  maison; 
pour  toy,  il  u' y  a  lieu  plus  propre  que  Metz.  Pour  nioy,  n'en 
fais  l'ion,  fors  que  pour  te  monstrcr  vaillant,  obtiens  le  lieu  et  le 
jour  :  et  à  moy  ne  tiendra  que  je  ne  me  trouve.  Mais  si  tu  ne  le 
Jais,  qui  sera  celuy  mesnie  des  tiens,  qui  ne  te  juge  estre  un  glo- 
rieux^? qui  te  vantes  de  dispiiter  et  n' y  veux  entrer,  ayant  dosjà 
scnty  la  yertu  d'icoluy  qui  a  besongné  en  ceux  que  tu  ai)i)('ll('s. 
Je  ne  sçay  si  je  doy  rire  ou  pleurer  en  poKrsuyvant  ta  lettre. 
Tu  me  metz  huit  jours,  dedans  lesquelz  je  t'aye  à  signifier  le 
lieu  et  les  juges,  et  que  du  tout  je  t'advertiss(\  ou,  s'il  ne  nie 
l)laist,  que  tu  te  constitue[s]  de  jjrésent  prisonnier  à  Metz  pour 
estre  exécuté,  et  que  tu  bailleras  articles  contre  ma  doctrin»'. 
pourveu  que  je  m'en  voise  rendre  prisonniei-  entre  les  mains  du 
Roy  très  chrestien,  ])Our  estre  exécuté.  Qui  t'a  ainsi  aprinsV 
es-tu  content  de  mourir,  mais  que  j(^  meure  V  quel  esj)i'it  est  le 
tienV  Jésus  est  mort  i)Our  nous  donner  la  vie,  tant  nous  a 
aymez  :  et  mon  Dieu  sçait  que  ])our  le  salut  de  nion  prochain  je 
voudroye  moui'ir,  et  ne  demand(^  la  mort  de  personne,  mais  que 
tous  vivent  et  se  convertissent.  Dy,  je  te  j)rie.  mon  amy  Caroly, 
quelle  manière  de  disputer  sera-ce,  quand  tu  seras  à  Metz,  et 
moy  entre  les  mains  du  très  chrestien  Boy  /  Ser((-ce par parolle? 
U  faudra  bien  crier  pour  estre  ouy  Tnn  de  Vautre.  Se^'a-ce  par 
escrit,  si  nous  sommes  exécutez  f  Je  ci"oy  que  tu  p(Mises  qu'après 
la  mort  tu  pourras  escrire,  comme  tu  fais  i)arl(>r  aucuns  des 
tombeaux.  Pense[s]-tu  qu(^  tout  le  monde  soit  l)(>ste.  et  (]ue  i)er- 
sonne  ne  entende  ta  folie  V  Je  te  suj)|)lie,  ne  soys  tant  suyvant 
tes  affections.  Si  tu  me  jjroposoys  ([ue  je  me  rendisse  jjrisonnier 
en  lieu  où  je  fusse  j)reschant  comme  tu  es  à  Metz,  et  que  j'eusse 
tes  articles  pour  contnnlire  à  iceux.  et  (pie  derechef  tu  respon- 
disses  aux  contradictions,  et  avoir  tout  amené  d'un  costé  et 
d'autre,  le  tout  fust  congneu,  il  y  auroit  quehjue  projws;  mais 
ainsi  que  tu  dis,  (pielle  raison  y  a[-t-J  ilV  Tu  sçais  bien  que  je 
n!ai  point  de  lieu  en,  France,  à  l'instigation  de  tes  compagnons, 
qui  ne  te  veulent  recongnoistre  ne  recevoir,  ainsi  (pie  tu  fais  troj) 


374  GUILLAUME  FAREL  A  PIERRE  CAROLI,  A  MKTZ.  1543 

(lu  président  et  du  i)i'évo;st,  de  constituer  de  ton  authorité  le 
jour,  ce  que  ne  t'appartient  de  faire.  Aussi  es-tu  trop  cruel,  en 
demandant  nostre  mort  :  non  point  que  j'en  aye  tant  de  peur, 
<'t  tu  1(^  sçais  bien,  mais  je  te  veux  bien  advertir  de  ta  povreté  : 
<inelle  arrogance  est-ce,  de  dire,  ce  que  toy  ne  créature  qui  soit, 
ny  au  ciel,  ny  (Mi  la  terre  ne  sçauroit  prouver,  que  je  presche 
nouvelle  doctrine,  et  pourtant  me  deffendre  la  ville  de  Metz,  ce 
que  tu  ne  peux  et  ne  doys.  Le  bon  Dieu,  par  sa  grâce,  ayt  ])itié 
de  toy,  et  de  tous  autres,  en  tant  que  faillez  par  ignorance,  et 
face  que  tout  ainsi  que  la  pure  doctrine  Évangélique  est  pres- 
chée  par  nioy  et  autres  aussi,  pareillement  elle  ayt  lieu,  non 
seulement  en  un  lieu  à  Metz,  mais  ])artout  et  en  toutes  ])ars  du 
monde,  et  que  toute  faulse  doctrine  soit  du  tout  chassée! 

Tu  me  menaces  de  me  crier  et  prescher  mescJiant,  fuyart, 
hérétique,  de  me  tenir  traistre  à  nostre  Seigneur  Jésus-Christ  et 
son  Église.  Me  penses-tu  si  peu  avoir  profité  en  FÉvangile,  que 
je  tienne  aucun  conte  de  ton  dire  ne  prescher?  Certainement. 
je  n'ay  cerché  la  grâc(^  de  Caroly,  ne  de  ses  semblables,  et  ne 
regarde  qu'ilz  disent;  mais  je  demande  Jésus  mon  saulveur  et 
considère  ce  qu'il  a  dict,  et  m'en  trouve  consolé,  et  en  sens 
fruict  et  vertu  envers  le  i)rochain.  Pleust  à  Dieu  que  je  puisse 
à  bon  droict  din»  tant  de  bien  de  toy  (pie  tu  tâches  de  dire  de 
mal  faulsement  contre  moy,  et  que  tu  fusses  si  loyal  à  Jésus  et 
à  son  Église  comme  tu  t"es  i)orté  laschement  envers  luy,  et  tant 
de  "fois  t'es  mo(iué  de  son  espouse!  Je  crains  grandement  qui' 
Dieu  ne  te  frapj)e  soubdain.  Il  est  temps  et  plus  que  temps  de 
2)enser  qu'il  faut  partir  de  ce  monde.  Je  te  supplie  au  nom  de 
Jésus,  pense  et  à  la  vie  et  à  la  mort  advenir.  Povre  homme,  que 
veux-tu  faire  f  Porirquoy  te  tourmentes-tii  ainsi,  faisant  contre 
ta  propre  conscience  f  Je  sçay  hien  que  ta  femme  et  tes  enfans,  à 
qui  tu  as  failly  si  grandement,  pressent  fort  ton  cueur,  que 
tout  ce  que  tu  machines  contre  Dieu  et  ses  serviteurs  tomlje  sur 
ta  teste.  Tu  te  cerches  et  veux  estre  quelque  chose,  et  tu  te 
trouves  perdu  et  venir  du  tout  à  néant.  Ceste  maudicte  gloire  ne 
seral-t-]elle  jamais  cdjbatue?  0  Seigneur  Jésus,  si  l'on  te  regar- 
dait, toy  qui  t'es  tant  humilié  pour  nous,  pour  nostre  salut,  qu'on 
'ne  serait  tant  après  un,  rien!  Le  Seigneur  Dieu  oi  Père,  j)ar  sa 
grande  v(M*tu  et  puissance,  assiste  à  ceux  (pii  de  cueur  sCm- 
j)loyent  à  son  honneur  et  gloire,  et  résiste  puissamment  à  tous 


lo43  LK  CONSEIL  DK  BERNE  A  LA  CLASSE  DE  MORftES.  375 

vou\  qui  travaillent  au  routraii-c!  ce  (iu"il  fera,  par  sa  grâce,  au 
bion  et  salut  des  siens,  et  singulièrement  avant  mercy  (le[sj 
siens,  et  de  son  église  qui  (>st  h  Metz,  l'augmente  et  accroisse 
en  tous  biens  et  grâces,  luy  i)ourvoyant  de  pasteurs  et  de  toute 
chose  qui  luy  est  nécessair(\  et  oste  tous  les  (>nipeschemens.  en 
décliassant  tous  séducteurs  qui  sèment  i)arvcrse  doctrine  et  qui 
troublent  les  consciences,  les  destournant  de  la  vérité  d(>  Jésus, 
tellement  que  jmrement  elle  soit  édifiée  et  entretenue  par  la 
parolle  de  l'Évangile  en  vraye  i)aix  et  union  et  concorde. 
De  Strasbourg,  ce  Jl.  de  May.  \'A':\. 

(1.  Farel. 


1284 

LE  CONSEIL  DE  BERNE  à  la  Classe  de  Morges. 
De  Berne,  21  mai  1543. 


Inédite.  Minute  originale.  Arcli.  de  Bern 


'r^ 


Nostre  salutation  i)réniis(\  Nous  avons  entendu/  vous  lectres 
concernantes  Jehan  Gandelldire.  Sur  lesquelles  vous  res])ondons, 
estant  le  dit  Gaudellaire  j)ar  les  ministres  icy  examiné  et  trouvé 
souffisant  au  ministère,  et  à  nous  ])résenté,  l'avons  ordonné  pour 
estre  diacre  à  Nyon\  A  ceste  cause,  est  nostre  vouloir.  qu(^  en 
icelluy  y  i)e]*siste,  et,  sy  aulcune  faulte  est  en  luy  touchant  sa 
vie,  meurs  et  doctrine,  (|ue  es  colloques  luy  t'aissiés  remons- 
trances  et  l'exercités  comme  ilz  s'ajiartient,  et  comme  membre 
débile  l'entretenés.  Datum  xxi  ^laii  1543. 

L'ÂDVOYER  ET  CONSEIL  DE  BeRNE. 

(Suscription  :)  Aux  vénérables,  docts.  nous  très  aimés  l)oi(^n 
et  .Turé|"s]  de  la  Classe  d<^  Morge-. 

'  Le  23  février  1543,  Berne  avait  pris  la  décision  suivante  :  <■  Donner 
plein  pouvoir  aux  députés  [envoyés  dans  le  Pays  de  Vaud]  d'établir  le 
porteur,  Jehan  Gondellaire,  où  ils  jugeront  convenalile.  La  ville  de  yiion 
est  dépourvue  d'un  diaere.  »  (Trad.  de  Tall.) 

-  En-tête  de  la  minute  :  «  Cliaj)itre  de  Morge,  Gaudelaire.  » 


376  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANNE.  1S43 


1235 

JEAN  CALVIN  à  Pierre  Viret,  à  Lausanne. 
De  Genève  (vers  le  27  mai  1543  \) 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  lOC.  Cal.  Opj).  XI,  557. 

S.  Narravit  mihi  Joannes  Tornacus  smnmani  acfionis  ves- 
trœ^.  Nos  stultoruin  more  ex  eventii  îestimabimus,  debueritiie 
sic  fiei'i.  Qiiin  potiùs,  utcunque  res  cedat,  friKMnur  hac  conscieii- 
tia  coram  Deo  :  sic  lieri  oj)ortuisse,  quia  non  poterat  aliter. 
Cseterùm  si  ad  me  venerint,  ac  illud  supercilium  attulerint, 
paulô  eos  dui'iùs  accipiam  ".  Et  certè  prœcavendum  est,  ne  quasi 
victores  ferociant  :  quod  facturos  constat,  nisi  severiùs  coërcean- 
tur.  Si  quid  ergo  vc^lint  consequi,  comparent  se  ad  audiendum 
quod  noient  :  nihil  dicendum  nisi  quod  ferre  possim. 

CajJunculus,  ut  nosti,  classpm  Neocomensem  mine  tnrbat  :  et 
se  callidP  agere  puiat,  quodflahello*  ad  inferendum  incendimn 
ntitiir.  Miserant  ad  me  fraires  erjregios  illos  arficulos',  rogave- 
rantqite  ut  ad  condictuni  diem  venirem^  :  sin  minus,  'refellerem 
quod  mihi  dispUceret.  Verùm  Joannes  Chirurgus ',  qui  attulerat, 
non  nisi  septimo  tandem  die  mihi  reddidit.  Verùm  \wv  MicJia'é- 
lem^  aliquid  rescribam  :  quia  citiùs  non  i)otui.  Hïc  Jiahemus 

'  La  date  est  suggérée  \M\r  les  détails  (Renvois  de  note  3-5,  7,  9,  10). 

^  Jean  de  Tournay,  pasteur  à  Aigle.  L'affaire  dont  il  donna  à  Calvin 
nu  résumé  oral  était,  selon  toutes  les  vraisemblances,  la  réconciliation 
générale  opérée  à  Vevey  entre  les  ministres,  vers  le  milieu  de  mai 
(N"^  12.81,  renvoi  de  n.  16;  1237,  renv.  de  n.  1). 

*  Il  semble  que  Caliin  fosse  allusion  à  des  ministres  qui  désiraient  se 
réconcilier  ave*-  lui,  pour  s'acquitter  de  l'engagement  qu'ils  avaient  pris  à 
Vevey  (n.  2).  De  ce  nombre  étaient  sans  doute  Jean  Morand  (N°  1231, 
ifiiv.  de  n.  23,  25)  et  Antoine  3farcourf,  peut-être  aussi  ceux  des  pasteurs 
de  la  Classe  de  Gex  qui  avaient  mal  reçu  Calvin  (N°  1200,  renv.  de  n.  3-4). 

*  Allusion  à  Coriesius  (N"  123G,  n.  5)  qui  était  le  prête-nom  de  Cha- 
ponneau. 

*  Ces  Articles  de  Cortesius  n'ont  pas  été  conservés. 
®  Édition  de  Brunswick  :  reneriin. 

''  Le  chirurgien  Jean  Jiofjier. 


lo43  JEAN  CALVIN  A  l'IKHHK  VIRET,  A  LAUSANNE.  377 

Boscanum'^ ,  de  qiio  Mies  undieras.  Non  caret  acumine,  et  est  iu 
doctrina  CliristUuiu  softs  exercitatns.  QuunqiKim  minime  est 
qiiodferehatur. 

De  Carolo^^^  tibi  iiaiTatuiu  fuisse  .^rbitror.  Non  dubito  (luin 
('jus  iiisaiiia  ojjtiiiia  via  sit  ad  pi-oniovcnduni  Evangcliuni.  Ali- 
quid  tamen  audirc  vchcnncutcr  vn\no.  Pra'tcribaui  qme  mihi 
rotnWt  fra fris  mei  socer  "  :  (juia  istuc  quoquc  j)ei'lata  esse  credi- 
bile  est.  Quia  tameii  non  (>st  pcriculum  ne  tibi  tiedio  sit  moa 
loquacitas,  adhuc  hîc  ex|)onani.  ("uni  Meti  esset,  cifidns  est 
Seuatas  ciim  coUegio  catioiticorum,  <(d  iindieHdam  Protestaii- 
iiinn  sententiam^-.  Dies  illis  .dictus  est,  secundus  ])ost  jiente- 
costhen,  quo  Argentoratum  couveninMit  '■',  ra])ta])ant  subtcrfu- 
gium  m//owid,  quia  essent  pars  civitatis;  sod  (juia  noniinatini  se 

*  Michel  Dohf,  iiagnère  pasteur  dans  le  pays  de  Moiitbéliard. 

^  Dans  ce  temps-là,  Hélie  Val-Bousquet  ou  du  Bosquet,  natif  du  Péri- 
pord  (cf.  Bèze,  o.  c.  1580,  I,  218),  était  diacre  à  Aveiiclu's.  Les  noms  de 
famille  âe  Bosco,  du  Bosc  et  du  Bosquet  ayant  api)artenu  à  divers  i)as- 
teurs  du  XVI""  siècle,  il  serait  difficile  de  désigner  celui  dont  il  est  ici 
question.  Toutefois  le  Journal  de  Jean  Faurin  publié  jiar  M.  ("h.  Pradel 
(Monpellier,  1878,  2G8  pj).  in-4'')  fournit  ce  précieux  renseionement  : 
«  L"an  1542  vint  presclier  en  Castres  maistre  Jean  Debosque,  pour  lors 
Jacolnn.  Il  prescha  aux  avents  l'éjjistre  S.  Pierre  et  au  caresnie  [154o  ?] 
l'évangile  de  S.  .Jehan.  Il  lit  grand  fruit  et  se  retira  à  Genève,  passa 
ministre  de  la  parole  de  Dieu  et  despuis  fust  ministre  de  Castn's  ■>  (France 
prot.,  éd.  Bordier,  II,  920). 

Selon  Haag  (o.  c.  IV,  .853)  <■  Du  Bousquet  (.Jean),  en  latin  JJe  Bosco... 
au  retour  d'un  pèlerinage  qu'il  avait  fait  en  Savoie  avec  le  prieur  de  son 
couvent,  eut  envie  de  voir  Génère  ot  de  s'entretenir  avec  les  Réformateurs... 
Quelques  conférences  avec  Calrin  suffirent  pour  le  gagner  à  la  cause  de  la 
Réforme.  Reçu  ministre,  il  fut  d'abord  envoyé  à  Thonon,  d'où  il  ])assa  à 
Lausajuie,  et  plus  tard  il  fut  donné  pour  pasteur  à  l'église  de  Castres...  ■> 

Sa  présence  à  Thono>i  en  155!)  est  attestée  ])ar  Ruchat,  VI,  270,  286, 
et  à  Lausanne  ]n\r  une  lettre  signée  d*'  son  nom  latin  :  Joanne.s-  Bos- 
caiius.  Mais  nous  ignorons  absolument  les  circonstances  de  sa  vie  entre 
1543  et  1559. 

***  Pierre  Caroli. 

"  Nicolas  le  Fert,  d'Arras. 

12-1S-I4  j^pg  députés  du  Conseil  de  .Metz  et  des  (hanoines  de  cette  ville 
(levaient  se  présenter  à  Strastiourg,  le  lundi  1  1  mai,  non  ])Our  entendre 
les  Princes  protestants  prononcer  un  ■■  arrêt,  ■-  mais  atin  de  conférer  avec 
eux  sur  les  réclamations  du  comte  Guillaume  et  des  Kvangéli(pies  messins. 
Leurs  négociations  se  prolongèrent  jns(ju'au  21  mai  (Voyez  le  N"  1218, 
n.  3,  et  rAii])eiidice  du  N"  1212). 


378  JEAN  CALVIN  AUX  PASTEIRS  DE  NEUCHATEL.  1343 

obstrinxfM-ant  ipsi  quoquo,  Senofiis  oonim  t-aiisam  suscipero 
nohiit.  Qha'  autom  ex  Caroli  concioiiihus  excepta  fuerani ,  ohsi- 
gudta  à  decem  festihus^'%  perferobat  Argentoratum  consul  aniii 
superioris  '  %  quom  comitabautur  1ère  octoginta  cives.  De  statu 
urbis  optiuia  spes  erat.  De  Comité  GxiUelnio  verendum,  ne  ultra 
modum  i)rogrediendo  se  prsecipitaverit  :  siquidem  1)ellum  indixit 
Lothoringo^^',  nww  neque  satis  justam  haberet  causara,  et  viri- 
bus  longé  inii)ar  foret.  Nunc  rescire  cupio  quid  actum  sit.  Yale. 
Dominus  te  faniiliamque  tuam  et  fratres  onines  conservet  :  quos 
salutabis, 

(Inscriptio  :)  Petro  A'ireto,  Lausannensis  ecclesiiB  fido  pastori, 
frati'i  niihi  charissinio. 


1286 

JEAN  CAL\^N  aux  Pasteurs  de  Neucbâtel. 

De  Genève,  28  mai  (1543  \) 

Autogr.  Bibl.  Pul)l.  de  Genève,  ^'ol.  n"  lOn.  (  alv.  0pp.  XI,  559. 

S.  Dolet  niilii  plurimùm,  fratres  in  Domino  charissimi,  quôd 
non  citiiis  reddit^e  mihi  fuerint  vestrse  literœ  -.  Nam  si  in  tem- 

'^  Gnspnrd  de  Heu,  seigneur  de  Buy. 

"^  Nous  n'avons  trouvé  aucun  renseignement  sur  la  déclaration  de 
guerre  que  le  comte  Guillaume  de  Furstemherg  aurait  adressée  au  duc  de 
Lorraine.  Le  25  mai  1543,  il  écrivait  (Seckendorf,  III,  400,  ne  dit  pas  à 
qui)  :  «  J'ai  ouvert  la  forteresse  de  Gorze  aux  soldats  bourguignons  de 
l'Empereur.  » 

'  Le  texte  autograplie,  que  les  nouveaux  éditeurs  de  Calvin  ont  repro- 
duit, ne  ])orte  pas  de  millésime.  Mais,  à  la  tin  de  la  copie  contemporaine, 
très  exactement  faite  par  Jean  V Archer,  et  qui  est  conservée  à  Neuchàtel 
(Bil)I.  des  pasteurs),  Guillaume  Farel  a  écrit  la  date  1542.  Nous  hésitions 
d'abord  à  écarter  ce  millésime:  mais  nous  nous  sommes  convaincu  que 
Farel  s'est  trompé,  quoiqu'il  fût  présent  à  Neuchàtel  en  mai  et  en  juin 
1542.  C'est  plus  tard,  évidemment,  qu'il  a  écrit  la  note  finale.  La  corres- 
]tondance  de  Calvin  en  1542  ne  renferme  aiuune  allusion  à  l'aftaire  qui 
est  ici  traitée.  Va\  outre,  il  y  a  de  si  graiuls  rapports  'entre  certains  ])as- 
sages  de  la  ])résente  lettre  (relatifs  à  Rogier  et  à  Michel)  et  celle  que  Calvin 
écrivit  à  Virct  vers  le  27  mai  (X"  1235),  qu'on  est  forcé  d'admettre  ji- 
millésime  de  1513. 


loi;i  JKVN  CALVIN  AUX  PASTEURS  DE  NELCHATEL.  379 

l)()ro  oas  recopisscm.  si  iioii  in  totiun.  ali(]ua  saltcm  ex  |)artc 
voto  vestro  fiiissoiu  obsccntiis.  (^)iiôd  orgo  ad  |)i'ii'sci'i|)tiiiii  dicin  ' 
iiociiic  vciii  isf/ic,  ii('(iii('  i-('s])onsionoin  misi.  non  ncg'lijjjentia  t'ac- 
tnni  fnit  :  scd  (juia  Joninies  Koc/eri/ts  cliinirgns  '  sexto  démuni, 
ex  quo  linc  a|)i)ulei'at.  die  litei-as  illas  vesti-as  imà  mm  2n'a'cl(t- 
lis  Cortesii  articulis'  exhibnit.  (,)uia  verô  jani  tenipns  pm-terie- 
rat,  festinandum  anii)liùs  non  pntavi,  donoc  sci-iltendi  occasio 
dairtnr.  Nnne  coniniodiini  se  obtnlit  Mirh(ii''l  hic  noster^\  (pii 
iideliter  ad  vos  resimnsionein  nn^ani  j)ei-teiT<'t. 

De  (kqmncnlo  mïrurer,  qxid  homiiiem  iinpelleref  ad  iiuhim- 
dam  ecclesiam,  i/isi  jamiyridem  ejiis  iugenium  novissem  '.  Hoc 
tamen  iimim  quin  mirer,  temperare  mild  neqiieo  :  qiàd  causa' 
md prœiextus  Judjenf,  cnr  mecum  disindare  relit.  Si  |)i*ovoeatus 
tacorot,  no  sic  qnidem  satis  justa  esset  excnsatio.  Xf^pie  enini  nt 
inter  nos  cei-tenuis,  voeati  sunius  in  hoc  oiiicinni  :  sed  ut,  con- 
junctis  animis.  comnmnifiue  consilio,  sub  Christi  v(>xillo  simul 
niilitemus.  Xunc  verô  cuni  nihil  unquani  vel  sininltatis  vel 
controversiae  inter  nos,  (juod  sciani,  intorcesserit,  honiineni 
prorsùs  carere  cerel)i-()  oportet,  qui  in  média  |)are  classicum  ita 
temerè  canat.  Adh.ec  (inantse  est  stoliditatis.  (jui  ^Tammatica^ 
elementa    nunquam    Ix-ne    didicerit.    in    omni    discii)linai'uni 

'■'  Lettre  perdue. 

'  Jour  fixé  par  les  ministres  de  Neuchâtel  pour  une  conférence  entre 
(iKipo)nieau  et  Coriesiu.s,  d'un  côté,  et  Calent,  de  l'autre. 

*  Jefi)f  Imagier  ou  Rougier  (N"  1235,  renv.  de  n.  7),  {liirnruicn  tixé  à 
Neuchâtel. 

=  Jean  Courtois,  natif  de  Pontoise,  pi-écédrunnciit  pastmr  dans  le 
comté  de  Montbéliard,  avait  éjwusé  à  Neuchâtel,  en  juillet  lôll  (\'II,  182) 
une  belle-fille  de  Chceponrteau.  En  1542,  il  fut  congédié  par  le  duc  Cliris- 
to])he,  et  vint  chercher  un  asile  dans  le  jjays  de  Neuchâtel. 

Farel  qualifiait  en  ces  termes  la  carrière  pastorale  de  Courtois  :  «  Non 
te  fugit  quid  miser  ille  Corfesius,  quid  et  ajjud  Mediomatrices,  et  hic.  et 
istic.  imô  passim  conatus  est  omnia  evertere  in  odium  iiostrî,  et,  ut  jmsset 
magis  ohesse,  per  leprosos  vohiit  trag(ediani  agere  «  (l.ettre  à  Calvin  du 
23  février  1544). 

C'est  probablement  le  même  Cortesius  qui  figura  en  1537  au  synode  de 
Lausanne,  ])armi  les  adhérents  de  Pierre  Caro/i  (TV.  210). 

«  Michel  Doht  (N"  1231.  renv.  de  n.  14). 

'  Calvin  avait  connu  à  Bourges  Jean  Chaponneau,  et  dès  1538  il  avait 
souvent  reçu  les  ])laintes  de  Karel  au  sujet  de  ce  collègue  intr.iitable  (Voir 
les  Lidices  des  t.  V,  VI.  \\\). 


380  JEAN  CALVIN  AUX  PASTELRS  DE  NEUCHATEL.  1543 

goiiere  se  venditarc?  Quanquam  non  incipit  nunc  primùni  hac 
inani  jactantia  insolescere.  2Iemini,  cum  Alciatus  Lovanienses 
theologastros  ohiter  uliquando  notassef,  quia  impedire  conati 
erant  qnominus  trilingue  collegium  illic  institueretw'^,  emn  ad- 
rersiis  linguas  et  jus  civile  tumultuosa  oratione  acriter  declami- 
tasse.  Alciatus,  tanta  intemp.erie  offensus,  quia  ^  tanien  alienum 
à  sua  clignitato  existimabat,  contoutioueni  cuui  eo  suscipere, 
tatdàm  iiidicavit  magistratui,  postulaviique,  ut  ejns  libido  com- 
pesceretur.  Quod  factum  est,  non  sine  aliquo  ejus  dedecore. 
Nunc  quidem  et  locus  in  quo  habitat,  et  officium  quo  fun^itur, 
nioderatiorem  deberent  eum  reddere.  Verîmi  quia  sine  judicio 
ita  caeco  et  etfreni  imi)etu  fertur,  non  quid  inereatur  ejus  petu- 
lantia,  sed  quid  me  deceat,  reputalio. 

Hoc  certè  illi  non  concedam,  ut  me  sua  provocationc  in  eerta- 
UK^n  fuisse  tractum  glorietur.  Utinam  in  tempore  quiescat,  et 
(dios  sinat  quietos.  Sin  minus,  vestrarum  partium  est,  autoritatc^ 
vestra,  legitimoque  ecdesia?etmagistratus  judicio,  ejus  ferociam 
reprimen\  Non  abs  re  scripsit  Paulus,  ut  qui  vult  censeri  in 
n^gno  Cliristi,  sit  nova  creatura.  Et  tamcn  nondum  extitisse 
tune  i)uto  ejusmodi  liomines  turbulentos  et  importunos,  qui 
nulla  de  causa,  non  ad  rixam  modo,  sed  etiam  ad  verbera  tam 
prompti  paratique  forent.  0  temporum  nostrorum  miseriam! 
Exiremone  angidoJuerere  in  ecclesia potest ,  qui  medioforo  sup)er- 
ciliosè  jactat  quasi  egregiuni  facinus,  quod  collegœ  suo  propemo- 
dum  mamini  attulerit?  qui,  nisi  à  magistratu  coactus,fratrum 
collegio  parère  renuit  '"  .^  qui  seditionis  tlagellum  domi  sua^  lialiet 

*  Le  Colleyium  trilingue  ou  BuslidinHunt,  fondé  à  Lourain  par  la 
générosité  du  chanoiuo  Jérôme  Bu.skidet/,  ami  d'Erasme  et  de  Thomas 
Morus.  On  y  enseignait  l'hébreu,  le  grec  et  le  latin  (Voyez  son  testament 
fait  à  Malines  le  22  juin  1517.  A  Mirîeus.  Diplomatum  Belgicorum  Col- 
lectio,  t.  IV,  p.  642-64S). 

Le  célèbre  André  Akiat  inaugura  ses  leçons  de  juris])rudence  à  Bourges 
le  19  avril  1529  et  les  continua,  mais  avec  quelques  intermittences,  jus- 
qu'en 15B4  (II,  279,  281,  316,  317,  485).  Érasme,  écrivant  à  Pierre  du 
Châtel,  le  7  septembre  1529,  à  Boniface  Amerbach  le  27  septembre  et  le 
1  octobre,  même  année,  disait  que  Guillaume  Budé,  ])ar  envie  ('?),  avait 
excité  contre  Akiat  des  rimailleurs  et  des  jurisconsultes. 

®  Edition  de  Brunswick  :  qui,  au  lieu  du  quia  de  l'original. 

'"  On  sait  (pie  Chaponneau  refusa  longtem])s  di'  se  soumettre  aux  cen- 
sures de  la  (  lasse  de  Xeuchâtel. 


lois  JEA.N  CALVIN  AUX  PASTEURS  DE  NEUCHATEL.  381 

ac  tbvet  "  V  qui  à  reliqiiis  <)iiiiiil)iis  separata  liabct  consilia  '- V  Ut 
alla  tacoaiiî,  quœ  mine  ('oiiiineniorarc  iiiliil  adtinct. 

Cveterùm  conclusiones  quas,  ut  suspicamur''',  Cortesio  genero 
sno  siiggessii,  nescio  cur  pidetis  ad  me  magna  ex  parte  spectare. 
Unus  est  locus  in  (|u<)  palàm  ino  j)orstniigit.  Niliil  in-tetcrea 
vidoo  quod  in  me  comi)etat.  Quantum  ad  locum  illum,  uhi,  quasi 
ex  tripode  hiereticos  prommdat,  qui  dicimt  Christam,  in  quan- 
tum Deus  est,  à  seipso  esse,  facïlis  est  responsio. 

Priniînn  mihi  resijondeat,  an  non  verus  et  pertectus  I)(his  sit 
ChristusV  Nisi  Dei  essentiam  j)artiri  velit,  totani  in  Thristo 
fateri  cogetur.  Et  Pauli  exi)ressa  sunt  verba  :  (juùd  in  eo  liabitet 
l)lenitudo  divinitatis.  Iteruni  l'ogo,  à  seipsane,  an  aliunde  sit 
ilia  divinitatis  plenitudoV  At  ol)jiciet,  filium  esse  à  pâtre.  Quis 
negatV  Id  ego  quideni  lib(nit(>r  non  modo  semper  confessus  sum, 
sed  etiam  prsedicavi.  Verùm  hoc  est.  in  quo  asini  isti  fallun- 
tur  :  quia  non  considérant  nomen  filii  dici  de  persona  :  ideoquc 
in  pra^dicamento  relationis  contineri  :  qnœ  relatio  locum  non 
lia])et.  u])i  de  Christi  divinitate  simpliciter  agitur.  Qua  de  re 
eleganter  disserit  Augustinus  in  psalmum  fi8,  quem  scripto- 
rem  isti  iiKbnitidem  jactitant.  cuni  tauK'ii  nihil  unquam  illius, 
nisi  rliapsodias  nescio  quas,  h^gerint.  ^'el•ba  sunt  :  «  Si  quis 
«  inteiToget,  idemne  sit  pater,  quod  tilius  :  res|)onde,  seeundùm 
«  substantiam  idem  esse,  non  seeundùm  quod  ad  aliud  dicitur. 
«  Ad  se  enim  Deus  dicitur  :  ad  jiatrem  iilius  dicitur.  Rursuscjuc 
«  pater  ad  se  Deus  dicitur  :  ad  tilium  pater.  Quôd  dicitur  ad 
«  filium  pater,  non  est  filins.  Quôd  dicitur  filins  ad  j)atrem. 
«  non  est  pater.  Quôd  dicitur  ad  se  ])ater,  et  filius  ad  se,  hoc  est 
«  pater  et  filius  :  idem  Deus.»  Hactenus  ille.  Jam  ista  distinctionc 
adhibita,  quid,  obsecro,  ambigui  manet  ampliùsV  Quamobr<Mn 
idem  sanctus  vir,  Homilia  in  Joannem  39,  postquani  movit  hanc 
qutestionem.  qualiter  i)ater  et  filius  sint  simul  ])rincipiumV  hac 
solutione  utitur  :  k  Quod  hoc  solo  nnmerum  insinuant,  quatcnus 
sint  ad  invicem  :  non  autem  quod  ad  se  sunt.  »  Item  in  psalmum 
109  :  «Si  pater  principium  est,  inquit,  et  filius  principium  : 
suntne  duo  principiaV  minime.  Sicut  enim  i)at(»r  est  Deus.  et 

"  Parce  qu'il  avait  ortort  un  asile  à  son  geudre  Jean  Courtois  (n.  5). 
'-  De  son  coté,  (Jhaponnenu  se  plai^rnait  d'être  tenu  à  Técart  (X"  1:201). 
'•''  Éd.  de  Brunswick  :  suspicamini. 


382  JKAiN  CALVIN  AIX  PASTEURS  DE  NEL'CHATEL.  1543 

filins  Dcus  :  ita  uterqne  est  ])nncii)iuiii.  Neqiio  duo  suiit,  sod 
iinuiii  i)i'incii)iiiiii.  »  Eat  niinc  magistellns  rester,  ot  oxteiita  cer- 
vice  contra  nos  insnltct.  Honiilia  qnoqnc  88.  de  tempore,  qua' 
titnlnni  liabot  «  de  trinitato  et  colnmba,  »  coi)ios;è  tractât,  quan- 
tum intersit,  relative  aut  substantialiter  de  Deo  loqui.  Quôd  si 
nonduni  IVangitur  ejus  pervicatia,  non  recuso  à  tali  bestia 
vocari  luvretkus  :  modo  Cyrillum  habeam  socium,  qui  iisdem 
(|U0(iue  verbis  non  semel  utitur.  Sed  (lua^nam  ista  est  furia,  Jm^- 
rosim  ])roclamare  quod  tam  ex  sacris  oraculis,  quàm  ex  veterum 
Patrum  scriptis,  multa  illustria  testimonia  babeat  V  Hac  parti- 
cula  excei)ta,  nibil  prœterea  animadverto  quod  in  me  torquere 
vebt.  Quanquam  non  me  solimi  lue  contiugit  :  sed  vos  omnes,  qui 
nnam  nohiscimi  professi  estis  confessionem'^'%  qna^  id  hahelxd. 
Vestrum  igitur  est,  communi  omnium  nomine  et  vobis  et  ii)si 
veritati  irrogatam  contumelian»  perse(|ui.  Quod  nisi  facitis, 
decrevi  pro  mea  parte  non  cessare.  Intelligo,  si  istic  sit  adbuc, 
(lui  s(»  conclusionum  illarum  architectum  protiteatur '\ 

In  (fliis  pxcutiendis  quid  frustra  me  simid  et  ras  fatigaremy 
Midtîiiii  coïidonatnr  de  charitate,  etfortiter  succenset,  eam  non 
hene  servari.  At  velim  scire,  mijusnam  sit  charitatis,  ahscindere 
(ilj  Ecdesia,  qui  sensn  doctrinœ  rite  coi/f/rnenfes  cmn  omnibus 
Ij'tis,  roces  tantîim  quasdam  resimmit?  «  Quid  enim  contentio- 
sius,  inquit  Augustinus  ad  Pascentium,  ejnsto.  124.  quàm  ubi  de 
re  convenit.  certare  de  nomineV  »  Si  sus|)ectos  baberet  :  veniam 
darem.  Sed' in  hoc  tam  j)neciso  rigfore  minime  cbaritatis  man- 
suetudinem  agnosco. 

De  essentia  Dei  non  visa  pidrihus  ante  Cliristi  (ulventum,  quàm 
j)ueriles  ineptite!  Pogo  enim  quil)usnani  oculis  nunc  videatur 
Dei  essentia  à  mortuorum  animisV  Putatne  Dei  gloriam,  quanta 
est,  ab  illis  coni])rebendi  V  Dicet,  non  qualis  est,  sed  qualem  fert 
cai)tus  nostri  tenuitas,  videri.  Excipio  igitur,  visam  fuisse  suo 
c(>rto  modo  ante  Cliristi  adventum  :  videri  nunc  pleniùs  :  visio- 
nem  fore  absolutam,  cum  similes  illi  erimus.  At  totuni  sanctorum 
cborum  reclamar(>  objicit.  Sed  ubi  à  sanctorum  cboro  liane  can- 
tilenam  audivitV  Negat  tieri  oportuisse.  SedquarationeV  Jactat 
facillimum  esse  ad  |)robanduin  :  sed  banc  probandi  facilitatem 
demonstret.  Hact(Mius  ineptire  cum  eo  libuit. 

'*  Voyez  le  t.  IV.  p.  22!),  iiotP  0;  2  40,  211. 


lo43  l'IERRE  VIREX  A  JEAN  CALVIN,  A  GENÈVE.  383 

Nimc  seriù  hxiiiar.  Quorsum,  obsocro,  isiiv  speculation.es  f  An, 
non  ex  eo  sunt  génère  qnod  tantopere  exécrât nr  PaïUiis^  ^\nr\- 
tiiiii  non  fuisse  unitnni  cohmibii'.  ut  ix'rsonn  uiia  constitucrotur, 
sicut  in  ("lii-isto.  extra  rontrovcrsiafn  esse  ai-bitror.  Quinl 
Josepli  et  Nicodenio  pcrfoctiononi  tidci  adiniit.  iiiliil  disscntio  : 
nuxlo  ne  cui  altori  oam  tribuat.  (,)uô(l  spii-itus  proplictiu'  non 
|)('rstiterit  seuipor  in  jn'ophctis,  (locunicnto  est  8aul,  latow,  8ed 
aliud  forsan  iutelligit,  qnod  à  nie  non  obtincM-ct.  De  Anania  et 
Saphira,  ostendat  necesse  est,  (piôd  aliud  erinien  piwter  nienda- 
eiuni  in  illis  vindicatuni  fuerit  :  si  tideni  liaberj  comniento  suo 
vult.  AUegorias  qnod  tam  animosè  défendit,  ni  h  il  mirmn.  Nani 
(lui  jsuttani  unam  intelligentiie  non  baltent,  nisi  allegoriis  frigi- 
dis  et  insulsis  ludant,  nieritô  i)i'0  illis  ])ugnant  non  secùs  atcjue 
pro  aris  et  focis. 

Verùni  prolixior  jam  fui  quàni  statu(M'ani.  Itacpie  tineni  fado. 
\'alete,  fratres  niilii  in  Domino  diarissimi.  Doniinus  vol)is  et 
sapientiam  et  fortitudineni  niagis  ac  magis  augeat  :  ut  (piemad- 
luoduni  cœpistis,  jiergatis  in  ecdesiit  su*  lediticationeni.  Amen. 
GenevEe,  5  Calendas  Junias.  (1548"'.) 

JOANNES  CaLVINES  VestC]'''. 


1237 

l'iKiJRE  viRET  à  Jean  Calvin,  à  (lenève. 
De  Lausanne,  29  mal  1543. 

Autogr.  Dibl.  Publ.  de  (Jenève.  \()1.  n"  IIP.  Cal.  Opp.  XI,  5G2. 
S.  Q)iod  <td  nostrnm  ttctlonem  attinet,  milii  dolxit,  ut  ingénue 

'*  ("cst-à-diro,  Jenu  Courtois. 

^"^  Dans  la  cdiiic  ncucliâtcloisc,  ^(tri'l  a  ajouté  :  l-'>42.  Au-dessous  de 
cette  fO])io,  il  a  transcrit  lui-nièiiie  une  autre  lettre  de  Cahin  aux  ministres 
de  >i'euchâtel,  dont  voici  le  couiniencenient  : 

«  1543.  post  Augustum. 

«  Veuit  ad  me  Cortesiua  sicuti  à  vobis  admouitus  tiierat.  Contulimus 
inter  nos  ttîfi  àyTOuaict;  Christi,  et  paulo  plus  fuit  neu'ocii  ipiàm  jmtave- 
ram....  » 

*^  Calvin  a  écrit  au  dos  de  son  inanusci-it  :  <■  Neocoineiisilius.  » 


384  PIERRE  VIRET  A  JEAN   CALVIN,  A  GENÈVE.  1343 

fatear,  qubd  nx)n  panlo  severiùs  represserimns  sitpercilium  et 
petulatdiam  quorundam\'  sed  rerehar,  ne  si  qnid  mihi  durius 
excideret,  quamvis  justissiina  osset  occasio.  viderer  nimimn  im- 
placahïlis,  quod  prœcipnè  injuria  fuisse) ti  ajf'edus-,  et  ne  meo 
forte  exemplo  alii  commoverentiir,  qiios  non  tam  facile  fuisset 
compcscere.  Utcunquo  ros  habeat,  conquiescnnt  consciontite  nos- 
trœ,  nec  ullam  eis  roliquimus  occasionem  de  Victoria  gloriandi, 
nec  factures  id  existimamus.  Non  enim  prorsùm  nos  mutos 
invenerunt.  et  ipsis  satis  est  conscientia  sua,  cujus  judicio  non 
dubito  nos  absolvi.  Prœstat  nos  in  hanc  quàm  illam  iieccm-e par- 
tem,  ac  longe  sati^is  est  nostram  nohis  patientiam  verti  vitio 
qiiàni  proterviam  et  ferociam.  Satis  est  si  non  desit  ])rudentiaet 
constantia,  quibus  ducibus  sini])lici  veritatis  oratione  facile 
calumniie  et  falsa  crimina  dihuintur.  Sed,  ut  scribis,  exitus  acta 
])robabit.  Fecimus  quod  potuinnis  et  quod  res  ipsa  postulare 
videbatur.  Porrô  tibi  non  dubito  a  Domino  suppeditandam 
sapientiam,  qua  niodereris  ita  tuas  cuni  illis  actiones^  si  con- 
gredi  contingat,  ut  quid  peccatuni  sit  facile  dijudicari  possit. 
nec  per  te  stabit,  opinor,  quô  minus  coalescat  amicitia,  si  modo 
eam  ex  animo  requirant  \  Satis  est  si  tu  nulla  haeres  in  culpa, 
nec  te  morosiorem  exhibueris  quàm  tua  modestia  postulat,  qua 
haud  dubiè  reliquos  nullo  negocio  superaveris. 

De  Neocomensibus  niliil  habeo,  nec  de  Metensihus,  de  quibus 
plura  ex  tuis  literis*  didici  quàm  haberem  comperta.  Res  nos- 
trse  liahent  sua  more  :  de  quibus  non  penitùs  desperarem,  si  vel 
îinus  esset  ex  eornm  numéro  qui  primas  tenent  in  RepuMica, 
qui  ferveret  vel  mediocri  jîistitia>  zelo,  aut  qui  se  opponeret 
murinnpro  donio  Dei.  Conticescunt peniths  nostra  consistoria^, 
nec  idla  mea  importunitate  quicquam  efficere  possum,  nisi  quôd 
interdum  pudore  coguntur  manus  rébus  dc^ploratis  admovere, 
sed  tam  frigide  ut  praîstiterit  dissimulasse.  Nani  jjrotinus  à 

'  Il  s'agit  probablement  de  ce  qui  s'était  passé  à  Vevey,  lors  de  la  récon- 
ciliation générale  entre  les  ministres  (N"  1231,  renv.  de  n.  16). 

*  Est-ce  une  allusion  aux  mauvais  procédés  de  Marcourf  à  l'égard  de 
Viref  (N"  1194,  n.  1,  et  pp.  258,  259)? 

*"*  A  comparer  avec  le  N''  1235,  renvoi  de  note  3. 

^  N"  1235,  renvois  de  note  10-15. 

®  Les  Consistoires  des  localités  voisines  de  Lausanne  et  celui  de  la  ville 
même. 


lol3  IMKHRK  VIRKT  A  JEAN  CALVIN.  A   GENÉVK.  385 

nrj)tis  dosistitur.  (iiio  fit  ut  iiiilhi  sit  ('cclcsiiv  autoritas.  Ltihoro 
eadem  dijfkultate  ni  pestile/if/  Ina-  lue  ij/ki  atmo  sitper'torp'.  Si 
perrexerit  sœvire,  decieii  n'jjroios  invisere^,  iiis'i  <ili<i  /(itioife 
[uoapicKifiir.  Id  enim  iiialo  (iiiàm  (Rimidc  couqnhi  aiit  rof/i 
quempiam  qui  id  provinein' p<irin)i  ;r<iii<)  snscipiaf  (iiiiwo.  Diti- 
coniis'',  iiiiii  fallor,  iion  deiredarei  proriuciom,  >>ed  (jus  rif;r 
rtddP  timeo.  Xaiii  (Iccuiiibit  fonHictatnnnic  cuiii  ihoi'Ih)  |)('i-i(ii- 
losissinio.  adcù  iiî  su'piùs  de  vita  (luhitarc  fcccrit '".  ('uni  iiupi-r 
istliic  csscm".  iiKHlici  curaruut  iiicidi  tuniorciii  <'t  absccssuiii 
illuiii  tÏMiioris  (]ui  claudicatioiiciii  iiuhixcrat.  l!cs  iiiira  ac  jxmk'' 
incn'dibilis.  I)('j)('ii(l<'l)aî  de  IVriiinrc  sacculus  plcinis  saiiici.  non 
dissiniilis  vcsica'  snilla'  aut  l)ubula'  ac  pari  niagnitndinc  itclli" 
adniodiun  dura.  Os  vcsica'  adbu'rcljat  cuidani  juncturu'.  lier 
<iijus  moatuni  exugcbat  sanicni.  i\uiv  co  iiiHucl)at.  Conjicc  an 
liotncrit  cxcidi  et  cautcrio  innri  citra  gTavissiniuni  cruciatnni. 
At  ])laga  satis  beno  Ualx'bat.  nisi  docimo  abhinc  die  in  tcbrini 
tcrtianani  incidisset,  quji'  boniinis  jam  cnlla|)sasac  ])ro])enioduin 
tractas  vires  atterit  inclenicntiùs  iinàin  diutius  ferre  ])Ossit.  nisi 
<'i  Doniinus  })riesentiss.[inuis]  adsit.  Cornes  a])e8t  jam  totos  deceni 
dics.  A])iit  enim  Neocominu  cnraturus  Mirahilem,  Régis  intci- 
])retem'-.  Audivisti.  opiner,  de  rpiidifioup  Coniitatus^-'.  Princeps 


'"^  Les  règloiiu'iits  de  ]iolicc  rie  Lausanne  rendaient  très  difficile  la  posi- 
tion des  pasteurs,  l^a  jx'ste  se  déclarait-elle  dans  leur  pro]!ie  maison,  ils 
devaient  s"al)senter  de  la  ville  pendant  six  semaines. 

^  Ce  n'est  pas  Béat  Comte,  quoiqu'il  eût  encore  le  titre  Av(]i(icrf.  Comme 
il  s'absentait  souvent,  on  lui  avait  adjoint  en  \')\2  un  second  diaciT.  (jui 
était  i)eut-êtri'  le  <•  f1i((cre  conuttHU  »   de  tous  les  pasteurs  du  voisinaue. 

'"  Il  mourut  le  14  sejUemhre  lôiS  (Lettre  de  Viret  du  même  jour). 

"  Viret  sVtait  rendu  à  (ieitère  vers  la  fin  d'avril  (N"  12;!1,  n.  5). 

'^  Ai)rps  avoir,  à  Keuchniel,  donné  ses  soins  médicaux  à  Jean  Mer- 
reilleux,  interprète  de  l'ambassade  t'rançaise  aui)rès  des  Ligues  suisses, 
Béat  Comte  avait  ])rolongé  son  voyage  jusqu'à  Straslionrti  (X"  1210. 
n.   15). 

''"'*  Clrinde  Collier,  ex-jirévôt  de  N'alangin.  se  disant  muni  de  pleins- 
pouvoirs  de  Jeanne  de  Hochherg,  dncliesse  de  Longneville,  avait  offert  au 
Conseil  de  Fribourg  de  lui  vendre  tout  le  comté  de  Xeucliàtel.  Le  mardié 
fut  conclu  pour  soixante  mille  écus  d'or.  J''r/l>(/i<rfi  j)rop(isa  aux  lîernois 
de  s'associer  jmur  cette  acquisition.  Ce  ])rojet  contrariait  leur  jiolitique; 
néanmoins  ils  feignirent  d'y  entrer,  dans  la  crainte  que  Fribourg  lu' 
s'adressât  à  Soleure,  (jni  intriguait  aussi  pour  avoir  le  Landerot/.  .Mais  ils 
donnèrent  avis  de  tout   à   (leorges  de   I!ive.   Aii>sitnt   deux  députés  de  la 

T.  viii.  25 


386  GUILLAUME  F.VREL  \U  CONSEIL  DE  GENÈVE.  1543 

nuiiciavit  se  non  ici  dédisse  in  mandatis  ei  qui  conatns  est  id 
efficere'*.  Arbitror  (>tiani  to  audivis8(^  de  latronihus  qui  spolici- 
rernitt  regiiim  qua^storeni^'.  Salutant  te  nostri  onines.  Saluta 
aniicos  diligenter.  Valc  Lausannae.  29.  Maii.  1543. 

Tnus  P.  A'iRETUs. 

flHScriptio  :)  Joanni  Calvino  G(>nevensis  ecclesiïe  liddiss.  ac 
viofilantiss.  j)astoi'i,  fratri  quàm  chariss.  Genevœ"^. 


1238 

GFiLLAOïE  FAREL  ail  Gonseil  de  Genève. 
De  Strasbourg,  31  mai  1543. 

Antogr.  Bil)i.  Publ.  de  Genève.  Carton  199=^^  Calv.  Oj)i).  XI.  504, 

La  gi-âce,  paix  et  niiséricord(>  de  Dieu,  nostre  très  l)on  père. 

ville  de  Neuchàtel  et  de  tous  les  habitans  du  comté  allèrent  iciJiésentcr  à 
la  princesse  l'émotion  générale  et  le  grand  scandale  causé  ])ar  la  miuvelle 
de  cette  vente.  Jeanne,  feignant  d'être  bien  reconnaissante  et  touchée  d'une 
découverte  qui  la  désolait,  ])rotesta  de  son  innocence  et  désavoua  Collier 
en  le  traitant  d'insigne  calomniateur  (Boyve,  II,  J:o()-.32.  —  Fréd.  de  t'ham- 
l)rier.  Hist.  de  Xeuchâtel  et  de  Valangin.  p.  311-313). 

'*  Stettler,  dans  sa  Chronique  (II.  133  li)  dit  que  ce  vol  eut  lieu  le 
dimanche  18  mai.  C'est  une  erreur  :  le  18  mai  étant  un  vendredi,  en  1543, 
Les  Recès  des  Diètes  suisses  (volume  de  1541-48,  j».  273,  274)  s'accordent 
ici  avec  la  corresi)ondance  de  Berne. 

Bastian  ou  Sébastian  d'Aulhonne  {W,  215),  liôte  du  Lion  à  ^Morges.  et 
ses  deux  frères,  tous  trois  natifs  de  Flandre,  s'adjoignirent  un  i-'rançais 
nommé  Jeun  Dardier,  et.  le  dimanche  20  mai,  à  six  heures  du  matin,  ils 
dévalisèrent  dans  le  Jorat.  an-dessus  de  Lausanne,  le  trésorier  français 
Jacques-  Berthod  et  ses  compagnons,  qui  portaient  à  Berne  la  somme  de 
douze  mille  écus.  destinée  au  canton  des  Grisons,  /.-./.  de  WatteriUe  et 
(lande  May  furent  envoyés  en  ambassade  à  Pontarlier  (23  mai),  où  les 
voleurs  venaient  d'être  pris.  Le  ])arlement  de  Dôle  rendit  l'argent  aux 
Bernois,  le  fi  juin,  et,  par  faveur  spéciale,  consentit  à  leur  livrer  les  cou- 
l)ables.  François  7  remercia  MM.  de  Berne  ])ar  une  lettre  datée  de  Villers- 
Cotterets,  au  mois  de  juin  (Mscr.  nrig.  sur  vélin.  Arcli.  de  Berne). 

'*  Au  verso,  cette  note  de  la  main  de  Viyet  :  «  An.  1543.  ■> 


loV:î  GUILLAUME  FAUEL  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  387 

par  son  seul  vi-ay  tilz  .U'siis.  iiostrc  Soisuciii-,  eu  la  vci'tii  du 
saiiict  cspcrit  vous  soit  (loiiiiéc! 

Ti'ès  lioiinoiv/  Soi^iKHirs,  en  i-eiidant  grâcos  à  Dieu  de  tout 
mon  cucui"  de  vosti'i'  Ixui  portciuciit  et  d<'  la  saiiictc  atifctioii 
(|Ui'  pour  Taniour  dr  rKvangilc  me  portez,  grandciiu'iit  \((us 
lUcrciiMlc  VOZ  lettres'  et  (lu  hicil  (pic  lue  pr(''s('lltf'Z.  et  ne  i-ct'u- 
^aut  vostrc  ayde  et  assistance  en  l'atière  de  Nostre  Seigueni'. 
après  avoir  entendu  ])ar  Monsieur  t'akiii,  vosti-e  hon  pasteur, 
coninuMit  tout  a  esté  passé  à  Gorge^  comme  desirez  de  s(;avoir, 
ce  (|ui  ne  m'est  i)Ossi])]e  de  vous  esci-ire  ))leinenient  i)Our  le  pré- 
sent '•  :  mais  en  ay  cueilly  jjour  le  coinniuiii(|uer  à  ceux  (pii 
portent  la  parolle.  ce  ([u'ay  peu. 

\'ous  orrez  de  luy  aucunes  choses  cpu'  le  povre  misérable 
Carolt/  proi)Ose  à  Jletz  *  contre  ceux  que  je  sçay  l)ien  vous 
aymez-^  en  Nostre  Seigneur,  et  desquelz  avés  le  cu(Hir  ardent 
env(n-s  vous.  Et  regarderez  au  nom  de  Nostre  Seigneur  comment 
on  i)ourra  i)Ourvoii'  en  Tlionnenr  de  Dieu.  Et  si  se  peult  fère  (jue 
(  'divin  puysse  venir  jusques  à  la  dite  ville  de  Metz,  pour  mons- 
trer  à  ce  povre  ventre  glorieux  sa  povreté  d(>vant  tous,  [cej  sera 
chose  fort  utile  et  de  grosse  édification.  Mais  atîin  qu'en  son 
absence  ceux  (]ui  autretbys  misérablement  ont  troublé  ceste 
église  ^  comme  ilz  sont  après  leur  gloire  et  ventre,  ne  feissent 
de  leurs  tours,  seroit  l)on  d'y  ])ourvoir  comme  il  ap|)ertient. 
Nostre  Seigneur  vous  a  donné  i)rudence  et  sçavoir  (>t  person- 
naiges  telz  i)Our  i)asteurs,  que  facilenuMit  pourrez  avec  eux 
chasser  les  loups,  quelque  habit  qu'ilz  aient  de  ])re]>is  :  lesquelz 
si  i)ar  ses  créatures  Dieu  ne  veult  icy  en  douceur  corriger,  et  ilz 
ne  se  amendent  en  cognoissant  leur  faulte.  Dieu,  de  sa  grâce 
|)ourvoyant  à  son- église,  mette  en  (>xemi)le  aux  autres  comnK'Ut 
il  fault  (Mitrer  en  sa  bergerie  et  s"i  conduire.  Nostre  S(>igneur 


'    Lettre  de  (Iciièvc  du  2t  avril  (X'    1224). 

■•*  Voyez  la  lettre  de  Farel  à  Mycoulus  du  20  avril  (X"  1222). 

*  Peut-être  parce  qu'il  avait  à  tcriiiiiier,  le  uiéiiie  jour,  deux  longues 
lettres  :  Fuiie  aux  jiasti'urs  romands,  Tautri'  à  ceux  du  comté  de  X'eu- 
cliâtel. 

*  A'oyez  la  lettre  de  (aroli  à  Farel  du  1  1  mai,  et  raijjjeiidice  du  X"  1212. 
°  C'est-à-dire,  Cahi»,  Farel  et  Viret,  accusés  d'arianisme  par  Caroli. 

''  Allusion  à  ceux  des  ministres  qui  avaient  pris,  à  Genève,  la  place  des 
pasteurs  bannis  le  23  avril  lôo.S. 


388  GllLL.   FAREL  AUX  PASTEURS  DU  PAYS  ROMANI).  I5't3 

VOUS  assiste  en  tel  affère,  car  ne  le  faiilt  iiiosj)nser  en  Téfflise  do 
Nostre  Seigneui-  :  lequel  prie  de  tout  mou  eueur  vous  conserver 
et  garder,  en  vous  donnant  tout  accroissement  en  tous  biens  et 
grâces  en  son  honneur  et  gloire  et  édification  de  tous!  De  Stras- 
lioui'g.  co  81  de  May  ir)4o. 

Vostre  liuml)le  serviteur 

GUILLAU.ME  FaREL. 

(Suscripi'toii  :)  A  très  lionnorez.  puyssans  et  magniticpies 
Seigneurs  Mess""'  le  (|uatre  Syndiques  et  Conseil  de  la  ville  de 
Genève.  A  Genève  ". 


4239 

Gi'iLL.  FAFvEL  aux  Pasleiiis  du  Pays  romand. 

De  Strasbourg.  31  mai  1543. 

Inédite.  x-Vutographe '.  Communi(iuée  par  M.  Henri  Lutteroth. 

S.  Cœtus  ille  sandiis  disdpuJor}mi,  nhi  siijficiendiis  erat  in 
locum  à  quo  exciderat  JiidaHjidtis  festis  et  veriis  (diquis  discipn- 
lus,  non,  solnm  qucdis  esse  is  deheret  cognovif,  sed  precihiis 
qiioque  petiit  dari  idoneum.  Antiochia^  ut  factum  fuerit  in  jeju- 
nio  et  precibus  testatur  Lucas.  Hoc;  fratres  quàm  charissimi.  si 
observât nm  fuisset  liaeteitns,  et  non  tam  dtb,  ne  dicam  temerf, 
inanns  ciiivis  fuissent  impositie,  non  tôt  nec  tanta  experii  fiiis- 
senms  nxda-,  Rependat  Dominas  illis  qui  in  lahores  nieos  et 
alionnii  introduxerunf  Caroluiii  :  qui  quàm  bene  domi  se  gess(>- 
rit.  (piàm  studuerit  j)aci,  concordiïe  et  iedilicationi  ecdesiai-um 

^  Xotf  du  socrétairc  gpiiovois  F.  Béguin  :  "  Lfttrc  de  maistre  (iuil- 
lauine  Farel,  d'Extrahourg  [roceue]  le  l(j  de  Juiiig  154o.  » 

^  Le  manuscrit  original  est  d<'  la  plus  bollo  inaiu  de  GidUnume  lùinl. 
i.a  copie  contemporaine  conservée  à  Neuchâtel  a  été  faite  par  'J'Iioin'is 
Barharin.  Il  y  a  laissé  quelques  fautes. 

•2  Earel  ne  vise  ])as  uniquement  Caroli,  dont  il  va  signaler  la  pertidie. 
Il  fait  aussi  allusion  à  l'imjjrudence  récente  de  ses  collègues,  qui  avaient 
<()ntié  un  ])Oste  de  pasteur  à  Michel  Dobt,  exilé  du  Monthéliard.  Jcih 
Courtois-  crut  aussi  (jue  la  jirésente  lettre  le  concernait,  et  il  en  fut  très 
irrité  (Voy.  la  lettic  de  {■'.-irel  du  is  septeinl».  1543). 


l;iio  1,1  II.L.   F.VHKI.  VLX  l'ASTEl  RS  IH    PAYS  ROMAND.  389 

i|»si  lion  iiTiioratis.  ('lu'istiis  iiostci-  et  (|ui  sui  suiit  imilta  Iciii- 
tatc  et  aiiiiiii  dcjoctiono  qiiiiTUiit  cos  (|ui  iicncruiit.  Carolns 
sirrl',  (ino<j<intique  ((tiinto  coHiitus  et^f  qaos  CJiristiin  hicrifpcerat, 
perdere  diiiu  domi  esspf.  Nunr  quid  putdtU  c/ni/  Joi/s  (((/pre/ 
Croditis  (mm  in  ni(Miioi-iani  i-cvocarc  ali(]uid  coruin.  (iiiu'ut  pos- 
scnt  pii  lVati-(N  ciini  lucritaccrc  ('<2:('ruiit.  ne  de  nie  aliquid  dicaniV 
Qii,r  iiHd  eoHdoiie  ti/ts/is  f'nif  eromere,  potp.sfifi  Iprjprp'  :  iiidc 
(•(tlliirit*'  (inid  aliis  (|iias  ])riùs  haliuit.  et  ([iia'  suhsocuta'  ><iiiit. 
potnoi-it  inisci'  contra  voritatcni  hxiiii.  Hh-  (/nid  dirani  dp  d(ii<i 
_fidp  Af/dfJiopoli  et  lue  Aiypidornii',  de  iis  (iiia'  totifs  coacîiis  est 
non  sine  majjnis  snspiriis  agnosci'i-c  (luoniiii  se  |)rorsiis  indifi"- 
nuni  ))utal)at  otficiisV 

8anè  si  non  nt  Pliarisa'i  in  spiritiini  Doinini  pcccat.  \\rr 
sanctinn  contiuiiclia  aliicit  s|)ii-ituni,  sit  ilii  pi-ojiitius  Patri-  pcr 
Filinin.  ([ni  pro])itiatio  est  |)i'0  nostris  peccatis.  o\  spirituni  vivi- 
ticantcni  pfMiè  luoi'tuo  largiatiir,  ut  possit  toto  iieetorc  Cliristo 
scrvirc!  Sin  minus,  suuni  exorat  judicium  Dominus  intor  (\(io- 
hini  ot  cos  quos  iljc  insectatiir,  l'ejiendatqiK'  unicuiquc  jiixta 
pui-itat(>m,  syncoi'itatom.  int(^gi'itatom.  simplicitatem  et  innocen- 
tiam  cordis,  ])i'out  ])uram,  sanam  et  verè  Cliristianam  docuit  et 
docore  stiiduit  doctrinam,  et  s(>cundùm  abominationem  dolosant 
astiitamquc  coi'dis  vafrieiem  nocentiss.[imam]  qua  impui-am.  lae- 
titcram  Antidiristi  conatus  est  instillarc  lueresin  et  sn])ei'stitio- 
ncm  !  Intueatur  Dominus  ex  alto  cœlo  et  pro  gloria  sui  sanctissi- 
mi  iiominis.  j)r()  instauratione  swarum  «^cclesianim.  pro  omnium 
ai'dilieatiolip,  jialàm  faciat.  (|ui  sui  sint.  quos  miscrit.  et  in  (piem 
peccetur.  dum  sua  sulncrtitui-  vcritas,  suuuKjue  tam  horrendis 
convitiis  et  eontumcliis  prosciuditur  cvangclium.  Et  in  hoc 
preces  vestras  adjuugitc  et  ccclcsiai-um.  o  symmysta'.  qui  uio- 
riam  Dei  cujiitis  ex  auimo  illnstrari  :  ut  Deus,  (jui  non  passus 
est  alienum  ignem  suis  sacris.  (|ua'  ju-o  tem|>oi-('  instituerat. 
admovci'i.  scd  sauctifican  voluerit,  kU\no  in  ministerio  servi  sui 
Mosis,  —  non  tcrat  iniciuè  d(»stinata  malicia  tam  aliéna  à  sua. 
quam  per  S.  Evangelium  noliis  tradidit.  doctrina.  pcrditè  po|)ulo, 
sub  ("lii'isti  nominc.  pi-oponi.  iilti  |»ci- ('In-istuni.  I).|cnni|  vcriim 
et  soluni  tiliuni  snuni.  nobis  Icxpii  in  Kvangeiio  voliiit. 

^  Allusion  ;iiix  extraits  du  sermon  proiiouct'  ])ar  Cnroli  dans  réulise  de 
St.-Vinccnt  à  Metz,  le  1  1  mai  (Voy.  la  tin  du  N"  1242). 
*   Voyez  je  t.  V.  p.    ):)7-U;2.  et  le  t.  M.  Ji.    10-51.  S2-!l(;. 


390       GUILL.  FAREL  AUX  PASTEURS  DU  PAYS  RO.MAM».      1543 

Piilsato  Patrcm  prv  Filiiim,  ne  jmtiatur  i\mv  per  si)irituiii 
^>aiictiiin  docori  voluit  et  j)nedit'ai'i,  taiii  oxecrandè  daninai-i, 
sed  reprobos  coërceat,  suum  noiiien  sanctificet,  lucem  cvaiigeli- 
<ain  non  ferat  ])ei-  scoleratos  obscurari.  Cumqiio  omni  studio 
incnnd)onduni  sit  gloricT  Cliristi.  et  in  hoc  omnia  juxta  I)[ominiJ 
voluntatoni  d('l)eanuis  curare  ut  ci  inserviant.  —  >/oy/  .■^oîùni 
restrfim  Kmtsqtdsqite  stndehif  pro  se  in  hlasphemum  illiid  os, 
quod  in  Christuni  ot  vcrbuni  Evangelii  ita  apcrtum  est,  quod 
tam  impudenter  mentiri  audet  in  j)ios  onines  et  quse  ab  eis  tiunt. 
vol  qua'  ijotiùs  agit  Dominus  in  ipsis,  non  veretui-  danmare  : 
\sed\  qiiod'possit  adjnrare  ecchsiam  quam  dissipare  studet  adni- 
timini,  siquidem  jjlus  \)yo  Cbristo  nobis  omnibus  est  ])i'festan- 
dum  in  omnium  iedificationem,  quàm  miseris  pro  ventre,  in  sui 
i]jsorum  et  aliorum  ruinam.  contingat  facere.  Et  cum  Dens  dede- 
rit  Magistraius  inos  et  Christi  observantes,  qui  ah  ore  faiii 
infami  damnantur,  quôd  Christi  doctrinam  tueantur  et  cos  qui 
hanc  pure  tradunt,  in  hoc  dum  incumbunt.  ojjus  Dei,  juxta 
potestatem  et  nomen  quod  a  Deo  habcnt,  jjeragaut,  —  in  quo 
dum  damnantur.  non  ipsi  qui  gerunt  gladium,  nec  eorum  opus. 
sed  D[eus]  et  quod  jjer  eos  agit  condemnatur,  —  efficietis  ut  (jlo- 
ricv  Dei  studentes,  satagaitt  ut  rationem  reddat  qui  tam  audet 
2)iis  insultare,  et  ex  vohis  deligantur  qui  tum  suo  tum  (dioi-inn 
nomiiie,  cum  iis  quos  mittct  pius  magistratus,  agantmim  Caroh 
super  iis  quse  imponere  aiisiis  est. 

Hoc  qua^so,  fratres  Christi  ,a*}oriîe  qui  studetis.  ne  neglexeri- 
tis  :  ita  agatur,  ut  ])alàm  ausus  est  omnes  traducere  horrendis- 
que  cahimniis  imjietere,  ita  fiant  omnia.  Utque  Deus  det 
successum  et  istic  omnia  rectè  i)rocui'entur  qute  possunt  causée 
servire,  invocato  Deo,  diligenter  instate.  Quod  vidua  imjjortunis 
impctravit  precibus  ab  ini(]uo  judice.  vos  ne  gravemini  satager(> 
ut  ol)tineatis  à  pio  magistratu  modesta  et  verè  Christiana  tiagi- 
tatione.  Non  .vos  ])(L'nite])it  oi)eriP,  et  multô  minus  pios  qui 
magistratu  funguntur  :  non  est  hoc  vobis  negligendum.  fratn^s 
quàm  charissimi,  nequc  pli  !\lagistratus  causam  Christi  tam 
sanctam  j)ossunt  deserere  '.  Si  Christus  nobis  aflfuerit  in  re  hac 
])ro])è  j)rocuranda,  qute  demum  s('(iU('ntur   talia   crunt    undc 

•^  I)"('iitr<'  toiitrs  les  ('alises  de  l;i  Suisse  roiiiMllde.  celles  de  (;eiiè\e  et  de 
li.'iiisniiiie    répdndiieiit    >-eiilev    à    ci't    .iiipel.    Afin    de  déiiiMsqiier    ('firtili, 


1513  GlILL.   h'AHKI,  ATX  PASTEURS  DU  PAYS  UOMAM».  391 

mei'itô  vcstrûm  umisiiuisquc  scriù  hrtctur  iii  Dcd.  super  u'Ioria 
Evangclii,  qiur  quàni  latissiiui'  (litt'iiiuk'tur  et  ilhisti-ahitui-  valdè. 
Videbitis  ininiuiii  lovcaiu  lodvssc  [sir)  iii  (iiiaiu  met.  (miiiia(iuo 
iinpioi'iiin  coiisilia  illis  allatiira  qiur  maxime  tiiue])aiit.  lîrs  ijjsa 
loquetur.  Taiitùm  in  ffloriam  Christi  fiant  omnia  :  quam  si  nol)is 
negloctis  solide  qiuesici-jniiis.  plui-a  pnpstabit  Dciis  (luàin  ans! 
simus  petere. 

Quatuor  noiavit  apertis^.\im('\  ex  i/ohis,  et  iti  seiHifnin  Bernei)- 
sem  et  aUquos  ex  Germcuns^',  columnas  sanè  intor  (ionnanos, 
sed  omnes  qui  Lausannœ  fueruiit  et  BerniF,  et  Classes  omnes 
ratiotiemque  audiendi  fratres.  Quid  dcnmm  non  damnavit.  dnni 
(•l)rios  omnes  j)i-oducit  spiritum  Doi  jactarc,  ot  sic  Pontificcni  et 
Cardinales  damnarc  ut  obrii  quos  a,2:it  Bacclii  s])iritus  ■V 

Diligontor  singula  pervidotc  et  i)r('cibus  erdesiani  Meteiisem 

adjnvate.  ut  unà  cum  aliis  à  tam  nocentibus  cripiatur  jx-stibus. 

et  piis  tantùm  omnes  ornentur  pastoribus,  (juibus  suum  sanctis- 

simè  obeuntibus  nuinus  otiiciiimqiie  facienti])iis,  faciant  omnes 

<'t  singuli  qui  sunt  Ecclesia^  qu*  audiunt  et  qute  tam  arctè  julx't 

Deus.  Cavete  instabiles  et  sui  amantes  suaque  qucerentes.  Ora- 

tia  I).  Jesu  cum  omnibus  vobis!  Valete.  Argentorati  81  Maii" 

1543. 

Farellus  vester  totus. 

(Iiiscript'w  :)  Quàm  rliariss.  symmystis  in  cccli'sia  (hristi 
laltorantibus.  quibus  jjictas  cordi  est  Christumque  cupiuut  (.svV) 
quàm  latissimè  regnare,  agentibus  in  (Jallicis  ecclesiis  et  (pii  cas 
curant  niulta  tidc,   ])ascentil)us  verlx)   oves   Cliristi   sanguine 

emptas  -, 

/' 

Oou'èvo  Piivoyjx  Vah'in.  qui  devait  rrjdiiKb'f  yarcl  l\  Stnislionru.  Vircf  se 
tint  prêt  à  partir. 

®  Voyez  l'api^ndicc  du  N"  1242.  Le  mot  ///  avant  sen<iliiiii  est  une 
rrreur  de  ])lume. 

^  Ce  détail  est  absent  de  !'ap]>eiidice  précité. 

*  Il  avait  d'abord  écrit  27  Maii. 

^  Le  manuscrit  n'a  pas  été  cacheté,  ]iarce  (pie  ("était  une  circulaire 
qui  devait  être  incluse  dans  la  lettre  suivante,  adressée  à  la  Classe  de  N(ni- 
fhâtel. 


39i  (ÎLJLLAL.vrE  tAREL  A  LA  CLASSE  DE  NELCHATEL.  1513 


M40 

GiTiLi>AoiE  ]  AREL  à  la  Classe  de  Neucliàtel. 
De  Strasbouig,  31  mai  15 W. 

Inédite.  Autogr.  Coniiiiiiiiiqué(>  par  M.  Hoiiri  Luttoroth. 

8.  (iratiaiu  et  pacinn  a  Deo!  Fratrum  aliquis  isfinc  hnc  venlV, 
qiio  audito,  nlsi  gravissimum  metnissem  offendicnhon  et  mis\pr' 
riniani]  ruiuam,  statim  erolassem.  Non  aliter  jndical)ani  fntn- 
rnni,  nlsi  vos  a  Deo  visitandos,  quos  aliéna  debent  pericnla 
«•autos  reddere.  Personis  jjZ»s  prospicitis  interdum  quàm  eccîe- 
siis,  et  in.  gravem  ruinam  ecclesiée  movemini  erga  imum'-,  qtti 
suas  offert  hene  congestas  rationes  de  siio  corpore,  de  suis  domes- 
tieïs,  et  id  genus  multa.  It/terea  ecdesia'  mentio  ont  parva  nnt 
tinïïa.  Quanti  sit  enipta.  et  quàm  sit  diligenter  curanda,  quàni 
vitandum  sit  otfendiculuni.  et  ne  qua  impiis  aperiatur  fenestra. 
hoc  negligitur.  Quod  petendum  est  ab  uno,  id  alii  ut  pra'stent 
opoi'tet.  Qaid  Tussatms  egerit  cum  desetiorihts  ecclesiarum  % 
(|uas  at'ceperant,  an  a  Domino  ipsi  viderint.  uescio,  et  rursns 
satis  non  novi  quid  vos  cum  utrisque*.  Hoc  tamen  me  hal)et 
(]uàm  jjessimè.  quod  rursus  dico,  exceptos  fuisse,  unum(?)  apud 
me  :  ubi  deberemus  cavere  ecclesianim  dissipationem,  quam  jam 
cum  laclirymis  cerno,  Quid  enim  iniminef  nunc  magis  quàm 
ecdesianini  rustitas/  dam  sïbi  unusqiiisque  vultprospieere,  nt  in 
hoc  rel  illo  cigat  nëre%  et  ciun  his  vel  illis,  et  liac  vel  illa  ratione. 
potins  qnàni  magno  cnm  timoré  et  tremore  rideamus  quo  n,o^ 
Christxs  vocet  et  ad  quid,  et  quàm  ut  nos  totos  Deo  commit- 

'   l'niU'tVi-  Jeun  l'Archer  {Y\nv  «i  lettre  du  27  mars,  N"  1215,   ii.  23). 

■^  Michel  Dobt.  Cf.  la  lettre  des  ministres  iieucliâtelois  du  14  juin,  qui 
n'iioud  à  ''elle-ci. 

•''  Nouvelle  allusion  à  Michel  Doht  et,  en  outre,  à  Jen}i  Courtois. 

*  Sous-entendu  efjeriti.s: 

''  JJohf  se  ])laif>nait  du  climat  de  .Montbéliard,  insalubre  ]>our  sa  famille. 
Fnrel  invtendait,  de  son  côté,  qu'il  n'était  ]»as  ])ermis  à,  un  ])asteur  de 
quitter,  pour  un  jiareil  motif,  le  lieu  où  il  avait  ('té  aj)j)elé. 


loi.'J  (il  ILLAL.ME  FAUKI.  A  LA  CLASSK  1)K  NEUCIIATKL.  393 

tentes,  hoiia  tille  (luod  noiiis  coiiiiiiissiiii!  est  exe(|iiaiiiiii-.  iiiala 
<|ua'  nos  gravant  feranins.  et.  cnni  non  popnliini  fecei-jnins.  scd 
croaturas  Dei  et  oves  Cliristi  sanguine  eni|)tas  (juales  (|uales 
sint  è  manu  Dei  acceperinins.  —  non  (|ni(l  in  eis  dosideretui'.  et 
([uid  nolùs  arrideat  aut  (lis|»liceat  intueanuii-.  ut  sns('ej)tani  |)i-o- 
vinciani  desei-amus.  sed  niagis  (|nid  velit  nos  Cliristus  ayere.  id 
poragannis.  .lubentis  oves  pasci  antoritas.  niajestas  et  dignitas 
nol)is  est  suspicienda  nosipie  perniovere  débet.  Xoif  pleins  n/tf 
loci  paupertas,  rilitas  et  indt</iiii(is  arorare  dohef  <ih  (/ffir/o.  iif 
(il'ia  et  (iJi((  siihuide  (j/ur/'annis  It/cot/staitti   lerifote  et  Jastidio 
eoriini  qua-  nohis  concreditii  J'iiennit.  Qttirqiiid  iiobis  committit 
Dominus  HOU  potest  à  nohU  deseri,  téisi  is  idiô  nos  rocef  :  quod 
dnni  tit.  non  stidtam  tantùni  sinit  nos  habere  opinioneni  aliô 
niigrandnm  esse,  sed   certani   lacit  vocationeni.  etianisi  nobis 
non  arridet  senijxM-.  Svd  pai-enduni  tanien  est.  (»)nantô  satins 
erat  intueri  (|uid  in  nol)is  desideretur.  et  (luàni  sinins  indigni. 
(pli  voceniur  ad  tam  excellons  et  divinnni  mnnus.  ut  os  Dej 
sinius,  per  quos  lociuitur  Deus  populo,  dum  non  uostra  s(h1  ver- 
bum  Dei  proponinius.  ut  niagnis  et  ardentissiuiis  precibus  |)ete- 
reinus  ut  roctè  tantam  exequei'(>niui'  banc  functioneni.  et  onini 
studio,  laboi'e  et  diligentia  in  lioc  incannberenuis.  niliil  connnit- 
tentes  indignuin  tanto  munori  (sic),  et  rui'sus  niulta  att(Mitione 
intuereniur  quid  in  plèbe  desideraretur.  non  ut  iiide  abaliena- 
i-enuirab  ea,  sed  ut  propiùs  accedontos  et  diligentiùs  iiu  innb(>ntes 
ipsius  cura^  saniores  ot  nielioros  per  Deuni  redderemus.  Non  ita 
direndum  aut  sontionduni  est.  ut  niilii  olini  scejci-atissiini  eccle- 
siarum  turbatores.  quos  deturbet  Deus.  dicebant  :  «  Impossibile 
est  àvocaro  pleboni  ab  bis  vitiis  :  niliii  ab  ea  potest  inipetrari. 
sin(i>ndi  sunt.  »  et  id  genus  alla  sacrilego  ore  ructabant ''.  Sjte- 
randuni  est  seniper  de   niisericordia  et  bonitate.   potentia  et 
virtute  illius  qui  nos  voeavit,  (pii  |)lebeni  nobis  coinniisit.  (|uôd 
is  non  deseret  nos.  neque  patietur  nos   juxta    verbuni   suuni 
laborantes,  oleuni  et  operam  penb're.  Non  frusti-a  vei-l)uin  suuni 
adnunciabitur.  Ita  nie  urit.  fratres  quàni  cliarissinii.  levitas. 
inconstantia.  iniproltitas  et  iniipntas  eoruni  (|ui  inordinatè  eccle- 
sias  intrant  :  acci|)iunt  nialè.  deseinint  pessimè.  ubi   pei'perani 
administrarunt.  ut  (juid  de  illisdicani  prorsùs  nesciani.  non  (pu» 

®  A  ('<iiiii)iin»r  .-ivcc  le  t.  \'.  |i.   l")!».  noti'  10. 


394  GIILLAIME  FAREL  A  LA  CLASSE  DE  NELCHATEL.  1543 

vocciii  iioiiiino  liabeo.  niliil  est  rectum  aimd  alios,  oiiinia  pes- 
sima  siiiit.  tôt  et  tanta  perferiint.  et  quid  non  '?  Quare  isti  taies 
ot  tanti,  tani  insignes,  si  eos  audias  ecclesiarum  tedificatores. 
(luil)us  niliil  placet  in  aliis,  non  aggredinntur  semel  novasno})is 
extruere  ecclesias,  in  quilnis  nemo  ])riîis  j^diticaverit  V  Videanuis 
tandem  aliquod  istorum  architectorum  si)ecimen,  cum  tam  pru- 
dentes sint  :  et  sinant  progredi  alios  et  quod  Deus  commisit 
simplicioribus  et  rudil)us  structoribus,  ut  ope  Christi  tandem 
erigatur  ojius:  et  demnm  ojjus  cum  o])er(^  eonferatur.  Gratissi- 
muni  est  milii  audirc  j)ium  pectus.  cui  iedificatio  curie  sit.  u])i 
cum  cliaritate,  nuilta  lenitati^  et  benignitate  suadet  et  adjuvat 
ut  citiùs  et  meliùs  erigatur  0])us.  Quis  enim  ejusmodi  non 
audierit.  imô  etiam  quemvis  recta  dicentemV  sed  obtrectatorcs 
qui  clàm  calumniis  qua»  bona  sunt  impetunt  et  damnant,  quis 
non  improbct  V  Nam  (juid  calumniatores  isti  aj)ud  alios  i)ossunt 
qui  causam  non  norunt.  cum  apud  me  aliud  volebant  etîicere  ut 
credercnn  et  sentirem.  quàni  quod  videram  meis  oculis  et  auribus 
audieram.  sic  istos  exagitat  odiuni,  ut  quid  dicant  non  curent, 
modo  si])i  satisfaciant.  Fratres,  ego  vos  i)ropter  Cbristum  Jcsuni 
obtestor.  ut  neminem  postac  probetis  qui  non  sanctissimè  et 
recto  ordine  ex  i^astorum  sancto  suftragio.  post  exactam  i)roba- 
tionem  et  doctrinae  et  vitïe.  et  eorum  (ju^e  in  pastore  meritô 
requiruntur.  cum  autoritatc  ])ii  magistratus,  ])lebe  nibil  alie- 
rentf  cur  indignus  et  ineptus  sit.  qui,  inquam,  débite  non 
intravrrit  ecclesiam.  Domino  ipsum  vocante,  non  miserè  ambi- 
tiosè  current(>  non  misso.  et  multô  minus  ecclesia;  desertorem, 
qui  non  sancta  vocationc  aliù  vocetur,  vel  aliaratione  pia  addu- 
catur  ut  secedat  ab  ecclesia.  In  qua  re  non  minus  pastores  sunt 
consulendi  et  i])sorum  suflfragiis  res  est  ])eragenda,  et  magistra- 
tus et  ])lel)is  ])ice,  quàm  ingressus.  siquidem  ingressus  in  ovile 
Cliristi.  ut  i)er  Cbristum  tieri  débet,  ita  egressus.  Qme  autem  ex 
l)eo  sunt  ordinatè  tiunt.  Ai/  piiiatis  me,  fratres,  tainlin  lue  Jur- 
suriini  fuisse,  et  me  tôt  et  tantis  discriminihus  objecisse,  nisi  me 
Christi  in  vohis  cun)  ecelesia  vocafio  et  judiciimi  2)ermovissent  ^ 
Verùm  ut  srjo  Dcum  |)er  vos  (^t  ecclesiam  jubere"  (juod  valdè 
optatis  in  gloriani  ("liristi.  j)i'rgam  quantum  spei  est.  tantum 

^  C'est  un  indice  ([iii'  7'V//t/ était  ])ai-ti  jinur  Metz  sur  le  désir  do  l'Eglise 
di'  Xcucliàti'l. 


ioi'.i  GlILL.Vl.MK  FAREL  A  LA  CLASSE  DE  NKUCHATEL.  393 

ciini  D.  c-()iit('iulo.  Va  lict't  (ihsi)n  ù  robls  coipon',  ta)neii  pr;i'><fiis 
sinn  luiimo  vohiscitm  :  non  'pjitatisme  cofjiiare  ni  in  coHcionihns 
restris  iiiei  et  Metensis  ecdesiœ  memineritis!  ikiih  ut  in  restris 
sancfissiniis  coUoqniis  ci  sacin'  scripiniif  f/actafione,  et  in  i/isa 
fjratuinnn  acfione,  qiioties  desidero  adesse,  procid  dissifxsf  (jui 
pra'seiis  mo/qucnn  omisi  intéresse*,  ut  nostis  omnes.  Quid  ciiiiii 
tïigpi'c  vestra  collociuia  possoni.  (|iiiii  ('liristuni  iii  vol)is  hxiucii- 
tciii  fiiu'i'iTiii  V  Si  al)  ccclcsia.  iii  (|iia  iioii  païu'i  siiit  iiii])Ui-i()i-is 
vitie,  et  qui  terri  non  (lel)oronî.  iiciiio  se  sulKlucat  qiiin  a  Christo 
recédât,  quid  posseni  à  vobis  divelli.  ul>i  de  verl)o  Dei  ti-actando 
agitur.  (juin  divellerer  a  ( 'liristo  V  Alteruiu  saiiè  est  uecessariuiii. 
aut  ecclesiani  prorsùs  auatliema  esse,  aut  l'uin  (|ui  se  segn^gat 
al)  eerlesia.  Si  scliisuia  in  ecclesia  et  vitandum  et  detestandum 
est  valdè.  et  in  inia  plelx'.  (|uani  subdidit  I)eus  inagistratui.  et 
subesse  vult  suo  verbo  et  in  lioc  pastoril)Us  audire,  ([uantô 
magis  in  i)astoi-ibus.  (jui  typi  et  forma  esse  debent  gregisV  (,)ui- 
bus  nisi  "  o])tiniè  inter  se  convenerit.  (piid  cum  aliis  posse  spei-a- 
nius  XTctè  convenireV  Si  non  sese  amieè  adnioneant,  exbortentur 
et  corripiant.  adnionitiones,  exhortationes  et  correptiones  non 
sanctissimè  et  cum  gratiarum  actione.  ut  Dei  bénéficia  et  doua, 
non  adniittaiit  qui  alios  docent  ex  vei'bo  ut  sese  commonefaciant. 
exbortentur  et  fraternè  corrigant,  et  lioc  recipiant  grati  et 
])areant,  <|uid  j)utamus  alios  facturosV  Cavete.  qu^eso.  fratres. 
astus  et  machinationes  Satanaf  et  suoruni  consilia  et  vestris 
indulgere  aft'ecti])us.  Nos  ])rim()  j)etit.  ut  dissipatis  ])astori]uis 
grex  tlis])erdatur.  in  caput  nostrum  vertetur  quod  malègeri-mus 
inter  nos.  j)roprioque  i)lectemui'  jx'ccato.  quod  liorrendum  est. 
Verùni  non  lioc  tantùm  luemus  ut  ])rivati,  sed  in  nos  recident 
omnia  quîe  inde  plebs  contrabet  et  admittet  jx'ccata  et  (\n:v 
sequentur  posteri.  Non  sunt  bi  lusus  puerihs.  non  de  nucibus 
agitur.  ut  levi  occasione  et  nuces  et  ((etuni  deseramus  ludeu- 
tium.  et  aliud  irati  agamus,  ut  |)ueri  soient.  Séria  est  res.  non 
liodie  j)riuu)  c(e|)tum  est  ut  pastores  conveniant  unà  et  tractent 
seriô  de  verbo  r)ei  et  de  iis  qu;e  sunt  tractatu  necessaria.  ut 
contineatur  unusquis(iue  in  otfieio.  ut  tollantur  niala  et  minus 

"^  Il  veut  diri'  :  Je  n'ai  ))as  iiiaïujiu''  une  sfulf  asst'inlih'c  de  la  Classe. 

°  Ici  coiiiiiH'iicf'.  au  bas  de  la  iJi-cmifTc  ])aii(',  une  iiuniillurc  qui  s'étend 
jusqu'à  metioni.  i^e  mot  qui  suit  est  illisilili'  :  nous  le  suppléons  j»ar 
e.rempla. 


396 


(illLLAlMK  F.VHEL  A  LA  CLASSE  DE  NELCHATEL. 


lo'i;{ 


j)('ccat.[aj  accédant,  et  iji-ociuv'iitur  ])()na,  ot  strciinuè  iiiagis  et 
certiiis  porgat  qui  Ix'uc  ctrpit,  crcscant  virtiitcs  et  nieliora 
[ex('mj)laj.  Noqiio  siuo  friictu  liabiti  liactonus  siint  cd'tus  :  (|iu 
in  hoc  cclcbraiidi  ut  [si  quis  pius  doctrina  aliisquc  donis  valet 
ac|  |(lus  |)()test '".  plus  jvditicet  sine  sui  aliqua  ostontatiouc  et 
a'stimatiouc.  ucniinc  suani  gloriani  [quaereute]  scd  tautùui  ut 
aliis  prosit  et  iununiera  ftollantur  umla].  Quèe,  tratres.  ad  hoc 
nos  pcn'ducei'o,  imô  pin-trahcri^  debent.  ut  atî'ectus  ounu^s  caruis 
n^sent  et  auior  sui.  Si  judices  et  i-ei|)ul)licie  moderatores  a[i*dejnt 
îantùm  îequitatis  et  jui'is  ratioueui  ha])ere  et  utilitatis  j)u])lica'. 
wv  quid  odio  vel  favore  cujusquam  fiât  aut  dicatur  (juod  rectè 
non  sit,  (]uantô  niagis  afkh'cet  |)astores,  qui  taui  airto  nexu 
inter  se  sunt  conjuncti.  aliud  non  intueri  quàni  solani  ("hristi 
gloriani  et  ecclesia'  certani  (edificationeni.  et  non  curare  (piid 
liic  aut  ille  dixei'it  vel  feceiit  et  ([uid  de  nobis  sit  UK^ritus.  sed 
(|uid  Christus  nos  jub[eatj  |)ro  |)ace  conservanda  et  charitate 
augenda,  otiendiculo  vitando,  in  cediiicationeni  omnium.  Passent 
sanè  htec  altiùs  cogitanda  et  religiosiùs  tractanda.  Non  sunt 
hiec  gardianatus  et  termini  ([uil)us  hic  aut  ille  sacrum  implere 
débet,  ut  rideatur  qui  non  satis  tempestivè  et  appositè  aml)ierit. 
(hristi  sunt  ha'c  et  cœli  et  non  liominis  neipie  terrae  :  versemur 
ergo  ut  docet  in  re  ("hristi  et  cœk^sti.  Cum  pace.  concordia  et 
cliaritatf^  agentes  inter  vos,  poteritis  ex  infirmitate  roborari  arl 
majon^n  cognitionem.  ])i(^tatem.  fructum,  ;editication(nn,  et  ad 
omnia  démuni  o|)tinia  et  voins  et  ecclesi*  aecedere.  Afh'rit  vobis 
prapsentissimus  Christus.  Si  haec  non  adsint  et.  ut  ille  dicebat 
«  e(|uuni  unum  retrocedentem  jdus  impedire  cursuni,  quàni 
decem  possint  provehere  ",  h  sanè  malus  ille  equus  pessimè 
habebit,  et  (|ui  cum  eo  fecerint,  et  auriga  pro  dignitate  tracta- 
tuni  aliô  )-elegabit.  sistetur  et  imix'dietui-  tain  necessaria  a^diti- 

"^  A  l;i  pajfc  2  du  iiiaïuisciit.  la  socondo  moitié  df  la  prciiiiric  U'^wc  a 
]»rcstin('  onti»"n'ciiH'iit  disparu.  Il  en  reste  quchiucs  caractères  isolés,  qui  ne 
peuvent  servir  à  restituer  le  texte.  Nous  avons  essayé  de  le  rétablir  d"après 
le  sens  ijénéral  de  la  ))ériod(>. 

I>aiis  la  seconde  Hune,  ifloriiiiti  est  prescjue  certain:  (iKœreitte,  à  demi 
visible  ])ar  ses  vestiges  inférieurs;  iitiiKiiiern,  très  i-econnaissable:  iiuila  et 
tollmitur  sont  sn,fi»'érés  ])ar  le  contexte. 

"  Cette  retiexiun,  attribuée  ailleurs  à  M.  de  l'rangins,  liouverneur  de 
Neudiàtel,  ]iarait  s'a])i)liquer  ici  au  ministre  Clinponiiean,  ijui  rejet.iit 
absolument  /a  cfusiirr  /'nden/rllr. 


loi"!  (Il  II.I.M  MK  FAHKL   V  \.\  CL.VSSK  l>K  NKICHATEL.  397 

catio.  et  (]uaiitù  (lissidiinn  tucrir  luajiis  et  cariii^  atî'f'ctus  plus 
liabiK'i'it  loci.  plus  fuiua'  sc(|uctui'.  l^'i'^'itc  t'ratrcs.  in  saiicta 
parc  rt  ((iiicordia.  et  dili^ifciitcr  vidcte  quos  adiiiittitis.  iic  aiisfiu's 
in  siiiu  tovcatis.  (pii  donii  perdant  adniissi  in  u'dcs.  ot  dissidia 
intcr  nos  si'rant.  l'rohatc  spiritus  (pii  sint  et  (piô  tendant.  Hoc 
i-atio  poscit  t('nii)Oi'is.  et  toties  icti  sapere  tandem  dehemus. 

Bncenis  cuni  Philippo  non  paruni  etticit  apnd  Cohiiipusem 
pei-  ditioncMH  pii  et  constantis  senis'-.  cujns  exeniphini  seijuen- 
tur  nmlti.  Kt  Carol/is  contra,  ut  ex  iis  (|ua'  duahus  tantînn 
tuerunt  collecta  concionihus  potestis  videi-e.  et  ex  litoris  ad  iiio 
datis''.  Ilorrenduni  est  ita  descrere  Ijeuni  et  à  ,<>ratia  excidore. 
Quos  i)utatis  niiscrani  conscieiitiani  ferre  cruciatus!  Kx|tectanius 
rolJo(|uiuni '•  :  cujns  s|)eni  fecernnt  non  vul.u'ai-es  viri.  Pei-,u"ite, 
(pia'so.  tVatrcs.  juxta  id  (jnod  niilii  jironiisistis,  cuni  snffragiis 
V(>stris  banc  aggrcderoniur  valde  ditiicilem  curam  et  jjrovinciani 
susci|)erp  :  in  qua  non  fuit  ])roi'siis  nostei-  labor  vanus.  sed 
voluerit  Deus.  ])Iui-a  efîici(Mitur  :  tantînn  T)oum  invoccnuis. 

Fuit  liîc  Bp(itHS^\  ipunn  a^grè  i)otui  invonire  et  vix  secundo 
allo(iui.  In  hoc  erat  totus  nt  socuni  redii-eni  :  (piod  sanè  niilii 
non  fuisset  injiratuni.  Sed  ne(|ue  ros  |)atitur,  ne(iue  tides  aheun- 
tibus  liinc  fratril)us  data,  ne<|ue  aliipiis  hoc  poterat  pro))aro  cui 
refcrreni.  (upio  onmiltus  ol)s('qui  et  neniinom  otïendorc  :  hîc 
Beffto  et  aliis  non  (hituni  fuit  moreni  gei-ere.  Literas  aj)parave- 
rani  "'.  sed  non  p(»tui  invcnirp  abeuntcm.  Wn't  J'rafpr'''  paucis 
(iini  diu  (pui'situni  invenerit  :  sod  litcn-as  non  hab('))at.  (|uas 
pi'ius(iuani  venisset  acccpturus  jani  abiei-at.  et  nos  frustra  cucur- 
l'inius. 

Audiebani  inter  loquenduni,  cum  apnd  Hcdioneiii'^'*  cssonuis, 
Xravia  quiedam  oft'endicula  suborta  de  perditissiinis  (piibusdani 
bipis.  qui  inter  pastores  liaberi  volel)ant.  Quàni  id  me  comnio- 

'-  L'îipjH'l  adressé  ])ar  l'Elccti'ui'  de  Colouiii'  à  lUici-r  et  à  Mélanclitlinti 
;i  »''tt''  iiH'iitioniié  plusieius  fois. 

'"■  Lettre  de  déti  du  1  \  mai.  Farel  en  envoyait  une  copie  à  ses  collèiiiies. 
B'irlmrin  en  accusera  réce])tiou  le  Ki  juin  (X"  124()). 

"  Une  disjjute  de  reliuioii  à  3lefz  entre  Tùur/  et  Caruli. 

'^  Beutus  Cornes  (Lettre  de  Vin't  à  Caiviii,  ^î)  mai). 

"^  Prol)al)lement  la  jjrécédcnte  lettre  (X"  123!l).  que  Farel  avait  (ral)ord 
ilati'c  du  27  mai. 

"   (iauchier  Farci. 

'^  Gaftpard  Hédioii.  pasteur  et  professeur  à  Strasliour^;. 


398  (JLILLAI.ME  FAREL  A  LA  CLASSE  DE  NEUCHATEL.  loili 

vit!  Ha'c  nobis  \)avhmt  festiifci'  mamiuDi  impositiones  et  non 
])i-iîis  ('xi)loi-ata  inipiorum  vita.  Vos  obsecro,  fratres,  non  feraiis 
(diquem  anquant  ascendere  snggestum  quem  non  optimè  norrri- 
fis,  et  ocaii'i'ite  niaHs  Yoni(>ntibiis,  ne  involvant  nos  :  nndc  non 
tantînn  nos,  vcrùm  etiam  nostrum  ministerinm  malè  andiat.  Qni 
quaere])ant  in  G(dlis  quod  damnarent  liabont  nunc  ad  satietatem. 
Faxit  Christus  ut  [1,  et]  nos  tantînn  satiari  bonis  quiv  c'ui)inius 
quàni  largissiniè  dari  et  esse  in  omnibus  in  ecclesiaruni  onininni 
a'diticationem  !  Valete,  fratres  quàm  charissinii.  a  Domino,  scm- 
l)er  inservite  niulta  lide.  Pii  [lastores  vos  salutant.  Salutate 
omnes  pios  qui  snnt  in  nostns  erclcsiis.  Argentorati  :!1.  ^laii. 

Vester  totus  Farellls. 

Gorya,  qiue  onini  scortatione  al)batnm.  monaehorum  et  mo- 
nialium  eô  accmTentinm_/)n7  infamis^'',  et  cuni  tota  cucurrerit 
ad  ca])iendum  pium  Chasiellunum,  qui  Métis  j)riniô  docuit  -", 
cum  illac  transisset  -'.  — omnibnsque  accurrentibus  hit(>i'eriam--, 

^^  Avant  \c  seizièiiu»  siècle,  l'ahbaije  de  Gorze  avait  déjà  une  déi)lorablo 
réputation.  Nimsgorn,  o.  c,  p.  xvi,  reproduit  un  document  des  mau'istrats 
messins,  du  10  juillet  1322,  «  qui  concerne  également  (dit  cet  historien) 
les  autres  communautés  du  ])ays,  ■>  et  dénojice  «  la  mauvaise  governacion 
et  la  grant  dissolucion  qui  estoit  en  moiiines  de  (lorze,  de  St.-Arnont.  etc.» 
La  tête  de  St.  Tliiébault,  le  1"  juillet,  et  la  foire  qui  avait  lieu  le 
même  jour  attiraient  à  Gorze  une  foule  considérable  de  jièlerins.  qui 
venaient  «  visiter  les  reliques  et  les  faire  touclier  à  des  malades  et  infirmes, 
et  même  à  ce  qui  devait  servir  à  les  habiller  »  (Ibid.  pp.  188,  189,  223, 
2.53,  269-70). 

-"  Les  passages  des  Chroniques  messines  cités  dans  le  t.  I.  p.  345,  IV, 
436,  437,  font  connaître  la  vie  lionorable  et  le  martyre  de  Jean  (linsfel- 
lain,  ce  moine  augustin  qui  fut  en  1524  le  premier  jirédicateur  de  l'Évan- 
gile  à  Metz. 

"  Illac  désigne  Gorze.  —  L'histoire  de  l'infortuné  Chastellaiii  étant 
bien  connue  des  ministres  neuchâtelois,  Farel  ne  jjarle  ici  de  lui  qu'inci- 
demment ;  il  tient  surtout  à  signaler  à  ses  lecteurs  le  châtiment  infligé  à  la 
ville  de  Gorze  par  la  justice  divine.  Cette  ville,  dit-il,  qu'on  a  vue  acharnée 
à  la  ruine  de  Chastellain  et  unanime  à  rejeter  rEvangile,  qui  lui  aurait 
ins])iré  1<'  repentir  et  apporté  le  pardon,  —  elle  a  été  fort  maltraitée  jtar 
les  Français,  et  ensuite  horriblement  saccagée  ])ar  les  Bourguignons. 

'--  Vn  moine  augustin,  h'  frère  Bonncstraiiie,  qui  était  soudoyé  pour 
trabir  (Itnstelhriri,  l'attira  liors  de  Metz  en  lui  faisant  accroire  que  le 
Provincial  de  leur  Ordre  «  le  niandoit  et  l'atteiidoit  »  dans  un  château  de 
revé(jue  (le  Cliastel-St-fiermain,   à  2  lieues  environ   au   X.-O.  de  la  ville). 


loi3  aUlLLAll.ME  F.VREL  A  L\  CLASSE  DE  NEUCIIATKL.  8i)î) 

k penario-^  visiis  et  aliis  monstratus,  ci\\)XWf^(jrorfj(i))i  pi'i-diictiis, 
—  et  demain,  ohhifo  Verbo,  ut  resiinsceret  (ubtioiiHa  prorshs 
rejecif.  in  pornicioiu  pioniiu  acccnsa,  tandem  post  ii/siguiti  qme 
pertnjtt  <(  CralUs'-',  mise niniè  fuit  rasaita  <i  Binym/dioi/ihiis--'. 

Son  iiuidc  le  mcii;i  ensuite  dans  la  ville  de  (jorze,  où  il  fut  reconnu  ])ar 
Tun  de  ses  plus  j>rands  ennemis,  le  j^ouverneur  JIttrfi)/  l'iutjuet,  «  lequel 
tist  incontinent  courir  après.  Et  fut  le  jjovre  reli<iieux  prius  et  arrosté  es 
bois  de  Cliandilé  [Chnmhlei/,  au  S.-().  de  (ior/.e  ].  »  Voyez  les  (  ]irniii(jties 
messines,  p.  809. 

Le  post-scriptum  de  p^nrel  ajoute  aux  faits  ])récités  ce  renseimienient 
inédit  :  «  Tous  accoururent  jusqu'à  la  i!M^7me  (latereriam).  i  Nous  en  con- 
cluons que  Chasfellnin  fut  poursuivi  au  delà  de  ('haml)ley  et  jusqu'à  la 
ferme  de  Buret,  —  localité  on  il  pouvait  se  croiri'  en  sûreté,  ])arce  (ju"elle 
est  sur  la  frontière  uiéridionale  de  la  terre  de  (iorze.  Les  ancienues  cartes 
]»lacent  près  de  Buret  une  ■■  tidJerie*,  »  l't  il  s'y  trouvait  aussi.  ])eut-être 
dans  la  ferme  même,  une  hôtellerie,  ("'est  là  (jue  <•  le  ])ovre  reli.aieux  ■> 
fut  ])ris  et  arrêté  dans  les  ])remières  heures  de  la  nuit,  l'rançois  de  Han- 
nouville  écrivait,  en  effet,  de  Met/,  au  mois  de  mai  152-1:  :  «  Je  veuls  que 
vous  sçachiez  que  il  [nostre  évan.fféliste]  ait  esté  prins  et  arresté  et  comme 
fut  Jhésu-Crist,  cu)n  laternis,  fucthus  et  annis,  et  avec  ce  mené  dTIé- 
rode  à  Pilate....  Mais  il  a  la  plus  lielle  patience  qu'il  est  possible  d'avoir, 
tellement  que  son  hoste,  son  hostesse,  (tucuus  forains  qui  estoieiif  loijés 
léans  quant  il  fut  prius...  et  plusieurs  autres  (jui  l'ont  oys  parler,  portent 
tesmoiiinaicre  de  lui.  •>   (Cf.   notre  t.  IV,  p.  437). 

-'*  Dans  le  manuscrit  :  per  pe)tarium  avec' cette  correction  au  dessus  : 
a  penario.  Ces  deux  mots  sont  presque  effacés.  Farel  emploie  ici  comme 
substantif  l'adjectif  jJCnan'M*,  ])Our  désigner  un  chef  d'office,  un  maitre 
d'hôtel.  Le  mot  se  rajjporte  à  Marti)i  Fiuguet.  maitre  d'hôtel  ou  gouver- 
neur de  Gorze  pour  Jean  de  Lorraine,  évêque  de  Metz.  Ce  jiersonnajie 
avait  la  réputation  d'un  homme  à])re  au  uain  et  passé  maitre  en  fait  de 
])ertidie.  Suivant  Dom  Calniet,  cité  jiar  Ximsaern.  p.  57-ôS,  P/)/(/uii.  natif 
de  l'Anjou,  était  abbé  de  St.-Martin,  près  la  ville  de  Metz,  oii  il  mourut  en 
1540.  Il  fut  lonatemps  infidèle  administrateur  des  aft'aires  du  cardinal  de 
Lorraine,  faisant  sa  bourse  et  i)rêtant  de  Faroent  à  son  maître.  L'évêque 
de  Verdun,  Vary  de  Dommartin,  encourut  la  disgrâce  du  duc  René  II  [de 
Loi-raineJ,  jxtur  avoir  frauduleusement  attiré  à  (rorze,  par  son  agent 
Martin  Piiujuet,  et  fait  emprisonner  un  fameux  banquier  de  St.-Nicolas, 
nomuié  Richard  Voiltre,  qiu'  le  Duc  affectionnait  à  cause  des  services  qu'il 
rendait  au  jjays...  Ce  banquier  devait  à  Pinguet  (jnelques  sommes  ])eu 
considérables;  mais  son  em])risonnement  ne  laissa  ])as  de  causer  la  ]»erte 
de  son  crédit  et  sa  déroute  entièic  »  (Voy.  aussi  la  France  prot..  2""  édit., 
article  Casteilain.  ITT.  H)S-7(>). 

'-■■  Il  oxLsti'  ciicoiv  près  di-  £uret  nne  tuilrric,  imc  briiincti'i-iiM't,  nii  tbui-à  chaux  (("oni- 
uiuiiication  do  M.  Henri  Burtiii). 


400  EUSTOKG  DE  HEALLIET  A  CLÉMENT  .M\ROT,  A  (iENÈVE.        1543 

Horror  ost  vol  audire,  et  non  est  finis  malorum.  Cliristus  mise- 
ris  clet  ut  resipiscant  ot  bencdictionis  sint  participes  oiiiiics! 

Litoras  curetis  diligentor  mitti  et  ad  Calvhmm  et  ad  Vrretnm, 
vi  quae  siint  coiinmines ^'"'  ot  \ol)is  ot  oiunihus  ad  qiios  vidobitur 
fratros  et  Classes  mittetis,  ut  noveritis  niagis  oxj)edin\ 

(Inscript'w  :)  Quàm  cliai-iss.  fratribus  (>t  syuimystis  nuilta 
pietate  ornatis,  Decano  et  omnibus  in  classe  Neocomensi  Cliris- 
tum  adnunciantibus.  Neocomi  - '. 


1241 

EUSTORG  DE  p.EAiLiEi'  '  à  Clémenl  Marot.  à  Genève. 
(De  Thierrens^  au  mois  de  mai  1543.) 

Chrestienne  Réjouissance...  Par  Eustorg  d(>  Bc^aulieu...  (BasbO 
1546.  in-B"^'.  ]).  204.  Copie  communi(|ué('  jiar  M.  Hi-nri  IJordicr '. 

Mpistre  à  Clément  Mnrot,  Poêle  dit  L'oi/. 
pour  lors  résidant  à  Génère. 

Frère  ot  amy  et  voisin  tout  eiisonilile. 

Loué  soit  Dieu  qui  jtar  Christ  nous  assoiiililc! 

Comme  asscnihia  jadis,  aux  fhamps  dehors, 

Le  mien  BeauUeu,  huict  lieues  près  ton  Caltors. 

■■**  Le  25  mars  et  les  jours  suivants. 

"  Voyez  le  X"  1216,  note  13.  Selon  Nims.oern,  o.  c.  jt.  101-102,  «  la  gar- 
nison espagnole  de  Thionville,...  vint,  le  27  avril  1543,...  attaquer  le  château 
*>t  Fabbaye  de  Gorze.  La  garnison  française  lit  une  vigoureuse  résistance, 
mais  enfin  elle  fut  forcée  ;  la  plupart  des  soldats  furent  taillés  en  pièces  et  les 
autres  pendus;  la  ville  et  l'abbaye  furent  pillées;  et,  après  avoir  laissé  dans 
la  ]ilace  du  monde  pour  la  garder...,  les  Es])agnols  se  retirèrent;  mais 
comme  l;i  garnison  n'était  pas  nombreuse,  l<>s  Français  revinrent  bientôt... 
Le  château  fut  aisément  forcé...  Le  soldat,  dans  sa  fureur,...  se  livra  à  tous 
les  genres  de  cruauté  et  de  profanation.  Les  moines  furent  entièrement 
dispersés  et  ne  purent  depuis  se  réunir  en  communauté  monastique.  » 

2G  L;,  fireulaire  qui  ét^iit  incluse  dans  la  lettre  (Cf.  le  N"  1239,  n.  1»). 

*'  La  présente  lettre  a  été  fermée  au  moyen  d'un  cordon  qui  la  trav<'r- 
-sait,  et  sur  les  extrémités  duquel  le  sceau  du  Réformateur  a  été  ai)])li(iué. 

1-2  Voir  le  X"  886  (VI,  286-8i>,  n.  1  et  3.  à  In  tin). 
^  L'unique  exemplaire  de  ce  volume  ;ippartii'iit  à  M.  le  duc  d'Aumale. 


I5'i3         EUSTOIU;  l>K  HKAULIRU  A  CLÉMKNT  M\UOT,  A  (iF.NÈVE.  401 

Loiu'  soit  (lomi  Cl'  bon  Tt'H'  (H^lcsto, 

(^»iii  s;i  l«iiit('  nous  faict  si  iiiniiifcstc 

Kn  nous  tirant  i)ar  orâcc  et  chariti' 

Du  puyt  d'Enfer,  sans  l'avoir  nw-ritr. 

Nous  qui  jadis  fcusnics  i)l('ins  d'injnstici' 

Sans  clicrflicr  l'huys  par  où  l'honimo  injusti-  yssc*! 

Mais  ce  iion  Dieu  (iiui  nous  aynioit  tant  clicr) 

Nous  est  luy-niènic  icy  venu  cliciTlicr, 

Estans  souillardz  de  la  cuisine  imniuiule 

Où  tient  son  train  le  l'rince  de  ce  juonde. 

Dont  (lereclief  lonenue  et  yloire  en  soit 

A  ce  liault  Dieu  (jui  ainsi  nous  reçoipt! 

Frère  très  cher,  je  t'ay  voulu  escri|ire 
Que  suis  joyeulx  jjus  que  ne  pourroys  dire 
De  ta  retraicte  eji  ce  quartier  icy. 
Viw  cinij  ans  [aj  qu'ay  esté  en  soncy 
Pour  y  trouver  aulcun  de  mon  lignage 
Ou  fjjour  le  moins)  gens  de  mon  voisinage  \ 

?tlais  maintenant  Dieu  m'a  tout  resjouy 
l'ar  le  rapport  que  de  toy  j'ay  ouy, 
Ayant  espoir  que  i)ar  toy  Dieu  révèle 
A  mes  parens  de  inoy  quelque  nouvelle. 
Car  possible  est  que  quand  tu  escri])ras 
A  ta  maison,  si  très-clément  seras 
(D'œuvre  et  de  nom),  que  sans  trop  te  constiaiinlre 
A  mes  parens  lettres  feras  attaindre. 
Lesquels  vouldrois  de  ])ar  Dieu  advertir 
(^u'à  Jésus-Christ  se  veinsent  convertir, 
Et  que  pour  moy  u'eussent  tristesse  aulcune, 
Car  Dieu  m'a  faict  plus  de  biens  que  fortune. 

Par  quoy  te  prye  advertir  ce  porteur 
Si  j'auray  ])oint,  par  ton  bon  sup])ort.  heur 
Touchant  cella,  et  s'il  fault  qiu'  j"escri])ve 
Pour  t'envoyer,  ains®  que  l'hyver  arrive. 

Après,  dy-luy  ce  que  te  ])laict  mander 
De  par  de  ça,  si  rien  veulx  commandei'. 
Car  obtiendras  de  moy  l'obeyssance 
Pour  te  servir  selon  qu'ay  de  puissance. 

'•   Du  vieux  verbe  >/s.s/r  (sortir),  dont  on  a  fait  /.sskc. 

'  JE.  de  Beoulieu  était  en  Suisse  (le])uis  six  ans.  C'est  ce  que  nous  appiend 
la  jolie  pièce  de  vers  intitulée  :  «  Le  Dieu  (jard  de  l'uutheur  à  la  rilli-  et 
aux  citoyens  de  Genève,  la  jiremière  fois  (lu'ii  y  vint,  qui  fut  Tan  1537,  et 
le  l'"' jour  de  may  »  (ChrestiiMine  lîéjouissance,  j).  17.'-!).  Tant  (ju'il  resta  à 
Genève,  il  eut  la  chance  d"y  rencontrer  «  gens  .de  son  voisinage  »  (Voy.  la 
lettre  du  31  août  1537,  t.  IV,  p.  288,  lig.  12). 

"  Ains  doit  signifier  ici  ara>it  que. 

T.  viii.  26 


402  EUSTORG  DE  BEAULIEU  A  CLÉMENT  MAKOT,  A  GENÈVE.         lo43 

Te  i)rye  encor  que,  quand  tu  «eras  las 
(Ou  que  dos  champs  chercheras  le  sollas) 
Vien-t'en  vers  moy,  car  suis  en  un  village 
Tout  circundé  d'arbres,  fueille  et  ramage  ', 
Là  où  je  n'oy  que  cors  de  j)astoureaulx, 
Voix  de  brebis,  vaches,  bœufz  et  taureaulx. 
Mais  plus  me  plaict  encor  telle  brayrie 
(i)ue  ne  feroit  toute  la  chantrerie 
Du  Papegay  de  Romme  ou  Antéchrist 
Dout  le  baptesnw»  a[s]  doctement  escript. 

Mais,  quoy  que  soit,  j'ay  la  saincte  Escripture 
Qu'à  mon  cœur  Christ  monstre  en  sa  pourtraicture, 
Et  là  repais  mon  âme  du  pain  vif 
Dont  est  privé  maint  gros  Rabin  Juif. 

Là,  mon  esprit  j'abreuve  d'un  breuvage     • 
Dont  tout  mon  corps  se  nourrit  et  sollage, 
Et  du  pain  sec  (ces  sainctz  escriptz  lisaiis) 
Me  soutient  plus  que  sans  ce  des  pheisans. 
Brief,  le  village  abject,  ce  semble,  et  vile 
M'est  un  Paris  ou.  aultre  grosse  ville. 
Et  n'ay  regret  aux  grands  palays  et  couitz, 
Mais  que  soubz  Christ  je  parface  mon  cours. 

J'ay  oultre  encor,  mon  jeu  de  Manichorde* 
Où  les  chansons  divines  je  recorde 
f]t  les  tant  l)eaux  psalmes  par  toy  conlictz 
Où  as  ouvré,  à  mon  gré,  mieulx  qu'onq  feis. 

Souvent  aussi  je  pren  du  croc  ma  harjie 
Et  te  la  pendz  à  mon  col  en  escharpe  : 
Pour  y  jouer  et  psalmes  et  chansons 
Selon  que  Dieu  m'a  instruict  en  leurs  sons. 

Or  voylà  donq,  frère,  comment  je  passe 
Mon  temjjs  aux  champs  alors  que  je  me  lasse. 
Et  de  cella  suis  prest  te  faire  part 
(^)uand  te  plaira  de  venir  ceste  part. 

T'offrant  encor,  pour  faire  fin  et  reste, 
Que  si  tu  es  importuné  de  peste, 
Une  chambrète  en  mon  logis  auras 
Pour  ta  famille^  et  toy,  quand  tu  vouidras. 

Car  je  suis  seul  (quant  à  l'heure  présente) 
Kt  n'ay  chez  moy  qu'une  vieille  servante 

''  A  la  ))remière  nouvelle  de  l'arrivée  de  Marot  à  Genève,  c'est-à-dire 
vers  la  fin  de  novembre  1542,  E.  de  Beaulieu  n'aurait  pu  s'ex])rimer  ainsi. 

■*  Es])èce  d'épinette  (Dict.  de  Littré,  art.  inaitichordioH). 

®  Marot  n'avait  ])as  amené  sa  famille  avec  lui.  Voyez  sa  Complamie 
adressée  à  François  I  (Douen,  o.  c.  T,  390,  400). 


j 


J 


l')i:{     I.R  CONSEIL  DE  MKTZ  AU  CONSEIL  UE  STRASBOURG.      403 

Pour  ]ucii(lrp  soin  do  mos  bestos  à  l.iict, 
Kt,  pour  penser  mon  cliev.-il,  un  v;illet. 

Sfxtain  au  ilict  Mamt. 
Rpcoininaiidatidn  de  raiitlienr. 
Si  le  seifiiunir  Gur/tt^'^  est  jiar  de  là, 
Salue-le,  s'il  te  plaict,  sans  rohniettre, 
M'ortrant  à  tov  jjIiis  que  ne  vault  cola 
Et  le  service  envers  toy  recongnoistre. 
Au  Magnifique  ^^  aussi  vouklroys  fort  estre 
Recommandé,  veu  que  Christ  a  suyvi, 
Car  trois  ans  a  (in'anlcun  d'eiilx  je  ne  vv '^. 


1242 

LE  CONSEIL  DE  METZ  au  Goiiseil  de  Strasl)Ourg. 
De  Metz,  i^'  juin  1543. 

Copie.  AitIi.  de  8t.-Thomas,  à  Strasbourg.  Calv.  Op}).  XI.  5(i(i. 

Aux  liouuorables,  prudents  et  saiges  les  Maistre  et  Conseil  de 
la  Cité  de  Strasbourg,  les  Maistre-Eschevin  et  Trèze  Jurez  de 
LA  Cité  de  Mets,  amour  et  dilection. 

Nous  avons  vclius  et  entendus  le  hesoiy  nés  fait  par  nos  envolez 
an  lieu,  de  Strasbourg,  à  la  journée  y  assignée'  par  très  hault, 
excellent  prince  et  seigneur  Monsieur  le  Landgrave  de-  Hesse, 
pour  amiablement  ou  juridicquemont  ai)j)ointer  ou  diifinir  les 
jtoincts  non-vuydés  contenus  en  deppart  érigez  icy  à  Mets-.  Et 
combien  qu'ils  aient  excédez  (quant  au  poinct  des  hannys)  leur 
commission  et  charge,  néantmoins  pour  l'honneur  de  Messieurs 
les  Princes,  Conte  Guillaume,  des  deux  Cités-'  et  de  Messieurs 

10  pjç,;-g  Qurui,  d'Annoiiay  (X"  IMo,  n,  (\). 

"  Laurent  Maigret,  réfugié  français,  surnommé  le  Magnifique.  Cf. 
ji.  145,  n.  21-22. 

'^  Il  était  donc  retourné,  pour  quelques  jours,  à  Genève  en  1540. 
^  Assignée  pour  le  lundi  14  mai  (N"  1285,  n.  12-14). 
^  C'est-à-dire,  dans  le  recès  ou  la  convention  faite  à  Metz  le  16  mars 
(X"  1216,  n.  2). 

'  Strasbourg  et  Francfort. 


404  LE  CONSEIL  DE  METZ  AT'  CONSEIL  DE  STR\SBOUR(i.  154:} 

les  eiivoicz  et  cominys,  Nous  avons  clius  alloyez%  quant  à  ce  dit 
poinct,  ce  que  pav  nos  dits  envoiez  auroit  esté  laict.  Et  inconti- 
nent la  relation  faicte  ])ar  iceulx,  avons  ])ermis  la  rentrée  ans 
dits  hannys,  comme  ceulx  qui  désirent  en  ce  et  choses  plus 
grandes  faire  service  et  jjlaisir  ans  dits  seigneurs  Princes,  Conte, 
Citez  et  aus  dits  ambassades  [1.  ambassadeurs]. 

Quant  aux  aidtres  xwincts  contenus  en  de'iïpart  érigez  au  dit 
Strasbourg''  et  par  nos  dits  envoiez  à  nous  exhibez,  ajirès  b^s 
avoir  ehus  mesurément  discutez  et  ])ondérez,  ensemble  advisez 
à  nos  privilèges,  statuts  et  ordonnances  que  nous  ont  esté  con- 
cédées des])iéça  par  les  Majestés  Impériales  et  Royales  des 
Rommains,  ratitîiez  i)ar  la  Majesté  de  Temiiereur  modei-ne, 
nostre  Sire,  et  aussi  que  nous  avons  ehus  prestez  le  serment  de 
tidélité  à  icelle  Majesté,  —  recongnoissants  les  prééminences  (>t 
régalités  que  sa  dite  Majesté  doit  [1,  dictVj  et  doibt  avoir  en 
cest(^  dicte  Cité,  desquelles,  au  commandement  d'icelle,  copj)ie 
luy  en  fust  baillée,  -^  ne  sçaurions  ou  porrions  honnenient  cous 
faire  response  sur  les  dits  poincts,  sans  répréhension  de  sa  dicte 
Majesté,  que  jjremièrement  et  avant  toutes  choses  ne  communic- 
quions  iceulx  poincts  ou  facions  communicquer  à  icelle  Maj(^sté  : 
ce  que  ferons  en  toute  diligence  possible  et  le  j)lus  tost  que  ])or- 
rons,  estants  de  cestuy  propos  et  intention  ensuyvre  son  com- 
mandement, advis  et  conseil  sur  ce.  Pour  autant  (^t  nostr<' 
amyable  prière  prendre  en  ])onn(>  part  ceste  nostre  response.  (pie 
(lebvions  bailler  au  jour  ])réfix  "  sur  le  susdit  uKMitionnez  dej)- 
part.  Et  ne  fauldrons  vous  bailler  aussi  enthière  responce  sur 
iceulx  poincts  (ajjrès  Thumble  communication  faicte  à  sa  dicte 
Majesté)  en  toute  diligence  possible. 

Quant  au  fait  de  Caroli,  nous  lui  avons  communiquez  tous  et 
chacuns  les  poincts  que  sont  estez  proposez  à  icetdx  nos  envoiez 
au  dit  lieu  de  Strasbourg'  :  qui  sur  iceidx  nous  a  fait  responce 


"*  Accoiité,  ;ip])roiivé. 

^  C'est-à-diiT  :  Quant  aux  dcinandos  présentées  par  les  Protestants,  savoir: 
•qu'il  soit  accordé  deux  nouveaux  prédicateurs  aux  Évangéliques,  et  qu'il  y 
ait  une  dispute  de  religion  entre  Caroli  et  Farel  (N"  1218,  n.  3). 

•^  r)'a))rès  le  recès  de  Strasbourjr  du  21  mai.  chaque  ])nrtie  devait  donner 
sa  réponse  dans  les  quatorze  jours  suivants. 

'  Los  poincts  on  articles  concernant  Caroli  et  qui  funMit  traités  dans  la 
conférence  de  Strasbourg-  (14-21  mai   151o)  sont  reproduits  en  tête  di'  la 


1543     LE  CONSEIL  DE  METZ  Al  (.(»NSEIL  DE  STHASHOl  HO.       405 

ccUr  \\.  frilf'l  ([IIP  roKS  eitvolotts  avec  cestes  par  escript,  s()ul)si- 
giié(>  et  soiibsci-i|)ti'  (ricclliiv.  l'n'ant  à  tant  le  Créatmii-  (nic 
à  vous,  lionnorablcs,  cliiei-s  et  hoiis/aiiiys  doiiit  rciitliicr  (!<■  vos 
(Icsii's.  Do  Metz,  ce  iji-cmior  jour  i\v  juino:,  Tan  104;!. 

(Suscription  :)  X\\\  hoini()i'a])l('s,  pnulciits  et  saigos  les  Maistro 
ot  Conseil  (le  la  Cité  de  Stras])oiii-g.  nos  diicrs  singuliors  bons 
amvs. 

Hciponce  fie  Carnhi. 

Fut  ri'inoiistiv  l\  .Mcssciniiciirs  les  envoyez  de  Met:  à  la  Diète  des  Pro- 
testant fivicte  à  Stros-bounj  le  leiideiiiain  de  l'eiitliecnste*  : 

(}w'.  à  Fiiistigation  d'aucuns  spirituelz,  semyt  venu  uiiu  i)rédicant 
ni)iniuô  Caroli/^,  blaspliéniant  et  vitupérant  non  seullenieiit  les  estatz 
pidtestans  et  ceux  qui  ensuyvont  la  vraye  doctrine  évan,a'élic(|ue.  mais 
aussi  le  C0)ife   Guillaume,  les  apjiellaiis  liéréticques,  larrons  et  iiiesdians. 

Pour  autant,  teiiyr  à  tel  le  d.  Caroh/,  qu'il  désiste  d'injuryer  et  vitupé- 
rer les  d.  estatz  protestans  et  aultres  qui  ensuyveut  la  pure  et  sincère 
évaugille;  du  moins  permettre  la  dispute  à  Fharel  contre  lui/,  ])onr,  les 
partyes  ouyes,  bailler  à  celuy  qui  aura  tort  sa  desméritée  jjunition. 

DetFendre  au  d.  Caroly  qu"il  n'ayt  à  ])rese]ier  contre  les  d.  estatz  et 
Protestans  iiy  l'évanfrille,  ou  du  moins  ])ermettn'  la  disputation  estre  faicte 
l)ar  Calrai}!  et  Pliarel  contre  luy. 

Le  seigneur  Conte  Guillnume  est  à  la  vérité  averty  par  lettres  que  le 
d.  Caroly  a  presché,  le  mardy  seconde  férye  de  penthecoste  '*",  que  l'on  se 
garde  de  la  nation  gi-rmaniiMjue  et  qu'elle  ne  cerclie  fors  que  de  trahir  la 
cité  de  Metz. 

Et  qu'on  avoyt  conuuunyé  ceux  qui  estoyent  ])our  fayre  la  cène  à  Gorze, 
le  jour  de  Pasques,  de  jjain  que  le  Conte  Guillaume  avoyt  derrohlié,  ajipel- 
lant  iceux  Protestans  schismaticques  et  liéréticques,  en  profèrent  plusieurs 
aultres  i)arolles  de  très  dangereuse  conséquence. 

Pour  autant  requièrent  les  ambassades  et  envoyés  des  ))rinces,  du  Duc 
de  Wuirtemherg  et  L((iitfjrare  de  Des,  et  des  Citez  Strosboury  et  Franc- 
fort. i)our  et  au  nom  des  aultres  estatz  et  Protestans,  et  mesmement  de  la 
part  du  d.  S''  Conte  Guillaume,  ung  lioiinorable  Conseil  de  la  cité  de  Metz, 
vouloyr  teiiyr  à  tel  le  d.  Candi/  ()u"il  ayt  à  rendre  conte  de  toutes  et  clias- 

Pesponce  de  Caroli/.  incluse  dans  la  présente  lettre.  Nous  donnons  cette 
Réponse  d'après  la  co]iie  conservée  aux  Archives  de  Ceiiève.  Klle  a  été 
jiubliée  dans  les  Calrim  Opéra,  t.  XI.  ]).  ôl'î. 

*  Le  lundi  14  mai. 

^  Selon  Seckendorf.  111,  100,  Gaspard  de  lieu  et  Jean  Niedhruvher. 
députés  des  Evangéliqui's  de  Metz,  se  seraient  plaints  (en  juillet)  à  la  diète 
de  Smalkalden  "  quod  sacerdotem  quendam  Gnllum.  a  Duce  Aureliano, 
Régis  fratre  (I.  tilio].  missuni.  in  urbe  liabeicnt.  de  pnl))ito  atrocis>imè 
Evangelicos  criminantem.  •• 

'"  En  d'autres  termes,  le  IH  mai.  ^^'W  p.  oô2.  n.  0. 


406  LE  CONSEIL  DE  METZ  AU  CONSEIL  DE  STRASBOURG.  lo4.'{ 

cunes  semblables  paroUes  par  luy  dictes  contre  les  estatz  et  Protestaiis.  Et 
ylz  coniiiiettroyent  gens  suffisans  de  leur  part,  pour,  les  ])artyes  ouyes,  eu 
faire  selon  que  de  droict  et  raison  est  requys. 

Caroly  interrogné  respond  au  preniyer  article  : 

Qu'il  n'est  venu  à  Metz  \)iyr  l'instigation  d'bomnie  vivant  en  ce  monde, 
mais  de  Dieu  seullement,  ayant  de  long  temps  ung  ardent  zèle  et  désir  df 
souteiiyr  à  son  pouvoyr  la  sincérité  de  la  foy  et  l'honneur  de  la  saincte 
église  catholicque  :  et  pour  ce,  quant  il  a  veu  estre  besoing  de  secourir  à 
ceste  noble  cité,  au  péril  de  sa  vye,  c'est  en  icelle  transporté  pour  eniiies- 
cher,  à  l'ayde  de  Dieu,  qu'elle  ne  fust  toute  infecte  et  déceue  jiar  la  doc- 
trine de  Farel,  laquelle  il  maintient  estre  faulce.  Et  n'a  blasmé  ne 
vitupéré  les  Estatz  protestaus  aultrement  que  font  les  Catbolicques 
mesmes  dedans  la  Gennanye,  qui  sont  leurs  adversaires.  Bien  a  dict  et 
monstre  que  la  doctrine  des  docteurs  protestaus  est  feulce,  héréticque  <'t 
schismaticque,  et  s'il  disoyt  le  contrayre,  il  debveroyt  estre  réputé  mesdiant 
et  traistre  à  l'église  catholicque. 

Au  second  article,  Caroly  de  rechef  dict  qu'il  n'est  besoing  luy  com- 
mander de  désister  d'injuryer  et  vitupérer  les  dits  estatz  protestaus,  en 
tent  que  princes  et  citez  impérialles  ;  car  il  ne  commença  jamais  à  Icn 
vitupérer  en  telle  qualité.  Mais,  à  l'opposite,  Caroly,  pour  et  au  nom  de 
toute  réglise  catholicque,  demande  que  tous  les  docteurs  protestaus  effacent 
de  leurs  livres  et  rétractent  toutes  les  blasphèmes,  injures  et  vitupères  et 
faulse  doctrine  qu'il  ont  depuys  25  ans  escripte  et  preschée  contre  Dieu. 
contre  l'Évangille,  contre  le  S.  Siège  apostolicque,  contre  nostre  S.  Père  le 
l)ape,  contre  les  universitez  et  collèges  des  docteurs,  tant  trespassez  que 
vivantz,  et  générallement  contre  toute  la  S.  Eglise  Catholicque  leur  mère  ; 
et  lors  Caroly  et  ses  adhérentz  diront  bien  d'eux  et  désisteront  à  les 
reprandre;  aultrement,  ne  jKiurroyent  selon  Dieu  les  louer,  car  ce  seroyt 
adhérer  à  eux.  Ya  certes  Caroly  dict  estre  fort  dolent  et  marry  que  tant 
de  nobles  princes  et  citez,  par  faulse  doctrine  soubz  couleur  de  pur  évaii- 
gille,  se  soyent  séjjarez  de  l'union  di^  l'église  catholicque,  comme  clèremeiit 
leur  sera  par  les  C'atholicques,  en  ung  bon  concile  général,  démonstré  :  ou 
à  Farel  en  particulyer  aux  lieux  où  le  d.  Caroly  l'a  apjiellé'^  qui  sont 
devant  le  S.  Siège  apostolicqite  à  Rome,  ou  devant  le  concile  général  à 
Tereute,  ou  devant  le  très  victorieux  de  Dieu  couronné  empereur,  ou  le 
roy  très  chrestien,  ou  les  facultés  de  théologie  à  Paris,  ou  à  Tlioulose,  ou 
à  Poiciiers,  ou  s'il  n'ose  aller  en  France,  à  Salamanque  ou  Alcala  en 
Espaigne,  ou  s'il  ne  veult  aller  si  loing,  à  Louca'ni  ou  à  Padoue  :  et  s'il 
dict  n'avoyr  point  d'accès  en  France,  Caroly  se  porte  fort,  s'il  veult 
venyr,  de  le  mener  devant  le  roy  et  dedans  la  salle  de  Sorbonne  à  Paris, 
et  là  ce  fera  juste  punition  de  celuy  qui  aura  failly. 

Au  tiers,  quant  à  la  deifence  requise,  mes  dits  Seigneurs  de  3Ietz  res- 
pondront;  et  dict  Caroly  qu'il  ne  presche  contre,  mais  jouxte  et  selon  la 
pure  évangille  de  nostre  Seigneur  .Thésus  Christ:  <'t  est  content  Caroly  que 

"  Voir  sa  lettre  à  P'arel  du  11  mai  (N"  12'M}). 


15i3  UE  CONSEIL  DE  METZ  Al    CONSEIL  IIE  STUASItOlHG.  407 

Otîntii/  afCom));ii<rni'  l'iiari'l  î\  l'iuiii'  des  lieux  dcssusdits,  si  le  d.  lùtrel 
Sf  sent  iuy  seul  trop  tnililc  pour  ('(irobj,  coiiiiiini  qu'il  u'avt  a])))('llé  qui' 
If  dit  Farel  au  coiiihat.  Kt  ])ourc('  que  le  d.  lùirel  ne  vcult  acccjjtcr 
aucune  des  lii'ux  jjroposcz  et  pn'sonte  Meiz^^,  qui  n'est  pas  lieu  ofi  il  ^ 
avt  f'schoic  autliciiticqiio  et  api)rouvét'  du  S.  Sièfïc  apostolicquc,  où  ou 
puisse  si'lou  droict  dis])nt<'r  de  la  foy,  [ce]  qui  pourroyt  cheoir  au  araud 
])réjudic'e  de  la  doctriue  et  de  l'église  eatholicqui',  Caroli/  ])our  .Metz  pré- 
sente dedans  les  liuiitfs  de  Gernianyï-  la  faculté  de  tliéologie  eu  la  uohlc 
cité  inipérialle  de  Colongne. 

Au  quart.  r("s])Oud  (ju'il  a  esté  fanlcenieut  eserijjt  au  conte  Gutlkiume 
touchant  la  nation  gernianicque  ;  car  il  sçayt  assez  que,  Dieu  grâces,  lu 
plus  grande  part  d'icelle  noble  nation  gernianicqin'  adhère  encores  à 
l'église  catliolicque.  FA  ne  jiaila  jamais  que  aucuu  de  la  dite  nation  iiy 
aultre  entrejiriut  de  trahir  la  d.  cité  de  3Iefz.  Cela  est  malicieusement 
controuvé. 

Au  cinquiesme.  respond  (jue  jamais  ny  en  bien  ny  en  mal  en  ses  ser- 
mons ne  nomma  ne  jiar  indice  aucung  signifia  le  conte  Guillaume.  Bien 
(lict-il  que  la  Cène  qui  avoyt  esté  faicte  à  Gorze  n'estoyt  pas  légitime  et 
catholicque,  car  ceux  qui  se  séparoyent  de  nous,  dressantz  leur  table  à 
])art,  se  déclaroyent  eus-mesmes  scismaticques  et  héréticques  et  derroi)oyent 
le  pain  de  l'église  catliolicciue  ])our  l'aller  manger  en  cachette  :  par  le  pain 
de  l'église  entendant  nom  [I.  non]  pas  les  biens  temporelz  du  monastère  de 
Gorze,  mais  le  corps  de  nostre  Seigneur  Jhésus  Christ.  Et  soyent  averty> 
les  Seigneurs  ])rotestans  que  ceux  qui  ])ar  deçà  se  fortiffient  de  leur  puis- 
sance, parlent  bien  aultrement  de  l'eucharistie  que  ne  porte  leur  Confes- 
sion de  Aushourg  et  de  Ratisbonne,  en  quoy  et  plusieurs  aultres  choses  ilz 
déshounorent  fort  les  dits  Seigneurs  protestans. 

Ati  sixiesme  respondent  Messieurs  de  Metz,  combien  que  Caroly  n'ac- 
ceptera jamais  pour  disputer  la  d.  cité.  ])onr  les  causes  dessus-dictes. 

Sioué  :  V.  Cakoi.v. 


»-  Allusion  à  la  lettre  de  Farel  à  Caroli  du  21  mai  (X"  1233). 

'*  Au-dessous,  on'  lit  cette  note  de  la  main  de  Calrin  :  «  Double  de  la 
seconde  response  de  Caroli.  Pour  Messieurs  [de  Genève].  »  Calvin  enten- 
dait sans  doute  que  la  première  était  la  lettre  de  déli  du  1  1  mai. 


408       EHRHARD  SCHNEPF  AL  DUC  CHRISTOPHE.  A  MONTBÉLfARD.     1543 


1248 

EHRHAiîi)  scHNEPF  *  ail  diic  Ghrislophc,  à  Montbéliarcl. 
De  Stuttganl.  3  juin  1543. 

liiipi'.  en  tête  do  Topusc.  intitulé  :  Ecclesiasticoi'um  rituiiiu  ot 
('îPrêiiioiiiariini  diicatiis  Wirtenibergonsis  Régula,  in  usuni  quo- 
l'undani  i)aroclioi'um  germanicè  nescientium...  M.D.XLIII. 

(Extrait) 

Illusti-issimo  Principi  D.  Cliristophoro.  Duei  a  Wirtemberga 
et  Tecko,  Comiti  Mumi)elgarti,  etc.,  princi])is  niei  Serenissimi 
D.  Udah'ichi  ducis  a  Wii-temberga,  etc.  tilio.  Domino  nieo  de- 
nientissinio. 

Insigni  me  gaudio  atî'ecerunt  litene  clementia'  tuic  nuper  ad 
me  datte,  i)nnceps  illustrissime,  quibus  et  ecdesiasten  aliquenu 
tidelem  et  doctum  til)i  transmitti  -,  et  i)rincii)is  nostri  illustris- 
simi,  |)ai*entis  tui,  ecdesiasticoriini  rituioii  et  ca'remoinarKm  re- 
f/ultuif,  sui)erioribus  annis  in  ducatu  Wirtembergensi  germanica 
lingua  editam'.  /y/  nsnni  ParochoriDii  fiiontii/  MtDiipeVjarti 
af/entiii m,  quod germatiice  non  sciant,  lit  laiinani  Ji/fgnani  verti 
postuJasti  \  Non  quôd  nunc  primùm  hoc  à  me  exigere  incipias. 
Com])('rtum  enim  habeo,  quàni  crebris  literis  et  quanta  conten- 
tions nobili  viro  Georgio  ah  Awe'',  ecclesiasticorum  negotionim 
nostri  ducatus  et  primario  et  diligentissimo  curatori,  idem  extor- 
quere  sis  conatus.  Sed  quôd  lit(n-is  clémentine  tu?e,  occasionem 
mihi  magnam,  animuni  meum  erga  tuam  celsitudinem  contes- 
tandi,  i)er(iuam  commode  oblatam  videam.  Quanciuam  enim  in 

'   Voyez,  sur  Ehrhard  Schnepf,  le  t.  IV,  )).  11:-!,  iioto  4. 

■^  In  jiuniôiiicr  pour  l'église  allemande  de  Montbéliard.  C'est  |)riiiialile- 
iiieiit  Engelmmin  qui  fut  choisi  (N"  1265). 

'*  luipriin»'»'  en  1530. 

"  A  .Montl)élinrd,  on  parlait  déjà  de  cette  nouvelle  liturgie,  au  mois  dr 
mars  précédent  (N"  1215). 

*  Schnurrer  (Erlauterungen, etc.,  \).  17o)  l'ajjpelle  ./o/y/  rou  Oir.  I)uver- 
noy  (Ephémérides,  p.  230)  mentionne  Jm)i  de  Oir,  qui  appaitenait  sans 
doute  à  la  iiiêiiie  famille. 


1513  LK  CONSEII,  ItK  HERNK  \U  IIAII.I.I    l>"v  VK.HDdN .  409 

spccioni  oxiguuni  est  lioc  f>'(Mius  officii  ([uod  tua'  ;i  nie  litcra' 
oxegcrunt  :  (iiiando  tamcu  tal<'  l'st,  (luo  et  Cliiisti  cliiiiciitissiiin 
sorvatoris  iiostri  gloi-ia.  ratiouc  ali(|iiA  proiiiovcri.  et  umltoi-mii 
saluti  hoc  qualicuiKiUf'  otîiciolo  coiisuli  iKjtci'it.  oxistiiiio  non  ex 
laboris  cxigiiitatc  scd  ex  |)i-()f(>ctiis  indc  sciiuutiiri  inagiiitiidiiic 
lion  injuria  del)('r<»  a'stiinari.  Kt  cani  ossc  niilii  pcrsiiadco  (Clsi- 
tndinis  tiui»  clcmcntiani  et  iiiodcratioiiciu.  (|na'  ex  aninio  niagis 
ad  sorvionduni  pronipto,  (luàni  ex  ol)s('(|uii  vilitatc  opc^ras  |)on- 
dcraro  soleat.  (iaiidoo  proindc  uiilii.  ,<2:ratulor  vcrô  Scrcnissinio 
meo  Prindpi,  contigissc  illi  taiciii  tiliinn  :  gratulor,  iiKiiiani. 
universo  ducatui  Wirtonibcrgeiisi.  dostinatiini  illiiis  giibeniacu- 
lis  diviiiitiis  taloni  hei'oa.  (lui  ad  n'li([uai-uiii  virtutuin.  (iiii])iis 
liabiindo  ornatus  est  cuiniduni.  jjictatis  ctiaui.  et  ivligionis 
Cliristianae.  t'iijiis  niulto  maxiina  est  ratio  liabenda.  tam  ardcns 
adjecit  stndiura.  Mactc  igitur.  clomcntissinic  i)rinc('i)s,  talit>ns 
te  stiidiis.  giibernaculis  r('i|)ubli(a'.  ([iiil)iis  non  solùni  in  futu- 
rum  os  dostinatus.  scd  in  pai-tcni  ctiani  jam  aliquani  acccrsitns 
et  adniissus,  pnyjiara  talibns  te  cnris.  Cliristiano  princi|)c  inpri- 
niis  dignis  occupa,  (inibus  et  tibi  cœlestis  nnniinis  favorcni. 
ducatui  cui  dcstinatus  os,  paccni  et  tranqui]litat(>ni,  j)opulis  tibi 

olini  niancipandis  îetoruam  salutcm  conipararc  (]ucas 

Vale  in  cftcrnum.  clcnicntissinic   l'rinccps.  Stutgardia'.  m. 
Junii.  Anni  m.  d.  xliii. 

Clcnn^ntia^  tua'  dcditissiuuis  Erharui  s  Sciinkpffus 
«'(•cl(>siastcs  Stutirai-dianus. 


1;2U 

LH  (ONsKii.  j)K  iîEiLM-;  au  Bailli  d"Vvcrdon. 

De  Berne,  4  juin  1543. 

Coi)i(' ancienne.  Arch.  dAvcrdon.  ((irenus.)  Docunicns  relatifs 
à  l'histoire  du  Pays  de  \'au(l,  (ienévc  IslT.  p.  l'Ki. 

I/AvoYER  ET  CoNSEii,  HK  Ukh.ne,  iu)sti-(^  amiable  salutation  pr(''- 
niise.  Cher  (^t  féal  bailli,  il  nous  vient  nouvellcnn'nt  a  s(;aviiir 
comment  aucunes  gens  incirdules,  sous  ta  cliargi'  et  autn'>>  de 


410    LE  CONSEIL  DE  NEUCHATEL  A  (il  ILL.  FAUEL,  A  STRASBOURG,   loi'] 

nos  officiers,  on  leurs  pertes  et  adversités  et  aussi  prospérités  ou 
autr(^  cas  envoyés  de  Dieu,  se  vont  conseiller  vers  les  devins  et 
sçavans  aux  arts  du  Diable,  laquelle  chose  grandcMuent  et  autant 
nous  desplaît  qu'elle  est  défendue  du  seul  Dieu.  Sur  ce  te  don- 
nons charsfe  exi)resse  d'avertir  ceux  de  dessous  ta  charge,  et 
défendre  puhliquement.  en  leur  chaire  de  la  parole  de  Dieu,  qu<' 
chacun  se  desporte  de  tels  enchantemens  ;  et  si  aucun  par  ajirès 
clierche  conseil  vers  iceux  devins  ou  enchanteurs,  faisant  contre 
ceste  défense,  que  tu  les  doives  punir  comme  s'ils  fussent  allé  à 
la  messe,  et  mettre  en  prison  les  devins  et  enchanteurs,  et  d'un 
chacun  recouvrez  dix  florins,  réservant  toutefois  de  ])unir  plus 
griefv(Mnent  iceux  devins  ou  enchanteurs,  selon  la  grandeur  de 
leur  démérite.  Donné  à  Berne,  le  4  juin  l.")4o. 


1245 

LE  CONSEIL  DE  NEUCHATEL  à  Giiill.  Farel.  à  Strasbourg. 
De  Neiichatel,  15  juin  1543. 

Manuscrit  orig.  Bibl.  des  pasteurs  de  Neuchâtel.  Jouas  Doyve, 
Annales,  II,  4.S5.  Calv.  0pp.  XI,  567. 

La  grâce,  pais  et  bonté  de  Dieu  nostre  père,  par  nostre  Sei- 
gneur Jésu-Christ.  en  la  vertu  du  sainct  Esperit  soit  à  jamais 
avec  vous  !  Amen. 

Très  scientilhcque  nostre  très  cher  père  et  hdelle  pasteur  en 
Nostre  Seigneur!  Nous  avons  recini  et  veu  voz  lettres  datées  du 
HT""  jour  de  May  dernier  passé',  en  l'an  présent.  Et  semblable- 
ment  le  double  de  certains  articles  ]n"eschez  j)ublicquement  par 
ce  vénérable  Docteur  i)ai)al,  Caroli-,  joinct  ung  double  d'une 
lettre  de  deffiance  à  vous  envoyée  '  pour  la  disputacion  et  mainte- 
nance d'aucunes  ])arolles  par  cy-davaut  amenées  en  dispute  aux 
lieux  de  Genesve,  Lausanne  et  de  Berne.  Item  la  lettre  respou- 
sive  par  vous  sur  icelle  baillée*.  Quant  et  quant,  un  doub](>  du 
despart  de  ]Mess"  les  Protestans". 

*  Aux  N"^  12.S9,  1240,  Farel  avait  ajouté  une  lettre  adressée  aux  magis- 
trats (le  Xeiicliâtel. 

■■'-•''  Vi)y<'/  la  seconde  partie  du  X"  1242  et  le  N"  12.S0. 


lo'i:{   LK  CONSKII,  l>K  NKLCll.VTEL  A  Gl  If.l..    FAIIKI.,   .V  S  TR.VSndllU; .      U  l 

Le  tout  bion  vou  et  ciitcndu.  soiimics  poiii-  le  premier  Itien 
Joyculx  vt  consolez  de  la  lïraiule  iiiagiiniiiinité  et  constaiUM»  des 
dicts  Princes  chrestiens,  a|)|)ellez  los/Protestans.  laciuelle  con- 
gnoissons  ostro  on  eulx  en  la  vertu  de  Jésus,  j)our  la  niaiiitenance 
de  sa  saincte  doctrino  ot  vérité  évangélic(]ue  :  auciuel  prions  (pie 
par  sa  1)onté  et  infinie  ijuissance  les  vueille  pr(''sei-V(>i\  augmen- 
ter et  fortifier  de  sa  grâce.  Aussi  avons  entendu  i-osfrr  bon 
]}0}uiement  en  Voèvre  de  Nostre  Spù/neiir,  par  delà,  et.  ])ar  vos 
dictes  letti-es,  comme  le  dict  (aroU  a  esté'cause  d'interrompre 
quelque  l)on  ajjpointement  et  traicté.  ([ue  les  Ambassad(>urs  des 
dits  Seigneurs  ))rotestans  entendoyent  de  faire  avec  les  Seigtienrs 
de  Metz.  Et  mesmes  comme  il  a  esmeu  Monseigneur  le  Conte 
Gudlame  par  ses  lettres,  qu"il  fust  détenu,  pour  rendre  raison 
de  son  dire,  et  autres  poinctz  dedans  contenu/  et  declairez. 

Or  est-il  certain  ([ue  le  meschant.  en  ([uebiue  lieu  (iu"il  soit, 
monstre  tousjours  sa  meschanceté,  et  le  vertueux  sa  vertu,  et 
l'esperit  de  Sathan  avoir  continuelles  guerres  contre  celuy  de 
nostre  Seigneur  Jésus.  Toutesf'ois  à  la  fin  le  Seigneur  demeurera 
seigneur  et  maistre,  et  rompra  les  astuces,  finess(»s  et  menées  de 
son  adversaire  et  de  ses  adhérans.  De  (juoy  l)ien  tost  à  Fadvan- 
cement  de  sa  gloire  et  édiffication  de  son  Église  le  puissions 
veoir 1 

Ali  surplus.  t/oHs  soiin)ies  de  hoiute  volenté  de  votis  assister 
pour  telz  et  semblables  affaires,  et  surtout  poar  la  maintenance 
de  rostre  Ministère,  saclians  (pi"à  tort  et  sans  cause  il  blasnn^ 
iceluy  et  des  autres  tant  vertueulx  personnages  nommez  dédans 
les  dits  articles.  Et  entendons  ])ien  en  ])rief  (avoir  d(»spéchez 
quelipies  urgens  et  i)esans  afïaires  survenu/  par  deçà*^)  en  user 
par  ])on  conseil  avec  nos  Redoubtcz  Seifp/eurs  de  Berne,  espé- 
rant (pie  leur[s|  Magnifticences  ot  Seigneuries  et  n(ms,  sel(»n 
nostre  pouvoir  avec  eux,  ferons  entendre*  très  acertes  au  dit 
Caroli,  Docteur  des  médisans,  i\u'h  tort  et  injustement  il  a  i)ai-lé. 
Ce  néantmoings  ce  temjjs  pendant,  moyennant  Tayde  et  faveur 
des  dits  Princes  protestans,  jwursuyvez  virillenuMit  '  à  l'affaire, 
pour  i*éj)rouver  la  doctrine  et  faulses  accusations  du  dit  Docteur 

*  Lettre  de  Fard  du  21  mai.  X"  1233. 

^  Nous  en  avons  donné  nn  extrait,  N"  121B,  note  3. 

*  A  comparer  avec  la  note  13  du  N"  1237. 
'  Dans  roriuinal  :  ririrellement. 


-412     LE  CONSEIL  I>E  N'EK.HAÏEL  A  Gl  ILL.  FAREL,  A  STRASBOLRd.    1543 

})ai)al  et  do  ses  seml)la])les.  En  vous  priant,  si  dedans  le  dit 
temps  survient  choses  d'im])ortance  et  dignes  d"(>stre  ai)j)our- 
tées  par  de(;a.  et  niesnienKMit  concernant  le  faict  du  dit  CnrolL 
attestées  par  actes  deuenuMit  passez.  —  que  le  nous  vueillez  faire 
entendre,  pour  tousjours  y  adviser  par  bon  conseil  selon  Texi- 
gence  :  et  le  send^lable  ferons  envers  vous. 

Et,  quant  à  Instriiyre  enfans  aux  EscoUes  et  pstndes,  souhz  la 
main  de  .bons  et  sçavans  personnages,  affin  que  qf-après  ils 
paissent  servir  au  Ministère  de  T Érangille,  v(HI  la  nécessité, 
d'autant  que  la  moysson  est  grande,  y  avons  pourveu,  en  ayant 
souvenance  de  vostre  saincte  inhortacion  et  d'autres  hons  person- 
nages, tellement  quaujourdliuy  sont  norris  quatre  enfans*,  au 
respect  que  dit  est,  souljz  hi  main  de  Maistre  Mathurin  Corde- 
rius,  Recteur  d(^  nostre  p]scoll(\  pour  le  conimencenient  de  leur 
fondement,  et  dès  sa  dite  main  i>lus  oultre  (entendons  les  i)0ur- 
suyvre. 

L'Église  par  de(:à  vous  salue  en  Nostre  S(Mgneur.  av(\'  désir 
de  lU'ier  Taucteur  d'icelle,  qu'en  brief,  après  la  victoyre  obtenue 
en  joye  et  consolation,  puissiez  r(>ntrer  en  vostre  pn^stin  estre, 
(|u<^  nous  est  chose  bien  désirable,  et  (lu'il  vous  doiënt  grâce  de 
puissantment  prescher  rÉvangille  de  Christ  dedans  les  villes 
desquelles  avons  espérance  en  Xostr(>  Seigneur.  Vous  prians 
nous  recommaïuh^r  de  ])ien  l)on  cœur  à  tous  les  frères  de  par 
delà,  tant  en  général  qu'en  particullier.  sans  oblier  vostre  frère 
Gauchier.  Nous  j)(>nsons  bien  qu(^  les  Ministres  du  Conté  vous 
escripvent  plus  amj)lement  dos.  affaires,  [ce]  qui  nous  cause  ne 
vous  faire  plus  longu»'  lettr(\  En  ])riant  Dieu  vous  conserver  en 
sa  garde.  De  Xeufchastel.  c(>  ];')'"■  Juing.  154:-!.  i)ar  les  bien 
vostres 

Les  quatre  Mlmstraulx,  Conseil  et  Comminité 

DE  LA  VILLE  l>E  XeLFCHASTEL. 

(S^iscription  :)  A  ti'ès  s(icntiftic(iue  j)(n'Sonne  Maistre  (înil- 
lame  Farel,  Docteur  en  saincte  Théologie,  nostre  très  cher  père 
et  Ministre  du  sainct  Évangille,  estant  à  Strasbourg''. 

'  C'est  la  ])rpmièn*  iiifiitioii  de  l"('tal)lisscinf'nt  d'an  atipendiidu  en  f.ncm- 
dfs  écoliers  de  N'eucliâtel. 

"  Farel  a  écrit  an-dessous  de  la  siis(iij)tioii  :  >.■  de  Neutcliastel.  ,  —  Note 
d'Olivier  Perrot  :  «  La  ville  de  Neufchasti'l  à  W  Farel,  etc.  ii    12.  » 


loi3    LES  l'ASTKlKS  l)K  NELCHATEL  A  G.   KAHKL.  A  STRASBOURG.      413 


LES  PASTEURS  DE  NEiciiATEi.  à  G.  Farel.  à  Strasbourg. 
De  Neuchâtel,  16  juin  1543. 

Inédito.  Minute  on.uinal»'.  l)il>li<)tli('(|iio  des  jjastcurs 

fie  Neuchâtel. 

(Composée  par  Thomas  Karrarin.) 

(Iratiani.  saluteni  et  ])aceiu  a  Ded  l^iti-e  pcr  I).  .Iinuui  Clii-is- 
tuui  ! 

Ingénies  prinunn  nieo  ac  tVatruni  iioniine  gratias  ago,  (]uôd 
literis  fuis^  adeô  ])aternè  nos  monueris.  ut  aniniis  nosti'is  niliil 
osse  gratins  ])otuerit  :  ([uod  et  sippiùs  facias  ]»er  Cliristuni  I). 
rogamus  et  o])testamnr.  nec  ullani  uiKiuani  sci*ibendi  ad  nos 
olilatani  occasionem  pnetereas.  Quid  ecdesi((rum  deserfores,  dum 
tua'  litei'a^  legerentur,  (]uidve  congregatioitum  cottfemiHor-  in 
animis  pi-eniereut.  nescio:  hoc  tanieii  scio,  l)onis  omnibus  sym- 
niystis  ecclesias  (  liristi  ardentibus,  novas  anioris  superadditas 
tlanimas.  De  Curtesio  [1.  Corfesio]  non  niulta.  nisi  qubd  sinit 
Calviinin)  ac  nos  jam  esse  quietos.  ()|)tinie  factum.  ([uôd  timm 
wUpf/ani  ^  sic  percellueris  {sir),  ut  jani  inde  ab  hac  hora  s])ere- 
mus  futuruni  attentiorem.  tanietsi  jani  omnia  ei'ant.  gratia.  D.. 
composita.  Non  stabit  per  nos  quoniinus  in  officio  contineatur. 

Aid  '<  nos  personis  magis  qiiàm  ecrJesiis  'prosincpre,  »  sed  si 
h΀  fuisses,  aliter  sentires.  Neiiue  enim  MiclutëU,  cujus  gratia 
hcPc  scribis.  ulkis  fuit  apud  nos  concionandi  locus.  donec  ordino 
de])ito  transacta  essent  omnia.  Itaque  miramur,  (jund  talia  sis 
de  illo  ])ersuasus,  ut  non  sinas  esse  qnietum,  sed.  ciuii  in  i|)sis 
literis  ad  tVatres.  tuni  au.  Claudium  Clericnm'*  scril)ens.  homi- 


»  X-  1239,  1240.  l.-ttiTs  du  ;-!l  iiimI. 

'^'•'  Allusion  aux  deux  i)astiMirs  vrmis  du  Mot/thél/tinl  (Michel  iJnhf  et 
JertH  Cuiirtois),  et  à  Chaponneau,  (■(illi"'ouc  de  Fard  dans  la  ville  de  N'eu- 
t'hàtel. 

*  Claude  Clerc,  jiasteur  à  la  Xeuveville.  La  lettre  c^ue  lui  écrivit  l'arel, 
A  la  tin  de  mai,  est  perdue. 


414     LES  PASTEURS  DE  NKLCHATEL  A  (i.  FAREL,  A  STRASBOURG.     1543 

ncm  ita  porstriiigas,  nunc  (iui(l<Mn  palàm  appollans  desertoreiu, 
aliàs  aiitcm,  ne  multis  {juidein  testibus,  imô  noc  vol  toti  Moa- 
helfjardo,  si  pro  illo  (luôd  non  talis  sit,  qiialcm  ti])i  a]i(iiiis 
dclatoi"  asseruit,  testificai'ontur,creditiirum  iinquam  affirmans'\ 
Hîc  qiiid  ex  nobis  expcctesV  an  non  qnod  nobis  fuit  cstquo 
conipcrtissimuni,  audire!  Novimus  tantiim  l).  J(^su  fanuduni.  id 
solum  quod  l'os  est,  andire  ('U|)ere.  De  illo  diligetdissimè  tuin  Idc 
tnm  Moiiihelgardi,  omnia  explorata  sunt.  Nihil  quod  ad  inquisitio- 
nem  doctrinie  ac  morum  ejus  attinuit.  milii  credc,  fuit  ])riet('r- 
niissuni.  Et  tamen  iiihU  iaiidem  admisisse  eu»/,  eorum  quœ 
desertores  ecclesiarum  soient,  )t.ohis  est  compertmn.  Is  enini.  et  si 
pi'imulùm  universo  grege  insalutato  venit,  venisse  tamen  illo 
non  spreto,  certum  est.  Quibus  ai'gumentis '?  Urgebat  Principis 
("dictum  ut  exiret:  instabat  pro  illo  nemo:  instal)at  paulô  i)Ost 
dies  ad  exeundum  dictus.  Hyems  ingruebat  nivibus  certè  terri- 
bilis  :  non  inveniebatur  amicus  ii(>e  fide  nec  niensa  nec  pecunia 
conii)aratus,  qui  uxorem  et  filiolos  duos  curi'u  veheret.  Alius 
liyemem  ingruenteni,  alius  montes  jam  jam  nivibus  candidatos, 
alius  inclementiam  eœli,  alius  aliud  excusabant.  Ita  dum  f rater- 
cido  iinlla  ex  illa  regione  auxilii  sjjes  affulgeret,  salutatis  j)rinuim 
aliquot  pneeipuis  ecclesiœ  suîf  fratribus,  itiveinre  se  apud  no» 
opem  speravit.  Erat  autem  dum  exiit  quartus  hebdomadcT  dies,. 
nec  plus  erat  illi  in  ea  regione  quàm  dies  decem,  ex  novi  Prin- 
dpis  edicto,  manendum.  Quid  multis  mororV  Hue  veniens 
nactus  est  ii)Sotempore  amieos,  qui  familiam  evelierent.  Tandem 
cum  compertwn  ipso  referente  haheremus,  qnomodo  exisset,  jus- 
sus  redire,  nihil  excusât,  cftateni,  defectumque,  nt  scis,  ensis 
vulnere  corpus' ,  sed  è  v(^stigio  adornat  per  montes,  unde  vcMie- 
rat,  viam.  Breviter  ecclesiam  totam  domesticatim  ac  viritim, 
non  sin(^  (^xhortatione,  ut  in  iide  manerent.  ac  F^vangelio  vitam 
dignam  vivei-ent,  salutans,  inde  ad  nos  redit.  ///,  summa,  testi- 
nwniuni  liabet  à  fratribus  Classis  Momhelgardensis  non  unum 
integritatis  siiœ^. 

^  I*rol»altl('inf'nt  L'Archer  (X"  1215). 

*  Ces  trois  derniers   mots  ont   été  écrits  au-dessus  de  credens,  (juMls 
devaient  remplacer. 

'  Il  avait  été  blessé  près  de  Cuîli/,  en  1535  (III,  421-J2o). 

*  C'est  ])rol)ablement  ici  que  Barharin  voulait  ajout<'r  la  plirase  sui- 
vante 4n"il   .1    rédigée,  à  i)Iusieurs   rej)rises,  au  dos  de  la  iiiinutr  :  <•  Kx 


lo43    LES  PASTEIRS  DE  NEl  CIIAÏKL  A  G.   I  AUEL.  A  STIlASItOl  R(!.      415 

HalK's  lie  IVatris  cxitu  strictim  (luidcin,  scd  taiiicii  vci-a  et 
comporta  omnia.  Nuiu-.  qitiilfechnus,  qnodfadnni  non  oporiiùt:^ 
T  nie  ne,  si  adfnisses,  fmtrem  non  in  tufis  H'des  modo,  sed  vel  in. 
fiintn  sinion  récépissés^  Imb x>rœ  ai'teris  tu.  Ergo  de  fratre  non, 
imdo  profecto,  t<di<i  desine  suspicari,  oc  midtô  )H(i(jis  loqui  tic 
scrihere.  Dosyderas  tu  (luidcin  niajorcm  coiistaiitiam  et  pnidou- 
tiain  in  illo.  non  injuria.  Nani  i|)si  idcntidcm  tVatrosiii  co  dcsv- 
dorant.  Mittat  I).  in  suuni  grcgcni  niafjis  idoiicos  niultds.  sed 
isdeni  {sir)  niultos  bonos  misit.  lioc  uiliilo,  (piod  ctiani  tutc  scis, 
niclioirs.  Plura  de  hoc  scribci-ciu.  nisi  de  tua  (qua  ei-iia  cuni  te 
s('ni|)t'i-  vidinius  affoctum)  bencvolcntia  vidcrcr  diffidcic. 

De  scandalis  comminiio  su  ni  fihi  cf  i/ohis  dolor,  geinitiis,  sus- 
pirin.  Hîc  hebdomadanus'.  si  non  quod  vclini,  salteni  (juod 
bona  fide  possuni,  ago.  Joannem  Roiu/eotunt  chirui'^uni '°  unà 
cuni  uxoro  ])Ostis  abstulit  Geneva'.  Si  quod  Arcfentimi'  conclu- 
suni  est  scripsissont  Argenfinenses,  aut  ex  iis  saltoni  ali(]ui,  vol 
cortè  Metenses  i|)si.  major  scriptis  fidos  habita  fuissot.  Nani 
civilia  hfpr  esso  dicunt.  Prengini(s^\  (jui  saltoni  do  facio  vidotur 
ot  Yorbo  I).  ot  nobis  bono  atfoctus,  molesté  quôd  ad  se  non 
scripseris,  tulit.  Proind(>  fac  brcvi  scribas,  et  ubi  vel  minima  sese 
otferet  occasio.  Ohtinuinms  tandem  à  cirihns  piieros  stipendia- 
rios  qiiatnor,  qui  of/iint  citm  Corderio.  Frigidaet  congelata  isto- 
rum'"-  pectora  Dominus;  su.e  charitatis  igné  calefacit.  Salutat  te 
tua  charissinia  ecch^sia  plurimùm.  Ejus  nomine  Ulriciis^'^  ad  te 
seriliit.  Eam  quàm  citissimè  revisas,  oves  et  filios  quos  Christo 

illorum  oro  Gaspar  \^('(irmeli(s^  jtriniùui,  «nuhIciii  nli  ("lusaiii  missiis  à 
iiobis  Momhelgardum,  ac  rnrsus  pnst  aliqiiod  tem])oris  iiitcrvalliiin,  c.iio  et 
Gaspiir,  ('xc('j)iiiuis,  non  tantnni  aiirilms  liausinms,  ti-stiinoiiiuin  l)onnin 
|scil.  de  Michaële],  sod  et  manibus  scriptinn,  unis  quidcin  litciisad  fratrcs, 
altcris  ad  3Iicha[€lein]  missis,  accopimus.  » 

®  C'est-à-dire  :  C'est  moi  qui  suis  chargé,  à  Neuchâtci,  des  t'oiictions  de 
la  soniaino. 

'"  On  peut,  avec  quelque  vraisemblance,  l'identiticT  avec  le  cbirurcien 
■/ffui  Hoatjier  (N'"  1235,  renv.  de  n.  7;  123(),  renv.  de  n.  \). 

'^   Georgex  de  Mire,  seigneur  de  l'rangins  et  gouverneur  du  comté  de 
Neuchâtel  (Cf.  t.  VII,  j).  .S77-7S,  n.  11). 

'■''  Il  avait   d'abord   écrit    :    «  Glaciem    istorum   boniinuiii    coiigelatam, 
immenso  diaritatis  calore....  » 

"  Le    maître-bourgeois   Gu/llaume  Honj  (.^),   que    l'on   appelait   aussi 
Hounj,  par  une  altération  de  l'ancien  nom  Ulric. 


416        LE  CONSEIL  DE  GENÈVE  Al  CONSEIL  DE  BALE.        lo'l3 

goniiisti  visitatunis,  quoruni  pater  et  i)astoi'  sis  pcrpctuus, 
obnixè  dosidero,  ut  ctiam  ex  promissis  tcneris.  Tua  famUia^'' 
roctè  valet:  nostra  etiam,  quœ  Israële^'  une  aucta  est.  Ips»  te 
pluriniùm  saliitaiit.  Sijmmystie  omîtes  l)one  habent  teque  salu- 
tant  in  Domino.  Tvisenes^^,  pr<Tter  cteteros,  œgroti  et  valet udi- 
narii  te  salutant  et  precantur  Evangelii  successum.  Pergimus 
paciticè  et  fainiliariter  vivere,  angetur  charitas  et  concordia. 
Premitnr  Sathana  gratia  D.  Dominus  te  in  gloriani  suam  et 
ecclesiarum  suarum  œdificationein  conservet.  Mémento  nostrî  in 
orationibus  tuis  sanctis.  Saluta  Gauclierium  comi)ati'ein  nnuim. 
Vale. 

Pefremandus^'  et  caeteri  hujns  generis  omnes  te  cum  Grm- 
clierio  resalutant.  MiraMUs^*  abest.  Clarissimum  D.  Joannem 
Sturmiwu,  prieceptorem  meum  semi)er  in  I).  observandum.  cum 
Symmistis  omnibus  meo  et  fratrum  omnium  nomine  diligenter 
sahit(^s  velim.  Xeocomi.  10  Junii  1543. 

Tuus  in  T).  iilius  Thomas  P)Arbarinus, 
suo  et  Irati'um  nomine. 

(Inscrixifio  :)  Quàm  charissimo  Patri  et  Symmysta'  Guilhcrino 
Farello,  tidelissimo  \'erbi  D(m  ministro  ac  e(rl(si;e  NcoeoiniMisis 
pastori  vigilantissimo.  Aigentinte. 


1247 

LE  CONSEIL  DE  GENÈVE  ait  Conseil  de  Haie. 

De  Genève.  18  juin  1543. 

Inédite.  Manuscrit  original.  Archives  de  Bâle. 

Magnifficques,  ])uyssans  et  très  redoubtés  Seignieurs,  de  bon 
cucur  à  vous  bonnes  grâces  nous  nous  recomandons, 

"  C'était  proprement  la  famille  des  frères  de  Guill.  Farel.  Gaspard 
Cwmel  en  était  membre  ou  w  devait  pas  tarder  à  l'être.  Il  épousa,  dans 
la  seconde  moitié  de  l'année  1543,  Catherine  Farel,  nièce  du  Réformateur. 

'°  Barhnrin  jiarle  ici  de  son  j)ro])r<'  tils. 

'•^  Voyez,  sur  ces  vieillards,  que  Farel  prenait  i)laisir  à  visiter,  la  lettre 
de  celui-ci  du  21  avril  1544. 

"  Membre  d'une  famille  qui  existe  eiu'ore  à  Neucliâtel. 

'^  Jean  MerreiUeux.  en  allemand   Wnnâerlieh. 


1543  LK  CO.NSKIL  DK  GENÈVE  Al    CONSEIL  DE  HAI.E.  417 

Magiiiftic(iii(>s  8(Mgnioui-s.  nous  liavons  estez  advertis  j)ai- 
maystre  Jehan  Calvin,  iiostre  presclieiir,  que  Caroli  faict  fous 
scandaUes  qu'il  peult  à  2Iefz\  ponr  efipêcher  ou,im}(r  le  moinrjs, 
retarder  l'Erangille,  et  i)ar  espécial  (ju'il  a  gi'iefvenient  diffamé 
e\\  la  chaire  maystre  Gailli((ame  Farel,  maystre  Pierre  Viret  et 
luy,  jusques  à  leur  imi)Oser  (iu"il/  rciionccut  (juc  -Iliésus-Clirist 
>ioit  Dieu,  sans  niesme  espargncr  personne,  ne  Seignieurie  (pu' 
vive  selon  la  parolle  de  Dieu,  en  les  nommant  laucteurs  d'héi'i- 
tiques.  Sur  cella  le  dict  Calrin.  nous  a  remonstré  (pi'il  seroit 
expédient,  az  son  advis,  (pi'il  IVist  ung  voyage  jiar  delii.  pour 
respondi'c  au  dict  Caroli  à  ses  inutiles  jjarollcs  et  mcssonges.  et 
j)ar  ce  moyen  oster  le  scandallc  qu'il  a  faict:  (pie  aussi  Dieu, 
peult-estre,  luy  donneroit  le  moyen  d'entrer  on  dis|)ut(>,  quil 
[1.  ce  qui]  seroit  pour  advancer  merveilleusement  la  parolle  de 
Dieu.  Et  ainsi,  i)our  ces  raysons  et  aultres  quMl  vous  i)ourra  dire, 
il  nous  a  prié  luy  permettre  de  faire  ung  voyage  jusques  là. 
l)0ur  tenter  s'il  ])Ourra  aulcunement  servir  à  Dieu.  Touchant  du 
moyen  d'estre  ouy,  il  espère  que  Messieurs  les  Protestans  et 
l)rincipalement  les  Seignieurs  de  Sirahourg  luy  ])Ourront  faire 
havoier  jour,  ce  qui  en  a  desjà  esté  pronuncé-. 

Quant  est  de  nostre  ])art.  nous  avons  hien  trouvé  cella  Ijon. 
Et  ponr  aultant  que  havons  estes  advertis  que  Maystre  Pierre 
Yiret,  ayant  obtenu  congé  de  la  Seignieurie  de  Berne,  désire 

^  Registre  du  Conseil  de  Genève  du  samedi  IG  Juin  :  <•  A  esté  apportée 
[par  M''  Pierre  Viref]  une  lectre  de  M"  Guillaume  Farel  prédiea.nt,  de 
Estrabourg,  concernant  Tatiaire  de  ceulx  de  la  ville  de  Mex  en  Lorraine, 
et  aussy  de  la  contradicion  de  Caroli/...  médisant  des  rainisti'es  de  la 
parolle  de  Dieu...  Sur  quoy...  a  esté  advisé  de  a])peller  le  Conseilz  à  deux 
heures  après  mydi,  poiir  ouyr  le  d.  M"  Pierre  sur  ce  qui[l]  vouldra  ])roi)()- 
ser  toueliant  \o  d.  affaire.  »  —  «  11!  Juin.  M*'  P.  Vj/ret...  a  monstre  et  i)ré- 
senté  une  missive  envoyée  par  M"  G.  Farel,  et  en  oultre  a  exj)Osé  comment 
à  Metz...  Pierre  Caroli/  presche  contre  le  sainct  Evangille  et  en  cliière 
blasme  grandement  nous  ministres,  les  nommant  qu'il  ne  sont  que  héré- 
tiques, et  ({ue  il  les  veult  maientenyr  tel[s].  Sur  quoy  résoluz  d'en  escripre... 
A  Berne,  Strabourg  et  à  Metz,  et  soyt  envoyé,  avecque  ung  héraulx, 
M.  Calvin  vers  telles  seigneuries,  avecque  lectres  missives,  affin  si  l'on  ]ieult 
obtenyr  disj)Utf'  au  d.  Meft.  qu'il  soyt  là  pour  n-spondre.  Ce  que  de  Ixiii 
cueur  c'est  offert  de  fère.  » 

Le  lundi  18,  l'envoi  de  Calrin  à  Metz  est  de  nouveau  décidé,  ft  If^ 
susdites  lettres  missives  sont  <-  lisues  »>  et  trouvées  <■  agréaliles.  « 

'^  Voyez  le  N"  1218,  Un  de  la  note  3. 

T.  VIII.  27 


418  CHRISTOPHE  FABRI  A  GUILLAUME  FAREL,  A  METZ.  lo43 

graiideiiient  aller  jiisquos  au  dict  Metz  avecque  le  d.  maystre 
Calvin,  et  affin  aussi  que  riionneur  et  la  gloyre  de  Dieu  fust  de 
mieulx  eu  uiieulx  augmenter,  havons  bien  voulsu  advertir  ^'ous 
Excellences,  pour  sus  cest  atiere  nous  donner  vostre  bon  conseyl 
et  advis.  Cart  comme  nous  desirons  de  ne  i)oinct  detïaillir  où 
Xostre  Soignieur  donneroit  quelque  moyen  de  ])rouititer  à  Fad- 
vancement  de  sa  Parolle,  aussi  ne  nous  voulons-nous  pas  ingérer 
sans  cause,  mais  avec  bonne  discrétion  en  faire  aultant  qu'il  est 
expédient  :  ce  que  vous  pouvés  beaucoupt  mieulx  considérer  que 
nous.  Et,  sur  ce,  prions  Dieu  qu'il  vous  doinbt,  magnifticques, 
j)uyssans  et  très  redoubtés  Seignieurs,  bonne  prospérité.  De 
Genève,  ce  18  Jugnii  '  1543. 

Les  tous  vostres  bons  amys 

LES  SCINDICQUES  ET  CONSEYL  DE  GeNÈVE. 

(SiiscriptioH  :)  Aux  jMagnifficques,  puyssans  et  très  redoubtés 
Seignieurs,  Messieurs  le  bourguemaystre  et  Conseyl  de  Basle, 
nous  grans,  spéciaulx,  singuliers  et  très  cliiers  amys. 


1248 

CHRISTOPHE  FABRI  à  Guillaume  Farel,  à  Metz. 
DeThonon,  20juin  1543. 

Inédite.  Autog.  Collection  Lutterotli.  Bibl.  du  Protestantisme. 
Copie  communiquée  par  M.  Théophile  Dufour. 

S.  Os  et  sapientiam  cum  omni  i)arrhesia  per  illud  nomen  quocl 
est  sujji'a  omne  nomen,  in  quo,  velut  inexpugnabili  turri  soli- 
doque  fundamento,  adversùs  omnes  Sathanae  et  angelorum  ejus 
astutias  et  conatus  triumphetis,  ut  tenebrarum  princeps  soli 
justiti^e  nunc  splendidè  illucescenti  tenebrasque  omnes  sibi  ob- 
vias discussienti  tandem  cïedat  !  Fratrem  hune  pium,  è  faucibus 
lu])oruin  mira  Dei  providentia  ereptum',  Do.[minis\  Bern.[eu' 
sihus]  novissimè  ohtulimus,  ut  Lausannai  sacris  incumbentem 

^  Le  même  jour,  Genève  lit  écrire  au  (Jonseil  de  Strasbourg  nue  lettre 
latine,  qui  est  imprimée  dans  les  Calv.  0pp.  XI,  569. 


1543  ciiiusToriiE  farui  a  glillai.me  farkl,  a  mktz.  419 

|)('r  aliquot  moiisos  ipsuni  tovcrc  (li,Q:na]'(Mitur.  niiiiinim  EccIosùl' 
tandem  iisni  fiitiiniui.  ciim  à  4  aiit  5  ])i-()])is  tVatribus  classis 
nostra'  l)()iiiuii  liahcrct  testiiiioniinivciii  suljsci'ibcntcs  lioniincni 
i-oniiinniil»us  litteris  (luàni  acciii'atissiiuè  commendavimus.  scd 
incassuin.  Prhiiiis  quideni  fuit  qnem  communi  elogio  comnicii- 
davimiis,  vereor  ne  et  postremus  sit,  quod  nihil  (>xorav(M'innis. 
Prol)ato  hoiniiK'iu  miiu  Pk'clcsiœ  utilis  vidoatiu'.  Multis  (luidciu 
arguiiientis  conati  siumiseiim  rctiiicrc  iit  liypodidascali  luiincrc 
^\\\)  Claudio  nostro-  fungerctui'.  à  (|ii()  id'  iiiipctraniin  :  verùni 
tanto  istnc  fertur  desidcrio,  ut  so  vcl  oiiiiiilms  fcrè  humanis 
aiixiliis  destitutuiu,  (lua'cuiKiuo  pcricula  su])iiv  paratissiiuuiii 
affirmot,  modo  istius  ecclesiœ  reformationem  et  mi/dsterii  Christi 
novam  praxim  videro  possit.  Hoc  enim  ipsi  maxime  est  in  votis  : 
«imim  ob  rom  jiixta  ecclcsiae  necessitatem  ejus  porsoiiain  \<)])is 
commendo,  si  iitrique  paritor  considère  licuerit.  Si)ero  enim 
aliqiia  in  parte  non  inutilcm  futurum,  qnantîim  ex  pio  ejus  desi- 
derio  et  candore  conjicio. 

Fusiiis  ad  te  scribere  decreveram,  (Tulielme  milii  in  Domino 
colendissime,  ut  quod  liactenus  à  me  hac  in  parte  peccatum  est 
utcunque  resarciretur;  verùm  nequ(^  lias  tumultuariè  scrijitas 
transcribere  licuit,  ita  stupidus  paucis  (sed  meis  imjjaribus  hu- 
mcTis)  ferè  obruor  negociis.  Sed  apud  patrem  nulla  niihi  oi)Us 
est  protestatione.  Vale,  salutato  C(dvino,  Vireto  ac  reliquis  quot- 
quot  admirandum  istud  opus  aggrediuntur,  quos  ])rceci])us  nos 
juvare  posse  multùm  gaudemus,  et  ut  membra  vestra  sjjiritua- 
liter  colligantia  coo])erari  pergemus  sub  capite  nostro,  nol)is 
omnia  abundè  suppeditaturo.  Tononii  raj)tim,  dum  ad  navim 
acceleraret,  20  Junii  1543, 

Tuus  ])erp(>tu()  futurus 

ChRISTOPH.  LntERTINUS. 

(Inscriptio  :)  Fidcli  Christi  servo  (iulichnc  Farello,  fratri  et 
amico  int(>gerrimo.  Methis  '. 

'  Personnage  inconnu. 

■2  Principal  de  l'École  de  Thonon. 

s  On  sait  que  Fan-l  n"rtait  ]ilus  à  Met.:,  mais  à  Sfras/jourfj. 


420        PIERRE  TOISSAIX  A  GLILLAIME  FAREL    A  STRASBOURG].       ioi3 


1249 

PIERRE  TOUSSAix  à  Guillaume  Farel  [à  Strasbourg^. 
De  Montbéliard,  25  juin  1543. 

Inédite.  Autographe.  Bibliothèque  des .  pasteurs  de  Neuchâtd. 

S.  Eece])i  nuper  literas  tuas,  frater  mi  in  Domino  Jesu  dilec- 
tissime,  q[uibus  j^e^zs  àj  me,  itt  primo  quoque  tempore  Meiini 
Ijroficiscar,  qnbd  nos  ilîic  C[aroJus]  troducat  et  hifamet.  Id  quod 
tibi  minime  miruni  videri  débet,  quum  [hîc]  quoque  graviora 
audire  necesse  habeam.  Nam  veaerat  hue  imucis  supra  diehus 
doctor  quidam  Italus^,  homo  vater  ac  callidus,  ad  turbasque  et 
seditiones  natus,  Csesaris  et  alioriim  quorundam  Friitcipuni 
literis  munitus,  sperans  von  solùm  [P7inci2Jem?]  Me  nostrum, 
sed  etiam  universnm  oppâdi  Imjus  ae  ditionis  populum,  posse  se, 
ut  [videtur],  ad  Papismum  reducere,  missamque  statim  et  idola 
restituere.  Quocum  bis,  me  a[d  hocj  à  fratribus  electo,  multis 
])r?esentibus  dis])utatum  est  à  prandio  ad  eœnam  usque,  illo 
tantùm  non  insaniente.  Et  ubi  secundo  die  videret  se  destitutuni 
Scrij)tura  ac  defensione  justa,  tantùmque  blas))li(miias  ac  hor- 
renda  convicia  non  in  nos  solùm,  sed  etiam  in  religionem 
Principesque  ac  Magistratus  omnes  Evangelicos,  Duce  uostro 
Cliristophoro  aiidiente,  evomeret,  contra  nostram  vohmtatem 
j)0stndie  dimissus  est,  quanquam  non  procul  seeesserit.  Et  sunt 
qui  putant  brevi  rediturum,  et  a  Bavaris^  hue  missum  esse  ad 
alienandum  Princi])em  nostrum  et  suos  à  religione.  Ut  nesciam 
quô  me  vertam. 

Essem  fartasse  Métis  non  inutilis,  si  tanien  usquam  utilis  essi^ 
possum,  sed  contra  video  quàm  Me  vacillent  onuiia,  quantùnique 
lahoret  Satan  ad  turhandam  liane  eccJesiam.  Prsecor  ut  Dominus 
Deus  nobis  semper  det  ea  velle  et  i)erticere  quie  novit  ad  gloriam 

*  Le  nom  de  ce  docteur  italien  n'est  jins  parvenu  jusqu'à  nous.  Duvor- 
noy  (Ej)hémérides)  ne  fait  aucune  mention  de  sa  présence  à  Montbéliard. 

^  I.es  ducs  de  Bavière  étaient  les  frères  de  Sabine,  mère  du  duc  Cliris- 
toi)lie. 


lo43  GUILLAL.MK  FAUEL  A  l'IEURE  CAIIÛLI.  A  METZ.  421 

suam  portinore.  Boiio  valo,  tVator  et  aniicc  iii  Christo  Jesu  cliare 
ot  ol>sorvan(le.  facqiu»  moi  j)ri-])otu5  miMuor  sis  in  tuis  ad  Doini- 
mim  {larcibus,  otfratrem  inilii  diligcutcr  ot  ainicè  saluta.  Er/o  in 
(lies  ex^jecto  ut  me  titis  literis  Métis  scri2)tis  exhilares.  Id  (|iiod 
nobisbrovi  concédât  Dominus  Deiis,  toque  semper  sil)i  saimiii  et 
iiicolumoin  sorvot,  Itonim  valc,  frator  mi  ot  aiiiico  mi  charis- 
sime.  ]\Ionbolgardi,  postridio  Joannis  154M. 

TuilS  P.  TUSSANLS. 

(Inscriptio  :)  A  Maisti'o  Guillainm*  Fard,  mon  très  clicr  frère 
ot  amv. 


1250 

GUILLAUME  FAREL  à  Pierre  Garoli,  à  Metz. 
De  Strasbourg,  :25  juin  1543. 

La  seconde  Epistro  eniioyée  au  Docteur  Pierre  Caroly  i)ar  Guil- 
laume Farel,  Prescheur  de  l'Euangile.  A  Genève,  par  lehan 
Gixard.  1543  '.  Calv.  Op)).  XI,  572. 

Le  Père  de  toute  miséricorde,  qui  pour  nous  a  donné  son  très 
cher  Filz,  par  son  sainct  Esprit  illumine  les  entondomens  et 
inspire  les  cueurs,  les  renouvellant,  pour  cheminer  selon  sa 
saincte  Parollo,  par  vraye  ot  vive  Foy  ouvrante  jjar  charité! 

Avoir  receu  tes  lettres  ^  telles  comme  chascun  les  lisant  les 
peut  cougnoistre,  soubdain  je  te  respondiz^  Et  semble  bien 
qu'avant  que  tu  eusses  receu  mes  lettres,  (jne  tu  en  dousses 
avoir  roscrit  d'autres,  tant  ostois  chaut,  ^lais  depuis  je  n'ay  i-ien 
entendu  do  toy  :  fors  un  de  ces  jours,  que  Messieurs  du  Conseil 
de  ceste  ville  m'ont  communiqué,  de  leur  grâce,  un  escrit  de  ta 
main  *  :  auquel  il  semble  que  tu  as  mis  de  l'eauc  en  ton  vin,  et 
no  te  monstres  tant  aliéiu'  frentondement  comme  (>n  tes  b^ttn^s. 

■  *  Cet  opuscule  se  compose  de  seize  feuillets,  très  petit  in-8",  saus  pagina- 
tion ni  foliotation. 

»:'  N"^  1230,  1283. 

*  C'est  la  Réponse  de  Caroli  aux  Articifs  des  ])riiires  jirotestants  (Cf. 
l'appendice  du  X''  1242j. 


422  GUILLAUME  FAREL  A  PIERRE  CAROLI.  A  METZ.  1343 

Mais,  tout  au  fort,  si  est  la  chose  tellement  couchée,  que  celuy 
qui  a  quelque  jugement  voit  bien  de  quel  esprit  tu  es  mené. 

Je  t'avoye  prié  au  Nom  de  nostre  Seigneur,  de  regarder  à  toy. 
et  de  ne  faire  sy  ])ovrement  contre  ta  conscience,  en  bataillant 
contre  nostre  Seigneur  :  car  tout  ce  que  tu  fais  sera  en  vain,  et 
tout  viendra  en  ta  ruyne  et  de  tes  adhérans.  Mais  ne  te  mons- 
trant  sy  ouvertement  estre  hors  du  sens,  tu  parles  plus  froide- 
ment contre  Dieu,  et  plus  luy  fais  d'injure.  Tu  dis  qu'il  n'y  a 
mitre  que  Dieu,  à  l'instigation  duquel  tu  soys  venu  à  Metz  :  et 
ce  pour  un  zèle  que  tu  as  eu  de  maintenir  la  Foy  et  l'iionrmir  de 
V Eglise  catholique.  Il  set^oitjà  temps  de  laisser  telles  moqueries 
et  de  soy  jouer  ainsi  de  Dieu  :  devant  lequel  je  ])renz  ta  proi)re 
conscience  en  tesmoing,  que  tu  sçais  autrement  que  tu  ne  dis,  et 
Dieu  le  manifestera  à  tous  :  et  en  rendras  gorge,  de  ce  que,  par 
perverse  instigation  et  mené  de  toute  maudicte  aiïection,  tu  es 
venu  contre  Dieu  à  Metz,  pour  faire  (comme  nostre  Seigneur  a 
dict  à  tes  patriarches)  les  œuvres  de  ton  père,  qui  est  menteur, 
en  la  ruyne  de  la  vraye  Église  de  Jésus  :  et  tu  oses  dire  que 
Dieu  t'a  incité  pour  empescher  la  saincte  doctrine  que  je  porte V 
Combien  de  fois  as-tu  confessé  que  la  doctrine  que  je  porte  est 
bonne  et  saincte,  mais  qu'elle  n'estait  ternie?  Tu  sçais  et  congnois 
que  je  chemine  et  vay  en  la  charge  que  Dieu  m'a  donnée  et 
commise,  en  telle  sorte  et  de  telle  affection,  que  j'aymeroye  trop 
mieux  mourir,  voyre  de  mille  mortz,  que  de  ])roposer  au  peuple 
rachetté  du  sang  i)récieux  de  Jésus,  chose  qui  ne  fût  de  Dieu  l't 
contenue  es  sainctes  Escritures,  lesquelles,  comme  dit  le  sainct 
Apostre,  sont  utiles  pour  enseigner,  coii'iger,  (>tc.  Et  bien  [tu] 
2)eus  avoir  souvenance  des  prières  et  des  imxwécations  faictes  à 
la  dispuiation  de  Genève'^  :  où  toy  parlant,  comme  celuy  qui  as 
esté  tousjours  an  grand  glorieux,  là  ott  l'on  te  recommandait 
l'honneur  de  Dieu  et  le  salut  des  âmes,  tu  disoys  :  «  Je  veux 
qu'on  sache  qu'on  a  parlé  à  un  homme  savant  :  »  ayant  plus  d'af- 
fection de  te  monstrer,  que  d'édifier  les  âmes,  pour  lesquelles 
Jésus,  non  seulement  a  esté  tenu  pour  fol,  mais  est  mort  d'une 
très  griefve,  très  hontcnise  et  très  amère  mort  :  où  tu  as  là 

s  Elle  eut  lieu  (lu  30  mai  au  24  juin  1535.  Voyez  uotro  t.  III,  p.  294. 
295.  —  Tliéoi)hilc  Dufour.  Vu  ojjuscule  inédit  de  Farci.  Lo  résumé  d<>s 
Actes  de  la  Dispute  de  Riv(>.  Genève,  1885  (Mémoires  et  Doc,  publiés  i)ar 
la  Soc.  d'Hist.  de  Genève,  t.  XXII j. 


1343  GUILLAUME  FARKL  A  PIERRE  (AHULl,  A  METZ.  423 

monstre  ce  à  quoy  tu  os  à  la  tiii  devenu.  Cm- avoir  tout  approuvé , 
comme  chose  de  Dieu  bonne  et  saincte,  2)onr  plaire  aux  Clia- 
noynes,  et  pour  ce  qu'on  t'en  envojjoif^  (tu  s(;ais  que  je  diz).  de 
tout  ton  povoir,  voij7'ejusques  à  faire  du  fol,  tu  as  bataillé  ouver- 
tement et  en  amertume  contre  ce  que  desjà  tu  avoys  congneu  estre 
vrai/.  Réduys  un  peu  en  mémoyre  les  choses,  et  me  7-eprens  de 
mensonge,  si  tu  peus.  Or  maintenant,  ce  que  tu  as  confessé,  comme 
il  est,  estre  vray,  comme  iin  roseau  ployant  à  tous  vens,  tu  dis 
estre  faux. 

Le  Seigneur  Dieu  et  Père  ([ui  m'a  envoyé  pour  ])resclier 
Jésus-Christ  son  seul  Filz,  vray  Dieu  éternel,  éternellement 
engendré  du  Père,  et  vray  homme,  conceu  du  sainct  Esprit  et 
nay  de  la  vierge  Marie,  et  qui  m'a  assisté  par  le  sainct  Es])rit. 
vray  Dieu  avec  le  Père  et  le  Filz,  desqu(>lz  il  j)rocède  éternel- 
lement, face  par  sa  saincte  grâce,  que  par  ses  bonnes  créatures 
et  par  les  moyens  qu'il  a  donnez,  tu  soys  conti-einct  de  rendre 
raison  de  ce  que  tant  meschamment  tu  dis  :  et  que  tes  iniquitez 
et  faulsetez,  et  horribles  blas]}hèmes  de  tous  soyent  congneues 
estre  telles  comme  elles  sont  :  et  que  tous  s'en  gardent,  et  que 
tu  apprennes  de  plus  ne  blasphémer.  Mais  convaincu,  au  lieu 
où  tu  as  osé  si  povrement  condamner  ce  que  toy  et  tous  doyvent 
ténlPpour  sainct  et  de  Dieu,  et  tel  le  maintenir  jusques  à  la 
mort,  et  [où  tuj  as  approuvé  ce  que  tous  doyvent  répi'ouver  ot 
condamner,  et  plustost  mourir  qu'y  consentir,  —  tu  donnes 
gloire  à  Dieu,  confessant  ta  faute,  en  l'édification  de  tous!  Ou 
s'il  ne  hiy  i)laît  ainsi,  (ju'il  veuille  tyrer  la  cause  à  soy,  comme 
celuy  qui  de  tel  crime  faict  et  commis  contre  celuy  (ju'il  a 
envoyé,  Jésus-Christ,  comme  il  a  dict  qu'il  en  faira  la  vengcanci'. 
Car  l'homme,  combien  ([u'il  soit  ordonné  icy  d(^  Dieu,  ne  pour- 
roit  faire  tel  Jugement  comme  il  a])partient,  ne  la  i)unition 
requise. 

S'il  est  ainsi  donc,  devant  Dieu,  nostre  sainct  Père,  devant  son 
siège  de  toute  équité,  je  me  proster)ie,  et  reqîder  Justice  contre 
toy  de  l'injure  et  oultrage  que  tu  fais  à  mon  sainct  ministère:  et 
si  luy  supplie,  qu'il  ayt  en  mémoire  tout  le  désir  et  l'affection 
qu'il  m'a  donnée,  et  de  laquelle  il  m'a  poulsé  pour  servir  au 

*  Pour  fucouragi'i-  (  aroli,  les  c-liaiioiiics  de  (icnèvc  lui  t'iivoyaiciit  ilii  vin 
(Cf.  Calv.  Epp.  et  Resp.  1575,  p.  59). 


424  GLILLAIME  FAREL  A  PIERRE  CAROLl,  A  METZ.  1343 

Royaume,  à  lliouiieiir  et  à  la  gloire  de  Jésus,  nosire  bon  Sati^ 
reur  :  en-tant  que  je  n'ay  autre  cliose  cerclié  ne  denuindé  qu'iceller 
et  le  bien  des  povres  âmes.  Que  toutes  les  parolles  que  j'ay  dictes 
en  son  lionneur  et  gloire,  nionstrant  la  povreté  et  la  misère  de 
riiomme,  mort  ])ar  péché,  et  qui  ne  peut  autre  chose  que  mal^ 
et  la  justice,  saincteté,  pureté,  innocence,  le  bien  et  salut  qui  est 
en  Jésus,  en  la  mort  et  passion  qu"il  a  endurée  pour  nous,  au 
sang  précieux  qu'il  a  cspandu  pour  nous,  en  la  rémission  et  pur- 
gation  de  noz  péchez  :  et  tout  ce  qu(>  j'ay  proposé  de  ce  bon 
Pasteur  Jésus,  souverain  Roy  et  souverain  Sacrificateur,  afin 
que  toutes  âmes  luy  facent  hommage  et  Tadorent,  en  se  mettant 
et  recourant  à  sa  protection  et  sauvegarde,  comme  souz  celuy 
qui  seul  ])eut  sauver  son  peuple  :  et  afin  qu'au  seul  sacrifice 
qu'il  a  faict  une  foys,  parfaict  et  consommé,  tous  s'arrestent  par 
vraye  et  vive  Foy,  croyans  que  ce  grand  et  souverain  Roy  et 
Sacrificateur  est  mort  pour  noz  péchez,  et  est  ressuscité  pour 
nostre  justification,  ne  cerchans  en  autre  salut,  bien,  ne  vie 
qu'au  seul  Sauveur  :  et  comme  j'ay  monstre  l'ottroy  et  présen- 
tation  de  ces  grans  biens  et  grâces,  qui  nous  sont  données  en 
Jésus  et  par  Jésus,  par  la  saincte  prédication  du  sainct  Évan- 
gile, et  le  droit  usage  de  la  Parolh^  et  des  sainctz  Sacremens, 
esquelz  nostre  Seigneur  par  sa  grâce  et  en  grande  vertu  ouvre 
es  siens,  qui  les  reçoivent  comme  il  appartient  :  et  singulière- 
ment o\\  la  saincte  Cène  de  Jésus,  en  laquelle  vrayement  il 
nourrist  noz  âmes  de  son  vray  et  propre  corps  et  sang,  qu'il  a 
exposé  à  la  mort  pour  nous  :  tout  ce  que  j'ay  dict  des  biens  et 
grâces  qu'avons  de  Jésus,  et  de  ce  qu'il  a  faict  pour  nous,  afin 
d'inciter  tous  à  servir,  aymer  et  honnorer  ce  bon  Sauveur,  et 
pour  l'amour  de  luy  travailler  au  bien  et  salut  du  prochain,  luy 
aydant  en  tout  et  par  tout,  comme  Dieu  nous  en  donne  la  grâce, 
nous  gardant  bien  de  l'induire  à  mal,  et  de  le  mesj)i'iser,  pour 
lequel  Jésus  est  mort  :  et  non  seulement  ce  que  j'ay  travaillé,  par 
la  grâce  du  Seigneur,  de  cueur  entier,  ne  demandant  autre  que 
son  lionneur  et  gloire  et  la  restauration  de  son  Église,  ne  m'es- 
pargnant  à  personne,  mais  comme  estant  attenu  et  redevable  à 
tous,  me  recongnoissant,  comme  en  souspirs  aujourd'huy  me 
recongnois,  serviteur  inutile,  regardant  ce  qui  reste  à  faire. 
ayant  grande  angoisse  en  mon  cueur  des  povres  brel)is  (jui  sont 
ainsi  esgarées  sans  j)asteur,  et  de  celles  (lui  confessent  Jésus,  qui 


lo43  (iLlLLAlMK  KAUKI.  A   l'IKHHK  CAKULI,  A  MVA'l..  425 

lie  clioiiiiiient  coinnio  il  faut,  —  que  tout  ce  vienne  devant  Dieu, 
rmij  et  juste  Juge.  Et  aussi  ce  que  j  aij  faict  envers  toij,  et  la 
diUge)ice  et  peine  qu  ai/  prinse  pour  tc^g,  pour  procurer  ton  hien 
et  salut,  dopuis  le  coiuiiiciiccinent  ([ue  t'ay  supplié,  au  Nom  du 
Seigneur  Jésus,  de  t'eiiii)lover  et  jiar  vie  et  ])ar  doetrinc  à  l'édi- 
ticatioii  de  tous,  à  cerchcr  ce  (|ui  est  de  Dieu,  et  au  vray  i-ciioii- 
eeiiient  de  toy  :  iiiesiii(>s  tout  ci'  ([uCu  iiarticulicr  en  prières  k 
nostre  Seigneur  pour  toy.  rt  avec  toy.  et  i)ar  autres,  en  tous 
inoyens  j'ay  travaillé  à  ton  bien  et  salut,  ne  dcniandant  autre 
chose  que  ton  amendement,  et  (pie  tu  sei'visses  grandement  à 
riioimeur  et  gloire  de  Dieu,  —  tout  vienne  en  mémoire  devant 
la  Majesté  très  haidte  de  Dieu  nostre  Père.  Et  semhlahlement 
tout  ce  que  tu  as  faict  et  dict,  depuis  que  tu  as  coinnKMicé  pour 
happer  quelcjne  cross(^  ou  mitre,  voyant  que  par  le  moyen  de 
l)arler  de  l'Évangile,  il  y  avoit  quelque  entrée  :  tout  ton  orgueil, 
toute  ton  ambition,  toutes  tes  brigues,  toutes  tes  noyses,  tous 
tes  (esclandres,  paillardises  faictes,  et  non  faictes,  desquelles  tu 
fes  vanté  (car  ne  croy  que  Dieu  ayt  tant  délaissé  les  i)erson- 
nages  de  qui  tu  as  j^arlé,  d'estre  telz  comme  tu  l(^s  as  dict  (stre), 
tout  le  sang  qui  a  esté  jiar  ton  iniquité  espandu,  tout  ce  que  tu 
as  faiet-en  France,  et  de])uis  es  Églises  de  par-dec;à,  tous  les 
crimes  que  tu  as  tasché  d'imposer  aux  serviteurs  de  Dieu,  totit 
ce  que  tu  as  dict  et  faict  es  Églises  réformées  chrestiennement, 
pour  ton  honneur  et  ta  gloire,  cercJiant  à  proposer  choses  nou- 
velles :  toutes  tes  inventions  et  machinations,  pour  rugner  le 
sainct  édifice  que  Jésus  avoit  faict  par  ses  serviteurs  :  les'hlas- 
plièmes  et  juremens  que  tu  as  faictz  de  rugner  les  Eglises,  en, 
sautant  comme  un  enragé,  viennent  devant  Dieu  le  grand  Juge, 
et  rien  de  tout  ce  que  tu  as  faict  et  dict  depuis  que  tu  es  entré  aux 
Eglises  où  l'Évangile  est  prescJié,  ne  soit  en  ouhlg  devant  Dieu. 
Mais  toutes  les  injures  et  tous  les  outrag(^s  que  tu  as  dictz  et 
faictz  contre  les  Églises  de  iiostn»  Seigiunir.  et  contre  la  pure 
doctrine  de  l'Évangile,  contre  les  saiiictes  ordoiinanc(N  de 
Jésus,  et  singuli<'rement  ce  que  tu  n"as  esté  scnilement  infidèle, 
renonceant  la  Foy  sy  misérablement  :  mais  as  encore  délaissé  le 
soing  et  cure  des  tiens,  et  as  condamné  1(>  sainct  mariage,  duquel, 
!)Ovre  misérable,  tu  n'estoys  digne  :  et  as  esté  sy  cruel  et  sy 
inhumain,  sy  infect,  sy  exécrabl(\  que  tuas  mieux  ayiiié  iTJetter 
ta  povre  femnu^  Laquelle,  pensant  avoir  prins  un  serviteur  de 


A26  GlILLAmiE  FAREL  A  PIERRE  CAROLI,  A  METZ.  1543 

Dieu,  qui  houuorast  le  sainct  mariage,  et  ainsi  estre  femme  d'ice- 
luy  qui  doit  avoir  sa  maison  en  grande  honnesteté,  comme  tu 
le  sçais  bien  :  et  avoir  eu  lignée  d'icelle,  a  esté  sy  nieschamment 
par  toy  abusée.  Car  par  deux  fois  tu  as  confessé,  qu'elle  ne 
povoit  estre  ta  femme  :  et  par-ainsi  dis  et  veus  qu'on  tienne  que 
tes  enfans  ne  sont  légitimes,  et  que  ta  femme  est  une  ril)aude. 
0  cruel  putier.  Si  tu  vouloys  ])ail]arder  et  estre  tenu  tel,  que  ne 
to  tenoys-tu  aux  l)ourdeaux  du  PapeV  Et  puis  que  tu  avoys 
commencé  ainsi  en  iceux.  que  n"as-tu  eu  honte  de  t'en  vanter V 
Poiirquoy  ne  t'es-tu  tenu  en  tel  estât,  sans  venir  à  l'honnesteté 
du  sainct  mariage,  pour  le  délaisser  et  puis  l'appeller  une  pail- 
lardise? Si  tu  eusses  paillarde  là  où  tu  as  esté  marié,  on  ne  l'eust 
souffert  :  mais  toy  et  la  paillarde  eussiez  entré  en  prison.  Te 
faut-il  ainsi  abuser  souz  l'ombre  du  mariage  les  povres  filles, 
toy  ancien  docteur,  et  ayant  l'office  de  Pasteur? 

Le  vray  et  juste  Juge  ayt  esgard  à  la  liayiie  que  tu  as  pour 
V amitié  que  on  t'a  portée  :  au  tuai  que  tu  as  tasché  de  faire  et 
tascJies  de  présent,  au  lieu  du  bien  qu'on  a  tasché  de  te  faire,  et 
qu'on  voudroit  de  j^résent  qui  t'advinst,  en  Vlionneiir  de  Dieu  et 
édification  de  l'Église.  Et  si  tu  ne  désistes  de  blasphémer  les 
droitz  chemins  de  nostre  Seigneur,  et  ce  qu'il  fait  par  les  siens, 
et  ne  cesses  d'empescher  la  saincte  prédication,  et  de  retirer  ceux 
que  tu  abuses,  en  confessant  ta  faute,  comme  tu  doys  :  le  Sei- 
gneur très  haut,  très  juste  et  très  puissant,  qui  voit,  sçait  et 
congnoit  tout,  juge  son  juste  Jugement  :  me  rendant  selon  ma 
justice,  innocence,  droiture  et  la  rondeur  de  mon  cueur,  et  selon 
que  j'ay  marché  en  son  œuvre  et  ce  que  j'ay  demandé  et  désiré  : 
et  à  toy  selon  ton  injustice,  iniquité,  perversité  et  mauvaistié  de 
ton  cueur,  comme  tu  as  besoigné  et  es  allé  es  choses  de  Dieu,  et 
selon  tes  misérables  machinations  et  affections  décevables  :  telle- 
ment que  tout  soit  amené  on  Jugement,  et  que  de  tout  tu  sentes 
jugement  et  la  droicte  Main  de  Dieu.  Et  moy  et  tous  fidèles, 
sentions  l'ayde  et  consolation  de  nostre  bon  Père  et  protecteur, 
et  l'œuvre  de  sa  main.  ])our  l'exaltation  du  Royaume  de  Jésus. 
Auquel  ayans  nostre  tiance,  et  par  luy  invoquans  le  Père,  et 
requérans  mercy  et  ])ardon,  asseurez  de  sa  grâce  et  du  désir  et 
affection  qu'il  nous  donne  de  vouloir  le  bien  et  de  hayr  le  mal, 
de  nous  exposer  pour  l'Évangile  :  osons  par  la  grâce  de  Jésus  et 
ce  qu'il  fait  en  nous,  appeller  le  Jugement  du  Père  entre  nous 


1343  (iUILLAUMK  FAREL  A  l'IKURE  CARoi.l.  A  METZ.  427 

et  noz  adversaires,  (jui  eontre  leur  conscience  l)ataiil('nt  rt 
viennent  contre  nous,  ])our  destruyre  ce  (jue  Dieu  a  donné  es 
siens  et  qu'il  fait  en  icenx.  ^ 

Pense  à  cecy,  mon  a»)//  CaroJi  :  jr  ne  veiix  fa  perditioi/ .  nninnr 
estant  ta  perdition,  ne  regardant  autre  que  toy.  Car  je  \\vr\\/. 
Dieu  à  t(^snioing\  (jue  si  je  n'avoyc^  autri^  esgard  (ju'à  ta  personne, 
de  l)on  cuenr  donneroye  de  mon  sang  pour  toy,  et,  comme  desjà 
ay  prié,  j(>  i)rieroyo  pour  ta  conservation.  M((is  je  désire  que  ht 
doctrine  de  nostre  Seigneur  ne  soit  hiasmée  :  ce  que  tu  f(ûs,  et 
non  par  ignorance.  Je  ne  veux  que  le  povre  peuple  soit  séduict , 
lequel  (comme  font  les  questains ',  saclians  l)ien  (pfilz  mentent, 
parlans  de  leurs  reliques,  foin  et  os)  tu  repais  de  mensonges,  \re\ 
qui  nie  contreint  de  demander  à  Dieu  qu'il  ne  souffre  telles 
injures  estrefaictes  à  son  sainct  Nom,  et  telle  povreté  estre  com- 
mise contre  sa  saincte  vérité.  Et  suis  certain  qne  Dieu  m'ougra. 
et  que,  si  tu  ne  te  retournes,  en  hiief  sentiras  la  Main  de  Dieu. 
Et  au  lieu  de  dire  :  «  Dieu  m'a  conduict  à  Metz,  »  tu  maudiras 
ceux  qui  jamais  te  parlèrent  cVg  venir  :  et  diras  ({ue  le  diable  t"y 
a  bien  amené,  et  que  ])ar  luy  tu  y  es  venu  :  et  ceux  (pii  s'esjouys- 
sent  en  toy,  ilz  maudiront  l'heure  que  jamais  on  i)ar]a  de  toy. 
et  qu(^  jamais  ilz  te  veirent  et  te  laissèrent  parler.  Povre  misé- 
rable personne,  faut-il  que  ton  cuenr  soit  ainsi  endurcy  contre 
ton  Di(>u,  contre  ton  Seigneur,  ton  Sauveur,  contre  ton  salut, 
pour  gaster  et  p(n'vertir  tout?  Ta  liayne  te  transporte-elle  telle- 
ment, que  tu  ne  regardes  à  autre  chose  qu'empescher  ceux  à  (pii 
tu  portes  hayne? 

S'il  est  vrag,  comme  j'ag  entendu,  tu  as  presché  que  je  su//s  h- 
plus  gr< oui  lu'rétique  qui  fust  juinais.  Pleust  au  Seigneur  Jésus 
queje'X)eusse  si  vragement  dire  de  iog,  que  tu  es  le  plus  fidèle  et 
meilleur  serviteur  de  Dieu  qui  fut  onc,  ])onr-veu  qu(^  les  autres 
n'eussent  rien  moins  de  fidélité  et  dons  de  Dieu  qn'ilz  ont  : 
comme  faulsement  tu  dis  de  moy  (pi(\je  suis  le  j)ire.  Prens-tu  sy 
grand  i)laisir  à  mentir  y  Quand  tog  et  autres  seriez  mes  plus 
grans  ennemis,  je  ne  vondroge  pourtant  dire  <(utrement  qu'il  ne 
va.  De  dire  que  tog  ng  les  Papistes  parlez  mal  de  la  Trinité,  ne 
de  la  vraye  union,  qui  e.st  entre  les  deux  natures  divine  et  humaine 
en  Jésus-Christ,  vrag  Dieu  et  vrag  homme,  je  ne  le  voudroge 

^  Quêteurs  ou  inoiiics  mcncliants. 


428  GLILLALME  FAREL  A  PIERRE  CAROLl,  A  METZ.  1543 

(lire  :  ny  aussi  d'aucune  chose  qui  soit  dicte  et  tenue  selon  la 
vérité.  Mais  en  ce  que  vous  magnifiez  le  Pape  et  ses  ordonnances, 
en-tant  qu'il  usurpe  et  s'eslève  contre  Dieu,  et  qu'il  annéantit 
l'efficace  du  sang  de  Jésus,  et  le  mérite  et  vertu  de  sa  mort  et  pas- 
sion, faisant  cerclier  le  salut  en  autre  qu'en  Jésus  :  là  ay-je  et 
chascun  fidèle  avons  occasion  de  parler  contre  hiy  et  tous  ceux 
qui  en  ce  V apx>roiwent  et  le  veident  maintenir  :  afin  que  les  çhnes 
retournent  toutes  à  leur  Sauveur  et  délaissent  la  pierverse  doc- 
trine d'un  tel  adversaire  de  Jésus,  qui,  par  feinctes paroUes,  fait 
marcJiandise  des  âmes.  Et  ne  voudroye  rien  reprendre  au  Pape, 
que  ce  qui  est  tout  ouvertement  contre  la  saincte  Escriture  :  et 
suis  fort  marry  do  trouver  taut  de  mal  en  luy  et  en  sa  doctrine, 
sans  que  je  le  cerche.  Et  Dieu  ne  me  laisse  tant  vivre,  de  dire 
contre  la  vérité,  contre  mon  j)rocliain,  ny  autrement  que  j'en 
sens  en  mon  cueur.  Et  toy,  tu  as  sy  grosse  hayne  et  tant  d'affec- 
tion de  vengeance,  que  tu  fais  violence  à  toy-mesmes,  pour  parler 
contre  ce  que  tu  sçais  et  cognois,  et  tous  les  dons  et  grâces  que 
Dieu  t"a  données  pour  servir  à  son  honneur  et  gloire,  au  bien  et 
|)rotit  de  ton  prochain  (qui  te  viendroit  à  gros  bien  et  profit), 
])0vre  créature,  tu  les  convertis  à  servir  à  tes  affections  contre 
Dieu  et  ton  prochain. 

Si  tu  ne  t'addressois  encores  que  contre  un  poiir  scdisfaire  à  ta 
cliolère  et  rage,  la  clwse  ne  seroit  sy  griève  :  mais,  sachunt  bien 
que  tu  ne  dis  vray,  ta  condamnes  tous  ceux  qui  preschent  et 
enseignent  es  terres  de  Messieurs  les  Protestans  :  disant  que  leur 
doctrine  est  faulse,  hérétique  et  scJiismcdique.  Mais  tu  as  ton 
excuse  preste,  de  la([uelle  tu  as  usé  autresfois,  si  tu  dois  venir  et 
retourner  à  ceux  qu(^  tu  l)lasmes  :  que,  pour prescherV Evangile, 
il  fa  fallu  ainsi  dire,  autrement  tu  n'eusses  eu  lieu  :  et  as  à.  qui 
plaist  ta  raison,  c'est  de  ruyner  Jésus  pour  le  confesser.  L'œuvre 
de  Dieu  ne  veut  estre  ainsi  démenée.  Si  en  autre  chose  le  cueur 
double  est  vitupéré,  trop  plus  es  choses  de  Dieu.  Vérité  ne  sera 
semée  ne  plantée  par  mensonges.  W  rondement  en  besoigne,  et 
ne  blasme  ceux  que  ta  conscience  juge  dignes  de  louenge  selon 
Dieu,  ([ui  domandent  le  ])ur  cours  de  la  Parollc  de  Dieu,  la 
droite  administration  des  sainctz  SacrcnuMis.  (^t  tout  ce  que 
nostre  Seigneur  Jésus  a  ordonné  avoir  lieu  en  son  Église  :  ce 
que  tu  sc-ais  bien  es  Églises  qui  sont  souz  la  tyrannie  du  Pape, 
n'avoir  lieu.  Tu  es  un  fort  nouveau  messager  de  Dieu,  qui  t'ar- 


to43  GLILLALMK  FAKKL  A  l'IKUHE  CAHOLI,  A  MKiZ.  429 

restes  aux  personnes  et  aux  li(>ux.  lYe  sçais-tu  point  (voire  tu  le 
scdis  hicii)  que  tout  ainsi  qu'il  est  commandé  de lïrescher  V Evan- 
(jilp  à  toute  créature,  (fussi  le  droit  lyeut,  que  j^ur  tout  on.  rende 
raison  de  ce  qu'on  a  presché.  Qui  des  Prophètes  a  refusé  de  main- 
tenir ce  qu'il  avoit  dict,  au  lieu  mesme  où  il  Taroit  dictf  Et  Jésus 
et  ses  Apostres  en  ont-ïlz  moins  faict/  La  vérité  n  est-elle  point 
forte  assez,  pour  se  maintenir  et  pour  destruyre  menterie  en  tous 
lieux  f  Bien  te  monstres  avoir  mauvaise  cause,  de  ne  la  vouloiv 
maintenir  là  où  tu  l'as  commencée  :  demandant  autre  lieu  (juc 
celuy  auquel  tu  as  parlé.  Quand  il  y  a  différent  es  autres  causes, 
il  faut  bien  souvent  all<>r  sus  le  lien,  et  les  (>nquestes  plus  se 
font  sur  le  lieu,  et  tu  le  fuysV  oi  as  tes  préjudices,  que  tu 
ameines  de  la  doctrine  de  FÉgliseV  Si  tu  cntcns  i)ar  ceste  doc- 
trine enfermer  ceux  qui  disent  la  vérité,  et  ne  parln-  à  eux  (pi'à 
grosses  injures  et  menaces,  pour  faire  rcnycr  tout  ce  ({u'on 
croyt,  en  soy  retournant  à  TAntechrist  et  à  sa  doctrine  :  et  si  on 
ne  le  fait,  et  qu"on  sonne  mot,  de  faire  coupjx^r  la  langue  :  et 
aliu  que  ne  de  langue  ne  de  rien  on  ne  puisse  plus  parli'r  contre 
l'iniquité  ])apale,  pour  ce  faire  que  on  soit  bruslé  :  je  confesse 
que  tu  as  raison,  entendant  de  telle  Église,  et  de  sa  doctrine  et 
practique.  Mais  si  tu  entens  de  TÉglise  de  Jésus,  tu  parles  très 
mescliamment  :  et  fais  les  vrays  Pasteurs  et  fidèles  fort  contraires 
à  Jésus  et  aux  siens,  qu'ilz  ne  puissent,  là  où  ilz  sont  et  presclient, 
maintenir  leur  doctrine  et  confondre  ceux  qui  disent  du  con- 
traire. 

Mais  je  te  demande  en  bonne  amitié,  Caroly,  nostre  bon  Père, 
le  Dieu  de  paix  et  d'union,  ayant  pitié  du  povre  peuple  de  Metz, 
qui,  la  plus  part,  désire  de  suyvre  la  vérité  de  nostre  Seiyneur, 
ne  peut-il  pas  faire  que  par  son  S.  Esprit,  nous  soyons  touchez 
pour  convenir  et  estre  d'un  bon  accord,  pour  inciter  le  peu 2)1  e  à 
bonne  paix  et  union,  et  à  tenir  ce  que  le  S.  EsjJrit  demande  estre 
tenu  en  son  Église?  Et  cecy  ne  le  veus-tupas?  et  ne  le  demandes- 
tu  jKisfDc  moy.  Dieu  nie  frajjix^  souhdainement.  si  je  demande 
autre  chose  fors  (lue  bonne  paix  et  union  en  la  vraye  et  pure 
Foy  et  doctrine  de  nostre  8(»igneur  Jésus  :  qu(>  la  ville  do  Metz 
soit  conduicte,  gouvernc'v  et  r('>gie  ])ar  le  8.  Esprit.  Et  i)Our  ce 
voudroye  estre  de  très  grand  accord  et  avec  toy  et  avec  tous  : 
et  que  tout  le  monde  s'(Mni)loyast,  et  qu(\ie  le  deuss(>  achi^tter  d<' 
ma  })roi)re  vie,  car  elle  seroit  bien  employée  pour  un  si  bon 


430  GUILLAUME  FAREL  A  PIERRE  CAROLI,  A  METZ.  1543 

attaire.  Et  de  ce  je  sui)i)lie  nostre  Seigneur  qu'il  ayt  pitié  de 
ceste  ville,  et  la  mette  en  ])aix  vrayement  chrestienne,  et  au 
flroit  chemin.  Si  cela  se  fait  à  Metz,  2)ar  la  grâce  de  Dien,ixir 
itostre  colloque,  que  pens-tu  demande^'  chose  plus  saincte  et  phis 
hrievef  Si  nous  ne  povons  accorder,  ce  que  Dieu  ne  permette,  il 
ne  peut  estre,  combien  que  nous  ne  soyons  d'accord,  que  ce  qui 
est  de  vérité,  ne  surmonte  mensonge  :  car  la  verge  de  Moyse  se 
trouvera  tousjours  plus  vertueuse  que  celle  des  enchanteurs  :  la 
])arolle  de  Dieu  est  troj)  plus  forte  que  celle  des  hommes.  Mais 
tu  y  vas  en  mauvaise  conscience.  Et  si  tu  ne  fais  autrement, 
bien  le  sentiras  et  en  brief. 

Qucint  à  nioy,  mon  Dieu  et  ma  propre  conscience  m'est  à  tes- 
moing,  que  je  ne  me  soucie  d'autre  chose,  fors  que  Dieu  soit 
hoiinoré,  que  la  vérité  ayt  lieu,  et  que  de  tous  soit  receue,  et  que 
tous  soient  édifiez  :  car  le  sang  de  Jésus  qu'il  a  espandu  ))Our 
les  pécheurs,  m'est  fort  i)récieux.  Pourtant  je  désire  qu"il  soit 
cogneu  :  et  qu'on  entende  la  rémission  des  péchez  en  icehiy, 
])0ur  vivre  sainctement.  Je  ne  me  soucie  ny  de  vaincre  ny  d' estre 
vaincu  :  mais  seulement  que  la  vérité  ait  la  victoire.  Car  je  suis 
tout  certain,  que  je  ne  pays  avoir  victoire  sy  excellente,  que  celle 
oh  la  vérité  est  cogneue  et  receue,  et  le  mensonge  descouveii  et 
chassé  :  c'est  quand  Jésus  est  congneu  et  receu,  et  le  Diable  avec 
ses  tromperies  est  descouvert  et  chassé. 

Ne  te  veus-tu point  empÀoyer  à  cela  au  Nom  de  Jésus?  aymes- 
tu  mieux  servir  au  diable,  en,  maintenant  ses  tromperies,  qu'à 
Jésus  et  à  sa  vérité?  Je  ne  parle  p)oint  à  un  ignorant.  Faut-il 
que  voyant  et  sachant  tu  te  perdes?  Quel  loyer  auras-tu  du 
diable?  Qu'en  attens-tu  à  la  fin  V  Tu  as  peur  de  ta  vieV  Qui  t'a 
nourry  jusques  à  préstmt?  Qui  a  envoyé  ce  de  quoy  tu  as  esté 
entretenu?  Si  cependant  que  tu  t'es  mal  porté,  la  très  grand»» 
bonté  de  Dieu  t'appellant  à  pénitence,  t'a  si  longuement  nourry. 
(|U(^  fera-elle,  quand  tu  te  retourneras,  en  te  portant  comme 
])on  serviteur  fidèle  et  loyal  à  ce  bon  Sauveur?  Si  tu prens  cou- 
rage, et  te  veus  employer  au  Nom  de  nostre  Seigneur  Jésus,  tu 
ne  seras  inutile.  J'ay  bien  souvenance  de  la  grâce  que  nostre 
Seigneur  te  donna  sur  le  premier  poinct  de  la  disputation  de 
Genève,  du  libéral  arbitre.  Etpleust  au  Seigneur  Jésus  que  tu 
eusses  pour suyvy  tousjours  à  magnifier  la  grâce  du  Seigneur  ! 
Prens  courage.  Jésus  nostre  bon  Sauveur  est  bon  et  miséricor- 


I.)i3  GUILLAUME  FAREL  A  J'IKKllE  CAKOLl.  A   METZ,  431 

dioiix.  Mets  ton  cuoiirà  luy  sorvir,  ot  laisse  cette  imtain  Romaine. 
Et  au  Nom  de  nostre  Seif^neiir  Jésus,  qu'on  travaillr.  non  i)oiiit 
à  nous  ronger  et  manger  les  uns  les  autres,  eai'  cela  est  afaire  à 
diables.  Jésus  n'a  faiet  ainsi.  Il  a  monsti-é  les  fautes  :  mais  ce  n'a 
(^sté  seulement  pour  confondre  les  pécheurs,  ains  pour  les  humi- 
lier et  attirer  à  soy.  Lo  diable  et  les  siens  ne  touchent  les  ])échez, 
ne  rien  qui  soit,  foi-s  (lue  j)our  augmenter  le  mal  et  le  péché,  et 
l)Oui'  tinn-  à  ])erdition.  Laissons  ce  niescliant  diable,  et  tout  ce 
(jui  est  de  luy,  et  suyvons  Jésus  et  tout  ce  qu'il  commande  :  et, 
ayans  nostre  fiance  et  espérance  en  luy,  demandons  son  ayde. 
si  tn  motistres  que  j'ayc  mal  oiiseifjiié  et  mésusé  et  mespris  en 
l'Église  de  nostre  Seigneur  Jésus,  iien-ioij  pour  certuin,  que  tu 
ne  feis  jamais  renion.strance  à  homme  qui  t'en  sceust  meilleur 
gré,  et  qui  soit  j^Iks  prest  à  crier  mercy  à  Dieu  et  à  son  Eglise. 
T)ieu  ne  permette  jamais  que  je  vienne  à  C(ste  i)0vreté,  que  je 
veuille  défendre  mes  ])échez,  et  les  maintenir  comme  chose 
bonne  :  et  que  je  m'aymi^  tant,  que  j'ayme  mieux  maintenir 
faulseté  et  mensonge,  que  de  confesser  vérité  et  Justice  :  et  i)lus- 
tost  il  m'oste  la  langue  et  tout  ce  qu'il  m'a  donné,  avant  que,  sa- 
chant et  congnoissant,  je  f'ac(>  rien  servir  contre  son  honneui*  et 
gloire,  au  détriment  de  mon  i)rochain.  Advise-y  de  ta  part,  et 
regarde  que  TÉglise  où  tu  es  soit  édifiée  en  nostre  Seigneur.  Si 
tu  veus  faire  le  pareil,  et  ainsi  qneje  te  propose,  ne  regardant 
point  ce  que  tu  pou^Tois  dire  ng  amener,  mais  ce  qui  est  en  édi- 
fication et  salut  des  povres  âmes,  ne  mettant  nostre  colloque  en, 
autre  part  [car  il  n' g  auroit  point  de  propos),  en  faisant  tout 
avec  la  saincte  crainte  de  Dieu,  quel  fruit  sera-ce  f¥i\nt-i\  donner 
la  médecine  et  la  mettre  sur  la  main,  (juand  le  pied  est  blessé? 
Tu  srcds  comment,  et  jta/-  tog  et  par  mog,  ce  peuple  de  Metz 
est  tiré  d'un  costé  et  d'autre  :  et  g  a  de  grandes  amertumes, 
liagnes  et  détractions.  Tu  m'((s  prescJu'  liautement,  et  de  ton 
povoir  as  cdlumé  le  feu.  De  tog  je  n'ag  o ne  parlé  :  cwr,  sur  tout, 
j'ug  travaillé  que  Jésus  fust  cogneu  en  ostant  ce  qui  empesclioit 
la  cognoissance  d'icelug.  Tu  s(;ais  à  quelle  conscience  tu  t'es  ainsi 
eslevé.  Si  maintenant  avec  l'invocation  du  Nom  de  I)i(nL  en 
demandant  Tayde  et  l'assistance  du  S.  Esprit,  poni-  le  bien  et 
salut  des  errans,  ])Our  l'édification  de  l'Eglise,  avec  grandes 
exhortations  faictes  à  tous,  que  tous  prient  (lue  nostre  Seign<nir, 
autheur  de  toute  vérité,  destruise  toute  chose  faulse  et  menson- 


432  GUILLAUME  FAREL  A  PIERRE  CAROLI,  A  METZ.  1343 

gère,  et  révèle  sa  lumière  et  la  clarté  de  vérité  à  tous,  nous 
procédons  en  toute  douceur  et  charité,  non  comme  estrivans  et 
voulans  confondre  et  perdre  Tun  Tautre,  et  avoir  le  bruyt, 
comme  on  lait  à  Sorbone  et  es  escholes,  non  point  pour  un 
exercice,  pour  monsti'er  son  savoir  et  entendement,  mais  d'une 
saincte  affection  à  la  pure  et  saincte  vérité  de  nostre  Seigneur, 
au  salut  des  âmes  racliettées  du  sang  précieux  de  Jésus,  nous 
conférons  amiablement,  oyans  patiemment  l'un  l'autre,  et  res- 
pondans  en  toute  bénignité,  sans  soy  esgarer  ne  jetter  hors  de 
l)ropos,  comme  la  chose  grandement  le  requiert  ^  Car  si  en  une 
maladie  grandement  dangereuse,  où  le  jjatient  est  en  danger  de 
mort,  celuy  entre  les  médecins  est  grandement  cruel  et  vray 
meurtrier,  qui  au  lieu  de  mettre  en  avant  (ce  qu'il  cognoit  estre 
utile  au  patient  )  des  bonnes  créatures  de  Dieu,  pour  le  soulager  : 
ou  au  lieu  d"ai)]jrouver  ce  qu'un  autre  a  bien  dict,  pour  se  mons- 
trer  et  ])our  fascher  et  résister  aux  autres,  il  ameine  tout  le 
contraire,  sans  avoir  esgard  au  i)atient  :  combien  plus  en  Taf- 
faire  des  âmes  et  de  l'Église  la'  chose  est  trop  plus  que  meur- 
trière, et  pire  qu'on  ne  sauroit  dire?  Y  a-il  menaces  ne  malédic- 
tions telles  par  toute  FEscriture,  que  contre  telz  ix^rsonnagesV 
Dieu  a-il  in'ins  vengeance  i)lus  griève  que  de  telzV 

Par-ainsi,  avec  Vayde  de  Dieu,  conférons  ensemble  d'une 
grande  affection  à  nosire  procliain,  d'un  clirestien.  désir  d'ayder 
ù  l'Eglise  et  de  "proffiter  à  faits  :  et  avec  grande  crainte  et  révé- 
rence du  sainct  Nom  de  Dieu,  devant  lequel  nous  parlons,  qui 
est  Juge,  aymant  vérité,  droiture  et  rondeur,  et  hayt  mensonge, 
iniquité  et  fard,  qui  rendra  à  chascun  selon  qu'il  aura  déservy: 
Que  ])ensons-nous  autre  chose  advenir,  qu'une  grande  bénédic- 
tion et  vertu  très  évidente  de  Dieu  sur  nous  et  tousV  Et  l'amitié 
de  laquelle  nous  commencerons,  combien,  en  ])rocédant  comme 
enfans  de  Dieu,  croistra  et  sera  iJarfaicteV  Et  l'Église  et  tous, 
voyans  qu'on  ne  demande  que  la  vérité,  et  que  tous  soyent  édi- 
fiez en  icelle,  comment  sera-elle  édifiée?  et  tous  oyans,  combien 
seront  consolez  ?  Pourray-je  impétrer  ?  Mais  Jésus,  et  son 
Eglise,  fera-il  de  toy  un  tel  faict  héroique  en  ceste  Église,  que 
rien  ne  soit  demandé  que  llwnneur  de  Dieu  f  0  quelles  richesses/ 
quelles  joyes !  quelz  biens  nous  en  adviendrontf  0  si  je  povoye 

®  Farrl  a  oulilu'  de  tiiiir  sa  période. 


lol3  GUILLAUME  FAREL  A  l'IEHUE  CAHOLl,  A  METZ.  43.'ï 

estre  du  tout  aiiin'antij,  et  que  ntoif  Seif/neur  Jésus  fiist  du  tout 
es  cuenrs  de  tous  f  Osi  sa  saincte  Église  ici/  estait  édifiée,  et  que  je 
le  veisse,  qur  j'u i/meroye  trop  mieux  estre  non  seidemeut  à  lu 
porte,  i^our  estre  portiez',  mais  pour  estre  serviterir  des  sei'viteurs 
des  portiers!  J'aymeroyc  ti-op  iiiiciix  un  tel  estât,  (iiic  cFavoir 
tout  lo  luoiidc,  tous  les  Royaumes  et  Soigucurics,  en  estant 
privé  de  ceste  Congrégation,  YA  si  mon  Dieu,  de  sa  grâce,  me 
veut  plus  advancer,  comme  hélas!  tant  indigne  j'ay  estéadvancé, 
eX  tant  et  tant  chargé,  que  par  sa  grâce  il- m'assiste  et  me  con- 
duyse,  pour  me  porter  ainsi  connue  il  faut! 

0  Carolij,  au  Noui  de  nostre  Seigneur  Jésus,  qui  fa  tant  de 
fois  appelle  et  tant  attendu,  âges  pitié  de  tant  de  povres  âmes 
tant  chèrement   achettées.   Pense   à   ce   qu'il    te    faut   trouvcM- 
devant  Dieu  :  et  n'empesche  l'honneur  de  Dieu,  ny  sa  gloire,  ny 
le  salut  des  povres  âmes  :  mais  t'y  employés,  et  ne  te  cerche  point, 
ny  ton  honneur,  ny  ta  gloire,  ne  chose  qui  soit  autre  que  ce  qui 
est  à  Jésus.  Ne  prens  tant  de  courertures  de  rà  et  de  là  :  nuds 
simplement  et  purement  traicte,  et  ouvertement  avec  celug  qui 
désire  que  tout  serve  à  Dieu,  et  qui  veiit  projfiter  à  tous  :  et  que 
les  dons  donnez  par  le  bon  Dieu  luy  servent,  ne  désirant  mal  à 
personne  :  et  change  tes  affections,  soumets-toy  à  Jésus.  p]t 
ostant  abbatu  en  toy,  que  tu  trium])heras  grandement  en  Jésus! 
Marche  en  toute  rondeur  et  entièrement,  nefay  et  ne  dy  du  tout 
rien  contre  ta  conscience,  ne  ce  que  tu  congnois  estre  vrag.  Si  en 
requérant  mercg  à  Dieu  de  tes  fautes  passées,  tu  t' employés 
ainsi  à  l'édification  de  ceste  Église,  comme  très  clcnrement  tu 
congnois  estre  nécessaire,  et  n'ewpesches  rien  qui  lug  soit  utile  et 
en  son  édifimtion,  mens  tant  que  Dieu  t'a  donné,  tu  fy  emploges, 
le  Seigneur  tant  héning,  pitogable  et  miséricordieux  Père,  te 
reçoive  pour  son  cher  et  agmé  enfant,  n'agant  aucune  mémoire 
d'aucun  nud  que  jamais  ayt  esté  en  tog  :  et  face  que  tous  les 
siens  te  tiennent  icg  en  la  terre  comme  le  bon  Père  te  tient  au 
ciel  :  et  qu'en  son  Église  tu  ayes  tel  lieu,  que  tu  soys  de  jjIus 
grand  fruict  et  édification,  en  ])lus  ])ortant  d'honneur  à  TÉglise, 
que  tu  n'as  jamais  gasté.  ruyné  ne  dommage,  et  ])lus  (]ue  tu  n'as 
jamais  faict  de  déshonneur  :  tant  de  joye  et  de  consolation  en  soit 
à  tous,  qu'on  n'en  i)arle  (pfen  remerciant  et  louant  Dieu  des 
biens  et  grâces  qu(^  nostre  Seigneur  Jésus  t'aui-a  faictes!  ¥a  non 
seulement  à  ton  âme  et  en  ta  personne  Dieu  te  rempliss<>  de 
T.  Vin.  28 


434  PIERRE  VIRET  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  lo43 

toutes  bénédictions,  mais  aussi  les  tiens,  qui  en  nostre  Seigneur 
Jésus  s'esjoyssent  d'estre  avec  toy,  ta  povre  femme  et  tes 
enfans,  qu'ilz  vivent  en  toute  honnesteté  et  bénédiction  avec 
toy  :  que  tu  leur  soys  aux  enfans  vrayement  père,  les  voyant 
logez  honnestement  :  et  à  ta  femme  tu  soys  vray  Mary,  ayant 
encore  saincte  lignée  d'icelle,  qui  porte  ton  nom  en  mémoire  de 
la  grande  grâce  et  bénédiction  que  Dieu  t'a  faicte.  Prens  la 
saincte  bénédiction  de  Dieu,  et  fuys  la  malédiction.  Si  tu  t'ou- 
blies pour  Jésus,  et  n'as  esgard  à  toy  pour  luy  servir,  et  ne 
crains  vitupère  ne  chose  qui  soit  pour  l'iionneur  de  Jésus,  tu 
trouveras  que  Dieu  vrayement  aura  grosse  souvenance  de  toy, 
et  ne  t'oubliera  point,  mais  aura  esgard  à  toy,  et  t'assistera 
grandement  et  te  donnera  tant  de  bien  et  d'honneur,  non  point 
mondain  et  vain,  mais  célestiel  et  vray,  que  ton  cueur  sera 
estonné  de  merveilles  des  grâces  du  Seigneur  envers  toy.  Ce 
bon  et  miséricordieux  Père  face  que  nous  recevions  les  grans 
])iens  qu'il  présente! 

Tu  m'advertiras,  s'il  te  plaît,  si  tu  veus  prendre  ceste  conclu- 
sion en  l'honneur  de  Jésus  et  édification  de  ceste  Église.  De 
Strasbourg  ce.  25.  de  Juing.  1543  ^ 

Guillaume  Farel. 


1251 

PIERRE  VIRET  au  Gonseïl  de  Genève. 

De   Lausanne,  27  ou  28  juin   1543  \ 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Cal.  0pp.  XI,  570. 

Grâce  et  i)aix  par  Jésuchrist,  nostre  Seigneur! 
Suyvant  les  propos  qu'avez  entendu  des  afayres  de  Maitz  et 
de  Carolus  ^  nous  avons  exposé  la  chose  à  Messieurs  à  Berne, 

^  La  veille  de  ce  jour,  Myconius,  écrivant  à  Buccr,  qui  était  à  Cologne, 
parle  en  ces  termes  d'une  lettre  de  Farel  du  22  juin  :  «  S.  Expectavimus 
te  multis  jam  meiisibus,  sed  nusquam  apj)ares.  Sedarif  animum,  ol)  id  in- 
(j[nietioreni,...  Farellus,  qui  nudius  tertius  scripsit,  detineri  te  à  sycnphantis, 
quorum  calumniis  sit  subinde  rcspondendum.  »  (Lettre  datée  de  Bâlo.  Cf. 
Bindseil,  o.  c,  p.  173.) 


1343  PIERRE  VIRET  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  433 

ot  avons  esté  par  devant  oulx  ^  Mais  leur  advys  n'a  pas  esté  que 
j)oiii-  le  pi-és(>nt  je  i)assasse  plus  oultr(\  mais  ipie  je  revinse  à 
Lausanne''.  Touchant  nostre  frère  Calvin,  les  ministres  de  Berne 
ont  trouvé  bon  (jii'il  <ilhi  jusques  à-'Strausburg,  \)0\\v  voir  eu 
quel  estât  et  ordre  les  choses  estoient,  et  pour  consulter  de 
Tafayre  avec  Mess"  de  Straushurg.  \)0\\\'  ow  advertyr  M(>ss"  de 
Berne  et  moy  i)ar(Mllement,  i)Our  en  t'ayre  ce  que  sera  requis.  Il 
party  de  IJernc  saniedy'^  avec  la  honne  compai^nie  qui  estoit 
avec  luy,  et  se  jjortoit  bien  (juant  à  sa  personne.  11  vous  eu  |1. 
eûtj  (>scrii)t,  mais  il  ne  peult  avoir  le  loysir  ne  ropportunité. 
Parquoy  il  m(>  donna  la  charge  de  ce  fayre.  J'espère^  (jne  en  lirief 
aurons  tous  de  ses  nouvelles  plus  amplement,  et  de  Testât  de 
2Ieitz. 

Dempuys  que  suys  déi)arty  de  Berne,  passant  j)ar  Xeufchas- 
tel,y?Ly  veu  des  lètres  que  furent  rendues  dymenche  d(M*nier'' 
aux  frères,  de  la  j/art  de  nvdMvv Guilliaume' ,  avec  quelque  res- 
ponce  que  Carolus  avoitfaict  touchant  les  articles  du  départ  des 
ambassadeurs  des  seigneurs protestans^.  Il  escrijjt  comme  Caro- 
lus a  faict  sa  barbe  pour  chanter  messe,  et  qu'il  l'a  chantée  et 

^  Voyez  la  noto  9. 

^  A  comparer  avec  la  note  1  du  X"  1247. 

*"^  Calvin  et  Viret,  étant  partis  de  Genève  le  19  juin,  durent  arriver  à, 
Berne  le  jeudi  soir  21.  Le  22,  ils  se  présentèrent  devant  les  magistrats  ber- 
nois. Le  ^Manuel  du  Conseil  ne  dit  rien  de  Calrin;  mais  il  renferme  ce 
paragraphe,  que  M.  l'archiviste  H.  Tiirler  a  bien  voulu  nous  communi- 
quer :  «  Vendredi  22  juin.  Si  Viretus  veut  aller  à  Metz,  —  ce  que  mes 
Seigneurs  ne  lui  conseillent  pas  —  [il  faut]  lui  donner  une  lettre  pour  le 
Conseil  et  les  savants  de  StrashoKrg,  et  les  informer  que  mes  Seigneurs  ne 
lui  ont  pas  conseillé  ce  voyage,  mais  qu'il  l'a  fait  de  sa  ])ropre  volonté.  » 
(Trad.  de  l'ail.) 

^  De  la  date  du  21,  que  i)orte  l'original,  pourrait-on  inférer  que  Calvin 
partit  de  Berne  pour  Strasbourg  le  samedi  16  juin?  —  Nullement,  puis- 
qu'il n'avait  quitté  Genève  qu'aj)rès  la  décision  prise  le  IS  (N"  1247,  n.  1). 
Le  «  samedi  »  mentionné  est,  jiar  conséquent,  le  samedi  23  (Cf.  n.  3-4).  Et 
comme  nous  savons  que  F.  Viret  revint  de  Berne  à  Lausanne  en  faisant 
un  détour  ])ar  Neuchâtel,  on  doit  en  conclure  qu'il  rentra  chez  lui  h; 
mardi  26,  au  i)lus  tôt,  et  qu'il  écrivit  la  ])résente  li'ttre  le  27  ou  le  2.^  juin. 

^  Le  dimanche  24  juin. 

^  A  notre  connaissance,  cette  lettre  de  P'arel  n'existe  ni  à  Neuchâtel  ni 
à  Genève. 

8  C'est  le  document  envoyé,  le  1"  juin,  par  le  Conseil  de  Metz  à  celui  de 
Strasbourg,  et  qui  forme  l'ap])endice  du  N"  1242. 


436  PIERRE  VIRET  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  1543 

prescho  le  i)Ui'gatoirc  comme  les  papistes.  Il  s'excuse  tant  qu'il 
peult  qu'il  n'a  i)Oint  blasmé  la  Germanie,  ne  les  Protestans  et  le 
conte  Gidlliaume,  mais  seulement  les  docteurs  des  Pi'otestans, 
disant  qu'ilz  enseignent  doctrine  faulse,  hérétique  et  schisma- 
tique,  et  qu'il  est  fort  marry  que  tant  de  bons  seigneurs  ayent 
esté  séduictz  par  eulx,  et  se  soyent  séparés  de  l'union  de  l'église 
catholique.  Quant  à  la  disjmte,  il  ne  la  veult  point  accepter  à 
Meitz,  et  allègue  pour  rayson  qu'il  n'y  a  point  en  la  dicte  ville 
d'eschole  authentique,  ne  de  Université  et  faculté  en  théologie 
ai)prouvée  par  le  sainct  siège  apostolique.  Parcjuoy  le  lieu  n'est 
suffisant  ne  idoine;  mais  il  est  content,  si  Farel  ne  s'ose  trouver 
aux  lieux  qu'il  luy  a  assignés,  sans  sortyr  de  Oermanie,  de  tenir 
la  dispute  à  Cologne,  et  que,  si  Farel  se  sent  troy  foyble  pour 
disputer  contre  luy,  il  est  encore  content  qu'il  admeine  Calvin 
avec  luy.  Il  y  a  encore  d'aultres  poinctz  auquelz  il  i*espond,  mais 
je  vous  ay  escript  les  princi])aulx  et  ceulx  qui  me  sembloient 
plus  nécessayres  de  sçavoir,  à  fin  que  ne  fussiez  du  tout  ignorant 
de  ces  nouvelles.  .J'espère  que  tantost  (>n  aurez  de  ])lus  amples. 
Maistre  Guiliaunie  Farel  n'est  pas  encore  allé  à  Meitz,  mais 
est  à  Strahirg,  et  suys  bien  joyeux  de  ce  qu'ilz  pourront  con- 
sulter ensemble,  luy  et  monsieur  Calvin,  et  pense  qu'il  sera 
grandement  resjouy  de  le  voir  là  et  du  bon  vouloir  que  vous 
avez  à  la  gloire  de  Dieu  :  lequel  prie  qu'il  vous  ayt  en  sa  saincte 
garde,  me  recommandant  tousjours  à  vostre  bonne  grâce  et  vous 
l)riant  que  me  tenez  tousjours  pour  vostre  petit  serviteur  et 
entier  amy.  De  Lausanne  ce.  21.  [1.  27  ou  28]  de  .Tuing-.  154.-!. 

Vostre  petit  s(>rviteur  P.  Virex. 

(Suscription  :)  A  mes  très  honnorés  et  magnifiques  Seigneurs, 
messieurs  les  Syndiques  et  Conseil  de  Genève.  A  Genève. 

®  Nous  rétablissons  h\  date  vraisemblable.  Ell(>  est  déterminée  par  les 
détails  relevés  dans  les  notes  2-5. 

Le  secrétaire  genevois  P.  Ruffy  a  écrit  l'annotation  sui\aiite  sur  li' 
manuscrit  original  :  «  Maystre  Pierre  Vyret.  Eecyeu  ce  ultimo  Junii  1543.  «> 


lo43  JEAN  CALVIN  ET  GUILL.  FAREL  AU  CONSEIL  DE  STRASBOURG.      437 


1252^ 

JEAN  CALVIN  et  GinLL.  FAREL  au  Conseil  de  Strasbourg. 
(Strasbourg,  129  ou  30  juin  1543.) 

Copie  contoiiii)or.  '  Ai'cli.  do  St.-Thomas.  Calv.  0\)]).  XI,  ô8o, 

Quôd  clai'issimus  Sen<duft  Argentinensisjiissit  nos  in  formula 
perscrïbere,  imniùm  qiikl  ah  ïllustrissbnis  Principïbus  et  Civita- 
tnm  legatis  mine  Smalcaldia^  conf/rcgatis'^  relimus  nostro  nomine 
postiilari  :  deinde,  si  concesserint  quod  pethmis,  qna  ratione  cen- 
seanms  agendnm  esse,  ad  utrumque  respondemiis. 

Priniîim  rogamus  illustrissimos  principes  ot  roliquos  status, 
ut  diligenter  expendant  qiiàm  noxia  sit  x^estis  D.  Carolus  apud 
Metenses.  Neqiie  onim  tantùni  liostes  veritatis  confinnat  ad  por- 
tinaciam,  sed  multos  infirmos  ot  nondum  beno  iiistitiitos  concii- 
tit  :  et  poriculum  ost  iio  midtos  labofactet  atqiie  cori'umjjat,  nisi 
remodiiini  l)rovi  adliib(\atur.  Et  latiùs  serpit  ojus  venenum,  Nam 
([iiia  Hteris  liuc  ilkic  inissis  jactat  so  Fareilnm  ad  certamon 
l)rovocasso,  iibiquo  triumphat  in  Christi  ot  Evangolii  contumo- 
liani.  Pra^teroa  falsae  ojus  criminationos  ad  totam  viciniani 
manant,  ot  quia  non  refolbintur,  oas  j)ro  voris  ha])ot  vulgus  ho- 
niinum.  Quin  otiam  dum  vidot  so  impune  licoc  facoro,  majorom 
indios  impudontiani  ot  audaciam  coHigit,  nec  alio  spectant  ejus 
stiidia  et  conatus,  nisi  ut  per  tanmltion  et  seditionem  Evonge- 
Imm  ah  iirhe  expellat.  Hinc  factnm  est  ut  die  dominico  miper 
elapso,  qui  fuit  vigosimus  quartus  Junii,  concionator  arhitrorum 
decreto'^  illic  ordinatus  ferè  tracidatus  faerit'\  Duo  onini  ouni 

'  Elle  iDorte  cette  inscription,  écrite  par  Bucer  :  «  Cnlrinus  et  FareUus 
ad  senatum  Arfrentiiioiiseni.  »  —  La  date  est  déterminée  dans  la  note  4. 

^  La  diète  de  Smulbildeti  s'était  ouverte  le  25  juin  (X"  1199,  n.  4). 

'  Allusion  aux  décrets  de  la  conférence  tenue  à  Strasbour^j  du  11  au 
21  mai  (N"  1218,  n.  3). 

■*  Le  prédicateur  qui  faillit  être  massacré  à  Metz,  le  dimanche  24  juin, 
était,  croyons-nous,  Gtiillnume  Virot  fX"  1225).  Le  rapi)ort  relatif  au 
danger  qu'il  avait  couru,  i)arvint  ijrohahlemcnt  le  2C>  ou  le  27  à  Stras- 
bourg. Or,  selon  toutes  les  vraisemblances,  Calrin  n'arriva  dans  cette  ville 


438    JEAiN  CALVIN  ET  GUILL.  FAREL  AU  CONSEIL  DE  STRAS'BOlRG.   1543 

aggressi  siiiit  mallois  ligneis  et  securibiis,  nec  aliter  evasit  mor- 
tem  nisi  mirabili  Doi  beiieficio.  Hinc  facile  colligi  jjotest  quis 
futurus  sit  exitus,  si  ulteriùs  cessent  ac  dissimulent  illustrissimi 
principes  ac  status  fœderis  Protestantium.  Nam  illius  impii  ho- 
minis  rabieni  niagis  ac  magis  sua  patientia  accendeiit,  et  Senatus 
magnum  lucrum  sibi  facere  videbitur  si  illius  improbitate  ad 
extinguendum  Evangelium  et  ccclesiam  destruendam  abutatur. 
Ergo  aut  nunc  statim  obviaiidum  est  tanto  inalo,  aut  nunquam 
in  tempore  fiet.  Rem  enim  collapsam  restituere  iiiniis  arduus  ac 
difficilis  erit  labor. 

Has  rationes  safis  graves  etjustas  visiim  iri  confidimiis  illus- 
trissimis  principïbus  eorumque  fœderatis,  cur  legationem  illuc 
mitfant,  quse  duo  a  SenaUi  postulet  :  magis  ordïnaimn  et  meliùs 
composiium  ecdesiœ  statum  quàni  nunc  sit,  prout  visum  jam 
arhitris  fuerat ,  dein.de  locnm  adversùs  Carolum  disputandi. 

Sed  de  tlagitando  et  constituendo  meliori  ecclesiœ  statu,  relin- 
quimus  hoc  i)rudenti8e  ill.  princiimm  et  statuum.  Quoniam 
auteni  et  ill.  Dominos  Protestantes  omnesque  eorum  doctores  et 
nos  nominatim  subinde  proscindit,  et  falsis  caluniniis  impuden- 
ter  gravât,  rogamus  ill.  principes  ut  illi  et  ])roinde  nobis  quoque 
audientiam  impetrare  contendant,  quô  liceat  nobis  innocentiam 
nostram  légitima  via  purgare.  Neque  id  velimus  concedi  nostris 
personis,  sed  tantùm  ut  os  illud  imi)urum  obstruatur,  et  cohi- 
beantur  ejus  blasi)hemi8e,  eoque  modo  sacrosancta  Christi  doc- 
trina  vindicetur  in  suum  lionorem.  Inde  autem  procul  dubio 
consequetur  magnus  fructus,  sicuti  magnum  nunc  est  impedi- 
mentum  et  magna  rémora,  quôd  ille  improbus  calumniator 
Evangelium  sic  traducit  et  infamat.  Nec  videtur  expedire,  Ip- 
sum ablegari  vel  juberi  tacere,  quum  illi  disjjutatio  olferatur. 
Esset  enim  novum  ojfendiculum  si  cogeretur  tacere,  neque  udniit- 
teretur  ad  eorum  quœ  dixit  defensionem.  His  rationibus  addu- 
cimur  ut  cupiamus  disputationem  vehementiiisflagitari. 

Dicemus  nunc  de  rafione  quie  nohis  ad  agendum  apta  et  pro- 
Xwia  videtur,  non  ])raescribendi  aut  consulendi  animo  (id  enim 

que  lo  28.  Parti  de  Berne  le  23,  il  avait  dû  atteindre  Baie  le  lendemain  et 
y  passer  la  plus  grande  partie  du  25.  De  là  jusqu'à  Strasbourg  il  avait 
encore  trois  journées  de  marche.  La  présente  requête  a  donc  été  composée 
par  lui  le  29  ou  le  30  juin  (Voyez  ce  qu'il  écrivait  au  Conseil  de  Genève 
le  1"  juiili't,  N"  1254,  renv.  de  n.  3). 


1343  JEAN  CALVLN  ET  (iUILL.  FAREL  AU  CONSEIL  DE  STRASBOl  R(i.      439 

osset  superbuiii),  scd  tantùm  ut  clar.  Scuatui  (il)s('(iiiamui".  (jui 
nos  jussit  soiitciitiaiu  d<'  liac  vv  iiostrain  cxponcn'.  Priucipio  ro- 
gamus  ut  ad  Metet/ses  Icgatio  uiittatui-  (juu'  uos  illuc  dcducat. 


G 


/ 


petatquo  nominc  fd'dcns,  ut  (|Uod  privato  cuilibct  atcpic  ignoto 
daretiir,  nobis  non  dciicgeut  :  ncui])!-.  ipiia  palàm  nos  ot  doctri- 
uam  nostrani  ati-ocibus  couviciis  et  inalodictis  laccrat  Carolns, 
ot  falsis  criminibus  nos  oncrat,  nobis  rcsiiondcu-c  lic*(>at  :  ipse 
vert)  cogatur  aut  tucri  (lua'  dixit.  aut  rul|)am  agnoscoi'c.  Sin  nos 
convicti  fucrinius.  agaut  de  nobis  ([uod  visum  fuerit.  IIH  fiiiui 
I)otiiis  quàni  nobis  voluinus  ignosci.  Si  rocuscnt  aut  torgivcrscn- 
tur  Metenses,  ])ronipta  ci'it  exccptio.  Quôd  si  quis  concionator 
.snh  DD.  Profestatitihus  queinjnam  infumaret,  illo  postHlante 
cogeretur  ad  reddendam  raiioitem.  Cur  ergo  iiod  dit  iifrhtqtie 
similejmf 

Quod  autem  causatur  ipse  Carolns,  noit.  licere  sibi  disputare 
de  Jide  tiisi  in  scJiola  approhata pe^-  sedem  ronuuiam,  niniis  ridi- 
cnlum  est  acpaerile.  Nam  seniper  fuit  disjjutatuni  cuni  Inrroticis, 
nbicunque  se  locus  otïcrebat.  Sic  Augustinus  cuni  Maniclucis  ot 
Donatistis  in  parvis  oj)pidis  s?epe  disputavit.  Et  ne  objiciat  esse 
hsec  singularia  oxenipla,  quae  ad  iniitationem  trahi  non  debeant, 
Ambrosius  ordinarinni  esse  Ecclesiœ  morem  ostendit  in  e])istola 
iid  Valentinianuni  iniperatorem,  qua?  est  numéro  02,  nl)i  seril)it 
de  tide  in  ccclesia  coram  i)oi)ulo  debcre  disjjutari.  Dfinde  mi- 
nime consentanenm  est  nt  in  ecclesia  Metensi  clamet  nos  esse 
Jiœreticos,  et  nos  confidis  criminibus  aœuset  :  qanm  aateni  ad 
defensionem  causse  nostrœ  nos  ojferimusac  sistimus,  nos. in  Ita- 
liam  vel  Hispaniam  per  ludibrium  revocet.  Nihil  ergo  vel  excu- 
sationis  vel  subterfugii  habet,  quin^  liane  conditioneni  (piani  de- 
ferimus  recipiat.  Nam  aut  ini]mne  cuique  licct  nialcdiccrc  aut 
C'ogendi  sunt  ealumniatores  ad  satisfaciendum. 

Praîter  disi)utation(>m  rogandi  (luocjue  (n-unt  Metenses  ut.  si 
innocentiœ  nostra^  fidem  feccu-inius,  locnm  nobis  eoncionandi 
dare  velint  ad  diiuenda  Caroli  mendacia,  sicut  nos  pro  concio- 
nilms  palàm  ti-adnxit. 

Qnod  ad  circumstantias  i)ei'tin(^t.  non  aliunde  melius  |)oterit 
capi  consilium  quàm  ex  rc  iJi-ascnti.  Ergo  (juid  utile  sit  et 
opéra?  i)retium,  iestimabunt  legati  ([uum  illue  venerint. 

^  Éd.  de  Brunswick  :  q^uum.  \a^  rnntcxtf  nous  sciublf  cxiircr  (luin. 


440  JEAN  CALVIN  A  PIERRE  VIRET,  A  LAUSANiNE.  1543 


1258 

JEAN  CALVIN  à  PieiTe  Viret,  à  Lausanne. 
De  Strasbourg,  l^''  juillet  (1543). 

Autographe.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  106.  Cal.  0pp. 

XI,  586. 

S.  Accidit  quod  solet,  ut  res  minus  hîc  maturas  invenerim 
quàm  speraverani.  Tametsi  non  magnopere,  ut  nosti,  falsus  suni. 
Ut  Metim  nos  statim  conferamus,  Senahis  Itic  neque  consulity 
neqne permiitit.  Scrihere  ïlluc,  inutile  ac  frustra neum  essejndi 
cat,  quoniam  litera?  suse  contemptui  nunc  liabeantur,  aut  saltem 
non  ita  curentur  ut  decebat.  Xam  Papistis,  qui  apud  Metenses 
rerumpotiuntur,  animos  inflat  Cœsaris  odventttsK  Ergo  Smal- 
caldiam,  ubi  nunc  conventum  habent  Protestantes-,  missuri 
sunt  :  ut  coniniunem  legationem  postulent,  qutTp  magis  urgeat 
istos,  qui  nihil  factari  sunt,  nisi  stimulis  adacti.  Non  credas 
quàm  voluntarios  alioqui  se  nobis  exhibeant.  Nihil  enim  récusant 
prorsùs,  quatenus  putant  expedire.  Summa  etiam  comitate  nos 
exceperunt.  Uhi  responsum  fnerit,  protinus  accingemur,  teque 
advocahimus.  Hoc  enim  tam  ambiguo  et  suspenso  statu  quid 
impetrares?  Interea  dum  SmalcaJdiam  itur,  visum  est  Senatui 
nosti'O  '  indicare  ubi  essem,  et  quae  expectatio  hîc  me  teneret.  Si 
nuncius  hic*  redierit  (quod  spero)  fac  nos  de  omnibus  certiores. 

De  provocatione  CaroU  non  est  quôd  dubites.  Habemus  ejus 
manum.  Nuper  meditabatur  fugam  :  sed  nunc  ])ropinquiore 
Ciesare,  factus  est  aliquanto  et  audacior  et  insolentior  :  quia  dis- 
ceptationem  impetrari  à  nobis  non  posse  certo  contidit.  Petes  ab 
hoc  nuncio  responsionem  ejus',  quam  perlectam  reddes.  Inde 
perspicies,  quàm  altos  et  tumidos  habeat  spiritus.  Vale,  saluta. 

'  L'empereur  arriva  à  Spire  à  la  fin  de  juillet,  et  de  là  partit  pour 
Miiyence  vers  le  5  août.  II  fit  son  entrée  à  Metz  le  6  juin  \bW  (Slei- 
dan,  n,  316,  317,  351  j. 

2  N"  1252,  note  2. 

'  Scil.  Genecensi. 

*  Le  héraut  de  Genève  qui  l'avait  accompagné  jusqu'à  Strasbourg. 


loi3  JEAN  CALVIN  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  441 

omnes  fratrc^j,  oiGeuevam,  si  (>i-it  commoduiu,  aliciiiaiulo  iiivisc 

Valo  iterum.   Dominiis   to  coiiservet.  Ai-goiitor.[ati ''J  t-aleiid. 

.lullii.  circitor  meridiom. 

/ 

JOANNES  CaLVINLS  tllUS. 

(Inscriptio  :)  Fidcli  ("liristi  miiiistro  Potro  Viroto,  Lausan- 
nonsis  ecdesùe  ])aston,  tVatri  et  aiiiico  iiit(>^(M*riiiin. 


1254 

JEAN  CALVIN  RU  Conseil  de  Genève. 
De  Strasbourg.  1"  juillet  (1543). 

Autogr.  Arch.  d^  Genève.  Portefeuilles  hist.  J.  Bonnet,  o.  c.  I,  80. 

Calv.  Opp.  XI,  587. 

Magnificques  et  très  honorez  Seigneurs, 

J'espère  que  Maistre P^erre  Viret  vous  aura  faict  mes  excuses' 
de  ce  que  je  ne  vous  escrivis  point  &q  Berne,  d'aultant  que  i)Our 
lors  j'estoie  mal  disposé.  Estant  venu  à  Basle,  je  présenta}'  voz 
lètres  à  Messieurs  du  Conseil  -  :  lesquelz  me  donnèrent  lètres  de 
recommandations  à  Messieurs  de  ceste  ville,  les  prians  de  me 
vouloir  adresser  tant  de  conseil  que  d'ayde  en  mon  volage. 

En  ceste  ville,  tant  ])ar  le  moien  de  voz  lètres  et  celles  de  ^les- 
sieurs  de  Basle,  que  jwur  la  bonne  affection  qu'on  m'y  i)orte,  et 
singulièrement  en  laveur  de  la  cause,  j'ay  trouvé  aussi  bonne 
ayde  comme  je  pouvoye  désirer.  Messieurs  se  sont  otiert  très 
libéralement  de  taire  ce  qui  seroit  en  1(Hii"  ])uissance.  Scnilement 
que  nous  regardissions,  Maistre  Guillaume  et  moy,  les  moiens 
dont  il  seroit  expédient  de  user.  Sur  cela  nous  leur  avons  j)ro- 
posé  trois  voies  :  ou  de  nous  faire  conduire  tout  droict  à  Metz, 

^  La  Réponse  de  Caroli  aux  i)Iaintos  des  Protestants  (X"  1242,  seconde 
j)artie). 

"  Dans  la  copie  qu'il  a  faite  des  lettres  de  Calvin  (Vol.  n"  111"').  Charles 
de  .lonvilliers,  trompé  par  le  mot  Argentor.[alt],  a  rapportt'  la  pre.sente  à 
l'époque  de  l'exil  du  Réformateur. 

'■^  N"^  12.51,  1247. 


442  JEAN  CALVIN  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  1543 

combien  que  ce  ne  fust  sans  dangier  :  ou  derechef  sommer  le 
Conseil  de  Metz  de  nous  donner  audience  :  ou  bien  d'envoyer  en 
la  ville  de  Smcdcad,  en  laquelle  maintenant  est  assemblée  la 
ligue  des  i)rotestans,  et  là  requérir  instamment  les  princes  et 
ambassadeurs  des  villes,  de  vouloir  prendre  la  chose  en  main. 

Quant  au  premier  jjoinct,  ilz  ont  respondu  que  voluntiers  ilz 
envoiroient  aml)assade  avec  nous,  pour  nous  mener  en  seureté, 
et  soliciter  que  nous  feussions  ouys  :  et  quMlz  ne  se  vouldroient 
pas  esi)argner  en  cest  endroict,  n'estoit  quMlz  voioient  cela  ne  se 
pouvoir  faire  sans  dangi(>r  de  noz  personnes,  et  avec  i)etite  espé- 
rance de  fruict.  Aultant  d'envoier  lètres  en  leur  nom  privé,  que 
ce  seroit  poine  i)erdue.  La  raison  est  que  les  papistes  se  sont 
fortifiez  par  la  venue  de  Tempereur  :  d'aultant  qu'il  promect 
d'appointer  à  ce  voiage  tous  les  diiïérens  de  la  religion  :  comme 
s'il  n'avoit  aultre  chose  à  faire  pour  le  présent.  Ainsi  quant  on 
leur  escrit  de  ceste  ville,  i)Our  toute  response  et  solution  ilz 
remectent  tousjours  là. 

Le  troiziesine  poinct  doncq  a  esté  trouvé  le  meilleur  :  d'en- 
voier à  Snialcnd  :  ce  que  desjà  ilz  eussent  faict,  n'eust  esté  qu'ilz 
ont  voulu  avoir  articles  de  nous,  pour  remonstrer  tout  ce  que 
bon  nous  sembleroit^  Mais  demain,  au  plaisir  de  Dieu,  le  mes- 
saiger  partira.  Hz  nous  ont  promis  de  ])rocurer  l'affaire  en  telle 
diligence  et  si  à  bon  escient,  que  nous  congnoistrons  leur  zèle  et 
couraige.  p]t  comme  je  les  congnois,  je  ne  doubte  |)as  qu'ilz  n'en 
facent  encor  d'advantaige  qu'ilz  ne  promectent.  11  y  a  six  jour- 
nées jusque  là,  en  telle  haste  comme  leur  hérault  ira.  Car  com- 
munément on  y  en  mect  bien  huict  bonnes. 

Or  ])endant  que  ce  voiage  se  fera,  ])ource  qu'il  me  fault 
attendre  icy,  je  me  suis  advisé,  Magnificques  et  très  honorez 
Seigneurs,  de  vous  renvoier  vostre  hérault  présent  porteur,  affin 
de  vous  signifier  comme  la  chose  alloit.  Car  je  craignois  de  faii-e 
si  longue  demeure  en  espérance,  sans  vous  envoyer  ce  pendant 
de  mes  nouvelles.  Et  cela  se  peult  faire  sans  despendre  beaucoup 

'  Nous  identifions  ces  «  articles  »  avec  la  requête  du  29-30  juin 
(X"  1252).  En  effet,  le  début  de  cette  pièce  («  Quôd  cl.  Senatus  Argenti- 
nensis  jussit  nos...  ix  fuDiiula  perscrlbere,...  quid...  vel/mus  nosfru  nom/ne 
2)0Htulari...  respondenius.  »)  ne  semble  nullement  annoncer  que  MM.  de 
Strasbourg  eussent  demandé  à  Calvin  et  à  Farel,  une  réponse  et,  de  plus, 
des  articles. 


loi3  JEAN  CALVIN  AU  CONSEIL  DE  CENÈVK.  A'i'i 

d'advantaigo  (luc  si  jViisso  i-ot(Miii  le  nifssaiovi-  avec  iiiov.  Au 
ivste.  vous  regardorc/.  ([uaut  à  le  rcuvoici-,  ce  (|uj  vous  eu  srui- 
hlera  hou.  Je  hiy  ay  hailh'  à  toutes  adventurcs  six  cscus  :  atHu 
qu'il  oust  pour  faii'c  s(>s  dosj)ons,  on  allant  et  l'ctournant  :  avec 
trois  tostons  quo  jo  luy  avoyo  dôlivro.  Tout(>fbis  vous  en  tcrrz 
selon  vostro  bon  j)laisir.  -le  le  dis  jmurco  (luc  si  vous  le  vouliez 
ronvoyor,  qu'il  fauldroit  qu'il  fust  icy  dedans  (|uiiizr  jouis  pctur 
y  cstre  à  ten)])s.  Car  adonc(i  '  il  nous  oonviondra  de  pai-tii-  pour 
aller  à  Metz,  si  c'est  le  j)laisir  de  Dieu  de  nous  y  doiiucr  entrée 

Touchant  do  nioy.  je  seay  l)ien  (pie  j(^  ne  puis  cstre  si  loufi 
temps  absent  de  vous,  sans  défaillir  aulcunenieut  à  vostre 
osglise.  Mais  i)Ourco  ((uo  d'estre  venu  si  loing  pour  ni"oii  retour- 
ner sans  ri(>n  faire,  c'eust  esté  une  chose  trop  ridicule,  mosnies 
quant  il  y  a  bonne  esj)érance  en  attendant  oncor  un  j)(>tit  :  j'ay 
bien  voulu  devant  mon  retour  tenter  si  Dieu  vouldra  faire 
quelque  chose.  Pourtant  je  vous  prye  de  vouloir  prendre  |)atienc(> 
jusque  à  tant  que  ce  terme  qui  est  brief  soit  passé.  Adonc(i  le 
plustost  qu'il  me  sera  jjossible,  je  me  hasteray  do  retourner  i)ar 
devers  vous.  Ce  pondant,  Magniticques  seigneurs,  je  vous  suj)- 
plyo  d'avoir  en  recommandation  l'honeur  do  Dieu  comme  vous 
avez,  et  d'entretenir  l'esglise  en  l)Oii  estât  et  on  l)on  ordre. 

Athn  que  vous  voiez  (luolquo  nécessité  il  y  a  d'aller  à  Metz 
pour  imposer  silence  à  Caroli,  je  vous  envoyé  vu  double  de  ses 
responses  dernières  :  où  il  se  monstre  plus  tier  et  arrogant  que 
jamais,  d'aultant  (pi'il  se  confie  qu'en  la  présence  de  l'empereur 
on  no  le  contraindra  poinct  de  venir  à  raison.  Car  an])aravant 
il  s'en  ostoit  voulu  fuir. 

Il  y  a  icy  force  bruictz  divers  du  Pais-Bas:  maintenant  (pie  le 
duc  de  Clèves  a  recouvert  une  forte  ville  qu'il  avoit  jjordue  : 
maintenant  qu'il  a  esté  déconfit";  mais  pource  cpio  le  tout  est 
incertain  encore,  je  me  déi)orte  de  vous  (>n  (^scrire.  Toutefois  les 
esmeutos  sont  telles  quo  à  deux  lieues  d'icy  il  s'(Nt  faict  une 
course  depuis  deux  nuictz,  et  a-on  volé  cincquant(»  chovaulx  de 
marchantz. 

A  tant,  Magnificquos  et  très  redoubtez  seigneuis,  ai)rt's  vous 

■*  Adnnc  (ad  fiDic)  sijjnifir'  alors. 

'"  N"  1137,  note  8.  Vers  la  tin  de  l'aiiiiée  1542,  GiiillaniHe.  (lue  dr  (  Irvcs. 
îivait  repris  la  ville  do  Duren,  conquise  par  les  Impériaux,  et.  à  la  suite 
d'un  avantage  remporté  sur  eux,  le  21  mars  1543,  il  s'était  refusé  à  rati- 


444  JEAN  CALVIN  AUX  PASTEURS  DE  GENÈVE.  lo43 

avoir  faict  les  humbles  recommandations  de  Maistre  Guillaume 
et  de  moy,  je  supplie  le  Seigneur  Jésus  de  vous  conserver 
et  maintenir,  vous  faisant  la  grâce  de  tousjours  bien  conduire 
vostre  peuple  en  bonne  paix  à  Thonneur  de  son  nom.  De  Stras- 
bourg, ce  premier  de  Jullet  (1548). 
Vostre  humble  serviteur  en  nostre  Seigneur, 

Jehan  Calvin. 

(SuscrijJtioH  :)  A  Magnilicques,  puissantz  et  très  honorez  Sei- 
gneurs Messeigneurs  les  Syndicques  et  Conseil  de  Genesve". 


1255 

JEAX  CALVIN  aux  pastcuFS  de  Genève. 
De  Strasbourg,  l*'^  juillet  (1543). 

Autogr.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  10(3.  Cal.  0pp.  XI,  590, 

Gratia  vobis  a  Deo  pâtre  et  Domino  Jesu  Christo,  fratres 
mihi  charissimi  ! 

Nihil  habeo  aliud  in  prsesentia  quod  scribam,  nisi  quôd  adhuc 
suspensi  expectatione  hîc  tenemur.  Incidit  enim  adventus  meus 
in  tempus  alienissimum  et  vehementer  incommodum,  quia  Me- 
teyises  ])a{pistœ  propiiHiuo  Csesare  superhkud  et  ejus  autliorUatem 
prMexunt,  ne  quid  nohis  concédant.  Negant  enim  convenire  lit, 
eo  prœsente  et  inconsulto,  de  mutatione  status  sui  décernante 
Ergo  quia  periculosum  erat  illuc  proiicisci,  et  sine  ullo  fructu 
nunc  fieret,  literte  etiam  hujus  senatus  contemnerentur,  censuit 
Seiudus  ipse  mittendum  esse  Smalcaldiani,  ubi  nunc  conventus 
agitur  fœderatorum  protestantiuuî,ut  communi  omnium  nomino 
decernatur  legatioquœ  nos  deducat,  et  extorquosit  a  Metensih us 
quod  non  libenter  alioqui  daturi  sunt.  Porrô  Smalcaldiam  hinc 

fier  une  trêve  négociée  par  les  médiateurs  protestants  (Voyez  SIeidan,  II, 
289,  293,  301.  —  L.  Ranke,  IV,  291.  —  H.  Martin,  VIII,  288). 

®  Note  du  secrétaire  genevois  Béguin  :  «  Receu  ix  de  Julliet  1543  de 
maistre  Calvin,  estant  [à]  Estrabourg,  à  cause  de  Ivaroly.  » 

^  A  comparer  avec  la  première  partie  du  N"  1242. 


1543         JEAN  CALVIN  AUX  PASTEURS  DE  GENÈVE.  445 

iter  est  octo  dieruni,  sod  iiuncius  celeriorc  ciirsii  scx  diobus  con- 
iidot.  Nam  quia  non  lon.i^ai  niora  illic  fntuni  cvAt.  o(inos  non 
<lisj)osuoi'unt.  Res|)onsuni  hîc  exiiectare  decrcvinius,  no  frustra 
mihi  insuniptus  essot  tanti  itineris  lal^or.  Et  vidoniur  nobis  non 
vulgare  lucruni  consocuti,  si  illxc  nobiscum  logati  vcnorint,  qui 
wrphim  illum  ciinem  -  ad  disceptationoni.  (luani  non  modo  fugi- 
tat,  sed  palàm  récusât,  invitum  jx'rtrahant.  Nunc  cnini,  quia 
subterfugiuni  il!ud  nactus  est  in  unibra  pnesentiie  (Uesaris, 
petulantiùs  quàm  unquani  insanit.  Sed  Doniinus  brevi,  ut  spe- 
ramus,  sacrilegam  hanc  ferociam  reprinict. 

Dum  absum,  videte,  obsecro,  ut  sitis  ad  officiuni  attentiores 
<'t  niagis  seduli.  Multce  enim  sunt  rationes  quœ  vos  excitare  de- 
bout, ne  quid  ex  mea  absentia  vel  incommodi  vel  niutationis  in 
ecclesia  sentiatur.  Modo  concordi])Us  aniniis  et  serio  studio  sin- 
ceroque  zelo  incubueritis,  dabit  Dominus  optimum  successum. 
Interea  precibus  vestris  commendate  Domino  et  nos  et  hoc  ejus 
negocium  in  quo  versamur,  quod  discrimine  ac  difficultate  non 
caret,  qnalecunque  al)  hominibus  subsidium  contingat.  Farelbis 
vos  plurimùm  salutat.  Ego  valetudinem  meam  non  modo  susti- 
neo  pro  more,  sed  quasi  restituo,  ut  jam  aliquanto  melior  sit 
quàm  soleat. 

Valete,  fratres  dilectissimi,  et  in  ecclesia?  aedificationem  sedulô 
laborate.  Adhibeatur  etiam  ad  istarum  lectionem  Dominus  Ber- 
nardiiius^,  cui  plurimam  salutem  meo  et  Pirrlii  nomine  dicetis  *. 
Salutate  omnes  pios.  Dominus  vos  spiritu  suo  semj)er  gubernet, 
ut  cum  fructu  illi  serviatis.  Argentorati,  Calendis  Julii, 

Calvînus  frater  vester. 

(Inscriptio  :)  Piis  (>t  fideli])us  servis  Domini  nostri  Christi 
pastoribus  ecclesiœ  Genevensis,  fratribus  (^t  collegis  meis  rha- 
riss. 

2  jjjf )■)■(.  Caroli. 

*  Bernardino  Ochino. 

*  Le  surnom  do  Pyrrhus,  employé  quelques  fois  j);ir  l'icire  Vitct  jxtur 
désigner  André  Zébédée,  se  comprend  à  la  rigueur,  vu  les  grands  airs  di' 
<-e  pédagogue  «  roux  et  fort  fier.  «  ^lais  nous  n'avons  pas  la  preuve  que 
celui-ci  ait  fait,  en  juin  1543,  un  voyage  à  Strashourff.  Firrhus  désigiu; 
peut-être  ici  un  Italien  qui  aurait  formé,  à  Genève,  des  relations  avec 
B.  Ochino. 


446      LES  PASTEURS  DE  GENÈVE  A  JEAN  CALVIN.  A  STRASBOURG.     1543 


1256 

LES  PASTEURS  DE  GENÈVE  à  Jean  Calviii,  à  Strasbourg. 
De  Genève,  il  juillet  (1543). 

Co])ie  moderne'.  Bibl.  Nationale.  Coll.  du  Pny,  vol.  102.  Calv, 

Opp.  XI,  592. 

(iratia  et  pax  a  I)eo  jjatre  et  Domino  Jesu  Cliristo  Domino 
nostro!  Recepimus  tuas  literas-,  quibus  niliil  jucundius  nobis 
accidere  potuit,  eo  maxime  quôd  de  tua  valetudine  nos  reddide- 
ris  certiores.  Et  utinam  (ut  optamus)  seniper  bene  valeas.  Non 
possumus  tamen  non  contristari  ea  ex  parte  quod  ad  gloriam 
Domini  attinet,  quum  intelleximus  res  non  succedere  ex  animi 
sententia,  nec  i)ropterea  cœptis  desistendum  putamus  :  solet 
enim  Deus,  quum  opus  suum  agitur,  tune  magis  adosse  ubi  om- 
nia  videntur  deplorata  et  simul  desperata,  eo  line^  ut  confitea- 
mur  non  nostra,  sed  Domini  manu  superasse  \ 

Qiioad  id  quod  liortmis  nos  ad  sedidbexeqHe))damfu)icHo)teui 
iwstram,  hactenus  quilibet  nostrûm  pro  viribus  enisus  est  ut 
fungeretur  suis  partibus  :  nemo  est  qui  subterfugiat  à  suo  mu- 
nere  :  ita  i)rtTestet  nobis  Dominus  in  futurum  bene  pascere  oves 
nobis  créditas  !  Nihil  immutatum  est  à  tua  abscntia  :  prosequi- 
mur  continuô  nostras  congregationes  nostrumque  forums  In 
sumnia  nulla  res  prœtermittitur  qu^r  spectet  ad  Ecclesiasticam 
I)oliciam  de  lis  qu^e  ordinata  reliquisti  nobis  :  proinde  dabit 
I)(miinus  in  omnil)us,  ut  speramus,  successum  optimum.  Hinc 
certà  scias  non  esse  qaemjnam  ex  nohis  q^ii  non  moleste  ferai 
privari  tua  prœsentia,  qua  vellemus  (si  liceret)  jugiter  uti  pro 
nostra  et  hujus  ecclesiœ  commoditate.  Sed  altéra  ex  parte  lii?ta- 

'  Elle  est  peu  correcte. 
2  N°  1255. 

^  Dans  l'édition  de  Brunswick  :  eo  fit. 

*  Il  faut  peut-être  lire  :  non  uostram,  sed  Domini  manum  superasse. 
^  C'est-à-dire  les  congrégations  du  vendredi  (N"  llli),  n.  7,  14)  et  les 
séances  du  Consistoire. 


1343    LES  PASTEURS  DE  GENKVE  A  JEAN  CALVIN,  A  STRASHOl'Rd.       447 

mur  diiiu  ad  ociilum  (((iiod  aiuiit)  l'oiispiciiiius  taiii  stn'iiiir  ti- 
la})orar<'  in  ecdesia  Doiiiini  construenda,  qiio  fit  ut  uullus  non 
vidoat  te  a  Domiuo  dostiiiatuui  ut  invites  rdiquos  IVatrcs  ad 
verbum  Domini  rocii)ieudum. 

Superest  hoc  unuui  et  pra'eijiuuui  ([uodsileutio  ])iwterire  non 
debemus,  nemix-  ([ubû,  çnm  primîmi  impostores  quidam,  ex  quo- 
rum numéro  et  illorum  caput  est  ille  Claudius  Boisset^,  senserunt 
te  ahesse,  mox  protuJerinit  ii/i^rdain  in  bicpui,  (jhh'  fulsbjactant 
argumenta  seiijudicia  miprascripta  singidis-capitihus  Novi  Tes- 
tamenti  quod  novissime  castigasti'  :  quorum  iusania'  et  imj)U- 
dentire**  uisi  maguo  iui])etu  et  suuima  dili,<2:entia  occurrissemus, 
deturpassent  hujus  iu)strœ  ecclesi^B  nomeu.  Statuerant  eniui  (ut 
o])iuamur)  iuscrihere  tuum  nomen  in  f route,  ea  causa  ut  pluris 
renderent.  Sed  ubi  deprehendimus  rem,  non  cessavimus  instan- 
ter  eos  accusare  apud  Senafum  velut  caluumiatores,  falsarios, 
conspurcatores  imperitos,  qui  talia  edideriut  :  iudignum  esse 
librum  qui  prodeat  ex  otïicina  ecclesise  nostrie,  Sul)iude  vocavit 
nos  magistratus,  non  semel  sciscitando  à  nobis  quid  de  hujus- 
modi  negotio  censeremus.  Quibus  saepiùs  responsum  est  à  nobis, 
«  liii'c  quœ  ipsi  vocai/f  argumenta  non  posse  vendi  ahsque  non, 
modico  scandah  et  infamia  sme  ecdesiœ  ac  civitatis.  »  Et  quum 
iterum  rogaremur'^  ut  recenseremus  (?>roreS;,  postulavimus  diem 
dari  nobis.  Tune  decretum  est  al)  eis  consignare  très  dies.  qui- 
bus transactis  significaremus  errata.  Nos,  (junni  vcutum  est  ad 
Consilium'",  protulimus  singulatim  iiounulla  qute  videbautui* 

•^  A  l'occasion  de  cotte  artairc,  Claude  Boisset  n'est  ])as  mentionné 
dans  le  Registre  de  Genève  du  ^fi  jnin.  Ahel  l'oupin  et  Matthieu  de 
Geneston  y  exposent  au  Conseil  «  comment  M.  Calvin  havoyt  corrigé  un 
Nouveaulx  Testament,  qui  estoyt  au  vray;  mes  aulchongs,  désirant 
calumpnye  sus  l'escripture  saincte,  hont  fayct  ung  summaijre  susi)ect  sons 
le  nom  du  dit  M.  Calvin,  lequelt  Jehan  Michiel  a  iiii]iriiiié.  et.  devant  (jiie 
estre  publié,  hont  pryer  il  dunner  ordre.  » 

Le  Conseil  décide  qu'on  ai)})osera  les  scellés,  chez  ,J.  Michel,  sur  tous 
les  livres  imprimés;  il  en  fait  apporter  un  exemplaire  à  la  maison-d(>- 
ville,  et  «  la  copie  »  du  susdit  X.  T.  est  remise  aux  ministres  pour  l'exa- 
miner. Le  29  juin,  ils  disent  que  ce  X.  T.  est  im])rimé  <■  en  petite  forme; 
que  le  tex[te]  est  bien,  »  mais  qu'ils  n'ont  encore  visité  les  «  summayres.  » 

^  Le  15  déc.  L542,  Calvin  jiarlait  de  sa  révision  du  X.  T.  (]).  220,  renv. 
de  n.  2.) 

*  Dans  l'éd.  de  Brunswick  :  insania  et  impudentia,  suivis  d'une  virgule. 

*  Ibidem  :  rogarent. 


448      LES  PASTEURS  DE  GENÈVE  A  JEAN  CALVIN,  A  STRASBOURG.     1543 

sufficere  ad  repriinendum  ooriim  suiierciliuin  et  ad  repellenda 
argumenta,  aut,  ut  vulgô  dicitur,  snmmaria.  Ipsi  verô  acriter 
instabant,  iiicorrupta  esse  sua  argumenta  asserentes  ".  Sedquum 
cernèrent  se  clarissimè  convictos,  tandem  obsecrarunt'-  ut  sal- 
tem  alterum  istorum  illis  concederetur  :  aut  quôd  errata  colli- 
gerentur  à  tergo  li])ri,  more  solito,'vel  quôd  alibi  imprimerentur. 
nullo  nomine  seu  titulo  apposito,  scilicet  tam  tuo  quàm  civitatis. 
Nos  vocati  publiée  apud  Senatum  convenimus  in  banc  senten- 
tiam  :  nibil  illoi'um  quse  proponebantur  ab  adversariis  nostris 
jure  fieri  posse.  In  fine  decretum  fuit  a  Dominis  quôd  priva- 
rentur  omnino  suis  codicibus,  aut  quôd  tu  cuni  magistro  Guil- 
lelnio  Farello  et  magistro  Petro  Viret  indicaretis  quid  agen- 
dum  'H'obis  videretur  :  quare  mitfimns  ad  te  exemplaria^'\  Nunc 
restaret  nostros  sugillatores  accedere  ad  siiosjudices  suis  exi)en- 
sis,  ut  definitum  fuit,  si  eorum  opéra  egeret  :  nec  tamen  credi- 
mus  (>os  abituros  '^ 

^^  Registre  du  Conseil,  mardi  3  juillet  :  «  Sur  ce  que  l'on  havoyt  donné 
charge  aux  prédicans  de  visité  les  Nouveaulx  Testamens  avecques  les  suni- 
inayres  imprimés  par  /.  Michkl  :  [ils]  ont  retîéru  qu'il  il  trove  es  dits 
summniires  erreurs.  » 

"  Éd.  de  Brunswick  :  afférentes. 

'■^  Ibidem  :  ohsercarnnt. 

'•"*  Ibidem  :  œqnum. 

'*  Procès  verbal  du  Conseil  du  10  juillet  :  «  Ayans  aoys  les  prédicaus, 
aussy  le  dit  imprimeur  et  ung  aultre  avecques  luy  :  résoluz  que,  avant 
que  permectre  qu'il  soyent  imprimés,  que  l'imprimeur  doybge  alle[r]  tro- 
ve[r]  M.  Calvin  et  M'  G.  Farel  [à]  Estrabourg,  et  si  escripve  qu'il  n'y  a 
nul  erreur,  il  leur  sera  permys  de  imprimé  et  parachevé  l'hœuvre.  » 

^*  Après  le  retour  de  Calvin,  le  Conseil  de  Genève  prononça  cet  arrêt 
définitif,  le  31  août  :  «  Ayans  aoys  M.  Calvin  et  les  autres  ministres  quil 
hont  visité  le  nouvcault  testament  que  Johan  Michiel  a  imprimer  :  com- 
bien que  en  icelluy  aye  plusieurs  faultes  aux  sommayres,...  luy  ayans 
fayct  bonnes  remonstrances,  pour  ceste  foys  luy  soyt  permys  de  parachevé 
l'œuvre,  moyennant  qu'il  ne  mecte  pas  Genève  ny  le  nom  de  M.  Calvin  » 
(Annales  Calviniani.  Calv.  Opj).  XXI,  317,  319). 

Il  parait  cependant  qu'un  certain  nombre  d'exemplaires  dont  le  titre 
portait  le  nom  de  Calvin,  se  répandirent  dans  le  public.  Autrement,  on  ne 
s'^xjjliquerait  pas  la  préface  suivante,  im])rimée  en  tête  d'un  N.  T.  fran- 
çais de  1545  ou  1546,  préface  qui  nous  a  été  obligeamment  communiquée 
])ar  M.  le  ])asteur  Charles  Schrœder  : 

Jehan  Calvin  au  Lecteur  Ckrestien. 

Pource  qu'en  l'autre  impression  du  nouveau  Testament,  on  avoit  miz 


Jo43    LES  PASTEURS  DE  GENÈVE  A  JEAN  CALVIN.  A  STRASUOIRG.       449 

Plura  in  pi-iPsoiitia  non  occnrrnnt  scrilxMula  quu'  tutù  litcris 
comniittanius.  nisi  (luùd  à  t/orilni/io*''  comiihircs  inrasii  ppsfi>i. 
Salutabis,  si  placet,  nostro  nomino  ma^istruni  GnUlclmnm  Farel 
ac  ciçtoros  fratres.  Beno  vale.  Ex  Gencvensi  civitate,  IV  Jnlii. 
(1543.) 

Tui  IVatres  Philippus  ab  Ecclesia,  Amed'".  Cha.mperellus. 

MaTTHELS  GENESTONUS'^  ArELLS  PoL'PlMNLS,  L.  TrEIM'EREAU  ' '. 

au  tiltre  ([uc  je  l'avoyc  reveu  H  corrige  :  et  néantmoins  qu'il  y  a  des  fautes 
grosses  et  lourdes,  il  est  besoing  que  j'advertisse  les  lecteurs  pour  ni'eu 
excuser  :  et  prévenir  le  scaiulale  qui  en  pourroit  estre.  Il  est  vrav  que  je 
Tavois  reveu,  et  comliien  que  ce  eust  esté  eu  liastc  :  d'autant  que  j"avoj-e 
adonc  autre  labeur  en  main  qui  me  pressoit  :  si  est-ce  que  je  n'y  avois 
pas  travaillé  eu  vain.  Et  la  correction  eust  assez  profité  à  la  gloire  de 
Dieu,  et  à  l'instruction  de  son  peuple  :  si  on  eut  suivy  la  copie,  ainsi  que  je 
l'avoye  faicte  :  et  que  la  négligence  ne  fust  pas  venue  d'ailleurs.  Combien 
que  je  ne  say  si  je  dois  dutout  imputer  cela  à  négligence,  qu'on  se  soit  si 
loing  destourué  de  mou  intention  :  quasi  de  propos  délibéré.  Quoy  qu'il  en 
soit,  la  translation,  telle  qu'elle  estoit,  ne  laissoit  pas  encor  d'estre  meilleure 
que  les  précédentes.  ^lais  j'ay  bien  voulu  advertir  les  Lecteurs  de  la  vérité  : 
à  lin  que  la  faute  d"autruy  ne  soit  rejectée  sur  moy  :  comme  ce  n'est  pas 
la  raison,  et  aussi  pour  leur  donner  espérance  de  trouver  icy  mieux,  de 
laquelle  ils  ne  seront  pas  frustrez. 

^^  D'après  les  calculs  que  M.  Henri  Kamm,  de  Lausanne,  a  bien  voulu 
faire  pour  nous,  la  nouvelle  lune  en  question  eut  lieu  dans  la  nuit  du 
1"  au  ^juillet  154.8  (calendrier  julien). 

"  La  copie  porte  David,  ce  qui  est  une  erreur  manifeste.  Chavipereau 
signait  presque  toujours  avec  le  prénom  Amé,  Aymé,  ou  Edme  (Amedcem- 
ou  Edmundus). 

'*  Le  5  juin,  les  ministres  de  Genève  avaient  annoncé  au  Conseil  que 
Pierre  Blanchet  était  mort  à  l'hôpital  des  pestiférés,  et  que  Matthieu  de 
Gene^ton  s'oftrait  pour  le  remplacer,  si  le  sort  tombait  sur  lui  (Reg.  du  d. 
jour). 

"  Ahel  Poupin,  natif  de  Eouen,  était  pasteur  de  la  ville  de])uis  le 
23  avril  1543.  io«y>  Treppereau  s'a])i)elait  en  latin  Trepperelhis. 


T.    VIII. 


29 


450  LE  COiNSElL  DE  GENÈVE  A  JEAN  CALVIN,  A  STRASBOURG.       1343 


1257 

LE  CONSEIL  DE  GENÈVE  à  Jean  Calvin,  à  Strasbourg. 
De  Genève,  11  juillet  1543. 

Msci'it  orig.  Bibl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  145.  Cal.  Opp, 

XI,  591. 

Monsieur,  nous  amyables  salutacions  prémises.  Nous  havons 
receu  par  nostre  liérauld  vostre  leetre',  ensemble  la  seconde 
Épistre  de  maystre  Omllanme  Farel^  et  Responce  deCaroli^  : 
de  quoy  voz  mercions.  Et  sûmes  estes  bien  joieulx  de  sçavoyer 
de  voz  novelles,  vous  priant  que,  si  ne  allez  à  Metz,  que  le  plus 
briefz  qu'il  vous  sera  possible  voz  en  revenés,  pource  que  sçavés 
bien  que  l'on  a  besoieng  de  vous  en  l'église.  Toutesfoys,  si  estoyt 
le  bon  volloyer  de  Dieu  que  fussiés  aoye  contre  le  dict  Caroli, 
ne  vouldryons  rien  espargnyer  de  nostre  costé  de  rendre  nostre 
debvoyer  en  tel  affère,  ainsy  qu'il  sera  neccessaire.  Et,  pour 
aultant  que  havons  entendu  les  bons  recuyl  que  voz  hont  estes 
fayct  tam  à  la  ville  de  Basle  que  [à]  Estrahourg,  ne  ferés  faulte, 
de  nostre  part,  envers  eulx  fère  nous  amyables  recommandacions 
avecque  les  remerciacions  et  réoffres  oi)portunes. 

Nous  havons  deslyvrés  VEspitre  susrelatées  à  Johan  Girard 
j)Our  icelle  imprimer  \  comment  maystre  Guillaume  avoyt 
escript  :  autqueit,  de  nostre  part,  ferés  nous  recommandacions. 
Et  sur  ce  pryons  Dieu  qu'il  voz  consei've.  Actum  xi"  Jullii  1548, 

Les  Scindicques  et  Conseyl  de  Genève. 

Nous  voz  envoyons  par  nostre  dictz  héraulx  dix  escus  soley^ 
pour  satisfayre  à  voz  despens.  Quant  à  ce  que  havyés  deslyvrés 

'-•^  N"^  1254  et  1250. 

^  Réi)onse  envoyée  le  1''  juin  au  Conseil  de  Strasbourg  par  les  niagis- 
trats  de  Metz  (N"  1242). 

■*  C'est  VEintre  de  Farel  du  25  juin  à  Caroli,  visée  plus  haut  (renv.  de 
n.  2). 

*  Écus  au  soleil,  comme  on  ai)p(>lait  i(>s  écus  de  France. 


i 


1543     PHILIPPE  MÉLANCHTHON  A  JEAN  CALVIN  [a  STRASBOURG].        45! 

au  dictz  iiostre  liéruiilx,  cclla  liiy  est  esté  hiyssé,  et  ticmlra  ccniiptt' 
avecqiie  vous. 

(SuscriptioH  :)  Monsieur  Calvin,  iifwtic  ministre,  estant  à  ])ré- 
sent  Estrabourg. 


1258 

PHILIPPE  .MÉLAN(  HTHON  à  Jeaii  Galvlii  [à  Strasbourg.] 
De  Bonn,  H  juillet  (1543). 

Autogr.  Ribl.  Publ.  de  Genève.  Vol.  n"  KM).  Calv.  Op]).  XI,  5!)4. 

S.  I).  Niliil  in  liac  liliei/i  ripa  congressu  Sfnruiu  nostri^  jiicun- 
dius  adluic  (juideni  niilii  luit  :  quem  quidi^m  e5  libentiîis 
complexus  sum,  quôd  te  comiteni  adducel)at-.  ^'ideor  cnim 
legens  tuam  epistolam^  i)lenam  eruditionis  y.cxi  Br£oa£(SeLocç,  te 
ipsuni  audire.  Utrique  igitur  gratiani  liabeo,  Sturmio  et  tibi, 
quôd  in  his  occupationibus  [sumniis '^J,  quas  scis  sollicitudinuni 
l)lenas  esse,  [me  rejspicitis.  Peto  etiam,  ut  Ecclesiam  [laboran- 
tem],  quod  certè  te  facere  scio,  [comniende|s  tilio  Dei,  quem 
Daniel  in(iuit  [in  exjtremo  temj)Ore  dissi])aturum  Ecclesia'  [de- 
vasjtatorem  esse.  Vides  Imperiorum  [tumul|tus.  (pii  r('l)us 
humanis  ingentem  [confujsionem  adferent.  Nos  intérim  [Eccle- 
siamj  Verbi'  doctrina  foveamus  :  qua  de  re  j)uto  te  sermones 
mecs  multos  [memoria  tenere].  Quod  iu  'parte  (Ikiyntationis 
edita^,  refers  ad  peccatum  seu  morbum  originis  xiiv  àâv-jtxij.iav, 
mihi  placet.  Alteram  partem  Ti-pi  d-jdyy.-n;,  ex  divina'  voluntatis 
])erpetua  sententia,  nollcni   addi  :  -«v  d-.or.rA-.y.zMv  ici  dicere, 

*  Jemi  Stttnn,  jjrofcsscur  ù  Str;isI)ourg.  Calvin  Pavait  ciiargé  (Pune 
lettre  adressée  à  Mélandithon. 

^  Parole  aimable,  expliquée  par  la  phrase  suivante. 

*  Cette  lettre  de  Calvin  est  jx'rdue. 

*  Ici  commence  une  lacune,  dans  la  i)artic  gauclir  du  manuscrit. 
^  Édition  de  Brunswick  :  util/  doctrina. 

"  La  première  i)artie  de  l'ouvrage  de  Calvin  contre  l'ifjhius  (  Cf.  Icttn' 
de  Mélanchtlion  du  11  mai,  X"  1228,  n.  8). 


452     LE  CONSEIL  DE  LA  NEUVEVILLE  AU  CONSEIL  DE  BERNE.    1513 

Neroiiis  flagicia  necessariô  facta  esse.  Tandem  ergo  abrumpamus 
illas  qiuTestiones.  Bene  vale.  12  Jiilii  (1543".)  Bonnae. 

Philippus  Melanthon. 
Saluteni  opto  D.  Pharello. 

(Inscriptio  :)  Clarissimo  viro  et  egregia  eriiditione  et  pietate 
I)ra?dito  I).  Jolianni  Calvino,  amico  suo  cariss. 


1259 

LE  CONSEIL  DE  LA  NEUVEVILLE  ail  Coiiseil  de  Berne. 
De  la  Neuveville,  15  juillet  1543. 

Inédite.  Mannserit  original.  Arch.  de  Berne. 

Très  redonbté,  magnifficques  et  très  puissant  Seignieurs,  à 
vous  exellences  tant  que  à  nous  est  possible  humblement  nous 
recomandons.  Très  exellent  Signieurs,  ceulx  du  village  de  Li- 
gnières  '  sont  venuz  à  nous,  ])our  nous  déclayré,  que  après  plus- 
seurs  bonnes  remonstrances  faictes  par  plussieurs  gens  de  biens 
à  iceulx,  qu'ils  estoyent  esmeii  de  volloir  vivre  à  ÏEvangiUe 
et  accejjter  rostre  saincte  réformation,  —  nous  pryant  que 
])Our  ce  fayre  leur  aydissions,  afïin  que  l'on  ne  leur  doue  aul- 
cungs  empêchement,  coment  par  cy-devant  l'on  a  vollu  fayre. 
Ainsy  que  le  présent  pourteur  informera  vostre  signiorie,  Hz 
estoyent  assez  bon  nombre  assistant  à  certaine  prédicacion  qu'ont 
esté  faictes  sez  jours  passez  ou  [1,  au]  dit  Lignieres;  mais  ilz  ont 
depuis  esté  espovanté  ein  partye,  et  la  reste  nous  a  faict  requeste 
de  leur  ayder,  ainsy  comment  vostre  signiorie  poura  veoir  par 
la  supplications^  :  le  nombre  desquelz  ilz  [l.  y]  est  contenuz.  Et 

^  On  sait  que  Mélanclithon,  appelé  ])ar  l'électeur  Hermann  de  W/ed, 
partit  pour  Bonn  au  mois  d'avril  1543,  qu'il  arriva  dans  cette  ville  au 
mois  de  mai  et  dut  en  sortir  avant  le  19  août  (Voyez  la  lettre  que  Bucer 
lui  adressa  de  Bonn  le  25  août,  publiée  par  Bindseil,  o.  c,  p.  182.  _  Ca- 
merarius,  o.  c,  p.  202). 

*  Lignieres,  village  neuchâtelois,  est  situé  à  une  lieue  N.-O.  de  la' Neu- 
veville. 


I 


134.3  LES  MINISTRALX  DK  NELCHATKL  AU  CONSKIL  DE  STRASIJOUKG.  453 

l)Ourtant  que  nous  n'avons  moy(^n  do  leur  aydm',  sinon  pai'  vous, 
nous  vous  sujjjilions  qui  vous  j)!ays(^  les  avoir  imur  rcconiandé; 
car  la  cause  \o  vault  bien,  connue  yntendés  Ix'aulcouj)  niieulx 
(jue  ne  serions  [1.  saurions]  rescri])re.  Vous  suppliant  de  recldeff 
considérez  qi(Jil\s\  sont  de  la  parroisse  du  Landeron.  Et  puisquMlz 
demandont  TÉvangille,  vous  avés  juste  cause  de  leur  ayder  et 
secourir  à  ceste  tant  nécessayre  requeste.  Sy  ainsy  le  faictes, 
très  exellent  Signieurs,  nous  obligerez  de  plus  en  plus  à  voustre 
signiorie,  pryant  Dieu,  très  nnloubtez  Signieurs,  vous  avoir  en 
sa  sainte  gard(»  et  protections.  Escripte  de  la  Noveville,  ce  xv 
jours  de  Juillet  Anno  xliii,  etc. 

Yoz  luinil)lez  et  obéissant  bourgeois 
Chastellain  et  Conseilz  de  la  Noveville. 

(Suscription  :)  Aux  très  redoubtés,  magnifticqu(^s  et  très 
jjuissant  Signieurs  ^less"^  les  Advoyé  et  Cons(Mlz  d(>  la  ville  de 
Berne,  noz  bons  S''  et  speciall  grand  amis,  etc. 


1^260 

LES  MiMSTRAUX  DE  NEUCHATEL  au  Conseil  de  Slrasbom'g. 
De  Neuchâtel,  16  juillet  1543. 

Manuscrit  orig.  Arcli.  de  St.-Thonias  à  Strasbourg,  (al.  Op]). 

XI,  595. 

Nostre  chrestienne  et  singuliièi-e  reconiniendation.  et  ce  que 
pouvons  en  honneur  et  dilection  vous  soyent  i)réniis. 

Magnifiques,  nobles,  pourvL%l)les,  prudens,  saiges  et  discrets 
Seigneurs!  Nous  sûmes  très  assurez  de  la  très  noble,  plus  que 
vertueuse  assistance  qu'avez  faictz  et  faictes  jourm^llement  à 

^  Nous  n'avons  pas  retrouvé  cette  jiièce.  La  lettre  du  Landeron  à  Soleure 
du  25  juillet  1543  nous  apprend  (lu'iiii  ministre  avait  prêché  à  Lignières, 
trois  dimanches  de  suite  (c.  à  d.  les  S,  15,  22  juillet).  Il  y  était  venu  avec 
le  cliàtelain  et  quelques  coaiseillers  de  la  Neuvevilie.  La  susdite  lettre 
affirme  qu'il  n"y  avait  à  Ugnières  que  dix  ou  douzej)artisans  de  la  Réforme 
(Cf.  Recès  des  diètes,  vol.  de  1541-48,  p.  321). 


454  LES  iMlNISTRALX  DE  NEUCHATEL  AU  CONSEIL  DE  BERNE.        1543 

nostre  fidèle  pasteur,  M"  Guill"  Pharelus,  qu'est  présentement 
en  vostre  cité  :  de  quoy  très  grandement  vous  remercions  et 
vous  en  rendons  grâces  et  louanges  immortelles,  vous  supplians 
d'y  continuer  de  plus  en  plus. 

Très  vertueux  Seigneurs,  jaçoit  que  icel  M'"''  Onillmtme  soit 
ung  vray  ministre  de  véritable  doctrine,  menant  vie  évangé- 
licque,  dont  i)ar  ses  œuvres  clirestiennes  il  est  en  exemple  aux 
paovres  brebis  de  Nostre  Seigneur  et  en  horreur  aux  iniques 
(comme  il  est  très  manifeste).  Or  puis  qu'il  est  sans  cause  et  rai- 
son par  ce  misérable  P.  Caroly  estans  à  Metz,  quil  a  blasmé  son 
ministère,  l'accusant  d'hérésie  (ce  qu'il  n'est),  et  pource  qu'il  est 
plus  que  requis  et  très  nécessaire  résister  aux  astuces  et  finesses 
malheureuses  du  dict  Caroly,  — vous  supplions  et  requérons  en 
ce  luy  assister.  Car  le  bien  que  luy  ferez  le  réputons  estre  faitz 
à  noz-mesmes.  Et  nous  pourrez  admonester  (sy  vostre  seigneu- 
rie le  permetz)  en  quoy  pourrions  assister  pour  nostre  dit  pas- 
teur, mesmement  pour  ceste  cause  (pour  quoy  vous  envoyons 
ceste  présente),  que  causera  l'avancement  du  sainct  Évangille. 
A  tant  vous  disons  à  Dieu,  auquel  prions  vous  donner  l'entier 
de  voz  nobles  et  excellens  désirs.  De  nostre  Conseil,  le  xvi"'' jour 
de  ce  présent  moys  de  Juyllet  1543. 

Les  entièrement  tous  vostres,  prest  à  vous 

fayre  plaisirs 

Les  quattres  mlmstrallx  et  Conseil  de 

Neufchastel. 

(Suscrvption  :)  Aux  magnifiques,  nobles,  pourvéables,  saiges 
et  très  vertueux  Seigneui's  le  Maistre-bourgeois  et  Conseil  de 
Strasbourg,  nous  singulliers  et  honnorez  seigneurs  et  amys. 


4260bis 

LES  MNiSTRAUx  DE  NEUCHATEL  au  Consell  de  Berne. 
De  Neuchâtel,  16  juillet  1543. 

Inédite.  ^Manuscrit  original.  Arch.  de  Berne. 
Très  redoul)tez,  niagnificques  et  très  puyssans  Seigneurs,  tant 


1543  LE  GOl  VEKNELR  DE  NEUCHATEL  AU  CONSEIL  DE  STRASBOURG.  453 

et  si  humblement  (juc  faire  i)ouvons  à  vostro  excollento  grâce 
nous  noz  recommandons. 

Très  vertueux  Seigneurs,  ponrcc  (pie  sans  cause  et  sans  rayson 
ce  malheureux  Pierre  Caroly,  estans  à  Mdz,  a  l)lasni(''  nostrc 
fidèle  pasteur  M"  Guillaume  Pharel,  et  vostre  sci-vitiur.  {"accu- 
sant  d'hérésies  (ce  qu'il  n'est),  Et  ponrcc  (pic  !<■  cas  nous  touche, 
et  sûmes  en  ce  comprins,  vehus  (pic  tenons  une  niesme  l'eligion 
évangélicque.  vous  su])plions  (pic  |)oiir  radvancement  de  la 
gloyre  de  Dieu,  et  au  mespris  et  vitupère  d.u  dit  Cdroly,  en  vou- 
loir escripre  aux  Seigneurs  maistre  bourgeois  et  Conseil  d'Es- 
trasbourg,  de  sorte  et  manière  que  puyssions  cognoistre  vostre 
très  noble  rescription,  par  vosti-e  bon  moyen,  sortisse  fruys. 
digne  de  consolation  chrestieiinc,  combien  qu(>  de  nostre  part 
faysons  tout  ce  que  à  nous  est  ])Ossible.  ^L\is  vehus  vostre 
excellens  crédis,  que  avez  niesme  en  icelle  ville,  vous  escripvons 
eeste  présente.  A  tant  prions  l'Éternel  que  à  voz,  noz  Magni- 
ficques  Seigneurs,  vouloir  (sir)  augment(n'  voz  nobles  désirs.  De 
nostre  Conseil,  le  xvi"'"  jour  de  ce  présent  moys  de  Juillict  1543. 

^'oz  humbles  serviteurs  Les  qu attres 
Mlmstraulx  et  Conseil  de  Neufghastel. 


(Suscription  :)  Aux  très  redoubtez.  jSIagnificques  et  très  puys- 
ns  Seigneurs,  l'Advoye 
très  honnorez  Seigneurs. 


sans  Seigneurs,  l'Advoyer  et  Conseil  de  la  ville  de  Berne,  non 


1^261 

LE  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL  au  Gonscil  de  Strasbourg. 
De  Neuchatel,  17  juillet  1543. 

Manuscrit  orig.  Ai'ch.  de  St.-Thomas.  Cal.  Opj).  XI,  ônti. 

Magnificques  et  très  honnorez  Seigneurs, 

Nous  avons  entendu  par  la  r(Scrii)tion  de  M'"  Guïll.  Farel, 
nostre  pasteur,  l'assistance  qu'avez  faict  tant  à  son  ministère 
comme  à  sa  personne  :  dont  grandennmt  vous  remercions,  vous 
priant  de  i)lus  en  plus  persévérer.  Car  quant  congnoistriez  que 


456   LE  GOUVERNEUR  DE  NEUCHATEL  AU  CONSEIL  DE  STRASBOURG.  1543 

auryons  moyens  pour  scervir  à  l'avansement  de  rhonneur  et 
gloire  de  Dieu  et  pour  la  conservation  du  ministère  de  nostre 
dit  pasteur,  pour  avoir  scertitude  de  doctrine  pure  et  de  bonne 
conservation,  noz  nous  vouldrions  selon  nostre  pouvoir  em- 
ploier  :  vous  ])rians  de  reclieff  avoir  nostre  dit  pasteur  en  sin- 
guUière  recommandacion.  Nous  ouifrans,  en  semblables  cas  ou 
plus  grandz,  le  vous  revoyr  et  gratiffier  en  nous  recomandans 
humblement  à  voz  bonnes  grâces.  Priant  Dieu,  Magnificques  et 
très  honnorez  Seigneurs,  vous  donner  bonne  et  longue  vie. 
Escript  à  Neufchastel  près  le  lac,  le  xv!!"""  jour  de  Juillet,  Tan 
mil  cinq  cons  quarante  et  troys^ 

Voz  humbles  serviteurs 

Le  Gouverneur  et  Conseil  de  Madame 

de  longueville 

En  son  Contey  de  Neufchastel. 

Merveilleux. 


(Susc7-iption  :)  A  Magnilicques  et  noz  très  honnorez  Seigneurs 
Messeigneurs  FAmantmeistre  et  Conseil  de  la  Cité  de  Stras- 
burg. 

^  Le  15  juillet,  le  Conseil  d'État  de  Neuchàtel  avait  adressé  à  celui  de 
Berne  une  lettre  allemande,  que  M.  Rodolphe  de  Sinner  a  eu  l'obligeance 
de  nous  communiquer.  Voici  le  résumé  de  cette  lettre  : 

L'écrit  de  M'  Guillaume  Farel  nous  a  informés  des  grands  bienfaits 
qu'il  a  reçus  de  MM.  de  Strasbourg  en  plusieurs  occasions.  Nous  en  sommes 
très  reconnaissants,  et,  parce  qu'il  nous  a  fidèlement  annoncé  la  parole  de 
Dieu,  et  que  nous  l'avons  trouvé  extérieurement  irrépréhensible  dans  sa 
conduite,  nous  estimons  avoir  reçu  nous-mêmes  les  bienfaits  qui  lui  ont 
été  accordés.  Or,  comme  vous  êtes  en  haute  estime  auprès  des  honorables 
Seigneurs  de  Strasbourg,  nous  vous  prions  de  les  remercier  très  amicale- 
ment, de  notre  part,  pour  tous  leurs  bons  offices  envers  Farel,  et  de  le  leur 
recommander,  afin  qu'il  puisse  continuer  le  ministère  auquel  Dieu  l'a 
ap])elé. 

Le  Gouverneur  et  le  Conseil 

DE  LA  Comtesse  de  Neuchàtel, 

voti'e  combourgeoise. 


1543  JEAN  CALVIN  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  457 


JEAN  CALVIN  au  Coiiscil  de  Genève. 
De  Strasbourg,  2't  juillet  1543. 

Autogr.  Arch.  do  Genève.  J. Bonnet,  o.  cl,  84. Calv.(  >|)i).  XI,  597. 

Magniticques  et  très  lioiH)r('z  Scignenrs, 

Deux  jours  après  le  retour  de  vostre  liérault  scnlcnuMit.  nous 
avons  eu  response  de  la  journée  de  Smcdkald  :  (lue  i)our  le  jjré- 
sent  les  princes  et  ambassadeurs  des  villes  ne  pouvoient  rien 
vuider  en  l'affaire  de  Metz  :  mais  que  avant  que  partir  ilz  en 
feroient  une  bonne  conclusion  :  c'est  de  tenir  nouvelle  journée 
pour  achever  ce  qui  a  esté  connnencé  :  puis  que  ceux  de  Metz  ne 
veulent  aller  oultre,  si  on  ne  les  i)Oulse.  Or  leur  intention  est, 
de  demander  sauf-conduict  pour  eux  et  ceux  qu'ilz  vouldront  là 
mener  :  et  cela  faict,  venir  sur  le  lieu,  afiin  de  presser  d'advan- 
taige.  Ces  nouvelles  ouïes,  nous  sommes  allez,  maistr(>  Gnillmdme 
et  moy,  par  devant  Messieurs  du  Conseil  de  ceste  ville,  les  pryer 
de  nous  dire  [ce]  (ju'il  leur  sombloit  bon  de  faire,  alléguant  que 
nous  craingnions  que  ce  ne  fust  une  chose  trop  longue  d'attendre 
la  venue  de  leurs  ambassadeurs,  et  niesnie  (pic  j"avoye  receu 
lettres  de  vous,  par  lesquelles  vous  me  mandiez,  s'il  n'y  avoit 
espérance  de  rien  ftiire  pour  maintenant,  (pie  je  fisse  diligence 
de  m'en  retourner.  Toutefois  (jue  s'il  leur  sembloit  lyon,  maistre 
Gitillaidnie  pourroit  encor  attendre,  de  j)eur  de  rompre  le  cou- 
raige  aux  bons  frères  de  Metz,  s'ilz  nous  voioient  i)artir  tous 
deux  ensemble.  Ainsi  nous  leur  donnions  à  entendre,  que  nostre 
d(^sir  eust  esté  que  maisti-e  Gudldulme  fust  (Idiieuré,  et  (pie  je 
me  fusse  retiré  par  delà,  jusque  h  ce  (pi^on  eust  eu  certaine 
résolution.  Leui'  i-esponse  a  esté,  que  s'il  y  avoit  cause  trojt  iii-- 
gente,  qui  me  contraignit  de  n^tourner  pai-  devers  vous,  qu'ilz 
ne  m'osoient  pas  em[)escher,  mais  cpie  s'il  estoit  |)ossible,  le 
meilleur  leur  sembloit  de  ne  bouger  devant  le  rctoiii-  de  l(>urs 
ambassadeurs  :  lesquelz  ilz  espèrent  dehvoir  estre  d'icy  à  liuict 
jours  en  ceste  ville. 


458  JEAN  CALVIN  AL'  CONSEIL  DE  GENÈVE.  1S43 

Quant  aux  recommandations,  remerciemens  et  offres,  que  je 
leur  ay  faict  de  vostre  part  :  ilz  ont  rcspondu  que  comme  jusque 
à  ceste  heure  ilz  se  sont  employé  en  ceste  cause  :  aussi  qu'ilz  ont 
bon  couraige  d(^  ])oursuivre  et  persévérer  à  Tadvenir  :  seule- 
ment qu'il  leur  faict  mal  de  n'y  pouvoir  donner  meilleur  ordre  : 
et  m'ont  donné  charge  de  vous  faire  leurs  recommandations, 
promectans  ne  faillir  à  vous  escrire  par  moy.  Car  ilz  n'estoient 
pas  advertis  d'avoir  messaiger  si  propre. 

Aians  ceste  response,  nous  avons  changé  propos,  Maistre 
Gnillaulme  et  moy.  Et  ne  doubte  i)as  que  vous  ne  trouviez  bon 
que  j'aye  suivy  le  conseil  de  Messieurs  de  ceste  ville,  puis  que  la 
chose  estoit  ainsi  doubteuse.  Il  est  certain  qu'ilz  ne  m-eussent 
pas  voulu  retenir  sans  avoir  bonne  espérance.  Nostre  Seigneur 
vueille  tellement  conduire  son  œuvre,  que  l'issue  soit  encore 
meilleure.  Les  frères  de  Metz  aussi  de  leur  costé  solicitent  dili- 
gemment. Car  le  Maistre-Eschevin  ancien^  avec  quattre  bour- 
geois a  esté  à  la  journée  :  et  de  présent  y  ont  encor  homme. 
Incontinent  que  je  pourray,  il  ne  vous  fault  doubtei'  que  je  me 
hasteray  de  revenir,  et  si  ce  n'eust  esté  que  le  terme  est  si  brief, 
je  n'eusse  failly  à  faire  un  voiage  par  delà,  pour  vous  faire  moy- 
mesme  de  bouche  les  excuses.  Mais  puis  qu'ainsi  est,  il  n'y  avoit 
propos  de  laisser  un  ouvrage  si  bien  commencé.  Parquoy,  Magni- 
ficques  seigneurs,  je  vous  ]n"ye  que  vostre  ])laisir  soit  avoir 
encore  patience  pour  ce  petit  de  temps  :  comme  j'espère  bien 
qu'au[s]si  aurez-vous  :  qui  est  la  cause  que  je  ne  vous  en  faiz 
])lus  longues  excuses. 

Pour  nouvelles  :  L'arclievesqiie  de  Coulongne  est  merveilleu- 
sement constant  à  medre  VÉraiigUe  en  son  ixns.  ^  Et  est  vraye- 

'   Gaspard  de  Heu. 

^  Voyez,  sur  Hermann  de  Wied,  les  Indices  des  tomes  YI,  Wl.  —  Nous 
relevons  les  passages  suivants  dans  la  bulle  adressée,  le  1"  juin  1543,  aux 
magistrats  de  Cologne  par  le  pape  l'aul  III  :  <•  Vestra...  ])ietas  et  con- 
stantia  semj)er  laudata  et  in  ore  omnium  celebris,  nuper  splendidiùs  fulsit, 
cum  rester  Archiepiscopus  (si  is  hoc  nomiiie  jam  dignus  est),  corrupta 
sua  Diœcesi,  etiam  suam  civitatem  vestram  corrumpere...  conatus  est... 
Quapropter  vos,  filii,  liortamur,...  ut  in  cœpta  ]>ietate  et  constantia  perse- 
vcretis,  modis  omnibus  providentes  atque  impedientes,  ne  Lutheraui  Con- 
cionafores,  nunc  in  vicinis  locis  rugicntes  et  quperentes  queni  dévorent, 
in  vestra  civitate  pr?edicare  aut  p0])ulum  sediuere  possint....  »  (Aubertus 
Mirons,  o.  c,  IV,  112.) 


Io43  JEAN  CALVIN  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  459 

ment  un  iiiiraclc  tlu  zt'K-  (iiril  a.  Car  (|iu'l(juc  ivsistciicc  (iiic  hiv 
face  le  clci-gé,  rimiversité  ot  la  ville  de  Coulot/r/ne,  voire  jusciuc 
à  le  menacer  apertement  de  le  (léj)oser,  il  ne  laisse  imurtant  de 
persévérei'  plus  vifvement  ([uc  jamais  :  pj/at/f  les  prescheurs  qui 
sont  avec  luy  de  n'avoir  anlcu».  esgard  à  sa  jJersonne,  ny  à  son 
estât,  que  la  réformation  ne  se  face  droictement  et  comme  il 
appartient  :  d'aultant  que  sa  conscience  le  jJresse  de  s'en  acquiter 
devant  que  mourir.  '  11  a  maintenant  assemblé  les  estatz  du  j)aïs 
poui-  conclurre  de  mectre  ordre  et  police  sur  les  csglises  :  et 
corriger  Tidolatrie.  '  Car  touchant  la  prédication,  il  en  avoit 
desjà  esté  résolu  à  Taultre  fois  :  ('"est  que  tout  le  païs.  excepté 
le  clergé  et  la  ville,  ont  accepté  quo  TÉvangile  se  prescliât 
l)ar  tout. 

Ce  pendant,  l'Empereur  faict  ses  appareil/  ])Our  défendre  ses 
pàis-has  contre  le  Boy,'  ou  bien  se  ruei'  sur  le  Duc  de  Clèves. 
On  ne  sçait  lequel.  Combien  qu'il  n'est  ])as  encor  fort  avant  en 
chemin.  Et  y  a  dangier  qu'il  ne  se  puisse  pas  trop  fort  haster. 
Car  le  Turc  descend  avec  grosse  puissance,  et  veult  entrer  do 
trois  costés  en  TAlemaiyne.  Si  cela  ne  le  contrainct  de  recullei- 
du  tout,  si  luy  sera-ce  un  retardement.  S'il  avoit  loisir  de  donner 
sur  le  Duc  de  Clèves,  chascun  pense  bien  ([uil  en  viendroit 
au-dessus. 

Touchant  du  Roy.  il  a  esté  empesché  par  l'espace  quasi  d'un 
mois  j)0ur  les  pluies  continuelles.  Nous  avons  eu  nouvelles 
depuis  quattre  jours  qu'il  se  délibéroit  de  marcher,  ])our  venir 
rencontrer  le  Duc  de  Clèves.  Mais  hier  nouvelles  vinsrent  au 
contraire  qu'il  reculloit ''.  On  ne  scait  si  c'est  j)our  ce  que  TAn- 
glois  le  presse.  Et  aussi  n'est-il  j)as  certain  (pie  ainsi  soit.' 
L'Emj)ereur  demande  des  villes  artilhn-ies  et  nninitions  h  eiu- 

*  Il  était  âgé  d'environ  soixant('-s(>])t  ans. 

*  Voyez  C.  Varrentrapp.  Hermaiin  von  Wied  und  sein  Reforniationsver- 
such  in  Kôln.  Leipzig,  1878,  p.  132-177.  Zweite  Alitlicilniif>-,  p.  53-00. 

^■^  Au  mois  do  juin,  François  lavait  envahi  le  Ilalnaut  avec  plus  de 
trente-cinq  mille  hommes  ;  il  s'était  emj)aré  de  Landrccies.  sur  la  Samhre, 
et  il  foisait  fortifier  à  grands  frais  cette  ville.  Mais  au  lieu  de  marcher  au 
secours  de  Guillaume  de  Clères,  que  menaçaient  les  Impériaux  rassend)lés 
à  Spire,  il  s'en  retourna  à  la  cour  et  passa  ])resque  tout  le  mois  d'août  en 
chasses  et  en  fêtes  aux  environs  de  Rr-inis  (  Voy.  H.  Martin,  VIII.  2sS-srt). 

^  Le  11  février  1.543,  Charles-Quinl  avait  conclu  avec  Henri  VIII  un 
traité,  i)ar  h'i\\\v\  ils  s'engageaient   tous  deux  à  sommer  François  I  de 


460  JEAN  CALVIN  AUX  DÉPLIÉS  GENEVOIS  A  BERNE.  lo43 

pninter.  Mais  il  ira  pas  par  tout  le  crédit  quil  voiildroit  bien. 
A  tant,  Magnilicques  et  très  redoubtez  seigneurs,  après  nfestre 
humblement  recommandé  à  vostre  bonne  grâce,  je  sujjplye 
nostre  Seigneur  Jésus  de  vous  gouverner  tousjours  par  son 
sainct  esperit,  vous  donnant  prudence  et  droicture,  pour  faire 
Totlice  qu'il  vous  a  commis  à  son  honneur  et  gloire,  et  au  salut 
de  vostre  peui)le  :  maintenant  par  sa  saincte  protection  vostre 
ville  et  seigneurie  en  bonne  ])rospérité.  De  Strasbourg  ce  xxiiii 
de  Juillet  1543. 

Vostre  humble  serviteur  en  Nostre  Seigneur. 

Jehan  Calvin, 

(Suscri^tion  :)  A  Magnilicques,  puissantz   et  très  honorez 
Seigneurs,  Messeigneurs  les  Syndicques  et  Conseil  de  Genesve  ^ 


1263 

JEAN  CALVIN  aux  Dépiités  genevois  à  Berne. 
De  Strasbourg,  ;24  juillet  (1543). 

Autogr.Arch.de  Genève.  J.  Bonnet,  o.  c.  1,  89.  Calv.  0pp.  XI,  600. 

Très  honorez  seigneurs,  aiant  eu  response  de  Smalkald,  y  i^stoie 
en  bonne  dévotion  et  désir  de  vous  aller  trouver  à  Berne,  pour 
m'en  retourner  de  là  à  Genesve,  si  je  n'eusse  esté  empesché  de 
Messieurs  de  ceste  ville.  La  response  estoit,  qu'il  falloit  vuider 
quelques  aultres  poinctz  en  la  journée,  devant  que  proveoir  à 
l'aftaire  de  Metz.  Toutefois  qu'il  n'y  auroit  faulte,  que  devant  le 
deppart  on  conclueroit  de  tenir  encore  une  aultre  journée,  et  sur 
le  lieu  mesme,  afïin  de  poursuivre  plus  vifvement.  Et  que  devant 
que  venir  là,  on  demanderoit  sauf-conduict  tant  ])Our  les  arbitres 
députez,  que  pour  ceux  qu'ilz  vouldi'oient  amener  en  leur  com- 
paignie,  sans  nommer  personne  :  pour  nous  y  conduire  en  meil- 

n'iioiic'cr  à  ruUianco  du  Tiirc  et  à  l'assaillir  de  concert,  s'il  refusait  (H. 
Martin,  1.  c). 

«  Au  dos  de  la  Irttrc.  on  lit  cette  note  de  Rufty,  secrétaire  genevois  :  <■  De 
nions"'  Calvin.  Uecvcu  ce  ultinin  .Iiiilii  154o.  •> 


1543      JEAN  CALVLN  AUX  DÉPUTÉS  GENEVOIS  A  BERNE.        46i 

leuro  seiireté.  Aiaiit  oiiy  (•('st(>  i-osponso,  jVstoic  d'advis  de 
retourner  incontinent  jns(jue  à  ce  (ju'il  fallut  entrer  dedans 
Metz:  et  ce])endant  (|U<'  Maistre  GuiUauJiitp  demeurât  icv  j)our 
entretenir  les  frères  de  Metz  et  leur  doiinci*  lion  coui-ai^e  de 
persévérer.  Mais  Tadvis  de  Messieurs  de  cestc  ville  a  esté  que 
nous  attendissions  tous  deux  jus(iue  à  la  M'uw  de  leurs  and)as- 
sadeurs  :  (|ui  sera,  comme  ilz  espèrent,  iVky  à  liuiet  j(tui-s.  J"ay 
bien  voulu  obtempérer  à  leur  conseil,  veu  (pie  tant  fidèlement 
ilz  s'emjjloient  en  cest  att'aire.  Ce  pendant  je  vous  recommande 
de  prier  le  Seigneur,  quil  ne  ))ermecte  que  j(>  m'en  retourne 
sans  faire  quelque  fruict  :  i)uis  que  j'ay  d(>sjà  tant  attendu.  .le  le 
l)i*ieray  aussi  de  ma  part  de  conduire  Taflaire  au(iuel  vous  estes, 
tellement  que  du  tout  il  vicmue  ;i  ])onne  issue.  VA  le  i-emercieray 
de  bon  cueur.  quant  j'en  ouii-ay  (|ue|(|U(N  nouvelles,  telles  que  je 
les  desir(\ 

Je  n'ay  point  loisii-  de  vous  escrire  des  nouvelles  tout  au  long. 
Et  aussi  je  ne  vous  en  sçauroie  guères  mander  que  de  niaulvaises: 
excepté  de  l'archevesque  de  CouJongne,  lequel  monstre  une  mer- 
veilleuse affection  à  tousjours  jU'omo[u]veoir  l'Évangile.  Il  est 
vray  que  la  ville  et  univ(n'sité  de  Coulongne  cIYcc  le  clergé  y  faict 
toute  résistence  qu'il  peult  :  mais  d'aultant  ])lus  a-il  de  constance 
et  fermeté  à  procéder  oultre.  C'est  aujourd'huy  le  premier  jour 
qu'il  commence  de  consulter  avec  les  estatz  du  pais  de  mectre 
ordre  et  police  en  l'esglise.  Je  diz  pour  en  résouldre  et  exécuter 
ce  qui  sera  accordé.  Car  la  forme  en  est  di^sjà  composée.  Si  le 
Seigneur  luy  faict  ceste  grâce  d'avoir  le  consentement  des  estatz. 
ce  sera  ])our  rompre  la  raige  des  adversair(>s. 

L' Em])ereur  faict  tousjours  ses  apprests  pour  d(^scendre  vers 
Brahant,  soit  pour  repoulser  le  Bog  ou  pour  ruer  sur  le  Duc  de 
Clèves.  Mais  il  ne  se  haste  pas  fort  d'ai)procher.  Et  aussi  il  n"a 
l)as  son  cas  prest.  D'aultre  j)art  il  y  a  dangier  (jue  le  Turc  ne  le 
retarde  :  lequel  descend  avec  fort  grosse  puissance,  ])0ur  assaillii- 
l'Aletncdgne  par  trois  costez.  S'il  pouvoit  marcher,  le  Duc  de 
Clèves  ne  le  sçauroit  soustenir,  s'il  n'avoit  ayde  du  Roy,  lequel  a 
esté  empesché  des  pluies  d'approcher.  Naguères  il  avoit  com- 
mencé de  ce  faire,  et  estoit  desjà  assez  avant,  mais  le  bruirt  est 
qu'il  reculle.  On  ne  scait  si  l'Anglais  le  retire  ])ar  force.  <^)uoy 
qu'il  y  ait,  c'est  une  chose  fort  i)itoiable  de  voir  une  telle  déso- 
lation par  toute  la  Chrestienté.  Nostre  Seigneur  par  sa  miséri- 


462  PIERRE  TOUSSAIN  A  MATTHIAS  ERD,  A  RIQUEWIR.  1543 

corde  infinie  vueille  regarder  les  misères  où  nous  sommes  :  et 
combien  que  nous  soions  très  dignes  d'en  porter  d'advantaige, 
qu"il  luy  i)laise  de  retirer  sa  main,  nous  donnant  l'esperit  de 
recongnoistre  noz  péchez  pour  nous  réduire  à  luy. 

Sur  ce,  très  honorez  Seigneurs,  après  m'estre  de  bon  cueur 
recommandé  à  vostre  bonne  grâce,  je  prye  le  Seigneur  de  vous 
assister  en  l'affaire  auquel  vous  vacquez,  vous  maintenant  en 
bonne  prospérité.  De  Strasbourg,  ce  xxiiii  de  Julliet. 

Vostre  serviteur  et  bon  amy, 
Jehan  Calvin. 

(Siiscriptioii  :)  A  très  honorez  Seigneurs,  Messieurs  les  Am- 
bassadeurs de  Genesve  A  Berne'. 


1264 

PIERRE  TOUSSAIN  à  Matthias  Erb,  à  Riquewir. 
(De  Montbéliard)  29  juillet  1543. 

Inédite.  Autogr.  Arch.  de  l'église  de  Baie. 

S.  Gratiss.[imumJ  mihi  fecisti,  frater  in  Domino  dilectissime, 
quôd  ad  ea  quœ  petebam  '  responderis.  Nam  etsi  ego  ipse  vide- 
ram  olim  xwiesens  et  Viteherga^  et  Norobergœ  ^  quee  scrïbis,  exis- 
timahani  tamen  ea  omnia  ah  eo  tempore  in  melius  imttata  esse. 
Et  mallem  nostros  potiùs  respicere  quae  nobis  mandat  Dominus 
Deus,  quàm  quod  illic  fit,  majoremque  a'dificationis  rationem 
liabere  quàm  proprii  sensus  ac  voluntatis,  quum  verum  sit  quod 
scribis,  vehenienter  periculosum  esse  novam  ecclesiam  à  papismo 
repurgatam  ad  instarque  vicinariim  ecclesiarum  institirtam,  uo- 
vis  Cœremoniis  ac  legïbus  onerare^.  Quanquam  videam  Ducem 

*  Note  du  socrétairo  genevois  :  «  Recepta  a  Berne,  28  de  Julliet  1543,  de 
inonsi'  J.  Calvin  de  Estrabourgs.  » 

'  Il  fait  iieut-ètre  allusion  à  sa  lettre  du  i  mars  (N"  1210,  reuv.  de  n.  9, 
10). 

*  Nous  croyons  qu(>  c'est  entre  1533  et  1535  que  Toussain  visita  les 
l)rincipales  villes  réformées  de  l'Allemagne  (III,  286). 

'  Cette  réflexion  (VErbius  se  rapportait   aux   églises   du   ]\Iontbéliard, 


1543  PIERRE  TOUSSAl.N  A  MAITHIAS  EUlt,  A  lUnLEWlU.  463 

nosirum  Christophorum  in  hoc  esso  ut,  nohis  (luaiitinnvis  rcchi- 
mantibns  ac  (lissuadciitibiis,  CivremoHue  in  D/imi/f  Wirfeinher- 
fioïtsl  a  ScJufppJfio  inlitiv  liîc  vnlfî(Mvtni-  et  oltscrveiitiir '.  In 
(luibus  si  quid  fucrit  à  nostris  dissiniilc  (ut  nuilta  suiit  ilissinii- 
lia),  facile  judicaro  potes  quàni  otîendctur  iiostci-  i)Oi)uius  et  lui'c 
tota  vicinia.  Exenipli  gratia  :  hahemus  lue  nostrum  catecliismum, 
nostnim  prœscriptum  et  consuetum  in  san-amentis  aflmiiiistran- 
dis  modum%  aliaqiio  id  genus,  qua'  si  nuuc  mutes.  (|uid  dicot 
poi)ulusV  Item  ahrogata  siint  Virginis  et  Sanctorum  feinta,  (juod 
haec  gens  illoruni  cultui  vclu^menter  essot  dodita,  (jua'  si  rcsti- 
tiiontur,  quid  cogitabunt  intirmiV  quid  dicent  adversariiV  Nonne 
hoc  fucrit  Ministeriuni  nostrum  j)rostituoi'o,  idolohitriam  sta])i- 
lire,  ac  infirmas  conscientias  magis  quàm  unquani  antea  i)ertur- 
bare  et  confundore?  Sod  quid  hîc  facias,  fratcr  in  Domino 
charissime?  *S'i  aheo,  meis  ipsis  fortasse  videbor  niihi  malè  con- 
scius  abire,  aliis  nu^im  ocelosiam  turpitcr  deserero.  Si  maneo, 
hoc  niultis  improbal)itur,  et  in  dies  moriar  potiiis  quàm  vivam, 
ha?c  videns  otfendicula.  Sed  de  liis  tamen  adeô  te  nolo  cuiquam 
quicquam  scril)ere,  ut  ista  velini  apud  te  esse  sepulta  donec  me- 
liùs  viderimus  quid  volet  Dominus  Deus. 

Verhi  Minister  ille  qui  rniper  venit,  Joannes  nomine  ',  natione 
Bavarus,  homo  non  indoctus,  astate  satis  matura,  compositisque 
moribus,  videtur  bonus  vir  esse,  et  optiniè  (spero)  inter  nos 
conveniet,  nisi  fortasse  vel  hominibus  quibusdam  plus  a'(iuo  sit 
addictus,  vel  (quodabsit)  in  Aula  corrumijatur.  Bene  vale  cum 

réformées  successivcincnt,  dès  1535,  sur  le  uiodMc  de  l'Kglisc  nciicliàti'- 
loise,  et  auxquelles  le  due  Christojjlie  voulait  imposer  la  liturgie  et  les  céré- 
monies du  Wurtemberg. 

*  Voyez  la  lettre  ([''Ehrhnrd  Schuepf  àw  3  .juin,  N"  1243. 

'"  Xous  ne  savons  quel  catéchisme  était  usité  à  Montbèlidrd,  mais  nous 
ne  doutons  pas  que  la  lifur(f/e  ne  fût  celle  de  Farel.  Le  catéchisme  inséré 
(aux  ff.  33-37)  dans  la  L/tnrijie  irurtenibergeoise  éditée  ])ar  Sclmi'])!'.  était 
peut-être  celui  de  Gaspard  Grdter  ou  de  Jean  Brentz  (Voyez  Sduiurrer. 
Erlauterungen  der  wiirtemherg.  Kirehen-lîcforniations-  u.  (ielelirtcn-Cie- 
schichte.  Tûbingen,  1798,  j).  179,  184). 

®  Outre  les  quatre  grandes  fêtes  (Xoël,  râ(iues,  l'Ascension,  la  rente- 
côte),  la  Liturgie  précitée  du  3  juin  1543  indique  (ft".  7,  8)  la  Circoncision, 
l'Epiphanie,  le  Jeudi  saint,  le  Vendredi  saint,  l'Annonciation,  la  fête  de  la 
])uritication,  la  fête  de  chacun  des  Apôtres  et  celle  de  St.  Jean-Baptiste. 

^  Joannes  Ancjelander  (Engelmann)  précédemment  pasteur  à  Gross- 
Engersheim. 


464  PIERRE  TOUSSAIN  A  SIGISMOND  STIER  [A  RIQUEWIR].  1o43 

tratribus  tuis  et  meis  oiunil)us.  quos  lirecor  ut  Dominus  Deus 
ecclesiae  suse  sanctcTe  quàm  diutissimè  servet  incolumes.  Si 
scias  qidd  scrïhat  mit  sen.t'ud  Luiherus  de  adoratione  Encharis- 
tise,  fac  obsecro  ad  mo  scribas.  Nam  hactenus  hona  conscientia 
dociii  et  doceo  adorandam  illam  non  esse,  hnaginesqne  in  teniplis 
Ciiristianorum  nonferendas^.  Id  quod  hîc  qiiosdam  malèhabet, 
prsesertim  eum  quein  tu  in  literis  tuis  nominasti,  quanquam  non 
sit  solus  verœ  religionis  adversarius  nostrorumque  malorum 
author;  sed  alios  adhuc  minus  institutos  habemus,  paucissimos 
verô  qui  verè  et  ex  animo  gloriam  Domini  quferant.  Et  destituti 
sumus  nostro  Cancellario  '■'  :  qui  si  istic  adhuc  est,  eum  mihi  plu- 
rimiim  in  Domino  salutabis,  ineque.  quum  fuerit  occasio,  Illus- 
trissimi  Principis  nostri  Georgii  clementise  ac  Celsitudini  com- 
mendal)is.  Yale  iterum.  De  opéra  i)ro  vino  ad  me  misso  sumpta 
gratias  non  ago,  sed  faxit,  precor,  Dominus  ut  aliquando  referre 
possim.  29  Julii  1543. 

TUUS  P.  ÏOSSANUS. 

Ego  vas  tuum  quàm  i)rimiim  potero  remittam. 

(Inscriptio  :)  Summa  eruditione  ac  integritate  prjçdito  viro 
D.  ]\Iattliise  Erbio,  ecclesiîe  Richenvillensis  pastori,  fratri  suo  in 
Domino  dilectissimo.  Ptichenvilhp. 


1265 

PIERRE  TorssAix  à  Sigismoiid  Stier  [à  Riquewir.] 
(DeMonlbéliard,  août  (?)  1543.) 

Inédite.  Autogi-ai)lie.  Arch.  de  l'église  de  Baie. 

S.  Si  Dominus  vellet  et  res  tuœ  ferrent,  vehementer  cuperem 
te  hîc  manere,  qiiod  nohis  ahesse  non  possis  sine  magno  detri- 
mento  Imjus  ecclesiœ.  Quod  autem  scribis,  ut  si  quid  Ei'bio  nos- 
tro scribere  velim.  id  jxt  te  faciam  :  quum  tu  uostra  omnia  me 


*  La  litiirji'ic  (k-  iScluiepf  ne  dit  lien  dos  images. 
'  Siyismond  Stier  (Voyez  la  lettre  suivante). 


1543  PIERRE  TOrSSAlN  A  SK.ISMOM)  SUER  [A  RIQUE\VIr|.  4G5 

iiK'liiis  teiiras,  et  illi  laciliits  iiarrai-c  ])()t('ris  (luàin  cj^o  scrihcrc. 
sujx'i'vacanca  pssot  moa  o])istola.  Hoc  soluiii  prccor.  ut  lioniiiicm 
luihi  in  Domino  diannu  et  ol)sorvaii(linn  |ilui-iiniini  saintes 
noniinc  nioo.  NosIi'iidi^  lue  appelhiri  de  concione,  ca  qiia  potiii 
lenitate,  sed  dicit  se  suos  Jiahere  iwœceptores,  Lutlterinn  rideli- 
cet  et  Brentiuni,  à  (jnihus  discedere  nolit,  nihiïqi(e  vel  docuisse 
vel  docturum  quod  illi  non  doceant.  Qï'torînn  (inoniam  cf^o  (diter 
ox  Ycrbo  Doi,  Duce-  etiani  ijra^sonto,  docui,  ot  scio  corani 
Domino  impinm  esse  commcntnm.  docf^-c,  privceptum  de  Imaf/i- 
nihiis  esse  cœremoniale,  niliil(iu('  nnnc  ad  nos  ])ertinere,  et  de 
aliis  qnilmsdam  (ut  video)  ei-it  (luotine  controversia,  et  liîc  pro 
arbitrio  et  doctrinam  et  ceremonias  invertere  volent,  vide,  ohse- 
cro,  cum  Erhio  quid  in  ea  re  opus  sif  facto.  Nam  Impc  me  graviîis 
l)erturl)ant  qnàm  ut  vel  verbis  vel  literis  explicare  possim,  j)rîe- 
sertim  quod  rideam  huuc  nostrwn'^  wdlam  lue  ecclesia'  uostne 
rationem  ludAturum,  sed  quse  volet  solùm,  si])ique  persuasum 
liabet,  ant  leget  in  libris  suorum  prseceptornm,  docturum.  Qme 
tamen  intra  nos  contine])imus  donec  vulgare  fuerit  necessa- 
rium,  Sed  gratissimum  tauKMi  mihi  fecerit  Erhius,  si  nomine 
illius  suppresso,  de  his  ad  me  ac  c^eteris  quae  antea  ad  eum 
scripsi  judicium  suum  et  sententiam  scripserit.  Vale  in  Domino 
Jesu,  per  quem  tibi  omnia  laeta  ac  fausta  precor,  oroque  nt  me 
lllustrissimi  Principis  Oeorgii  clementiae  ac  Celsitudini  diligen- 
ter  semper  commendes  '\ 

TUUS  totUS  P.  TOSSANUS. 

(Inscriptio  :)  Ôrnatissimo  viro  D.  Sigismundo  Tauro,  Cancel- 
lario,  Domino  suo  et  tVatri  plurimùm  observando. 

1  •='  s  C'est  le  personnage  mentionné  dans  le  N"  1201,  renvoi  di'  n.  7. 

-  Le  duc  Christophe. 

*  Tonssain  n'a  pas  marqué  la  date,  mais  elle  est  a])iiroxiniativfment 
déterminée  par  le  rapport  qui  existe  entre  la  ])résente  IrttP'  et  la  précé- 
dente. 


T.   VIII. 


30 


466    FRANÇOIS  DE  MANDALLAZ  AUX  HABITANTS  DE  GENÈVE.    1543 


1266 

FRANÇOIS  DE  MANDALLAZ^  aux  habitants  de  Genève. 

De  Cernex^  9  août  1543. 

Inédite  en  partiel  Antograplie.  Ardi.  de  Genève. 

Messiurs  le  syndiques,  conseilliers,  citoiens,  bourgois  et  liabi- 
tans  de  Genève,  sy  luini])leniant  que  fère  puis  à  voustre  bonne 
grâce  moy  recommande. 

Messiurs,  les  hénéfices  receu  de  vous,  qui  jadis  ne  avés  j^ermis 
à  aucuns  mes  émides  et  adverseires  particuliers,  qui  per  lors 
avoënt  le  primat  en  voustre  cité  de  Gœnève,/ère  à  lur  dessor- 
donn.ée  volunté  de  moy  %  qui  sy  humblemant  que  à  moy  est  pos- 

'"^  Ce  personnage  appartenait  à  une  famille  savoisienne.  On  trouve,  en 
1482,  un  Mandalus,  secrétaire  à  Turin,  et,  plus  tard,  à  Genève  un  Mandola 
exerçant  les  fonctions  de  vidomne  {vicedominus)  au  nom  du  duc  de  Savoie 
(Cf.  les  Recès  des  diètes  suisses,  vol.  de  1529-1.532,  pp.  1517,  1521,  1523. 
1561).  En  1530  François  de  Mandalhtz  était  l'un  des  procureurs  fiscaux 
de  l'évêque  Pierre  de  la  Baume.  Il  dut  quitter  Genève  en  1535  ou  1536  et 
devint  curé  du  village  de  Cernex  (anciennement  Sernex  ou  Chernay)  situé, 
non  dans  le  Pays  de  Gex,  comme  le  dit  Amédée  Roget,  mais  à  4  lieues  au 
sud  de  Genève,  dans  le  décanat  d'Annecy. 

*  A.  Roget  (Hist.  du  i)euple  de  Genève,  II,  76,  77)  en  a  cité  librement 
quelques  passages. 

*  Allusion  à  son  différend  avec  les  frères  Vandel  et  le  grand-vicaire^ 
Amé  de  Ghigins.  Bonivard  (Chroniques  de  (ieuève,  1867,  II,  410-412)  en 
parle  comme  il  suit  :  «  Matidulle  estant  procureur  fiscal  avec  [Thomas] 
Wandelli/,  n'estoit  pas  d'accord  avec  son  compaignon,  à  cause  que  l'ung 
tenoit  pour  la  ville,  à  sçavoir  Wandelly,  et  l'aultre  pour  le  Duc  [Charles 
III],  combien  que  ce  fust  secrètement  :  et  fiiisoit  des  choses  beaucoup 
contre  les  libertez  de  la  ville,  non  sans  le  consentement  secret  de  son 
maistre,  qu'estoit  à  tous  ventz.  » 

Mandallaz  ayant  fait  incarcérer  un  jn'ètre  auquel  s'intéressaient  les 
frères  Vandel,  le  grand-vicaire  lui  ordonna  de  le  relâcher.  Mandallaz,  au 
lieu  d'obéir,  «  dit  un  vilain  outrage  contre  M.  le  Yicayre.  »  Celui-ci  requit 
le  Conseil  des  Deux-Cents  «  de  le  faii-e  fort  »  contre  son  subordonné;  et,  en 
conséquence,  l'insulteur  fut  saisi  au  château  de  Peney,  sur  les  terres  de 
l'Évêque,  et  emjjrisonné  à  Genève  le  24  juin  1530.  Pierre  de  la  Baume, 
qui  était  alors  absent,  usa  de  représailles  et  fit  arrêter  plusieurs  citoyens. 


loi;3         FRANÇOIS  DE  MANDALLAZ  AUX  IIAHITANTS  DK  GK>'ÈVK.  467 

sible  vous  iiuTcie  :  et  iMsiurs  antres  luonaintés  p((\i\tirnlil'res 
per  plisiurs  de  vous  envers  moij  feites:  moij  ont  induit  à  désirer 
voiistre  spiritiielle  et  cor por elle  prospérité  :  de  sorte  (juc  pci-  jili- 
siurs  foys  suis  esté  en  délil)ération  vous  escripre.  Et  toujours 
ereiute  de  vous  irriter  et  desj)leii'e  uioy  a  eui|)éclié  juscjue  à 
présant.  que  la  vi-ave  clicrité,  amour  et  dilectiou  (|ue  en  .IIk'sus 
jo  vous  |)orte  a  eliasst'  de  mon  cucui'  la  dite  ciTintc  :  cai'.sv/r/////// 
la  midtitude  des  vonstres  jornellement  estre  exterminée  de  ce 
munde  par  le  gleive  divin  de  pestilence,  ne  mou  P'^^-'>  ^d'X'  de 
vous  condoloir  et  contenir  de  vous  remantiier'  que  vous  prédé- 
cessiirs,  en  toutes  lur  adversités  et  tribulations  de  i^este,  de 
guerre,  de  famine  et  en  toutes  autres  nécessités  que  lur  surve- 
noént,  avoënt  recours  à  Dieu  et  feisoënt  par  les  ministres  de 
nostre  seincte  mère  église,  prestres  séculiers  et  réguliers,  fère 
prières,  sacrifice  et  ohlation,  sacramentelle  du  p)récieux  corps  et 
sang  de  nostre  créatur  et  rédemptur  JJiésuclirist  :  et  par  belles, 
dévotes  et  générales  processions  et  letanies  imploroént  la  glorieuse 
vierge  Marie,  les  ordres  angéliques  de  paradis,  seiiict  Pierre, 
prince  des  appostres,  voustre  patron,  et  tous  les  seinctz  et 
seinctes  estre  intercessurs  jjour  eulx  envers  la  majesté  divine  : 
et  par  lur  dévotes  et  continuées  oraysons  ont  toujours  apeisé  la 
ire  divine  et  de  Dieu  impétré  grâce  :  et  par  les  susdit  moyens 
sont  esté  délivrés  de  peste,  de  famine  et  de  toutes  autres  ti-il)u- 
lations  :  et  ont  toujours  évité  la  guerre^  :  eome  |)lisjurs  foys 
depuis  XL  ans  j'ay  vlicu  :  et  croy  que  aucuns  de  vous  en  ont 
bonne  mémoire  :  i)ar  quoy  ne  est  nul  bessoing  les  vous  esc.rii)re. 
Et  au  tamps  de  vous  ancestres,  la  cité  de  Genève  estoit  à  toutes 
les  autres  cités  de  la  christieuté  exem])leire  de  dévotion  :  et  en 

étrangers  à  cette  affaire.  Il  écrivit  aux  Kribourgeois,  que  s'il  n'obtenait  pas 
réparation,  il  aurait  recours  à  l'Emjx'i'cur  et  aux  princes  chrétiens  (N'oy.  le 
Journal  du  catliolique  Jean  Balanl.  Genève,  185-i,  p.  278,  279).  Le  duc  de 
Savoie  prétendait  aussi  que  sa  juridiction  avait  été  violée.  Les  (ienevois 
])roposèrent  vainement  que  le  procureur  tiscal  fût  échangé  contre  Botii- 
vard,  prisonnier  à  Chillon.  Pantin,  sur  la  requête  de  l''riliourg,  et  après  de 
longs  pourparlers,  «  Xoble  Louis  de  Mandalluz  «  olitint.  le  1!)  septembre, 
la  libération  de  son  frère.  Mais,  dans  l'intervalle,  l'Evêque  et  le  Duc  avaient 
levé  des  troupes  et  ameuté  contre  Genève  les  Chevaliers  de  la  Cuiller.  L'au- 
teur des  ('lironiques  ])récitées  a  donc  ])n  dire  que  l'arrestation  de  Mandallaz 
fut  l'une  des  causes  de  la  guerre  de  l")oO. 
*  Vous  rap])eler. 


468  FRANÇOIS  DE  MANDALLAZ  AUX  HABITANTS  DE  GENÈVE.         1543 

céi'iiiioiiios,  office,  hoiinur  et  cuit  divin,  entre  toutes  cités  la  pre- 
mière et  plus  excellente  :  et  sy  bien  de  Dieu  ])rotégée  que  bien 
sovant  dormiés  suavemant  en  vous  couches,  estant  les  portes  de 
la  cité  la  plus  part  de  la  nuit  overtes  :  et  nul  ennemis  vous  don- 
mageoif.  Et  sy  bien  \  per  aucung  sien  occulte  jugemant,  Dieu  a 
permis  [que]  ayés  per  aucung  temps  répudié  la  susdite  dévotion 
et  office  divin,  toute  foys  ne  veut  que  continués  à  leiser  le  beau 
temple  que  en  voustre  cité  en  son  nom  a  esté  édifiez,  désert  du 
divin  office  et  de  la  très  sacrée  oblation  du  précieux  corps  de 
nostre  créatur  et  rédemptur  Jhésuchrist  :  ne  ausy  que  mettes 
en  oblivion  les  belles  et  généralles  processions  que  aviés  acous- 
tumé  fère  en  (lenève  :  à  cause  de  quoy,  à  ce  que  puis  com- 
prendre, Dieu,  qui  a  cure  de  tous  Immeins  et  singulier emaut  de 
ceulx  desquieidx  Hz  ne  veult  la  damnation,  vous  veuglant  révo- 
quer et  réduire  en  la  voye  de  dévotion  de  vous  prédécessurs, 
permetz  la  mort  pestiféré  soy  peistre  des  corps  de  plisuei~s  (sic) 
de  vous  concitoiens,  comboiirgois  et  cohahitans  de  Genève  :  car 
les  maulx  que  soutirons  bien  souvant  nous  coinj)ellisent  *  à  nous 
retorner  à  Dieu  et  à  le  prier  mieulx  que  ne  feit  prospérité. 

A  cause  de  quoy,  jnir  les  viscères  de  la  miséricorde  de  nostre 
créatur  et  rédemptur  Jhésuchrist,  tant  humblemant  que  fère 
puis,  vous  supplie  avoër  pitié,  compassion  et  miséricorde  de  vous- 
mêmes  :  et  par  les  susdit  moyens,  come  vous  prédécessurs  pour 
le  passé  ont  feit,  mettre  et  fère  diligence  de  apeiser  la  ire  de 
Dieu,  de  qui  la  main  âpremant  vous  touche  per  peste.  De  quoy 
je  suis  (tesmoing  Dieu,  qui  est  scrutatur  des  cueurs  des  hommes) 
très  dolant  et  marri.  Se  vous  le  feites,  j'ay  perfecte  confiance  au 
père  céleste,  qui  est  le  père  des  miséricordes  et  le  Dieu  de  toute 
consolation,  que  ilz  aura  miséricorde  de  vous  et  vous  ])erdonra 
vous  péchés  et  vous  consolera  en  toutes  vous  tribulations  :  et 
fera  cesser  la  peste  de  entre  vous  :  et  sera  voustre  protectur  et 
deffonsur  contre  tous  vous  adverseires  visibles  et  invisibles.  Au 
quel,  jour  et  nuit,  tant  dévotemant  que  fère  i)uis,  je  prie  vous 
vouloir  per  sa  infinie  miséricorde  perdonner  vous  péchés  et 

®  Cos  deux  affirmations  duront  paraître  ridicules  à  des  hommes  qui 
avaient  lutté  i)eudaut  près  de  vingt  ans  pour  leur  indépendance,  et  qui 
l'avaient  conquise  au  prix  de  tant  de  périls  et  de  sacrifices. 

^  Et  liien  que,  etc. 

"  Nous  contraifiiieiit. 


loi:i        IIARTIIÉLEMI  DES  PRÉS  A  HENRI  BULLINGF.R.  A  Zl  IIK  II.  469 

iiisjjircr  à  cnsiiivrc  (Mi  (Irvotioii  vous  |)iv(lécessurs''  :  et  pd- sa 
soincto  grâce  vous  présci-vci-  de  pcstf  et  de  tdiitis  autros  mala- 
dies, adversités  et  tribulations  :  et  ii  tous  vous  vouloir  (htimcr 
en  ce  munde  très  bonne  et  lono-uc  \U'  :  et  aj)rès,  la  vie  pcrdu- 
ral)lc  de  paradis.  De  Sernés,  ce  *)  de  auost  '"  1  r)4;),  per 

Voustre  (ténioing  Dieu)  très  liuniblc  scrvitur  l't  (.ratur 
Fransois  de  Mandallaz,  très  indigne  prestre. 

(Suscription:)  A  Messiurs  les  syndi(iues,  conseilliers,  citoiens, 
bourgois  et  habitans  de  Genève  ". 


1267 

BxVRTHÉLEMi  DES  PRÉS  à  Henri  Bullini>er,  à  Zurich. 
De  Venise,  11  août  1543. 

Inédite,  Autograi)he.  Archives  de  Zurich. 

Barptolemeus  Pratensius  1  Bullingero  s.[uoJ  S.  D.  P. 

Et  absentium  ignotorumque  virtutes,  ornatissime  Bullingere, 

^  Ces  exhortations  devaient  trouver  aussi  peu  de  prise  que  l'Épître  du 
cardinal  Sadolef  (Voy.  notre  t.  V,  j).  201-60).  Tous  les  citoyens  genevois 
avaient  juré,  au  mois  de  mai  lô.SO,  de  vivre  sous  la  loi  de  l'Evangile. 
D'ailleurs,  on  n'avait  pas  oublié  à  Genève  que,  i)eiidant  les  dernières  années 
du  régime  épiscopal,  la  plupart  des  prêtres  et  des  dignitaires  de  l'ancien 
clergé  s'étaient  montrés  les  pires  ennrmis  de  la  ville  {(ï.  t.  III, 'j).  31.5, 
n.  Ul;  IV,  245,  n.  3,  246,  renv.  de  n.  .5;  V,  .S29,  n.  2),  et  <iue  Françoi.s  de 
J[a)id(tllaz,  en  ])articulier,  avait  été  l'ami  des  Peneysaiis  et  un  agent  secret 
du  duc  de  Savoie.  Et  lorsqu'on  lut  la  ])résente  lettre,  quelques-uns  des 
conseillers  pouvaient  encore  se  souvenir  qu'on  ;nait  adressé,  en  15.S0,  à 
l'évéque  Pierre  de  la  Baume,  à  MM.  de  Berne  et  de  Fribourg,  des  missives 
officielles  où  François  de  Ma)tdnllaz  était  ajjjd'lé  «  un  jjrétre  bâtard,  de 
mauvais  nom  et  famé,  un  grand  larron,  un  traître  à  la  cité  de  (Jcnèvc  > 
(Voy.  Balard.  o.  c,  p.  271-77).  Aussi  le  Conseil  décida-t-il,  Ir  15  août, 
(lu'on  n'aurait  pas  égard  aux  «  folles  paroles»  de  Mandallaz,  et  qu"on  lui 
répondrait  parla  parole  de  Dieu,  «  (|u'il  est  ignorant  de  la  vraie  lumière.  » 

Ce  fut  Caîriii  qui,  ])eii  ajtrès  son  arrivée  de  Strasbourg,  réjjondit  au 
curé  de  Cernex. 

'**  A.  Roget  indique  i)ar  erreur  la  date  du  /  /  août. 

'^  Le  sceau,  d'assez  grande  dimension,  porte  trois  barres,  qui  traversent 
obli(juemcnt  l'écu. 

'  Nous  itrnorons  les  antécédents  de  Barihêhnni  des  Pris,  natif  de  Fonte- 


470  BARTHÉLEMI  DES  PRÉS  A  HENRI  BULLINGER,  A  ZURICH.        1543 

è  longinquis  locis  odoramur  atqiio  suspicimus,  atque  eœ  qiiidom. 
quô  siiiit  in  homine  qiiopiam  majores,  eô  magis  in  sublimi  loco 
positœ  aifulgent  iis  qui  procul  absunt.  Atque  ut  navigantes  in 
alto  ad  consi)ecti  pliari  lumen  cursum  dirigunt,  ita  ceteros 
mortales  facere  arbitror  decere,  ut  in  quo  homine  excellentis 
virtutis  splendor  emicat,  inter  hujus  vitœ  huinanre  tenebras,  ad 
eundem  concurrant  seque  recipiant  veluti  ex  obscuritate,  id  est, 
eorum  benevolentiie  ac  fainiliaritati  insinuare  se  studeant.  Qua 
de  causa,  utar  in  presentia  literarum  bono,  quô  magis  obligatio- 
nem  amicitite,  qua  ti])i  me  devinxit  singularis  docti'inœ  rarique 
ingenii  tui  admiratio,  firmam  judices,  et  tanquam  syngrapha 
contirmatam  habeas.  Neque  verô  mirum  til)i  videbitur  aut  pror- 
siis  temerarium,  quôd  tiln  incogniius  literis  meis  obstrepere 
atque  interpellare  studia  tua  ausus  sim.  Est  enim  hœc  pi'opria 
et  singularis  clarorum  virorum  ratio,  ut  ab  ignotis  diligantur, 
absentibus  interpellentui-,  familiares  iis  sint  quos  nunquam 
viderint. 

Meam  itaque  audaciam  velim  condones  lucuhratiommi  tuaruni 
exceïlentise,  qiiœ  te  apiid  lieruni  memn,  Regium  in  Jiac  Repn- 
hlica  oratorem  ^  maxima  ingratia  posnerunt,  me  verb  tihi  addic- 
tissimum  reddiderunt  ^  Quod  ego  til)i  non  potui  non  signiticare. 
quô  magis  uniuscujusque  referre  arbitror,  ut  omnes  suas  facul- 
tates  norit.  A'enetiis,  3  idus  Augusti  154.-). 


&' 


Maturinus  Virginius, 
Fontenieusis  apud  Pictones, 
in  (Tallia. 

nay-le-Comto,  dans  le  Poitou.  Il  nous  ajiijri'iid  lui-mèiiif  qu'il  remplissait 
les  fonctions  de  secrétaire  chez  l'amliassadeur  de  France  à  Venise.  Peut- 
être  était-il  frère  de  Pierre  des  Prés,  sieur  de  la  Court  de  Chiré,  près  de 
Fontenay,  personnage  qu'on  surnomma  plus  tard  h  curé  de  Chiré  (Bèze. 
Hist.  eccl.  1.580,  I,  764),  mais  qui  terminait  sa  lettre  du  1"  mars  1.562  à 
Calvin  en  signant  :  «  ]M.[inistre]  de  Chiré.  »  Voy.  Benj.  Fillon.  L'Église 
réf.  de  Fontenay-le-Comte,  1872,  p.  26. 

-  La  charge  d'auihassadeur  de  France  à  Venise  fut  tenue  de  1540  à 
1541  ])ar  Guilluiinie  Pellis.sier,  évéque  de  Monpellier.  Il  eut  pour  succes- 
seur, en  1541,  Georges  d'Armagnac,  évêque  de  Rodez  (Cf.  Moréri,  art. 
Armagnac).  En  1543,  l'ambassadeur  français  à  Venise  était  Jean  de  Mont- 
luc,  évêque  de  Valence  dès  1553  (Cf.  Papiers  d'État  de  Granvelle,  ni,  1). 

'  Voyez  la  lettre  de  Parthél.  des  Prés  à  BuUiniier  du  11  novemltre  1543. 


154:]  PIKURE  TOLSSAIN  A  MATTHIAS  KHB.   A   IU(  tl  K\\  III.  471 


1208' 


PIERRE  TOissAix  à  Mallliias  Eib.  à  Hi(|iu'\vir. 

De  Monlbéliaid  11  août  1543. 
Inédite.  Autograj)lio.  Arcli.  de  Téglisc  de  IVAhi. 

S.  Chai'issime  et  obscrvaiidi'  Iratcr.  Jainjaiu  iiiilii  iiidiravit 
coiniimiiis  iioster  aiiiicus  Cancellarius^  miiitiimi  se  istiic  mit- 
tore,  si  quid  ad  te  forte  serib(n-e  vellem.  YA  j^ratias  ago  tibi 
quàm  possum  maxiiiias  pro  tua  de  nobis  soUicitudiiie,  toque  por 
Dominum  oro,  ut  nos  somper  et  i)r('('il)us  et  consilio  adjuvare 
pergas.  De  vino  jjudet  nie,  te  totios  olitundoro  :  cœtorùm  (pio- 
niam  me  uiti-o  invitas  ad  tuani  liumanitatem  abutendam.  et 
misisti  optimum  et  milii,  meo  judicio,  si  unquani  aliud  l)ibi, 
saluberrimum -,  si  liujusmodi  très  vol  quatuor  o;>/a'',  sive  plus 
aut  minus,  ut  sese  ofîeret  commoditas,  adhuc  mihi  cini  possit, 
gratissimum  fuorit,  Quod  ul)i  signiticaveris,  vas  simul  et  i)ecu- 
niam  mittani.  Et  si  aurigam  non  statim  nactus  luoro,  mihique 
vinum  servetur,  ego  acceptis  tuis  litoris  preeium  por  Caifcel- 
lar'mm  primo  quoquo  temi)ore  mittam.  Quôd  si  nos  Dominus 
Deus  in  proximam  vindemiam  servaverit,  orabo  te  ut  de  medii 
aut  circitor  boni  alieujus  novi  vini  voetura  milii  jjrosjiicias.  Id 
quod  ad  te  familiariter  scribo,  non  ut  quen(|uam  grav(Mn,  noc 
tam  ut  loculo  quàm  valetudiui  consulam.  ([uod  vix  credas  quanto 
cum  corporis  natura  jdus  satis  imbcM-iliis  dispeudio.  vinum  hîc 
hactenus  quod  foré  venit,  l)i))erim.  Sed  nibil  est  dims  iit  Pr'ni- 
ceps  noster  Georgins  intelligat  nie  hac  lu  i-ctua  iiti  opéra.  Bene 
vale,  vir  amicissime.  Mon])elgaril;e  postridio  i-nurcntii  iri48. 

Tuus  (\\  animo  P.  Tossams. 

(InscripUo  :)  T'idelissimo  Cliristi  scrvo  1).  Matthiu'  Krbiu 
Ecclosite  Richoviilensis  pastoi-i.  fratri  et  amico  suo  chariss. 
Richenvilljp. 

1  Sigismond  Stier  ÇS"-  1205,  126fi). 
^  ToHSsnin  snuftVait  rl*^  In  iiTavcllc. 
^  De  rallemaml   Ohm,  (Jhme  {mnn\). 


472  JEAN  CALVIN  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.  1343 


1269 

JEAN  CALVIN  au  Gonseil  de  Genève. 
De  Strasbourg,  13  août  1543. 

Autogr.Arcli.de  Genève.  J.  Bonnet,  o.  c.  I,  91.  Calv.  0pp.  XI,  602, 

Magnificques  et  très  honorez  Seigneurs, 
Les  huict  jours  que  Messieurs  de  ceste  ville  nous  avoient  re- 
quis d'attendre,  se  sont  convertis  en  trois  sepmaines  :  et  encor 
n'en  avons-nous  point  résolution  finale.  Car  leur  principal  am- 
bassadeur *  n'est  pas  encor  retourné  de  la  court  de  l'Empereur. 
Et  c'estoit  celluy  qui  pouvoit  déclairer  les  choses,  affin  que  sur 
son  rapport  on  print  conseil. 

Toutefois  ma  conscience  me  presse  de  ne  plus  délayer.  Car  je 
ne  doibs  pas  estre  mené  tellement  d'affection  de  servir  à  la 
ville  de  2Ietz,  que  je  ne  regarde  le  debvoir  que  j'ay  envers  vous 
pour  y  satisfaire.  J'ayme  mieulx  avoir  perdu  un  volage,  que  de 
si  longuement  vous  défaillir.  Pourtant  j'ay  proposé  du  tout 
d'aller  pour  la  dernière  fois  dedans  trois  jours  par  devant  Mes- 
sieurs du  Conseil,  et  leur  déclairer  que  je  ne  puis  plus  attendre  : 
et,  ce  fait,  m'en  retourner  par  delà  :  sinon  quil  [1.  que]  l'entrée 
fust  preste  desjà  à  Metz  :  ce  qui  n'est  point  à  espérer.  Car  le 
Conseil  de  Metz,  au  lieu  de  respondre  aux  protestans,  a  envoie 
par  devers  l'empereur,  pour  avoir  une  alonge  :  et  mectera  poine 
de  reculler  tousjours  tant  qu'il  pourra^.  11  est  vray  que  Nostre 
Seigneur  pourra  bien  rompre  toutes  leurs  machinations  et  les 
dissiper.  Et  le  principal  est  de  le  prier  qu'il  nous  vueille  adres- 

'  L'ancien  bourgmestre  Jacob  Stunn. 

^  Voyez  la  p.  404,  lig.  7-20.  On  lit  dans  Seckendorf.  IH,  4()()  :  «  Literas 
ex  foiiventu  [Smalkaldensi]  die  19  Julii,  duces  fœderatoruni  ad  seiiatum 
[Metenseni]  dederunt,  seriô  liortantes  ut  et  maledicum  illum  [scil.  Vcd-ohim] 
compescerent,  et  secundùni  pacta  ipsorum  rogatu  inita  condonatorem 
evangelicum  tuerentur.  Offerunt  etiani,  si  senatus  id  peteret,  theologos 
mittendos,  qui  rdigionis  evangelica^  rationem  redderent  et  cuni  adversa? 
]»artis  saccrdotibus  disputationeui  instituèrent.  Responsuni  senatus  non 
invenio.  Praîvaluit  antiquaî  superstition is  studium  et  autoritas  cleri.  » 


15i3    LE  CONSEIL  l»E  STRASBOURG  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.      473 

ser  en  son  œuvre.  Car  aultrcinciit  nous  u^  iJi-otitci-oii^  i-idi.  u'cu 
consultant,  n'en  faisant  tout  ce  (lui  sera  en  nous.  Mais  j"a(l- 
viseray  de  suivre  le  ])lus  })rochain  (j4ril  nie  nionstrei-a,  c'est-à- 
dire  de  m'emitloirr  envers  ceux  de  Metz,  tellement  (lue  je  ne 
vous  frustre  poinct  de  mon  service.  i)uis  qu'il  m'a  s])écialement 
obligé  à  vous. 

A  tant,  ma^nitir<iues  vt  très  i-edoubtez  seigneurs,  après 
m'estre  huml)lement  recommantU'  à  voz  bonnes  grâces,  je  itrye 
nostre  bon  Dieu  de  vous  gouverner  par  son  s.  esj)ei"it  en  sa 
gloire  et  au  salut  de  vostre  ville,  vous  maintenant  en  bonne 
prospérité.  De  Strasbourg,  ce  xiu  d'aoust. 

Vostre  luimble  serviteur 
Jehan  Calvin. 

(Suscription  :)  A  Magnitic(iues,  puissans  et  très  honorez  Sei- 
gneurs, Messeigneurs  les  Syndicques  et  Conseil  de  Genefve  ^ 


1270 

LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  au  Gonsell  de  Genève. 
De  Strasbourg,  16  août  1543. 

Manuscrit  orig.  Arch.  de  Genève.  Cal.  ()\)\).  XI,  ()04.' 

Prudentibus  et  i)neclaris  amicis  et  vicinis  suis  cliarissimis 
Syndicis  et  Senatui  GenevensisCivitatis,  Petrus  SturiM,  magister, 
ET  Senatus  Argentinensis  s.  I).  p.  amieitiam  et  beurvolcntiam 
suam  paratam  otferentes. 

Amici  cbarissimi,  ad  decimnm  octavum  .Innii  nobis  epistolam 
misistis',  in  qua  rogastis  ut  Joainii  Calviuo,  theologo  et  pastori 

^  Au  dos  do  la  lettre  lo  secirtairc  frciicvois  a  écrit  cette  note  :  •  I>e  Mous'' 
Calvin  de  Estrabotirff,  ce  22  Au<ïnsti  1.543.  » 

*  Cette  lettre  du  18  juin  au  Conseil  de  Strasbourg  est  imprimée  dans  les 
Calvini  Opéra,  XI,  .5(J!).  Nous  avons  donné  (N"  1247J  la  lettre  française 
que  les  magistrats  de  Genève  adressèrent,  le  susdit  j'uir.  au  Conseil  de 
Bàle,  et  qui  est,  en  ])lusieurs  jioints,  de  même  teneur. 


474     LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  AU  CONSEIL  DE  GENÈVE.     1543 

vestro,  adsimus  contra  Petrum  Caroli,  qui  Metu  doctorem  agit, 
qui  etiam,  quô  de  principio  cursui  Evangelii  obstot,  cum  ministros 
onmos  Evangelii,  tuiii  Calvinum  pra'cipuè  calumniis  gi'avat 
et  accusât  luereseos.  Ac  quomafhnodum  ox  literis  vestris  intel- 
leximus,  ita  sose  ros  habet.  Nam,  ut  etiam  ex  aliis  cognovimus, 
Carolus  apud  Metenses  yàm  inenses  aliquot  suis  criminationibus 
plurimùm  obstat  et  otiicit  Christi  evangelio.  Qua  indignitate 
etiam  nos  comj)ulsi"  unà  cum  religionis  nostrce  sociis  nuper,  inter 
cnetera  postulata,  petivimus  a  Meteusihiis  ut  Carolnm  juberent 
de  his  calumniis,  ])rœsente  C(dvi)w  atque  Farello,  rationem 
reddere  :  eaque  de  causa  ambo  ajiud  nos  aliquamdiu  hœserunt, 
ut  si  conventus  de  hac  re^  baberetur,  pro  Evangelio  et  pro  se 
ipsi  sese  defenderent.  Sed  quoniam  a  Metensihis  nondum  quic- 
quam,  utque  utrinque  erat  decretum,  responsum  est,  et  cum  socii 
religionis  nostrœ  SmcdkaJduv  sinuil  fuerint,  rursus  Metensïbus 
scripserunt  ',  ut  facerent  quemadmodum  convenisset,  et  Petnis 
Caroli  de  suis  criminationibus  responderet,  et  nostris  provide- 
rent  ut  qui  mitterentur  legati,  tutô  ])i*oticisci  jjossent,  id  quod 
non  solùm  ad  defensionem  personarum.  sed  etiam  ad  utilitatem 
religionis  plurimùm  conduceret.  Sed  adbuc  nibil  a  Metensibiis, 
quod  nos  quidem  sciamus,  responsum  est.  Calvhius  verô  atque 
Farellns  suo  oflfttio  atque  voluntate  rationibus  religionis  non 
defuerunt,  et  bucusque  ai)ud  nos  expectarunt.  Yeruntamen 
quoniam  ignoratur  an  responsuri  sint  Aïetenses,  aut  quid  sint 
resi)onsuri,  et  fortassis  in  longum  tempus  bœc  causa  extrabetur, 
aut  nibil  in  eadem  elaborabitur  :  consilium  dedimus  Ccdvino 
atque  Farello,  qno  ad  suos  i^edirent  et  ecdesias  sïbi  coiiimissas 
curarent.  Quod  si  fortassis  aliquando  Metenses  diem  ad  coUo- 
quium  statuant,  signilicabimus  in  tempore,  quô  sua  religio- 
nisque  causa  adsint.  Ac  quia  uterque,  Calvinns  atque  Farellus, 
religiosè  et  sanctè  apud  nos  vcrsati  sunt,  quemadmodum  decet 
eos  qui  studiosi  sunt  Evangelicœ  doctrinœ  et  veritatis,  de  qua 
re  nos  ipsis  ultro  et  libenter  testimonium  damus,  à  vobis petimus 
ut  Calvinum  de  hac  mora  atque  expectatione  excusatum  hahere 
velitis,  si  in  hac  causa  elahoratum  non  sit  :  isque  vobis  pro  suo 
erga  vos  vestramque  ecclesiam  singulari  officio  sit  commendatus. 

^  Sous-ontciidu  Mel/s. 

*  Voy<'z  If  X"  j)n''C('(l('nt,  note  2. 


lois    LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  Al  X  CONSKII.S   liK  NKICHATEL.      475 

Nos  otiam  vicissim.  si  (|ui(l  in  liujusinodi  ivhns  f.iccrc  iiotorimus 
qiioil  gratiim  vobis  sit.  scdiilù  id  et  tidditcr  siiscipicimis.  Datji' 
XVI.  Augusti  Aiiiio  Doiiiiiii  m.u.xliii. '^ 

(Insen2)tio :)  Fnuiontihus  et  i>iii'claris  aiiiiris  et  viciuis  suis 
c'harissimis  Syndicis  ot  Senatui  GencvcMisis  civitatis  '•. 


LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  aux  Coiiseils  de  Neiicliatol. 

De  Strasbourg.  IG  août  1543. 

Inédite.  Maimscrit  original.  Arch.  de  Neucliâtel. 
(Traduit  de  l'allemand.) 

Aux  honorables  et  discrets  le  Gouverneur,  les  Ministraux  et 
magistrats  de  Neucliâtel,  Nous  offrons,  nous  Pierre  Sturm, 
Bourgmestre,  et  le  Conseil  de  Strasbourg  toute  amitié  possible 
et  tout  bien. 

Chers  amis,  vous  connaissez  le  différend  qui  s'est  élevé  et  qui 
dure  encore  entre  les  magistrats  de  Metz  ot  <iuelques-uns  de 
leurs  bourgeois,  à  cause  de  l'évangile  de  Christ,  et  vous  savez 
qu'un  certain  Pierre  Caroli,  docteur  à  2[etz,  calomnie  et  doit 
avoir  taxé  d'hérésie,  dans  ses  prédications,  ceux  qui  servent  !<• 
Seigneur  en  prêchant  l'Évangile,  et  spécialement  Messieurs  les 
théologiens  GuillanmeFurel  et  Jean  Calvi».  C'est  pourquoi  on 
s"est  accordé  ici  récemment  à  i-econnaître.  que  ceux  de  M(>tz 
devaient  contraindre  le  susdit  1)''  Pierre  CaroJi  h  reiidn'conii)ti' 
de  ses  accusations  en  présence  des  iirémentionnés  jPr^>c/etCV//r/y/. 
A  cet  effet,  ceux-ci  ont  passé  dans  notre  ville  un  temps  assez 
long,  et  ils  ont  attendu  le  nidiiH'iit  où  ils  pourraient  se  justifier 
et  rendre  compte  de  leur  doctrine. 

Mais  parce  que  ceux  de  Metz  ont  traîné  l'affaire  en  longueur 
jusqu'à  présent,  et  n'ont  pas  (Micore  répondu  à  la  lettre  récente 
que  nos  alliés  de  la  religion  leur  ont  adressée  de  Smalhilde»,  et 

*  Note  du  secrétaire  soiievois  :  <■  D'Estralmiirir  27  Augusti  1513.  •■  (v 
dut  être  aussi  la  date  du  retour  de  Calrin  à  Genève. 


476   LE  CONSEIL  DE  STRASBOURG  AUX  CONSEILS  DE  NEUCHATEL.  lo43 

qu'on  ne  peut  pas  non  plus  savoir  s'ils  veulent  y  répondre  et 
forcer  Caroli  à  se  présenter  au  colloque,  —  nous  avons  conseillé 
à  MM.  Farel  et  Calvin,  qui  ont  attendu  bien  assez  longtemps, 
et  dont  Tabsence  pourrait  être  désavantageuse  pour  les  églises 
qui  leur  sont  confiées,  de  retourner  chez  eux  et  de  pourvoir  leurs 
églises  de  la  sainte  doctrine.  Et  nous  leur  avons  dit,  que  nous 
ferions  en  sorte  qu'ils  fussent  appelés  à  temps  et  en  mesure  d'ar- 
l'iver  et  d'assister  au  colloque,  dans  le  cas  où  ceux  de  Metz 
fixeraient  un  jour  pour  cela.  Ils  y  ont  tous  deux  consenti  sur-le- 
champ. 

Mais  les  frères  de  l'Évangile  à  Metz  nous  ont  demandé  avec 
instance  que  M'  Farel  voulût  bien  attendre  jusqu'à  ce  que  notre 
ancien  bourgmestre,  M.  Jacoh  Stnrm,  qui  est  maintenant  auprès 
de  notre  très  gracieux  seigneur  Sa  Majesté  Impériale,  fût  de 
retour  et  pût  s'entretenir  des  affaires  avec  lui.  Et  comme  cela 
concerne  les  affaires  religieuses,  et  que  les  pieux  chrétiens  de 
Metz  peuvent  en  recueillir  de  la  consolation,  nous  avons  sollicité 
^I'  Farel  de  jn'olonger  encore  son  séjour.  Il  n'y  a  consenti 
qu'avec  i)eine,  désireux  qu'il  est  de  rejoindre  son  église  ^  Aussi 
vous  prions-nous  très  amicalement  de  ne  ])as  lui  en  vouloir  à 
cause  de  sa  temiiorisation,  mais  de  considérer  qu'elle  était  néces- 
sitée par  les  affaires  de  l'Évangile  à  Metz,  et,  en  conséquence, 
de  tenir  M"'  Farel  i)our  excusé.  Nous  serons  toujours  empressés 
à  vous  rendre  semblable  service,  si  l'occasion  s'en  présente. 
Donné  le  jeudi  16  Août,  l'an,  etc.,  xlih. 

(Suscription  :)  Aux  Nobles,  discrets,  le  Gouverneur,  les  Minis- 
traux  et  magistrats  de  Neuchâtel. 

'  De  la  lettre  de  Farel  du  5  septeml»re  suivant,  comparée  avec  la  note  4 
du  N"  1270,  on  i)eut  inférer  qu'il  rentra  à  Neuchâtel  vers  le  24  du  mois 
d'août,  après  une  absence  de  plus  d'un  an. 


APPENDICE 

DES    TOMES    T,    If,    VIT,   VIII 


|95bis 

CLAUSSEQUiN  D'AYS  à  Francois  de  Hannonville  \  à  Meiz. 
De  Tliionville,  17  octobre  1524. 

Autographe.  Bulletin  de  la  Soc.  de  l'Hist.  du  Protestantisme 

français,  1880,  |).  A'û. 

Beati  estis  cnni  maledixeruiit  rohis  homhtes,  etc. 

Très  cher  frère  en  Jhésucrist,  salut!  Et  vous  })laise  savoir 
que  j'ay  dernièrement  receu  voz  lettres-,  du  contenu  esquelles 
ne  me  puis  assez  esmerveilhM'  :  néantmoins  (pic  je  croy  vérita- 
blement le  tout  estre  de  Dieu,  car  aultreniciit  ne  ])ourroit  vciiii- 
à  clarté  l'hérésie  du  pa])e  et  de  ses  adhérans.  Aussy  est-il  néces- 
saire ([uMl  viengnet  des  scandales.  Ve autem per queni'\  etc. 

Au  suri)lus,  très  cher  frère,  sachez  que  moy  estant  eu  la  coiii- 
l)aigni(>  de  sept  ou  huict  personnaiges,  tant  nobles  (pic  aiiltrcs 

*  Voy.  dans  notro  t.  IV,  p.  436-39,  los  deux  lettres  adressées  en  1524 
par  F.  (Je  HainioiiviUe  à  ClaHS'seqio)i  (VALr,  seiiriioiir  d'Ancy  et  Solirne. 

^  M.  N.  "Wciss  (liullctiii  cité,  ]>.  457)  dit  que  la  pr(^seiite  lettre  répond  à 
celle  de  Hannonville  (mai  1524)  qui  annonçait  l'arrestation  Ae  Jean  Chas- 
iellain  (IV,  430).  ^Nlais  il  nous  jjarait  ])i'n  ])rolialili'.  vu  In  pruxiniité-  de 
Metz  et  de  Thionvill<',  que  Claussequin  eût  attciulu  (piatre  mois  pour 
répondre.  Nous  croyons  que  ])ar  ces  mots  :  «  j'ay  dertnèretnent  reçu  vos 
li'ttn's,  »  l'écrivain  fait  allusion  à  une  missive  plus  récente  que  celle  du 
mois  de  mai. 

*  Citation  abrégée  dr  révansile  selon  St.  Matthieu,  cli.  xviii,  fin  du  v.  7. 


478     CLAtSSEQUIN  d'AYS  A  FRANÇOIS  DE  HANiNONVILLE,  A  METZ.    1524 

gens  de  bien,  Clément  de  Gorse  '  m'a  reproché  qne  j'estoye  lutJié- 
riste,  et  que  le  bruit  est  parniy  la  cité  que  j'ay  faict  venir  le  hon 
disciple  ^  à  présent  en  la  main  des  Juifz.  Et  davantaige,  que  in- 
continant  que  j'ay  [sjceu  sa  prinse,  que  m'en  suis  fuy  et  absenté 
hors  de  la  dicte  cité*^,  et  sans  ce  qu'il  estoit  conclus  quelque 
chose  secrète  contre  moy  et  aultres.  Sur  lesquelh^s  paroles  luy 
ay  donné  une  gracieuse  resi)once  (^n  i)renant  le  tout  en  pa- 
cience,  de  bon  cueur,  car  tous  les  assistans  sont  tous  bons  évan- 
gélistes,  et  sçaivent  bien  les  tortions  dessusdictes,  etc. 

Et,  très  cher  frère,  sachez  que  me  donne  merveille  (\\\q  Bacca- 
reti  me  détient  ce  que  le  hon  miré  m'a  envoyé  de  Bdle  \  et  vous 
prie  qu'il  vous  plaise  enquérir  secrètement  que  ce  peult  estre. 
Et,  pour  des  nouvelles,  sachez  qu'il  est  bruit  i)ar  des(;a  qu'il  y  a 
une  grosse  armée  ensemble  pour  destruire  les  évangélistes  ^  et 
veullent  comancer  à  Moiibéliair,  comme  pourrez  ouyr  d'aultres 
plus  à  plain. 

*  On  l'appelait  ainsi  ])arc('  que  son  père  était  originaire  de  Gorze. 

^  Claussequin  veut-il  parler  ici  de  Jean  Chastellai)i  ou  de  Jean  Védaste 
(Cf.  l'Index  du  t.  III)?  Ils  étaient  alors  tous  les  deux  prisonniers,  le  pre- 
mier à  Nomény,  le  second  à  Metz.  La  qualité  de  disciple,  attribuée  à  Chas- 
tellain  ne  devrait  pas  nous  étonner,  quoiqu'il  fût  âgé  d'environ  cinquante 
ans  (I,  346).  Depuis  qu'un  cordelier  surnommé  «  le  Bon-Disciple  »  était 
venu  de  Montbéliard  pour  prêcher  l'Évangile  à  Metz  (I,  371,  n.  5),  son 
surnom  était  peut-être  usité  entre  les  Messins  pour  désigner  un  évangéliste, 

®  Voyez  la  réponse  de  Hannonville  du  21  octobre  1524  (IV,  438,  renvoi 
de  note  3). 

'  «  Ce  Baccareti  ou  Baccarat  était  notaire  (Auguste  Prost.  Corneille 
Agrippa,  sa  vie  et  ses  œuvres.  Paris,  1881,  I,  382)  et  il  avait  été  chargé 
par  le  bon  curé,  c'est-à-dire,  sans  doute,  par  Jean  Rogier  Brennon,  curé 
de  Ste-Croix,  à  Metz,  de  remettre  à  Claussequin  deux  livres  allemands  sur 
lesquels  estoit  escript  Luther;  il  s'y  était  refusé  parce  qu'il  craignait  «  plus 
le  pappe  que  Dieu  icy.  »  C'est  évidemment  Claude  Chansonnette  qui  conti- 
nuait à  envoyer  de  Bàle  à  Jean  Rogier  ce  qu'il  envoyait  auparavant  à 
Agrippa.  »  (Note  de  M.  X.  AVeiss.  Bulletin  cité,  1886,  p.  4.57,  458). 

A  notre  avis,  «  le  bon  curé  »  désigne  Didier  Abria,  qui  séjourna  assez 
longtemps  à  Bàle  en  1524  et  1525.  Voyez  son  article  dans  l'Index  du  t.  III,. 
et  les  pp.  386,  388,  406  du  t.  V. 

^  Nous  ignorons  les  circonstances  qui  avaient  donné  lieu  à  ce  bruit.  Ce 
fut  seulement  au  mois  d'avril  1525  que  Claude  de  Lorraine,  comte  de 
Guise,  rassembla  à  la  hâte  six  mille  honnnes,  pour  marcher  à  la  rencontre 
des  paysans  allemands  qui  menaçaient  l'Alsace  (Cf.  Sleidan,  I,  261.  — 
René  de  Bouille,  o.  c.  I,  80,  81). 


1525        l'IKRHK  TOISSMN  A  ul  ILLAI.MK  FAllKI..   A  SlUASlKil  [{C. .         479 

Trrs  clici'  tVorc,  sache/  ([uc  vosti-r  aljsciicc  me  poisc  mais 
jVs])èn'(iii('(iii(^lqU(' Jour  serons  eiisenil)le  en  vrayi'  amour  clires- 
tienne,  aidant  le  bon  Créateur,  le(iuel  veulle  donner  sa  grâce  à 
tous  ceulx  (jui  la  desiront. 

A  Tliionville,  ce  xvn"  d'octobre,  l"aii  m.xv wini. 

Le  tout  vostrc  Clausseqli.n  I>avs. 

Fostdatnni.  Sachez,  frère,  que  ce  dinianclie  xi'de  ce  mois  t'ust 
icy  ^nif/  père  deschanU  de  Mets,  lequel  feisf  m/f/  seruioi/  toUde- 
meid  selon  VÉvangïlc.  Et  s'il  vouloit  continuer,  il  nièneroit  le 
l)euj)le  de  icy  fort  légièrenient  à  bon  port.  Nomen  ejus  frater 
MicJtaël  ^ 

(Suscription  :)  A  mon  très  cher  frère  Fran(;ois  de  Haiinonville. 
etc.  A  Metz'". 


149a 

piEREE  TOUSSÀIN  à  Guillaume  Farel,  à  Strasbourg. 

De  13àle,  20  juin  15:25. 
Manque 

Voici  le  résumé  de  cette  lettre',  te!  (lu'il  se  trouve  dans  les 
Observations  séculaires  de  Paul  Ferrij  (^lanuscrit  de  la  Bibl.  de 
Metz  :) 

«  Lettre  latine  de  Pierre  Toussait/,  escrite  de  Basle  le  20  Juin 
1525  à  Farel,  (jui  estoit  à  Strasbonnj,  où  il  luy  mande  ce  qui 
s' estoit passé  à  Metz  depuis  le  départ  du  dit  Farel'-  :  Que  le  len- 
demain il  avoit  eu  commandement  de  sortir  de  Metz  pi-ompte- 

'  On  ne  sait  i)as  antre  chose  de  ce  personnage. 

^"  Panl  Ferry  a  écrit  snr  l'original  la  note  suivante  :  <•  On  rci)roclie  à 
Claussequin  qu'il  est  luthérien.  Frère  Michaël  de  Mi-tz  iiresche  l'Evangile 
à  Thionville.  » 

1  M.  le  bibliothécaire  Henri  Hurtin  a  iiieii  voulu  nous  en  (•(>niiiiuiii(iner 
une  copie.  Nous  lui  présentons  ici  nos  reniercienients. 

2  Le  départ,  ou  plutôt  la  fuite  de  Farel,  dut  avoir  lieu  «  un  peu  avant 
la  St.-Jean,  »  entre  le  11  et  le  15  juin  1525  (Voyez  le  t.  I,  p.  338,  n.  5). 
D'après  la  déposition  de  Jean  le  Clerc,  (jui  nous  seniiije  inexacte  (V,  111, 
n.  50),  Farel  serait  resté  à  il/ef^:  jusqu'au  T.»  juin. 


480         iMERHE  TOUSSAIN  A  GUILLAUME  FAREL,  A  STRASBOURG.       1325 

ment,  à  peine  de  la  vie;  qu'il  estoit  allé  au  Conseil  en  demander 
la  cause,  qu'on  ne  luy  avoit  pas  dite  ;  qu'au  sortir  il  avoit  trouvé 
sur  la  place  Androuyti  Roucel'\  le  maistre-Esclievin,  se  pro- 
menant avec  quelques  gentilshommes,  etc.  Que  le  peuple  assis- 
tant avoit  eu  grand  desplaisir  de  cela;  que  si  le  chevalier,  qu'il 
dit  estre  toujours  veritatis  Evangelicse  2)ropugnator  stremdssi- 
mus  (et  qui  estoit  le  S' Nicole  d'Esch  \  comme  il  appert  par  une 
lettre  que  luy  escrivit  Farel  de  Strasbourg  le  9  .Tuillet  1 52G....) 
qu'il  ne  nomme  point,  y  eust  esté,  il  y  eust  eu  sédition;  qu'ayant 
eu  advis  que  s'il  ne  sortoit,  la  nuit  on  le  mettroit  dehors  et 
seroit  banny  à  tousjours,  il  s'estoit  résolu  d'obéir  (son  but 
estant  de  se  conserver  le  moyen  et  obtenir  liberté  de  retourner), 
et  le  messager  qui  avoit  promis  de  le  conduire  s'en  estant  ex- 
cusé, —  jugeant  par  là  qu'on  luy  dressoit  quelque  embusche  — 
il  s'estoit  retiré  à  Basle  en  toute  diligence.  Que  des  orateurs  de 
Metz  le  nommé  Pliilippe  %  loi's  absent,  favorisoit  fort  à  l'Évan- 
gile; que,  comme  il  vouloit  monter  à  cheval,  Nicole  Boucel,  qui 
estoit  maistre-Eschevin  l'an  de  devant  et  luy  estoit  devenu  amy  ^ 
ayant  ouy  ce  qu'il  avoit  dit  en  sa  cause,  luy  avoit  envoyé  offrir 
son  service  et  tesmoigné  le  desplaisir  de  le  voir  si  fort  persé- 
cuté par  leurs  Ordinaires''.  Tesmoigné  avoir  regret  de  ne 
s'estre  comporté  un  peu  moins  chaudement,  et  n'avoir  connivé 
à  plusieurs  choses,  ny  monstre  tout  ce  qu'il  avoit  en  l'esprit.  S'il 
peut  obtenir  son  accommodement,  qu'il  changera  son  canonicat 
contre  une  cure,  non  qu'il  ait  envie  de  regagner  leurs  bonnes 
grâces,  mais  i)0ur  avoir  la  porte  ouverte  pour  annoncer  l'Évan- 
gile, ce  qu'il  souhaite  au  i)éril  et  à  la  perte  de  sa  vie.  Et,  en  un 
2)ostdatuni ,  l'advertit  de  dire  aux  marchands  de  Metz,  s'ils 
alloient  à  la  foire  à  Strasbourg  ",  qu'il  n'estoit  allé  à  3Ietz  que 
j)0ur  voir  la  ville  et  Messire  Nicole  d'EscJi''.  » 

*  Androuin  Boucel  était  sans  doute  parent  de  Nicole  Moucel  (renv.  de 
n.  6). 

*  Voyez  l'Index  du  tome  Y,  et,  en  partieulier,  les  pp.  38.5,  386. 
*•  Philippe  {(VEscli  Y)  l'un  des  orateurs  de  Metz. 

*  A  comparer  avec  le  tome  V,  p.  387,  lignes  1-3. 

^  C'est-à-dire  les  officiers  de  l'Évêque,  lequel  était  alors  absent  (I,  365, 
866,  368,  lig.  16). 

*  Elle  commençait  le  26  juin. 

®  Depuis  son  procès  avec  François  de  Gournay  (Y,  386),  le  chevalier 
Nicole  d'Esch  ne  résidait  i)lus  à  Metz  que  rarement. 


l')2tj  GUILLAUME  FAREL  A  NICOLAS  d'eSCH,  A  METZ.  481 


179  a 

GUILLAUME  FAREL  à  NicoluS  (rEscIl,  à  MolZ. 

De  Strasl)ourg-,  9  jiiillrl  l.riG. 

Manque 

Le  niinistro  Paul  Fcitv  (M1  doiiuc  le  im'suhk'  suivant,  (pii  nous 
a  été  obligeamment  commiuii(iué  par  .M.  Henri  lUirtin,  bibliothé- 
caire de  la  ville  de  Metz  : 

«  Une  lettre  de  Farel  escrite  de  Strasbourg,  le  9  Juillet  1526, 
à  Nicolas  d'Esch,  luy  rend  tesmoignage  de  constance  en  la  vé- 
rité, et  àdvis  que  Faber  Stajmlensis  a\ oit  auparavant  traduit  en 
françois  le  N.  T.  et  les  Pseaumes  *  pour  aider  à  la  vérité,  et  [que] 
pour  éviter  d'estre  adjourné  au  Parlement,  comme  il  avoit  esté 
adverty  qu'on  vouloit  faire  ^  s'estoit  retiré  à  Basle  et  de  là  à 
Strashom-g,  sachant  qu'il  y  estoit  :  oii  il  estoit  arrivé  peu  devant 
la  Toussaint,  et  y  avoit  passé  l'hyver  avec  luy  et  sept  ou  huit 
autres  chez  Ccqnto'^;  la  joye  qu'il  avoit  eue  d'y  voir  la  réforma- 
tion''; et  qu'il  avoit  esté  rappelle  en  France '\  où  il  estoit  re- 
tourné et  avoit  esté  embrassé  par  François  I,  retourné  de  sa 
I)rison  d'Espagne.  Parle  de  Testât  d'alors  de  l'Académie  de 
Strashourg^,  de  la  diette  de  Spire'' ;  dit  que  plusieurs  ])endent 
[1.  déi)endentj  de  Luther  et  d'autres  hommes,  qui  puis  après 
auront  la  pure  cognoissance  de  Dieu  :  lesquels  il  faut  sup])orter 

Au-dessous  de  ce  qui  précède,  on  lit  dans  les  extraits  de  Paul  Ferry  : 
«  Autre  lettre  latine  de  luy  [^Toussahi]  escrite  de  Paris  au  dit  Farel,  le 
14  Novembre  [1526].  Semble  que  de  Basle  il  y  fust  allé,  et  qu'il  y  escrivoit 
souvent  bkmdè,  si  forte  aliquaiido  putebit  aditus  »  (Cf.  t.  I,  418,  n.  3  ; 
444,  462-465). 

1  Voyez  notre  tome  I,  N"  69,  79,  i)p.  132-38,  159-69,  220,  221,  223, 
note  21;  t.  IV,  p.  431,  435. 

''  Cf.  I,  401-403. 

*  Tome  I,  N"'  167,  168,  pp.  405-415. 

*  I,  481;  V,  402,  renvoi  de  note  M;  VllL  p.  275,  renvoi  de  note  G. 
'  I,  421,  note  6. 

6  I,  433,  note  11. 

'  TomeV,  p.  400,  101. 

T.  \aii.  31 


482         HU.MBERT  DE  PRA.ROMAN  AUX  CBANOINES  DE  LAUSANNE.        1329 

jusques  à  ce  qu'ils  soient  grands  en  Nostre  Seigneur.  Fait  men- 
tion d'Erasme  dissimulant,  et  du  petit  tils^  du  dit  Nicole  d'Esch, 
qui  estoit  à  Strasbourg;  se  recommande  à  M.  son  frère ^  et  à 
Begnaut^^,  fils  de  son  dit  frère.))  (Observations  séculaires  de 
Paul  Ferry.  Tome  2.  Siècle  XVI°'%  §  390.) 


HUMBERT  DE  PRAROMAX  '  aux  Clianoiiies  de  Lausanne. 
De  Friboiirg,  2  décembre  (1529). 

Inédite.  Autographe  -.  Manuscrit  de  notre  collection. 

Mangnifiques,  spectables  et  vénérables  mes  [honorés]  Sei- 
gneurs, tant  et  de  sy  boun  cœur  que  fè[re  puis]  à  vostre  boungne 
grâce  me  recoraande. 

Messieurs,  y  let  venu  par  devant  Messeigneurs  Micliiel  [Guil- 
let^],  se  conplei[g]nant  que  vostre  révérende   Seigneurie  n'a 

«  T.  V,  p.  412,  413,  417. 

»-'"  Philippe  et  Regnault  d'Esch  (V,  408,  lig.  14;  416,  reuv.  do  n.  8). 

*  Il  apj)artonait  à  une  famille  considérable,  qui  a  donné  sept  avoyers  au 
canton  de  Fribourg,  et  il  fut  avoyer  lui-même  pendant  les  années  1528  à 
1530. 

*  Le  papier  étant  rongé  dans  la  marge  de  droite,  nous  avons  dû  suppléer 
plusieurs  mots  à  moitié  détruits. 

'  Le  nom  de  famille  a  dis])aru,  mais  nous  le  suppléons  sans  hésiter.  Un 
différend  qui  souleva  les  plus  violentes  inimitiés  existait  alors  entre  les 
frères  Michel  et  Jean  Guillet  (N"  1189,  n.  2),  d'une  part,  et  le  Chapitre 
de  Lausanne,  de  l'autre.  Michel  Guillet,  mayor  perpétuel  du  village  de 
Crans*  (où  le  susdit  Chapitre  possédait  l'église,  la  juridiction  et  une 
notable  partie  du  territoire),  s'attribuait,  à  cause  de  son  office,  plus  d'auto- 
rité que  les  chanoines  de  Lausanne  ne  voulaient  l'endurer.  Un  paysan  de 
ce  village,  Jean  Poux,  surnommé  le  Merloz,  les  vengea  en  fourrageant  la 
maison  de  Guillet.  Celui-ci  le  fit  arrêter  à  Genève.  On  lit,  du  moins,  dans 
le  Registre  du  Conseil,  au  19  janvier  1529  :  «  Negotium  odibile  du  Merloz. 
De  incarccrato  ad  instantiam   Guillieti,  qui  fecit  partem  crimiiuvlem,  et 

*  Situé  à  une  lieue  S.-O.  de  Nyon. 


lo29       HIMBERT  DE  PRAHUMAN  AUX  CHANOINES  DK  LM  SANNE.  483 

poyën  vosu  asoj)té  la  lostrc  (nw  Mess™  vous  avioiit  cscripte*  i)ar 
sy-devant.  Dont  Mess'"  vous  esci'ii)fvont^j,  vous  j)naiit  (|uo 
ancoro  so  vouliés  fôrc  de  niafi-clit'''!  ])6uv  bycn  de  i)ays ",  et  ])Our 
éviter  i)lus  gross  incoiivt'iiycii  comant  seons  ([uc  se^  et  plus 

attenta  coniiiaritioin'  I).  lùihri.  iiomine  Capifuîi  Lausannensis,  et  audit'ia 
querelis  parte  Dominonim  de  Capitulo,  et  etiani  illis  Guillirti,  I)"'  conclii- 
serunt  ut  justicia  miiiistretiir,  qiiùd  ipse  detentiis  exaniiiietur,  et  liât  ipsum 
respoiidere,  attentis  iuformatioiiibus  siiinj)tiï^.  » 

Selon  Bouivard  (Cliroiiiqiies,  II,  409,  -410),  «  Guillet  le  lit  ]»i<'ii(lrc  et 
gehenner,  eu  laquelle  jïéln'nne  il  coufessa,  oultre  le  fourage,  aulcungs 
meurtres.  Mais  nonobstant  tout  cela,  il  fut  cogneu  et  prononcé  innocent 
l)ar  la  court  du  lieu  [c.  à  d.  de  Crans],  où  les  i)aysHns  jugent  selon  la  cous- 
tiime  du  jjavs  dïllec,  qu'est  au  pays  de  Vaud,  et  fut  contrainct  Guillet  à  le 
lascher.  » 

Cette  libération  irrita  les  bourgeois  de  Lausanne.  On  lit  dans  la  liste  des 
griefs  qu'ils  formulèrent  en  153.3  contre  leur  évëque  et  le  clergé  :  <>  il/3/,  de 
Chapitre,  tous  en  général,  ont  soustenu  Iouï  temps  ung  homme  nommé  le 
Merloz,  lequel  az  estez  favorisez  d'eulx  et  az  fayt  beaucop  de  mal  et  l'ont... 
fayt  tirer  hors  de  prison;  en  après  luy  ont  liailliez  des  gens  pour  luy  aydcr 
az  rompre  la  mayson  de  Johan  G uilliet  et  tailUer  arbres  et  arrachés  vignes. 
Et  jamays  ne  volurent  hijve  justicez  :  duquel  mal  messieurs  les  ambassa- 
deurs de  Fribour  l'ont  vieu  et  sçavent  comment  illen  vaz.  »  (Recès  des 
diètes,  vol.  de  1533-40,  p.  87.  —  Ernest  Chavannes.  Extr.  des  Manuaux 
de  Lausanne,  n,  343).  Bezanson  Hugues  écrivait,  en  effet,  de  p'ribourg  au 
Conseil  de  Genève,  le  dimanche  8  août  1529  :  «  Demain  se  tiendra  ici  le 
Grand  Conseil  pour  l'affaire  des  Guillet,  et,  à  ce  que  j'ai  pu  entendre,  ils 
euvoyeut  ambassadeurs  à  Crans  pour  voir  le  beau  f/oucernement,  et  soyez 
sûrs  qu'il  en  viendra  du  mal  et  bien  grand,  et  appercevrez  en  bref  que  le 
déluge  tombera  sur  les  chanoines  de  Lausanne  et  peut-être  plus  avant  » 
(Bezanson  Hugues  par  J.-B.-G.  Galiffe.  ]Mém.  et  Doc.  de  la  Soc.  d'Hist.  de 
Genève,  XI,  510). 

*'°  A  notre  connaissance,  ces  deux  lettres  n'existent  plus. 
*  Des  marches.  On  a])pelait  ainsi  des  conférences  entre  les  arbitres  élus 
])ar  les  plaideurs  de  deux  États  confédérés.  MM.  les  chanoines  ne  se  pres- 
sèrent pas  de  recourir  à  un  arbitrage.  On  sait,  par  les  Docum^ns  sur  le 
Pays  de  Vaud,  1817,  p.  212,  que  Noble  Jean  Guillet,  «  à  cause  de  l'office 
de  la  mayorie  de  Crans,  »  se  présenta  devant  la  cour  d'appel  du  gouverneur 
et  bailli  de  Vaud,  ù  Moudon,  les  30  août,  15  novembre  et  19  décembre 
1529,  et  que  sa  cause  y  fut  successivement  «  déduite  »  contre  messires  les 
chanoines  Jean  Musard,  Henri  Sapientis  et  Pierre  Perrin.  Le  15  no- 
vembre le  prévôt  et  le  Chapitre  firent  défaut. 

C'est  seulement  à  propos  de    la  seconde   incarcération    du    Merloz  à 
Genève  (8  juin  1530)  que  Balard  dit  :   '  Le  différent  avoyt  esté  desbatu  à 
Rome  et  jniis  à  Frii)ourg  et  à  la  marche  »  (.Journal  cité,  p.  273). 
^  Pour  bien  de  paix. 


484    HUMBERT  DE  PRAROMAN  AUX  CHANOINES  DE  LAUSANNE.   1529 

grosse  c[omant]  savés.  Considéré  les  ocurant  qiiy  'pour  le  pré- 
se[ut  sont]  touchant  seste  histériène  seste  **,  et  mêmemant  en  vostre 
vile,  est  non  pas  généralemant,  niés  par  aucun  particulier,  à  se 
que  j'entens,  qui  font  plusyœurs  menase,  y  lest  à  crayndre  quy 
ne  h[ayent]  quéque  intéligense'".  Parqiioy  je  vous  prie,  corne 
seluy  quy  désire  estre  vostre  boun  amis,  de  considéré  à  quoy 
l'église  est  venue,  cornant  savés,  et  que  de  présent  n'est  pas  de 
hesoyén  de  f  [ère]  se  que  l'on  pouroyëthyen^K  Et  considéré  que 
se  MeS"'^  n'estiont,  à  quoy  vous  seryés,  et  aus[si]  de  vostre  esfat^^. 
Dieu  nous  doyënt,  par  sa  grâce  et  miséricorde,  vertu  [etj  pui- 
sanse  à  la  mentenir  '^  !  Auquel  prie  à  vostre  mangnifique  et  véné- 
rable Seigneurie  dongner  bougne  vie  est  longe.  De  Fribourg,  se 
2  de  Décembre  [1529  '*],  par  le  tout  vostre  serviteur 

HuNBERT  De  PraroiMan  chevallier '\ 

(Suscrijjtion  :)  A  nobles,  spectables  et  vénérables  S'^  Mess'""  de 
Chapitre  de  Lausanne,  mes  tré  honorés  S'"'*. 

®  Veut-il  dire  :  plus  gros  inconvénients  comme  sont  [ceux]  que  [je] 
sais  ? 

^  Cette  luthérienne  secte.  L'Évêque  et  le  Chapitre  de  Lausanne  la  signa- 
laient déjà  au  clergé  genevois  dans  les  premiers  jours  de  février  1528.  Le 
dernier  registre  du  Chapitre  de  Genève  contient  cette  note  du  secrétaire 
Jean  Martini  :  «  Veneris,  7  februarii  1528.  Mihi  commissa  littera  missiva 
destinanda  de  D"»  Episcopo  Lausannensi  et  Capitulo  ejusdem  loci,  pro 
pessima  secta  leutherana  abhorrenda  »  (Arch.  de  Genève). 

'"  Allusion  aux  trois  tentatives  que  Farel  avait  faites  à  Lausanne  en 
octobre  et  en  novembre  1529  (Voy.  notre  t.  II,  N"'  2G2-266,  pp.  197-206). 

Le  jeudi  9  septembre,  même  année,  le  conseiller  fribourgeois  Pierre 
Arsent  avait  été  envoyé  à  Lausanne,  pour  se  plaindre  de  ce  que  le  curé 
de  Gressié  (Gressy),  près  d'Yverdon,  avait  été  chassé  par  quelques  Lausan- 
nois (Arch.  de  Fribourg.  Livre  des  Instructions). 

"  C'est-à-dire,  le  temps  où  nous  sommes  devrait  vous  conseiller  la  modé- 
ration. 

**  C'est  comme  s'il  leur  disait  :  N'ayant  pas  d'autre  appui  que  mes  Sei- 
gneurs, vous  feriez  bien  de  suivre  leurs  conseils. 

^^  Maintenir  l'Église. 

"  Le  millésime  est  déterminé  par  les  faits  indiqués  dans  les  notes  3,  6 
et  10.  En  décembre  1530,  le  langage  de  l'écrivain  eût  été  ditiérent.  Jean 
Poux,  «  le  fourrageur  »  n'existait  plus.  A  la  réception  d'un  ordre  de  Rome, 
le  capitaine  fribourgeois  Wilhelin  Cheseaux,  dûment  autorisé  par  ses  supé- 
rieurs, avait  enlevé  le  Merloz  à  Crans,  dans  la  nuit  du  7  au  8  juin  1530, 
et  l'avait  emmené  à  Genève,  où  celui-ci  fut  condamné  à  mort  le  16  juillet. 
(Reg.  du  Conseil.  —  Balard,  o.  c.  273,  274,  277.  —  Bonivard,  1.  c.) 


LA   CLASSK  ItE  NEUCHATRL  A  LA   CLASSK  liK  MiiMlil- 1.1  \  Ul>.        '(S5 


LA  CLASSE  DE  NEUCHATEL  à  la  ClassG  de  Monlhélianl. 

De  Ne  n  clin  loi  fmars  lôU  '  ?) 

Inédite.  Miiiuto  originale  2.  Bibl.  des  pasteurs  de  Neiiehatel. 

S.  Peints  Tossunnsfrater  noster  s'Kju'iJicdr'ii  ii()hts'\  ros  coin- 
muni  consensu  ad  gloriam  Doinini,  scandala  vitaiida,  veranique 
inter  vos  charitatem  servandam,  instituisse,  ut  si  quis  ex  vobis 
privatim  in  re  privata  à  fratre  liesus  aut  offensns  esset,  vel 
aliquid  in  eo  rideret,  aid  de  eo  aiidiret  non  ita  magna  dignum 
animadversione,  ])rivatim  fratrem  ea  de  re  admoneretis.  >Sed  si 
frater  in  fratre  videret  aut  de  eo  audiret  quodferri  nonposset 
sine  detrimento  gloriie  Dei,  niinisterii  dede^ore  et  ecdesise  offeii- 
dicuJo,  iitpote  si  quis  de  fornicatione,  ebrietate,  falsa  doctrina, 
liœrcsi,  aut  aliis  id  genus  accusaretur,  eum  qui  sciret,  aut  audi- 
ret de  fratre  uUo  aliquid  liujusmodi,  dehere  coram  fratrïbus 
amicè  indicare,  quô  accusatus  se  purget,  et  absolvatur  si  inno- 
cens  sit,  vel  si  sit  facti  reus,  fratrum  senteutiaui  et  correctioïKMu 
ferat,  aut  si  necessarium  fuerit.  i-es  ad  Magistratum  referatur. 
Q^iod  quidem  pium  instiiutntn  restrum  veliementer  laudamus  et 

^^  Il  s'est  qualifié  «  clievaiipi-  »   et  iinii  Avoyer,  parco  qu'il  écrivait  offi- 
cieusement. 

'®  Le  manuscrit  ])orte  les  incisions  ordinaires  et  des  traces  du  sceau. 

1  Voyez  la  note  3. 

^  Cette  lettre,  très  endommagée,  est  de  la  main  de  Pierre  Toussarn.  On 
ne  peut  su])])()ser  qu'il  l'ait  com])Osée,  mais  il  en  a  i)eut-être  écrit  la  minute 
sous  la  dictée  de  ¥arel  :  ce  qui  exjiliquerait  i(>s  nombreuses  ratures  que 
présente  le  manuscrit,  surtout  au  milieu  et  à  la  fin.  Au  reste,  il  est  certain 
que  la  missive  fut  envoyée  à  la  Classe  de  Monthéliard,  puisque  Pierre  Foret, 
dans  son  Apologie,  en  cite  tout  le  commencement  jusqu'à  Quod  quidem 
pium  insfitufam. 

^  'J'oussuin  avait  fait  une  visite  aux  pasteurs  de  Neucliàtcl,  en  mars 
lô-iL  II  écrivait  à  Farel,  le  4  avril  suivant  (VIT,  7S)  :  «  l'necipua  causa 
quare  ad  vos  mense  Ajuili  |1.  .Martin]  ])rofectus  sum,  erat  quôd  Micliaël 
[Dubitatus]  Foreti  causam...  defeiulendam  suscipiens,  j)alàm  rejecisset 
coHsIitufionem  nosfrani,  de  erratis  qua'  ferri  non  possunt,  ajiud  fratre>< 
amicè  indicandis.  » 


486       LA  CLASSE  UK  JSEUCHATEL  A  LA  CLASSE  DE  MOiMBÉLL\RD.      loil 

cvpinobamns,  ministerio  et  vestra  societate  iiidignos  jiidicantes 
qui  liuic  sauctie  ordinationi  siibscribere  et  subjacere  nollent. 
Eosqiie  abiiti  Scriptiira  qui  ad  institutum  hoc  rejiciendum  addu- 
cuiit  illa  Christi  :  a  Si  peccaverit  in  te  frater,  etc.  *  »  Eos  verô 
fratres  qui  seniel  subscripserunt  huic  vestrœ  ordinationi,  ean- 
dem  posthac  non  posse  rejicere,  aut  contemnere,  sine  perjurio 
et  manifesta  iniquitate,  etc. 

Ad  id  autem  quod  idem  Tossarms  ex  nobis  petiit,  quid  de 
fratre  ministro  judicaremus  qui  ex  sua  statione  et  ecclesia,  sive 
sciens,  sive  nesciens,  decem  pueros  passus  esset  aliô  ad  papistas 
ferri  baptizandos  %  noc  unquam  verbum  ullum  ea  de  re  ad  fratres 
retulisset,  nec  ad  supremum  niagistratum,  —  eum  non  minis- 
trum  Christi,  non  episcopum,  sed  ventris  mancipium  canemque 
mutum  judicaremus,  indignum  cui  oves  Christi  committerentur. 

Ad  hœc,  si  frater  aliquis  fratrem  alium  apud  alium  aut  alios  ex 
fratribus  privatim  seriô  accusaret  de  hseresi  aut  falsa  doctrina 
et  rem  esse  certam  afïirmaret,  judicamus  eum  vel  eos  fratres  qui 
hoc  audissent,  nulla  ratione  reticerc  posse,  sed  mox  fratribus 
indicare  debere,  accusatum  vocandum,  diligenter  examinandum 
et  audiondum,  etc.  Et  ut  hœreticis  et  perversse  doctriuie  doc- 
tori])us,  censemus  non  esse  credendum  Verbi  ministerium,  ita 
dicimus  eos  qui  maligne  et  falsô  fratres  de  hujusmodi  crimini- 
bus  accusant  ",  non  fratres  [nuncujpandos  nec  viros  Verbi  Dei 
ministros  esse,  sed  perfidos  ac  nebulones,  gravissimaque  pœna 
dignissimos.  Quôd  si  multùm  clamemus  adversùs  aliorum  vicia, 
et  nostra  ac  fratrum  crimina  togere  ac  dissimulare  voluerimus, 
Dominus  nos  malè  perdet. 

Prteterea  ad  conservandas  ecdesias,  nudtaque  mala  vitanda, 
jndicamus  esse  necessarium,  ne  ecclesise  quenquam  recipiant  ac 
Yerhi  ministerio pirseficiant,  ahsque  honesto  iestimonio' .  Et  ora- 
mus  vos  per  Dominum  no  quem  ex  nostris,  nobis  insciis,  et  sine 
nostris  literis  recipiatis,  promittentes  vicissim  vobis,  nec  nos 
quidem  ex  vestris  ullum  unquam  in  fratrem  et  ecclesiœ  ministe- 
rium [recepturos]  qui,  relicta  sua  statione  sine  fideli  à  vobis 

*  Évangile  selon  S.  Matthieu,  X\1II,  15-17. 

*"^'*'  En  comparant  ces  passages  avec  la  liste  des  griefs  articulés  contre 
Tierre  Furet  (Vil,  237-239),  on  voit  que  c'est  lui  surtout  qui  est  visé  dans 
la  présente  lettre. 

'  A  comparer  avec  le  t.  VII,  ])p.  103,  renvoi  de  note  1):  ICI,  note   5. 


15il      LA  CLASSIL  DG  NELCIIATëL  A  LA  (LASSK  IIK  MOMUÉLLMIU.       487 

testiinonio  Imc  veniret,  daturosqiio  oixM-am  ut  ai)U(l  alias  (iiuxiuc 
ecdesias  Gallkaiias  oa  lox  servetiir.  Quandoqiiidcni  certioH  est 
non  esse  serros  Dei,  sed  erronés  et  nel^doiies,  qui  desertis  ecdesiis 
et  provhiciis  suis,  sine  certa  vocafione,  et  insciis  fratrihus  jam 
hue  jam  illuc  se  conferunt ,^  etc. 

Sed  ojJtima  quœqite  de  vohis  omnibus,  nohis  promiftimus  et 
expedmmis,  cousuleiites  vobis  iu  Domino,  ut  si  qiiis((iiiod  al)sit) 
ex  vobis  vos  intortiirbare  vellet,  ot  saiiis  tVali-um  consiliis 
acqiiiesccre  vestramque  monitioneiii  et  côiTcctionem  recipere 
nollot,  ilhim  j)i'o  fratre  non  liaboatis  sedojiciatis  i)otiùs,  scientos 
quantum  malorum  et  incommodi  jam  doderint  çcûq'&W^  pseudo- 
minisfri  quidam,  quôd  statini  in  cos  non  sit  animadversum,  sod 
eos  magistratus  ac  fratres  diutiiis  tulorint  quàm  dobcbant.  Sed 
gaudemus  vos  talem  hahere  Prindpem  et  magistratum  Jidum, 
qui  ut  verorum  Christi  servorum  verè  sunt  amantes  ac  studiosi, 
ita  neminem  ferre  velint  (ut  nulla  quidem  ratione  ferre  debent) 
qui  suo  rcctè  non  fungatur  munere.  Ad  quam  rem  si  sedulô 
sempev  ac  diligenter  advigilarint,  malosque  statim  protligarint 
ac  puniverint,  non  deerunt  illis  boni  viri,  et  cuni  fructu  in 
eorum  ditionibus  ])ra^dicabitur  Evangelium  Christi.  Qui  vos, 
charissimi  fratres,  ecclesiae  suœ  sanctœ,  in  unitate  sjjiritus  et 
charitate  vera  quàm  diutissimè  servet!  Valete. 

Fratres  vestri        Farell. 

Capunclll'S. 
Barbari.nus  et  cieteri. 

(Inscriptio  :)  Ministris  classis  Monbelgardensis. 

Vilnlcentio  N^. 
Gratum  fuit  milii  intelligero  ex   Tossano,  studium   tuum. 
fidem  ac  synceritatem  in  tuo  ministerio,  et  obsecro  te  per  Domi- 
num  Jesum  ut  ])ergas.  Vale  cum  iixore  et  Jiliolo. 

9  Vincent  Hortin,  ami  de  Toiissain  (^7,  400,  YÏI,  153.  171).  et  suc- 
cesseur de  P.  Foret  dans  les  paroisses  d'Ktobon  et  de  Bianioiit. 


488       LES  CANTONS  ÉVANGÉLIQUES  ET  MULHOUSE  A  FRANÇOIS  I.       1541 


1005b 

LES  CANTONS  ÉVANGÉLIQUES  ET  MULHOUSE   à  Fcançois   W 

De  Zurich,  25  juin  1541. 

Inédite.  Minute  originale.  Arch.  de  Zurich.  Copie  communiquée 
par  M.  le  D'  P.  Scliweizer,  archiviste  d'État. 

Delata  est  ad  nos,  serenissime  atque  cristianissime  rex,  angus- 
tia  miserorum  regni  vestri,  qui  partim  Oratianopoli  et  ceteris 
dicti  regni  urhihus  et  locis  in  carcerïbus,  partim  itaqne  in  miser- 
rimo  exilio,  quo  cum  liberis  suis  miseris  manent  ob  piam  evan- 
gelicœ  religionis  doctrinam,  quam  in  Christo  Hiesu  nobiscum 
habent  communem,  gravantur  molesta nturque.  Quod  nobis  ex 
commiseratione  Cristiana  qua  illis  afficimur  non  modicum  doloris 
mœroi'isque  attulit.  Quum  autem  magnorum  princii)um  officii 
sit  piam  Christi  religionem  summa  tueri  virtute,  celsitudo  ita- 
que  vestra  non  ignoret  religionem  ii)sam  multis  et  variis  majo- 
rum  erroribus  esse  obfuscatam,  neque  eam  debito  et  evangelico 
ordine  tractari,  et  aliquando  veris  cristianœ  doctrinse  sectatori- 
bus  à  malevolis  id  vicii  impingi,  quôd  publicorum  motuum 
omnisque  inobedientise  et  rebellionis  auctores  sint  (quod  tamen 
à  pio  cristiano  alienissimum  est,  cum  evangelica  doctrina  nil 
nisi  caritatem,  quae  omnibus  subjecta  est,  doceat),  preterea  nos 
ex  multis  argumentis  benevolentiam  Celsitudinis  vestrae,  bonum 
itaque  et  amicissimum  illius  in  nos  animum  se])enumero  cogno- 
verimus,  —  spe  promptae  exauditionis,  Cel.  vestram  oh  Cristi 
salvatoris  nostri  amorem  precamur,  ut,  semota  indignutione  in 
suos  concepta,  illis  heuigne  parcere  eosque  nostri  intuitu  regia 
gratia  amplecti  et  à  vincidis  dimittere,  relegatosque  et  exules 
calamitosos  revocare,  ac  regio  decreto  ordinare  dignetur  ;  neque 

*  Voyez  la  lettre  que  les  Protestants  d'Allemagne  adressèrent  à  Fran- 
çois L  le  23  mai  1541  (t.  VU,  p.  126-128).  Les  N"'  972,  973,  974,  979,  997, 
même  volume,  donnent  beaucoup  de  détails  sur  l'intervention  des  Evangé- 
liqucs  de  la  Suisse  et  de  rAllemague  eu  faveur  de  leurs  coreligionnaires 
de  la  France. 


i 


lo'll       LES  PASTKUIIS  DE  STRASitOUKCi  AUX  CIIANOLNES  DE  METZ.        4SI) 

contra  conscientiam  confessionem  doctrime  pnedidu'  sacra  scrrp- 
tura  fundatie  ahjicere  cof/at/fiir,  cwn  id  sit  morte  acerhms.Quiwo 
ut  hac  in  ro  erga  mis(>ros  illos  se  tam  clomcntom  rogia  vostra 
majestas  exhibeat,  etiain  at(}ue  etiaiii  omniiis,  qub(\  \\.  qiioV| 
sentire  valcant,  nostras  i)rocos  illis  fiiisso  iVuctiiosas. 

Per  id  vestra  Col.  apiid  cnnctipotoiitem  Deiim  oiinicscjnc  j)ios 
cristicolas  non  modicinu  laiidis  at(iue  benovolontia'  obtin('l)it, 
nobisque  perinde  rem  faciet  gratissimani,  quam  casibus  contin- 
gentibiis  sunimo  conatu  ac  benevolontissinio  animo  erga  rogiam 
vestram  majestatem  reliquiimque  tlorentissiminn  regmini  indc 
cuncto  temi)ore  rependere  studebimus  :  (nunn  Deus  Optinius 
Maxiniiis  ineolumem  semper  et  regni  suiaugustum  {sic)  conser- 
vare  dignetiir.  Ex  Tiguro  Elvetiorum,  su!)  ur])is  illius  sigillo, 
vicesima  qiiinta  junii  MDXLP. 

Cel.  vestrœ 

paratissimi 

MaGISTRI  CIVILM,  CONSULES  ET  SENATORES  AC  SENATUS 
URRILAl  ET  CIVITATLM  ElVETI.E, 

TiGURi  videlicet,  Bern.ï,  Basile^e,  Schaphusii  ac  Ml'lhisii 
ET  Sancto  Gallensis. 

(Inscriptio  :)  Serenissimo  juxta  ac  cristianissimo  et  potentis- 
simo  régi  et  domino,  Domino  Fi-ancisco,  Francorum  régi,  etc., 
domino  et  amico  nostro  clementissimo  ^ 


LES  PASTEURS  DE  STRASBOURG  aux  ClianoJnes  de  iMetz  '. 

De  Sli'asljoui'g,  ^5  i)clui)re  I5il. 

Inédite.  Minute  orig.  Arcb.  du  Séminaire  protestant  il 
Strasbourg.  Copie  moderne  dans  la  Collection  Sinder  à  Zuiidi. 

Composée  par  Martin  Blcer-. 
{Ad  hlasphemos  Metensium  Canonicos  Epistola.) 
Misericordia  Domini  illuccat  Vobis,  ut  Christi  tandem  jugiim. 

*  La  ré])onse  du  Roi  est  datée  i\>-  .Moulins,  ol  juillet  lôll.   Nimi-  Tav^ns 
publiée  dans  le  t.  VU,  p.  212-214. 


490        LES  PASTEURS  DE  STRASBOURG  AUX  CHANOINES  DE  METZ.       lo4i 

siib  que  salvari  tantùm  potestis,  admittatis,  nec  frustra  frangere 
coneiniui,  convitiarique  in  vostram  ipsorum  pernitiem,  praecli- 
cantibus  et  recipieutibus  illud,  aliquando  desinatis! 

Relatum  est  ad  nos  pridem  et  nuper,  quàm  gravïbvs  et  in  nos, 
et  in  eos  qui  nohiscum  consentiunt  in  religione,  vel  ad  nos  mi- 
grant, criminationihus,  iisquefaïsissimis  debaccJiemini,  tanquam 
homines  impios  et  religionis  Christi  hostes  acerrimos.  Memineri- 
tis  primùm  homines  esse  vos,  deinde  in  Urbe  arnica  nostrae 
liabitare.  Nam  ut  memineritis  quid  Christianum  et  Canonicum 
nomon  postulet,  cum  nec  quid  utrumque  significet  cognoscere 
videamini,  non  audemus  nionere.  Rogamus  itaque  vos,  ut  vel 
liomines  vos,  vel  vicinos,  habitantesque  apud  amicos  nostne 
Reipub.  cogitetis,  ut  tam  inipotentibus  et  plané  inipiis  calumniis 
contra  nos  vobis  aliquando  temperetis.  Scriptune  toti  sacrée  nos, 
et  omnihus  omnium  Conciliorum  veterum  Synodis  Jîdem  cerfam 
hahemus.  Cunctos  Episcopos  et  Populos  qui  in  Christo  Domino 
salutis  suae  tiduciam  totam  ponunt,  idque  confessione  tum  oris, 
tum  vitae  testantur,  vel  eatenus,  ut  non  numerandi  sint  inter 
eos  de  quibus  Paulus  pronuntiat.  quùd  nullam  habent  in  Regno 
Christi  partem,  ut  membra  nostra  in  Christo  amplectimur,  A 
nemine  discedinms,  neminem  rejicimus,  vitia  modo  manifesta  in 
dodrina,  ceremoniis  et  disciplina  Ecclesiœ  correximus.  Non  po- 
tuimus,  et  sanè  per  vestrî  similes  adversarios  maxime  impediti 
(quanquam  et  nostra  ipsorum  et  nostrorum  hominum  inlirniitas 
nobis  ea  in  re  o])stiterit  plurimùm),  et  corrigere  et  restituere 
omnia  ad  formam  Christi  et  apostolicam,  ut  cui)imus  et  elabora- 
mus.  Sed  non  cessamus  in  hoc  studio  et  conatu.  NuUam  igitur 
caussam  hahetis,  ut  nos  hsereticos  vel  schismaticos  criminemini. 

In  vita  eorum  qui  nostram  doctrinam  ore projitentur,  multa 
cidpari  passant  :  multô  enim  ubique  plures  vocati,  quàm  electi  : 
nec  uspiam  desunt  qui  pietatem  cum  verbis  confiteantur,  factis 
negant.  At  quid  Vos  ipsi)  cpiid  vestrif  Canonici  dicimini,  et 
opes  magnas  Ecclesiae,  hoc  est  Christi  et  pauperum,  absumitis  : 
at  quotusquisque  inter  vos  est.  qui  unquam  seriô  cogitarit  ad 
eam  rationem  vitam  suam  instituere,  (juam  Canones  requirunt? 

*  Nous  avons  dt^à  mentionné  cotte  pièce  (Vil,  445,  n.  3)  à  propos  de  la 
lettre  des  pasteurs  strasbourgeois  du  26  mars  1.542  à  Matthieu  de  la  Lande, 
prédicateur  catliolique  à  Metz, 

*  La  minute  a  été  écrite  par  son  secrétaire. 


Io41      LES  PASTELRS  DE  STHASItdL  lUi  ALX  CHANOINES  DE  METZ.         A[)l 

Unde  scilicet  et  nomon  hoc  habetis,  et  istis  o])ibus  ahutiiniiii. 
Legite  cap.  :  In  omnibus  De  Conser.  dist.  5,  et  cognoscite  quœ 
sit  régula  Caiionicorum.  Jam  verb  h^resis  est  et  idololairia  Ca- 
nones  Ecdesiœ  p(dàm  contemnere.  Ita,  (lui  non  vocatur  légitimé, 
sed  Canonicatum  invaserit  ulla  caniali  gratia,  amhitionc  vel 
pretio,  is  Simoniacae  haereseos  tenetur,  et  ejici  omnium  Chris- 
tianorum  consortio  débet.  Qui  ullani  susi)ectam  mulierem  domi 
alat,  vel  adeat,  aut  adeuntem  se  sustineat,  depelli  sacro  ministe- 
rio  (b^bet.  In  quo  si  non  pareat,  inter  inipiOs  et  ab  Ecclesia  aliè- 
nes liabendus  est.  Qui  in  Presbyterorum  ordine  constituti,  non 
prœdicationi  Yerbi  Dei,  qui  in  Diaconii  gradu  non  eleemosyna- 
rum  curœ  intenti  sunt,  sed  cantorum  munus  in  Ecclesia  olnre 
volunt,  anathemate  plectendi  sunt.  Qui  sacras  Missas,  hoc  est 
administrationem  divinissiniEe  Cœnse  Dominica',  aliave  8acra- 
menta,  vel  ipsi  non  légitimé,  ita  ut  Dominus  instituit,  adminis- 
trant, vel  illégitime  administrantibus  adsunt,  vel  etiam  impui-i 
vita  administrant,  aut  talibus  in  administratione  sacra  commu- 
nicant, nullo  in  Ecclesia  loco  relinquendi  sunt.  QuidV  ut  uno 
verbo  dicam,  quicunque  non  sana  doctrina  et  incul])ata  vita 
gregi  Dominico  pascendo  o])eram  suam  fidelem,  juxta  Legem 
Christi  et  sacros  Canones  impendunt,  hi  omnes  anathema  habei'i 
debent  :  siquidem  in  Clericorum  loco,  et  facultatum  f]cclesi{e 
abliguritione  persévérant. 

Ista  sunt  Lege  Dei,  sanctissimis  Canonibus,  et  sacratissimis 
religiosorum  Imperatorum  Legibus  ita  constituta  et  sancita 
quàm  religiosiss.[imè],  omniumque  S.  Patrum  scriptis  contir- 
mata.  Jam  conferte  cum  his  vitam,  institutum  et  mores  vestros, 
et  ejicite  trohes  tantas  ex  ocidis  vestris,  tum  et  nostras  sive  trahes 
sivefestucas  eriiere stiidete.'^os  doctrinam  et  Sacramenta Christi, 
ut  diximus,  ita  ut  Scriptura  sacra  et  veteres  Canones,  ut  S.  Patres 
docent,  administi-amus,  vivere  congruenter  illis  laboramus.  Si 
secùs  de  nobis  sentitis,  admonete,  ai'guite,  mendacii  convincite, 
blasphemare  tantùm  desinite,  donec  impietatisconviccritis.  iSV«, 
et  ita  liheat  vobis  atrocissimis  Conviciis  nos  insectari,  cogitfdjit 
Magistratus  noster,  id  apud  vestrum  impetret,  id  aut  erroris  aut 
scelerum  nos  convincatis,  aut  à  tanfis  adversùs  nos  calumniis 
vohis  tandem  temperetis.  Imi)endet  nobis  utique  judicium  Do- 
mini,  qui  corda  intuetur  :  liunc  metuite.  Venict  enim  cum  non 
putatis  omnis  impietatis  non  ferendus  Ultor.  Hune  nos  oral)i- 


492        [pierre  HRliLLl]  ET  L'ÉGLISE  FRANÇAISE  DE  STRASBOliRG       1542 

mus,  ut  VOS  ad  se  coiivertat  iu  tempore,  et  agnoscere  tempus 
visitationis  vestrae  faciat,  priusquam  cum  iis  in  aîternum  excin- 
damini,  qui  illi  renunciant  :  «  Nolunius  liunc  regnare  super 
nos.»  Sed  si  quis  in  vestro  Collegio  est,  studio  aliquo  Christi 
accensus,  et  qui  viam  Domini  nec  blasphémât  ipse,  nec  blasphe- 
mantibus  consentit,  ad  liunc  nihil  hujus  nostrœ  querimoniœ 
pertinere  volumus.  Imô  taies  et  in  Domino  ut  fratres  amplecti 
et  colère  cupimus.  Argentorati  xxv  octobris  anno  1541. 

MaRTIjNUS  BuCERUS  ET  CETERI 
C0NCI0NAT(»RES   ET  PaSTORES 

EccLESi^  Argentoratensis. 


1101b 

[PIERRE  BRULLI]  ET  L'ÉGLISE  FRANÇAISE  DE  STRASBOURG 

au  Conseil  de  Strasbourg". 

25  mars  1542. 

Manque 

L'original  de  cette  lettre  était  écrit  en  allemand.  Les  nouveaux 
éditeurs  des  Calvini  Opéra  (t.  VI,  Proleg.  p.  xv)  l'ont  résumée 
en  latin  dans  un  ])aragraphe  que  M.  0.  Douen  (Clément  Marot, 
II,  649)  a  traduit  comme  il  suit  : 


«  Nous  avons  trouvé  certaine  lettre  datée  du  25  mai  1542 


adressée  par  Pierre  Alexandre,  pasteur  de  l'église  française  de 
Strashourg^,  au  magistrat  de  notre  république   et  conservée 

'  «  Cette  lettre  a  dû  être  ég'aréo,  dit  M.  Douen  (II,  652)  :  elle  n'existe 
ni  aux  archives,  ni  à  la  bibliothèque  de  l'université  de  Strasbourg;  mais 
elle  a  laissé  des  traces  dans  les  Procès-verhaux  du  Conseil  des  XXI,  con- 
servés aux  archives.  On  y  lit  à  la  date  du  25  mars  [et  non  du  25  mai] 
1542,  ce  qui  suit  :  «  Le  'prédicateur  et  les  frères  de  la  communauté  fran- 
çaise supplient  qu'on  écrive  à  ceux  de  Metz  au  sujet  de  quelques  Psautiers 
qui  ont  été  saisis  à  Metz.  On  décide  d'écrire  imniédiatenient  et  amicale- 
ment. Ces  Psautiers  ont  été  imprimés  ici  et  sont  conformes  à  ceux  d'ici.  » 
(Trad.  de  l'allemand). 

^  «MM.  Reuss  père  et  fils  pensent  que  la  lettre  adressée  au  magistrat  ou 
Conseil  des  XXI  par  l'Église  française;  n'avait  d"autre  signature  que  : 
Pierre,  ou  bien  :  Le  pasteur  et  les  frères  de  l'Église  française,  et  que  c'est 


^ 


1542  AL'  COÎSSKII.  I»K  STIIASHOLIU;.  41)3 

dans  les  archives  de  la  ville,  lettre  dans  laquelle  Tauteur  raji- 
porte  qu'il  a  récc^nnient  fait  inii)rimer  une  nouvelle  édition  de 
la  lifinyie  et  du  Psautier  j'ranrais'\  Va  précédente  étant  vendue  ; 
([u"il  en  a  envoyé  à  Metz  près  de  six  cents  exemplaires '►,  Icscpiels 
ont  été  saisis  et  retenus  aux  portes  de  cette  ville  par  ordre  des 
consuls  %  principalement  i)arce  que  le  typograi)lie  —  par  une 

en  voulant  préciser  ou  édaircir  cette  (lésiiiiiatioii  (juc  l'un  des  éditeurs  des 
Opéra  Cahini  a  écrit,  j)ar  distraction,  F/erre , Alexandre  (qui  fut,  en 
effet,  pasteur  de  cette  Église  en  1555)  au  lieu  de  Pierre  BruUi  »  (Douen. 
0.  c.  II,  652-653). 

Calvin  écrivait  de  Strasbourg,  le  25  juillet  1511  :  Je  jtense  ^\\w  le  jtrétli- 
cateur  de  Metz,  qui  loge  chez  moi,  me  succédera  (Voyez  notre  t.  VII. 
p.  196,  renv.  de  n.  14,  20.  —  Douen,  II,  655-657).  Et  Jean  Sturni  com- 
mençait sa  lettre  du  29  octobre  1542  à  t'alvin  (N"  1173)  par  ces  mots  : 
«  Petrus,  concionatornoster,  valdè  angitur  de  ea  pecunia  quam  tibi  débet.» 
La  tradition  locale  et  Jean  Crespin  sont  d'accord  pour  attester  (juc  Pierre 
Brulli  «  succéda  à  Calvin.  »  —  Pierre  Alexandre  était  en  1540  aumônier 
de  la  reine  de  Hongrie,  et  déjà  suspect  à  la  cour  de  Rome  (Cf.  Lpemmer,  o. 
c.  p.  244,  251,  252).  Eu  1541  il  publia  un  Psautier  à  Anvers  (N"  1136, 
note  11).  Nous  ignorons  à  quelle  époque  il  fut  poursuivi  comme  hérétique; 
mais  l'on  sait  que  sa  condamnation  ne  fut  i)rononcée  à  Bruxelles  que  le 
2  janvier  1545  (Cf.  le  Bulletin  ciré,  2"'"  série,  XII,  394).  Son  nom  figure 
pour  la  première  fois  dans  la  corresjwudance  de  Calvin  au  mois  d'avril 
1546,  et  il  n'existe  aucun  indice  positif  de  sa  présence  à  Strasbourg  avant 
cette  année-là. 

'  Voici  le  titre  complet  de  ce  psautier,  que  nous  avons  déjà  mentionné 
dans  le  N°  1136,  note  11  : 

LA  MANYE  |  re  de  faire  prières  aux  églises  Fra)icoy-  \  ses.  ta)tf  deuât 
la  predicatio  côme  après,  \  ensemble  pseaulmes  &  cantiques  franco  \  ys 
qûon  chTite  aus  dictes  églises,  après  sen  \  suyt  lordre  et  façon  d'adminis- 
trer les  sacrementz  de  Bapicsme,  et  de  la  saincte  |  Cène  de  nostre  seigneur 
lesu  Christ,  de  es  \  pouser  et  confirmer  le  mariage  deuant  |  l'assemblée 
des  fidèles,  auecques  le  sermon  |  tant  du  Baptesme  que  de  la  Cène.  Le 
tout  I  selon  la  parolle  de  nostre  seigneur.  | 

*S'.  Paul  aux  Coloscen.  8. 

Enseignez  et  admonestez  l'vn  l'autre  en  \  pseaulmes  en  louenges  et 
chansons  spiri-  \  tuelles  auec  grâce.  Chantans  au  \  seigneur  en  rostre 
cueur.  I  M.  D.  XLII. 

C'est  un  ])etit  in-8°  de  160  ])ages  numérotées,  de  29  lignes.  La  j)réface 
et  le  reste  de  l'ouvrage  sont  en  caractères  gothiques. 

*  Calvin  nous  apprend  lui-même  (t.  V,  p.  452,  n.  21)  qu'il  se  préparait 
déjà  en  décembre  1538  à  envoyer  un  recueil  de  ])saunies  aux  p]vangéli(iues 
de  Metz. 

^  C'est-à-dire,  du  Conseil  des  XIII. 


494  LE  DUC  DE  LORRAIiNE  AU  CONSEIL  DE  BALE.  1543 

pruclonce  imprévoyante  et  un  zèle  inconsidéré  et  excessif  — 
avait  mis  à  la  fin  de  l'opuscule  :  Imprimé  à  Rome  avecprivïlege 
dn  pape^'.  Il  demande  ensuite  au  magistrat  strasbourgeois  d'in- 
tervenir auprès  des  autorités  messines,  afin  que  les  volumes 
soient  remis  à  ceux  auxquels  ils  avaient  été  adressés  dans  un 
but  excellent  et  en  vue  du  progrès  de  la  cause  évangélique.  » 


1 220bis 

LE  DUC  DE  LORRAINE  au  Goiiseil  de  Baie. 

De  Nancy,  16  avril  1543. 

Inédite.  Manuscrit  original,  Arcli.  de  Bâle. 
(Traduit  de  l'allemand.  Extraits.) 

Antoine,  par  la  grâce  de  Dieu,  duc  de  Calalire,  de  Lorraine, 
de  Bar  et  de  Gueldre,  notre  amical  salut  à  vous,  fermes,  pru- 
dents, honorables,  sages  et  particulièrement  bons  amis. 

Après  avoir  dit  qu'il  est  mémoratif  de  la  bonne  et  amicale  alliance  de 
voisinage  qui  existait  entre  son  i)ère  [René  II],  roi  de  Sicile,  et  les  Ligues 
de  la  haute  et  de  la  basse  Allemagne,  et  qu'il  désire  maintenir  cette 
alliance,  ainsi  que  les  bonnes  relations  de  voisinage  et  de  commerce  établies 
entre  ses  sujets  et  les  Bâlois,  —  le  Duc  résume  brièvement  la  lettre  que 
le  comte  Guillaume  de  Furstemberg  adressait  au  Conseil  de  Bâle  et  à  celui 
de  Berne  le  29  mars  [N°  1216].  Puis  il  continue  en  ces  termes  : 

Tous  ces  mauvais  traitements  auraient  été  infligés  aux  honr- 

geois  de  Metz  par  les  Français  et  les  Lorrains,  et  par  le  comte 

d'Aumale,  fils  aîné  du  très  noble  prince  le  duc  de  Guise,  notre 

cher  frère',  qui  devait  être  alors  dans  notre  ville  de  Pont-à- 

Mousson  ^  d'après  la  lettre  que  vous  a  écrite  le  comte  Guillaume. 

^  Ou  lit,  au  bas  de  la  page  159  de  ce  psautier  :  «  Imprimé  a  Rome  par 
le  commandemept  |  du  Pape,  par  Théodore  Brùss  Allemant.  son  im-  |  pri- 
meur ordinaire.  Le.  15.  de  feburier.  » 

Certains  auteurs  ont  pris  au  sérieux  cette  inscription  et  vanté,  à  ce  pro- 
pos, la  tolérance  du  pape.  Mais  nous  avons  vu  (note  1)  que  le  livre  avait 
été  imprimé  à  Strasbourg,  et  l'on  a  de  bonnes  raisons  de  croire  qu'il  sor- 
tait des  presses  de  Jehan  Knobloch  (Cf.  0.  Doucn,  o.  c.  I,  333,  341-343,  352). 

*  Voyez,  sur  le  comte  d'Aumale  et  sur  le  duc  de  Guise,  la  note  7  du 
N"  1216. 


1513  LE  DUC  DK  L(limAl>'K  AU  CONSKII,  ItK  HAI.K.  /(9o 

Cette  lettre,  dont  iiik^  ('0|)i('  nous  est  pai*vemi(>,  i-aconte  les  faits 
longuement  et  avec  d'autres  i)ai-oles.  Le  Comte  y  mentionne 
aussi  (luelques  intelligences  et  une  convention  qu'il  dit  avoir 
conclue  avec  le  Conseil  de  Metz  et  quelques  particuliers,  à  cause 
de  notre  foi  chrérieune''.  De  qu(>lle  foi,  pareille  à  la  sienne, 
entend-il  parler?  11  ne  nous  convient  ])as  de  nous  prononcfM'  là- 
dessus. 

Mais,  pour  en  revenir  à  notre  i)reniiè('e  o{)inion  sur  le  ra])- 
jtort  que  vous  a  fait  le  comte  Oaillaume,  nous  vous  informons 
que  ni  nous  ni  les  nôtres  n'avons  été  présents  à  tout  ce  <|u'il 
raconte,  encore  moins  y  avons-nous  prêté  nid'"  ou  appui;  et  il 
ne  se  trouvera  jamais  conforme  à  la  vérité  (pie  nous  ayons  favo- 
risé [celte  entreprise]  par  une  exigence  ou  un  commandement' 
Mais  on  trouvera,  au  contraire,  que  beaucou])  de  nos  sujets  et 
serviteurs,  de  la  nol)lesse  et  autres,  sont  restés,  avec  notre  jx'!-- 
mission,  au  service  du  Comte  jusqu'à  leur  sortie  de  Gorze,  et 
grâce  au  bon  vouloir  que  nous  lui  avons  toujours  témoigné.  Et 
si  quelque  malheur  lui  est  arrivé,  à  cause  de  ceux  de  Metz  ou 
des  gens  de  guerre  du  roi  de  France  ou  d'autre.'^,  il  nous  fait 
tort  en  nous  imjjliquant  dans  cette  affaire,  car  nous  n'en  sommes 
nullement  la  cause  et  nous  n'en  avons  ahsolumoit  rien  su. 

Nous  aurions  j)lutôt  sujet  de  nous  jjlaindredu  Comte  de  Fur- 
stemberg,  à  raison  de  l'accusation  qu'il  a  lancée  contre  nous  et 
les  nôtres,  et  tout  cela  malgré  la  bienveillance,  la  mansuétude  et 
l'amitié  que  nous  lui  avons  montrées  jusqu'ici.  P^t  dans  les  nom- 
breuses difficultés  où  il  s'est  trouvé,  et  dans  les  demandes  qu"il 
nous  a  adressées,  spécialement  j)oui-  des  entrejjrises  inconsidé- 
rées, nous  n'avons  pas  seulement  fait  un  accueil  bienveillant  à 
sa  personne,  quand  il  est  venu  à  notre  coui-,  mais  nous  lui  avons 
aussi  accordé  libre  passage  dans  toutes  les  villes  de  notre  Duché; 
et,  i)ar  notre  bonne  intercession,  il  a  été  pourvu  de  |ilusieurs 
avantages  :  d'un  office  et  d'une  pension  notable  en  argent,  et 
nous  l'avons  gratifié  d'une  seigneurie,  sa  vie  dui-ant. 

*  A  la  tin  do  s;i  lettre,  le  due  Antoine  exjilifjne  spécieusement  la  j)ré- 
sence  de  son  frère  à  Font-à- Mousson.  Mais  ehaeiin  j)ouvait  comprendre 
que  Ze  duc  de  Guise  n'était  j)as  venu  en  Lorraine  ])our  visiter  sa  mère, 
mais  tout  d'abord  pour  assaillir,  à  Gorze,  les  Évangéliques  messins,  ou 
surveiller  à  distance  cette  expédition  jieu  plorieuse  (Cf.  j).  823,  n.  2(1). 

*  Voyez  la  page  305,  note  2. 


496         LE  DUC  DE  LORRAINE  AU  CONSEIL  DE  BALE.        1543 

Mais  vous  allez  être  plus  complètement  renseignés  à  son  sujet. 
L'éié  dernier,  nous  avons  permis  que  des  gens  de  guerre  fussent 
rassemblés  sous  lui,  autour  de  Gorze,  par  notre  cher  baron  de 
Heidecl-,  et,  lorsque  ces  mêmes  gens  sont  partis  de  là,  2>our 
entrer  au  service  du  roi  de  France  \  le  dit  Comte,  de  sa  propre 
autorité,  a  mis  sous  sa  main  M  abbaye  de  Oorze,  qui  ne  lui  appar- 
tient pas.  Seulement,  il  prétend,  sans  en  avoir  fourni  la  preuve, 
que  le  Roi  lui  a  donné  cette  abbaye  en  garantie  d'une  grosse 
somme  d'argent".  Or,  comme  l'abbaye  de  Gorze  est  enclavée 

■*"*  Il  était  naturel  qu'avant  de  déclarer  la  guerre  à  l'Empereur  (12  juil- 
let 1542),  François  I  ne  négligeât  rien  pour  s'assurer  la  coopération  du 
comte  Guillaume,  disgracié  jadis  (VI,  124-126),  mais  qui  pouvait  lui 
rendre  encore  les  plus  grands  services.  On  sait  que  ce  dernier  enrôla  trois 
mille  lansquenets  pour  l'armée  française  (Cf.  p.  307,  n.  8),  et  le  duc 
Antoine  reconnaît  qu'ils  furent  rassemblés  autour  de  Gorze  pendant  l'été 
de  1542;  mais  il  conteste  que  le  Koi  lui  eût  «  donné  »  l'abbaye  de  Gorze. 
Le  service  rendu  par  Furstemberg  méritait  cependant  une  récompense.  Or, 
nous  avons  vu  (p.  92,  n.  6)  que  le  Boi  avait  garanti,  en  1538,  à  ce  général 
les  revenus  de  deux  seigneuries  de  la  Bresse,  atin  d'acquitter  les  sommes 
considérables  qu'il  lui  devait.  Le  procédé  étant  commode,  pourquoi  n'en 
aurait-il  pas  usé  en  1542,  alors  que  Furstemberg  était  tenu,  suivant 
l'usage,  de  payer  d'avance  à  ses  trois  mille  lansquenets  une  partie  de  leur 
solde  ? 

Nul  doute  que  les  deux  contractants  ne  fussent  persuadés  d'avoir 
fait  une  bonne  affi\ire.  L'obtention  de  la  susdite  abbaye  ne  procurait 
pas  seulement  à  Furstemberg  de  riches  revenus.  Elle  lui  permettait  aussi 
de  s'établir  solidement  en  Lorraine,  et  d'y  favoriser  les  progrès  de  la 
Réforme  et  les  intérêts  des  Protestants  d'Allemagne.  Il  est  vrai  que 
«  la  forteresse  de  Gorze  lui  fut  livrée  par  le  Roi  à  certaines  conditions,  » 
restées  inconnues  (p.  307,  n.  8);  mais  on  ne  peut  douter  que  ce  fût  à  titre 
de  gage  ou  d'hypothèque.  Dom  Calmet,  o.  c.  II,  1242,  dit  même  que  le  Roi 
«  lui  en  avoit  fait  présent.  »  Aussi  le  comte  Guillaume  se  crut-il  autorisé 
à  protéger  son  bien  au  moyen  d'une  garnison  ;  et  la  preuve  qu'il  était  dans 
son  droit,  c'est  que  François  I  le  laissa  tranquille  jusqu'au  moment  où  il 
apprit,  probablement  par  le  duc  de  Guise,  que  Furstemberg  allait  embras- 
ser le  parti  de  l'Empereur  (n.  12).  —  Voilà,  croyons-nous,  l'histoire  vrai- 
semblable de  l'occupation  de  Gorze  par  le  comte  Guillaume.  Le  P.  Meu- 
risse,  o.  c.  p.  35-37,  en  donne  cette  relation  fort  différente  : 

«  L'an  1542,...  Gaspard  de  Heu....  cet  instrument  d'iniquité  ayant  esté... 
eslevé  sur  le  trosne  de  la  souveraine  Magistrature,  l'enfer  fit  jouer  en  suitte 
tous  les  ressors  de  sa  puissance  et  de  sa  furie,  jjour  faire  plier  la  ville  de 
3Ietz  sous  les  loix  de  l'Hérésie.  Le  Landgrafï'  de  Hess,  le  Duc  de  Wi[r]tem- 
berg  et  les  villes  de  Strasbourg  et  de  Francfort,  qui  de  long-tems  en 
avoient  coiiccu  le  dessein,  se  liguèrent  ensemble  à  cet  effet  et  mirent  des 


1513  LE  DUC  DE  LORRAINE  AU  CONSEIL  DE  RALE.  497 

dans  noti'o  duché  de  Lorraine  ot  de  IJar.  nous  avons  autorisé  le 
comte  Gnilldione,  on  vertu  de  notre  constante  et  tidèle  amitié,  à 
traverser  de  jour  et  de  nuit  notre  pays  avec  ses  gens,  en  toutf 
liberté,  aussi  lon,ii:tenii)s  que  nous  y  consentirions. 

En  notr(^  qualité  de  i)arent  respectueux  do  deux  grands  et 
puissants  monarques,  dont  nous  sommes  le  vassal",  et  aussi 
comme  i)rince  du  saint  Empire  romain,  et  compris  dans  la  paix 
générale  de  rplmpire,  nous  avons  vivement  sollicité  les  susmen- 
tionnées Majestés,  ot  nous  avons  obtenu  d'elles  que  h  monastère 
de  Oorze  fût  au  bénéfice  de  la  neutralité,  afin  de  nous  mettre  à 
l'abri  des  troubles  d'une  guerre  imminente".  Et  nous  avons 
négocié  avec  le  comte  GuiUaume,  par  Tintermédiaire  de  quel- 
ques-uns de  nos  fidèles  conseillers,  pour  qu'il  consentît  à  nous 
l'émettre  la  dite  abbaye,  pour  laquelle  nous  voulions  nous  obliger 
à  lui  faire  livrer  pendant  quelques  années  une  bonne  somme 
d'argent,  aussi  longtemps  que  le  Roi  consentirait  à  cet  arrange- 
ment. Néanmoins,  le  Comte  s'est  renforcé  avec  ses  gens  de  guern- 
dans  l'abbaye  de  Gorze  :  ce  qui  (telle  était  notre  confiance)  ne 
nous  a  pas  empêché,  lorsqu'il  s'est  présenté  devant  nos  fidèles 
serviteurs,  de  lui  permettre,  ainsi  qu'à  ses  gens,  d'aller  vt  venir 
par  notre  Duché. 

Mais,  en  retour  des  marques  d'amitié  et  d'atfection  que  non 
lui  donnions,  il- nous  a  mis  en  oubli  et  nous  a  trompé.  Ses  gen 
postés  à  Gorze,  et  qui  se  composaient  en  pai'tie  d'hommes  banni 
pour  leurs  méfaits  et  d'un  ramassis  de  vauriens  \  se  sont  mis  à 

trouj)i)es  sur  pied  commandées  par  le  comte  G.  de  Furstembery...  Et  ces 
trouppps  se  rendirent  autour  de  Metz  au  mois  de  May  suivant,  atfin  d'en 
occuper  les  avenues,  et  de  tenir  les  Messins  en  sujection.  Et  pour  ne  man- 
quer point  de  lieux  de  retraite,  le  Comte  de  Furstemberg  s'alla  loger  iire- 
niièrement  à  Ancy.  et  de  là  à  Gorze...  la  veille  de  S.  Jean  Bajuiste.  » 

Le  Journal  de  Jean  Le  Coulloii  (1527-1587)  pulilié  par  E.  de  Bouteillfr 
(Paris,  1881)  suffirait  pour  intirmer  la  thèse  de  Meurisse. 

"  Le  duc  Antoine  était  vassal  de  François  î  i)our  le  duché  de  Bar. 

^  Par  un  manifeste  daté  d'EcIaron,  12  juin  1542,  François  /donna  son 
consentement  à  la  neutralité  du  duc  de  Lorraine  jiendant  sa  guerre  avec 
Charles-Quint  (Papiers  d'État  de  Granvelle,  II,  624-628).  L'Fmpereur 
confirma  cette  neutralité  jiar  Icttns  jtatentes  données  à  Bruxelles  le 
10  juillet  suivant  (Mémoires  de  Granvelle,  III,  82,  83). 

**  Ajjrès  avoir  pris  connaissance  de  la  lettre  de  Farel  à  Myconius  du 
20  avril  (Cf.  jtp.  325-328),  les  Bâlois  auraient  eu  le  droit  de  répondre  au 

T.  VIII.  32 


498         LE  DUC  DE  LORRAINE  AU  CONSEIL  DE  BALE.        1543 

lever  une  somme  d'argent  sur  quelques  prélats,  curés  et  autres 
de  nos  sujets,  à  titre  d'impôt,  dans  notre  duché  de  Lorraine  et 
de  Bar.  Et  ceux  qui  refusaient  de  payer,  on  les  menaçait  de  leur 
courir  sus  et  de  les  endommager.  Cela  se  prouvera  au  moyen  de 
quelques  billets  écrits  par  un  colonel  de  Oorze  nommé  Datzemal 
et  par  la  signature  du  Comte  lui-même. 

Le  Duc  émimère  ensuite  les  déprédations  que  la  garnison  de  Gorze  a 
commises  dans  l'abbaye  àç:  St.-Arnoul^  et  dans  quelques  villages  de  l'évê- 
ché  de  Verdun,  «  appartenant  (dit-il)  à  notre  fils,  évéque  de  Metz  '",  »  — 
ainsi  que  dans  le  monastère  de  l'Estainche^^,  qu'ils  ont  pillé  et  rançonné. 
Ils  ont  aussi  fait  prisonnière,  sur  le  grand  chemin,  une  nol)le  abbesse, 
«  Malgré  nos  réclamations  et  les  plaintes  qui  nous  arrivaient  journelle- 
ment, le  Comte  Guillaume  n'a  puni  personne.  « 

Dans  le  temps  de  ses  négociations  avec  les  députés  des  très 
nobles  princes  le  chic  de  Wurtemberg,  le  landgrave  de  Hesse,  des 
louables  villes  impériales  de  Francfort  et  de  Strasbourg,  et  avec 
ceux  du  maître-échevin,  du  Conseil  et  de  la  communauté  de  la 
ville  de  2Ietz,  nous  avons  bien  voulu  que  certains  de  nos  fidèles 
conseillers  aidassent  au  dit  Comte,  à  ceux  qui  l'accompagnaient 
et  à  ceux  de  Metz,  en  assistant  à  leur  conférence,  pour  tâcher  de 
les  concilier  entre  eux.  Et,  afin  d'y  contribuer  d'autant  mieux  et 
de  garantir  la  sécurité  du  Comte,  nous  lui  avons  ouvert  notre 
ville  de  Pont-à-Mousson  et  permis  qu'il  vînt  en  personne  auprès 
de  nous  à  Nancy,  avec  sa  suite.  C'est  alors  qu'il  nous  a  humble- 
ment prié  d'accorder  le  passage  aux  cinq  ou  six  cents  lansque- 
nets qu'il  voulait,  disait-il,  conduire  de  Oorze  en  Allemagne^-. 

duc  Antoine  :  Ce  n'est  pas  à  nous  de  qualifier  les  torts  de  ceux  que  Y.  E. 
appelle  des  bannis  et  des  vauriens;  mais  nous  savons  que,  soit  en  débattant 
les  articles  de  leur  capitulation  de  Gorze,  soit  en  escortant,  pendant  leur 
retraite,  les  Évangéliques  de  Metz,  —  ils  se  sont  montrés  gens  de  cœur  et 
d'honneur. 

^  St.-Arnoul,  abbaye  de  Bénédictins,  près  de  Metz. 

*"  Quoiqu'il  n'eût  jamais  été  ordonné  prêtre,  Nicolas,  fils  cadet  du  duc 
Antoine,  porta  de  1543  à  1548  le  titre  d'évêque  de  Verdun  et  celui  d'évéque 
de  Metz.  Le  cardinal  Jean  de  Lorraine,  son  oncle,  lui  avait  abandonné 
l'administration  de  ces  deux  diocèses  (Cf.  Dom  Calmet,  o.  c.  II,  12G7). 

"  L'Estainche  ou  VEstanches,  abbaye  de  religieuses  de  l'Ordre  de 
Citeaux,  située  près  de  Xeufchâteau,  en  Lorraine,  s'est  appelée  plus  tard 
Notre-Da  mc-de-  VÉia  ng. 

1-  En  d'autres  termes  :  au  service  de  l'Empereur.  Ce  serait  donc  vers 
le  milieu  de  mars  1543  que  G.  de  Furstemberg  aurait,  par  cette  démarche 


î 


1343        LE  DUC  DE  LORRAINE  AU  CONSEIL  DE  BALE.         499 

Nous  le  lui  avons  graciouscmont  et  gi-atiiitcuirut  accordé.  Mais 
ces  lansquenets  vivaient  aux  (lé])ens  de  nos  pauvres  gens. 

Nous  avons  également  accordé  libi'^e  ])assage  au  reste  de  s(»s 
gens,  qu'il  a  laissés  à  Gorze,  lors  de  son  départ,  ainsi  (|ii;ui  ])ré- 
dicant  nommé  Pfurel,  lesqu(>ls  en  ont  été  chassés  j)ar  les  Fran- 
çais. On  nous  aurait  su  très  bon  gré  de  faire  quelque  mal  à  ce 
prédicant  ou  de  Tarrêter  avec  ses  compagnons  :  ce  qui  nous  eût 
été  facile,  non-seulement  i)arce  qu'ils  étaient  en  j)etit  nonil)re.  et 
([ue  nous  connaissions  bien  leur  gîte,  mais  aussi  jjai'ce  que  nous 
aurions  bien  su  et  pu,  dans  une  autre  circonstance,  les  milever 
de  Gorze  et  d'autres  lieux.  Mais  nous  n'avons  i)as  voulu  \q  faire '^ 

Pour  ne  pas  vous  ennuyer  par  une  trop  longue  lettre, 

et  afin  de  vous  détourner  d'ajouter  foi  aux  rapports  du  susdit 
Comte  ou  de  ses  envoyés,  nous  vous  réj)étons  que  ce  qui  a  été 
dit  ci-dessus  est  la  pure  vérité,  et  spécialement,  qu'en  notre 
(|ualité  de  prince  neutre,  que  les  actes  de  guerre  survenus  dans 
et  autour  de  notre  Duché  ont  chagriné  au  plus  haut  ])oint.  nous 
n'avons  aucune  intention  de  nous  mêler,  en  ([uelque  sorte  que 
ce  soit,  de  ce  qu'a  entrepris  le  roi  de  France,  ou  notre  frère,  (jui 
est  son  lieutenant-général.  C'est  donc  à  S.  M.  Royale  ou  à  son 
Lieutenant-général,  et  non  j)as  à  nous,  (pie  le  Comte  devait  s'en 
prendre. 

Et  quant  à  l'euti'éc^  de  notre  cher  frère  dau'^  notice  ville  de 

auprès  du  duc  Anfoine,  révélé  son  intention  de  quitter  le  service  de  Fran- 
çois I.  Mais  on  a  lieu  de  croire  ([w  les  Guises  en  étaient  déjà  infoilnés. 
Quoi  qu'il  en  soit,  ils  furent,  en  assaillant  la  ville  de  Gorze,  le  25  mars, 
les  exécuteurs  d'une  ven^jeance  moitié  ])olitique,  moitié  cléricale  (Cf.  les 
pp.  305,  n.  2,  30(),  323,  ii.  2G).  l^e  côté  ^jolitique  de  leur  expédition  ne 
semble  pas  avoir  frappé  les  contemporains.  C'est  pourquoi  Toussain  disait 
cinq  mois  plus  tard  :  L'affaire  de  Gorze  est  autre  que  beaucou])  de  gens 
ne  le  pensent. 

'*  Xous  avons,  par  erreur,  un  \n'U  exa^^éré  les  mérites  du  duc  Aiifonit 
envers  Farel  et  les  3ïessins  qui  se  retirèrent  à  Strasbourg  (Page  320, 
note  50).  On  lit,  en  effet,  dans  la  déclaration  de  François  7  du  12  juin 
1542  (n.  7)  :  «  Nostre  cousin  le  duc  de  Lorraine,  durant  la  dite  guerre,  ne 
se  meslera  d'une  part  ni  d'aultre,  et  ne  donnera  port  ne  faveur,  ne... 
aucun  em])escliement  à  noz  gens  de  guerre....  Les  gens  de  guerre,  tant 
d'ung  cousté  que  d'autre,  ne  pourront  dedans  les  pays  de  nostre  d.  cou- 
sin... conduire  ou  fain;  aucunes  prinses,  en  façon  ni  en  quelque  occasion 
que  ce  soit....  Et  ne  debvront  les  d.  gens  de  guerre  de  diacun  cousté  mener 
aucuns  prisonniers...  en  aucunes  des  villes  ne  par  le  pays  de  nostre  dit 


500  LE  DUC  DE  LORRAINE  AU  CONSEIL  DE  BALE.  1513 

Pont-à-Monsson,  elle  n'a  eu  lieu  que  de  notre  consentement,  et 
avec  une  suite  peu  nombreuse,  pour  faire  la  révérence  à  S.  E. 
notre  chère  mère,  la  très  noble  princesse  et  reine  de  Sicile'*, 
comme  c'est  le  devoir  d'un  fils  envers  sa  mère.  Au  dire  du  Comte, 
quelques  hommes  et  quelques  femmes  auraient  été  emmenés 
captifs  à  Pont-à-Mousson.  Si  la  chose  a  eu  lieu,  c'est  sans  notre 
su  et  vouloir.  Après  nous  en  être  informé,  nous  avons  trouvé 
qu'aucun  homme  n'y  a  été  conduit  ni  retenu  par  notre  frère.  Il 
ne  s'y  trouve  que  deux  femmes  qui,  à  la  prière  des  parents  de 
rhôte  de  notre  cher  frère,  y  sont  encore,  et  dont  l'une  a  été 
peut-être  laissée  dans  notre  dite  ville  i)Our  sauvegarder  son 
honneur. 

Nous  vous  prions  avec  un  zèle  amical  d'examiner  les  choses  et 
de  les  croire  telles  que  nous  l'avons  dit,  et  de  maintenir  Tan- 
tique  amitié  entre  la  ville  de  Bâle  et  nous...  Et,  quoique  le  Comte 
Ghdllaume  vous  ait  informés  autrement,  ainsi  que  la  Louable 
Confédération,  veuillez  nous  faire  le  plaisir  de  nous  apprendre 
que  vous  avez  reçu  notre  rajjport  et  que  vous  y  avez  ajouté 
foi...  Nous  attendons  là-dessus  votre  bonne  réponse'".  Donné 
dans  notre  ville  de  Nancy,  le  xvr""  Avril,  l'an,  etc.,  XLIII. 

C.  Mérigny(V). 

(Suscriptiou  :)  Aux  fermes,  prudents,  honorables  et  sages,  nos 


cousin....  Item  que  tous...  de  quelque  estât  qu'ilz  soient,  et  non  estans  en 
<armes,  puissent  seurement  aller  et  passer  pîir  iceulx  [pays].  >> 

^^  Son  mari,  René  II,  fils  de  Ferry,  comte  de  Vaudémont,  et  de  lolande 
d'Anjou,  portait  le  titre  de  roi  de  Sicile,  parce  qu'il  avait  hérité  des  pré- 
tentions de  sa  mère  sur  le  royaume  de  Naples  (Cf.  Moréri).  Après  la  mort 
de  René,  sa  veuve,  Philippe  de  Gueldre,  assistée  de  maître  Nicolas  Le 
Clerc,  docteur  en  théologie,  consacra  onze  années  à  l'éducation  de  sa 
famille.  Puis  elle  se  retira  au  couvent  des  Clai'isses  de  Pont-à-Mousson,  et 
y  fit  profession  le  15  décembre  1519,  en  présence  de  ses  enfants  et  de  sa 
cour.  «  Dans  cet  austère  asile,  où  elle  devait  terminer  ses  jours  «  en  opinion 
de  sainteté  »  à  l'âge  de  quatre-vingt-cinq  ans  (26  février  1547),  son  humi- 
lité fut  constamment  telle  que,  soumise  à  toutes  les  obligations  de  son 
Ordre,  portant  les  mêmes  vêtements,  vivant  de  la  même  nourriture  que  les 
autres  religieuses,  elle  signait  ses  lettres  à  ses  supérieures  :  «  Votre  pauvre 
fille  et  sujette,  sœur  Pliilii)pe,  humble  servante  de  Jésus...  »  (Voyez  Dom 
Calmet,  II,  1121-1124.  —  R.  de  Bouille,  o.  c.  I,  40-41.) 

**  C'est  grâce  à  l'obligeance  de  M.  le  D'  R.  AVaekernagel,  arcliiviste 
d'Etat  du  canton  de  Râle- Ville,  que  nous  avons  reçu  luu'  copie  de  la  lettn^ 


1343  LE  DlC  DE  LORRAINE  AL  CONSEIL  I»E  RALE.  oOI 

particulièrement  bons  amis  le  lîonr^mcsti-c  et   le  ( '(iii>>('il  de 
Bâle. 

iirioiiialc  du  duc  Antoiiif  et  de  la  ré])ousi'  d<'s  Bàlois.  Voici  cette  ivpoiisc, 
traduite  de  l'allemand  : 

Au  iJac  de  Lorraine. 
Excellence, 
Nous  avons  reçu  et  entendu  lire  aujourd'hui  la  lettre  que  Votre  Excel- 
lence nous  a  envoyée  ])ar  le  ])résent  jjorteur,  au  sujet  de  ce  qui  s'est  passé 
à  (xorze,  le  saint  jour  de  Pâques.  Nous  ne  voulons  pas  cacher  à  V.  E.  que 
cet  événement  nous  cause  un  grand  cJuigrin,  et  que  nous  éprouvons  commi- 
sération et  i)itié  pour  les  jiauvres  gens  qui  ont  jiéri  si  misérablement.  Mais 
])uisque  nous  avons  précédemment  reçu  le  rapport  du  comte  Guillaume  de 
Furftfemherg,  et  maintenant  celui  où  Votre  Excellence  se  justifie,  nous 
voulons  conserver  et  témoigner  les  sentiments  qui  conviennent,  dans  ce 
temps-ci,  aux  personnes  aimant  la  paix  et  la  tranquillité.  Et,  désirant  les 
exprimer  à  V.  E.,  nous  n'avons  pu,  cette  fois,  dans  notre  réponse,  négliger 
de  lui  témoigner  notre  respect  et  nos  dispositions  de  bons  voisins.  Donné 
le  lundi  xxiii""'  jour  d'Avril,  l'an,  etc.,  xliii. 

H.  Offenhurg. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


Page  16,  à  la  tin  de  la  note  4,  ajoutez  :  La  tradition  relative  au  <•  berger 
qui  départagea  les  voix  »  est  contredite  par  l'histoire.  Deux  lettres  que  Je 
Conseil  de  Soleure  lit  écrire  le  17  mai  1542  (l'une  au  Conseil  de  Berue, 
l'autre  au  dé])uté  soleurois  à  la  diète  de  Baden)  affirment  que,  sur  les  trois 
cents  bourgeois  qui  votèrent,  le  14  mai,  au  Landerou,  une  douzaine  seule- 
ment acceptèrent  la  Réforme,  et  que  tous  les  autres  se  déclarèrent  pour  la 
messe.  (Voyez  les  Recès  des  diètes  suisses,  volume  de  1541-1548,  p.  138.) 

P.  19,  ligne  4,  après  Salleure,  placez  un  renvoi  à  la  note  suivante  :  On 
lit  dans  le  Manuel  de  Berne  du  11  mai  :  «  Décidé  de  répondre  à  ceux  de  Xeu- 
châtel,  au  sujet  de  la  lettre  des  Soleurois  [X"  1116],....  que  nos  députés  [au 
Landeron]  doivent,  à  l'occasion  des  affaires  et  des  biens  de  la  cure,  parler 
amicalement  et  affectueusement  de  l'intérêt  [en  question]  et  viser  surtout 
à  ceci  :  que  l'honneur  de  Dieu  soit  avancé  et  que  la  Parole  divine  soit  accep- 
tée par  les  Landeronais.  S'il  en  advient  ainsi,  il  n'est  pas  nécessaire 
d'écrire  aux  Soleurois  pour  s'excuser,  puisque  la  question  sera  décidée. 
Dans  le  cas  contraire,  les  députés  ont  plein  pouvoir  de  s'entendre  pour 
rédiger  une  réponse  avec  ceux  de  Neuchâtel  et  de  Tenvoyer  par  eux  à 
Solaire  »  (Trad.  de  l'allemand).  —  Le  malicieux  secrétaire  a  écrit,  à  la 
suite,  cette  réflexion  :  «  Non  potuit  tela  bene  texi  quam  Senatus  2^er- 
2}lexè  et  intricate  ordierat.  » 

Le  Conseil  d'État  de  Neuchâtel  et  les  IV  Ministraux  ne  répondirent  qui" 
le  19  mai  à  la  lettre  de  Soleure.  Cette  réponse,  assez  habilement  rédigée, 
se  trouve  dans  les  Becès  des  diètes,  vol.  cité,  p.  139. 

P.  31,  à  la  fin  de  la  note  5,  ajoutez  :  Le  15  août  suivant,  MM.  de  Berne 
décidèrent  que  Maître  Robert  serait  établi  à  Morrens,  village  situé  à  l'O.  de 
Montheron. 

P.  34,  notes  5-6,  la  mention  de  Jeanne  de  Lonvain  est  un  anachro- 
nisme :  ce  fut  plus  tard  qu'elle  devint  la  femme  de  Gaspard  de  Heu. 

P.  35,  ligne  5  du  texte,  dirimuerunt  exige  cette  correction  :  [1.  direme- 
runt]. 

P.  36,  à  la  fin  de  la  note  8,  ajoutez  :  On  y  voit,  au  10  mai  1542,  que  le 
médecin  décédé  à  Thonon  était  originaire  de  l'Italie. 

P.  36,  ajoutez  à  la  note  9  :  Le  5  juin  1542,  MM.  de  Berne  décidèrent  de 
faire  construire  des  bains  à  Maxilli,  au  N.-E.  d'Évian.  o  Scabiosorum. 
rugosoruin  et  decrepitorum  calcule  plurimùm  probata  est  aqua  illa,  »  dit 
le  procès-verbal  de  la  séance.  Mais  le  secrétaire  a  terminé  ce  paragraplie 
comme  il  suit  :  «  quorum  nullus  tamen  ea  lotus,  rugas,  scabiem  et  seniuni 


ADDITIONS  ET  COHUECTIONS.  o03 

flbliiit,  sod  sii))r(Miias  t.-mtuiiiiiioilo  ulcrruiii  cnistas  scmpiM-  ri'piilliil.-in- 
teis.  » 

P.  37,  à  la  fil)  de  la  iioti'  lô.  ajouti'Z  : 

Au  iTsto,  il  est  possible  que  li'  lUniid  ici  iiiontioniu'-  fût  ruii  dfs 
meniiires  do  la  famillo  de  Christophe  Fdhri  (Cf.  li's  ]ip.  202,  255,  le  t.  VI. 
p.  127,  et  la  lettre  du  10  mai  1514). 

P.  50,  tin  de  la  note  22,  ajirès  incartadex,  lisez  :  qui  sont  au  détriment 
du  service.  (Cf.  IV,  262-03,  où  on  lit  :  <>  Suspectée  sunt  michi  adniodum 
repentiuje  Thomœ  [Maliiigiii]  vocationes.  » 

La  vie  (V Hugouin  d'Anie.r.  ]tersonnaire  «  rielie  en  richesses  et  en  folie,  » 
il  été  racontée  par  Pierretleur  (^Mémoires.  ]i.  183-30).  L'ex-vicrtire  d"<")rlie. 
Claude  Giiyot,  y  figure  d'une  façon  qui  ne  dut  ))as  lui  faire  lionneur. 

P.  52,  note  11,  ligne  8,  au  lieu  de  poxir  procéder  à  un  examen  des  choses, 
afin,  lisez  :  pour  obtenir,  etc. 

P.  61,  note  7,  ligne  3,  rem])la(cz  1511  par  1512,  et  lignes  4-5,  lisez  : 
Jean  Crespiu,  qui  assistait  au  supplice  de  celui-ci  et  en  a  publié  le  récit, 
l'a  placé,  par  erreur,  eu  1540,  —  la  sentence  qui  condamna  à  la  peine  de 
mort  Claude  le  Painctre  étant  datée  du  17  novembre  1541  (Voyez  l'article 
publié  par  M.  N.  Weiss  dans  le  Bulletin,  1892,  \).  466-468). 

A  la  fin  de  la  même  note,  supj)rimez  le  renvoi  à  l'Appendice.  La  place 
nous  ayant  manqué  pour  donner  in  extenso  la  lettre  de  Jacques  iJrijander, 
nous  la  reproduirons,  s'il  plaît  à  Dieu,  dans  le  t.  IX,  d "aiuès  lOuvrage  pré- 
cité :  Ejjistolfe  a  Belgis  vel  ad  Belgas  scriptpe,  1017,  j).  55-67. 

P.  61,  à  la  fin  de  la  note  8,  supiirimez  la  dernière  jdirase. 

P.  69,  à  la  note  *  ajoutez  :  Nous  devons  à  rextrênie  obligeance  de  notre 
dévoué  ami  et  compatriote,  M.  Franck  Olivier,  étudiant  à  Berlin,  unecojjie 
du  bon  ordonnancé  par  les  syndics  et  de  la  quittance  de  1\  Vint.  Voici  le 
texte  de  ce  document  : 

«  Nous,  Scindicques  et  Conseyl  de  Genève,  à  nostre  bien  aynié  trésorier 
général,  Salutz.  Vous  commandons  que  deslyvrés  à  maystre  Pierre  Vyret. 
ministre  évangélique.  \)mw  rentier  poyement  du  passé  de  ce  qu'il  a  servye 
en  l'église  de  C4enève,  la  somme  de  vingt-cinq  escus  soley,  desqueulx  vous 
tiendrons  compte.  Actum  10  .Tullii  1512. 

Curteti,  C.  Pertem])S.  C.  Roset.  V.  Iîifi. 

Je  Pierre  Viret  confesse  avoir  receu  la  somme  de  25.  v  soleil,  selon  le 
contenu  de  ce  présent  mandement  de  Mi'ss[i]eurs,  par  ]\Ions[i]eur  le  tliréso- 
rier  sieur  Pierre  Tissot,  le  10  de  Juillet  1542.  » 

On  voit  par  là  que  le  Conseil  de  Genève  redev.iit  à  Viret  treize  écus,  et 
qu'il  en  ajouta  douze,  à  titre  de  gratification, 

P.  71,  note  13,  à  la  fin  du  pn^mii-r  jiarajrra])be,  ajoutez  :  Le  12  dé- 
cembre 1542,  MiM.  de  Berne  annonçaient  au  bailli  d'Kcballens.  qn>^  Zihédêe 
et  le  vicaire  Guyot  étaient  autorisés  à  reprendre  leurs  fniKtimis  A  Orlif 
(Manuel  du  d.  jour). 

P.  83,  ajoutez  à  la  note  4  :  Selon  M.  le  jirofosscur  C.  Cornélius.  Petit  on 
Pictiod  était  le  surnom  du  conseiller  Jean  ChauJtetnps. 

P.  92,  à  la  fin  de  la  note  0.  ajoutez  :  Toutefois  nous  devons  noter  le 


504  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

fait  qu'au  mois  d'août  1542,  Xkolas  Paris,  de  Châlons-sur-^Iarne,  qualitié 
de  «  libraire  portant  marchandise,  <>  fut  arrêté  dans  la  Bresse  avec  Jean  Vial 
et  Benoit  Delphin.  On  ne  connaît  pas  l'issue  de  leur  procès,  commencé  à 
Bourg,  et  qui  se  continua  en  septembre  et  en  octobre.  Mais  Paris  semble 
avoir  été  relâché.  Du  moins  Brunet  (Manuel  du  libraire)  mentionne  un 
Nicolas  Paris,  qui  imprima,  de  1.5-l;2-1547,  dans  l'abbaye  delaRivour,  près 
de  Troyes.  Il  avait  pour  marque  le  palmier,  avec  la  devise  :  Pressa  valen- 
tior.  On  le  retrouve  à  Genève,  où  il  fut  admis  comme  habitant  en  1557 
(Communication  obligeante  de  M.  X.  AVinss). 

P.  104,  note  2,  ajoutez  :  En  réalité,  ils  se  nommaient  JMossard,  et  ils  étaient 
natifs  de  la  "Charité-sur-Loire  (Cf.  Séb.  Castellion,  sa  vie  et  son  œuvre,  par 
Ferdinand  Buisson.  Paris,  1892,  t.  I,  p.  181). 

P.  125,  à  la  fin  de  la  note  28,  ajoutez  :  Il  faut  aussi  reconnaître  que 
(liàteillon  était  présomptueux.  Il  l'avoua  plus  tard  avec  candeur  :  «  Su- 
perlnim  fuisse  fateor,  et  doleo  et  i»udet.  Insolescebat  enim  animus  stulta 
(juadam  et  juvenili  persuasione  cognitionis  earum  scientiarum  et  linguarum 
(juibus  saepe  soient  earum  studiosi  plus  tribuere  quàm  spiritui  »  (Castellio- 
nis  Defensio,  p.  21.  —  Viret,  lettre  du  16  février  1544). 

P.  127,  note  6,  lisez  :  «  Les  \TI  de  la  guerre  »  formaient  un  corps  distinct 
de  celui  des  XIII  Jurés  de  Metz. 

P.  154,  notes  4,  6  et  10,  au  lieu  de  la  dernière  phrase,  lisez  :  Qu'il  soit 
«  retourné  dans  la  ville  »  quelques  semaines  plus  tard,  on  n'en  peut  guère 
douter  :  Toussain  l'affirmait  en  septembre  1543. 

P.  167-168.  Supplément  à  la  note  18. 

Benoît  de  Pontareuse,  natif  d'Estavay^r,  protonotaire  apostolique,  cha- 
noine de  Fribourg,  de  Xeuchâtel  et  de  Lausanne,  se  qualifiait  en  1523 
"  aumônier  du  roi  de  France,  curé  de  Branges  [Saône  et  Loire'?]  et  de 
Bex»  (Cf.  Matile.  Musée  hist.  de  Xeuchâtel,  m,  139,  146,  151.—  Fréd.  de 
Chambrier.  Hist.  de  Xeuchâtel,  p.  281).  On  ne  sait  pas  à  quel  titre  il  obtint, 
à  Lausanne,  la  belle  maison  dont  nous  venons  de  parler.  Messire  Jacques 
de  Montf'alcon  l'avait  léguée  au  Chapitre;  mais  les  magistrats  lausannois 
s'en  étaient  emparés  «  par  force,  »  et  c'est  peut-être  pour  les  apaiser  que 
Pontareuse  paya  une  certaine  somme  à  l'Abbaye  des  Enfants  de  la  Ville. 
Toutefois,  lors  du  grand  procès  entre  la  Ville  et  son  évêque,  la  susdite 
maison  fut,  par  sentence  arbitrale  des  députés  de  Berne  et  de  Soleure 
(29  mai  1533),  adjugée  à  Benoît  de  Pontareuse,  «  sa  vie  durant,  »  sous 
réserve  des  «  directes  [c.  à  d.  des  droits  seigneuriaux]  que  les  Xobles  et 
bourgeois  de  Lausanne  ont  et  pourront  avoir  dessus  icelle  maison  »  (Cf. 
Mém.  et  Doc.  de  la  Suisse  romande,  t.  VII,  p.  756.  — Ernest  Chavannes. 
Extraits  des  Manuaux  de  Lausanne,  II,  331). 

La  sentence  précitée  peut  servir  à  expliquer  ce  passage  du  Manuel 
lausannois  :  «  1536,  5  Xovembre.  Fut  conférue  et  bailliée  la  meyson 
de  la  ville,  apartenant  pour  lors  à  Mons^^  Pontherouse,  à  messire  Karoli, 
par  la  condition  que,  quand  le  dit  Pontherose  viendroyët  (n'est  i)as  au 
pays),  que  le  dit  Karoli  doibje  vuydé  la  dite  meyson  ■>  (Cf.  E.  Chavannes. 
Extraits  cités,  1536-1564,  p.  3), 


AnniTIONS  ET  (.(tRRKiTloNS.  505 

On  voit,  par  la  lottif  de  Viivt  du  i)  août  15U,  qiio  la  Ville  inaintiiit 
SOS  prétentions  sur  «  la  cure  de  Pontherouse  ■.  et  tinit  i)ar  l'oliteiiir. 

P.  199,  au  bas  du  texte,  après  cisiter  les  pestiféreiix,  nous  .niriniis  du 
renvoyer  à  la  note  suivante  : 

Manuel  de  lierne  du  18  octobre  1542  :  •■  Kcrire  aux  baillis  du  Pays 
romand,  que  mes  SeiuiH'urs  ont  a])])ris  avec  chauriii  que  des  prédicant»  n<' 
veulent  ])as  visiter  les  malades.  La  volonté  de  mes  Seitrneurs  est  que, 
lorsqu'un  prédicant  sera  réclamé  par  un  malade,  il  se  rende  aujjrès  de  lui, 
et  (lu'il  puisse  néanmoins  aller  et  venir  au  milieu  du  ])euj)le,  sans  encourir, 
pour  ce  fait,  la  baine  de  personne  »  (Trad.  de  l'allemand). 

P.  201,  notes  25-26,  ajoutez  :  La  maison  louée  ])ar  Thomas  linrlxtri», 
A  Boiidri,  fut  acbetée  i)ar  l'Etat  et  devint  la  cure  de  la  jjaroisse.  (Communi- 
cation de  M.  le  pasteur  Gagnebin.) 

P.  219,  notes  24-25,  première  liuiie,  supprimez  procureur  général  :  ce 
magistrat  ayant  d'autres  fonctions  que  le  lieutenant  de  la  Justice. 

P.  220,  note  3,  au  lieu  de  Keitipen,  lisez  K'otipeii.  La  première  de  ces 
villes  est  située  dans  la  Prusse  rhénane. 

P.  222,  la  tin  de  la  note  2  est  inexacte  en  ceci,  que  les  «  frivoles 
demandes  ■>  de  Michel  Guillet  s'adressaient  à  MM.  de  Berne  et  non  aux 
(Genevois. 

P.  239,  note  2,  à  la  tin  du  second  paragraj)he,  ajoutez  :  M.  l'archiviste 
d'État  H.  Tiirler,  auquel  nous  avions  soumis  la  traduction  de  ces  passages 
diiiiciles,  a  eu  la  bonté  de  faire  des  recherches  à  ce  sujet  et  de  nous  commu- 
niquer les  deux  pièces  suivantes  : 

«    Nous  LE  LIEUTENANT  DE  l'aVOYER  ET  CONSEIL  DE  BERNE,   faisOUS  SaVOir, 

])ar  les  présentes,  que  le  noble,  etc.,  Avoyer  Jean-Jacques  de  Watterille 
nous  a  demandé  souventefois  et  encore  aujourd'hui  de  lui  confirmer 
l'achat  des  dîmes  du  Chapitre  de  Lausai/tie  (ju'il  a  fait  en  1532.  et  de  le 
dispenser  des  cens'^  qu'on  lui  a  réclamés  à  cause  de  Amj/^/v  r/^'  Poïitheruuse. 
Sur  quoi  nous  avons  décidé  de  reconnaître  la  teneur  de  son  acte  d'iichat, 
de  la  garantir  en  lieu  et  place  du  susdit  Chapitre,  et  de  le  remj)laceF  jjour 
le  ]>aiement  des  cens,  dont  nous  le  dis])ensons,  —  aussi  bien  dans  le  cas  où 
la  dite  prébende  de  Pontherouse  serait  remise  entre  nos  mains,  que  dans 
celui  où  elle  ne  le  serait  pas....  Fait  le  22  mars  1540.  >>  (Trad.  de  lallemand.) 
«  Nous  Lieutenant  et  Conseil  de  Berne,  sçiivoir  faisons  à  tous  par  ces 
présentes,  que  nous...  avons  donné,  cédé  et  transpourté...  à  Noble  spectable 
seigneur  Jehan  Jacques  de  Watterille,  nostre  Advoyer,  la  cure  de  l'inithe- 
rouse,  au  Conté  de  Neufchastel  (à  nous  apartenant  à  cause  du  Chapitre  de 
Lausanne),  avec  toutes  ses  apartenances,  soit  l'ii  maisons,  i)laces,  prez, 
terres,  bois,  dismes,  censés...  Et  ce...  en  respect  des  bons  et  agréables  ser- 
vices que  le  dit  S'  Advoyer  journellement  nous  faict...  Et,  en  oultre,  par 
«ondition  que  le  d.  S'  Advoyer  <'t  ses  successeurs  tenaiis  la  dite  cure, 
soyent  obligés  de  souldoyer  et  entretenir  le  ministre  de  la  jianille  de  I)ieu 
au  dit  Pontherouse  en  leurs  propres  desiwns  et  telz  gaiges  que  luy  a  esté 
ordonné...  Ce  ix'  de  Juing  1543.  •>   (Obères  Spruchluich.  Anh.  de  Berne.) 


*  Savoir  :  Un  demi-muid  do  vin,  le  tiers  d'un  mnid  de  froment,  et  de  l'avoine. 


506  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

Dans  ces  deux  actes,  il  s'agit  donc  de  la  cure  de  Pontareuse,  près  de 
Boudri,  C.  de  Neuchâtel  (t.  Il,  p.  456,  457,  475.  —  Bojve,  o.  c.  II,  450. 
—  G.  de  Pury.  Les  biens  de  l'Eglise  réf.  neuchâteloise,  1873,  p.  46 — 49), 
et  non  de  la  cure  de  Bertoît  de  Pontareuse  à  Lausanne. 

P.  240,  note  4,  ajoutez  :  On  trouve  à  la  page  395  du  Compendium 
Grammaticœ  Grœcœ  Jacohi  Ceporini  (Tiguri,  Chr.  Froschover.  1553)  une 
pièce  de  trente  vers  latins,  adressée  par  M.  Guaîfher  à  Jean  Friess. 

P.  253,  note  11,  ajoutez  :  On  lit  dans  les  Observ.  séculaires  de  Paul 
Ferry,  II,  §  407  :  «  Une  lettre  escrite  à  [1.  de]  Strasbourg,  le  29  Janvier 
1543,  par  G.[;uillaume'\  comte  de  Furstemhcrg  au  maistre-Eschevin  et 
Trèze,  par  laquelle  il  tesmoigne  estre  satisfait  de  la  Rép.  de  Metz,  après 
avoir  veu  la  lettre  du  23  du  dit  mois  et  ouy  M.  de  Montoy,  de  leur  part, 
et  entendu  ses  instructions  sur  l'emprisonnement  de  ceux  qui  luy  avoient 
fait,  à  Metz,  l'injure  dont  il  s'estoit  jilaint,  mais  avoir  volonté  de  se  venger 
d'aucuns...  de  tout  temps  ses  ennemis,  et  en  avoir  lors  les  moyens.  » 

P.  259,  ajoutez  à  la  note  14  :  Citons  encore  ce  paragraphe  du  Manuel 
de  Berne  du  25  janvier  : 

6  Comme  M.  l'avoyer  de  Watterille  doit  aussi  avoir  été  blâmé  nominati- 
vement par  Viret,  à  cause  des  biens  d'Église,  et  que,  pour  cela,  le  susdit 
M.  l'Avoyer  demande  à  mes  Seigneurs  comment  il  doit  se  conduire  dans 
cette  aiïaire,  —  on  lui  répond  que,  même  dans  le  cas  où  Viret  (qui  le 
conteste)  l'eût  désigné  par  son  nom,  lui  [M.  de  Watteville]  n'aurait  pour- 
tant pas  été,  dans  l'aifaii'e  principale,  accusé  et  blâmé  davantage  que  mes 
Seigneurs  ne  l'ont  été  collectivement  ;  et,  puisque  ceux-ci,  comme  corps, 
ont  démontré  leur  innocence  et  veulent  la  prouver  ultérieurement,  celle  de 
M.  l'Avoyer  est  par  là-même  hors  de  cause,  ainsi  qu'ils  le  tiennent  pour 
justifié.  Ils  le  prient  donc  de  ue  pas  pousser  l'affaire  plus  loin.  Il  s'est 
déclaré  satisfait.  »  (Trad.  de  l'ail.) 

P.  279,  note  8,  ligne  2,  lisez  :  Le  duc  Antoine  de  Lorraine  eut  deux 
fils  :  François,  né  en  1517,  et  Nicolas,  qui  fut  coadjuteur  de  son  oncle 
Jean,  puis  évêque  de  Metz  et  de  Verdun  (1543-1548).  Il  renonça  à  l'état 
ecclésiastique  et  prit  le  titre  de  comte  de  Vaudémont  et  de  duc  de  Mercœur 
(Cf.  Dom  Calmet,  o.  c.  II,  1232,  1267-1269). 

P.  281,  note  3,  ligne  7,  au  lieu  de  interrogés  à  Berne  par  le  Conseil, 
lisez  :  qui  comparurent  à  Berne. 

P.  304,  dernière  ligne  du  texte,  au  lieu  de  comte,  lisez  duc. 

P.  305,  à  la  note  2.  ajoutez  :  INIeurisse  dit.  p.  78  :  «  En  suitte  de  ce 
traité  honteux  et  infâme,  l'on  accorda  aux  Luthériens  la  Chapelle  de  S. 
Nicolas  du  Neuf-bourg,  pour  l'exercice  de  leur  religion  prétendue,  et  un 
Ministre  nommé  Watriii  du  Bois,  apostat  de  l'ordre  de  S.  Dominic,  com- 
mença d'y  prescher  publiquement  dès  la  S.  Jean  de  la  mesme  année  1543.  ■> 

Après  avoir  reproduit  ce  ])assage,  moins  les  injures,  Paul  Ferry  ajoute: 
<■  Mais  Messieurs  lui  commandent  de  cesser  incontinent  après  Pâques,  et 
nr  i)rrschcr  ]iliis  ((Uf  les  dimanches  et  les  festes.  Feuille  où  advertissement 
des  choses  qu'il  faut  représenter  aux  Etats  jjrotestants  à  Kuremherg. 
(Liasses).  » 

P.  323,  à  la  tin  d.'  la  note  26,  ajoutez  :  Selon  D.  Calmet,  II,  1123-1124, 


ADDITIONS  ET  COUHKCTIu.NS.  507 

«  elle  vit  en  i'sj)rit  les  maux  que  les  hérésies  de  Li(I]„t  et  de  Ctilrin  cau- 
sèrent de  son  temps  dans  l'AUemaiïne  et  dans  la  !•  ranec,  et  ce  fut  jiar  ses 
<>xliortations  (jue  le  duc  A>/ti>/)n\snu  tils.  alla  au  devant  des  hérétiques  qui 
s'étoient  avancez  jusqu'à  ^'r«-er»e,  et  qu'il'^ieur  livra  la  hataille,  certain  d-- 
la  victoire  dont  hi  Princesse  sa  mère  l'a  voit  assuré.  ■> 

P.  325,  ligne  13.  A  cet  endroit,  où  Farel  achève  de  raconter  la  joanièe 
du  25  mars,  il  convient  de  com])arer  son  récit  avec  une  narratiun  catho- 
lique et  circonstanciée.  La  voici  telle  (jue  Doni  Calniet  (t.  11.  ]>.  1244-45) 
l'a  empruntée  aux  Chn»/ifiitex  géuéraJcs  de  S.  Benoit,  t.  3,  p.  24  15  : 

«  Le  comte  de  Fur.siemhenj,  ai)rès  avoir  exercé  mille  sortes  de  violences 
et  d'extorsions  dans  le  pays,  résolut  de  faire  é'oorjrer,  le  jour  même  de 
Pâques,  tous  les  Catholiques  de  Gorze  qn\  ne  voudroient  ]ias  fairi'  la  Cène 
à  la  Luthérienne  ;  mais...  Claude  Duc  de  Guise  en  ayant  eu  avis,  lit  avan- 
cer quelques  troupes  jusqu'au  Pottf -à- Moussa»,  d'où  elles  tilèrent  si 
secrètement  droit  à  Gorze,  qu'elles  y  arrivèrent  assez  tôt  pour  préviMiir 
l'exécution  d'un  dessein  si  barbare.  Les  Ltifhériens  étoient  déjà  sortis  du 
CMteau  pour  cela,  lorsqu'ils  virent  les  soldats  du  Duc  de  Guise  qui 
entroient  dans  la  ville  avec  grand  bruit,  au  son  des  trompettes  et  des  tym- 
bales  :  ce  qui  les  fra])])a  d'une  si  grande  terreur,  qu'ils  tournèrent  leurs 
armes  contre  eux-mêmes  et  commencèrent  à  s'entretuer.  Les  antres 
voulurent  gagner  le  Château,  mais  ils  furent  prc'venus  et  égorgés  sur  la 
place.  Ceux  qui  étoient  dans  1(>  Cliâteau  se  précipitèrent  par  les  fenêtres: 
de  sorte  qu'il  n'en  écha])i)a  qu'un  assez  petit  nombre,  qui  ])rirent  secrè- 
tement la  fuite.  Alors  les  Catholiques  tirent  éclater  leur  joie  et  h'ur 
reconnaissance  par  le  son  des  cloches  de  l'Abbaye  et  de  tonte  la  ville,  qu'on 
n'avait  pas  osé  sonner  dejjuis  ))lusieurs  mois;  et  le  peuple  accourut  aux 
Eglises,  pour  rendre  grâces  à  Dieu  d'une  délivrance  si  ines])érée.  » 

Ajoutons  que  Dom  Calmet,  avant  de  citer  ce  morceau,  dit  que  Claude 
de  Guise  surprit  le  bourg  de  Gorze,  «  le  jjropre  jour  de  Pâques  25'"^  de 
Mars  1543,  comme  ils  [les  Luthériens]  étoient  à  table.  ■>  —  Ximsgerii. 
o.  c.  p.  100-101,  a  composé  son  récit  de  cette  journée  à  l'aide  de  traits 
empruntés  aux  Chroniqu<'s  messines,  à  l'IIist.  de  l'Hérésie  à  Metz  et  aux 
Chroniques  de  St.  Benoit. 

Les  événements  du  25  mars  sontaus,si  mentionnés  ir.xr  Mélnnchfho» .  dans 
sa  lettre  du  8  arril  1543  à  l'Electeur  de  Saxe  (Bretsclmeider.  Melantlnuiis 
Epp.  V,  90),  par  l'Électeur  dans  sa  réponse  du  10  avril  (Ibid.),  et  encore 
par  Mélanchthon.  lettre  à  Camerarius  écrite  vers  le  Ifi  avril  (Ibid.  V,  93). 

P.  334,  note  1.  ajoutez  :  Ferry,  manuscrit  cité,  II,  J?  411,  mentionne  une 
«  Requeste  allemande  de  ceux  de  la  religion  chassés  de  Metz  au  Landgrave 
Philippe  de  Hesse  et  à  Messieurs  de  Strasbourg  du  3  avril  1543.  » 

P.  356,  note  27.  La  phrase  allemande  citée  par  Mijconius  signitie  :  On 
en  viendra  encore  à  ce  point,  que  nous  devrons  nous  casser  la  tête  les  uns 
aux  autres. 

P.  357,  ligne  13,  supj)rimez  le  j)oint  après  vero,  et  ))lacez  un  ])oint  d'in- 
terrogation après  verè. 

P,  365,  à  la  fin  de  la  not(>  16,  ajoutez  :  C)n  lit  dans  Rucliat.  o.  c.  V,  237: 
*  Un  bourgeois  de  la  Bonneville,  nommé  le  l'elou.r,  lit   imprimer  en  Aile- 


308  ADDITIONS  ET  CORKECTIONS. 

magne  un  livre  qui  contenait  la  doctrine  des  Analiaptistes,  et  en  tit  tirer 
1500  exemplaires.  Il  en  dél)ita  un  bon  iiominx'  dans  le  comté  de  Neuchâ- 
tel.  Les  Bernois  l'ayant  su,  écrivirent  le  2S  mars  [154-1:  V]  au  Conseil  de  la 
Bonneville,  pour  les  exhorter  à  i-emédier  à  ce  mal  et  à  supprimer  ces  livres.  » 

P.  371,  note  3,  ajoutez  :  Godefroy  et  Littré  suggèrent  un  sens  plus 
naturel.  Dans  tous  les  passages  de  leurs  Lexiques  où  figurent  la  locution 
au  fort,  elle  peut  se  traduire  par  au  fait,  en  fait,  en  réalité  (Communica- 
tion obligeante  de  notre  ami  M.  le  professeur  Jules  Le  Coultre). 

P.  381,  ligne  15.  Le  morceau  qui  commence  à  Veràm  hoc  est  et  s'étend 
jusqu'à  Neque  duo  sunt,  est  reproduit,  presque  mot  jiour  mot,  aux  pages 
(Î3-64  de  l'écrit  pseudonyme  de  Calcin  intitulé  :  «  Pro  G.  Farello  et  coUegis 
eius,  ad  versus  Pétri  Caroli  theologastri  calumnias,  defensio  Nicolai  Gallasii. 
(Genevpe,  Jo.  Girard.)  1545,  »  petit  in-8". 

P.  403,  note  1,  ajoutez  :  L'un  des  députés  de  Metz  était  Michel  de 
Gournay  (Ferry,  manuscrit  cité). 

P.  438,  note  4,  ajoutez  :  Paul  Ferry,  Observ.  sécul.  II,  §  417,  mentionne, 
sans  le  reproduire,  un  document  daté  du  25  juin  1543  et  intitulé  :  «  Advis 
envoyé  de  Basle  à  Calvin  et  Farel  d'adviser  aux  moyens  d'aller  seurement 
à  Metz,  au  cas  qu'ils  voulussent  conférer  avec  le  moine  du  dit  Metz  qui  les 
en  avoit  requis.  C'est  Caroli.  »  (Communication  obligeante  de  M.  Ernest 
Chavannes.) 

P.  440,  note  1,  ligne  2,  lisez  :  le  16  juin  (Teissier.  Essai  sur  les  commen- 
cements de  la  Typographie  à  Metz,  1828,  p.  41).  La  date  du  6,  indiquée  par 
les  Chroniques  messines,  p.  863,  est  inexacte  :  la  diète  de  Sjiire,  que  l'Em- 
pereur présida  en  1544,  n'ayant  été  close  que  le  10  juin. 


Pour  compléter  les  détails  relatifs  à  la  crise  ecclésiastique  de  1542  (Cf. 
les  pp.  95-104,  109-111,  114,  115,  117,  121-24,  135,  136,  138-41,  172-74), 
nous  aurions  voulu  comparer  le  catéchisme  bernois  de  1536  avec  celui  de 
1538,  et  signaler  ceux  des  passages  du  second  où  l'on  trouve  les  corrections 
faites  par  Bucer.  Mais  n'ayant  pas  réussi  à  nous  les  procurer  tous  deux, 
nous  renvoyons  le  lecteur  au  mémoire  que  M.  E.  Gûder  a  publié  sur  ce 
sujet,  dans  le  journal  Die  Kirche  der  Gegenwart  (Sechster  Jahrgang. 
Ziirich,  1850,  pj).  319-346),  et  nous  devons  nous  contenter  de  reproduire 
la  dernière  ])artie  du  Catéchisme  édité  par  Megander  en  1580*  telle  qu'elle 
existe  dans  la  traduction  imprimée  à  Genève,  sous  le  titre  que  voici  : 

*  Il  est  intitulé  :  «  eyn  kurtze  ABEr  christenli  |  che  vsslegung,  fiir  die  jugend, 
der  Ge-  |  botten  Gottes,  des  waaren  Ghristeii-  |  lichen  Gloubens,  vniidVatter  vnsers  :  | 
mit  eyner  kui-tzen  erliiterung  der  Sacra  |  menten,  wie  die  zil  Bàrnn  in  Statt  via  |  Land 
gehalten.  Diu-ch  Caspai-  Gross  |  maii,  in  fraagswyss  gestellt.  |  Im  1536.  |  Jar.  »  —  Très 
petit  in-8o  de  32  feuillets,  dont  le  dernier  est  blanc.  Au  recto  du  31'"<',  on  lit  :  «  Getruckt 
zfi  Baselby  |  Lux  Schouber.  »  En  tête,  une  épître  de  l'auteur  à  ses  collègues,  datée  de 
Berne  le  31  Mai  1536. 


AKUniONS    ET   CORRECTIONS. 


oOU 


E  X  P  O  S  I- 

TION   CHRE- 

S  T  I  E  N  N  E 

Dés  dix  coDiDiandeiuens, 
Des  articles  de  la  Fo\, 
De  l'oraisoii  de  noflre 
Seigneur, 
Reiglée  &  modérée  félon  la  capacité  et 
entendement  dés  enfans,  auec  l'explica- 
tion dés  Sacreniens,  efcrite  en  forme  de 
Dialogue  Latin,  &  de  hit  in  en  fran- 
çoys  :  riouuellemet  &  fidèlement  reueuë. 

Ecclefiaûc  12. 

Ave  memoyre  de  ton  Créateur  es 
iours  de  ta  ieunefie. 

M.  D.  XL.» 


De  la  Cène  du  Seigneur. 

I)r'lliall(lc. 

Qui  est  \c  stTOiid  sacrciiicnt  ? 

Rcsponsc. 

La  Cène  et  action  do  j^racos  de  nostrc  Seigneur  lesns  Clirist. 

D.  Qu'est  ce  (^uc  la  (Vue  du  Seigneur?  —  R.  ("est  un(>  ioye  solennelle 

dés  fidèles,  en   laquelle  on  rend  grâces  à  Dieu,  ])Our  la  mort  de  son  tilz. 

—  D.  Combien  de  choses  princii)aleinent  sont  à  regarder  et  considérer  en 

la  Cène  du  Seigneur?  —  R.  Troys. —  D.  Récite  lés  moy. —  R.  Le  signe,  la 

1  Petit  iii-80  de  40  feuillets  non  chiffrés.  Caractères  italiques.  Au  verso  du  dernier 
feuillet,  la  marque  typographique  de  Jehan  (Térard  :  une  épée  tenue  par  une  main  et  sur- 
montée de  sept  flammes.  Voyez  Th.  Dufour,  Notice  citée,  p.  178,  179.  La  Pr-'f-c.»  -1  ■• 
Megander  est  omise. 

Nous  adressons  nos  remerciements  publics  à  M.  Frank  Olivier,  qui  a  bien  voulu  co- 
pier pour  nous,  à  la  Bibliothèque  Pvoyale  de  Berlin,  une  partie  de  ce  rarissime  opuscule. 


olÛ  ADDITIONS    ET    CORRECTIONS. 

vérité  de  la  cliosf,  l'obligation  ou  exhibition.  — ■  D.  Quel  est  le  signe  ?  — 
R.  Le  pain  et  le  vin.  —  D.  Pourquoy  le  irAÏn  et  le  vin  sont  ilz  ajjpelez 
signe?  —  R.  Par  ce  qu'ilz  sont  pris  en  signe,  et  tesmoign.age  d'une  chose 
saincte,  c'est  à  dire  de  la  grâce  divine,  acquise  et  donnée  par  lesus  Christ. 

—  D.  Qu'est  ce  que  la  chose  ou  la  vérité  en  la  C'ene  ?  —  R.  C'est  le  corps  et 
le  sang  de  Christ  offert  i)0ur  nous,  par  Iesa,&  Christ  mesme  :  en  remission 
de  noz  péchez,  et  rédemption  de  la  mort  éternelle.  —  D.  Qu'est  ce  que 
l'obligation,  l'exhibition,  ou  protestation  dés  fidèles  en  la  Cène?  — •  R.  Hz 
s'obligent  et  rendent  tenuz  envers  Dieu  et  toute  l'Eglise  par  deux  choses, 

—  D.  Qui  sont  elles?  —  R.  La  première  est  que  devant  toute  l'Eglise  pu- 
bliquement confessons  mettre  nostre  espérance  au  seul  Dieu,  et  ce  par  la 
mort  et  mérite  de  lesus  Christ. —  D.  Quelle  est  la  seconde? —  R.  Que  nous 
nous  exhibions,  demonstrions  et  par  Sacremens  obligions,  et  déclarions 
à  l'Eglise  (laquelle  mange  le  pain  avec  nous),  estre  un. corps,  auquel  n'y  a 
nulle  discorde,  ains  au  contraire  une  grande  Foy  et  Charité.  —  D.  Qui 
sont  donc  ceux  qui  peuvent,  et  doivent  user  de  ce  Sacrement  ?  — •  R.  Ceux 
qui  ont  renoncé  à  eux  mesmes,  lés  croyans,  et  généralement  tous  ceux  qui 
sont  et  désirent  estre  disciples  de  Christ.  — -  D.  Qui  est  celuy  qui  a  renoncé 
à  soymesme,  et  qui  est  d'un  cœur  humilié  et  mortifié?  —  R.  C'est  celuy 
qui  met  et  fiche  sou  espérance  au  seul  Dieu,  par  la  mort  et  mérite  de 
Christ.  —  D.  Qu'est  ce  que  estre  disciple  de  Christ  ?  —  R.  Estre  disciple 
de  Christ  n'est  autre  chose  que  croyre  à  luy,  obeyr  à  sa  doctrine,  et  ensuy- 
vir  sa  vie. 

D.  Est  ce  une  mesme  chose  manger  le  corps  de  Christ,  et  manger 
le  Sacrement? —  R.  Il  s'en  fault  beaucop,  car  tous  ceux  qui  usent  devant 
l'Eglise  de  ce  Sacrement,  c'est  à  dire  de  ce  pain  et  vin,  ne  mangent  i)as  le 
corps  de  Christ.  —  D.  En  quelle  forme  donc  se  mange  le  corps  de  Christ? 

—  R.  Manger  le  corps  de  Christ  ne  requiert  la  bouche,  lés  lèvres,  ny  lés 
dentz;  mais  la  seule  Foy,  par  ce  que  par  icelle  seulle  le  fruict  et  utilité  de 
la  mort  de  Christ  est  receue  et  entendue.  —  D.  Dy  moy  briefvement  et  en 
peu  de  parolles,  qu'est  ce  que  manger  le  corps  de  Christ.  —  R.  Manger  le 
corps  de  Christ  n'est  autre  chose,  que  croyre  que  Christ  a  baillé  son  corps 
à  mort  pour  nous,   et  a  espandu  son  sang  en  la  remission  de  noz  péchez. 

—  D.  Veu  que  le  corps  de  Christ  n'est  mangé  que  par  I"oy,  à  quoy  donc 
prouffite  le  Sacrement?  —  R.  Le  Sacrement  n'a  pas  esté  en  vain  institué 
de  Christ,  il  a  aussi  sa  force  et  efficace  :  car  par  iceluy  noz  sens  extérieurs 
sont  menez  et  tirez  à  l'intérieur  et  à  la  chose  de  laquelle  il  est  signe.  — 
D.  Ne  me  peulx  tu  monstrer  et  exposer  plus  clerement.  —  R.  Ouy  bien.. 
LTn  mari  voulant  s'en  aller  dehors,  baille  et  délaisse  à  sa  femme  bien  aymée 
un  amieau])Our  souvenance,  et  en  signe  de  memoyre  et  recordation.  Quand 
icelle  après  le  parlement  de  son  espoux  regarde  et  contemple  ceste  bague, 
elle  a  son  mary  beaucouj)  j)lus  présent  qu'autrement,  combien  qu'elle  l'ayme 
d'un  vray  et  franc  cœur.  En  semblable  raison  par  le  Sacrement,  c'est  à  dire 
par  le  pain  et  vin,  sommes  attirez  et  menez  à  contempler  et  considérer  de 
de  ])lus  prés  icelle  chose,  c'est  à  dire  nostre  rédemption  et  réconciliation 
envers  le  père  céleste,  faicte  ])ar  la  mort  et  passion  de  lesus  Christ. 

D.  Qu'est  ce  que  l'intérieur,  et  icelle  chose  dont  tu  jiarle  ?  —  R.  Comme 


ADDITIONS    ET    COHHKCTIONS.  511 

nous  avons  i;\  dit,  (■"r>t  iiiii'  cniitniiiil.itioii  et  action  île  «rracrs,  pour  la 
mort  de  lesus  Christ,  —  D.  Pounjuov  Cinist  a  il  institué  cestc  loufnpc  ot 
ioye  solennelle  devoir  estre  faicte  et  célébrée  en  pain  et  vinV  —  lî.  l'onr 
deux  causes  principalles.  — D.  Qui  est  la/jjreniii'rc  V  —  K.  l'ar  ce  que  If- 
pain  et  vin,  qui-sontle  signe,  ont  quelque  convenance  et  similitude  avec 
la  chose  signifiée,  c'est  à  dire  avec  la  spirituelle  inanducation  du  cor|)s  de 
Christ. —  I).  Comment  se  doibt  entendre,  celaV  —  K.  Tout  ainsi  que  le 
pain  naturel  fortifie  et  confernie  la  vie  de  l'homme,  et  le  vin  estanche  la 
soif  et  resiouyt  le  cœur  :  aussi  nostre  anie  famélique  j)ar  un  seul  lesus 
Christ  est  sustentée,  repeuë  fortifiée,  rassasiée  et  resiouye.  —  D.  Le  Sacre- 
ment donc  (comme  ie  puis  entendre)  mms  donne  et  augmente  la  Foy. — 
R.  Le  sacrement  a  ti'lli'  et  aussi  t^rande  vertu  et  efiicacc  que  la  prédication 
extérieure  de  la  parolle,  ceneantmoins  le  seul  es])erit  de  Dieu  vivifie  toutes 
choses  en  nous.  —  L).  Quelle  est  la  seconde  cause  V  —  II,  Tout  ainsi  que  le 
pain  est  faict  de  plusieurs  grains,  et  le  vin  de  plusieurs  grappes  et  raisins, 
aussi  tous  lés  fidèles  faictz,  constituez  et  composez  de  plusieurs  membres, 
sont  un  corps  duquel  Christ  est  le  chef. 

D.  Puis  que  c'est  pain  et  vin,  comment  s(;  faict  que  en  mangeant  ces 
choses  aucun  puisse  manger  et  boyre  son  iugement  ?  —  II.  En  tant  que 
touche  la  matière,  ce  pain  et  vin  p.e  diffère  en  rien  d"un  autre  jjain  et  vin  : 
mais  quant  à  l'usage,  il  est  sainct,  sacré,  benist,  grand,  magnifique  et  pré- 
cieux, parce  que  c'est  le  pain  et  le  vin  du  Seigneur.  --  I).  le  desireroj^e 
que  cela  se  dist  et  fust  exj)osé  plus  clerement.  —  R.  le  le  te  declaireray 
par  similitude.  Les[c]eau  qui  est  jxmkIu  et  apposé  à  une  lettre  ou  contraet, 
quand  à  la  matière,  il  est  semblal)le  à  quelque  autre  cire  :  mais  entant 
qu'il  est  signe  dés  tables  et  testament  ou  de  (juelque  autre  instrument, 
elle  est  si  noble  et  précieuse  que  (juiconciue  la  violera  et  corrom])ra,  il  a 
mesme  violé  et  faict  iniure  à  celuy  du(juel  est  le  s[cjeau  et  qui  a  scellé  et 
cacheté  lésdictes  lettres.  —  1).  I)y  moy  linallement  pourquoy  advient  et 
comment  se  peult  faire  qu'aucun  au  Sacrement  puisse  manger  sa  mort  et 
condemnation  ?  —  R.  Par  ce  qu'il  ne  iuge  point  le  corps  du  Seigneur.  — 
D.  Qu'est  ce  que  iuger  le  corps  du  Seigneur?  —  R.  Rien  autre  chose,  que 
sentir  magnifiquement  de  Christ,  et  de  son  Eglise  et  avoir  icelle  en  grande 
estime.  —  1).  Qui  est  donc  cehiy  (jni  ])rent  et  mange  ce  Sacrement,  à  sa 
mort  et  condemnation?  —  R.  C'est  celuy  qui  est  pariure  et  desloyal  envers 
Christ  et  son  Eglise.  —  D.  ()n\  est  celuy  qui  est  pariure  et  desloyal  envers 
Christ  et  son  Eglise?  —  iî.  Quiconque  n'a  et  ne  reçoit  lesus  Christ  ])Our 
son  seul  sauveur,  qui  ne  cerche  point  la  remission  dés  péchez  ausangd'ice- 
luy,  qui  se  feint  et  simule  estre  membre  du  corps  de  Christ,  et  ne  l'est  pas. 

D.  le  desireroye  à  ceste  heure  savoir  de  toy,  si  Clirist  est  en  la  Cène  dés 
fidèles  ou  non.  —  R.  Si  Christ  n'estoit  en  la  Cène  dés  fidèles,  c'est  à  dire, 
si  son  corps  n'estoit  là  mangé  et  son  sang  beu  :  quelle  seroit  la  Cène  du 
Seigneur  ?  —  J).  Comment  donc,  et  en  quelle  sorte  est  il  er.  la  Cène  dés  fi- 
dèles? —  R.  Non  pas  en  ceste  forme  et  manière,  (jue  iugent  maintenant  et 
songent  lés  Papistes,  tellement  que  le  vray  naturel  et  essentiel  corjis  de 
Christ  soit  corporellement  uny  au  pain,  ou  en  jjain  converty,  transformé 
et  transsubstantié  (afin  que  i'use  de  leurs  motz)  mais  plustost  par  médita- 


512  ADDITIONS    ET    CORRECTIONS. 

tion,  Foy  contemplation  et  sacramentalement '^  —  I).  Qu'est  ce  qu'avoir 
Christ  par  méditation  et  contemplation  ?  —  R.  Quand  la  pensée  et  ame  du 
fidèle  a  le  corps  de  Christ  présent  par  contemplation,  c'est  à  dire,  son  in- 
carnation, passion,  mort,  résurrection  et  ascension.  —  T).  Si  donc  le  corps 
de  Christ  n'est  au  pain,  c'est  à  dire,  n'est  converty  et  mué  en  pain,  ou  le 
pain  mué  en  son  corps  :  pourquoy  Christ   appelle  il  le  pain  son  corps  ? 

—  R.  Cela  n'est  pas  seullement  commun  et  familier  à  la  sainte  escripture: 
mais  aussi  à  toutes  autres,  de  prendre  le  signe  pour  la  chose  signifiée,  es- 
sentielle, et  existente.  —  D.  Peuls  tu  bien  monstrer  et  enseigner  cela  par 
similitude?  —  R.  Ouy  bien.  Lés  tables,  letres,  et  instrumentz  cachetez  et 
scellez,  esque[l]z  l'héritage  et  succession  de  mon  père  (qui  consiste  en  mai- 
son, seigneurie,  champs  et  prez,  à  moy  donnez  et  délaissez)  est  contenue, 
ie  lés  appelle  le  testament  de  mon  père,  iaçoit  qu'ilz  soyent  seulement  le 
signe  de  son  laiz  et  testament.  —  I).  Accommode  ceste  similitude,  et  la 
faictz  servir  à  ton  propos.  —  R.  Tout  ainsi  Christ  a  donné  et  baillé  au  signe, 
c'est  à  dire  au  pain  et  vin,  le  nom  de  la  chose  signifiée  et  figurée,  l'appel- 
lant  son  corps,  combien  que  ce  soit  seulement  le  signe  de  sou  corps  immolé 
et  sacrifié  pour  nous  en  la  croix.  —  D.  Ou  et  en  quel  lieu  fault  il  célébrer 
la  Cène  du  Seigneur?  —  R.  Attendu  que  c'est  le  pain  de  communion  et  de 
l'Eglise  de  Dieu,  la  fault  faire  et  célébrer  en  la  présence  de  toute  l'Eglise 
et  assemblée  de  Dieu.  —  D.  Quand  ce  doibt  elle  célébrer  et  solenniser  ?  — 

—  R.  Selon  le  bon  vouloir  et  plaisir,  ordonnance  et  institution  d'une  chas- 
cune  Eglise*. 


% 


Fin  du  Dialogue. 


Mon  enfant  estudie  à  sapience  à  fin  de  respondre  sagement.  Prover.  27.  b. 
Car  qui  respond  la  paroUe  devant  quil  ayt  ouy  :  ce  luy  est  folie  et  ver- 
gongne.  Prover.  18.  c. 

2  On  lit  dans  l'édition  allemande  :  «  Zwaar  nit  wie  der  Bapst  darvon  redfc,  das  ist,  nit 
der  waar  lyblioh  natiirlich  und  \và>ieulich  lyb  deni  brot  vereynbart,  in  das  brot  verwendt 
oder  verkeert  :  sunder  in  der  betraclitung  und  anschouwung  des  gloubens.  »  Le  mot 
sacratnentalement  n'y  est  pas. 

*  Grâce  à  la  parfaite  obligeance  de  M.  leDi'Hermanu  Escher,  bibliothécaire  de  la  ville 
de  Zurich,  nous  avons  pu  constater,  que  le  traducteur  français  du  Catéchi>me  de  1536 
s'est,  en  général,  acquitté  fidèlement  de  sa  tâclie.  Mais  parfois  il  use  un  peu  librement 
des  périphrases  et  nniUiplie  les  adjectifs.  On  peut  supposer  qu'il  voulait  ainsi  épuiser 
l'idée  de  certains  mots  de  l'original,  ou  bien  qu'il  a  suivi  la  traduction  latine  de 
Joannes  Rheilicanus  (<'f.  notre  t.  IV,  p.  Si'i,  n.  16). 


TAltLETTKS    (HRONULOCilQUKS.  5  I  i} 


TAHI.mKS  i:ilKOM)LO(;iQUKS 


1542,  9  mai.  Synode  assemblé  à  Neuchâtol  poui-  réorganiser  le 

Consistoire. 
1542,  22  mai.  Le  pape  Paul  III  convoque  le  Concile  à  Trente 

pour  le  l'""  novembre. 
1542,  12  juin.  En  prévision  de  la  guerre  avec  l'Empereur,  Fran- 
çois I  proclame  j)ar  un  édit  la  neutralité  de  la  Lorraine. 
1542,  19  juin.  Léon  Jude  meurt  à  Zurich. 
1542,  23  juin.  Le  comte  Guillaume  de  Furstemberg  occupe  la 

vill(>  de  Gorze. 
1542,  juin-septemb]-e.   Redoublement  de   la  persécution   dans 

quelques  provinces  de  la  France. 
1542,  r' juillet.  Processions  à  Paris.  Édit  contre  les  hérétiques, 
1542,  10  juillet.  Pierre  Viret  quitte  Genève  et  va  reprendre  ses 

fonctions  à  Lausanne. 
1542,  12  juillet.  François  I  déclare  la  guerre  à  Charles-Quint. 
1542,  13  juillet-12  août.  Guerre  des  Princes  protestants  contre 

Henri  de  Brunswick. 
1542,  21  juillet.  Le  pape  institue  la  congrégation  du  saint  office 

ou  de  rinquisition. 
1542,  juillet-août.  Crise  ecclésiastique  à  Berne.  Les  disciples  de 

Zwingli  l'emportent  sur  ceux  de  Bucer. 
1542,  vers  le  10  août.  Farel  part  de  Neuchâtel  et  se  rend  à  Metz. 
1542,  15  août.  Le  gouvernement  bernois  ordonne  aux  pasteurs 

du  Pays  romand  d'enseigner  la  doctrine  de  la  sainte  Cène 

suivant  les  principes  admis  dans  la  Dispute  de  Berne. 
1542,  août-octobre.  Plusieurs  Évangéliques  italiens  se  réfugient 

en  Suisse. 
1542,  3  septembre.  Première  prédication  de  Farel  à  Metz. 
1542,  octobre.  Berne  met  en  vente  les  biens  ecclésiastiques  de 

ses  nouvelles  provinces. 


T.   VIII. 


33 


514  TABLETTES    CHKOiXOLOGlQUES. 

1542,  2  octobre.  Au  moment  de  j)rêcher  dans  une  église,  Farel 
est  contraint  à  sortir  de  Metz;  il  se  retire  à  Montigny. 

1542,  T'"  jours  d'octobre.  Le  Conseil  de  Metz  fait  publier  un 
édit  impérial  interdisant  «  les  nouvelles  doctrines.  » 

1542,  l*""  novembre.  La  Classe  de  Lausanne  adresse  des  repré- 
sentations à  MM.  de  Berne  sur  le  mandement  du  15  août 
et  sur  la  vente  des  biens  d'Église. 

1542,  V  moitié  de  novembre.  Clément  Marot  se  réfugie  à  Genève. 

1542,  vers  le  milieu  de  novembre.  Farel  rentre  à  Metz. 

1542,  6  décembre.  Lettre  de  remerciements  des  Évangéliques 
vénitiens  aux  pasteurs  de  Genève. 

1542.  On  publie  à  Genève  le  livret  intitulé  :  La  forme  des  prières 
et  chantz  ecclésiastiques,  avec  la  manière  d' administrer  les 
Sacremens. 

1543,  janvier.  Les  ministres  de  la  Classe  de  Lausanne  sont  ré- 
primandés, à  cause  de  leur  lettre  du  l"'  novembre. 

1543,  mi-janvier.  Farel  quitte  Metz  et  se  retire  à  Gorze. 

1543,  31  janvier.  Ouverture  de  la  diète  impériale  de  Nuremberg. 

1543,  janvier  ou  février.  Paleario  signale  aux  Réformateurs  les 
préparatifs  de  la  cour  de  Rome  en  vue  du  Concile. 

1543,  11  février.  Traité  d'alliance  de  Charles-Quint  avec  le  roi 
d'Angleterre. 

1543,  11  février.  Épître  de  Guillaume  Farel  au  duc  de  Lorraine. 

1543,  14  février.  Le  parlement  de  Paris  condamne  VInstifution 
de  Calvin  et  les  ouvrages  d'Etienne  Dolet. 

1543,  février.  Calvin  publie  à  Genève  son  livre  contre  Pighius. 

1543,  10  mars.  La  Faculté  de  Théologie  de  Paris  rédige  une 
confession  de  foi  en  XXV  articles. 

1543,  15  mars.  Clément  Marot  dédie  à  François  I  vingt  nou- 
veaux psaumes. 

1543,  mars.  Calvin  publie  à  Strasbourg  la  troisième  édition 
latine  de  son  Institution. 

1543,  16  mars.  Les  Princes  protestants  obtiennent  du  Conseil 
de  Metz  un  temple  pour  les  Évangéliques. 

1543,  25  mars.  Le  duc  de  Guise  assaille  traîtreusement  les 
Évangéliques  messins  assemblés  à  Gorze. 

1543,  28  mars.  Farel  échappe  à  ses  ennemis  et  se  retire  à  Stras- 
bourg. 

1543,  16  avril.  Le  duc  Antoine  de  Lorraine  déclare  qu'il  a 


TAHLETTES    CHRONOLOGIQUES.  5I5 

entièrement  ignoré  les  projots  du  due  de  Guis»'  eontre  les 

Évangéliqnes  messins, 
1543,  20  avril.  Farel  envoie  à  OswaUi  Myeonius  la  narration 

détaillée  des  événements  du  20  mars. 
1543,  avril.  Dans  ses  prédications  à  Metz,  le  1)"^  Caroli  accuse 

d'hérésie  Farel,  Calvin  et  Viret. 
1543,  14  mai.  Pierre  Caroli  provoque  Farel  à  une  dispute. 
1543,  14-21  mai.  Conférence  à  Strasbourg  entre  les  députés  de 

Metz  et  ceux  des  Princes  pi-otestants.  • 
1543,  17  mai.  François  I  fait  expédier  aux  \'audois  de  la  Pro- 
vence ses  troisièmes  lettres  de  grâce. 
1 543,  21  mai.  Réponse  de  Farel  à  la  «  lettre  de  défiance  »  de  Caroli. 
1543,  vers  le  25  mai.  Réponse  de  Caroli  aux  i)laintes  poi-tées 

contre  lui  dans  la  conférence  de  Strasbourg. 
1543,  1"  juin.  Le  pape  remercie  les  magistrats  de  Cologne  de  la 

résistance  qu'ils  o])posrnt  aux  i)rojets  de  réforme  de  leur 

archevêque. 
1543,  10  juin.  Nouvelle  édition  de  La  forme  des  jnièi'es  et  chanfz 

ecclésiastiques.  Préface  de  Calvin. 
1543,  19  juin.  Calvin  i)art  de  Genève  pour  se  rendre  à  Strasbourg. 
1543,  25  juin.  Seconde  Épître  de  Farel  à  Caroli. 
1543,  25  juin.  Neuf  jésuites  s'établissent  h  Cologne. 
1543,  f)  juillet.  Une  bulle  du  pape  suspend  le  Concile. 
1543,  23  juillet.  Des  lettres  patentes  de  Fran(;ois  I  j)i-omulguent 

la  confession  de  foi  rédigée  i)ar  la  Sorbonne  le  10  mars. 
1543,  vers  la  tin  de  juillet.  L'p]mpereur,  venant  d'Italie,  arrive  à 

Spire. 
1543,  i3  août.  Un  curé  savoyard  exhorte  les  Genevois  à  rétablir 

les  cérémonies  catholiques. 
1543,  16  et  17  août.  Le  Conseil  de  Strasbourg  annonce  aux 

Genevois  et  aux  Neuchritelois  (|u'il  n':\  pu  obtenir  pour 

Calvin  et  Farel,  une  conférence  avec  i'ierr(>  Caroli. 
1543,  vers  le  22  août.  Calvin  et  Far(>l  rentront  en  Suisse. 


516 


LISTE    CHRONOLOGIQUE   DES    PIECES    DU    VOLUME. 


LlSTi:  CHKONOLOGIQUE 


DES  PIECES  CONTENUES  DANS  LE  HUITIEME  VOLUME 


Les  lettres  inédites  sont  distinguées  par  un  astérisque  placé  avant  le  Numéro. 


NUMEROS 

mo. 
1111. 

*1112. 
*1113. 

llli. 

lUo. 
*11I6. 
*1117. 
*lil8. 

1119. 

*li20. 

1121. 
*1 122. 
*li2.3. 
*1124. 

1123. 
*lf26. 
*H27. 
*li28. 
*il29. 

1130. 
*1I31. 

1132. 
*1133. 
*1134. 


ANNEE  PAGES 

loi2 

Guillaume  Farel  à  Jean  Calvin,  2  mai 3 

Le  Conseil  de  Berne  au  Conseil  de  Neuchàtel,  4  mai     .  6 

Les  Conseils  de  Neuchàtel  au  Conseil  de  Berne,  o  mai .  7 

Pierre  Toussain  à  Guillaume  Farel,  7  mai 9 

Théodore  de  Bèze  à  Maclou  Pompon.  7  mai  ....  10 

Jean  Calvin  à  Guillaume  Farel,  10  mai 12 

Le  Conseil  de  Soleure  aux  Conseils  de  Neuchàtel.  10  mai.  li 

Les  Conseils  de  Neuchàtel  au  Conseil  de  Soleure,  limai.  17 

Les  Conseils  de  Neuchàtel  au  Conseil  de  Berne,  il  mai.  18 
Jean  Calvin  aux  Évangéliques  de  Lyon  (vers  le  milieu 

de  mai) 19 

Pierre  Foret  au  Conseil  de  Berne,  13-20  mai.     ...  28 

Pierre  Viret  à  Oswald  Myconius,  16  mai 29 

Le  Conseil  de  Berne  au  Gouverneurdc  Neuchàtel,  19  mai.  32 

Pierre  Toussain  à  Guillaume  Farel,  23  mai    ....  33 

Christophe  Fabri  à  Guillaume  Farel,  23  mai ....  35 

Oswald  Myconius  à  J.  Calvin  et  à  P.  Viret,  30  mai.     .  38 

Sébastien  Miinster  à  Guillaume  Farel,  31  mai      ...  40 

André  Zébédée  au  Conseil  de  Berne  (vers  la  fin  de  mai).  42 

Jean  Bosset  au  Conseil  de  Berne  (l'""s  jours  de  juin)     .  49 

Le  Conseil  de  Strasbourg  au  Conseil  deBàle,  7  juin     .  32 

Jean  Calvin  à  Guillaume  Farel,  16  juin 54 

Pierre  Toussain  à  Guillaume  Farel,  10  juillet.     ...  57 

Eustache  de  Knobelsdorf  à  Georges  Cassander,  10  juillet.  59 

Le  Conseil  de  Berne  à  la  Reine  de  Navarre,  15  juillet .  63 

Le  Conseil  de  Berne  au  cardinal  de  Tournon,  13  juillet.  65 


LISTE   CHHONOLOGIQLE   DES    PIÈCES    1>L    VOLUME.  517 

NUMÉROS  PACiES 

1135.  Tliéodore  de  Bèze  à  Macloii  Pompon,  19  juillet  .     .  (Il» 

1136.  Pierre  Viret  à  Jean  Calvin,  21  juillet f,S 

1137.  Simon  Siiltzer  à  Jean  Calvin,  ai  juillet 7:2 


1138.  Martin  Hucer  à  Jean  Calvin,  23  juillet 73 

1139.  Jean  Calvin  à  Guillaume  Farel  (28  juillet)     ....  78 

1140.  Jean  Calvin  à  Benoit  Te.xlor  (28  juillet) 82 

1141.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret  (28  juillet) S2 

*I  142.   Le.s  Pasteurs  de  la  Prévôté  au  Conseil  de  Berne,  29  juillet.  8.") 

1143.  Pierre  Viret  à  Jean  Calvin.  30  juillet  .     .....  Kd 

1144.  Pierre  Viret  à  Jean  Calvin,  8  août 87 

1145.  Claude  de  Sachins  à  Jean  Calvin,  12  août      ....  s9 

1146.  Conrad  Pellican  à  Jean  Calvin,  13 août '.):{ 

*1147.   Les  Conseils  de  Berne  aux  Pasteurs  du  Pays  romand, 

13  août 95 

*1148.  Le  Conseil  de  Berne  au.x  doyens  des  Classes  du  Pays 

romand,  16  août 102 

1149.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret,  19  août 103 

1130.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret,  23  août 109 

*11S1.   Eynard  Pichon  à  Rodolphe  Gualtlier,  27  août      .     .     .  112 

*1132.  Le  Conseil  de  Berne  h  Pierre  Viret,  29  août  .     .     .     .  NI 

1133.  Jean  Calvin  à  Guillaume  Farel,  30  août Ho 

1154.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret  (l*^'»  jours  de  septembre)  117 

1133.  C.  S.  Curione  à  Jean  Calvin,  7  septembre     ....  118 

1136.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret,  1 1  septembre 121 

*llo7.  Martin  Bucer  à  Guillaume  Farel,  13  septembre  ....  I2."i 

1138.  Simon  Sullzer  à  Jean  Calvin,  16  septembre   ....  120 

1139.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret  (entre  le  12  et  le  19  septemb.)  132 

1160.  Pierre  Viret  à  Jean  Calvin,  19  septembre !:{4 

1161.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret,  23  septembre      .     .     .     .  137 

1162.  Simon  Sultzer  à  Jean  Calvin,  4  octobre l.'iS 

1163.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret  (3  octobre  ?) l 'i  I 

1164.  Martin  Bucer  à  Jean  Calvin,  6  octobre i'iti 

1165.  Guillaume  de  Furstemberj,'  au  Conseil  de  .Metz,  8  oclnb.  |.")1 
*1166.   Martin  Bucer  à  Guillaume  Farel.  Il  oololtre.      .  I3i 

1167.  Simon  Sidtzer  à  Jean  Calvin.  21  octobre I"it) 

1168.  Guillaume  Farel  à  Jean  Calvin,  22  octobre    ....  lo!» 

1169.  Guillaume  Farel  aux  Pasteurs  de  NeucliAtel.  23  octobre.  160 
*1170.   Renée  de  France  à  Henri  Bidlin^^er.  21  octobre.     .     .  Hi| 


518 


LISTE   CHRONOLOGIQUE   DES   PIECES   DU    VOLUME. 


NUMÉROS  PAGES 

1171.  Jean  Calvin  à  'Pierre  Viret  (entre  le  25  et  le  28  oct.)    .  163 

1172.  Martin  Biicer  à  Jean  Calvin,  28  octobre 168 

1173.  Jean  Sturm  à  Jean  Calvin,  29  octobre 170 

*1174.  La  Classe  de  Lausanne  au  Conseil  de  Berne,   l"''  nov.  171 

1175.  Bartaudière  à  d'Espeville  (J.  Calvin),  4  novembre  .     .  177 

1176.  Les  Princes  protestants  au  Duc  de  Lorraine,  7  novemb.  181 
*1177.  Celio  Seconde  Curione  au  Conseil  de  Berne,  8  novemb.  184 

1178.  Jean  Calvin  à  Henri  Bullinger,  8  novembre  ....  186 

1179.  Jean  Oporin  à  Jean  Calvin,  10  novembre 188 

*1 180.  Pierre  Toussain  à  Matthias  Erb,  20  novembre    ...  190 

*1181.  Celio  Seconde  Curione  au  Conseil  de  Berne  (27  nov.)  .  191 

*1182.  Pierre  Yiret  à  Guillaume  Farel,  27  novembre     .     .     .  194 

*H83.  Jean  Fathon  à  Christophe  Fabri,  28  novembre    .     .     .  197 

1184.  Thomas  Malingre  à  Clément  Marot,  2  décembre.     .     .  202 

1185.  Simon  Sultzer  à  Jean  Calvin,  5  décembre 209 

1186.  Les  Évangéliques  vénitiens  aux  Pasteurs  de  Genève, 

6  décembre 212 

1187.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret  (vers  le  8  décembre).     .     .  215 

1188.  Jean  Calvin  à  Guillaume  Farel,  15  décembre     .     .     .  220 
*1189.   Le  Conseil  de  Berne  au  Président  de  Chambéry,  15  déc.  222 

1190.  Benoît  ïextor  à  Jean  Calvin,  19  décembre    ....  223 

1191.  Antoine  Fumée  à  Jean  Calvin  (vers  la  lin  de  1542)      .  228 
*1192.  Nicolas  [d'Auxerre]  et  J.  Bonivoye  au  Conseil  de  Berne 

(1542  ou  1543) 234 

*1192  bis.   [J.  Bonivoye  et  Nicolas  d'Auxerre]  à  P.  Kuntz  (1542 

ou  1543) 235 

119-2  ter.  Jean  Calvin  à  Michel  Varod  (1542  ou  1543)  ...  236 


1543 

*1193.  Pierre  Toussain  à  Matthias  Erb,  l*"'' janvier  .     .     .     .  237 
*1194.  Le  Conseil  de  Berne  au  doyen  et  aux  jurés  de  la  Classe 

de  Lausanne,  2  janvier 238 

='==1195.  Béat  Comte  à  Rodolphe  Gualther,  o  janvier  .     ...  239 

1196.  Simon  Sultzer  à  Jean  Calvin,  8  janvier 240 

1197.  Jean  Calvin  à  Oswald  Myconius,  12  janvier  .  .  .  .  246 
*1198.  Le  Consistoire  de  Berne  à  Pierre  Viret,  19  janvier  .  .  247 
*1 199.  Jean  Fathon  à  Christophe  Fabri,  26  janvier  .     ...  250 

1200.  Simon  Sultzer  à  Jean  Calvin,  31  janvier 256 


LISTE   CHRONOLOGIQUE    DES    PIÈCES    [>L    VOLUME.  ol9 

2ÎCMÉR0S  PAGKS 

*1201.  Jean  Cliai)onneau  à  Guillaume  Farel  (janvier)     .     .     .  2o9 

1202.  Aonio  Paieario  à  Luther,  Mrlanchllion.  Biicer,  (Calvin 

(janvier  on  février) 260 

1203.  Guillaume  Farel  au  Duc  de  Lorraine,  H  février.     .     .  268 

1204.  Le  Conseil  de  lierne  à  ses  députés  à  Lausanne,  12  fév.  280 

1205.  Simon  Sultzer  à  Jean  Calvin,  i:{  février 28i 

1206.  Jean  Calvin  à  Pliili|)|ie  Mélanehthon  (!'•''  moitié  de  fév.)  285 

1207.  Jean  Calvin  à  Pliilij.pe  Mélanehthon,  16  février.  .  .  286 
*l 208.  Béat,  Comte  à  Rodol|)he  Gualther,  l*"'- mars    ....  288 

1209.  Conrad  Pellican  à  Jean  Calvin.  3  mars 290 

*12ia.  Pierre  Toussain  A  Matthias  F:rii,  1  mars 291 

*1211.  Pierre  Viret  à  Guillaume  Farel.  15  mars 293 

1212.  Pierre  Kuntz  à  Jean  Calvin,  20  mars 295 

1213.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret  (24  mars) 297 

1214.  Pierre  Toussain  à  Jean  Calvin,  24  mars 299 

1215.  Jean  L'Archer  h  Guillaume  Farel,  27  mars  ....  300 
*1216.  Guillaume  de  Furslemherg  au  Conseil  de  Herne,  29  mars.  304 
*12I7.  Guillaume  de  Furstemberg'à  son  ambassadeur  en  Suisse, 

31  mars 309 

1218.  Le  Conseil  de  Strasbourg  au  Conseil  de  Metz,  5  avril    .  311 

1219.  Le  Conseil  de  Metz  au  Conseil  de  Strasbourg,  9  avril  .  314 
*1220.  Gaspard  de  Heu  à  Guillaume  Farel,   10  avril.     .     .     .  315 

1221.  Jean  Calvin  à  Conrad  Pellican,  18  avril 317 

1222.  Guillaume  Farel  à  Oswald  Myconius,  20  avril  .  .  .  320 
*1 223.  Jean  Hibit  à  Conrad  Pellican,  22  avril 331 

1224.  Le  Conseil  de  Genève  à  Guillaume  Farel,  24  avril  .  333 

1225.  [Guillaume  Virot]  aux  réfugiés  messins,  27  avril     .     .  334 
1225  bis.  Béat  Comte  à  Nicolas  de  Watteville,  27  avril.      .     .  336 

1226.  Antoine  Fumée  à  Jean  Calvin  (avril) 338 

*1227.  Le  Conseil  de  Berne  au  Parlement  de  Dole,  7  mai  .      .  340 

1228.  Philippe  Mélanchtlion  à  Jean  Calvin,  limai.     .     .     .  3il 

1229.  Conrad  Pellican  à  Jean  Calvin.  13  mai 314 

1229  l)is.  [L'Église  de  Metz]  aux  Princes  protestants  (l"^''  moi- 
tié de  mai) 346 

1230.  Pierre  Caroli  à  Guillaume  Farel,  14  mai 31!^ 

*1231.  Pierre  Viret  à  Guillaume  Farel,  19  mai 352 

*1232.  Antoine  Thomassin  au  (iiuiverneur  de  XeuchAIel  (vers 

le  21  mai) :{57 


520  LISTE   CHRONOLOGIQUE   DES   PIÈCES   DU    VOLUME. 

^fUMÉROS  PAGES 

i233.  Guillaume  Farel  à  Pierre  Caroli,  21  mai 369 

*1234.  Le  Conseil  de  Berne  à  la  Classe  de  Morges,  21  mai      .  373 

1235.  Jean  Calvin  à  Pierre  Yiret  (vers  le  27  mai)  ....  376 

1236.  Jean  Calvin  aux  Pasteurs  de  NeuchAtel,  28  mai.     .     .  378 

1237.  Pierre  Viret  à  Jean  Calvin,  29  mai 383 

1238.  Guillaume  Farel  au  Conseil  de  Genève,  31  mai  .  ...  386 
*1239.  Guillaume  Farel  aux  Pasteurs  du  Pays  romand,  31  mai.  388 
*1240.  Guillaume  Farel  à  la  Classe  de  NeucliAtel,  31  mai  .     .  392 

1241.  Eustorg  de  Beaulieu  à  Clément  Marot  (au  mois  de  mai).  400 

1242.  Le  Conseil  de  Metz  au  Conseil  de  Strasbourg,  i^r  juin  .  403 

1243.  Ehrhard  Schnepf  au  duc  Christophe,  3  juin  ....  408 

1244.  Le  Conseil  de  Berne  au  Bailli  d'Yverdon,  4  juin      .     .  409 

1245.  Le  Conseil  de  Neuchàtel  à  Guillaume  Farel,  13  juin  .  410 
*1246.  Les  Pasteurs  de  Neuchâtcl  à  Guill.  Farel,  16  juin  .  .  413 
*1247,  Le  Conseil  de  Genève  au  Conseil  de  Bàle,  18  juin  .  .  416 
*1248.  Christophe  Fabri  à  Guillaume  Farel,  20  juin.  ...  418 
*1249,  Pierre  Toussain  à  Guillaume  Farel,  23  juin  ....  420 

1250.  Guillaume  Farel  à  Pierre  Caroli,  23  juin 421 

1231.  Pierre  Viret  au  Conseil  de  Genève,  27  ou  28  juin    .     .  434 

1232.  J.  Calvin  et  Guill.  Farel  au  Conseil  de  Strasbourg  (29  ou 

30  juin) 437 

1233.  Jean  Calvin  à  Pierre  Viret,  l^r  juillet 440 

1234.  Jean  Calvin  au  Conseil  de  Genève,  l^""  juillet      .     .     .  441 

1255.  Jean  Calvin  aux  Pasteurs  de  Genève,  1<"' juillet .     .     .  444 

1256.  Les  Pasteurs  de  Genève  à  Jean  Calvin,  11  juillet    .     .  446 

1257.  Le  Conseil  de  Genève  à  Jean  Calvin,  11  juillet  .     .     .  430 

1258.  Philippe  Mélanehthon  à  Jean  Calvin,  12  juillet  .  .  .  451 
*1259.  Le  Conseil  de  la  Aeuveville  au  Cons.  de.Berne,  15  juill.  452 

1260.  Les  Ministraux  de  Neuchâtel  au  Conseil  de  Strasbourg, 

16  juillet 453 

*1260/'/s.  Les  Ministraux  de  Neuchàtel  au  Conseil  de  Berne, 

16  juillet 454 

1261.  Le  Gouverneur  de  Neuchàtel  au  Conseil  de  Strasbourg, 

17  juillet 455 

1262.  Jean  Calvin  au  Conseil  de  Genève,  24  juillet     ...  457 

1263.  Jean  Calvin  aux  Députés  genevois  à  Berne,  24  juillet  .  460 
*1264.  Pierre  Toussain  à  Matthias  Erb,  29  juillet  ....  462 
*1265.  Pierre  Toussain  à  Sigismond  Stier  (août  ?)     ....  464 


LISTE    CHRONOLOGIQUE    DKS    IMKCKS    I»l    VULL.MK.  521 

NUMÉROS  PAGES 

'''lâGG.   Fi-iiiirois  (k'  Maiidiillaz  aux  hahitaiits  de  (itMiève,  i)  aoiit.  4(16 

^''1:2()7.   Bai-thélemi  des  Prés  à  Henri  By.lliii<;er,  1 1  août.      .      .  Uîl» 

*1:2()8.   l*ierre  Toussain  ù  Mattliias  Erl),  1 1  août 'i7l 

12(59.  Jean  Calvin  an  Conseil  de  Genève,  i;{  août,  ....  172 

1270.   Le  Conseil  de  Strasbourg- an  Conseil  de  Genève,  IGaoùt.  473 
*1271.   Le  Conseil  de  Strasbourg  aux  (Jonseils  de  NeuchAtel, 

16  août 175 

Appendick  hes  tomes  I.  II.   VII.   Vin. 


io2 


iio  Ins.   Claussequin  (PAysà  Franroisde  llannonviile,  17oct.      477 

152o 
149  r/.  Pierre  Toussain  à  Guillaume  Farel,  20  juin.     .     .     .     479 

1526 
179 ^<.  Guillaume  Farel  à  Nicolas  d'Esch,  9  juillet.     ...     481 

1529 

*268  a.  Humbert  de  Praroman  aux  Chanoines  de  Lausanne, 

2  décembre \Si 

1541 

*957rt.   La  Classe  de  NeuchAtel  à  la  Classe  de  Mop.lbéliard. 

(mars?) 485 

*1005  h.  Les  Ontons  évangéliques  et  Miillinnsc  à  Friiiicuis  I. 

25  juin 488 

*1054r;.  Les  Pasteurs  de  Strasbourf,»'  aux  Chanoines  de  Metz, 

25  octobre 489 

1542 

llOli.   [Pierre  Brulli]  et  lÉglise  Française  de  Strasbourg;  an 

Conseil  de  Strasbourg-,  25  mars 492 

1543 

*122()  Ai'.v.   Le  Duc  de  Lorraine  an  Conseil  de  HAle,  1(>  avril  V94 


322  LISTE    ALPHABÉTIQUE   DES    C0RHESP0NDANT5. 


LISTE  ALPHABÉTIQLK 

DKS     CORR  ES  PONDANTS 


(Les  chiffres  arabes  ordinaires  indiquent  les  N*»»  des  lettres  écrites  par  les  coiTespon- 
dants,  et  les  chiffres  en  italipie,  celles  qiii  leiu'  ont  été  adressées.1 


Apreniont  (Le  seigneur  d'\.  Vciyez  Calvin. 

Archer  (Jean  1').  121o. 

Auxerre  (Nicolas  d').  1192.  1192  bis. 

Ays  (Claussequin  d').  123  bis. 

Bâle  (Le  Conseil  de).  1129,  1247,  1220  bis. 

Bartaudière.  1173. 

Beaulieii  (Eustorg  de).  1241. 

Berne  (Le  Conseil  de).  ilM,  il22.  1133.  1134,  1148,  1132,  1189, 
1194.  1204,  1227,  1234,  1244.  —  1112,  1118,  1120,  1127, 
1128,  1142,  1174,  1177,  1181,  1192,  1216,  1259, 
1260  bis. 

Berne  (Les  Conseils  de).  1147. 

Berne  (Le  Consistoire  de).  1198. 

Bèze  (Théodore  de).  1114.  1133. 

Bonivoye  (Jean).  1192,  1192  bis. 

Bosset  (Jean).   1128. 

Brulli  (Pierre).  1101  b. 

Bucer  (Martin).  1138.  1157,  1164,  1166,  1172.  —  1202. 

Bullinger  (Henri).  1170.  1178,  12i!7. 

Calvin  (Jean).  1113,  1119,  1130,  1139,  1140,  1141,  1149,  1130, 
1133,  1134,  1136,  1139,  1161,  1163,  1171.  117S,  1187,  1188, 
1192  ter,  1197,  1206,  1207.  1213,  1221,  1233.  1236,1252, 
1233,  1234,  1233,  1262,  1263,  1269.  —  lllO,  1125,  1136, 
1137,  1138.  1143,  1144,  1145,  1146. 1155.  1158,  1160, 
1162,  1164,  1167,  1168,  1172,1173,  1175,  1179,  1185, 
1190,  1191,  1196,  1200,  1202,  1205,  1209,  1212,  1214, 
1226,  1228,  1229,  1237,  1256,  1257,  1258. 


LISTE   ALPHABÉTIQUE   DES    COHnESPONDANTS.  .'523 

Cantons  évangéliqiies  (Les).  Voyez  Suisse  (Les  cantons  cniiii{,'.'li(|ues 
de  la). 

Capnius.  Voyez  Fumée. 

Caroli  (Pierre).  1230.  —  1233,  1250 

Cassander  (Geortres).  1132. 

Cernex  (Le  curé  de).  Voyez  Mandallaz. 

Chanibéry  (Le  président  de).  1189. 

Chaponneau  (Jean).  1201. 

Comte  (Béat).  1195.  1208,  1225  bis. 

Cnrione  (Celio  Secondo).  1155,  1177,  1181, 

Dôle  (Le  Parlement  de).  1227. 

Erb  (Matthias).  1180,1193,  1210.  I2<ii,  1208. 

Esch  (Nicolas  d'j.  179  h. 

Espeville  (M""  d').  Voyez  Calvin. 

Fabri  (Christophe).  1124,  12'i8.  —  1183,  1199. 

Farel  (Guillaume).  1110,  1168,  11G9,  1203,  1222,  1233,  1238.  1239, 
1240,  1250,  1252,  179  a.  —  JI13,  II lu,  1123,  1124, 
1126,  1130,  1131.  1139,  1153,  1157,  1100,  1182, 
1188,  1201,  1211,  1215,  1220,  122  i,  1230,  1231, 
1245,  1240,  1248,   1249,  149  a. 

Fathon  (Jean).  1183.  1199. 

Ferrare  (Renée,  duchesse  de).  1 170. 

Foret  (Pierre),  1120. 

Franç^ois  I.  1005  b. 

Fumée  (Antoine).  1191,  122(i. 

Furstemberg  (Guillaume,  comte  de).  1165,  1216,  1217. 

Furstemberg'  (L'ambassadeur  de  Guillaunn'  de).  12 17. 

Genève  (Le  Conseil  de).  1224,  12'i7,  1257.—  1238,  1251.  125  1. 
1202,  1209,  1270. 

Genève  (Les  députés  de).  1203. 

Genève  (Les  habitants  de).  1260. 

Genève  (Les  pasteurs  de).  1256.  —  IISO.   1255. 

Gualther  (Kodolphe).  1151,  1195.  I208. 

Hannonville  (François  de).  125  bis. 

Heu  (Gaspard  de).  1220. 

Knobelsdorf  (Eustache  de),  1132. 

Kuntz  (Pierre).  1212.  —  1192  bis. 

Lausanne  (Les  chanoines  de).  208  a. 

Lausanne  (La  Classe  ou  les  pasteurs  de).  1174. 


524  LISTE   ALPHABÉTIQUE   DES   CORRESPONDANTS. 

Lausanne  (Le  doyen  et  les  jurés  de  la  Classe  de).  1194. 

Lorraine  (Antoine,  duc  de).  1220  bis.  —  1176,  1203. 

Luther  (Martin).  1202. 

Lyon  (Les  Évangéliques  de).  1119. 

Malingre  (Thomas).  1184. 

Mandallaz  (Le  curé  François  de).  1266. 

Marguerite  de  Navarre  (La  reine).  1133. 

Marot  (Clément).  1184,  1241. 

Mélanchthon  (Philippe).  1228,  1258.  -    1202,  1206,  1207. 

Metz  (Les  chanoines  de).  1054  a. 

Metz  (Le  Conseil  de).  1219,  1242.  —  1165,  1218. 

Metz  (L'église  réformée  de).  1229  bis. 

Metz  (Les  réfugiés  de).  1225. 

Montbéliard  (La  Classe  ou  les  pasteurs  de).  957  a. 

Morges  (La  Classe  de).  1234. 

Mulhouse  (Le  Conseil  de).  1005  b. 

Munster  (Sébastien).  1126. 

Myconius  (Osvvald).  1125.  —  1121,  1197,  1222. 

Neuclîâtel  (La  Classe  ou  les  pasteurs  de).   1246,  957  a.  —  1169, 

1236,  1240. 
Neuchâtel  (Le  Conseil  d'État  de).  1261. 
Neuchâtel  (Les  Conseils  de).   1112,  1117,  1118.  —  1111,  1116, 

1271. 
Neuchâtel  (Le  Gouverneur  de).  1261.  —  1122,  1232. 
Neuchâtel  (Les  IV  Ministraux  et  le  Conseil  de  la  ville   de).    12i5, 

1260,  1260  bis. 
Neuveville  (Le  Conseil  de  la).  1259. 
Oporin  (Jean).  1179. 
Paleario  (Aonio).  1202. 

Pays  romand  (Les  pasteurs  du).  1147 ,  1239. 
Pays  romand  (Les  doyens  des  Classes  du).  1148. 
Pellican  (Conrad).  11 'i6,  1209,  1229.  —  1221,  1223. 
Pichon  (Eynard).  1151. 
Pompon  (Maclou).  1114,  1135. 
Praroman  (flumbert  de).  268  a. 
Prés  (Barthélemi  des).  1267. 
Prévôté  (Les  pasteurs  de  la).  1142. 

Prolestants  d'Allemagne  (Les  princes).  1176.  —  1229  bis. 
Renée  de  France.  Voyez  Ferrare  (Renée,  duchesse  de). 


LISTE    ALPHABÉTIQUE   DES    COIUIKSI'ONDANTS.  525 

Uil)it  (Jeiiii).  1223. 

Sachins  (Claude  de),  llio. 

Srhiiepf  (Ehrhard).  12i3.  ; 

Soleure  (Le  Conseil  de).  1116    —  ill' . 

Stier  (Sigismond).  J2i>5. 

Strasbourg-   (Le   Conseil   de).    1129,    121H,    1270,    1271.    —    li'JO, 

121-2,  1252,  1200,  1201,  llOl  h. 
Strasbourg  (L'église  française  de).  1101  b. 
Strasbourg  (Les  pasteurs  de).  1054  a. 
Sturm  (Jean),  1173. 

Suisse  (Les  cantons  évangéliques  de  la).  1005  b. 
Sultzer  (Simon).  1137,  H58,  1102,  1107,   1185,  1196,  1200,  1205. 
Textor  (Benoit).  1190.  —  1110. 
Thomassin  (Antoine).  1232. 
Tournon  (Le  cardinal  de).  113 1. 
ïoussain  (Pierre).    1113,    M23,    1131,    1180,    1193,    1210,    121i, 

1249,  1204,  1265,  1268,  149a. 
Trévise  (Les  Évangéliques  de).  1186. 
Varod  (Michel).  1192  ter. 

Vénitiens  (Les  Évangéliques).  Voyez  Trévise  et  Vicence. 
Vicence  (Les  Évangéliques  de).  M86. 
Viret  (Pierre).   1121,   1136,  1143,  1144,    1160,  1182,  1211,  1231, 

1237,   1251.   —   1125,    11 11,   1149,    1150,  1152,  1154, 

1150,   1159,    1101,    1103,    1171,    1187,    1198,   1213, 

1235,  1253. 
Virot  (Guillaume).  1225. 

Vullierens  (Nicolas  de).  Voyez  Auxerre  (Nicolas  d'). 
Watteville  (Nicolas  de).  1225  bis. 
Wurtemberg  (Le  duc  Christophe  de).  1243. 
Yverdon  (Le  bailli  d').  1244. 
Zébédée  (André)    1127. 


INDEX   ALPHABÉTIQUE 


DES 


NOMS  DE  PERSONNES 


QUI    SE    TROUVENT    DANS    LE    HUITIÈ:\IE    YOLOIE 


Les  noms  imprimés  en  petites  CRpitAles  désignent  Ws  aufeiirs  des  Lettres, 
et  ils  sont  suivis  des  Numéros  d'ordre  de  celles-ci.  Lorsque  dans  uu  article 
le  chiffre  de  la  page  est  seul  indiqué,  la  personne  à  laquelle  il  se  rapporte 
figure  seulement  dans  le  texte;  s^'û  est  suivi  de  la  lettre  n.,  la  personne 
n'est  mentionnée  que  dans  les  notes.  L'abréviation  et  n.,  après  le  chiffre 
d'une  page,  signifie  que  le  nom  propre  se  rencontre  à  la  fois  da>is  le  texte 
et  dans  les  notes. 

Les  noms  de  lieux  ne  sont  reproduits  que  lorsqu'ils  servent  à  désigner 
un  individu  ou  des  collections  de  personnes,  et  l'on  a  omis  tous  les  noms 
des  personnages  qui  n'appartiennent  pas  au  seizième  siècle. 


Abère  (Les  habitants  d'),  voy.  Habère. 

Abria  (Le  curé  Didier),  478  et  n. 

Adam,  le  drapier,  324  et  n. 

Adam  (Michel),  333  et  n. 

Adrianus,  voy.  Blauner. 

Agianthus,  voy.  Saiiit-Flour  (Antoine  de). 

Aigle  (de  1'),  10  et  n.,  11. 

Aix  (Claussequin  d'),  voy.  Ays. 

Aix  (Le  parlement  d'),  voy.  Provence  (Le 

parlement  de). 
AJbe  (Le  duc  d'),  130  n. 
Albret  (Jeanne  d'),  74  n. 
Alcala  (Les  théologiens  d'),  350. 
Alciat  (André),  88  n.,  165  n.,  380  et  n. 
Alexandre  (Pierre),  33  n.,  70  n.,  492, 493  n. 
Alexis,  voy.  Gaudinoeus. 
Allemagne  (Étudiants  de  la  Haute-),  158. 


Allemagne  (Les  Pasteurs  évangéiiques  de 

1'),  261  etn.,  262  n. 
Allemagne  (Les  églises  évangéiiques  de  1'), 

267. 
Altieri  (Balthasar),  212  n. 
Amanus,  187  n. 
Aiibrosius,  voy.  Cliareigne. 
Amerbacli  (Boniface),  246  n.,  380  n. 
Anabaptistes  neuchàtelois  (Les),  358-368. 
Ancillon,  153  u. 
André  ***,   beau-frère  de  Fabri  (Ghristo- 

plie),  201  et  n.,  254  et  n.,  255. 
Andronicus    (Fortunat),    247    et  n.,   248, 

249. 
Angelander  (Jo.),  voy.  Engelmann. 
Angélus  ***,  345  et  n.,  346  n. 
Angleterre  (Les  Évangéiiques  de  1'),  267 
Aniôres   (Le    seigneur   d'),  voy.    Sachiiis 

(Claude  de). 
Auiebaut  (Le  maréchal  d'),  108  u. 


INDEX    ALPHABÉTIQUE   DES    NOMS. 


3^7 


Annonius,  5  ii. 

Anr>"  (Maître),  voy.  Mare  (Hi'iiri  de  la). 

Antoine,  duc  de  Lorraine,  voy.  Lorraine. 

Aiitonius  (Mai-cus),  178  n. 

Apreniont,    pseudonyme    de    ("alvin    (Le 

seigneiu"  d'),  233  et  n. 
Aquilius,  voy.  Aigle  (de  1'). 
Archer  (Jean  l'),  X»  12L5.  —  300  et  n., 

304  n.,  378  n.,  392  n.,  414  n. 
Ai-cuarius,  voy.  A  relier  (1'). 
Armasnac  (L'évêque  Georges  d'),  470  u. 
Arnes  (Ilugoniu  d'),  50  n.,  503. 
Arquerius,  voy.  Archer  (1'). 
Arsent  (Le  conseiller  Pierre),  484  n. 
Articulants  (Les),  87  n. 
Aubéry,  avocat  général  (Jacques),  4  u. 
Audincourt  et  Exincourt  (L'église  d'),  58 

et  n. 
Augsbarger  (Michel),  143  n.,  280  n. 
Aulbe  ou  Aube  (Regnanlt  d'),  153  n. 
Aulbonne  (Bastian  on  Sébastian  d'),  386  n. 
Aumale  (François  de  Lorraine,  comte  d'), 

306  et  n.,  307  et  u.,  310,  323  et  n., 

329  n.,  335  u.,  494  et  n.,  499  n. 
Ausserre  (Nicolas  d'),  voy.  Auxerre. 
AuxEKKE  (Nicolas  d"),  N»»  1192, 1192  bis. 

—  234  et  u.,  235  et  n.,  236. 
Avignon  (Les  syndics  d'),  4  n. 
Awe  (Georgius  ab),  408  et  u. 
Ays  (Claussequin  ])'),  Nol25  bis.  —  477  et 

n.,  478  u.,  479  et  n. 


B 


Baccarat  ou  Baccareti,  478  n. 

Baiilod  (Hugonette),  255,  256  n. 

Bailloz  (Loys),  254. 

Baillez  (Guillaume),  255. 

Balard.  père  (Jean),  145  n.,  219  et  u.,  467 

n.,  469  u.,  483  n.,  484  u. 
Balard  (Louise),  219  n. 
Balbus  (Jo.),  voy.  Bègne. 
Bâie  (Les  citoyens  de),  39,  41. 
Bâle  (Le  Conseil  de),  38,  39,  52,  309,  311 

n.,  330  et  n.,  416,  418,  441,  450,  473 

n.,  489,  494,  497  n.,  500,  .501  et  n. 
Bâle  (Les  députés  de),  74  et  n.,  108  et  n., 

109  n.,  143  n. 
BMe  (L'église  de),  38. 
Bâle  (L'évêque  de),  52  n. 
Bftle  (Les  pasteurs  de),  41,  73. 
Barbarin  (Thomas),  5etu.,  32  n.,  41  et  n., 

198  et  n.,  201  et  n.,  255,  302  et  ii., 

388  n.,  397  n.,  413,  414  n.,  416  et  n., 

487,  505. 


Barbe,  la  revendeuse,  ,307  n. 

liarberonsse,  108  n.,  130  et  n. 

Barralis  (Jehan),  87  n. 

Barrault,  voy.  Borreaul. 

Bar'pîvudière,  N"  1175.—  177  et  n.,  178 
n.,  180,  181  n. 

Bartholomaius  ***,  180  etn. 

Baume,  évéque  de  Genève  (Pierre  de  la), 
466  n.,  467  n.,  469  n. 

Baux  (Jean),  87  n. 

Bavière  (Louis  et  Guillaume,  ducs  ài'),  76 
et  n.,  257  n.,  420  et  u. 

15avière  (Sabine,  duchesse  de),  420  n. 

Bkauliku  (Eustorg  ou  Hector  de),  N" 
1241.  —  207  n.,  400,  401  n.,  4U2  n., 
403  n 

Beanmont  (M''  dej,  2'J8  et  n. 

Beauvais  (Françoise  de),  37  u. 

Beauvais  (Louise  de),  37  n. 

Bègue  (Jean  le),  206. 

Béguin  (Le  secrétaire  Y»),  388  n.,  444  n. 

Bellay  (Martin  du),  108  n. 

Bellegarde  (Clande  de),  37  n. 

Bellegarde  (Simon  de),  37  et  n. 

Bellelay  (L'abbé  de),  voy.  Cognât. 

Bellomontanns,  voy.  Beaumont. 

Benoît  (Le  docteur  Jean),  60  n. 

Beraldus  (Joannes),  184  et  n. 

Berandns  (Joannes),  184  n. 

Bérauld  ("François),  184  n. 

Bérauld  (Jean),  179  n. 

Bérauld  (Nicolas),  184  n. 

Bernard  (Jacques),  3  n.,  75  et  n.,  79  et  n. 

Berne  (L'avoyer  de),  98  n.,  100  n.,  139, 
505,  506. 

Berne  (Le  Conseil  de),  N"»  1111,  1122, 
1133,  1134,  1148,  1152,  1189,  1194, 
1204,  1227,  1234,  1244.  —  6  «t  n., 
7  et  n.,  8  n.,  9,  15  n.,  16  n.,  18,  19, 
28  et  n.,  29  n.,  30,  31  n.,  32,  33, 
35  n.,  36,  38,  39,  42,  43  n.,  49  et  u., 
50  et  n.,  51,  52  n.,  53  et  n.,  58,  63, 
64  et  n.,  (55  et  n.,  66,  71  n.,  73  n., 
74  n.,  84  n.,  85,  88  u.,  94  n.,  95,  '108, 
109  n.,  110  et  n.,  111,  114  etn.,  119  et 
n.,  122,  123,  132  n.,  134,  135.  1.36 
et  n.,  139  et  n.,  142  et  u.,  143  et  u., 
145,  147  etn.,  166  n.,  167  n.,  171  etn., 
172  n.,  173  n.,  174  n.,  175  n.,  191, 
192  n.,  193  n.,  200,  203  et  n.,  217  n., 
222  et  n.,  223,  234,  236,  238  et  u., 
239  n.,  243  n.,  244  n.,  245  u.,  258  n., 
259  n.,  280  et  n.,  281  n.,  282  n.,  283, 
284  et  n.,  285,  294  n.,  298  n..  304,  309 
etu.,  310  n.,  311  n,  336  n.,  337  n., 


528 


INDEX   ALPHABETIQUE   DES    NOMS. 


340,  350,  352  n.,  353  n.,  354  et  n.,  356 

n.,  375  et  n.,  385  n.,  386  n.,  409,  411, 

417,  418,  434,  435  et  n.,  452,  453,  454, 

455,  456  n.,  469  n.,  489,  494,  502, 503, 

505,  50S,  508. 
Berne  (Le  Conseil  des  Deux-Cents  ou  des 

Boui-geois  de),  120  n.,  122  et  n.,  139, 

210,  281  n. 
Bers-e   (Les   Conseils    de),   X»   1147.   — 

95,  97  n.,  99  n.,  209  et  n.,  281  n. 
Bern'e  (Le  Consistoire  de),   No  1198.  — 

216  n.,  247  et  n. 
Berne  (Les  députés  de),  8,  35  et  n.,  52  n., 

71  et  n.,  85  n.,   143  n.,   222  n.,   280  et 

n.,  294  n.,  375  n.,  502,  504. 
Berne  (L'église  de),  6  n.,  7,  96  n.,  101  n., 

110. 
Berne  (MM.  de),  voy.  Berne  (Le  Conseil 

de). 
Berne  (Les  pasteurs  de  la  ville  de),  38,  73 

n.,  89  et  n.,  95  et  n.,  96  et  n.,   103  n., 

131,  209  et  n.,  210,  211  etn.,  243  et  n., 

244  et  n.,  245  et  n.,  281  n.,  356  et  n., 

435,  508  n. 
Berne  (Les  Classes  allemandes  du   pays 

de),  103  n.,  104  n. 
Berne  (Les  Doyens  des  Classes  allemandes 

de),  114  n. 
Bernois  (Les),  voy.  Berne  (Le  Conseil  de). 
Bertaudière  (Mauclerc  ou  Prévost,  sieui-  de 

la),  voy.  Bartaudiére. 
Berthod  (Le  trésorier  Jacques),  386  et  n. 
Bésard  ou  Bisard  (Martin),  61  n. 
Béze  (Le  chanoine  Audebert  de),  66  et  n., 

67. 
Bèze  (L'abbé  Claude  de),  67  et  n. 
Bèze  (Le  bailli  Pierre  de),  66  et  n.,  67. 
Bezœus,  voy.  Bèze. 
BÈZE  (Théodore  de),   N^s  1114,  1135.  — 

10,  66  et  n.,  67  n.,  68  et  n.,  83  n.,  105 

n.,  110  n.,  111  n.,  121  n.,  122  n.,  123 

n.,  124  n.,  207  n.,  216  n.,  220  n.,  229 

n.,  297  n.,  298  n.,  470  n. 
Bibliander  (Théodore),  73,  74  n.,  93  et  n., 

94,  188  n.,  189  n.,  194  n.,  319,  332, 

345. 
Bigothior  (Claude),  91  n. 
Blamont  (Les  paroissiens  de),  29  n. 
Blanc  (Anton,  le),  184  n. 
Blanch  (Matthieu),  137  n.,  256  et  n.,  298  n. 
Blauchet  (Pierre),  79  n.,  83  et  n.,  106  et 

n.,  163  et  u.,  164  n.,  449  n. 
Blauner  ou  Bloner  (Adrien),  157  n. 
Blois  (Les  Jacobins  ou  Domhiicaiiis  de), 

209. 


Blonay  (Michel  de),  35  n. 

Bock  (Hans),  52. 

Bois  (Jacques  du),  223  n. 

Bois ,  imprimeur  (Michel   du),  80  et   n., 

297  n. 
Bois  (Guillaume  du),  297  et  n. 
Bois  (Richard  du),  205. 
Bois  (Valentin,  Veltin,  Valtrin  ou  Watrin 

du),  33  n.,  335  et  n.,  506. 
Boisset  (Claude),  447  et  n. 
Bôle  (Les  gens  de),  202,  254. 
Bonardus  (Vincentius),  178  n. 
Bon  disciple  (Le),  478  n. 
Bonivard  (François),   222  n.,  466  n.,  467 

n.,  483  n.,  484  n. 
BoxiVOYE  (Jean),  N»»  1192,  1192  bis.  — 

234  et  n.,  235  et  n.,  236  et  n. 
Bonleucourt  ou  Boul encourt  (M''  de),  27  n. 
Bonnestraine,  moine  augustin,  398  n. 
Bonneville  (Le  Conseil  de  la),  voy.  Neu- 

veville. 
Boquin  ou  Bouquin  (Pierre),  170  n. 
Bordeaux  (Le  parlement  de),  107  n.,  303. 
Borreaul  (Claude),  282  n. 
Bosc  (Jean  de  ou  du),  377  et  n. 
Boscanus  (Jo.),  voy.  Bosc  (Jean  de). 
Bosco  (de),  voy.  Bosc. 
Bosquet  (du),  voy.  Bosc  et  Val-Bousquet. 
BossET  (Jean),  N»  1128.  —  49,  50  n.,  52. 
Bouche  d'or,  voy.  Perrin  (Pien-e). 
Bouquin  (Le  docteur  P^obcrt),  60  n. 
Bom-bon  (Le  connétable  Charles  de),  279  n. 
Bourbon  (Renée  de),  279  n. 
Bom-bon  (Antoinette  de),  306  n. 
Bourg-en-Bresse   (Les    suspects   d'hérésie 

à),  91  n. 
Bourg-en-Bi-esse  (Le  clergé  de),  92  u. 
Bom-g-en-Bresse  (Le  Conseil  de),  92  n. 
Bourges  (Les  Carmes  de),  170  n. 
Boui'guignons  (Les),   308  n.,  322,  335  n., 

399. 
Boussu'ou  de  Grand-Ry,  177  n. 
Boussiro]!  (Françoise),  180  n. 
Boyer,  martyr  (Le  Conseiller  Guillaume), 

107  n. 
Brand  (Joder),  74  n. 
Brand  (Théodore),  140  n. 
Brandebourg,  Électeur  et  archevêque  de 

Mayence  (Albert  de),  74,  76  et  n. 
Brantôme,  269  n. 
Bray  (Guy  de),  277  n. 
Brennon  (Le  curé  Jean-Rogier),  478  n. 
Brentius  (Jo.),  voy.  Brentz. 
Brentz  (Ji-anj,  463  n.,  465. 
Bretelz,  notaire  (A.),  17  n.,  19  n. 


INDEX   ALIMIAIJKT 

Brilly  (Joan  de),  voy.  Boiiivoyi?. 

Bnilêros,  dit  do  la  Fontaine  (Estienne  de), 
207  n. 

Brulerius  Fontanus  (S.),  voy.  Brnléres. 

Brulli  ou  Bkusli  (Pierre),  N»  1101  b.  — 
33  11.,  170  et  n.,  492,  493  n. 

Brunon  (Le  docteur),  voy.  Niedbrucker. 

Brauswick  (Eric  de),  76  n. 

Brunswdck  (Henri,  duc  de),  74  et  n.,  7ô, 
76  et  11.,  77,  257  et  n. 

Bruss  (Théodore),  voy.  Knoblodi  (Jehan). 

BucER  (Martin),  N»»  1138,  1157,  1164, 
1166,  1172.  —  4  et  n.,  5,  39  et  n.,  41, 
.53,  57,  73  n.,  74,  75,  77,  81  n.,  101  n., 
107  n.,  120,  122,  125,  126  n.,  127  n., 
128,  139,  142  n.,  146,  147  n.,  148  n., 
149  n.,  151,  152  n.,  154  etn.,  156,  157 
et  n.,  166  et  n.,  168,  169  n.,  170,  199 
n.,  220  n.,  257,  260,  261,  268,  284,  322 
n.,  330,  341,  344,  346  n.,  356  n.,  397 
et  n.,  434  n.,  452  n.,  489,  492,  508. 

Bucer  (Les  partisans  de),  73  n. 

Bucerani,  voy.  Bucer  (Les  partisans  de). 

Biichlin  (Paul),  voy.  Fagius. 

Buchinann,  voy.  Bibiiander. 

Budé  (Guillaume),  88  n.,  380  n. 

ButHer  (Piene),  158  n. 

Bullingor  (Hem-i),  93  et  n.,  94,  97  n.,  114, 
144  n.,  161  et  n.,  186,  187  n.,  188,  192 
et  n.,  193  n.,  240  et  n.,  289  et  n.,  290, 
317,  319,  344,  345,  469,  470  u. 

Bulliiiger  (La  famille  de),  194  n. 

Bui-e  (Idelette  de),  56  et  n.,  82,  86  n.,  87 
et  n.,  109,  224,  227. 

Busleiden  (Le  chanoine  Jérôme),  380  n. 
Buy  (Le  seigneur  de),  voy.  lieu  (Gaspard 
de). 


Cœsar,  voy.  Charle>-Quint. 

Csesariani,  voy.  Impériaux  (Les). 

Calvin  (Antoine),  89,  138  n.,  163  n.,  217 
et  n.,  299. 

Calvin  (Idelette),  voy.  Bure  (Idelette  de). 

Calvin  (Jean),  N"«  1115,  1119,  1130, 
1139,  1140,  1141,  1149,  1150,  1153, 
1154,  1156,  11.59,  1161,  116-3,  1171, 
1178,  1187,  1188,  1192  ter,  1197, 
1206.  1207,  1213,  1221,  12.3.5,  1236, 
1252,  1253,  1254,  1255,  1262,  1263, 
1269.  —  3,  5  et  n.,  14  n.,  19  et  u.,  20  n., 
30  et  n.,  31  n.,  33  n.,  34,  36,  38,  4(),  41 
n.,5.3,  54,  55  n.,  68,  70  n.,  71  et  n.,  72, 
T.  VIII. 


iC»i"K  DES  .NOMS.  5:29 

75,  77,  78  et  n.,  79  n.,  80  n.,  81  n.,  82, 
83  n.,  84  n.,  86  et  n.,  87  et  n.,  88  et  n., 
89  et  11.,  90  n.,  91  11.,  92,  93  et  n.,  94, 
101  n.,  103,  105  n.,  107  n.,  108  n.,  109 
et^n.,  110  n.,  111  et  n.,  11.5,  116  et  n., 
117,  118,  120,  121,  122  n.,  125  et  n., 
129,  131,  132  et  n.,  1.34  et  n.,  1.35  n., 
136  n.,  137  et  n.,  138,  140  n.,  141  et  n., 
142  n.,  143  n.,  146  et  n.,  147  Ji.,  148 
n.,  1.56,  158  n.,  159  et  n.,  163  et  n., 
166  n.,  167  et  II.,  168,  169  n.,  170 
et  II.,  171,  174  n.,  176  n.,  177  et  n., 
180,  181"  n.,  186  et  n.,  187  n.,  188, 
190,  194  et  n.,  196,  197  n.,  205,  206  n., 
209  et  n.,  211  n.,  212,  215,  217  n.,  220 
et  n.,  221  et  n.,  223,  224  n.,  225  n.,  228 
et  n.,  229  n.,  231  n.,  233  et  n.,  235  n., 
2.36,  237,  240  et  n.,  244  n.,  245,  246, 
250,  256  et  n.,  258,  260,  261,  262  n., 
268,  284  et  n.,  285,  286,  287  u.,  288  n., 
290  et  II.,  291,  293  n.,  295,  296  et  n., 
297  et  n.,  298,  299  er.  n.,  303  et  n., 
317,  318  n.,  329  n.,  338  et  n.,  339  n., 
341  et  n.,  342  n.,  343  n.,  3-44  et  n.,  345 
n.,  346,  .351  n.,  .353  et  n.,  354  et  n.,  3.55 
et  n.,  .365  n.,  370,  376  et  n.,  377  n., 
378  et  n.,  379  n.,  383  et  n.,  386,  387 
et  n.,  391  n.,  397  n.,  4<X),  405,  407  et 
n.,  413,  417  et  n.,  418,  419,  4.35  et  n., 
436,  437  et  n.,  438  n.,  440,  441  et  n., 
442  n.,  444  et  n.,  445,  446,  447  n.,  448 
II.,  450,  451  et  n.,  452,  457,  460  et  n., 
462  et  11.,  469  n.,  470  n.,  472,  473  et 
II.,  474,  475  etn.,  476,  493 n., 507,  508. 

Calvin  (Le  tils  à,-  Jean),  109,  170  et  n. 

Camerarius  (Joachim),  182  n.,  .507. 

Camerle  (Jacques),  121  n. 

Camillus  (Julius),  165  et  n. 

Canus  (Alexandre),  91  n. 

Capiton  (Wolfgang-Fabricius),  39  et  n., 
41,  158  et  n.,  187  et  n.,  481. 

Capnius,  voy.  Fumée. 

Capunculus  (Jo.),  voy.  Chaponneau. 

Carchien,  voy.  ('arquien. 

Carlstadt  (André),  73. 

Carmel  (Gaspard),  201  et  n.,  -302  et  u., 
415  n.,  416  n. 

Caroli  (Pierre),  N"  12-30.  —  168  n.,  299 
n.,  313  n.,  329  et  n.,  3-35,  348  n.,  349 
et  n.,  351  n.,  352  et  n.,  3.53  et  n.,  369, 
370,  374,  .377,  378,  379  n.,  387  et  n., 
388  et  n.,  389  et  n.,  390  n.,  .397  et  n., 
404  et  n.,  405  et  n.,  106, 4(J7  et  n.,  410, 
411,  417  et  n.,  420,  421  et  n.,  423  n., 
427,  429,  433,  435,  436, 437.  438,  439, 

34 


330 


INDEX   ALPHABETIQUE   DES   NOMS. 


4i0,  441  n.,  443,  444  n.,  445  n.,  450  et 
11.,  454,  455,  474,  475,  476,  .504,  508. 

Carolus,  voy.  Caroli. 

Carchien,  Carqiiien  ou  Carquiii  (Jean), 
153  n.,  1.55  n.,  316,  317  n. 

Cartier  (Giron),  107  n. 

Cartier  (Jehanne),  107  n. 

Cassander  (Georges),  59  et  n.,  63. 

Castalion  (Sébastien),  voy.  Châteillon. 

Castellain,  (Jean),  voj-.  Chastellain. 

Castellanus  (Petnis),  voy.  Chastel  (Pierre 
du). 

Castre.s  (L'église  de),  377  n. 

Cavaillon  (L'évêque  de),  4  n. 

Cepormus  (Jacobus),  506. 

Cernex  (Le  curé  de),  voy.  Mandallaz. 

Chablais  (Les  habitants  du),  199  et  n. 

Chablais  (Les  Catholiques  du),  36  n. 

Chalant  (Le  comte  René  de),  65  n. 

Chambéry  (Le  2"i  président  de),  90  n. 

Chambéry  (Le  président  de),  voy.Pellisson 
(Reymond). 

Chambout  (Urbain),  37  et  n. 

Champereau  (Amé  ou  Edme),  3  n.,  30  n., 
83  et  n.,  106  n.,  207  et  n.,  227,  449 
et  n. 

Clianal  ou  Chasnal  (Angelin),  91  n. 

Chansonnette  (Claude),  478  n. 

Chaponseau  (Jean),  N"  1201.  —  37  et 
n.,  81  et  n.,  206,  259  et  n.,  260,  301, 
376,  379  et  n.,  380  et  n.,  381  n.,  382, 
383,  396  n.,  413  n. 

Chareigne  (Ambroys  de),  179  n. 

Charles,  duc  d'Orléans,  voy.  Orléans. 

Charles  IH,  duc  de  Savoie,  91  n.,  143  n., 
145  n.,  199  n.,  222  n.,  466  n.,  467  n., 
469  n. 

Charles-Quint  (L'empereur),  40,  41  n.,  57 
n.,  74  et  n.,  77,  130  n.,  152  n.,  154  n., 
160  et  n.,  168  n.,  189  et  n.,  242  et  n., 
251  n.,  257  n.,  261  n.,  262  n.,  263,  264, 
265,  266,  267,  268,  306  n.,  322,  342, 
.350,  351,  371,  378  n.,  404,  420,  440  et 
11.,  442,  444,  445,  459  et  n.,  467  n., 
469  n.,  472,  476,  496  n.,  497  n.,  498  n., 
508. 

Chastel  (L'évêque  PieiTe  du),  4  n.,  303  n., 
380  n. 

Chastellain,  martyr  (Jean),  398  et  n.,  399 
n.,  477  n.,  478  n. 

Cliàteillon  (Sébastien),  78  et  n.,  104  et  n., 
105  et  n.,  124, 125  etn.,  137,  227,  504. 

Châteillon  (La  sœur  de  Séb.),  104  n. 

Châteillon  (Les  beaux-frères  de  Séb.),  104 
et  11.,  1(J5,  504. 


Chaultemps  (Jean),  353  n.,  503. 

Cheminus,  voy.  Chemin. 

Chemin  (Nicolas  du),  228  n.,  229  n. 

Cheseaux  (Le  capitaine  Wilhelm),  484  n, 

Cliesne  (Léger  du),  11  n. 

Cliiré  (Le  curé  de),  470  n. 

Chœneis  (Messii-e),  307  n. 

Chollet  (Dom  Guillaume),  47  n. 

Claude   ou   Glande   (Jacques),  358,  360, 

364,  366,  367. 
Claude  «-»«,  190  n. 
Claude  *■*■*,  principal  à  Tlionon,  419. 
Clément  de  Gorze,  478  et  n. 
Clerc  (Claude),  413  et  n. 
Clerc  (Jean  le),  479  n. 
Clerc  (Le  docteiu-  Nicolas  le),  60  n. 
Clérembault  (Ai'noul),  207. 
Clêves  (Guillaume,  duc  de),  74  et  n.,  130, 

168,  169  n.,  443  et  n.,  459  et  n.,  461. 
Cognât  (L'abbé  Jean),  51  et  n. 
Cognatus  (Gilbertus),  voy.  Cousin. 
Coligny  (Gaspard  de),  184  n. 
Colinseus  (Simon),  vov.  Colines. 
Colines,  imprimeur  (Simon  de),  223  n. 
Collier  (L'ex-prévôt  Claude),  385  n.,  386  n. 
Cologne   (L'archevêque    de),    voy.    Wied 

(Herniann  de). 
Cologne  (La  Faculté  de  théologie  de),  407. 
Cologne  (Les  magistrats  de),  458  n. 
Colombier  (M""  de),  voy.  Watteville  (J.-J. 

de). 
Comes  (Beatus),  voy.  Comte. 
Comte  (Béat),  N»»  1195,  1208,  1225  bis. 

-  31,  39  et  n.,  41,  69,  132  n.,  164  u.,  194 

n.,  216  et  n.,  239,  240  et  n.,  247  et  n., 

248,  249,  288,  289  et  n.,  336  et  n.,  337 

n.,  338,  385  et  n.,  397  et  n. 
Concenus  ou  Conzenus,  voy.  Kuutz. 
Constantin,  martyr,  107  n. 
Contarenus,  voy.  Contarini. 
Contarini  (Le  cardinal),  242  n. 
Conti  (Il  maggior  fratello  di),  193  n. 
Coq  (Jacques  le),  28,  33  et  n.,  116  et  n., 

196, 197  n.,  199  et  n.,  215  et  n.,  216  n., 

220,  253  n.,  309  n. 
Coq  (Ruprecht  du),  335. 
Corauld  (Élie),  55  n.,  105  n. 
Cordier  (Mathurin),  40  et  n.,  78  et  n.,  167, 

412,  415. 
Cornaux   (Le  gouverneur  de  l'église  de), 

368. 
Cornaux  (Les  paroissiens  de),  357, 359-368. 
Cornaz  ou  Corne  (Le  syndic  Amblard),  83 

et  n.,  87  n. 
Corneille  (Érasme),  336  n. 


INDEX    ALPHAIIK 

Cornier  (Éi-asme),  336  n. 

Cornior  (Jean),  336  ii. 

CortaiUod  (Les  habitants  do),  l'J'J. 

Cortesius  (Jo.),  voy.  Courtois. 

Cossé-Biissac  (L'évêquo  Pliilippe  de),  67 
et  n. 

Cossoiiiensis(Petrus),voy.Masuyor(Pierre). 

Coullon  (Jean  Le),  497  n. 

Com-tois  (Jean).  201  et  n.,  3U1  et  n.,  309 
n.,  376  n.,  379  et  n.,  381  et  n.,  383  n., 
388  n-,  392  n.,  -113  et  n. 

Cousin  (Gilbert),  180  n.,  3-16  n. 

Coutances  (L'évêque  de),  voy.  Cossé. 

Couxat  (Didier  Le),  153  n. 

Crans  (Les  paysans  de),  -183  n. 

Crespin  (Jean),  4  n.,  61  n.,  181  n.,  228  n., 
229  n.,  347  n.,  503. 

Crassier  (Les  Catholiques  de),  32  n. 

Cressier  (Les  Évangéliques  de),  6  n.,  32  et  n. 

Cressier  (Les  paroissiens  de),  7,  8,  32. 

Crok  (Matthieu  de  la),  206  et  n. 

Cruciatus  (Matthseus),  voy.  Croix. 

Cuiller  (Les  Chevaliers  de  la),  467  n. 

Cuuier  (Thomas),  37  et  n.,  198  n. 

Cuiie  (Jean),  332  et  n. 

CuKiONE  (Celio  Secondo),  X^»  1155, 1177, 
1181.  —  94  et  n.,  118  et  n.,  120  n., 
133  et  n.,  134  et  n.,  135  et  n.,  144  n., 
161  et  n,  162  et  n.,  178  et  n.,  179  et 
11.,  181  n.,  184,  185  et  n.,  191,  192  n., 
193  et  n.,  216  n.,  218  et  n.,  354  et  n., 
357. 

Cui-ione  (La  famille  de  C.  S.),  94  n.,  119 
n.,  161  n.,  162  n.,  179  n.,  185  n.,  191, 
192  et  n.,  193  et  n.,  194  n.,  218  et  n. 

Ciu'tet( Jean- Ami),  503. 


D 


Dadaz  (Estienne),  87  n. 

Daniel  *«-»,  37,  202,  255,  503. 

Dardier  (Jean),  386  n. 

Datzemal  (Le  colonel),  498. 

Dauphin  (Le),  108  n. 

Debosque  (Jean),  voy.  Bosc. 

Dentiêre  (Maiie)^  voy.  Entière  (Marie  d'). 

Delpliin  (Benoit),  504. 

Dijon  (Les  habitants  de),  68. 

Dobt  (Michel),  58  et  n.,  200  et  n.,  301 
et  n.,  302,  355  et  n.,  357,  376,  377  n., 
379,  388  n.,  392  n.,  413  et  n.,  414  et  n. 

Dole  (Le  parlement  de),  340,  386  n. 

Dolet,  imprimeur  (Estienne),  292  et  n. 
303  et  n. 

DoUée  ou  Dolleci  (Thiébault),  153  n. 


TlylK   DES   .NOMS.  531 

Domange  dit  le  Tienne,  153  n. 
Domévre  (Les  moines  de),  328  et  n. 
Dommartin,  évêque  de  Verdun  (Vary  de), 

399  n. 
Doi-lîi  (André),  130  n. 
Dryandei-  (Jacobus),  61  n.,  503. 
Dubitatus  (Miehaël),  voy.  Dobt. 
Dubois  (Valentin  ou  Waltrin),  voy.  Bois. 
Duby  ((."onrad),  43  n.,  47  et  n.,  48  n.,  49  n., 

503. 


E 


Ecclesla  ou   Hcclesiasticns  (Philippus  de), 

voy.  Église  (Philippe  de  1'). 
Échallens  (Le  bailli  d'),  voy.  Duby. 
Effiiiger(Christoffel),  74  n. 
Église  (Philippe  de  1"),  79  et  n.,  83  n.,  84, 

449. 
Églises  réformées  de  la  Suisse  (Les  députés 

des),  97  n. 
Empereur  (L'),  voy.  Charles-Quint. 
Empire  (Les  Ordres  do  1'),  257. 
Endsberg  (Je),  284  et  n. 
Engelmann  (Jean),  408  n.,  463  et  n.,  465. 
Entière  (Mario  d'),  106  n. 
Épagnier  (Los  habitants  d'),  364. 
Érasme  de  Rotterdam,  226,  246  n.,  345  n., 

346  n.,  380  n.,  482. 
Erb  (Matthias),  190  et  n.,  191  et  n.,  237, 

238,  291,  293  et  n.,  462  et  n.,  464, 465, 

471. 
Erlach  (L'avoyer  d'),  350. 
Esch  (Le  petit  fils  de  Nicole  d'),  482  et  n. 
Esch  (Nicole  ou  Nicolas  d'),  480  et  n.,  481, 

482. 
Esch  (Philippe  d'),  480  et  n.,  482  et  n. 
Esch  (Regnault  d'),  482  et  n. 
Espagne  (Les  Évangéhques  de  1'),  267. 
Estang  (Les  religieuses  de  Notre-Dame  de 

1'),  323  n.,  498  et  n. 
Estauge,  imprimeur  (Jacques),  203  n. 
Estienne,  imprimeur  (Robert),  4  et  n.,  184 

n.,  291  n. 
Espeville  (M""  d'),  voy.  Calvin  (Jean). 


Faber  Stapulensis  (Jacobus),  voy.  Fèvre 

(Jacques  le). 
Fabui  (Christophe),  N'*   1124,    1248.  — 

35  et  n.,  36  n.,  37  n.,  38,  71  et  n.,  103 

n.,  197,  198,  199,  201  et  n.,  202,   2.50, 

254  n.,  255,  418,  419,  503. 
Fabri  (Hugonette),  36  n.,  254,  255,  256  u. 


532 


Fabri'  (Les  parents  d'Hugonette),  254. 

Fabri  (Le  clianoine  Piçrre),  483  ii. 

Fabricius  (Érasme),  191  ii. 

Fagiiis  (Paul),  158  et  n. 

Fagiiet,  martyr  (Pierre),  107  n. 

Farel  (Catlierino),  416  n. 

Farel  (Claude),  37  et  n.,  124  et  n.,  156, 
201  et  n.,  250,  252  et  n.,  255,  256  n., 
260  n.,  294  n.,  322  n.,  331  n. 

Farel  (Daniel),  37  n. 

Farel  (Françoise),  voy.  Beauvais  (Fran- 
çoise de). 

Farel  (Gauchier),  37  et  n.,  260  et  n.,  293, 
294  et  n.,  330,  331  n.,  357  et  n.,  397  et 
n.,  412,  416. 

Farel  (Les  frères  de  Guillaume),  5etn.,  81, 
416  et  n. 

Farel  (Les  adversaires  de  Guillaume),  269, 
270,  271,  272,  273,  274. 

Farel  (Guillaume),  Nos  mo,  1168, 1169, 
1203,  1222,  1233,  1238,  1239,  1240, 
1250,  1252,  179^  —  3,  5  et  n.,  6  et  n., 
9,  12  et  n.,  16  n.,  20  n.,  28,  30  n.,  33 
et  n.,  35,  37  n.,  38,  40  et  n.,  41,  54,  55 
n.,  57,  58  et  n.,  71,  78,  86,  87,  105  n., 
106  et  n.,  115  et  n.,  116,  124  et  n.,  125 
et  n.,  126  n.,  127  n.,  128, 129  et  n.,  137, 
148  et  n.,  149, 150,  151  n.,  152  n.,  154 
et  n.,  156  et  n.,  157, 159  et  n.,  160  et  n., 
161  n.,  171  et  n.,  194  et  n.,  195,  196 
et  n.,  197  n.,  199  n.,  200  et  n.,  201  et  n., 
215  et  n.,  216  et  n.,  218,  220,  221et  n., 
227  n.,  235  n.,  250  et  n.,  251  n.,  252 
et  n.,  253,  259  et  n.,  260  et  n.,  268 
et  n.,  274  u.,  280,  284,  290,  293,  295, 
296  n.,  297  et  n.,  299,  300,  301  n., 
302  n.,  303  n.,  304  et  n.,  306,  307  et  n., 
309  et  n.,  310  et  n.,  313  n.,  315,  317, 
318,  320  et  n.,  321  n.,  322  n.,  323  n., 
324  n.,  325  n.,  326  et  n.,  328  n.,  329  n., 
330,  331  n.,  333  et  n.,  334  et  u.,  345 
et  n.,  346  n.,  347  n.,  348  n.,  349  et  n  , 
351  n.,  352,  353  n.,  357,  365  n.,  369, 
371  n.,  375,  378  n.,  379  n.,  386,  387  n., 
388  et  n.,  391  et  n.,  392  et  n.,  394  n., 
397  n.,  898  et  n.,  399  n.,  400  n.,  404  n., 
405,  406  et  n.,  407  et  n.,  410  et  n.,  411 
n.,  412  et  n.,  413  et  n.,  416  et  n.,  417 
et  n.,  418,  419  et  n.,  420,  421,  422  n., 
432  n.,  434  et  n.,  435  et  n.,  436.  437 
et  n.,  441,  442,  444,  445,  448  et  n., 
449,  450  et  n.,  452,  454,  455,  456  n., 
457,  458,  461,  463  n.,  474,  475,  476 
etn.,  479  et  n.,  480,  481  et  n.,  484  n., 
485  n.,  487,  497  n.,  499  et  n.,  507,  508. 


INDEX   ALPHABETIQUE   DES   NOMS. 

FATHOJf  (Jean),  Nos  1183,   1199.  —  36 


et  n.,  160  n.,  197  et  n.,  200  n.,  201  n., 

202,  220  n.,  250,  252  u.,  255,  322  n. 
Faurin  (Jean),  377  n. 
Faye  (Estienne),  292  n. 
Fer  ou  le  Fert  (Anne  le),  163  n.,  217  n. 
Fer  ou  le  Fert  (Nicolas),  138  et  n.,  163  n., 

217  et  n.,  377  et  n. 
Ferdinand,  roi  des  Romains,  40  et  n.,  75, 

77  et  n.,  131  n.,  143  n.,  241  et  n. 
Ferdinand  (Les  députés  de),  75. 
Ferdinand  (Les  alliés  de),  76. 
Ferrare  (Hercule  d'Esté,  duc  de),  178  n., 

193  n. 
Ferrare  (La  duchesse  de),  voy.  Renée  de 

î^rance. 
Fèvre  d'Étaples  (Jacques  le),  206  n.,  275 

et  n.,  481. 
Fidelis  (Le  cordelier),  252  n.,  313  n. 
Fischer  (Le  conseiller  Crispin),  49  n. 
Florence  (Les  habitants  de),  144  n. 
Fontaine  (Estienne  de  la),  207  et  n. 
Fontaine  (Antoine  de  la),  207  n. 
Fontenil  (Le  sieur  de),  voy.  Ruel  (Laurent 

du). 
Forest  (L'ambassadeur  Jean  de  la),  331  u. 
Foret  (Pierre),  N"  1120.  —  28  et  n.,  29 

et  n.,  34  et  n.,  57  et  n.,  58,  485  n.,  486 

n.,  487  n. 
Fortunat,  voy.  Andronicus. 
Franc  (Claude),  87  n.,  132  et  u.,  163  n. 
Franc  (Domaine),  87  n. 
Français  àWittemberg  (Étudiants),  158. 
France  (Les  Évangéliques  de),  107  n.,  108 

et  n.,  232  et  n.,  267,  292,  488,  489. 
France  (Les  rois  de),  333. 
Francfort  (Les  magistrats  de),  149  et  n., 

150  n.,  330. 
Francfort  et  de  Strasbourg  (Les  députés 

de),  149  et  n.,  150  et  n.,  305,  403,  404, 

405,  498. 
Franck  (Le  capitaine  Henri),  252  n.,  330 

et  n. 
François  I,  roi  de  France,  4  et  n.,  11  u., 

35  et  n.,   39  et  n.,  41,  57  et  n.,  59,  60 

et  n.,  64,  65  n.,  74  et  n.,  76,  91  n.,  106 

n.,  107  et  n.,  108  et  u.,  130  et  n.,  145 

n.,  165  n.,  218  n.,  223,  242,  243,  257, 

266,  275,  292,  298  n.,  303  et  n.,  306  n., 

307  n.,  311  n.,  323  n.,  325,  331  n.,  332 

et  n.,   333  n.,   350,   351,   352  n.,  371, 

373,  385,  386  n.,  400,  402  n.,  405  u.. 

459  etn.,  461,  495,  496  et  n.,  497  et  n., 

499  et  n.,  504. 
François  ««»,  38. 


INDEX    ALI'II.VFIETIQLE   DES    NOMS. 


rjsii 


Frt'nnoville  (Robert  de),  205. 

Fiibonrg  (Le  Conseil  de),  42  et  n.,  -13  ii., 
•14,  45,  47  n.,  48  et  n.,  49  n.,  71  n.,  132 
n.,  355,  385  n.,  467  n.,  4G9  u.,  482, 
483  et  n.,  484  n. 

Fiibonrg  (Les  députés  de),  49  n.,  71  et  n., 
483  n. 

Friess  (Jean),  506. 

Froment  (Antoine),  106  et  n.,  107,  108, 
297  n. 

Fro!«chover,  imprimeur  (Christophe),  506. 

Froment  (La  femme  d'Antoine),  voy.  Kn- 
tiére  (Marie  d'). 

FuiiÉE  (Antoine),  >«  1191,  1226.  —  228 
et  n.,  229  n.,  233  n.,  338,  339  n.,  34(J. 

Fumée,  sieur  des  Roches  (Adam),  228  n. 

Fumée  (Hardouin),  228  n. 

Fumée  (Paul),  228  n. 

FuKSTEilBERG  (Le  coiiite  Guillaume  de), 
Nos  1165,  1216,  1217.  —  74  et  n.,  92 
n.,  150  n.,  151,  152  n.,  153  n.,  160, 
227  n.,  228  n.,  253  et  n.,  304,  305  n., 
306  n.,  307  n.,  308  n.,  309  et  n.,  310 
et  n.,  311  et  n.,  315  et  n.,  323,  324, 
.326,  328  n.,  329  n.,  330  et  n.,  335  n., 
352  n.,  377  n.,  378  et  n.,  -103, 405,  407, 
411,  436,  494,  495,  496  et  n.,  497  etn., 
498  et  n.,  499,  500,  501  n.,  506,  507. 

Furstemberg  (L'ambassadeur  du  comte 
Guill.  de),  309  et  n.,  310  n.,  353  n. 

Furstemberg  (Les  soldats  de),  voy.  (îorze 
(La  garnison  allemande  de). 


Ci 


Gaienses  (fratres),  voy.  Ciex  (Les  ministres 

de  la  Classe  de). 
Gallasius  (Nicolaus),  225  n.,  508. 
Gallus  (Jacobus),  voy.  Coq  (Jacques  le). 
Gamajit  (Gaspard),  148  n.,  152  n.,  153  n., 

154  n.,  316. 
Gascogne  (Les  nobles  de  la),  303. 
Gast  (Nicolas  du),  11  n. 
Gatis  (Vincent),  249. 
Gaudellaire  (Jean),  375  et  n. 
Gaudinajus  (Alexis),  10  n.,  11. 
Gazeau,  imprimeur  (Guillaume),  93  n. 
Gelida  (Jean),  331  n. 
Gênes  (Les  habitants  de),  144  n. 
Geneston  (Matthieu  de),  69  et  n.,  79  et  n., 

83  et  n.,  86,  218,  220,  298  n.,  447  n., 

449  et  n. 
Genève  (Les  chanoines  ou  le  Chapitre  de), 

423  et  n.,  484  n. 
(ienève  (Le  clergé  catholi(|ue  de),  469  n. 


lieiiève  (Le  Collège  de),  105  et  n. 

Genève  (Le  Conseil  ou  les  Magistmts  de), 
N"»  1224,  1247,  1257.  —  68  m.,  79  n., 
^0  n.,  83  etn.,  84  n.,  104  n.,  106  n., 
109  et  n.,  143  n.,  145  etn.,  147,  l()3n., 
165  et  n.,  222,  333  et  n.,  334  et  n.,  353 
n.,  354  et  n.,  355  n.,  .386,  387  n.,  388, 
407  n.,  416,  418  et  n.,  434,  436,  438  n., 
441,  444,  447  et  n.,  448  et  n.,  449  n., 
450,  457,  460,  469  n.,  472,  473  et  n., 
474,  475,  482  n.,  483  n.,  484  n.,  503. 

Genève  (I^a  congrégation  de),  27  et  n. 

Genève  (La  congrégation  génériile  de), 
21  n.,  24  n.,  446. 

Genève  (Le  Conseil  général  de),  68  n.,  69 
n.,  145. 

Genève  (Le  Conseil  des  Soixante  de),  145 
et  n. 

Genève  (Le  Conseil  des  ])..ny.(',.„t,  d.'V 
109,  145  et  n.,  146  n. 

Genève  (Le  Consistoire  de),  104  n.,  142  et 
n.,  446. 

Genève  (Les  députés  de),  38  n.,  89,  117, 
355  n.,  460,  462. 

Genève  (Les  écoles  de),  187. 

Genève  (L'Église  de),  39,  55,  117,  124, 
156,  215,  287,  354,  390  n.,  443,  445, 
446,  447,  450. 

Genève  (L'église  italienne  de),  187  n. 

Genève  (Les  Pasteurs  de),  N"  12.56.  — 
12,  55,  68  n.,  69  n.,  83  n.,  84  n.,  89, 
287,  387  et  n.,  444,  445,  446,  4-17  n., 
•148,  449  et  n. 

Genève  (Le  peuple  de),  53,  72,  124,  137. 
401  n.,  444,  466,  469  et  n. 

Genève  (Les  Réfugiés  à),  14,  213,  218. 

Genève  (Le  trésorier  de),  69  n. 

Genève  (Les  Syndics  de),  56. 

Georgius  ■»*■»,  94  n.,  120. 

Gérard  ou  Girard,  imprimeur  (Jehan),  122 
n.,  124,  1-1.5  et  n.,  268  n.,  277  n.,  345  n., 
347  n.,  .349  n.,  365  n.,  4.50,  508,  509  n. 

Gering  ou  Gennig  (Béat),  73  n.,  75,  95, 
96  n.,  99  n.,  117  n.,  131,  159,  244  n., 
245,  285. 

Gen%Tis  (Le  docteur  Henri),  60  n. 

Gesner  (Conrad),  114,  158  n.,  221  n.,  224 
n.,  226  n. 

Gex  (Le  doyen  de),  voy.  Camerie. 

Gex  (Les  ministres  de  la  Cla.<se  de),  1 3.5  n., 
1.36  et  n.,  256  et  n.,  298  n.,  376  n. 

Gindron  (L'ex-chanoine  Franvois),  70  et  n. 

Gingins  (Axné  de),  466  n. 

Girardin  (Jérôme),  3-KJ  n. 

Gii-ardin  (Claude),  3-10. 


534 


INDEX   ALPHABETIQUE   DES   NOMS. 


Gii-on  (Le  chancelier  Pierre),  18  u.,  19  n., 

114  n.,  285  u. 
Glareanus  (Heiuicus),  112  n. 
Gois,  imprimeur  (Antoine  des),  70  n. 
Gondellaire  (Jean),  voy.  Gaudellaire. 
Gorze  (Les  bourgeois  de),    306  n.,    307, 

324,  325,  335  et  n.,  398  et  n.,  507. 
Gorze  (Les  femmes  de),  252  n. 
Gorze  (La  garnison  allemande  de),  308, 

310  et  n.,  315,  323  n.,  325,  326,  327, 

328  n.,  329  et  n.,  497  et  n.,  498  n. 
Gorze  (La  garnison  française  de),  335  n., 

400  n. 
Gorze  (Les   moines   de),  325,    326,   398 

et  n.,  400  n. 
Goslar  (Les  habitants  de),  75. 
Gouniay  (Le  maître-échevin  de),  335  n. 
Gom-nay  (François  de),  480  n. 
Gournay  (Michel  de),  508. 
Gournay  (Nicolas  de),  335. 
Gournay  (Thiébaud  de),  335  n. 
Graffenried  (Le  banneret  Jean-Rod.  de),  8, 

185  et  n. 
Grameliiius    (Matthaeus),    voy.    Malingre 

(Thomas). 
Granvella,  Granvellanus,  voy.  Granvelle. 
Granvelle,    chancelier    impérial    (Nicolas 

de),  242,  258  et  n.,  470  n.,  497  n. 
Granvelle,  évêque  d'AiTas  (Antoine  de), 

258  n. 
Gratarolus  (Guillelmus),  192  n. 
Grâter  (Gaspard),  463  n. 
Grégoire,  153  n. 
Grenoble    (Les  Évangéliques  prisonniers 

à),  488. 
Gressy  (Le  curé  de),  484  n. 
Grisons  (Les  mercenaires  du  canton  des), 

242,  243. 
Grivat  (Claude),  47  n. 
Grue  (Jo.  à),  voy.  Grus  (J.  le). 
Gras  (Jean  le),  i76,  177  n.,  238,  239  n. 
Grynseus  (Simon),  97  n.,  187  et  n. 
Grj-nœus  (Thomas),  86  n.,  131,  159,  285. 
Gualther  (Rodolphe),    112,  114,   162  n., 

194  n.,  239  et  n.,  240  et  u.,  288,  289 

et  n.,  506. 
Gualtherus  (Cornélius),  59  n.,  63  n. 
Guast  (Le   marquis   Alphonse   du),    130 

et  n.,  242  et  n. 
Gueldre  (Le  duc  de),  voy .  Cléves  (Guill.  de). 
Gueldi'e  (La  duchesse  Philippe  de),  306  n., 

323  n.,  495  n.,  500  et  n.,  507. 
Guillaume  (Le  comte),  voy.  Furstemberg. 
Guillaume  le  maignier,  153  n. 
Guillet  (Jean),  222  n.,  482  n.,  483  n. 


Guillet  (Michel),  222  et  n.,  482  et  n.,  483 
n.,  505. 

Guinther  ou  Gunther  d'Andernach  (Le 
médecin  Jean),  317  et  n. 

Guise  (Claude  de  Lorraine,  duc  de),  306 
etn.,  307  etn.,  308,310,  311  n.,  316  n., 
317  n.,  323  et  n.,  325,  328,  329  n.,  333 
n.,  351,  478  n.,  494  et  n.,  495  n.,  496  n., 
499  n.,  507. 

Guise  (Les  soldats  du  duc  de),  307,  308 
et  n.,  310  et  n.,  312,  316  et  n.,  323  et 
n.,  324,  325,  326,  327,  328,  329  et  n., 
352  n.,  399,  400  n.,  499,  507. 

Gui-in  (Pierre),  86  et  n.,  87  et  n.,  117,  403 
et  n. 

Guyenne(Le  parlement  de),  voy.  Bordeaux. 

Guyot  (Le  vicaire  Claude),  42  et  n.,  43, 
44,  45,  46,  47  et  n.,  48  et  n.,  71  n.,  503. 

Gyraldus  (Lilius  Gregorius),  165  n. 


H 


Habère  (Les  habitants  d'),  35  et  n. 

Hainaut  (Jean  de),  108  n. 

Hannonius,  5. 

lîannonville   (François  de),  399  n.,    477 

et  n.,  479. 
Hédion  (Gaspard),  77,  157,  299,  397  et  n. 
Heideck  (Le  baron  de),  496. 
Hénard,  198. 
Henri  VIII,  roi  d'Angleterre,  267,  459  et 

n.,  461. 
Hermance(La  paroisse  d'),  91  n. 
Hesse  (Philippe,  landgrave  de),  74,  75  et 

n.,  76,  77, 149  et  n.,  150  n.,  251  n.,  257 

n.,  305,  312  n.,  330,  403,  498,  507. 
Heu  (Gaspard  de),   N»  1220.  —  34   n., 

126  n.,  127  et  n.,   148  et  n.,   150  et  n., 

151  et  n.,  154  et  n.,  155,  251  et  n.,  315 

et  n.,  316  et  n.,  321  et  n.,  323  n.,  378 

et  n.,  405  n.,  458  et  n.,  502. 
Heu  (Robert  de),  127,  150  etn.,  151. 
Hieronimus  Lucensis  (Magister),  345  n. 
Hochberg   (Jeanne,    marquise    de),    voy. 

Neuchfttel  (La  comtesse  de). 
Holard  (Jean),  88  et  n.,  109  n. 
Hongrois  (Les  généraux),  241  et  n. 
Hortiu  (Vincent),  487  et  n. 
Hory  (Le  maître-bourgeois  Guillaume),  360 

et  n.,  415  et  n. 
Hosen  (Philippe),  309  n.,  310  n.,  330  n. 
Houi-y,  voy.  Hory. 
Hubert  (Coiu'ad),  330  et  n. 
Hugues  (liezanson),  483  n. 
Hussonet(Jean),  153  n. 


INDKX    AMMIAHET 


Imbert,  voy.  Paccolet. 

Impériaux  (Les),  39,  76,  241  et  n.,  322, 

378  II.,  -1:00  II.,  -143  n.,  459  ii. 
Isacia  (Magarotha  Blaiica),  162  n. 
Italie  (Les  Évangéliques  do  1"),  266,  267. 
Italie  (Les  Réfugiés  venus  d'),  213,  285, 

291. 


Jacobus,  voy.  Coq  (Jacques  le). 

Jacomiu  ou  Jacquomiu,  153  n. 

Jacotté  ou  Jacottet  (Antoine),   364,  366, 

367. 
Jean-Frédéric,  Électeur,  voy.  Saxe. 
Joachim  II,  Électeurde  Brandebourg, 41  n., 

241  n. 
Johaiinie  (l'iançois  La),  107  n. 
Jonvilliers  (Charles  de),   143  n.,   1G3  n., 

297  n.,  441  n. 
Joyau,  martyr  (Jean),  107  n. 
Jude  (Léon),  73  et  n.,  93  et  n.,  97  n.,  186 

et  n.,  187  et  n.,  333  n. 
Juliers  (Le  duc  de),  voy.  Clèves  (Guill.  duc 

de). 
Ju.ssiacus  (Nicolaus),  voy.  Wandart. 

K 

Koch  (Ulrich),  8  et  n. 

KsoBELSDOUF  (Eustache  de),  N"  1132.  — 
59  et  n.,  63  et  n. 

Knobloch,  imprimeur  (Jehan),  346  n.,494  n. 

KuxTZ  (Pierre),  X»  1212.  —  73  n.,  75, 
95  et  n.,  96  et  n.,  97  n.,  98  n.,  99  n., 
100  n.,  102  n.,  lU  n.,  117  n.,  121  n., 
122,  123,  131,  132Ln.,  134, 139  n.,  159, 
210  n.,  211  et  n.,  235,  236  et  n.,  244 
et  n.,  245  et  u.,  249,  256  n.,  285,  295, 
296  n.,  297  et  n.,  337  et  n. 


Lacisio  (Paolo),  169  n. 

Lande  (Matthieu  de  la),  490  n. 

Landeron  (Le  Conseil  du),  7. 

Landeron  (Les  paroissiens  du),   7,  8,   l.> 

et  n.,  17,  18,  32  et  u.,  .502. 
Landgravius  ou  Lantgnivius,  voy.  Hesse 

(Philippe  de). 
Landoz  (Le  commissaire  Jean),    217    n., 

280  n. 


lyLK    DKS    NO.MS.  535 

Landry  (Le  curé  KniiK/ois),  339  n. 
Lange  (Jean),  345  u. 

Lausanne  (L'abbaye  di'>  Knfaiils  de),  ,504. 
Lausanne  (Le  bailli  di'),  64  n.,  61»  n.,  \l\>, 
120  n.,  134, 137  n.,  193  n.,  282  n.,  284  n. 
Lausanne  (Les  bourgeois  de),  483  n. 
Lausanne  (Les  chanoines  ou  le  Ciiapitiv 
de),  69  «.,  239  n.,  482  et  n.,  48:^  i... 
484  et  n.,  .504,  505. 
Lausanne  (La  Class.- d.'),  N"  1174.   — 
88  11.,  111  n.,    132   n.,    136   n.,    142  u.. 
147  n.,  166  II.,  167  n.,  171,  174  n.,  2(i'.' 
n.,  210  n.,  211,  216  et  n.,  238  et  n.,  243 
et  n.,  244  et  n.,  247,  249,  280  n.,  281  n., 
283,  284,  355  et  n.,  356. 
Lausanne  (Le  l'ollége  ou  l'École  de),  71 

et  n.,  94  ii.,  120  n.,  133  et  n.,  354. 
Lausanne  (Le  Conseil  d«'),  30  et  n.,  3» 
et  n.,  39,  53  11.,  69  et  n.,  88  n.,  132  n.. 
164  n.,  168  n.,  196,  197  n.,  384,  .ÔUL 
Lausanne  (Le  Consistoire  di'),  132  n.,  24S 

et  n.,  384  et  n. 
Lausanne  (Le  diacre  de),  196,  ,385  et  n. 
Lausanne    (Les   XII   écoliers  de   MM.   d  • 

Berne  à),  134  n.,  191  er  n.,  354  n. 
Lausanne  (L'Eglise  de),  30, 68,  70  n.,  390  n. 
Lausanne  (Sébastien  de  Montfaiicon,  évèqiie 

de),  483  n.,  484  n.,  504. 
Lausanne  (Les  ministres  de  la  Classe  de), 
64  n.,  69,  119  et  n.,  135  n.,  253  et  n., 
258  n.,  259  n.,  281  et  n.,  284  n. 
Lecomte  ou  Le  Comte  de  la  Croix  (Jean), 

206  et  n. 
Leipsic  (L'église  de),  158  n. 
Libertetus    ou    Libertinus,     voy.    Fabri 

(Christophe). 
Libertins  (La  secte  des),  229  n.,  231   n.. 

339  n. 
Libres.p,.nseurs  (Les),  229  -•tu.,  230,  231, 

232,  233,  339  n. 
Lichtenfels  (Le  prévôt  Cornélius  de),  85  n. 
Lignières  (Les  Évangéliques  d.-),  4.52,  453 

et  n. 
Limbourg  (L'évêque  Érasme  de),  157  i-t  n., 

168. 
Lionart  (Le  comte  de),  228  n. 
Longueville  (La  duchesse  J.-anne  de),  voy. 

Neuchftt.'l  (lia  comtesse  de). 
Loriol  (Famille  de),  90  n. 
Lormine  (Les  Évangéliques  d<'  la),  74  n. 
LOKRAINE  (Antoine,  duc  de),  N"  122<J  bi-. 
—  34  et  n.,  181,  182  n.,  268,  269  etii.. 
306  n.,  308,  329  n.,  351,  352  n.,  378  et 
n.,  494,  495  n.,  4'.»6  n..  497  n..  4'.t,S  i... 
499  n.,  .501  n.,  506,  507. 


536 


INDEX   ALPHABETIQUE   DES   NOMS. 


Lorraine  (Claude  de),  voy.  Guise. 
Lorraine  (François  de),  voy.  Aumale  (d'). 
Lorraine  (François,  duc  de),  279  n.,  506. 
Lorraine  (Le  cardinal  Jean  de),  300  n.,  323 

n.,  329  n.,  399  n.,  480  n.,  498  n.,  506. 
Lorraine  (Nicolas,  duc  de),  498  n.,  506. 
Lorraine  (Les  princes  et  les  princesses  de 

la  maison  de),  253,  269,  279  et  n.,  500  n. 
Lorraine  (René  H,  duc  de),  269  n.,  494, 

500. 
Louis  XII,  roi  de  France,  161  n.,  269  n. 
Louis,  roi  de  Hongrie,  74  n. 
Louvain  (Jeanne  de),  34  n.,  502. 
Louvain  (Le  Collège  de),  380  et  n. 
Louvain  (Les  magistrats  de),  380. 
Louvain  (Les  théologiens  de),  350,  380. 
Louys  (Le  châtelain  Jacques),  360,  366. 
Lôwensprung  (Le  bailli  Lus),   192  et  n., 

193  n. 
Lucensis  (Magister  Hieronimus),  voy.  Hie- 

ronimus. 
Lucques  (Les  Augustins  de),  169  n.,  170. 
Lacques  (L'église  réformée  de),  169  ii. 
Lucques  (Les  magistrats  de),  118  n. 
Lugrin  (Les  habitants  de),  35  et  n. 
Lunardus  (Philenus),  346  n. 
Lustry,  ex-prévôt  de  Lausanne  (François 

de),  69  n. 
Luthard  (Jean),  73  et  n. 
Luther  (Martin),  61  n.,  63,   96  n.,  97  n., 

118  n.,  149  n.,  151  n.,  158  et  n.,  169  n., 

188,  189  n.,  213  n.,  221  n.,  251  n.,  260, 

268,  288  et  n.,  303,  304  n.,  305  n.,  464, 

465,  478  n.,  481,  507. 
Luthériens  (Les),  95  n.,   107  n.,  108  n., 

316,  323  n.,  330  n. 
Lyon  (L'archevêque  de),  292  n. 
Lyon  (Le  carme  de),  12,  13,  14,  20  et  n., 

"  21-27. 
Lyon  (L'église  évangélique  de),  13,  24. 
Lyon  (Les  Évangéliques  de),  19. 


n 


Maci-inus,  voy.  Maigret. 

Maigi-et  le  Magnifique  (Laurent),  145  et  n., 

180  n.,  205  et  n.,  403. 
Maior  (Je),  voy.  Meyer  (Jean-Hem-i). 
Malingre  (Jean),  202  n. 
Malingre  (Thomas),  No  ii84.  —  50  n., 

71  et  n.,  132  n.,  202  et  n.,  203  n.,  207 

n.,  208,  209,  219  n.,  503. 
ManjîAllaz  (Le  curé  François  de),    N" 

1266.  —  466  et  n.,  467  n.,  469  et  n. 
Mandallaz  (Louis  de),  467  n. 


Maudalus,  462  n. 

Manderscheid  (Le  comte  Théodoric  de), 
149  n. 

Mandola,  voy.  Mandallaz. 

Mantova  (Benedetto  de),  261  n. 

Manuce  (Aide),  112  n. 

Manuel  (Le  poète  Nicolas),  36  n. 

Marcoui-t  (Antoine  de),  205,  238  n.,  258  n., 
259  n.,  281  n.,  294  n.,  297  et  n.,  355 
et  n.,  .356,  376  n.,  384  u. 

Mare  (Henri  de  la),  3  n.,  30  n.,  83  et  n., 
105  et  n.,  207  et  n.,  354  et  n. 

Mareschal,  153  n. 

Marguerite  d'Angoulème,  voy.  Navarre. 

Marguerite  de  Navarre,  voj'.  Navarre. 

Marie,  reine  de  Hongrie,  70  n.,  74  et  n., 
351,  493  n. 

Marlière  (Antoine  de  la),  206  et  n.,  207  n, 

Marot  (Clément),  70  n.,  71  n.,  202,  203  n., 
208,  218  etn.,  219  n.,  400,  402  n.,  403. 

Marot  (La  femme  et  les  enfants  de  Clé- 
ment), 219  n.,  402  n. 

Martin  (Jean-Pien-e),  34  et  n.,  153  u.,  316, 

Martini  (Le  secrétaii'e  Jean),  484  n. 

Martinus  •■■®*,  61. 

Martoret  du  Rivier  (François),  71  et  n., 
110  et  n.,  111,  166  n.,  172  n.,  174  n., 
176,  177  n.,  238,  239  n. 

Martyr  Vermigli  (Pierre),  169  et  n.,  354. 

Masuyer  (Pierre),  91  n.,  124  et  n. 

Mathiat  (Piéresson),  153  n. 

Mathiat  dit  de  St-Aniould  (Pierson),  153  n. 

Matthey  ou  Matthieu  (Claude),  47  et  n., 
48  n.,  49  h. 

Matthieu  »»»,  137,  138,  256. 

Mauclerc,  voy.  Bartaudière. 

Maxllly  (Le  seigneur  de),  voy.  Blonay. 

Maxilly  (Les  habitants  de),  35  et  n. 

May  (Claude),  386  n. 

Mayence  (L'archevêque  de),  voy.  Brande- 
boui'g  (Albert  de). 

Mazègle  (Le  châtelain  André),  367. 

Megander  (Gaspard),  94,  97  n.,  100  n., 
101  n.,  122  n.,  192  n.,  194  n.,  319,  508 
et  n.,  509  n. 

Mélanchthon  (Philippe),  N»»  1228, 1258, 
—  107  n.,  118  n.,  149  n.,  182  n.,  188 
et  n.,  189  n.,  212  et  n.,  213  n.,  260, 
268,  285,  286  et  n.,  287  n.,  288  n.,  299, 
341  et  n.,  342  n.,  343  n.,  344  et  n.,  356 
n.,  397  et  n.,  451  et  n.,  452  et  n.,  507. 

Melfi  (Girolamo  da),  165  n. 

Meramingen  (Les  habitants  de),  257  n. 

Ménard  (Jean),  207  et  n. 

Mercier  (Jean),  84  n. 


INDEX    AI.I'IIAIIKTI 

Méiigny  (C),  500. 
Mérindol  (Les  Vaudois  de),  -1  ii. 
Mei-loz  (le).  482  II.,  -183  u.,  484  n. 
Merveilleux  (Jean),  385  et  n.,   ilO  et  n., 

456. 
Mftz  (Les  bannis  de),  33, 153  n.,  304,  305, 

308  n.,  311,  312  n.,  330,  334  n.,  403, 

404,  507. 

.Metz  (Les  bourgeois  de),  312,  313,314. 

Metz  (Les  Catholiques  de),  34  et  n.,  150, 
152  n.,  183  n.,  317  n.,  320. 

Metz  (Les  chanoines  de),  377,  489. 

Metz  (Le  clergé  de),  152  n.,  253,  305  n., 
313,  315,  321,  322,  329,  330,  372. 

Metz  (Le  Conseil  des  XIIl  ou  le  Sénat 
de),  N"»  1219,  1242.  —  33  n.,  34,  74  n., 
126  n.,  148,  149,  150  et  n.,  151  et  n., 
154,  159  et  n.,  160  n.,  305,  311,  314 
et  n.,  321,  322  et  n.,  323  et  n.,  330, 
834,  335,  347,  348  n.,  372,  377  et  n., 
378,  403,  405,  406,  407,  411,  438,  439, 
440,  442,  444,  iô7,  472  et  n.,  474,  475, 
476,  480,  493  n.,  495,  504,  506. 

Metz  (Le  Conseil  des  VU  de),  127,  128, 
504. 

Metz  (Les  députés  de),  305  n.,  403,  404, 

405,  498. 

Metz  (L'Église  léfoimée  de),  N»  1229  bis. 
—  33  n.,  116  n.,  294,  295,  299  n.,  320, 
329,  330,  346,  375,  391,  395. 

Metz  (Les  Évangéliques  de),  9,  33  n.,  34, 
57  et  n.,  116  et  n.,  126  n.,  127  n.,  148, 
149  n.,  151  u.,  152  et  n.,  168,  171  et 
n.,  182,  183  et  n.,  184,  200  et  n.,  215, 
221  et  n.,  251  et  n.,  253  et  n.,  305,  306 
et  n.,  307,  308,  309,  310,  311,  312,  313 
et  11.,  314  n.,  315,  321  et  n.,  322  et  n., 
323  et  n.,  324,  325,  326,  328  et  n.,  329 
et  u.,  335  n.,  336,  347  n.,  352  et  n., 
372,  377  n.,  378,  404  n.,  4<J5  n.,  415, 
417  n.,  457,  458,  473,  47.5,  476,  493  n., 
494,  495,  498  n.,  499  et  n.,  506,  .507. 

Metz  (Les  députés  des  Évangélii|ues  de), 
126  n.,  251,  252  et  n.,  253. 

Metz  (L'évéque  de),  voy.  Lorraine  (Jean 
de)  et  Lorraine  (Nicolas  de). 

Metz  (Les  habitants  de),  126  n.,  320,  384, 
429,  431,  497  n. 

Metz  (Les  Jacobins  ou  Dominicains  de), 
126  n.,  148. 

Metz  (Le  maître-échevin  dei,  vo\ .  Heu 
(Ga.spard  de)  et  Raigecourt(Pwichard  de). 

Metz  (Jean  de),  voy.  Niodbnicker. 

Metz  (Les  pasteurs  ou  prédicateurs  de),  33 
n.,  305  n.,  309  n.,  312  n.,  315,  323  et  n. 


(JLK    DKS    .\U.MS.  537 

Metz  (Les  réfugiés  de),  330,  334  et  n. 
Meyger  ou  Meyer  (Le  bourgmestre  Adel- 

berg),  38  et  n. 
Meyel-  (Le  baïuieret  Bernard),  38  et  n.,  39, 

53,  330,  331  n. 
Meyer  (Jean-Henri),  147  n.,  284,  285  n. 
Michel,  imprimeur  (Jeliau),  206  n.,  274  n., 

4-17  n.,  448  n. 
Michel,  de  Metz  (Frère),  479. 
Mindeu  (Les  habitants  de),  257  n. 
Ministres  com-eui"s  (Les),  320  u.,  487. 
Mirabilis,  voy.  Merveilleux. 
Moguntinus,  voy.  Bi'andebourg  (Albert  de). 
Moines  réfugiés  dans  la  Suisse  romande, 

226. 
Molans  (La  diinv  d. O.  voy.  liobrac  (Je- 

hanne  de). 
Monchius,  voy.  Monchy. 
Monchy  (Abram  de),  206  n. 
Monchy  (Michel  de),  206  n. 
Monchy  (Gabriel  de  Sénai-pont  ou  de),  20G 

et  n. 
Monder  (Piene),  205. 
Montbéliard  (La  Classe  de),  414,  485,  487. 
Montbéliard  (Les  Conseillers  de),  29-3. 
Montbéliard  (L'Église  de),  301  et  n.,  462 

et  n.,  463,  464,  465. 
Montbéliard  (Le  bailli  ou  le  Gouverneur 

de),  9,  34  et  n.,  57. 
Montbéliard    (Les    Ministres    ou    les  Pa-^- 

tenrs  de),  29,  58. 
Montfalcon  (Jactiues  de),  504. 
Montlnc  (Jean  de),  470  n. 
Montoy  (M.  de),  .")06. 
Morand  (Jean),  205,  356  et  n.,  376  n. 
Morato  (Fulvio  Peregiino),  94  n. 
Morges  (La  Classe  de),  135  u.,'375  et  n. 
Morges  (Jacques  de)  et  Morgiensis  (Jaco- 

bus),  voy.  Coq  (Jacques  le). 
Morone  (Le  cardinal),  242  n. 
Moi-us  (Thomas),  380  n. 
Mossard  (Les  frères),  504. 
Mouchy,  voy.  Monchy. 
Moudou  (Le  bailli  de),  28. 
Moutier-Grandval  (Le  Chapitre  de),  50  n., 

51,  52  n. 
Moutier-Grandval  (Les  Évangéliques  de), 

49,  .50  et  n. 
Mouti.-r-<Trandval(Le  Prévôt  de),  51,  52n. 
Moutier-Grandval  (Les  prédicants  de),  52 

n.  Vov.  au>si  Prévoté. 
Moutier-Grandval  (Les  pnid'hommes  de), 

.50  n. 
Ml-lhouse  (Le  Conseil  de),  N"  1<H)5  b.    - 
488,  489. 


538 


INDEX   ALPHABETIQUE   DES    NOMS. 


Mulot  (Michel),  302  et  n.,  338  et  n.,  359, 

360. 
MuxsTER  (Sébastien),  N»  1126.  —  40,  41 

et  n. 
Munster  (L'évêque  de),  voy.  Waldeck. 
Musard  (Le  chanoine  Jean),  483  n. 
Musard  ou  Mussard  (Pierre),   104  ot  n., 

105  n. 
Mycoxius  (Oswald),  N»  1125.  —  29,  31, 

38,  40,  78,  97  n.,  140  etn.,  187  n.,  246, 

257  n.,  320  et  n.,  330,  331  n.,  .356  n., 

387  n.,  434  n.,  507. 


N 


îssegueli  (Sébastien),  137  n. 

Negelius,  137. 

Nsegueli  (L'avoyer),  143  n.,  280  u. 

Nassau  (Le  comte  Guillaume  de),  335  n. 

Navarre  (Marguerite,  reine  de),  63,  64  et 

n.,  65  n.,  106  et  n.,  107  n.,  218  n.,  298 

et  n. 
Neuchntel  (Le  Collège  de),  40  n.,  412  et  n. 
Neuchâtel  (La  comtesse  de),  9,  15,  16,  32, 

364,  385  et  n.,  386  n.,  456  et  n. 
Neuchâtel  (Le  Conseil  d'État  de),  N" 

1261.  —  9,  17,  18,   19,   368,  455,  456 

et  n. 
Neuchâtel  (Les  Conseils  de),  N"^  1112, 

1117,  1118.  —  6,  7  n.,  9, 14,  17, 18, 19, 

475,  476,  502. 
Neuchâtel  (Les  Consistoires  du  comté  de), 

6  et  n. 
Neuchâtel  (Les  députés  de),  385  n. 
Neuchâtel  (L'Église  de),  6  n.,  7,  159,  301 

n.,  309,  3.55,  394  n.,  412,  415,  506. 
Neuchâtel  (Le  Gouverneur  de),  N»  1261. 

—  3  n.,  6  n.,  9,  15,  17,  32  et  n.,  33 

n.,  199  n.,  357,  385  n.,  396  n.,  415  et 

n.,  455,  456  et  n. 
Neuchâtel  (Les  habitants  du  Comté  de), 

355,  386  n. 
Neuchâtel  (Le  Lieutenant  général  de),  voy. 

Neuchâtel  (Le  Gouverneur  de). 
Neuchâtel  (Le  maire  de),  6  n. 
Neuchâtel    (Les    IV  Ministraux    et  le 

Conseil  de  la  ville  de),  N"»  1245,  1260, 

1260  bis.  —  7  n.,  9,   16  n.,  410  et  n., 

412  ot  n.,  415,  4.53,  454,  455. 
Neuchâtel  (La  Classe  ou  les   Pasteurs 

de).  Nos  lo^g^  957  ^    _  g^^  129  et  n., 

161  et  n.,  376,  380  et  n.,  391  n.,  392 

et  n.,  395  n.,  398  n.,  400,  413,  415  et  n., 

416,  485  (>r  n.,  487. 
Neuchâtel  (Les  Pastt-urs  du  comté  de),  3 


n.,  6,  58  n.,   113  n.,   1,59  n.,  216  et  n., 

301,  302,  353,  365  n.,  378,  384,  387 

n.,  412. 
Neuchâtel  (Les  Pasteurs  de  la  ville  de),  6 

n.,  220,  435. 
Neuchâtel  (Le  Synode  de),  3  et  n.,  6  et  n. 
Neuveville  (Le  Conseil  de  la),  N"  1259. 

—  452,  453  et  n. 
Nicolas  «-«■«,  319  n.,  332  et  n. 
Nidepontanus,  voy.  Niedbrucker. 
Niedbrucker  (Jean-Bnmon),  150  et  n.,  155 

n.,  405  n. 
Noll  (Anthoni),  249. 
Nomény  (Le  mayor  de),  328  et  n. 


O 


Ochino  (Bernardlno),  144  et  n.,  164  et  n., 
165  et  n.,  169  n.,  178,  180  n.,  187  et 
n.,  221,  224  et  n.,  268,  288,  318  et  n., 
319,  345  et  n.,  445  et  n. 

Odonus  (Jo.  Angélus),  346  n. 

Oecolampade  (Jean),  39  n.,  97  n. 

Offenburg  (H.),  501  n. 

Olivétan  (Pierre  Robert,  dit),  220  n. 

Oporin,  imprimeur-  (Jean),  N°  1179.  — 
120,  188  et  n.,  190  et  n.,  354  n. 

Orbe  (Le  bailli  d'),  voy.  Duby. 

Oi-be  et  de  Grandson  (Les  baillis  d'),  71  et  u. 

Orbe  (Les  Catholiques  d'),  42  n. 

Orbe  (Le  châtelain  d'),  voy.  Warnéry. 

Orbe  (Les  Évangéliques  d'),  42  n.,  134  n. 

Orbe  (Le  gouverneur  d'),  43  n. 

Orléans  (Charles,  duc  d'),  74  n.,  108  et  u., 
405  n. 

Oiry  (L'inquisiteur  Matthieu),  292  et  n. 

Oi'slèresou  d'Ursières(Anastasie  d'),  259  n. 

Ortin,  voy.  Hortiu  (Vincent). 

Ougspurger,  voy.  Augsburger. 

0\v  (Jean  de),  408  n. 

(  )\v  (Jôrg  von),  408  et  n. 

Ozias  (Philippe),  voy.  Église  (Phil.  de  1'). 


Paccolet  (Imbert),   133  et  n.,   134  u.,  298 

et  n. 
Padoue  (Les  théologiens  de),  350. 
Paglia  (Antonio  dalla),  voy.  Paleario. 
Paguetius,  voy.  Paquet. 
Paleario  (Aonio),  N"  1202.  —  144  u., 

260,  261  n.,  263  u.,  264  n. 
Paquet  (François),  145  et  n.,  219  et  11. 
Pariât  (Gérard),  37, 135  et  n.,  217  n.,  254u. 
Paris  (Nicolas),  504. 


INDEX    ALI'HARKTIUIE   DES   ^OMS. 


539 


Paris  (L'église  de),  235  n.,  38'.). 
Paris  (Le  ck-igé  de),  «0  et  n.,  68  ii.,  235  n. 
Paris  (Les  Évangéliques  de),  1 1  ii.,  232  et  n. 
Paris  (Le  parieineiit  de),  1 1  et  ii.,  50,  60 
et  11.,  61,  68  11.,  108  n.,  218,  219  n., 
228  11.,  229  11. 
Paris  (Les  martyrs  à),  59,  60,  61,  62,  63. 
Paris  (Le  peuple  de),  60,  61,62. 
Pai-is  (Les  théologiens  de),  350,  406. 
Paris  (L'Université  de),  11  et  n.,  60  n. 
Parisi  (Le  cardinal),  242  n. 
Paul  m  (Le  pape),  91  n.,  144  n.,  162  n., 
192,  242  et  n.,   257,  262  et  n.,  263, 
265,   266,  288  et  u.,  .850,    351,    371, 
373,  391,  458  u. 
Payenie  (Le  Colloque  de),  28  n.,  29. 
Payerue  (Le  doyen  de  la  Classe  de),  29. 
Pays-Bas    (La    Gouvernante    des),    voy. 

Marie. 
Pays  romand  (Les  doyens  des  Classes  du), 
102  et  u-,  103  n.,  104  n.,  110,  111,  114 
et  u.,   117  et  n.,  121    et  n.,   134,  171, 
173  n.,  210  n. 
Pays  romand  (Les  baillis  du),  505. 
Pays  romand  (Le  peuple  du),  166. 
Pays  romand  (Les  Classes  ou  les  Pasteurs 
du),  95,   102  n.,    114  n.,  135  n.,  166, 
172  n.,  175  u.,  287  n.,  387  n.,  388,  391. 
Pectavel  (Pierre),  202. 
Peinant  ou  Peunant  (Vincent),  205  et  n. 
Peintre  (Claude  le),  61  n.,  .503. 
Pellican  (Conrad),  ^'<•"  1146, 1209, 1229. 
—  93,  94,  194  n.,  290  et  n.,  291,  297 
et  n.,  317,  318  n.,  319  n.,   331,  333  n., 
344  et  n.,  346  et  n. 
Pellissier  (L'évêque  Guillaume),  470  n. 
Pellisson  (Jean),  64  n. 
Pellisson  (Le  président  Pveymoiid),  219  n., 

222  et  u. 
Pelot  ou  le  Peloux  (L'anabaptiste  Pienv), 
358,  359,  360,  361,  362,  364,  365  et  n., 
507. 
Peneysans  (Les),  222  n.,  223  u.,  469  n. 
Pergula  (Martinus  à),  193  n. 
Perrenot,  évêque  d'Arras  (Antoine),  voy. 

Granvelle. 
PeiTenot,  seigneur  de  Granvelle  (Nicolas), 

voy.  Granvelle. 
Penin  (Le  conseiller  Aniied  ou  Amy),  145 

et  n.,  353  et  n. 
Perrin  ou  Periini   (Le    chanoine  Pierre), 

68,  69  et  n.,  483  n. 
PeiTot  (Olivier),   159,   160  et  n.,  161  n., 
194  11.,  295  n.,  309  n.,  334  n.,  352  n., 
412  n. 


l'ertemps  ((-lande),  89  n.,  5(«. 

Petit  ou  Pictiod,  voy.  Ciiaulteiiips  (Jean). 

Petits-Cantons  (Les  Suisse."!  dos),  243. 

Petitjean  (Jean),  153  n. 

Pétreniand,  416  et  n. 

Pfiitferlin  (Ciiristophel),  voy.  Piperinus. 

Philippe  (Le  capitaine  général  Jean),  87  u. 

Philippe  de  liesse  (Le   Land^nive),   V'>y. 

liesse. 
Philippe,  (iraleurde  Metz,  480  et  ii. 
Picard  ou  le  Picard  (Ledocfi-ur  Krau<;-ois), 

60  n.      - 
PlCiio.v  (Kynard),  N"  1151.  —  112  «t  n., 

113  et  11.,  l't'.t  et  n.,  2.5.5. 
Pierretteur  (Le  banneret  Pierre  de),  42  u., 
43  n.,  48  11.,  88  n.,  143  n.,  235  n.,  .50.8. 
Pigghe  (Albert),  voy.  Pighius. 
Pighius(Albertus),220etn.,  221  n.,  240  n., 
2.56  n.,   285,  287  et  n.,    338  n.,  33'.», 
341  n.,'.343  n.,  451  n. 
Piguet  (Antoine),  80  n. 
Pinguet  (Martin),  399  et  n. 
Piperinus  (Christophoms),  236  n.,  284  n. 
Pirrhus,  445  et  n. 
Planche  (Thomas  de  la),  198  u. 
Poitiers  (Les  théologiens  de),  350,  406. 
Pompon  (Madou),  10  et  n.,  11,  66,  68. 
Pompon  (La  femme  de),  10  et  n.,  11. 
Pomponius  (Madovius  ou  Macutus),  voy. 

Pompon. 
Pons,  comte  de  Mareiiues   (Antoiii--  'l'> 

178  n.,  180  et  n.,  181  n. 
Pons  (Madame  de),  178  n.,  180  et  n.,  181  n. 
Pont  (François  du),  38  n. 
Pont-à-Mousson  (Les  Clarisses  de),  323  n., 

500  n. 
Pontanus  (Gregûriu^),  251  n. 
Pontjuia,  voy.  Pons  (Madame  de). 
Pontareuse  ou  Pontlierouse  (Le  chanoine 

Benoit  de),  167  n.,  504,  505,  506. 
Poiitareu.se   (Le    ministre   de   la  pai"oisse 

de),  505. 
Pont-d'Aiii  (Le  prédicaiit  de),  '.12  n. 
Pool  (Le  cardinal),  242  n. 
Pon-al  (Ami),  54  et  n.,  .55  n.,  56  n. 
Porret  (Michel),  37  et  n. 
Portus  (Frnnciscus),  84  n. 
Postel  (Guillaume),  .331  et  n.,  332  et  n. 
Poupin  (Ab.-1;,  354  n.,  4-17  n.,  44'.»  et  n. 
Poux  (Jean),  voy.  Merloz  (le). 
Poyet  (Le  chancelier  Guillaume),  108  et  n. 
Pningins  (M'  de),  voy.  XeuchAtel  (LeG.iu- 

verneur  do). 
PuAROMAX  (lIuinb.Mt  de),   X«  268  a.     - 
4S2  et  11.,  484  et  n..  485  n. 


o40 

Pratensius,  voy.  Pré>  (des). 

Prés  (Barthélemi  des),  îv*o  1267.  —  469 
et  n.,  470  n. 

Prés  (Pierre  des),  470  u. 

Prévost,  voyez  Bartaudière. 

Prévôté  (Les  Pasteurs  de  la),  N"  1142. 
—  85. 

Prévôté  (Les  habitants  de  la),  50,  51,  85. 

Prince,  imprinienr  (Le),  226  n. 

Princeps,  voy.  Prince  (Le). 

Probst  (Jacoi)),  189  n. 

Protestants  d'Allemagne  (Les  princes), 
X"  1176. —  74  n.,  75  et  n.,  76,  77  et  n., 
108  n.,  152  n.,  157,  171  n.,  181,  182  n., 
18.3  n.,  200  et  n.,  212  n.,  251  et  n., 
253,  257,  307  n.,  311,  312,  316,  322, 
330,  335  et  n.,  346  et  n.,  348,  377  et  n., 
403,  404  et  n.,  405,  406,  407,  410,  411, 
417,  421  u.,  428,  435,  436,  437,  438, 
439,  440,  441  n.,  442,  457,  472  et  n., 
474,  475,  506. 

Protestants  d'Allemagne  (Les  ambassa- 
deurs ou  députés  des),  148,  149  et  n., 
150  et  n.,  154  n.,  182  et  n.,  304,  305, 
311  n.,  323  et  n.,  348  n.,  404,  411,  435, 
439,  457,  474. 

Protestants  (Les  docteurs  des  Princes),  406, 
428,  438,  472  n. 

Provence  (Les  Vandois  de  la),  4  et  n., 
275  n. 

Provence  (Le  parlement  de),  4  u. 

Pyrrhus,  surnom  de  Zébédée  (Andi'é),  445n. 


« 


Quincy  (Jeanne  de),  224  n. 

Quercu    (Leodegarius    à),    voyez  Chesne 

(L.  du). 
Querquinne,  voy.  Carchien. 


INDEX   .VLPHABÉTIQI K   DES   NOMS. 


R 


Piabier  (Antoine),  91  n. 

Pvaigecourt  (Richard  de),  323  n.,  335  et  n. 

Piavot,  imprimeur  (Claude),  44  n. 

Rebit  ou  RiBiT  (Jean),  N»  1223.  —  176, 

177  n.,  298  et  n.,  319  n.,  331  et  n., 

332  n.,  333,  357  et  n. 
Rebit  ou  Ribit  (Hippolyte),  133  n. 
Régis  (Le  notaire  Jean),  222  n. 
Regressu  (Adam  à),  voy.  Retours. 
Reliquanus,  voy.  Rhellicanus. 
Renatus?  (Camillus),  193  n. 
Renée  de  France,  N»  1170.  —  84  n.. 


119,   120  n.,   161   et  n.,   162  u.,   163, 

178  n.,  179  et  n.,  180  et  n.,  181  n. 
Retours  (Adam  de),  70  n. 
Rhellicanus  (Joannes),  88  n.,  112  et  n., 

113  et  n.,  187  n.,  512  n. 
Rhenanus  (Beatus),  88  n. 
Rhodes  (Les  habitants  de),  40  et  u. 
Richard  (Le  docteui-  Pierre),  60  n. 
Richardot  (François),   119  et  n.,  178  n., 

179  n.,  180  n.,  181  n. 
Richardot  (Pien-e),  180  n. 
Rigault,  imprimeur  (Benolst),  226  n. 
Rihel,  imprimem-  (Wendelin),  79  n.,  166  n., 

224  n.,  345  n. 
Ritter  (Érasme),   73  n.,  95  et  n.,   96  n., 

117  et  n.,   131,  139  n.,  142  et  n.,  209 

et  n.,  211,  243  et  n.,  244  et  n.,  256  n., 

284  et  n.,  297  n.,  336  et  n.,  337  et  n., 

338,  356  n. 
Rive,  seigneui-  de  Prangius  (Georges  de), 

vo}-.  Neuchîitel  (Le  Gouverneur  de). 
Pvobert  ou  Robert!  (Le  diacre  Vital),  31  n., 

196(?),  197  n.,  502. 
Pvobrac  (Jehanne  de),  64  et  n. 
Rotfet,  imprimeur  (Estieune),  70  n. 
Rogier  ou  Rougier  (le  chii-urgien  Jean), 

376  et  n.,  378  n.,  379  et  n. 
Roma  (Le  Jacobin  Jean  de),  275  et  n. 
Roph  (Estieune),  104  n. 
Rosenblatt  (Wibrandis),  39  et  n. 
Roset  (Claude),  331  n.,  503. 
Rosiu  (Agnès),  332  n. 
Rossem  (Martin  van),  74  n. 
Roucel  (Androuin),  480  et  n. 
Roucel  (Nicole),  480  et  n. 
Rougeot   ou   Rougier,   chirurgien    (Jean), 

415  et  n. 
Ruel,  martyr  (Laurent  du),  63  n. 
Rurti  (Pierre),  333  n.,  436  n.,  460  n.,  503. 
Rumlangen  (Ébrard  de),  187  n. 


S 


Sachins,  seigneur  d'Aiiières  (Claude  de). 

No  1145.—  89  et  n.,  90  n.,  91  n.,  93  n., 

224  et  n. 
Sachins,  seignem-  de  la  Mylatière  (Claiide 

de),  90  n.,  91  n. 
Sachins  (François  de),  90  n.,  92,  93  u. 
Sadolet  (Le  cardinal  Jacques),  4  u.,  287, 

469  n. 
Saint-Flour  (Antoine  de),  10  et  n.,  11,  67. 
Saint-Gall  (Le  Conseil  de),  489. 
Saint  Office  (Le  tribunal  du),  118  n. 
Salanianque(Les  théologiens  de),  350,406. 


INDEX    ALIMIAIIETIULE    1»K.S    NOMS. 


541 


Salzbourg  ( L'arche vêqno  de),  76  ii. 
Sapiontis  (Le  chanoine  Henri),  483  n. 
Sarpi  (Paolo),  2-i2  ii. 
Saubonne  (Miclielle  de),  177  n.,  180  n. 
Saunier  ou  Sonier  (Antoine),  217  n.,  218 

et  n.,  25-1  n. 
Savoie  (Le  duc  de),  voy.  Charles  IIL 
Savoie  (Louise  de),  30G  n. 
Savoie  (Le  président  de),  voy.  Pellisson 

(Reymoiid). 
Saxe  (Les  églises  de  la),  158  n. 
Saxe  (Jean-Frédéric,  Électeur  de),  75  et  n., 

149  et  n.,  251  n.,  257  n.,  330,  507. 
Schaffouse  (Le  Conseil  de),  489. 
Schefler,  voy.  Scepperus. 
Sceppenis  (Cornélius),  251  n. 
Schmid  (Conrad),  73  u.,  95,  100  n.,  140  n. 
ScHXEPF  (Ehrhard),  N»  1243.—  408  et  n., 

409,  463  et  n. 
Schorro  (Nicolas),  249. 
Schouber,  imprimeur  (Lax),  5U8  n. 
Secretaiu  (Antoine),  44  n. 
Senarclens  (Claude  de),  82,  83  n. 
Senarclens  (François  de),  82,  83  n. 
Sénarpont  (Gabriel  de),  voy.  Monchy. 
Senensis  (Bernardinns),  voy.  Ochino. 
Sevenus  (Gérard),  77  et  n. 
Simler  (Josias),  169  n. 
Simonin  de  Gorze,  153  n. 
Sinapius  (Jeau),  180  et  n.,  181  n. 
Sleidau  (Jean),    60  n.,    108   n.,    160   n., 

242  n.,  444  n. 
Smalkalden  (Les  princes  et  les  villes  de  la 

ligue  de),  voy.  Protestants. 
Soleure  (L'avoyer  de),  18. 
SOLEURE  (Le  Conseil  de),  N"  1116.  —  14 

et  n.,  15  n.,  17,  18,  32  n.,  385  u.,  502. 
Soleui'e  (Le  secrétaire  de),  18. 
Soleurois(Les),voy.  Soleure  (Le  Conseil  de). 
Soliman  (Le   sultan),  40  n.,    41,  130  n., 

242,  332  et  n.,  333. 
Sonerius,  voy.  Sauni^'r. 
Sorbonne  (Les  docteur>  de  la),  62,  292 

et  n.,  350. 
Soubi>e  (Le  seigneur  de),  180  n. 
Spalatin  (Georges),  75  n.,  158  n. 
Stade  (Fi-antz  von),  343  et  n. 
Stadianus  (Franciscus),  voy.  .Stade. 
Stephanus  (Robertus),  voy.  Estienno  (Ro- 
bert). 
Sthôlli  (Blàsy),  74  n. 
Stier  (Le  chancelier  Sigismond),  237  et  n., 

291  et  n.,  293  et  n.,  464  et  n.,  '^5,471. 
Strasbourg  (Les  chanoines  ou  le  Chapitre 

de),  157  et  u. 


Strasbourg  (Le  Conseil  de),  N""  ll2i», 
1218,  1270,  1271.  —  38,  52,  125  n., 
126  n.,  127  et  n.,  1.50  n.,  311,  312  et  n., 
314,  316,  330,  335  n.,  4U3,  405,  417 
ef'n.,  418  n.,  421,  435  et  n.,  437  et  u., 
41tJ,  441,  442  et  n.,  450  et  n.,  453,454, 
455,  4.56  et  n.,  457,  458,  'Uil,  472,  473 
et  n.,  475,  492  et  n.,  .507. 

Strasbourg  (Les  députés  de),  '.t7  n.,  157  n., 
305,  311. 

Stra.>bourg  (L'École  ou  Académie  de),  169, 
481. 

Strasbourg  (L'Église  de),  170,  490. 

Stra.sbourg  (L'église  frani/aise  de),  X" 
1101  b.  —  170  n.,  293  n..  492  et  n. 

Strasbourg  (Le  pasteur  de  l'église  fran- 
çaise de),  X-  1101  b.  —  170  et  n.,  4W2 
et  u.,  493  n. 

Strasbourg  (L'évêque  de),  voy.  Liinbourg 
(Érasme  de). 

Strasbourg  (Les  Pa-tem-s  de),  N"  1054  a. 
115  n.,  127  n.,  128, 415, 489, 490  n.,  492. 

Strasbourg  (Les  réfugiés  de  Metz  à),  vny. 
Metz  (Les  réfugiés  de). 

Sti-asbourg  (Les  savants  de),  435  n. 

Strasser  (l'aul),  73  n. 

Stupaïuis  (Joan.  Xicolaus),  118  u.,  185  n. 

Sturm  de  Sturmeck  (Jacob),  149  u.,  150 
et  n.,  472  et  n.,  476. 

Sturm  (Jean),  N"  1173. —  77,  80  n.,  165  n., 
170  et  n.,  171  et  n.,  416,  451  et  n.,  493  n. 

Sturm  (Pierre),  149  n.,  473,  475. 

Suisse  (Les  r-antons  évangéliques  de  la), 
>  1005  b.  —  310,  488  et  n.,  489. 

Suisse  (Les  pasteurs  évangéliques  de  la), 
261  et  n.,  262  n.,  268. 

Suisse  (Les  églises  évangéliques  de  la), 
266,  267. 

Suisse  romande  (Les  pasteui-s  de  h),  vov. 
Pays  romand. 

Sultzer  (Simon),  N™  1137,  llos,  iii>_', 
1167,  1185,  11116,  12(X),  120.5.—  72 
et  n.,  73  n.,  75,  95  et  u.,  96  n.,  97  n., 
99  n.,  110  n.,  117  n.,  129,  131  et  n., 
137  n.,  1,38,  140  n.,  141,  147  n.,  1.56, 
1.59,  201  et  n.,  209,  210  n.,  211  n.. 
212,  216  et  n.,  240,  243  n.,  244  n.,  245, 
256  et  n.,  257  n.,  258  .-t  n.,  284,  285 
et  n.,  296  n.,  297  et  n.,  298. 

Sylvius  (Jacobus),  voy.  Bois  (Jacques  du). 


Tngautius  (JoannesJ,  223  n. 
Tallauge    (Le    sieur   de),    vov.    Gouniav 
Thiébaud  de). 


542 


INDEX    ALPHABETIOUK   DES   NOMS. 


Tam-us  (Sigismuudus),  voy.  Stier. 

Ti'lamonius,  voy.  Tillniann. 

Telorus  (JoaniK's),  voy.  Endsberg. 

Terentiano  (Julio),  169  n. 

Termègne  (Jean  de),  153  ii. 

Textor  fBenoîf),  N"  119».  —  82  et  n., 
90  11.,  92  n.,  93  n.,  223  et  n.,  224  n.,  225 
et  n.,  227. 

Textor  (La  famille  de  B.),   225  et  n.,  227. 

Thièle  (Les  habitants  de),  364  et  n. 

Tliomas  «««-  (Maître),  198. 

Thomas  ••■*■*■,  de  Cornaux,  367. 

Thomassist  (Antoine),  N"  1232.  —  357 
et  n.,  358  et  n. 

Thoinassin  de  Chevillon,  153  n. 

Thonon  (La  Classe  de),  36,  135  n.,  217  n., 
280  n. 

Thonon  (Les  pasteurs  de),  36. 

Thonon  (Les  habitants  de),  36  et  n. 

Thonon  (L'École  de),  36  et  n. 

Thonon  (Le  sous-niaître  de  l'École  de),  36. 

Thonon  (L'abbaye  de  la  Jeunesse  de),  36  n. 

Thorel  (Noël),  156  n. 

Thunstetten  (Le  doyen  du  Chapitre  de), 
280  n. 

Tillier  (Antoine),  voy.  Lausanne  (Le  bailli 
de). 

Tillmann  (Bernard),  131,  159,  285. 

Tissot  (Le  trésorier  Pierre),  89  n.,  503. 

Toloraei  (Claudio),  164  n. 

Tornacus  (Jo.),  voy.  Tournay. 

Toulouse  (Le  parlement  de),  107  n.,  108  n. 

Toulouse  (Les  théologiens  de),  350,  406. 

Tom-nay  (Jean  de),  71  et  n.,  176,  177  n., 
238,  239  n.,  376  et  n. 

Tournes,  imprimevir  (Jean  de),  93  n. 

Tournon  (Blanche  de),  65  n. 

Tournon  (L'évéque  Claude  de),  63. 

Tournon  (Le  cardinal  François  de),  64, 
65  et  n.,  66,  303  n. 

Tournon,  neveu  de  Claude  et  de  François 

(Claude  de),  63  et  n.,  64  et  n.,  65. 
Toussais  (Pierre),  N"»  1113,  1123,  1131, 
1180,    1193,  1210,  1214,  1249,  1264, 
1265,  1268,  149  a.  —  9  et  n.,  33,  34 
et  n.,  57,  58,  190,  191,  200,  215,  221  n., 
237  et  n.,  238,  291  et  n.,  292  n.,  293 
et  n.,    299   et  n.,   301,  420,  421,  462 
et  n.,  464,  465  et  n.,  471  et  n.,  479, 
481  n.,  485  et  n.,  486,  487  et  n.,  504. 
Tragus  (llieronymus),  224  n. 
Trebelliano  (Theodosio),  169  n. 
Treppereau  (Louis),  79  et  n.,  83  n.,  84  n., 

106  et  n.,  207  et  n.,  449. 
Trepperelhis,  voy.  Treppereau. 


Trévise  (Les  Évangéliques  de),  N»  1186. 
—  212,  213  n.,  214. 

Tryve  (François  de),  34  n. 

Tschudi  (.î^gidius),  88  n. 

Tuilerie  (L'hôte  et  l'hôtesse  de  la),  399  n, 

Tm-ca,  94  n.,  120  et  n. 

Turcs  (Les),  41  et  n.,  57,  76,  77,  108  et  n., 
1.30  et  n.,  131  n.,  241  et  n.,  242,  257, 
264,  287,  343,  459,  460  n.,  461. 

Turcs  (Les  députés  des),  77,  130. 

Turtaz  (Elisabeth),  109  et  n.,  133  n. 

Turtaz  (Hugues),  133  et  n. 

Turterus,  voy.  Turtaz  (Hugues). 


U 


Ungnad  (Jean),  241  n. 
Urseriis  (Anastasia  de),  voy.  Orsières. 
Ursinus,    pseudonyme    de    Guill.    Farel, 
259  n. 


Vadian  (Joachim),  93  n.,  144  n.,  161  n. 

Valais  (Les  députés  du),  35  et  n. 

Valaisans  (Les),  35  et  n. 

Val-Bousquet  ou  du  Bosquet  (Hélie),  377  n. 

Vandel  (Les  frères),  466  n. 

Vandel  ou  Wandelly  (Thomas),  466  n. 

Varod  (Michel),  236,  237  u. 

Vassy  (Les  Évangéliques  de),  306  n. 

Vatake  (François),  290. 

Vaud  (Les  Églises  du  Pays  de),  101  n., 

356  et  n. 
Vaud  (Les  pasteurs  du  Pays  de),  84  n. 
Vaud  (Les  villageois  du  Pays  de),  234  n. 
Vaud   (Le  gouverneur  et  bailli  du  Pays 

de),  483  n. 
Vavre  (Les  habitants  de),  363  et  n. 
Védaste  (Jean),  478  n. 
Veltin  (Frère),  voy.  Bois  (Valentin  du). 
Venise  (Le  Sénat  de),  213  n. 
Venise  (L'ambassadeur  de  France  à),  470 

et  n. 
Vénitiens  (Les),  130,  144  n. 
Vénitiens  (Les  Évangéliques),  212,  213  n., 

214. 
Verger  (Éloy  du),  226  et  n. 
Vergerius  (Eligius),  voy.  Verger. 
Véron  (Claude),  207  et  n. 
Verratus  (Frater  Jo.  Maria),  178  n. 
Vert  (Estienne  Le),  206. 
Vevey  (Le  Colloque  de),  238,  239  n.,  245  n. 
Vevey  (Les  députés  de  la  Classe  de),  voy, 

Lausanne  (Classe  de). 
Vial  (Jean),  504. 


l.NDKX    AI.IMIAIIETK. 

ViCENCE  (Les  Évaiigéliques  de),  N"  118G. 

—  212,  213  II.,  211. 
Viller  (de),  335. 

ViKET  (Pierre),  N"*  1121,  1136,  1143, 
1144,  1160,  1182,  1211,  1231,  1237, 
1251.—  3etn.,  5,  13,  14,  28,  2it,  30  n., 
31  et  n.,  34,  36,  38,  39,  40,  44  ii.,  53 
et  n.,  54,  68  et  n.,  69  n.,  71,  72,  78,  79, 
84,  86,  87  et  11.,  88  n.,  89,  101  n.,  103, 
104  II.,  106  n.,  lOit  .'t  n.,  110  ii.,  111 
et  n.,  114  et  n.,  115,  117,  118,  119, 
121,  122  n..  132  et  n.,  133  et  n.,  134, 
135  n.,  136  n.,  137,  110  et  n.,  141, 
142  n.,  146  n.,  148  n.,  163  et  n.,  166  n., 
167  n.,  168  11.,  174  n.,  176,  194  et  n., 
196  et  n.,  215  et  n.,  216  n.,  218  et  n., 
220,  224  et  n.,  235  n.,  238  et  n.,  239  n., 
244  et  11.,  245  et  n.,  247,  248  n.,  249  n., 
258  n.,  259  n.,  277  n.,  284  et  n.,  285, 
290,  291,  293,  294  u.,  295,  296  n.,  297, 
.303,  329  11.,  351  lu,  352,353  n.,  354  n., 
355  II.,  357,  370,  376,  378  et  n.,  383, 
384 11.,  385  n.,  386,  387  n.,  391  n.,  397  n., 
400,  417  et  II.,  419,  434,  435  u.,  436 
et  u.,  440,  441,  448,  503,  505. 

Viret  (La  femme  do  F.),  voy.  Turtaz  (Eli- 
sabeth). 

Viret  (La  tante  maternelle  de),  109  et  n., 
111. 

Virginins  (Maturimis),  voy.  Prés  (Bartlié- 
lemi  des). 

ViROT  (Guillaume),  N»  1225.  —  323  et  n., 
329  et  n.,  334  et  n.,  335,  437  et  n. 

Vito  de  Sicilia,  285  et  u. 

Voittre,  banquier  (Ricliard),  399  n. 

Volât  (Jean),  337  n. 

Voye,  martyr  (Ay  mon  de  la),  107  n.,  303  n. 

Viiliierens   (Nicolas   de),    voyez   Auxerre 
(Nicolas  d'). 

W 

Waldeck  (L'évêque  Frantz  de),  157  et  n., 

250  et  n.,  292  et  n. 
Wandart  (Nicolas),  105  et  n.,  354  n. 
Waiidée,  voy.  Wandart. 
Wandel  (Thomas),  466  n. 
Wandel  (Pierre),  143  et  n. 
Warnéiy  ou  Warney  (Fi-ançois),  44  et  n. 
Watteville  (L'avoyer  Jean -Jacques  de), 

199  et  n.,  200,  239  n.,  294  n.,  386  n., 

505,  506. 


Il  K    ItKS    N(».MS.  543 

Watteville  (Nicolas  de),  249,  336  et  n., 

338. 
Welches  (Les  doyens),  114  n.,  121  n. 
Wied   (L'aichevê<iue    llerinaiiii   de),   157 

e*  n.,  250  et  n.,  287,  292  et  n.,  299, 

397  et  n.,  452  n.,   158  et  n.,  459  et  n., 

461. 
Wis>hauen  (Gaspard),  249. 
Wouters  (Cornélius),  voy.  (Jualtheiois. 
W'nrtemberg  (Le  comte  Georges  de),  9  et  n., 

28  et  II.,  29  et  il.,  57  n.,  .58,  191  et  n., 

237  et  u.,  292,  293,  464,  465,  471,  487. 
Wurtemberg  (Christophe,  duc  de),  57  et  n., 

200,  237  n.,  292  et  n.,  299,  301  et  n., 

379  n.,  108, 409, 414, 420 et  n.,  4(j3  et  n., 

465  et  n. 
Wurtemberg  (Ulric,  duc  de),  76,  150  n., 

257  n.,  .301  et  n.,  302  n.,  30l,  330,405, 

408,  409,  496  n.,  498. 


Yveidon  (Le  bailli  d"),  409. 

Yveidon  (La  Classe  d'),  111  n.,  134  n. 

Yverdon  (Les  prédicants  d"),  50  u. 


Z 


Zébkdée  (André),  N"  1127.  —  5,  42  et  n., 
43  II.,  48  11.,  49  n.,  71  et  n.,  111  n.,  121 
et  n.,  132  et  n.,  133  n.,  134  et  n.,  145, 
445  II.,  503. 
Zulouir  fMarti),  249. 
Zurich  (Les  bourgeois  de),  187  n. 
Zurich  (Le  Conseil  de),  187  et  ji.,  193  n., 

31 1  n.,  489. 
Zurich  (Le  Collège  de),  187  n. 
•Zurich  (L'Église  de),  239,  345. 
Zurich  (Les  étudiants  de),  187  n. 
Zurich    (Les  Pasteurs  et  Professeurs  de), 
73  n.,  113  n.,  120,  210  n.,  290,  291  n., 
333  n. 
Zurkinden  (Nicolas),  140  n.,  280  n. 
Zwick  (Jean),  158  n.,  187  n. 
Zwickau  (Le  pasteur  de),  158  n. 
Zwingli  (Régula),  239  n. 
Zwinf.'li  (Ulric),  100  ii.,  118  n.,  123,  124., 

169  n.,  239  n. 
Zwinglieiis  (Les),  330  n. 


ERRATA 


P.  6,  première  ligne,  lisez  aux  Conseils. 

P.  102,  X-  1148,  ligue  3,  lisez  1542. 

P.  117,  ligne  3  du  texte,  au  lieu  de  vobii,  lisez  robis. 

P.  180,  ligne  6,  lisez  npoasxixr}. 

P.  192,  ligne  8,  au  lieu  de  Campii,  lisez  Campi. 

P.  214,  ligue  24,  au  lieu  de  omnimo,  lisez  omuino. 

P.  214,  ligne  31,  au  lieu  de  vohis,  lisez  nohis. 

P.  219,  note  21,  ligne  2,  au  lieu  d'écrits,  lisez  édits. 

P.  221,  note  4,  ligne  6,  au  lieu  de  augustiis,  lisez  angustiis. 

P.  237,  note  3,  ligne  3,  effacez  Ulric. 

P.  286,  lig.  6  du  texte  en  remontant,  au  lieu  de  sus,  lisez  suo. 

P.  288,  avant-dernière  ligne  du  texte,  au  lieu  de  gub,  lisez  qubd. 

P.  303,  lig.  7,  au  lieu  de  christani,  lisez  christiani. 

P.  419,  avant-dernière  ligne  du  texte,  lisez  Guîielmo. 

P.  436,  lig.  13,  au  lieu  de  troy,  lisez  trop. 

P.  463,  lig.  9,  après  festa,  placez  le  renvoi  de  note  6. 

P.  479,  lig.  5,  supprimez  m.  dans  le  millésime. 

P.  508,  ligne  6,  au  lieu  de  figurent,  lisez  figure. 


FIN   DU   TOME   HUITlExME 


GEORG  a:  C^  ÉDITEURS 

QENÈVÊ,    B  A  LE    ET    LYON 


Bordier  (Hpiiri).  La  Saint-Barthélomy  ot  la  critiquf  moderiio.  In-4o, 
HT)  ]),  avoc  9  pi.  o{  fig.  dont  1  pi.  on  chromo.  1870 10  — 

Calvin.  Récit  de  la  dci-nièrc  maladie  et  de  la  mort  de  J.  Calvin,  ])ar  un 
témoin  oculaire  {Th.  âe  Bezé).  In-12.  186i —  60 

Catéchisme  français  de  Calvin  publié  en  1537,  réimprimé  pour  la  pre- 
mière fois  d'après  un  exemplaire  nouvellement  retrouvé,  suivi  de  la  plus 
ancienne  confession  de  foi  de  l'église  de  Genève,  avec  deux  notices  par 
Albert  Eilltet  et  Théophile  DiFom.  In-16  de  434  p.,  pajiier  de  Hol- 
lande, avec  2  fac-similé.   Epuisé,  les  derniers  exemplaires  à  .  .  .  .   20  — 

Fazy  (Henri).  Procès  de  Jérôme  Bolsec.  In-4".  1866 5  — 

—  Procès  de  Yalentin  Gentilis  et  de  Nicolas  Gallo  (1558)  publié  d'après 
les  documents  originaux.    In  4".  1878 4  — 

—  La  Saint-Barthélemv  et  Genève.  Etude  historique,  avec  documents. 
In-40, 131  p.  1879  ..\ 5  — 

Galiffe  (J.-B.-G.).  Genève  historique  et  archéologique,  avec  dessins  et 
illustrations  de  H.  Hammann.  In  4»,  environ  90  grav.  dans  le  texte  et 
un  plan  synchronique.    1869 — 72 37  50 

—  Le  refuge  italien  de  Genève  aux  XVI'«e  ot  XVII'ne  siècles.  in-80. 
1881 5  — 

-s®.::;.  Dé)iombrcineiit  biographique  et  généalog.  du  Refugi^  italien  de  Genève  et  des 
colonies  espagnole,  portugaise,  gi-ecque,  juive  et  turque,  qui  s'y  rattachent. 

Genève  ecclésiastique  ou  Livre  des  spectables  Pasteurs  et  Pro^  >urs 
qui  ont  été  dans  cette  Eglise  depuis  hi  Réformation  jusqu'en  186  »5  p. 
In-8« .' 1  50 

Goltz  (Baron  de).  Genève  religieuse  au  XIX'"*^  siècle,  ou  tableau  des  faits 
qui,  depuis  1815,  ont  accompagné  dans  cette  ville  le  développement  de 
Vhid  idualisine  ecclésiastique  du  ré>-eil,  mis  en  regard  de  l'ancien  sys- 
tème héocratique  de  l'église  de  Ca-v^iii.  Traduit  de  l'allemand  par 
C.  Malax.  In-8»,  592  p.  1862 7  50 

Merlo  d'Aubigné  (J.-H.).  Caractère  du  réformateur  et  de  la  réformation 
de  Genève.    In-8'^.  1SG2 1  — 

Rilliet  (Albert).  Le  rétablissement  du  catholicisme  à  Genève  il  y  a  deux 
siècles.  Etude  historique  d'après  des  documents  contemporains  pour  la 
plupart  inédits.  In-S»,  256  ]).  1880 .' 5  — 

Roset  (Michel).  Les  Chroniques  de  Genève,  ])ubliées  d'ajjrès  le  manuscrit 
original  des  Archives  de  Genève,  par  Henri  Fazy.  Un  l)eau  vol.  in-80. 

Ruchat  (Abr.).  Histoire  de  la  Réformation  de  la  Suisse.  Edition  avec 
a])pendice  et  des  notices  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Ruchat,  par 
L.  ViLLiEMiN.  7  vol.  in-8o,  1835  à  1838.  (Publié  à  fr.  35) 20  — 

Schmidt  (C,  prof,  de  théol.).  Les  libertins  s])irituels,  traités  mystiques, 
écrits  dans  les  années  1517  à  1549,  ]iublié  d'après  le  manusci'it  original. 
In-120,  248  p.  1876 7  50 


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lîoiit'vo. —  lni|ii'.  \V.  Kiinili^  cl  Fils 


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BR 

301 

H46 

t. 3 


Herminjard,   Aime  Louis 

Correspondance  des 
refonnateurs 


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